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C'est pas mon idée !

samedi 25 mai 2024

Focus sur les métiers inassurables…

Éric Mignot
Après un premier ouvrage consacré à la nécessité de réconcilier assureurs et assurés, Éric Mignot, cofondateur et président de +Simple, s'attaque dans son nouvel opus à un sujet largement oublié derrière les enjeux majeurs que représentent les nouveaux risques systémiques : l'assurabilité des professionnels et des petites entreprises.

Naturellement, l'industrie est déjà très occupée à se préparer aux grandes mutations du monde, qui remettent en cause ses produits les plus basiques et les plus répandus : le dérèglement climatique, la cybercriminalité, les applications des technologies émergentes (par exemple dans les véhicules autonomes)… Il est facile de passer à côté d'un phénomène qui a le double inconvénient d'exercer un impact au moins aussi important sur la société et de ne pouvoir s'appréhender de manière globale.

Pourtant, entre les métiers qui se réinventent et ceux dont la pratique se redéfinit, une immense fraction du marché du travail – qui fait partie de notre vie quotidienne – présente des défis inédits pour les assureurs qui n'en comprennent pas les mécanismes et, par conséquent, ne savent pas en accompagner les acteurs. Or, bien souvent, sans couverture appropriée, ces derniers se trouvent dans l'impossibilité d'exercer, en tous cas dans des conditions de sécurité et de sérénité satisfaisantes.

Les causes de rejet sont variées et peuvent relever de risques considérés comme trop élevés, trop probables, non mesurables…, certains étant liés à des facteurs exogènes – par exemple les événements météorologiques sur un camping – et d'autres directement associés à l'activité – le conducteur de VTC, notamment quand il est occasionnel, le tatoueur… Chaque métier a ses particularités et constitue de la sorte une niche trop étroite pour que les compagnies fassent l'effort d'y apporter une solution.

Assurance : Permis de Travail

Un moyen de répondre aux besoins des populations négligées consisterait à mieux capitaliser sur les technologies modernes, intelligence artificielle en tête, afin de concocter pour elles des contrats adaptés, le degré d'automatisation atteint alors autorisant leur viabilité, autant pour l'assureur que pour son client. Une telle orientation convient plus spécifiquement aux difficultés de quantification des aléas à prendre en compte, dont l'évaluation peut aujourd'hui profiter de la prolifération de données captées partout et à tout moment dans notre environnement « digital » contemporain.

L'autre piste qu'Éric suggère d'explorer cible plutôt les problématiques engendrées par le flou qui entoure les responsabilités portées implicitement par une multitude de professions, surtout celles qui ne sont pas encadrées légalement mais qui peuvent tout de même engendrer des sinistres de grande ampleur et aux conséquences financières insupportables. L'organisation d'assises – rassemblant les PME, les assureurs, leurs clients et les pouvoirs publics et destinées à formaliser les contours et les limites de ces responsabilités – représenterait une étape essentielle vers leur assurabilité.

Pour aller plus loin et entrer dans les détails… lisez le livre d'Éric 😀

vendredi 24 mai 2024

Aux États-Unis, le BNPL sera réglementé comme la carte de crédit

CFPB
Alors que les régulateurs du monde entier se penchent sur l'épineux sujet de l'encadrement du paiement fractionné (BNPL), l'agence de protection des consommateurs américains a tranché : cet instrument, qui a connu un développement fulgurant en quelques années, sera appréhendé comme la carte de crédit… au grand dam de Klarna.

Dans une large mesure, la CFPB prend une décision a minima, correspondant étroitement à son rôle, puisque les dispositions qu'elle veut imposer aux nouveaux entrants concernent avant tout les droits des utilisateurs, inscrits de longue date dans la législation et relevant incontestablement du bon sens. Il s'agit en effet de garantir les remboursements en cas de retour de produit, d'investiguer systématiquement les réclamations… et de transmettre régulièrement des relevés de compte.

