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dimanche 31 mai 2026

Un outil pour appréhender la fidélité des clients

Krakn
Depuis toujours, la plupart des entreprises se démènent afin de développer la fidélité de leurs clients. Hélas, les outils à leur disposition pour évaluer les résultats de leurs efforts restent désespérément primaires. En mesurant l'attachement à la marque, le LoveScore de Krakn propose une approche sur un de ses principaux facteurs.

Aujourd'hui la panoplie des directions marketing, les plus concernées par le sujet, comprend, pour l'essentiel, deux instruments : les enquêtes de satisfaction et le « Net Promoter Score » (NPS). Or les deux, même correctement exploités, souffrent d'une limitation majeure, à savoir qu'ils n'autorisent pas une projection vers le long terme. Les premières parce qu'elles ne portent que sur un ressenti vis-à-vis d'une expérience passée et le second parce qu'il révèle uniquement une perception instantanée.

Conçu à partir de l'expertise en sciences comportementales de l'équipe de Krakn et d'une (relativement) vaste littérature de recherche spécialisée, le LoveScore s'appuie sur une combinaison de paramètres dans le but de qualifier le lien affectif profond de ses clients avec l'entreprise : le niveau d'attachement, résumant 15 facteurs psychologiques, les traits de personnalité, les modèles décisionnels et les éléments de contexte susceptibles d'influer sur les calculs statistiques (tels que l'ancienneté de la relation).

Une enquête auprès de 4 000 français, focalisée sur le secteur de l'assurance automobile, donne une idée de l'intérêt de la démarche, en comparaison du seul NPS. Ainsi, la petite moitié de consommateurs qui reçoivent un score élevé attribue trois fois plus fréquemment une note de 9 ou 10 (donc promoteurs) et ils présentent six fois moins de risques (4% contre 27%) d'être détracteurs. Et ces écarts se retrouvent explicitement sur les ventes, à travers, par exemple, un taux de multi-équipement supérieur.

Krakn – LoveScore

Reconnaissant que les deux indicateurs sont complémentaires, Krakn a récemment enrichi son dispositif de diagnostic, qui croise désormais le LoveScore et le NPS en vue de segmenter les clients d'une firme selon six profils, entre les personnes en rupture (détracteurs sans attachement) et les « lovers » (promoteurs avec un lien puissant). Cette catégorisation fournit aux décideurs un moyen inédit de, d'abord, comprendre à qui ils s'adressent puis d'élaborer une stratégie d'amélioration adaptée.

En effet, au-delà de ses travaux théoriques et de son comparatif entre 12 grands assureurs français, le cabinet de conseil offre un accompagnement personnalisé aux entreprises de tous secteurs désireuses de compléter leur méthodologie. Commençant par une évaluation sur un échantillon représentatif de clientèle, l'équipe en extrapole les résultats sur l'ensemble de leur portefeuille de manière à, entre autres, estimer la valeur moyenne (financière) dans chaque segment (LTV, « LifeTime Value »). Vient ensuite l'étape, collaborative, de choix des priorités et de préparation d'un plan d'action.

Le secteur financier, qui, par ses produits inscrits dans la durée, peut croire à une fidélisation « automatique », constitue une cible privilégiée naturelle pour la solution de Krakn, en particulier dans le contexte de croissance rapide de concurrents émergents, capables de s'emparer sans bruit d'une part potentiellement lucrative de la relation existante. Seule une attention soutenue à l'attachement des clients pourra anticiper et éviter les petites trahisons… qui coûtent souvent plus cher que les ruptures.

samedi 30 mai 2026

Plaidoyer pour le bien-être financier (encore !)

Forrester
C'est une rengaine, mais elle est indispensable puisque l'industrie semble refuser obstinément de l'entendre : une fois de plus Aurélie L'Hostis, pour le cabinet Forrester, prend la plume pour encourager les institutions financières à prendre des initiatives focalisées sur le bien-être financier de leurs clients. Or les lignes commencent à bouger.

Quand bien même l'envisager exclusivement à destination des ménages en difficulté serait extrêmement réducteur, la (nouvelle) crise du pouvoir d'achat engendrée par le blocus du détroit d'Hormuz, qui affecte directement le porte-monnaie de millions de familles et suscite parmi elles une angoisse quotidienne, constitue indubitablement une occasion de prendre conscience de l'importance du sujet, de ses conséquences sur les comportements et des opportunités qu'il offre aux acteurs du secteur.

Aurélie le rappelle inlassablement, la prise en compte du stress des individus vis-à-vis de leur situation budgétaire, qui exige une approche personnalisée sur des critères (notamment psychologiques) différents des segmentations marketing classiques, apporte des bénéfices mesurables sur leur confiance et leur loyauté, à long terme, stimulées par des possibilités de préconisation d'équipement mieux adaptée à leurs besoins réels, génératrices de revenus durables, et une meilleure maîtrise des risques.

Elle propose trois conseils en vue de répondre à l'enjeu. Il s'agit d'abord d'approfondir, de manière dynamique, la connaissance des clients et la compréhension de leurs attentes, sans se contenter d'analyser l'état de leurs comptes. Ensuite, il est impératif d'intégrer, de manière proactive, les recommandations pertinentes dans le contexte des interactions du quotidien. Enfin, l'organisation doit apprendre à concevoir son métier et évaluer sa performance sur l'échelle du bien-être financier de ses clients.

Forrester – Financial Wellbeing

Ces suggestions devraient logiquement motiver les institutions financières, ne serait-ce que dans un but de différenciation concurrentielle toujours plus difficile à inventer. Pourtant rares sont celles qui engagent des projets sérieux en la matière, vraisemblablement en raison de la perception qu'en l'absence de menace sur un terrain, il est inutile de s'y aventurer… et, potentiellement, d'essuyer les plâtres. C'est un peu l'histoire du PFM, auquel quelques banques se sont intéressées avant de réaliser que les startups spécialisées ne survivraient pas faute de modèle économique viable.

Aujourd'hui, avec l'émergence de solutions centrées sur le bien-être financier, une nouvelle tendance prend de l'ampleur, au moins dans les pays anglo-saxons. Ce sont les responsables du personnel dans les entreprises qui s'en emparent car ils identifient clairement, grâce, entre autres, à de nombreuses études scientifiques, l'impact des inquiétudes autour de l'argent sur la productivité des collaborateurs. Ces acteurs sont prêts à investir pour les mêmes gains que les banques (par des voies différentes) et beaucoup ont déjà mis en place les indicateurs qui en objectivent la rentabilité.

Une brèche est donc en train de s'ouvrir, via des fournisseurs dédiés qui, cette fois, savent comment monétiser leurs produits, et elle augure des mêmes dangers pour les institutions financières, en particulier de désintermédiation (même si elle reste partielle). Voilà une autre raison qui justifierait qu'elles développent des initiatives, sur lesquelles elles possèdent naturellement une légitimité incontestable, soit dans l'optique de fournir le service à leurs clients, soit, a minima, pour le distribuer auprès des entreprises.

jeudi 28 mai 2026

PingPong lance le paiement par carte universel

PingPong
PingPong, spécialiste des paiements pour les entreprises internationales, annonce une collaboration avec Visa, dans le cadre d'un programme dédié à ce domaine, afin de permettre à ses clients de régler toutes leurs factures avec leur carte existante, même si, et le cas est fréquent, le bénéficiaire n'accepte pas ce moyen de paiement.

La solution – d'ores et déjà commercialisée en Europe, au Royaume-Uni et à Hong-Kong (Singapour et les États-Unis devant suivre dans le courant de cette année) – n'a évidemment rien de magique et sa qualification de « paiement de carte à compte » en révèle tout le principe : les transactions, initiées par carte par le débiteur, sont simplement converties par la jeune pousse en virement classique à destination du créancier, pour qui la manipulation s'avère donc totalement transparente.

