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C'est pas mon idée !

mercredi 19 juin 2024

Bye bye Shine…

Shine
La recherche d'un repreneur était engagée depuis quelque temps, l'annonce par Société Générale de la cession de Shine, la néo-banque à l'intention des freelances acquise en 2020, n'est donc pas une surprise. Elle confirme à la fois la difficulté de se réinventer pour un grand groupe et le virage stratégique de sa nouvelle direction.

C'était il y a à peine plus de quatre ans, la jeune pousse alors à la recherche des moyens de se développer se laissait séduire par une promesse de soutien tout en conservant son indépendance. À l'époque, je ne croyais pas à cette dernière et prédisait un mariage douloureux. Je me suis trompé : Shine est restée tellement autonome qu'elle n'a pas bénéficié des synergies espérées (seule une offre de crédit de Franfinance s'est concrétisée) et n'a donc guère progressé durant tout cet épisode.

Désormais, une fois réglées les nécessaires validations administratives (qui prendront plusieurs mois), le trublion rejoindra le giron d'Ageras, une entreprise d'origine danoise et de portée internationale spécialisée dans les services aux professionnels. Son intégration d'une offre bancaire paraît raisonnable… si ce n'est qu'elle fera double emploi au sein de son catalogue existant. Peut-être la technologie et l'expertise de Shine seront-elles reprises mais l'avenir de la marque elle-même semble compromis.

Du côté de Société Générale, la vente est présentée comme une opération de recentrage des activités. Ayant déjà abandonné, sur le même créneau, l'aventure Prismea du Crédit du Nord, l'établissement, qui n'évoque même pas le rôle potentiel de Boursorama, prétend répondre aux attentes de la cible des travailleurs indépendants grâce à son modèle de réseau historique. Voilà une triste démonstration de la profonde incompréhension de ce qui constitue la véritable valeur des startups spécialisées.

Bye bye Shine

L'enseigne au logo rouge et noir s'enfonce de la sorte un peu plus dans sa stratégie de rationalisation opérationnelle, censée redresser son attractivité auprès des investisseurs et sa capitalisation boursière. Hélas, la capitulation totale qui l'accompagne sur le front de l'innovation risque de – et devrait, si les « marchés » étaient cartésiens – produire un effet contraire. Et au passage, Shine, qui avait tout pour devenir une star de la FinTech française, aura fait les frais de ces péripéties qui ne la concernent en rien.

Je crois qu'il ne subsiste maintenant que Treezor dans le portefeuille de Société Générale pour porter le flambeau de la transformation. Les conditions étant plus ou moins identiques, en particulier du point de vue des synergies et de la valeur générée, il faut probablement s'attendre à un désengagement de plus. Enfin, quand le terrain sera dégagé, il restera à se rendre à l'évidence : le groupe sera revenu à son état de 2010, en plus précaire et sans perspective pour son avenir… en dehors d'un éventuel rebond orchestré via Boursorama – hypothèse qui s'éloigne – ou de son acquisition.

mardi 18 juin 2024

La menace d'Apple sur la banque évolue

Apple
Deux ans après la présentation de son offre de paiement fractionné, qui marquait sa première entrée de plain-pied dans les métiers de la banque, Apple abandonne la partie et revient à sa stratégie éprouvée de collaboration avec des spécialistes pour la distribution de produits financiers. Une menace de disruption qui s'estompe ? Pas sûr.

Dans le sillage de l'annonce, à l'occasion de sa conférence dédiée aux développeurs, de l'ajout de plusieurs offres de partenaires, la marque à la pomme a logiquement confirmé le retrait de son option dédiée. Outre une extension géographique prometteuse, les utilisateurs gagneront en flexibilité avec cette évolution, puisqu'ils accèderont directement aux facilités de crédit de leur banque, pour les clients d'ANZ en Australie, de CaixaBank en Espagne, de HSBC et Monzo au Royaume-Uni, de Citi, Synchrony et tous les établissements exploitant la plate-forme technologique de Fiserv aux États-Unis.