Les risques de surendettement ou encore les excès de la collecte de données personnelles – qui ont pourtant fait l'objet d'une enquête en 2021, dont les résultats révélaient une situation de plus en plus préoccupante – ne sont donc pas à l'ordre du jour, du moins pour cette fois. Il est vrai que ces problématiques, certes extrêmement difficiles à traiter sans fortement perturber le marché, sont transverses à l'ensemble des produits de crédit… et qu'elles sont laissées sans réponse de manière globale.

Klarna vs. CFPB

En dépit de la portée réduite des exigences formulées, et tout en expliquant avoir déjà mis en place des mécanismes largement suffisants pour ne pas s'inquiéter de sa conformité, le spécialiste Klarna n'est pas content et le fait savoir. Le motif de son courroux ? Selon la jeune pousse, véhémente depuis toujours contre les dérives de son principal adversaire, les autorités commettraient une grave erreur en faisant l'amalgame entre le BNPL et la carte de crédit, ne serait-ce qu'à travers leur argumentaire.

Il est évidemment clair que les deux catégories sont différentes mais ce n'est en aucun cas contradictoire avec le choix de leur appliquer les mêmes règles de transparence sur les caractéristiques (importantes) qu'elles ont en commun, à savoir, en résumé, que leurs représentants font office d'intermédiaires avec les commerçants et qu'ils doivent en assumer les conséquences. Dommage pour Klarna qui semble rêver de se différencier surtout en revendiquant des contraintes plus sévères pour la carte de crédit.

Il en était question depuis longtemps, les premières occurrences de contrôle d'un secteur émergent qui inquiète naissent enfin. La proposition américaine est certainement loin d'être parfaite mais elle ouvre la voie et fournit une matière à partir de laquelle peuvent maintenant se construire des approches plus élaborées… et qui devront également s'attaquer à court terme aux dangers les plus aigus pour les usagers.

jeudi 23 mai 2024

Quelques tendances de VivaTech

Logo VivaTech
Comme chaque année, Paris accueille cette semaine le plus grand événement européen de la technologie. Après un petit tour de cette huitième édition de VivaTech, je vous propose de passer en revue quelques tendances qui m'ont interpellé, probable résultat autant de la situation du marché que de la sélection opérée par les organisateurs.

Premier constat, l'effervescence habituelle dans le grand hall du parc des expositions semble avoir baissé d'un cran, mineur mais sensible : moins de bruit, moins de démonstrations extraordinaires, moins d'annonces tapageuses, moins de monde dans les allées, stands des grands groupes moins étendus… Tout cela me conforte dans l'idée que l'innovation est actuellement moins florissante qu'il y a quelques années et, surtout, qu'elle n'a plus la même priorité qu'auparavant dans les entreprises.

Autre observation notable, la FinTech est en pleine déconfiture. Parmi les startups invitées, elles ne sont plus qu'une poignée à se réclamer du domaine. Nombre d'entre elles se positionnent en outre comme de simples éditeurs de logiciels à l'intention des institutions financières. Même les cryptoactifs et le web3 se font rares ! Quelques solutions attirent tout de même l'attention, dont plusieurs visant les pays africains (très présents), à l'instar de la super-app bancaire (en construction) de la tunisienne Flouci.

Je m'attendais à un déferlement d'intelligence artificielle et, si je n'ai pas été déçu, il prend une forme qui dénote une maturité relativement surprenante. En effet, entre des fournisseurs de technologies plutôt discrets – hormis sur le stand canadien, qui leur était entièrement réservé – et une certaine modération, bienvenue, sur l'« IA Washing », la part belle revenait à des cas d'usage exploratoires prometteurs, tels que l'assistant de remplissage de questionnaires proposé par la belge Wequity pour, par exemple, accélérer la collecte d'informations réglementaires RSE ou les « due diligences ».

Ambiance à VivaTech

Je suis surpris par le faible engouement pour l'informatique quantique, surtout en comparaison de 2023, qui laisse entrevoir un essoufflement des énergies, probablement dû à la fois à la prise de conscience de la marge restant à franchir avant de parvenir à des plates-formes industrielles et, pour la France, aux revirements de stratégie depuis le lancement du plan gouvernemental qui devait faire du pays un champion mondial.