Pourquoi les directeurs financiers préfèreraient-il recourir à une carte au lieu d'effectuer le transfert interbancaire directement ? Le principal avantage mis en avant réside dans les capacités de financement qui sont en général intégrées dans ces instruments : alors que l'affacturage inversé requiert des démarches relativement lourdes et est coûteux, les contrats commerciaux incluent souvent, sans frais supplémentaires, un mode de compensation différée, laissant jusqu'à 45 jours de répit sur la trésorerie.

PingPong x Visa

Au premier abord, on peut s'étonner (ce qui est mon cas) que, à l'ère des virements instantanés et des grandes manœuvres orchestrées par certaines institutions financières (et publiques) en vue d'imposer ces derniers en substitution à la carte, théoriquement obsolète dans notre univers « digital » (et en conflit douloureux avec les velléités de souveraineté de certaines régions), émerge ainsi une initiative qui vise à développer les usages de ce vieux bout de plastique (certes de plus en plus virtualisé).

Or les bénéfices énoncés par PingPong rappellent une évidence. Des décennies d'évolution ont abouti à la création d'un écosystème riche et complexe qu'il sera très difficile de remplacer d'un claquement de doigt. On pense souvent aux dilemmes d'adoption, qui requiert un engagement simultané des payeurs et des encaisseurs, mais tous les services qui accompagnent la carte sont autant de facteurs de fidélité, qu'il faudra bien répliquer pour conquérir les utilisateurs, particuliers ou professionnels. J'ai évoqué par le passé le cas des assurances incluses, qui, de fait, commencent à être déclinées sur les transferts interbancaires. Les facilités de caisse, discrètes, voire implicites, mais appréciées des porteurs, en fournissent un autre exemple.

mercredi 27 mai 2026

BMO remporte 7 prix et a encore du potentiel

BMO
La canadienne BMO vient de se voir décerner par The Digital Banker sept distinctions pour diverses initiatives en matière d'intelligence artificielle, de « digitalisation » et d'expérience client. Dans cette dernière catégorie, les projets récompensés révèlent (accidentellement) les opportunités que la banque peut (et doit) encore explorer.

Les deux principaux services distingués ne seront pas inconnus de mes lecteurs fidèles, puisque j'ai consacré un billet à chacun d'eux. Il s'agit de « Mon Progrès Financier », un outil de planification à 360° destiné à accompagner la réalisation de projets, et du « Coach Crédit », qui aide les consommateurs à prendre le contrôle de leur score de crédit. Je pourrais ajouter à la liste la « Suite de Contrôles », qui propose de résoudre les problèmes de carte de crédit sans avoir à contacter le centre d'appel.

Tous ont en commun de représenter l'état de l'art dans leurs domaines respectifs, justement reconnu par les prix en question. Mais ils portent également cette même caractéristique d'être dédiés à un aspect spécifique de la relation bancaire. En réalité, ils ont même tendance à correspondre à des lignes de produit – investissement, crédit, cartes –, ce qui, je le crains, atteste d'un possible alignement sur l'organisation, chaque département concevant ses propres solutions, déployées dans une app unique.

BMO – Prix Digital CX

BMO est donc aujourd'hui avancée dans sa démarche de recentrage sur les besoins de ses clients… mais à l'échelle de ses divisions internes. Or les intéressés ne raisonnent pas par gamme d'offres, ils sont plutôt préoccupés, simultanément, par leur situation budgétaire, leur capacité à faire face à leurs obligations, la concrétisation de leurs rêves… Son prochain défi consistera donc à fédérer ses efforts actuellement dispersés afin d'adopter une vision plus globale, orchestrée autour du bien-être financier.

J'ai coutume de souligner combien les banques persistent à projeter vers leurs clients leur structure par silos, notamment dans l'agencement de leurs applications web et mobiles. Le défaut est identique ici et prend un relief particulier dans le contexte d'accompagnement de proximité que promeuvent les fonctions proposées. Dans tous les cas, c'est un changement radical de point de vue qu'il faudrait imposer, avec des services pensés en fonction de l'état d'esprit de l'utilisateur lors de ses interactions.

Naturellement, la tâche est ardue car non seulement elle requiert de réformer des habitudes ancrées depuis toujours mais, en amont, il s'avère en outre fréquemment difficile de discerner et comprendre les attentes réelles des clients. C'est dans cet exercice que réside, pour l'essentiel, la valeur des experts de l'expérience client.

mardi 26 mai 2026

Un agent IA au secours d'un processus défaillant

TD Bank
La canadienne TD Bank fait désormais officiellement partie de ces institutions financières qui plongent dans les promesses de l'intelligence artificielle « agentique », avec une mise en œuvre destinée à optimiser l'octroi de crédit hypothécaire. Voilà une excellente occasion d'évaluer la pertinence de cette réponse à un vrai problème.

Pour commencer par la fin, les premiers résultats obtenus semblent effectivement justifier la démarche d'automatisation : les temps de traitement des dossiers passent d'une moyenne de 15 heures à moins de 3 minutes, avec une meilleure qualité globale. À la clé, la banque réduit ses risques et les clients voient leur exigence de réactivité mieux satisfaite… bien que, en bout de chaîne, la décision finale revienne toujours à un professionnel humain, unique garant du bon déroulement des opérations.

Avec une telle performance, l'initiative paraît relever de l'évidence. Il faut pourtant s'interroger sur un des paramètres de l'équation, à savoir pourquoi l'organisation actuelle prend-elle autant de temps pour l'exécution d'une fonction certes complexe mais industrielle ? TD fournit elle-même l'explication, en décrivant la collecte de justificatifs, l'extraction des données qu'ils contiennent, le calcul des critères essentiels, les contrôles de cohérence, la rédaction d'une synthèse… qu'assume dorénavant son agent IA.

En résumé, les gains enregistrés grâce à ce dernier sont dus moins à ses qualités propres qu'au fait que la gestion des demandes de financement est aujourd'hui en grande partie manuelle, et donc inefficace et inadaptée aux attentes des clients. L'adoption de la dernière technologie à la mode en vue de résorber cette faiblesse constitue une option – parmi celles qui viennent vite à l'esprit des décideurs – tout comme l'était, dans une génération précédente, le déploiement d'outils de « RPA ».

Et les mêmes questions surgissent immédiatement, avec plus d'acuité que jamais : ne serait-il pas plus sain de redéfinir un processus visiblement obsolète – notamment dans son apparente dépendance à des documents imprimés – que d'essayer de le moderniser en en confiant le pilotage à un robot ? L'arbitrage prend avec l'intelligence artificielle une dimension nouvelle car celle-ci a un coût significatif, non seulement lors de la conception initiale mais également pour son fonctionnement quotidien.

Naturellement, TD est fière d'annoncer que son agent lui permet de réaliser des économies sur chaque décision. Mais outre qu'elle oublie probablement une partie de la facture (par exemple sur la consommation d'énergie) et qu'elle néglige peut-être le risque de volatilité sur le coût des solutions d'IA qu'elle a retenues, a-t-elle envisagé un scénario de refonte afin de comparer des estimations de retour sur investissement (celui-ci ayant toutes les chances d'être favorable à une rénovation en profondeur) ?

TD – Mortgages

lundi 25 mai 2026

Échos du monde bancaire 2026

Qorus
La semaine dernière, Qorus organisait son Reinvent Forum 2026 à Paris et m'offrait* ainsi l'occasion de faire un point sur les vraies tendances de la banque (en Europe, pour l'essentiel, bien que quelques autres pays – Afrique du Sud, Canada… – aient également rejoint la partie), assez loin du vacarme médiatique et de ses illusions.