Enfin, tous les américains, quel que soit leur émetteur de carte, disposeront également de l'intégration du leader du BNPL Affirm. Dans tous les cas, le choix de l'une ou l'autre des solutions de financement, en complément du règlement comptant, apparaît automatiquement dans l'interface d'Apple Pay, autorisant la sélection du mode souhaité juste avant la validation de la transaction. Notons que la communication n'est pas très claire quant à la disponibilité pour les achats en boutique, seuls ceux effectués en ligne (sans discrimination de navigateur web) ou dans les apps étant évoqués.

Aucune précision n'est donnée non plus concernant le devenir du tableau de bord qui représentait un des meilleurs arguments en faveur de l'approche immergée dans le porte-monnaie mobile : espérons que l'intégration avec des fournisseurs tiers comprenne la consolidation des engagements et leur suivi au cœur de l'outil de paiement.

Apple BNPL

L'arrêt du service en propre d'Apple sera peut-être jugé rassurant par les acteurs du crédit s'inquiétant de l'irruption d'un concurrent d'un tel poids économique et jouissant d'une telle position au premier plan de la relation de paiement avec les consommateurs. Le retour à une politique de partenariats – qui révèle probablement la difficulté, mal anticipée, à pénétrer un domaine d'activité qui lui est largement étranger et s'avère, en particulier, incompatible avec sa dimension globale – leur procurera la satisfaction de pouvoir prétendre à une place privilégiée dans cet écosystème si important.

Il ne faut toutefois pas exagérer la portée de cet accident de parcours : même quand elle déploie des offres externes, Apple prend un soin extrême à la conception d'une expérience client exceptionnelle… qui devient à terme la norme universelle. Les firmes capables de se conformer aux exigences associées auront tout à gagner à la coopération à laquelle elles sont invitées. En revanche, celles qui ne proposent pas aujourd'hui un système à l'état de l'art, prêt à être embarqué sans coutures dans une plate-forme tierce, restent irrémédiablement exposées à la menace de disruption.

lundi 17 juin 2024

Après l'Italie, BBVA viserait l'Allemagne

BBVA
Il y a moins de trois ans, BBVA se lançait le défi alors assez improbable de créer en Italie une nouvelle banque « digitale », en partant de zéro (si ce n'est son expérience et son excellence en la matière). Aujourd'hui, selon une information confidentielle obtenue par Forbes, sa recette pourrait prochainement être déclinée en Allemagne.

À ce stade, il ne s'agirait que d'un projet non définitif. La phase actuelle d'étude de faisabilité est pilotée par le responsable de la division italienne, ce qui laisse entrevoir une réplication plus ou moins fidèle du modèle existant… dont les 420 000 clients conquis fournissent un indice de son succès. La cadence de déploiement a cependant toutes les chances de s'accélérer sous peu, puisque, en parallèle, une campagne de recrutement a démarré afin de constituer l'équipe qui en aura la charge.

Forbes n'a guère plus de détails à fournir mais souligne néanmoins la participation de BBVA au capital de Solaris Bank, fournisseur de solutions de banque en services d'origine allemande, et sous-entend de la sorte que la jeune pousse serait parfaitement positionnée pour propulser l'établissement à venir, dans une approche nativement flexible et ajustable aux besoins des utilisateurs d'un monde « digital ». Il serait intéressant de vérifier si ce moteur était également derrière la filiale transalpine.

Outre son statut de leader économique, le choix de l'Allemagne – après mûre réflexion – pour continuer le mouvement d'expansion européenne du groupe espagnol prolonge probablement la logique retenue pour son démarrage par l'Italie : les deux pays disposent d'un système bancaire traditionnel relativement conservateur et où le modèle 100% en ligne ou mobile n'a pas encore vraiment pris racine (à l'exception peut-être de N26, dont la réussite sur sa terre natale n'est cependant pas éclatante).