Enfin, si je passe sur le nombre impressionnant d'exposants rangés dans les catégories des services informatiques et du développement logiciel, correspondant aux pourvoyeurs d'outils pour les innovateurs (et en général peu innovants par eux-mêmes), les trois secteurs les plus porteurs de VivaTech 2024 sont, dans l'ordre d'importance croissante, telle que je la perçois : la mobilité, l'environnement et la santé.

Sur le premier, l'automobile est toujours très visible mais ce sont les nouveaux modes de déplacement qui occupent le devant de la scène. Cette évolution est évidemment directement liée au deuxième, pour lequel il faut toutefois noter que ce sont les approches « matérielles » qui ont le vent en poupe, par rapport aux services, même mâtinés d'IA : absorption de CO2, recyclage de matériaux, cycle de vie des batteries…

Enfin, la santé occupe une place considérable, avec près de 250 entreprises référencées, apparemment. Une bonne partie d'entre elles développent des solutions à destination des professionnels. Tel est le cas par exemple de la parisienne Sêmeia et de ses outils facilitant le suivi des affections de longue durée, en collectant, agrégeant et analysant toutes les données disponibles, de manière à simplifier leur compréhension par les patients et le travail des praticiens (entre autres via des alertes spontanées). Les assureurs pourraient certainement trouver de l'inspiration dans ce vivier.

En résumé, cette édition de VivaTech est décevante pour quelqu'un qui, comme moi, y recherche des pépites pour l'industrie de la finance. Mais, en prenant un peu de recul, elle me semble intéressante par sa démonstration d'une focalisation indispensable de l'innovation sur des problématiques concrètes et réelles et moins sur des emballements futiles et dérisoires autour de technologies émergentes survendues.

Viva
Crédit photo : Viva Technology 2024

mercredi 22 mai 2024

Barclays publie une gazette des arnaques

Barclays
Les résultats obtenus ne sont peut-être pas toujours probants mais il est indéniable que les banques britanniques ne manquent pas d'imagination dans leur bataille contre la fraude. La dernière idée en date revient à Barclays… qui se lance dans la publication d'un bulletin mensuel consacré aux récentes tendances en la matière.

Face à la croissance sans fin des arnaques en tout genre, l'enseigne recourt à l'arme la plus efficace, à savoir la sensibilisation et l'éducation des clients. Le mode de distribution de la gazette n'est pas précisé – espérons qu'elle soit activement poussée vers les intéressés – mais son objectif est limpide : le partage des informations les plus récentes sur les techniques employées par les escrocs fournit à chaque individu les moyens de reconnaître les circonstances dans lesquelles il devient lui-même la cible.

Le premier numéro fait ainsi état de la baisse relative des tentatives d'usurpation d'identité de la police et de la banque (notamment les faux appels à la malversation en cours) et, a contrario, de la montée en puissance des manipulations sur les factures et les mandats. Outre les commentaires des spécialistes, des détails accompagnent les descriptions, en vue de mieux identifier une occurrence : les victimes privilégiées (parmi les 61 à 70 ans), l'origine préférée (par SMS ou par messagerie instantané)…

Le raisonnement sous-jacent à la démarche paraît de bon sens. La diminution de certaines catégories d'attaques laisse supposer que les grandes campagnes d'information de l'industrie portent leurs fruits. Les malfrats adaptant en permanence leurs stratégies, il s'agit maintenant de poursuivre les efforts en portant régulièrement l'attention des consommateurs (et des entreprises) sur leurs nouvelles méthodes, au fur et à mesure de leur apparition, de manière à leur couper l'herbe sous le pied.

