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mercredi 29 mars 2023

État de la précarité bancaire en Europe

EBA
Dans le cadre d'un mandat supplémentaire qui lui a été assigné en 2020, l'Autorité Bancaire Européenne (EBA) vient de publier son jeu initial d'indicateurs des préjudices causés aux consommateurs par les établissements financiers (et autres facteurs), accompagné du premier rapport correspondant. Conclusion (provisoire) : il reste du travail…

La démarche est évidemment vertueuse et ne peut être que saluée, puisqu'il s'agit de mesurer et d'analyser, dans tous les pays de l'espace économique européen et sur l'ensemble des domaines de compétences de l'organe (crédit immobilier, crédit à la consommation, dépôts, comptes et services de paiement), les risques encourus par les clients des banques, de manière à orienter les priorités réglementaires et encourager d'hypothétiques actions de prévention de la part des différentes parties prenantes.

D'emblée, l'exercice paraît extrêmement ambitieux et les rédacteurs de l'étude inaugurale ne manquent pas de souligner, d'une part, le caractère préliminaire de leurs travaux, qui seront complétés et enrichis annuellement, et, d'autre part, la difficulté à collecter des données cohérentes à travers les 30 états composant le bloc. Le résultat présenté est donc partiel et ses interprétations – notamment les comparaisons – requièrent une bonne dose de prudence, mais livre tout de même plusieurs enseignements importants.

En effet, ce qui surprend immédiatement est l'immense diversité des situations sur le continent, alors que les critères de référence retenus sont pourtant limités (ils sont 11, couvrant les prêts non performants, les frais ponctionnés sur les dépôts, les taux de fraude sur les moyens de paiement, le niveau de bancarisation… et les emprunts entre proches). Au point que les moyennes n'ont guère de sens et que se pose rapidement la question de la pertinence d'une supervision transnationale face à de telles disparités.

Même en écartant les cas les plus atypiques (la fragilité particulière de Chypre, de la Grèce et de la Hongrie, par exemple), les écarts sur les crédits en délicatesse vont du simple au triple, tandis que la facturation sur les dépôts s'échelonne sur une échelle de 1 à 10 (avec une mention spéciale pour la France, troisième sur le podium des coûts les plus élevés) et que la fraude paraît mal contrôlée dans un certain nombre de pays (ce qui vaut encore un mauvais point à l'hexagone sur les transactions par carte).

Sur la base de ce constat, l'EBA devrait peut-être revoir ses objectifs. Plutôt que d'envisager la mise en place de nouvelles contraintes dont l'impact sera automatiquement hétérogène, elle aurait certainement intérêt à privilégier l'instauration d'échanges de bonnes pratiques entre les institutions des états membres, de manière à commencer par les rapprocher toutes des meilleurs scores. Mais, bien entendu, ce genre d'initiatives est beaucoup plus difficile à déployer qu'une série d'obligations plus ou moins arbitraires.

Dans un autre registre, des lacunes substantielles restent à combler dans l'approche proposée. Les 11 indicateurs sélectionnés sont probablement les plus faciles à quantifier à grande échelle, mais les consommateurs ont bien d'autres préoccupations que celles qu'ils reflètent. Me viennent ainsi immédiatement à l'esprit, parce que toujours cités comme des signaux critiques, le taux d'endettement et la fréquence des découverts. Là aussi, de sérieux progrès seront nécessaires afin de répondre aux enjeux…

EBA

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