Selon cette logique, la France, avec son marché plutôt encombré, resterait à l'abri de la menace d'un débarquement imminent. À moins que la stratégie de BBVA n'embraye rapidement sur une attitude plus agressive visant les autres régions du continent possédant un potentiel attractif et où la concurrence est endormie, notamment en raison des fermetures récentes de trublions historiques (Orange Bank, Ma French Bank…). Sa compréhension profonde des enjeux de l'ère « digitale » lui procurerait certainement un avantage considérable face à des acteurs qui, pour la plupart, vieillissent mal.

BBVA Allemagne

dimanche 16 juin 2024

La livre digitale franchit une étape

Banque d'Angleterre
Comme nombre de ses consœurs dans le monde, la Banque d'Angleterre explore l'opportunité d'une livre sterling « digitale », complémentaire de la monnaie physique. Avec la prudence caractéristique de sa nature, elle progresse lentement… et vient tout juste de valider la faisabilité technique des paiements de proximité.

Une première étude théorique avait déjà permis de qualifier le fonctionnement de ce cas d'usage essentiel, dont la contrainte principale est l'adaptabilité des systèmes d'encaissement existants au nouvel instrument, afin que son adoption puisse se dérouler de manière transparente, sans l'hypothèque d'un renouvellement généralisé de l'équipement des commerçants. Cette fois, le prestataire retenu pour l'exercice était chargé de réaliser une preuve de concept pour confirmation des résultats.

Dans cette perspective, trois scénarios ont été mis en œuvre et déclinés sur les trois catégories de terminaux disponibles sur le marché (classique, mobile – connecté à un smartphone – et entièrement logiciel). En résumé, les deux approches distinctes évaluées dans un contexte de connexion au réseau ont pu être menées à bien sans modification des appareils mais, sans grande surprise, les échanges « hors ligne » ne se sont avérés possibles que moyennant des changements sur leurs fonctions internes.

En effet, dans de telles conditions (qui constituent donc toujours le point dur des monnaies « digitales »), il est évidemment nécessaire qu'un compte soit géré localement afin de conserver la trace des transactions exécutées, jusqu'à ce qu'une liaison avec le registre centralisé autorise leur enregistrement définitif. L'expérimentation comprenait la conception des évolutions requises, qui ont abouti concrètement sauf avec le module d'encaissement mobile, faute d'ouverture aux développements tiers.

Digital Pound

Le test nous procure une occasion de comprendre les modalités opérationnelles de la livre « digitale »., dans l'hypothèse où elle serait déployée (la décision n'étant pas encore à l'ordre du jour). Le principe repose sur une tenue de compte centralisée et anonyme, prise en charge par la Banque d'Angleterre, avec laquelle interagissent les porte-monnaie électroniques des citoyens, fournis pas des entreprises privées (dont les banques peut-on supposer), par l'intermédiaire d'API mises à leurs disposition.

Un détail intéressant de l'implémentation envisagée se glisse dans les deux scénarios connectés, l'une reproduisant le processus en vigueur aujourd'hui, avec un ordre de paiement transmis au prestataire du marchand qui invoque ensuite l'interface de la banque centrale, tandis que l'autre imagine un appel direct à cette dernière, éliminant le rôle présent de l'acquéreur. Ceux qui craindraient pour leur métier seront cependant réconfortés de savoir qu'une telle solution introduit des complications techniques.

En pratique, la démarche que suit la Banque d'Angleterre est tellement lente, avec une phase telle que ce « PoC » dont les conclusions paraissent réellement triviales, qu'on se demanderait si elle ne cherche pas à gagner du temps afin de ne pas avoir à se lancer (un peu) seule parmi les grands pays occidentaux. Quand on prend conscience de sa quasi absence de réflexion (hélas largement répandue) sur les bénéfices d'une monnaie digitale de banque centrale, il vaut mieux se réjouir de ses hésitations.

samedi 15 juin 2024

Une carte enrichie chez Sofinco

Sofinco
Réagissant tardivement à l'impact du paiement fractionné sur son activité historique de crédit à la consommation, Sofinco dévoile, comme la plupart de ses concurrentes depuis quelques mois, une carte multi-fonctions… à laquelle elle ajoute une extension de garantie qui lui permet de se différencier sur un marché âprement concurrentiel.