En revanche, la forme adoptée soulève quelques inquiétudes, plus particulièrement sur les moyens mis en œuvre afin de s'assurer que les contenus produits atteignent l'audience visée, massivement si possible. Je crains que, à en croire la présentation qui en est faite, focalisée sur des généralités et des statistiques, l'approche du Barclays Scams Bulletin ne soit pas idéale, risquant de lasser rapidement les lecteurs.

Pour atteindre le grand public, je suggèrerais plutôt de raconter des histoires. Il se trouve que la fraude bancaire en regorge : récits réels, édifiants – voire terrifiants – et susceptibles de faire écho à l'expérience de n'importe qui. Le résultat serait une sorte de rubrique des faits divers, dont on sait l'attrait universel qu'elle exerce sur les populations, autour de laquelle il resterait, naturellement, à apporter du contexte, dans l'optique d'élargir la perspective, et à ajouter quelques recommandations pratiques…

La guerre contre la criminalité exige un arsenal défensif vaste et éclectique, au sein duquel l'éducation occupe une place essentielle. Eu égard aux difficultés rencontrées dans sa diffusion, les explorations tous azimuts sont indispensables afin d'en optimiser les impacts. Barclays introduit la première itération d'une technique originale qui mérite certainement d'être considérée, puis approfondie et enrichie pour plus d'efficacité.

Barclays

mardi 21 mai 2024

Nouvelle fonction pour la carte de manager.one

Manager.one
Si je reste fermement convaincu que la carte en plastique a vocation à disparaître, à terme, au profit d'instruments dématérialisés, elle conserve encore de nombreux usages, et pas uniquement pour les paiements. À tel point que la néo-banque pour les professionnels manager.one cherche à les consolider sur un seul support (le sien).

En attendant la généralisation définitive des paiements via mobile (ou autres procédés biométriques), la jeune pousse a fait le choix depuis deux ans d'adopter une technologie de carte multi-fonctions (fournie par Idemia). Sa première application complémentaire relevait plutôt de l'anecdote puisqu'elle permettait simplement de présenter une carte de visite virtuelle ou un lien de téléchargement quelconque (vers un site web, un document…) lors de sa lecture via l'interface sans contact d'un téléphone.

Dans sa nouvelle itération, manager.one passe à la vitesse supérieure avec la possibilité d'intégrer un service de rechargement (presque) universel de véhicule électrique. Pour ceux qui découvrent cet univers, il faut savoir que les réseaux de stations sont aujourd'hui hétérogènes, une bonne partie d'entre eux exigeant la détention d'une carte privative pour leur accès. Heureusement, des intermédiaires tels que Bump fournissent une capacité d'agrégation de ces systèmes facilitant la vie des automobilistes.

Manager.one x Bump

Grâce au partenariat entre les deux entreprises, l'utilisateur n'a plus besoin d'une carte séparée (qui encombre le portefeuille, qui augmente le risque de perte ou d'oubli…), celle qu'il utilise habituellement pour ses paiements autorise aussi le branchement de son véhicule à la plupart des bornes du territoire. Le progrès n'est certes pas immense mais le surcroît de confort qu'il apporte constitue un facteur d'adhésion supplémentaire bienvenu pour un mode de transport qui suscite encore de la méfiance.

Dans un sens, l'initiative correspond à la correction d'une dérive qui n'aurait jamais dû émerger. C'est en effet la facilité avec laquelle n'importe quelle organisation peut maintenant créer son propre dispositif en circuit fermé qui conduit à la prolifération de cartes (incompatibles) pour toutes sortes de niches… alors qu'elles remplissent toutes la même mission. Cette expansion se déroulant au détriment de l'expérience client, voilà qu'il nous faut désormais des solutions réduisant la complexité des usages…

lundi 20 mai 2024

La carte Visa de demain

Visa
Comme d'autres enseignes historiques, Visa voit ses métiers changer radicalement – quoique sans véritable révolution – au fil des années et de la « digitalisation » du monde. Dans une tentative de se remettre au goût du jour, elle vient de publier une série d'annonces… étrange mélange de conservatisme et de reprises de vieilles idées.

