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mardi 9 août 2022

Faire payer la fraude bancaire aux GAFA ?

GAFA
Arguant d'une analogie un peu absurde avec le principe bien connu du « pollueur payeur », quatre des plus grandes banques britanniques demandent que les géants technologiques, qu'elles accusent de faciliter la fraude en ligne, contribuent aux remboursements qu'elles sont légalement contraintes d'effectuer auprès de leurs clients lésés.

Au vu des quelques 460 millions de livres restituées aux victimes pour les années 2020 et 2021, il est facile de comprendre pourquoi l'industrie cherche à se délester d'une partie de la charge qui lui incombe (en vertu de la réglementation). Et, comme une analyse des opérations considérées révèle qu'environ trois quarts des escroqueries trouvent leur origine sur les médias sociaux, plates-formes d'enchères et autres sites de rencontres, ces acteurs aux poches souvent profondes font des boucs émissaires parfaits.

La ficelle paraît grossière. Les entreprises incriminées ne sont en effet pas à l'origine des agissements de leurs utilisateurs et ne peuvent en être rendues responsables, hormis peut-être dans certains cas spécifiques (par exemple si elles en font la promotion) dont elles pourraient avoir à répondre devant la justice. Il ne sert à rien de tuer le messager pour lutter contre le fléau qu'il transmet. Les assureurs demandent-ils aux constructeurs automobiles d'indemniser les accidents causés par leurs voitures ? Les compagnies aériennes devraient-elles assumer les conséquences de la propagation du COVID ?

En revanche, la connaissance des mécanismes par lesquels s'organise et se développe la fraude devrait être exploitée pour renforcer la lutte et la rendre plus efficace. Au-delà des messages de prévention génériques existants, l'identification des circonstances précises de survenue des litiges précédents peut être mise à profit pour affiner les alertes et, surtout, pour mettre en place des mesures de protection concrètes, y compris en œuvrant en collaboration avec les opérateurs des sites qui en constituent le support.

Incidemment, il faudrait également s'interroger sur la destination des fonds acquis malhonnêtement. Car il est question ici de virements, impossibles à annuler ou à inverser, vers des comptes bancaires en règle. Le soupçon est inévitable d'une certaine légèreté de la part des établissements dans l'accueil des clients qui les détiennent et participent, sciemment ou non, à des activités criminelles, a minima lorsque des irrégularités (rarement isolées) sont signalées, sinon dès l'entrée en relation. De ce point de vue, le manque de coopération entre institutions profite évidemment aux malfaiteurs.

En synthèse, la démarche des banques britanniques donne l'impression d'une manœuvre de détournement de l'attention. En tentant artificiellement de faire endosser aux plates-formes en ligne une partie de leurs propres lacunes, elles cherchent à la fois à réduire le coût de la fraude (qu'elles ne peuvent plus laisser assumer aux consommateurs) et à donner l'illusion qu'elles sont elles-mêmes victimes. Il faudra pourtant d'abord qu'elles assument mieux leur rôle, en relevant la qualité des protections qu'elles déploient.

Fraude
Illustration par Pete Linforth (Pixabay)

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