Pour ce qui concerne son fonctionnement principal, le nouvel instrument adopte l'état de l'art en la matière : une carte Visa, gratuite sous conditions, utilisable en magasin physique ou en ligne, propose à son porteur le choix d'un règlement comptant (différé, retenu par défaut), en trois ou dix fois, ou encore par 36 ou 60 mensualités d'emprunt classique (selon le montant). La sélection s'effectue immédiatement après une dépense ou en fin de mois, à l'occasion du prélèvement des transactions en attente, par SMS (en réponse à une notification), par téléphone ou via l'application dédiée.

Puis viennent donc les assurances complémentaires incluses : outre les couvertures habituelles de Visa pour les voyages et les locations de voiture ainsi que les non moins traditionnelles options d'assistance, Sofinco intègre les protections, désormais relativement courantes, contre la casse, le vol et les défauts de livraison sur les achats, complétées par une garantie supplémentaire sur les biens d'équipement (via la prise en charge des frais de réparation), au-delà du délai légal, de 12 mois en version standard et de 36 mois avec la carte Premier, quel que soit le mode de financement.

Sofinco À la Carte

Une telle initiative, présentée comme inédite sur le marché, a de quoi séduire les consommateurs désireux de protéger leurs acquisitions les plus précieuses, offrant une alternative attractive et économique, malgré ses limitations (plafond annuel de 3 000 ou 6 000 euros et franchise de 75 euros), aux solutions similaires commercialisées avec une certaine insistance par les grandes enseignes de distribution. La mise en œuvre par recours au service après-vente, plutôt que via remplacement (qui serait d'ailleurs beaucoup plus coûteux à implémenter), constitue en outre un excellent moyen d'encourager une attitude responsable en cas de défaillance d'un produit.

Du point de vue de la filiale du Crédit Agricole, l'approche est indéniablement astucieuse. Grâce à cet avantage original, sa carte a toutes les chances d'être privilégiée par ses clients, notamment pour leurs achats de montant élevé… qui sont évidemment les plus propices au recours à une des formes de crédit proposées. Ce qui est d'abord un facteur de conquête, relevant essentiellement du marketing, devient de la sorte également un vecteur de transformation pour le véritable métier de l'établissement.

vendredi 14 juin 2024

Un espace « ma voiture » dans une app bancaire

Garanti BBVA
Dans un pays, la Turquie, où plusieurs banques se sont lancées avec plus ou moins de bonheur dans des aventures de « super-app » destinées à enrichir et différencier l'expérience offerte à leurs clients, la filiale locale de BBVA choisit maintenant une voie originale et prometteuse avec l'ajout d'une section dédiée à leur automobile.

Au sein de son nouvel espace « mon véhicule », l'application mobile de la marque invite tout d'abord les utilisateurs à fournir l'immatriculation de leur voiture, qu'ils peuvent en outre compléter avec des photos, de manière à personnaliser leur environnement. Ils bénéficient alors d'une intégration transparente de quelques fonctions pratiques, telles que le système de péage autoroutier (HGS), les services de l'administration, pour le règlement des taxes et autres amendes, ou encore le contrat d'assurance.

Ces options ne sont certes pas totalement inédites dans l'univers financier, mais leur assemblage dans un module consacré à l'automobile est déjà unique. Cependant, ce qui rend vraiment la démarche intéressante est l'inclusion d'un volet budgétaire dans cet ensemble : à travers l'identification et l'isolation des dépenses relatives à son véhicule – carburant, péages, parking, entretien… – extraites de ses comptes, le propriétaire obtient une vue précise et exhaustive des frais qu'il engage pour sa voiture.

Une dernière composante introduit enfin une (modeste) dimension de conseil, par exemple par l'intermédiaire de campagnes de sensibilisation et d'information, notamment dans un registre de développement durable dans les transports, et de rappels contextuels, qui aideront les consommateurs à ne plus jamais oublier de payer leurs contraventions et leurs factures de péages ou de renouveler leur police d'assurance.