Présentées comme une ré-invention de la carte, ces différentes initiatives laissent une impression mitigée, entre manque d'originalité et, tout de même, rattrapage indispensable de l'état de l'art. Il est par exemple question des paiements via le compte bancaire, stimulés par la vague de la banque ouverte et portés, en Europe, par l'acquisition de Tink. Voilà le seul exemple de transformation en profondeur pour le cœur d'activité de Visa, évidemment dictée par une menace existentielle.

Autre nouveauté, « Flexible Credential » offre aux émetteurs, pour l'instant uniquement en Asie et bientôt aux États-Unis, la possibilité d'une affectation dynamique des dépenses effectuées sur un support au choix du consommateur, de débit, de crédit, de règlement fractionné (BNPL), voire de fidélité (ou équivalent), via une interface intégrée à leurs applications mobiles. Le concept a émergé il y a très longtemps et Curve l'a converti en succès depuis près d'une décennie. Il était temps d'y penser !

De son côté, la solution « Payment Passkey Service » vise à simplifier et sécuriser les transactions en ligne grâce à la validation instantanée par un moyen biométrique (empreinte digitale ou reconnaissance faciale), sans transmission de données sensibles. Si vous croyez à une copie du fonctionnement d'Apple Pay ou de Google Pay, vous avez raison. Et sa déclinaison par Visa paraît artificielle puisqu'elle nécessite obligatoirement le recours aux capacités des appareils qui ne sont pas sous son contrôle.

Visa Future

Il reste enfin la généralisation du « tap », c'est-à-dire le recours au geste de présentation de la carte sans contact à proximité d'un terminal afin d'exécuter une opération. Désormais ancrée dans les habitudes pour les paiements, Visa veut en faire un modèle pour toutes sortes d'interactions de la vie courante : les échanges d'argent entre proches, l'ajout d'une carte dans un porte-monnaie virtuel, l'authentification et la fourniture d'information (de livraison, par exemple) sur les sites d'e-commerce…

Le principe semble séduisant a priori… mais quelle est sa valeur dans un contexte de dématérialisation accélérée ? Naturellement, l'entreprise essaie là de sauver son instrument historique en imaginant des cas d'usage complémentaires, mais cette démarche est contradictoire avec ses velléités de mutation « digitale », y compris, notamment, la validation biométrique décrite précédemment, et, surtout, ne correspond, selon toute vraisemblance, à aucune attente des consommateurs.

À travers ses projets, Visa illustre en fait le paradoxe classique de l'innovation dans les grands groupes, résultat d'une double erreur mortifère : d'une part, la lenteur à adopter de nouveaux concepts, facteurs de disruption, qui fait manquer les opportunités créant les leaders de demain et, d'autre part, l'incorrigible désir de continuer à capitaliser sur les produits existants (et leurs technologies sous-jacentes), en pensant que leur popularité suffit à assurer leur pérennité et la fidélité de leurs utilisateurs.

dimanche 19 mai 2024

L'app qui change l'attitude des conducteurs

Allstate
Comptant parmi les pionnières de l'assurance comportementale (ou « UBI » pour l'acronyme anglais de l'assurance basée sur l'usage) avec sa solution DriveWise, proposée depuis une douzaine d'années, l'américaine Allstate revenait récemment sur l'influence bénéfique mesurable qu'elle exerce sur l'attitude des automobilistes au volant.

Deux études complémentaires, l'une portant sur les déclarations de sinistres de la compagnie et l'autre émanant de sa filiale spécialisée dans l'analyse de données Arity, toutes deux reposant donc sur un historique étoffé, fournissent des résultats édifiants. Ainsi, par rapport aux autres, les utilisateurs de l'application mobile DriveWise réduisent en moyenne de 25% leur probabilité d'être impliqués dans une collision grave (c'est-à-dire engendrant des dommages corporels évalués à plus de 100 000 dollars).

