Il y a quelques années, les grandes entreprises promettaient d'œuvrer sans relâche à la réduction de leur empreinte environnementale, jusqu'à, pour les plus optimistes (ou les plus mystificatrices, selon votre point de vue), atteindre une illusoire neutralité carbone. Mais voilà, entretemps est apparue l'intelligence artificielle générative…
Alors que la technologie se propage à une vitesse phénoménale, le cabinet Gartner lance l'alerte. Selon ses estimations, la consommation globale d'électricité par les centres de données a progressé de 15% en 2025 et elle devrait encore croître de 26% cette année et de 24% en 2027. En outre, comme la demande mondiale en puissance informatique devrait être quasiment multipliée par trois d'ici à la fin de la décennie (passant de 104 à 290 GW), aucune perspective de stabilisation n'est envisageable.
Par ailleurs, dans ce paysage, l'IA est incontestablement responsable de l'essentiel des besoins supplémentaires. Si les systèmes « conventionnels » subissent aussi une hausse de leurs exigences énergétiques, elle est marginale, avec un maximum de 2,4% prévu en 2027. En réalité, les nouveaux outils semblent constituer le seul domaine dans lequel les organisations enrichissent leur patrimoine logiciel… et leur boulimie d'électricité n'entre guère dans la balance à l'heure des décisions stratégiques.
Pour les analystes de Gartner, la projection des 1 200 TWh que réclameront les installations informatiques à l'horizon 2030 soulève avant tout une inquiétude de dépassement des capacités des réseaux. Même avec la construction effrénée de nouvelles unités de génération, notamment celles qui accompagnent tous les projets actuels de création de centres informatiques dédiés à l'intelligence artificielle, des tensions apparaîtront irrémédiablement, y compris dans les implantations existantes.
Je pense toutefois qu'il faut ajouter à cette préoccupation les inévitables problématiques de coût qui vont surgir, le prix de l'énergie ayant toutes les chances de grimper avec la demande. L'exploitation des modèles d'IA pourrait ne pas devenir plus abordable avec la maturité, contrairement aux innovations technologiques du passé. Enfin, surtout, les impacts environnementaux – à la fois en termes d'émissions de gaz à effet de serre et d'usage massif d'eau – sont généralement oubliés dans les calculs.
Pour toutes ces raisons, les entreprises vont devoir relancer sérieusement leurs efforts en matière d'efficacité énergétique, à tous les niveaux de la chaîne de valeur, entre autres à travers l'optimisation des aménagements des centres de données, des pratiques logicielles… Les travaux qui ont parfois été entamés et abandonnés il y a longtemps redeviennent d'actualité. Et la bonne nouvelle, pour la planète, est que chaque fois que des enjeux de coût prennent le dessus, la volonté d'agir suit…


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