La fraude, toujours la fraude. Les pertes de plus en plus sévères subies par leurs clients, dont elles sont susceptibles d'être tenues responsables, encouragent les banques à continuellement développer leur arsenal de défense. Ainsi, avec son « Scam Check », Lloyds Bank veut dorénavant contrôler les achats concernés en cas de suspicion.
Une partie des consommateurs britanniques sont maintenant accoutumés aux systèmes, mis en place depuis une petite dizaines d'années par plusieurs enseignes, qui leur imposent une pause de réflexion avant de finaliser une dépense. C'est en complément des questions à travers lesquelles ils sont incités à s'interroger sur la légitimité de leur transaction que Lloyds Bank leur demande donc désormais de télécharger des photos de l'article convoité, afin de compléter son analyse et fiabiliser son verdict.
Concrètement, armés des informations et des images collectées, y compris, naturellement, le montant de l'opération et l'identité bancaire du vendeur, les modèles d'intelligence artificielle déployés dans ce but alertent l'utilisateur si les signes d'une offre trop alléchante pour être honnête paraissent trop forts. Notons que, selon ma compréhension, la finalisation du règlement n'est jamais bloquée : c'est à la personne, dûment informée des risques qu'elle encourt, de décider d'interrompre son parcours.
Les critères évalués afin de déterminer la probabilité d'une escroquerie ne semblent pas particulièrement sophistiqués : un prix excessivement faible (en comparaison du prix moyen estimé à partir des photos), une boutique ou un vendeur installé récemment ou bien sans avis de consommateurs, une description approximative et, indices de communication qui trompent rarement, une demande de dépôt de garantie (pour réserver le produit) ou bien le sentiment d'urgence dans les termes de l'annonce.
Naturellement, le dispositif est lourd et contraignant, donc assez désastreux pour l'expérience client. Heureusement, il n'est mis en œuvre que dans les circonstances où le danger est maximal, à savoir les emplettes en ligne, essentiellement sur les plates-formes du groupe Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), auprès d'une contrepartie avec laquelle le payeur n'a jamais interagit auparavant. Ce choix très ciblé ne doit rien au hasard. Au contraire, il est justifié par le taux extravagant (68%) d'arnaques déclarées par les clients qui émanent de ces « réseaux sociaux »… que l'ensemble de l'industrie aimerait tant voir assumer leur responsabilité (presque) directe.
L'initiative représente également une certaine forme de pression qu'exerce Lloyds Bank (comme, avant elle, Starling, avec une solution similaire) sur Meta, pour autant qu'elle en ait les moyens (sans verrouiller totalement les flux). Outre son impact sur les ventes frauduleuses, l'introduction de frictions dans les paiements peut en effet conduire à une diminution des transactions légitimes et de la sorte affecter doublement les revenus du géant californien. Alors que ce dernier distribue des outils d'IA sans barrières qui seront probablement détournés par des cybercriminels, il y a urgence à agir.


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