Les différences sont également sensibles au niveau de leur conduite, puisqu'il ressort qu'ils comptabilisent un taux de freinage brutal inférieur de 11%, dépassent moins souvent (à hauteur de 23%) une vitesse de 130 km/h (80 mph) et sont 44% moins susceptibles de manipuler leur téléphone sur la route. Ces caractéristiques, qui expliquent leur moindre exposition au risque, sont évidemment primordiales pour la sécurité, dans une période de forte recrudescence des accidents aux États-Unis.

Allstate Drivewise

DriveWise n'est pourtant pas un outil magique. Il s'agit d'un simple logiciel installé sur le smartphone de l'assuré, qui évalue en temps réel quelques indicateurs élémentaires sur son comportement au volant : la vitesse (brute et dans les virages), la puissance des accélérations et décélérations, la concentration… Régulièrement, il est invité à participer à des défis visant à lui inculquer des pratiques plus responsables et les progrès enregistrés sur son score global sont récompensés par des réductions de primes.

Naturellement, il ne faut pas surestimer le degré de causalité dans la corrélation entre les statistiques observées et le recours à l'application, les « bons » conducteurs étant, bien sûr, plus enclins à adopter DriveWise et profiter de son avantage pécuniaire. Il n'en reste pas moins qu'une partie des gains obtenus est tout de même liée à l'évolution des habitudes encouragée par le dispositif… et, au vu des chiffres avancés, les remises accordées représentent un compromis plutôt rentable pour Allstate.

Malgré ses avantages incontestables, validés par des années de mise en œuvre, l'assurance comportementale reste apparemment cantonnée à une infime minorité de consommateurs, n'étant d'ailleurs proposée que par une maigre fraction des compagnies. Alors que les coûts des sinistres sont en augmentation, induisant des hausses de tarifs parfois insupportables, comment se fait-il qu'un tel instrument de maîtrise des risques, qui a largement fait ses preuves, ne soit pas généralisé ?

samedi 18 mai 2024

Le retour de l'identité digitale de banque ?

NAB
Les gouvernements du monde entier avancent désormais vers le déploiement de services d'identité « digitale », en général délégués à des entreprises tierces. Tandis que le parlement australien vient de valider son texte cette semaine, NAB prend position sur le sujet et semble déterminée à en devenir un des futurs fournisseurs habilités.

Le paysage a bien changé depuis la précédente vague d'intérêt, quand le principal enjeu consistait à réagir aux velléités de Google, Facebook et consorts de créer des systèmes d'identification à vocation universelle pour les services en ligne. Aujourd'hui, ce sont les états qui s'emparent du problème, poussés, entre autres, par la prolifération des attaques visant la capture d'informations personnelles sensibles que le monde moderne tend à disséminer un peu partout sans faire grand cas de leur sécurité.

Il n'est donc plus (exclusivement) question de faciliter la vie des internautes, les ambitions pour les années qui viennent concernent avant tout la protection des secrets, en alignement aussi avec les réglementations de type RGPD, et la lutte contre la cybercriminalité. En conséquence, du côté des implémentations, l'objectif n'est pas de répliquer sous forme électronique un document officiel, avec plus ou moins la même valeur juridique, mais de concevoir une approche fondamentalement « digitale ».

Le constat préliminaire est trivial : la première raison pour laquelle des données privées se retrouvent régulièrement dans la nature, à la merci de fraudeurs de tout poil, est l'exigence de leur partage afin d'accéder au moindre service. La plate-forme réservée au plus de 18 ans qui demande une carte d'identité et en conserve une copie (à titre de preuve), l'agent immobilier qui réclame les bulletins de salaires et les enregistre… les situations dans lesquelles nous laissons ce genre de traces sont innombrables.

NAB – Identité Digitale

D'autres solutions sont maintenant possibles et la notion d'identité se transforme progressivement, passant d'une logique d'ensemble d'informations certifiées à un module applicatif qui autorise la vérification de caractéristiques individuelles. Au lieu de présenter mon permis de conduire, et de perdre ainsi la maîtrise de son destin, je transmets uniquement un élément confirmant que j'ai l'âge requis par mon interlocuteur… assorti, au besoin, d'un sceau attestant que le contrôle a été effectué.