Le premier et principal constat à tirer des différentes interventions auxquelles j'ai assisté est extrêmement limpide : si la plupart des dirigeants évoquent leur intérêt pour l'intelligence artificielle, matérialisé par quelques mises en œuvre généralement prudentes, leur principale préoccupation reste la « digitalisation », dont ils reconnaissent de la sorte implicitement, et à juste titre, qu'elle est loin d'être achevée. Elle n'est d'ailleurs pas appréhendée de la même manière par tous les acteurs.

Le contraste était particulièrement frappant lors du face à face entre Hello Bank! et Revolut. Quand la seconde porte en permanence son attention sur les attentes des clients, la filiale de BNP Paribas continue à focaliser ses efforts, dans une large mesure, sur son catalogue. L'une cherche systématiquement à comprendre quels services ont du sens pour ses utilisateurs, en leur donnant la possibilité de les tester, sans risque, afin qu'ils se fassent leur propre conviction. L'autre exploite un moteur prédictif pour déterminer quel produit vendre à l'issue d'une interaction avec un conseiller.

Dans un autre registre, les établissements traditionnels, tout comme leurs filiales 100% numériques, le cas échéant, persistent à considérer que leurs clients demandent un contact humain, personnalisé, pour leurs besoins jugés complexes (gestion de l'épargne, crédit immobilier…), justifiant le maintien d'un réseau d'agences. Il s'agirait d'un facteur de renforcement de la confiance et de réassurance. Cette perception ne peut guère surprendre… leurs implantations physiques constituant leur seul avantage face aux néo-banques, tandis que la qualité des outils web et mobile s'homogénéise.

Qorus – Reinvent Forum Paris 2026

Autre thématique critique pour l'industrie, la bataille pour les talents. Elle ressort très rapidement dès que les discussions abordent l'IA et ces inquiétudes n'ont rien de contre-intuitif puisqu'elles touchent en priorité aux compétences nécessaires pour la prise en main des techniques avancées d'analyse de données. J'ai ainsi entendu une représentante de la BCE appeler à valoriser l'image technologique de la banque en réaction à son manque d'attrait pour les jeunes diplômés. Mais la crise se fait aussi sentir dans les métiers où elle est utilisée (direction produit, pilotage réglementaire…).

Sur un versant anecdotique, j'ajoute ici quelques réflexions notables. Ce responsable qui vante (comme d'autres établissements) le choix d'un dialogue côte à côte entre client et conseiller m'interroge : cette disposition ne suggère-t-elle pas que l'échange se fait avec la machine, le rôle du professionnel s'en trouvant donc diminué ? En revanche, j'aime cette vision selon laquelle l'idéal pour un individu est de ne pas avoir à interagir avec son argent, qui serait plutôt piloté automatiquement. J'approuve aussi ce point de vue qui estime que chaque appel au centre de support reflète un échec…

Je ne sais pas si les institutions financières croisées au cour de l'événement de Qorus représentent fidèlement le secteur mais leurs discours me semblent rassurants, en comparaison des impressions qui se dégagent des communications officielles. Un message répété à plusieurs reprises martèle notamment qu'il faut prendre garde à ne pas se laisser emporter par la technologie mais penser toujours à ce qui sert les clients.

* Merci à Boris pour l'invitation !

dimanche 24 mai 2026

Sinistar, l'Airbnb du relogement post sinistre

Sinistar
La jeune pousse québécoise Sinistar, récemment débarquée en France, propose aux compagnies d'assurance une place de marché ouverte d'hébergements temporaires reprenant les principes d'Airbnb à l'intention des victimes de sinistre en mal de relogement pendant les travaux de réparation et de réhabilitation de leur habitation.

Les premiers acteurs à se lancer y voyaient un moyen de différenciation sur un marché saturé (justifiant des publicités spécifiques), les suivants se sentent maintenant contraints de s'aligner sur la concurrence. et voilà comment l'option de relogement est en passe de devenir une clause standard des contrats d'assurance (en France). Malheureusement, les solutions disponibles dans ce but ne sont pas toujours idéales, entre contraintes géographiques et catégories d'offres plus ou moins inadaptées.

Dans ce contexte, la promesse de Sinistar est de fournir la meilleure réponse possible aux besoins des sinistrés, pour le compte des assureurs. Pour ce faire, elle fait appel aux particuliers – et à d'éventuelles entreprises spécialisées – désireux de louer leur bien meublé, que ce soit dans l'optique de générer un complément de revenus ou de concrétiser leur solidarité avec les personnes en difficulté passagère. Il sont invités à soumettre leur annonce afin de participer à l'initiative (si elle est retenue).

En pratique, les demandes de logement émises par les compagnies donnent lieu à une sorte d'enchère, partagée avec les bailleurs inscrits sur la plate-forme dont la propriété se situe à proximité du lieu du sinistre. Il ne reste alors qu'à sélectionner une des réponses reçues et à accompagner l'installation des victimes. Sinistar assume les démarches administratives – gestion du contrat et des règlements, notamment – et opérationnelles – entrée dans les lieux, organisation des prolongations, si nécessaire…

Accueil Sinistar

Tout le monde trouve son compte dans le dispositif. Les assureurs, d'abord, profitent avec celui-ci d'un produit prêt à l'emploi conçu pour la satisfaction de leurs clients, dans les circonstances, pénibles, dans lesquelles se joue souvent leur fidélité à long terme. De leur côté, ces derniers bénéficient en effet d'une vraie résidence, proche de leur environnement familier, où, contrairement à une chambre d'hôtel, ils peuvent recréer un chez-eux, avec un confort équivalent à celui auquel ils sont habitués.

Sinistar vante également quelques avantages significatifs pour les propriétaires qui louent leur bien, en particulier en comparaison des offres dédiées aux touristes, entre des durées d'occupation généralement plus longues (la moyenne est de deux mois), un moindre risque de dégradation par des gens qui cherchent une habitation et non un pied-à-terre de villégiature, des réglementations parfois plus accommodantes…

Depuis 2017, la startup aurait déjà aidé 8 000 personnes à trouver un hébergement temporaire, en collaboration avec une quarantaine de compagnies. Son catalogue comporte plus de 10 000 annonces, réparties entre Canada, États-Unis, Royaume-Uni et France… où la densité est à ce jour un peu limitée pour remplir l'objectif de proximité mais dont il ne fait pas de doute qu'elle est en pleine expansion. En résumé, la proposition de Sinistar constitue une déclinaison utile du modèle Airbnb…

samedi 23 mai 2026

Nouvelle app pour NAB, sans révolution

NAB
Une écrasante majorité (98%) des interactions des clients avec NAB se déroulent désormais dans l'univers digital et les nouvelles applications web et mobile que déploie progressivement l'enseigne visent donc à mieux répondre à leurs attentes. Le résultat ne semble hélas pas à la hauteur des promesses et du contexte du marché.

L'annonce est pourtant alléchante puisqu'il est question de repenser les interfaces dans l'optique d'aider les utilisateurs à gérer leurs difficultés financières, facilement et rapidement, dans la conjoncture présente. Avec une telle ligne directrice, et en pensant à la manière dont l'intelligence artificielle s'immisce inexorablement dans la panoplie des consommateurs (ChatGPT en tête), on imagine immédiatement une transformation plus ou moins profonde par rapport aux approches transactionnelles habituelles.