Garanti BBVA – My Vehicle

En comparaison des « super-apps » généralistes, au sujet desquelles j'ai plusieurs fois exprimé mes doutes quant à leur pertinence, surtout pour une institution financière, l'approche retenue par Garanti BBVA paraît extrêmement sensée. Grâce à sa perspective à 360° sur la thématique automobile, dont une part conséquente réservée à son impact sur les comptes de l'usager, représentant un de leurs postes les plus importants (après le logement), elle défend à la fois sa légitimité et sa valeur.

Au vu de la sensibilité verte qu'affirme l'établissement, on se prendrait maintenant à rêver d'une extension du dispositif, afin qu'il embarque plus clairement et plus largement les enjeux environnementaux de la mobilité. Cela pourrait ainsi commencer par un aperçu de l'empreinte carbone des déplacements en voiture et des recommandations sur la conduite ou le choix du véhicule… puis s'étendre à des considérations sur les modes de transport alternatifs, autant sur le plan économique qu'écologique.

jeudi 13 juin 2024

Apple Intelligence, une approche ciblée de l'IA

Apple
Contrairement aux autres géants technologiques, Apple prend son temps avant de monter dans le train de l'intelligence artificielle, s'attirant autant de critiques que Google et les erreurs de jeunesse qu'a provoquées sa précipitation. Il restera encore à évaluer ses facultés réelles mais sa solution, désormais en approche, a au moins une qualité qui mérite l'attention des entreprises hésitant à se lancer.

Fidèle à son obsession de l'expérience utilisateur, la marque à la pomme choisit donc d'intégrer de « petits modèles » d'IA générative au cœur de ses produits, là où elle est susceptible d'apporter une véritable valeur ajoutée, de manière quasi invisible. Voilà une rupture majeure avec l'habitude qui s'est maintenant installée de promouvoir des dispositifs arborant fièrement leur étiquette technologique (certes à la mode), avec des velléités universalistes qui trahissent une absence de réflexion sur l'usage.

La méthode d'Apple présente deux avantages significatifs. D'abord, la spécialisation de ses composants, qui peut tout de même se décliner sur une multitude de domaines différents, autorise leur exécution sur un socle matériel modeste, sans exigence de puissance démesurée (en l'occurrence un téléphone). Non seulement s'agit-il d'une excellente nouvelle pour l'environnement, cela rend possible une exploitation respectueuse des données sensibles, qui n'ont plus à être transmises et partagées.

L'autre bénéfice concerne la qualité des algorithmes mis en œuvre. En effet, les variables prises en compte pour une fonction chargée de résumer un texte ou de dessiner un émoji personnalisé sont automatiquement restreintes, ce qui limite drastiquement les risques d'anomalies et autres hallucinations. Il est en outre plus facilement envisageable, dans ces circonstances, de poser des garde-fous sur les résultats fournis, par exemple par l'intermédiaire de filtres plus ou moins statiques.

Apple Intelligence

Naturellement, la contrepartie réside dans l'étroitesse du périmètre couvert par chacune de ces « mini-modèles », qui ne sont donc pas en mesure de traiter n'importe quelle demande. Apple résout la difficulté en proposant à l'utilisateur de compléter sa réponse via l'interrogation d'une des plates-formes généralistes du marché (dans un premier temps, ce sera ChatGPT), sacrifiant au passage un peu de la transparence des interactions… et les autres avantages évoqués précédemment, bien entendu.

On perçoit bien à ce stade de la description en quoi la démarche de la firme de Cupertino peut inspirer les organisations – dont, en particulier, les institutions financières – qui se précipitent sur l'intelligence artificielle et engagent d'innombrables expérimentations… qu'elles rechignent ensuite à déployer, par crainte, notamment, de fuites d'informations confidentielles ou des conséquences négatives sur leur image, voire sur leur portefeuille, qu'aurait la moindre imperfection de leurs applications.