Naturellement, l'entité qui délivre ce service détient (seule) les données sous-jacentes et, étant la dernière source de risques de fuites, elle doit impérativement être soumise à des contraintes extrêmement strictes sur les mécanismes de protection mis en œuvre. C'est dans ce cadre que les banques voient s'ouvrir une opportunité d'aborder ces activités émergentes, puisqu'elles possèdent déjà la majeure partie de la matière première (sur leurs clients) et qu'elles sont capables de la sécuriser.

En Australie, NAB ne déclare pas directement sa candidature pour une telle aventure mais ses explications montrent sans ambiguïté qu'elle en explore activement l'hypothèse. En Europe, où le projet de porte-monnaie d'identité digitale offre un potentiel identique, les banques paraissent hésitantes (avec des variations selon les pays). Il est vrai que le modèle économique n'est pas clair… sauf à considérer les avantages à retirer d'une relation secondaire avec les citoyens et des interactions afférentes.

vendredi 17 mai 2024

L'assistant virtuel de Bunq sort de la banque

Bunq
Représentatif d'une des applications les plus courantes de l'intelligence artificielle dans le domaine financier, l'assistant virtuel de Bunq s'enrichit progressivement de fonctionnalités supplémentaires. Toujours en version beta, sa deuxième itération sait désormais tenir de vraies conversations et commence à s'ouvrir à des sujets non bancaires.

En comparaison avec sa collègue Erica de Bank of America, Finn, lancé officiellement depuis moins de six mois, fait figure de débutant avec ses 100 000 interactions enregistrées à ce jour. Mais il est loin d'avoir exprimé tout son potentiel et son passage en version 0.2 lui permet de faire un immense bond en avant. Sur le plan de l'ergonomie, sa nouvelle aptitude à la discussion – alors que, jusqu'à maintenant, il était seulement capable de répondre à des questions unitaires – est la plus visible.

Je préfère cependant m'intéresser à une autre évolution, touchant plus à ses facultés intrinsèques, qui rappelle d'anciennes tentatives – sans succès – d'introduire une dimension sociale dans la gestion de l'agent. En l'occurrence, Finn ne se contente plus d'expliquer le fonctionnement de l'application de Bunq ou d'extraire des informations plus ou moins élaborées à partir de l'analyse des transactions comptabilisées, il est également en mesure de conseiller des adresses pour toutes sortes de besoins.

Vous cherchez une salle de gym ou un restaurant à proximité de votre position ? L'assistant vous propose un lieu et vous fournit un plan afin de vous y rendre. Surtout, chaque client ayant la possibilité de commenter son expérience sur chacune de ses dépenses, les suggestions formulées s'appuient sur les avis des autres utilisateurs, soit dans un mode globalisé à la manière des plates-formes de type Yelp ou Trustpilot, soit en relayant la recommandation spécifique d'un proche, identifié.

Bunq – Finn 0.2

Voilà donc le retour de cette idée, maintes fois expérimentée au fil des générations d'innovateurs, de capitaliser sur la connaissance des lieux fréquentés par les clients de la banque dans le but de constituer une sorte de communauté dont les membres sont rapprochés, virtuellement, par leurs achats et leurs commerces préférés. Qu'est-ce qui pourrait transformer en réussite un concept qui n'a jamais vraiment pris auparavant ? Peut-être le cumul de plusieurs facteurs complémentaires : la proximité avec les clients, la connexion avec les contacts, la facilité d'échanger offerte par Finn…?