Ce ne sera pas le cas, même si la banque fait, avec cette version rajeunie de ses logiciels, des efforts louables sur un aspect important de ses interfaces. La priorité a en effet porté sur la simplification de l'accès aux fonctions les plus sollicitées, telles qu'elles ressortent d'une analyse préalable des statistiques d'usage. L'objectif est donc de permettre l'interrogation des options les plus populaires moyennant un seul geste, contre jusqu'à 7 actuellement pour celles qui sont enfouies au fond d'obscurs menus.

Le principe prend un certain sens avec la rubrique « insights », derrière laquelle le client va découvrir, sur un écran unique, l'ensemble des informations essentielles afin de surveiller, voire anticiper, sa position : une prévision des dépenses à venir, les factures en attente de règlement, les possibilités d'ajustement de ses échéances de prêt… Cette partie constitue indubitablement un élément important pour la sérénité budgétaire… à tel point que je m'interroge : n'aurait-elle pas sa place dès l'accueil de l'app ?

NAB App

En revanche, je suis plus dubitatif sur la section dédiée à la sécurité, où sont réunis les différents contrôles disponibles en vue de protéger les comptes, qu'il s'agisse de configurer la validation biométrique des opérations, de définir des plafonds de transaction et autres interventions urgentes en cas de soupçon de malversation. On comprend l'intérêt de la banque à mettre en avant cette thématique, ne serait-ce que pour sensibiliser les utilisateurs, mais on s'écarte ici de la mission initiale annoncée.

La déception sera encore plus grande sur le cœur du dispositif, à savoir le suivi de la trésorerie et de l'épargne. Pour celui-ci, il faudra se contenter des traditionnels récapitulatifs de compte, assortis de leur non moins classique historique d'opérations, sans, entre autres, la moindre préconisation contextuelle, qui, idéalement, pourrait être activée en un clic ou deux. Tant pis pour l'assistance au pilotage de budget… mais aussi pour l'accélération de l'exécution des demandes les plus courantes.

La démarche de NAB a de quoi surprendre alors que la tendance du moment, dans le même but de faciliter l'accès aux innombrables options de la banque « digitale », consiste à exploiter l'intelligence artificielle dans des interfaces en langage naturel (via la voix ou par tchat), qui ont l'avantage de ne pas privilégier les préférences d'une majorité mais, au contraire, de s'adapter aux besoins de chaque individu. Et cette sorte d'égarement lui fait rater l'opportunité de réellement réinventer le modèle d'interaction historique, qui devrait maintenant basculer vers une logique de compagnon financier.

jeudi 21 mai 2026

Pas d'IA sans sémantique des données

Gartner
Le cabinet Gartner déclare que l'absence de contexte et de sémantique sur les données d'entreprise compromettra les performances des agents IA et entraînera d'immenses gaspillages. Hélas, le problème est profond et s'avèrera extrêmement difficile à résoudre. Pour illustration, je propose d'en décrypter trois raisons.

Aussi magique paraisse-t-elle, l'intelligence artificielle n'est évidemment pas capable de miracle. Qu'il s'agisse de manipuler des contenus, comme le font maintenant des millions de personnes chaque jour avec ChatGPT et ses équivalents, ou de développer des robots capables d'exécuter des actions en totale autonomie dans un environnement professionnel, elle ne peut « raisonner » correctement que si elle possède des indications précises sur la signification de la matière sur laquelle elle s'exerce.

En pratique, cette exigence correspond à une nécessité impérative que tous les artefacts qu'elle est amenée à manipuler – données présentes dans les gisements existants ou exposées à travers des services (API ou interface graphique), notamment – soient décrits en détail et que leurs relations réciproques soient documentées. Les schémas qu'entretiennent les responsables aujourd'hui ne suffisent pas, une couche de contexte est critique dans la gouvernance afin d'éviter erreurs, biais et autres hallucinations.

Le constat est à peu près incontestable. Or mes observations sur le terrain, en particulier autour des référentiels d'information disponibles, m'incitent à penser que la tâche sera ardue dans beaucoup de firmes et que les obstacles prêts à se dresser sur la route de ceux qui veulent profiter au maximum de l'IA agentique seront nombreux.

Il faut d'abord remarquer que, très souvent, les collaborateurs ont perdu le réflexe de la documentation (souvent sous des prétextes absurdes, dont celui de l'agilité). L'agencement des systèmes et leur structure interne n'existent alors que dans la tête de ceux qui les conçoivent et les construisent… et sont donc hors de portée de tout automate. À ce syndrome s'ajoute évidemment la perte de connaissance du patrimoine historique (celui datant de plusieurs décennies), pourtant toujours au cœur de l'activité.

Ce défaut est en outre aggravé par la rapidité avec laquelle se succèdent les générations d'employés dans les organisations modernes. Quand ils changent de poste ou de société (entre autres pour les prestataires) tous les trois ou quatre ans, il est d'autant plus difficile de reconstituer une documentation cohérente et exhaustive. Au mieux, elle est éparpillée et découpée en strates temporelles qu'il faudrait réconcilier afin d'en tirer une description utile pour les besoins des modèles d'intelligence artificielle.

Il reste enfin un dernier sujet, assez délicat, à considérer. Quand bien même des dictionnaires de données sont mis en place et régulièrement alimentés, la qualité de leur contenu est potentiellement douteuse. L'indigence atteint parfois des sommets, par exemple quand l'anglais est imposé et introduit des contresens ou incohérences qui seront catastrophiques pour les tentatives d'automatisation susceptibles de les appréhender sans intégration d'une dimension culturelle propre à chaque auteur.

En conséquence, le chantier de gouvernance de l'information, sous tous ses aspects, devrait constituer une priorité absolue dans les entreprises qui entendent exploiter les opportunités de l'IA et il ne faudra pas lésiner sur les moyens afin de le mener à bien. On pourrait d'ailleurs arguer qu'il serait tout autant indispensable pour une meilleure maîtrise stratégique : comment des dirigeants peuvent-ils gérer sereinement des entités dont les membres ne possèdent pas une vision claire des concepts qu'ils manipulent ?

Gartner – Rita Sallam

mercredi 20 mai 2026

La blockchain impose des compromis

Banque d'Angleterre
Voilà plus de 10 ans que la blockchain, popularisée par son implémentation avec le bitcoin, fait rêver des décideurs crédules du secteur financier. La Banque d'Angleterre en est ainsi encore à organiser des défis d'innovation pour dégager le vrai du faux. Mais ses dernières conclusions identifient (enfin !) quelques-uns de ses défauts.

Dans un monde rationnel, on imaginerait qu'une décennie de débats, d'études, d'expérimentations… sans résultats probants suffirait à abandonner une idée, aussi prometteuse soit-elle à sa naissance. Mais non. Spécialement dans le domaine de la compensation des échanges de gros qui intéresse ici l'institution britannique, les responsables s'acharnent, en voulant croire que la technologie progresse rapidement et qu'elle sauvera le concept. Pas de chance, c'est bien ce dernier qui est déficient.

C'est, en tous cas, ce que révèle ce énième rapport d'analyse, élaboré à partir des réponses de la petite dizaine de participants au « DLT Innovation Challenge » aux demandes de recherche approfondie formulées sur quatre axes complémentaires, centraux pour l'évaluation des capacités de la blockchain à « gérer les transactions et la compensation entre intervenants via un registre externalisé programmable, sans mécanisme de confiance natif et sur lequel la banque centrale n'a aucun contrôle ».

Parmi les caractéristiques évaluées, la première concerne les qualités fondamentales du concept, à savoir la faculté de combiner finalité (la certitude qu'une transaction est définitivement et irréversiblement validée), résilience (grâce à la distribution de l'information) et rapidité d'exécution. Sans surprise, les conclusions confirment que, si des solutions existents pour optimiser l'une d'elles, elles impliquent obligatoirement des concessions sur les autres. Aucune n'est parfaite sans perte de confiance.