Il vaut certainement mieux, comme Apple, oublier, pour l'instant, les assistants virtuels qui se prétendent omniscients et se concentrer sur des fonctions précisément ciblées, sur lesquelles l'apport de l'IA est à la fois important et indiscutable, et faire l'effort d'entraîner des modèles dédiés à ces tâches. Il sera alors tellement plus simple de les amener à un niveau de maturité digne de les mettre entre les mains des clients (entre autres)… et de contrôler qu'ils remplissent correctement le rôle qui leur est assigné.

mercredi 12 juin 2024

Risque climatique et systèmes financiers

MAS
Les risques climatiques font peser une menace de plus en plus sérieuse sur la stabilité des systèmes financiers… qui impose donc de les mesurer. Dans cette perspective, l'autorité monétaire de Singapour a collaboré avec la structure d'innovation de la banque des règlements internationaux afin de mettre au point un premier cadre d'évaluation.

À travers son projet Viridis, la BIS a d'abord travaillé sur l'identification et la formalisation des innombrables dimensions dans lesquelles s'exercent les impacts du changement climatique sur les institutions financières, dont la complexité intrinsèque, les données parfois lacunaires et le manque de compréhension des phénomènes (et de leurs implications) rendent la tâche extrêmement difficile. Le résultat est une plate-forme destinée à aider les régulateurs à surveiller et maîtriser les risques associés.

Conçue avec la MAS singapourienne et plusieurs de ses consœurs dans le monde (entre autres pour la fourniture de données de référence), celle-ci vise non seulement à définir les principales caractéristiques et les métriques essentielles au suivi mais elle comprend également des outils qui en facilitent la collecte. Le recours à des modèles de traitement du langage naturel permet en effet d'extraire et synthétiser les informations requises depuis les documentations règlementaires publiées par les entreprises.

Les indicateurs ainsi rassemblés portent sur les émissions indirectes de gaz à effet de serre, les expositions à des risques matériels et des analyses prospectives déclinées sur différents scénarios d'évolution du climat. Reconnaissant que, devant l'ampleur du chantier à réaliser, les éléments disponibles dans cette itération sont encore embryonnaires, ses promoteurs soulignent que le système ne fournira qu'un aperçu de la situation des banques… dont il restera à approfondir les points d'alerte.

Projet Viridis

L'urgence justifie cette sorte de précipitation, particulièrement inhabituelle dans l'univers de la finance et encore plus de sa supervision, qui préfèrent généralement mûrir leurs initiatives et prendre le temps de les expérimenter et de les valider avant de les déployer. Clairement, les responsables prennent désormais conscience des conséquences imprévisibles mais indubitablement considérables de la crise environnementale sur leur périmètre de responsabilité… à savoir la stabilité de l'économie.

En supposant qu'il soit partagé avec ses briques technologiques, il va maintenant falloir mettre en œuvre le cadre qui a été préparé, dans sa forme rudimentaire, à la fois au niveau des autorités mais également des institutions financières, afin qu'il puisse jouer son rôle de garde-fou au plus tôt, aux côtés des mécanismes de contrôle prudentiel existants. Le choix d'une démarche relativement automatisée devrait simplifier l'adoption mais le cycle décisionnel restera bien sûr le principal obstacle à franchir.

mardi 11 juin 2024

N26 lance son compte d'épargne

N26
La remontée des taux d'intérêt crée des conditions optimales pour un retour de la chasse aux dépôts et à leur rémunération comme arme de séduction. L'opportunité n'a bien sûr pas échappé aux trublions de la FinTech : après Lydia le mois dernier, c'est au tour de N26 de dévoiler sa solution, assortie de quelques caractéristiques originales.

La normalisation de la situation sur les marchés, permettant de recommencer à rétribuer l'épargne à des niveaux raisonnables, rallume la concurrence que se livrent historiquement les établissements qui cherchent, pour diverses raisons, à capter l'argent de leurs clients. Si le terrain privilégié pour cette bataille a toujours été celui des taux servis, les nouveaux entrants, fidèles à leurs habitudes de rupture des conventions, rivalisent aujourd'hui de créativité pour en imaginer et déployer d'autres.