Comme toujours, le principe est séduisant mais sa concrétisation reste compliquée, car la banque n'offre pas spontanément le meilleur environnement pour développer une approche sociale. Il ne serait toutefois pas totalement illusoire de changer cette perception, à condition de s'en donner les moyens, par exemple en introduisant lors de chaque moment de paiement une option de partage instantané, ultra-simple et sans frictions (en se souvenant tout de même que d'autres acteurs ont essayé – et échoué – par le passé). Une autre opportunité à explorer pour l'assistant virtuel ?

jeudi 16 mai 2024

State Farm veut valoriser ses brevets

State Farm
Bien qu'elles donnent rarement l'impression d'être à la pointe des technologies, certaines institutions financières sont de grandes productrices de brevets. En marge des records de dépôts dont se vante chaque année Bank of America, l'assureur State Farm déploie un portail d'exposition afin de stimuler la valorisation de son portefeuille.

Le site en question n'est qu'une vitrine minimaliste qui présente un échantillon – qu'on espère représentatif et très partiel – de deux douzaines de brevets, répartis dans six catégories distinctes, dont le contenu est résumé succinctement en trois ou quatre lignes, la référence officielle permettant heureusement d'en consulter les détails sur la plate-forme de l'office fédéral. Cependant, son objectif est parfaitement clair : il s'agit d'encourager les personnes et entreprises intéressées à prendre contact avec la compagnie – par courriel ! – en vue d'étudier les possibilités de cession, de licence d'exploitation ou de collaboration autour de sa propriété intellectuelle.

Fort logiquement, les domaines concernés sont pour l'essentiel concentrés sur les métiers de l'assurance et sur leurs outils privilégiés : déclaration de sinistres, assurance paramétrique, analyse prédictive, télématique, véhicules autonomes, drones, habitation connectée, nouveaux produits… Et quand le périmètre s'ouvre à quelques thématiques génériques (inévitable intelligence artificielle, réalité augmentée ou virtuelle, logiciel, expérience utilisateur, blockchain, sciences de la vie…), celles-ci sont généralement mises en œuvre dans des applications spécifiques aux activités du secteur.

Si j'exclue les propositions formulées sur la blockchain, dont je vous laisserai apprécier l'absurdité par vous-même, les exemples de brevets mis en avant paraissent plutôt attractifs. Citons, au hasard, le floutage d'informations sensibles quand un intrus observe l'écran du téléphone, la restriction d'usage d'un composant de voiture autonome sur lequel un risque de défaillance est détecté, l'identification du vol de véhicule par analyse du comportement de conduite, un tapis intelligent qui alerte en cas d'inondation (😂), la préparation de la déclaration de sinistre via les images collectées par drone…

State Farm Patents Portfolio

La démarche de State Farm peut être perçue comme un épisode de la recherche de nouvelles sources de revenus dans un contexte de pression sur les marges de l'assurance liée à l'augmentation des risques. Sans exclure cette hypothèse, elle constitue peut-être également l'exploration d'une porte de sortie pour un paradoxe de l'innovation classique dans les grands groupes. En effet, alors que cette dernière est brandie comme une force que le portefeuille de brevets contribuerait à démontrer, la réalité en ferait au contraire une preuve de faiblesse, selon moi.

On retrouve là la confusion commune entre invention et innovation. La première est matérialisée par la créativité et la génération d'idées que la seconde tente de concrétiser jusqu'à en dériver un service ou un produit viable. De toute évidence, State Farm est plutôt performante sur la phase théorique, grâce, notamment, au simple nombre de ses employés… mais se trouve, comme tous les acteurs historiques, beaucoup moins à l'aise dans l'implémentation. Elle a donc tout intérêt à faire appel à des tiers plus audacieux et moins réticents au risque au moment du passage à la pratique.

Aujourd'hui, les institutions financières friandes d'innovation mais mal équipées pour la développer elles-mêmes recourent largement à ce que sont devenues la FinTech et l'AssurTech afin de combler leurs lacunes. Cependant, entre les orientations qu'elles jugent peu prometteuses et la panne de créativité des jeunes pousses ces derniers temps, il n'est probablement pas inutile de partager avec les entrepreneurs potentiels quelques pistes de solutions qui auront immédiatement du sens pour l'industrie. Surtout si c'est un moyen de valoriser une propriété intellectuelle dormante.