Bank of England – DLT Innovation Challenge

Par ailleurs, l'analyse sur la dimension de la montée en charge (c'est-à-dire la possibilité de traiter des volumes croissants sans baisse de performance) montre également qu'elle ne peut être garantie que moyennant la mise en place d'appareillages complémentaires complexes et néfastes aux exigences précédentes. En résumé, la blockchain n'est pas en mesure de satisfaire les besoins élémentaires du cas d'usage envisagé… et requiert des contorsions coûteuses et fragiles pour en remplir ne serait-ce qu'une partie.

Quelle découverte ! Il existe depuis au moins 40 ans une loi qui établit qu'il est impossible d'avoir simultanément résilience, fiabilité et rapidité dans un système de base de données. Rien n'a encore été inventé qui la rendrait caduque, tout au plus des options, vendues à prix d'or, en repoussent-elles un peu les limites. Ceux qui prétendent que la blockchain parvient à briser cet axiome (et j'en entendais encore un récemment l'affirmer devant une audience de banquiers) devraient se taire face aux faits.

mardi 19 mai 2026

Vous souvenez-vous de Dwolla ?

NMI
Née en 2010 aux États-Unis, Dwolla imaginait avant tout le monde un système de paiement en temps réel et bon marché. Sa vision est désormais devenue une réalité presque universelle, sans elle, mais son expertise reste suffisamment avancée pour être aujourd'hui acquise par NMI, un leader américain des infrastructures d'encaissement.

Initialement, la jeune pousse d'alors voulait offrir aux consommateurs un instrument, peu coûteux pour les marchands, qui leur permette de régler leurs achats, puis d'échanger de l'argent avec leurs proches, sans les délais habituels des cartes, à travers une connexion directe avec leurs comptes bancaires. Elle fut également pionnière dans la mise en œuvre d'API, autorisant une intégration transparente de ses services au cœur des produits de ses clients, dont elle fit même la démonstration avec un porte-monnaie virtuel sous licence libre, que quiconque pouvait ainsi s'approprier et personnaliser.

Mais ce marché, entre commerçants et particuliers, s'est rapidement avéré être encombré, avec des marques telles que Square et PayPal. Alors Dwolla a opéré un changement de modèle (un pivot dans le jargon) où elle se retrouvait quasiment seule : capitalisant sur ses forces existantes, elle a choisi de commercialiser son réseau interbancaire propriétaire auprès d'entreprises désireuses de profiter d'un canal de paiement instantané, représentant un progrès majeur par rapport aux cartes et aux virements traditionnels. Parmi ses premières adeptes figurait BBVA Compass.

NMI Acquiert Dwolla

C'était il y a 12 ans. À l'époque, une grande partie des banquiers se gaussait de cette évolution, clamant qu'il n'existait aucun besoin d'accélérer les transferts, qui, pourtant, prenaient souvent 3 à 7 jours. En 2026, il reste quelques dinosaures pour continuer à tenir ce genre de discours, mais, entretemps, l'essentiel de la planète s'est équipé de mécanismes de paiement rapide (en général en quelques secondes), enfin, et le débat est globalement clos. Bien entendu, l'avantage technologique de Dwolla s'est trouvé englouti avec les initiatives de place… et je n'avais plus entendu parler d'elle.

Elle revient donc dans l'actualité à l'occasion de son rachat, ce qui équivaut à signaler une certaine forme de disparition. Cependant, outre son empreinte indélébile sur l'histoire de la FinTech, sa capacité à survivre jusqu'à maintenant démontre tout de même le chemin qu'il reste à parcourir en vue de rendre les paiements plus simples pour toutes les parties prenantes. En effet, son patrimoine comprend une infrastructure extrêmement importante pour l'interconnexion de différentes méthodes de transfert entre comptes, dont la genèse date de ses débuts et qui masque les complexités de l'industrie à ses utilisateurs, comme le fait aussi NMI au niveau de l'encaissement marchand.

lundi 18 mai 2026

La centricité client commence par l'organisation

Forrester
À chaque nouvelle rupture (plus ou moins) technologique, la même question se pose dans les grands groupes : où en positionner la responsabilité dans l'organisation. Les directions digitales ont ainsi proliféré depuis plusieurs années (sans toujours produire d'excellents résultats)… mais l'intelligence artificielle rebat aujourd'hui les cartes.

Dans ces débats, le cabinet Forrester tend globalement à préconiser la création d'un poste unique pour la supervision du digital, des données et de l'IA, en arguant d'une exigence d'efficacité face aux interdépendances manifestes entre ces thématiques et, surtout, de cohérence stratégique. À l'occasion d'un entretien avec un représentant de l'australienne CommBank, les analystes présentent cependant une approche un peu différente, qui combine cet ensemble avec un centrage explicite sur le client.

Le raisonnement sous-jacent est un prolongement logique de celui que tient Forrester. Intelligence artificielle et digital sont étroitement liés, auxquels se rattache automatiquement la donnée, qui en constitue la matière première essentielle. À ces domaines, dont l'alignement est critique, la banque ajoute « simplement » le client car ses efforts en la matière visent à mieux le servir, d'une manière ou d'une autre, dans le cadre d'interactions qui se déroulent déjà en majorité via des canaux numériques.

Cette structuration n'exclut pas un pilotage spécifique complémentaire, notamment par différentes entités dédiées à la gestion de l'information et la science des données ou encore par le responsable de l'IA qui doit arriver prochainement. Mais quand ceux-là se chargent de gouvernance, de définition de solutions, de mutualisation des moyens…, le Dr. Michael Baumann, rattaché hiérarchiquement au directeur de la banque de détail, porte les projets axés sur des objectifs d'amélioration de l'expérience client.

Forrester – CommBank – Customer, Digital and AI

Dans ce contexte, la mesure de la performance s'appuie non sur des indicateurs techniques mais sur des instruments destinés à évaluer la satisfaction des utilisateurs : progression du Net Promoter Score (NPS), taux d'adoption des nouvelles fonctions déployées, diminution des réclamations… Il s'agit de vérifier objectivement que l'ambition affichée de réduire le stress des clients, leur donner confiance dans leur contrôle sur leur argent, améliorer leur bien-être financier… est effectivement atteinte.

Naturellement, il ne suffit pas de définir un organigramme pour optimiser le fonctionnement d'une entreprise. Néanmoins, l'intégration de l'intelligence artificielle et du digital au niveau du métier est un premier pas primordial vers la compréhension des enjeux que ces sujets embarquent, bien au-delà de seules considérations technologiques. Et leur rattachement à une équipe qui priorise les besoins des clients, en espérant qu'elle s'acquitte dignement de sa tâche, est d'autant plus prometteur.

dimanche 17 mai 2026

ChatGPT se fait coach de finances personnelles

OpenAI
Je l'avais anticipé avec le lancement, à l'automne dernier, d'un coach personnel, OpenAI n'a donc pas tardé à concrétiser la prolongation du concept avec un accompagnement au pilotage des finances personnelles. S'il ne présente pas de caractéristiques révolutionnaires à ce stade, il ouvre tout de même la voie à un changement profond.

Naturellement, les consommateurs n'ont pas attendu pour demander des conseils financiers à leur plate-forme d'intelligence artificielle préférée. Il seraient même 200 millions chaque mois à poser des questions à propos de gestion de budget, de recommandations d'investissement, de planification de projets… Désormais, ceux qui le souhaitent (et sont abonnés à la version « pro ») pourront bénéficier de réponses mieux personnalisées s'ils ouvrent l'accès à leurs comptes, via la technologie de Plaid.