Ainsi, le compte dédié que vient de lancer N26 en France tente de jouer sur sa flexibilité afin d'attirer l'attention des consommateurs. Au lieu des traditionnels – et obscurs, pour le commun des mortels – calculs d'intérêt par quinzaine et leurs versements uniques en fin d'année, la néo-banque promet une appréciation au jour le jour et un règlement mensuel. La distinction est subtile mais, outre la transparence qu'elle apporte, elle procure une visibilité bienvenue aux bienfaits de l'épargne.

Sur le plan des taux, la jeune pousse innove également puisqu'ils sont ajustés selon l'abonnement de l'utilisateur. D'une valeur plancher de (tout de même) 2,26% (bruts) pour les détenteurs d'un compte totalement gratuit, ils atteignent jusqu'à 4% pour les clients de l'offre « Metal » de haut de gamme. Cette progressivité est évidemment destinée à encourager l'adoption de cette dernière, surtout pour ceux qui ont une réserve suffisante à mettre de côté, susceptible de rendre le prix de l'option indolore.

N26 Épargne

De manière plus générale, l'objectif de N26 avec ce produit consiste à la fois à re-dynamiser sa stratégie de conquête de clients supplémentaires, qu'elle espère aguicher avec ses avantages exceptionnels, et à stimuler la transition vers son positionnement comme établissement principal pour un maximum de personnes, en capitalisant sur la valeur additionnelle qu'elle délivre sur l'argent qui reste dans ses livres. Naturellement, une telle place représente aussi un important facteur de fidélisation.

Bien que notoirement efficace pour l'engagement et l'adhésion des consommateurs, la course aux taux affriolants ne peut en principe se prolonger éternellement en raison de son coût élevé. Les autres critères de différenciation deviennent alors primordiaux pour la rétention des clients. Or, en l'occurrence, il faut bien avouer que l'approche de Sumeria (Lydia), avec sa rémunération directe du compte courant qui ne demande aucun effort ni planification, paraît plus à même de convaincre que les adaptations un peu trop techniques de N26. En réalité, l'idéal serait de combiner les deux !

lundi 10 juin 2024

Une autre collaboration contre la fraude

Capital One
Ici et , les collaborations entre entreprises concurrentes en vue d'améliorer collectivement la lutte contre la fraude se développent. Avec la nouvelle initiative qui rassemble Capital One, Stripe et Adyen, l'approche prend une orientation différente, avec son croisement de données entre des métiers étroitement liés mais distincts.

En effet, alors que les précédents exemples concernaient la mise en commun d'informations entre entités partageant les mêmes préoccupations, il s'agit cette fois d'échanger une connaissance des malversations entre les deux versants des activités de paiement, possédant chacun leur propre perspective sur un fléau qui les frappe simultanément, à l'identique : d'une part, les transactions des consommateurs (avec leurs cartes) et, d'autre part, les encaissements réalisés par les commerçants.

Visant plus spécifiquement les règlements en ligne, particulièrement exposés, le dispositif prend la forme d'une API à travers laquelle les partenaires transmettent leurs alertes, qui deviennent alors instantanément accessibles aux autres et leur permettent de réagir plus rapidement. Sans expliquer pourquoi, le responsable de la démarche pour Capital One déclare que, plus qu'une meilleure détection, elle autorise surtout une réduction des faux positifs, signalements erronés conduisant à des rejets indus.

L'ensemble de la description manque cruellement de détails. Passons sur la qualification douteuse d'« open source » attribuée au service, dont on ne trouve aucune trace de publication ouverte. Elle ne comprend aucune précision quant aux données réellement fournies ni sur les traitements dont elle font l'objet ou, a minima, sur les mécanismes de protection de la confidentialité et sur les moyens de rapprochement mis en œuvre entre des sources hétérogènes, obstacles majeurs à toute coopération.

Il nous restera donc à imaginer ce que serait une collaboration « idéale », grâce à laquelle les informations importantes sont distribuées auprès de tous les acteurs sans jamais révéler de secrets (ce qui est aujourd'hui tout à fait possible avec le nec plus ultra des technologies de renforcement de la vie privée), et combinant les points de vue de toutes les parties prenantes des paiements de manière à démultiplier l'efficacité de la lutte contre la fraude… sans impact négatif sur l'expérience client (au contraire).

Fraude