Grâce à ses interfaces avec quelques 12 000 établissements, la solution propose de connecter non seulement les comptes bancaires, de dépôt et d'épargne, mais également les cartes de crédit, les portefeuilles d'investissement… afin de lui fournir une visibilité complète sur sa situation et bénéficier de la sorte d'une assistance optimisée. Une fois la configuration terminée, dans les règles de l'art de l'« open banking », notamment en termes de sécurité, l'utilisateur obtient une première analyse complète de sa position.

Sans être extraordinaire, celle-ci offre un bilan instantané comme on en voit rarement sur le marché. Outre un aperçu des dépenses par grande catégorie et une estimation du patrimoine global, elle inclut des informations sur les transactions récentes et les factures à régler prochainement, un état des abonnements, une comparaison des dépenses par mois, la répartition des investissements par classe d'actif… En résumé, c'est une sorte de tableau de bord qui présente l'essentiel à savoir sur ses comptes.

ChatGPT PFM

Hormis dans sa forme, le contenu ainsi restitué est tout à fait banal et il en est de même pour une bonne partie des services que peut rendre ChatGPT à partir de sa connaissance de l'historique de transactions de l'utilisateur, qu'il s'agisse d'effectuer des calculs sur tel ou tel critère (par exemple, combien ai-je dépensé au total pour mes dernières vacances ?), de rechercher des tendances parmi les opérations, d'évaluer la stratégie d'investissement… ou même de vérifier l'utilité des abonnements identifiés.

La différence avec ce qui se fait aujourd'hui commence à être plus marquée avec les possibilités de conseil opérationnel, notamment pour la définition d'un grand projet (organiser l'achat d'une maison dans les 5 ans) ou l'examen de scénarios de vie (mesurer l'impact d'une réduction de salaire pour gagner en flexibilité des horaires de travail). OpenAI ne manque pas d'évoquer son intention future, à un terme non précisé, d'enrichir ces préconisations avec des capacités de mise en action immédiate.

Autre particularité notable, l'outil sait également enregistrer des éléments de contexte qui sont indétectables autrement dans les données brutes. Si vous lui expliquez que vous mettez de l'argent de côté pour acheter une voiture ou que vous devez une somme d'argent à un proche, il prendra en compte ces à-côtés dans les interactions ultérieures. L'ambition sous-jacente est d'appréhender et intégrer la situation globale de la personne de manière à pouvoir lui apporter une aide toujours pertinente.

Si cet ajout dans ChatGPT ne représente pas un saut générationnel par rapport aux options de PFM existantes – dédiées ou intégrées dans les applications de banque –, il se positionne clairement en pointe sur le sujet et laisse entrevoir une marge de progression considérable, susceptible de laisser derrière lui les acteurs traditionnels… et de la sorte de détourner la relation que ces derniers entretiennent avec leurs clients.

samedi 16 mai 2026

NatWest crée un compte d'épargne semi-bloqué

NatWest
Partout dans le monde, les consommateurs apprécient la flexibilité des comptes d'épargne simples, bien que les taux d'intérêts qu'ils servent soient généralement modestes. Après une étude des habitudes de ses clients, la britannique NatWest en propose désormais une version plus rentable, moyennant une petite contrainte sur les retraits.

Les règles de fonctionnement du nouveau « Defined Access Saver » sont triviales. Les dépôts sont libres, sans montant minimum, et accessibles à tout moment. En mode nominal, ils sont rémunérés, à rythme mensuel, à un niveau particulièrement avantageux (2,50% actuellement). En revanche, dès que le détenteur effectue un quatrième retrait dans l'année, il voit ce taux réduit à une valeur de marché (1,04% à date) jusqu'au premier janvier suivant, date à partir de laquelle son compteur est réinitialisé.

Le mécanisme n'est pas conçu au hasard. La banque a en effet confirmé auprès de ses clients qu'une proportion importante (45%) ne ponctionne que rarement, au plus annuellement, dans ses économies. Ce sont donc près de la moitié d'entre eux qui pourraient profiter immédiatement d'une bonification du taux servi sur leur épargne. Et ils sont bien plus nombreux (83%) à déclarer qu'ils apprécieraient un système valorisant leur modération du nombre de retraits, complétant de la sorte la cible potentielle.

NatWest – Defined Access Saver

Naturellement, une bonne partie de ces personnes devraient probablement envisager de transférer tout ou partie de leurs réserves sur un compte à terme afin d'optimiser leur rendement. Cependant, ces produits, outre qu'ils ne sont pas toujours bien connus, créent un frein psychologique par rapport à l'impression qu'ils donnent de bloquer l'argent ou, a minima, de renoncer à tout bénéfice en cas de retrait anticipé. L'approche adoptée par NatWest permet largement d'éviter ce genre de biais cognitif.

D'autre part, dans une logique pédagogique, le « Defined Access Saver » peut également être appréhendé comme un stimulateur de « bon » comportement financier. En effet, grâce à son limiteur d'opérations, le titulaire sera enclin à s'interroger sur la pertinence de gréver ses économies et risquer de perdre ainsi un revenu facile. Ce pourrait être le premier pas vers une démarche de maîtrise de son budget personnel, par exemple pour le maintien d'un fonds d'urgence ou la résistance à des achats impulsifs.

Un responsable de NatWest explique que l'initiative correspond à l'ambition de l'établissement d'offrir à ses clients la diversité d'options que requièrent leurs besoins et les moyens de prendre confiance dans leur contrôle sur leur argent. Je ne doute pas que le nouveau dispositif constitue une opportunité commerciale supplémentaire pour la banque mais son principe prend indubitablement en compte l'intérêt des consommateurs. Il resterait maintenant à vérifier si ses promesses sont réellement tenues et donc si, sur le terrain, sa distribution est alignée avec sa philosophie.

vendredi 15 mai 2026

Yomoni automatise l'optimisation fiscale

Yomoni
Si l'optimisation fiscale est souvent perçue comme un privilège (abusif) réservé aux personnes fortunées, elle peut aussi concerner des ménages « moyens ». Ces derniers n'ont cependant pas accès, évidemment, au même niveau de conseil. Alors Yomoni esquisse ce que pourrait être une option d'assistance automatisée pour tous.

La jeune pousse dévoile son nouvel outil juste à temps pour la saison des déclarations de revenus 2025. Disponible gratuitement pour tous les français, clients ou non, il les invite à télécharger leur avis d'imposition précédent. Une fois son analyse terminée, en quelques secondes, le service restitue une synthèse complète, qui reprend les éléments principaux du document et détaille les possibilités de réduction et de crédit d'impôt qui en ressortent, résumées en un montant d'économies potentielles.

Naturellement, il n'existe pas de formule magique pour extraire une vision exhaustive de la situation financière d'un foyer à partir de cette seule source d'information. La promesse de Yomoni porte donc exclusivement sur les avantages réservés aux Plans d'Épargne Retraite (PER), dont les plafonds de déduction autorisée – constituant un des instruments de réduction d'impôt les plus faciles à mettre en œuvre pour une grande partie de la population – sont clairement affichés chaque année pour la suivante.

L'initiative mérite d'être soulignée, en dépit de cette sévère limitation, d'abord parce que le dispositif officiel qui entoure le PER s'avère relativement méconnu et sous-exploité par les contribuables, alors qu'il existe depuis longtemps et non seulement leur permet d'abaisser leurs ponctions fiscales mais les encourage aussi à mettre régulièrement de l'argent de côté afin de compléter leur future pension. Pour Yomoni, il s'agit également, bien entendu, de promouvoir sa propre gamme de produits dédiés à ce marché.

Yomoni – Optimisation Fiscale

Plus globalement, le principe, aujourd'hui limité, ouvre une fenêtre sur une perspective plus riche. La première est celle que suggère l'entreprise elle-même, de contacter ses spécialistes en vue d'obtenir un accompagnement personnalisé en matière d'optimisation fiscale. Ensuite, il serait probablement utile d'affiner l'approche, par exemple en approfondissant les modalités d'utilisation des plafonds pour ceux qui ne peuvent débloquer la somme totale en une fois, pour toutes sortes de raisons, ou en profitant de l'opportunité pour déployer une démarche pédagogique sur le PER.

Par ailleurs, d'autres options fiscales mériteraient d'être explorées, moyennant l'accès à des sources de données plus extensives, à commencer par les comptes bancaires et leurs historiques de transactions. L'idée devrait attirer l'attention des institutions financières… mais elle n'est pas hors de portée pour Yomoni. En réalité, je m'interroge même sur l'hypothèse que le service actuel est une expérimentation, destinée à mesurer l'intérêt du grand public pour le concept et sa capacité à accepter de partager des données privées pour être conseillé, avant d'envisager une extension de périmètre.

jeudi 14 mai 2026

Affirm offrira sa solution de BNPL aux banques

Affirm
À la recherche de nouveaux territoires à conquérir, Affirm, l'autre leader du paiement fractionné, présentait sa prochaine offensive stratégique à l'occasion de sa récente conférence pour les investisseurs. Avec Edge, la jeune pousse vise ainsi à implanter ses options de financement au cœur des applications bancaires prisées par les consommateurs.

Jusqu'à maintenant, le BNPL est proposé en priorité aux commerçants, son impact positif sur leurs ventes fondant le modèle économique du concept, et, de plus en plus souvent, directement aux particuliers, par exemple à travers la distribution d'une carte de paiement (notamment dans le cas d'Affirm) ou bien, pour son principal adversaire Klarna, via une place de marché. Bien que leur progression ait atteint un plateau depuis quelques mois (peut-être oublié, au moins temporairement, avec la crise actuelle du pouvoir d'achat), le potentiel d'expansion de ces approches reste immense.

Mais il ne suffit évidemment pas aux velléités d'hyper-croissance des mastodontes du secteur, même s'ils ne sont plus des startups. Afin de capter une audience supplémentaire, Affirm souhaite donc introduire ses outils, aussi bien de paiement fractionné sans frais que de crédit à la consommation, auprès des institutions financières traditionnelles. Son raisonnement est simple : il existe une vaste réserve de personnes réticentes à adopter le service d'une marque émergente mais qui n'hésiteraient pas à l'utiliser dans une application de confiance, fournie par la banque qu'ils connaissent.

La solution s'adresserait de la sorte aux américains qui sont de plus en plus nombreux à se défier des cartes de crédit, dont elle se positionnerait donc en concurrence frontale, et préfèrent privilégier des règlements comptant. Edge leur procurerait alors un instrument pour leurs dépenses plus ou moins exceptionnelles excédant le solde de leur compte. Estimant un besoin de 2 000 dollars par an pour la moitié de la population concernée fidèle à son app bancaire, Affirm évalue le marché à 140 milliards.

Introducing Affirm Edge

À ce stade, la communication ne précise pas la forme que prendra l'intégration du BNPL dans un contexte bancaire mais essayons de l'imaginer. En considérant qu'il faut nécessairement emprunter une voie différente du crédit classique (déjà disponible) et en s'inspirant du fonctionnement existant de la carte Affirm, l'implémentation devrait permettre à l'utilisateur de choisir un mode de financement sur les opérations éligibles de son historique de transactions. Dans cette hypothèse, le défi pour la jeune pousse sera de créer un service techniquement facile à insérer dans des logiciels hétéroclites.

Naturellement, l'offre n'intéressera guère les établissements les plus importants, qui possèdent dans leur catalogue ce qu'ils perçoivent comme un équivalent ou qui se jugent capables de créer leur propre variante. Ceux-là pourraient toutefois prendre note de la démarche et analyser en détail l'implémentation envisagée, puis s'en inspirer, car, de manière générale, ils ne sont pas particulièrement en pointe sur l'intégration transparente de solutions de financement au niveau des moyens de paiement…

mercredi 13 mai 2026

Première fuite de données bancaires via IA

Community Bank
Tout le monde sait que ce genre d'incident devait arriver – je soupçonne d'ailleurs que celui-ci n'est pas le premier cas, d'autres étant certainement passés sous les radars – et la primeur en revient à Community Bank, petit établissement régional du nord-est américain, qui révèle donc officiellement une fuite de données bancaires due à l'utilisation d'un outil d'intelligence artificielle non autorisé.

Derrière les termes génériques de la déclaration effectuée auprès des autorités, le scénario qui se dégage semble à la fois totalement prévisible, tristement banal et, forcément, très inquiétant. En résumé, un employé a transmis des informations sensibles sur les clients de l'institution – comprenant leurs noms, numéros de sécurité sociale et dates de naissance – lors de l'interrogation d'une plate-forme d'IA publique, vraisemblablement ChatGPT ou un équivalent, à l'encontre des règles en vigueur.

On pourrait penser qu'une telle mésaventure n'est pas la pire qui puisse arriver, les données ayant été partagées avec une entreprise a priori responsable. Le risque de divulgation reste pourtant élevé car elles font maintenant potentiellement partie de l'apprentissage des modèles et pourraient ainsi être restituées par accident… voire par manipulation. En outre, les démarches de demandes de retrait aux fournisseurs ne sont pas toujours industrialisées et sont susceptibles de longs délais de traitement.

Un autre argument qui me sera opposé (je vous entends d'ici) portera sur la dimension de la victime : ce qui peut se produire dans une petite structure serait impossible dans un grand groupe, beaucoup mieux équipé en matière de cybersécurité. Si vous croyez à ce mythe, vous vous exposez à de sérieuses déconvenues. A minima, votre organisation comporte aussi de petites entités, où une certaine autonomie prévaut, et où les catastrophes sont prêtes à survenir, ternissant l'image de la maison mère.

Cependant, l'aspect le plus alarmant de l'histoire tient dans les parades qu'envisage la banque afin d'éviter que le problème ne se reproduise. Même si elle précise qu'elle ne se limite pas à ceux-ci, sa focalisation prioritaire sur les contrôles – entre le renforcement de ceux qui existent et l'ajout de nouveaux, en passant par une surveillance accrue – n'est résolument pas une réponse adéquate. Chaque jour qui passe démontre comment les collaborateurs trouvent toujours un moyen de contourner les restrictions.

La seule véritable solution consisterait à interdire strictement tout accès aux données de production. Le principe peut paraître radical et excessif mais, en réalité, il est parfaitement aligné avec une réalité incontournable : personne dans l'entreprise n'a besoin des informations détaillées en volume. En particulier, les développeurs et autres scientifiques de données qui mettent au point des applications doivent apprendre à le faire avec des versions désensibilisées, a minima par voie d'anonymisation.

Community Bank

mardi 12 mai 2026

Les priorités de l'IA dans la banque

NatWest
La cohorte de startups retenues pour l'édition 2026 de son Programme FinTech nous procure une occasion de découvrir dans quels domaines NatWest – et, par extrapolation, l'industrie bancaire en général – place la priorité pour la mise en œuvre de l'intelligence artificielle. Une évolution prometteuse est peut-être en train de se dessiner…

Le dispositif, lancé en 2025, apparemment, s'inscrit dans une longue tradition d'accompagnement de jeunes pousses par les institutions financières, dont l'ambition est de stimuler l'innovation par l'apport de solutions externes en cours d'élaboration. Concrètement, les entrepreneurs ont douze semaines pour, principalement, explorer des opportunités de collaboration avec les différents départements de l'établissement et, dans une moindre mesure, bénéficier de conseils pour le développement de leur offre.

Pour cette année, la thématique soumise aux candidats, et celle sur laquelle les lauréats sont appelés à travailler maintenant, est dans l'air du temps : « comment l'IA façonne l'avenir de l'expérience client ». Sans grande surprise par rapport à ce qu'on observe dans l'ensemble du secteur, si l'ensemble de la sélection répond au critère de l'intelligence artificielle, l'alignement avec l'expérience client semble avoir été appliqué avec une certaine souplesse, révélant une préoccupation au mieux émergente.

Parmi les huit firmes participantes, Condukt concentre ses efforts sur la maîtrise de la conformité réglementaire, DeepFlow sur les risques et la lutte contre la criminalité, Galveston sur les impacts de la géopolitique sur l'activité, Gradient Labs sur l'optimisation des processus de support. Outre qu'il s'agit, pour la plupart de fonctions où l'irruption de l'IA est devenue habituelle, elles n'ont pas ou peu d'influence directe sur la relation avec les clients et relèvent surtout de gains sur l'efficacité opérationnelle.

NatWest – FinTech Programme

En revanche, les autres laissent entrevoir, à des degrés divers, une inflexion vers des capacités plus orientées vers l'extérieur. Pour Murphy AI, sur le recouvrement, la cible est autant d'améliorer le traitement des personnes concernées que la productivité. Pour Aveni, sur l'engagement, et Round Treasury, sur la gestion de trésorerie, on commence à toucher à une recherche de différenciation. Enfin, la perle du lot (à mon sens) est Empath_AI, dont la technologie vocale, qui vise à repérer puis aider les individus vulnérables sans l'exprimer, esquisse un nouveau service destiné au grand public.

Les institutions financière n'en ont certainement pas fini avec leurs projets d'IA justifiés par des velléités d'économies, notamment via la suppression de tâches manuelles et les réductions d'effectif qu'elles espèrent en dégager. Mais on peut désormais envisager qu'elles s'intéressent à d'autres opportunités, ouvertes à des orientations inédites, et plaçant l'intérêt du client au premier plan. Il est vrai que, comme l'organise le programme de NatWest, le recours à des partenaires, en particulier des jeunes pousses défrichant des terrains vierges, représente un moyen privilégié de les explorer.

lundi 11 mai 2026

Un régulateur teste l'IA contre la fraude

MAS
Consciente que la lutte contre la criminalité financière est incontestablement plus efficace quand elle porte sur un périmètre élargi, la banque centrale singapourienne lance une expérimentation de détection de malversations grâce à des techniques d'analyse de données évoluées appliquées à un historique de transactions réelles.

Le principe du recours à des modèles d'apprentissage automatique, voire d'intelligence artificielle, en vue d'améliorer la performance des protections contre la fraude n'est évidemment pas nouvelle… elle représente même un des cas d'usage de ces outils parmi les plus répandus dans l'industrie. En revanche, sa déclinaison à l'échelle d'un régulateur national est plus originale et répond à un vrai enjeu de réactivité, l'identification des risques étant plus rapide à partir d'une vue de l'ensemble des échanges dans un pays plutôt qu'au seul niveau d'un établissement.

La mise en œuvre n'est toutefois pas triviale, comme le démontrent les conditions dans lesquelles la MAS organise ce qui devrait être un simple test. Certes, il n'y a aucune prouesse technique à demander à cinq banques locales de partager les informations qu'elles détiennent sur les opérations réalisées pendant une période spécifique (non précisée) puis à entraîner des solutions d'IA plus ou moins sophistiquées sur cette matière première pour l'identification automatique des tentatives d'escroquerie.

La réelle difficulté consiste à réaliser un tel projet avec toute la sécurité requise, alors que les données dont il est question sont extrêmement sensibles. Les responsables se veulent rassurants, en évoquant la mise en place d'un mécanisme de « hash » sur les références de compte (ce qui ne vaut pas anonymisation totale), un stockage chiffré (heureusement !) et des règles strictes d'accès. Mais dans le climat actuel où les fuites sont légion, est-ce suffisant ? Et il ne s'agit que d'une phase d'évaluation préliminaire : comment une éventuelle généralisation pourra-t-elle éliminer tout danger ?

La démarche engagée par la MAS est importante afin d'espérer réduire les pertes subies par les particuliers et les entreprises dans un contexte de croissance de la criminalité, désormais assistée elle-même par l'intelligence artificielle. Elle ne peut cependant, sans être taxée d'incohérence, ignorer les défis de sécurité qu'implique automatiquement son approche. Dans ce sens, elle devrait probablement se pencher au préalable ou, à tout le moins, en parallèle, sur les technologies émergentes de traitement de données préservant la confidentialité (PET)… comme l'avait fait l'ACPR française il y a quelques années (mais dont je ne connais hélas pas les résultats officiels).

MAS

dimanche 10 mai 2026

L'impact de l'IA sur l'emploi selon Gartner

Gartner
La question de l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi – conduira-t-elle à une augmentation ou à une réduction des effectifs dans les entreprises qui l'exploitent ? – figure désormais au cœur de multiples débats. Gartner a mené l'enquête et penche plutôt pour la croissance. Mais, en réalité, personne ne sait prédire l'avenir.

Le cabinet a interrogé 350 hauts responsables de grandes structures, dans le monde entier, qui, selon ses termes, expérimentent ou ont déjà déployé des capacités d'activité autonome, ce par quoi elle entend qu'elles recourent à des agents IA, des outils d'automatisation intelligente et autres technologies avancées dans le but de permettre à des machines d'exécuter des opérations de bout en bout sans aucune intervention humaine… ou de procurer aux employés plus d'indépendance dans leurs tâches.

Sans surprise, alors que la plupart des projets ont pour principal objectif d'optimiser leur efficacité, 80% des organisations consultées engagent des coupes dans leur masse salariale. Pourtant, et c'est l'enseignement majeur de cette étude, il n'existe pas de corrélation flagrante entre ces baisses et un retour sur investissement : elles sont aussi nombreuses dans les firmes qui mesurent des bénéfices concrets grâce à leur utilisation de l'IA que dans celles qui constatent une stagnation ou une dégradation.

Gartner – AI Layoffs

Les analystes de Gartner concluent de cette observation que les entreprises qui réussissent leur transition vers l'autonomie sont celles qui ne se focalisent pas sur l'idée de remplacer leurs collaborateurs par des algorithmes – et espéreraient de la sorte dégager une marge de manœuvre budgétaire… qui ne s'avère malheureusement pas créatrice de valeur – mais celles qui admettent que l'intelligence artificielle ne doit être considérée que comme un moyen d'« augmenter » la performance des individus.

Dans cette perspective, ils estiment que, contrairement aux discours dominants, la tendance devrait s'orienter vers une progression des emplois, d'ici à 2028 ou 2029, avec des besoins de nouvelles compétences afin de piloter, contrôler et étendre les processus autonomes… ainsi que de présence renforcée dans les moments où la confiance joue un rôle clé. Les organisations qui tirent leur épingle du jeu dans cette course sont donc celles qui investissent dans les formations adéquates.

Naturellement, derrière cette vision optimiste, Gartner n'examine, pour l'essentiel, que la phase actuelle de mise en place des principes et des premières initiatives. Ce qu'il adviendra une fois l'IA généralisée et banalisée sera probablement une autre histoire…