C'est pas mon idée !

jeudi 2 février 2023

Minu, le bien-être à 360° des salariés mexicains

Minu
Née en 2019 avec l'idée simple – et déjà répandue – de proposer aux salariés d'accéder à leur rémunération au fil des heures travaillées, Minu a rapidement embrassé une vision beaucoup plus vaste de sa mission, en profitant au passage d'une évolution réglementaire favorable à son ambition générique d'œuvrer pour le bien-être des employés.

Les conséquences de la crise sanitaire sur la perception de leur situation professionnelle ont, comme partout sur la planète, entraîné de profondes remises en question, qui ont, à leur tour, convaincu les entreprises de prendre plus grand soin des attentes de leurs forces vives. Mais le Mexique se trouve également être un des seuls pays du monde où une législation récente, connue sous le petit nom de NOM 35, leur impose en outre de surveiller le stress de leurs effectifs et de mettre en place des moyens de le soulager.

Pour Minu, qui, dans un premier temps, cherchait à apporter une réponse aux difficultés récurrentes des quelques 80% de la population locale (sur)vivant de jour de paye en jour de paye, une telle opportunité était impossible à manquer, puisque parfaitement alignée avec son objectif de contribuer par tous les biais possibles à l'amélioration des conditions d'existence et de la sérénité des citoyens, qu'il s'agisse d'intervenir sur leurs finances personnelles, sur leur santé, sur leurs protections ou sur tout autre domaine.

Accueil Minu

À la convergence de ces différents critères, la jeune pousse a progressivement assemblé un catalogue (étoffé) d'avantages à l'intention des salariés, dont tous ont pour vocation de concourir à leur plénitude. Elle le met à la disposition, en totalité ou par composants unitaires, des sociétés désireuses de marquer clairement leur préoccupation vis-à-vis de la santé physique et mentale de leurs collaborateurs, au bénéfice, bien sûr, de leur attractivité et de leur capacité de fidélisation. Et, ce faisant, elles obtiennent automatiquement la garantie de conformité avec les exigences du texte NOM 35.

Les inquiétudes liées à l'argent représentant une fraction importante des angoisses du quotidien, les outils financiers sont prédominants dans la palette déployée : outre le salaire à la demande, sont également inclus des petits prêts à taux modéré, des comptes d'épargne à haute rentabilité, des programmes éducatifs… et des rabais dans une sélection d'enseignes. La santé constitue un autre poste majeur, avec des consultations à distance ou face à face, des séances de remise en forme ou de méditation…, qui s'étend plus largement vers l'assurance, depuis les accidents jusqu'aux obsèques.

Stimulée par la conjoncture spécifique à son marché d'origine, Minu prend une voie originale mais extraordinairement prometteuse. D'une part, en rebondissant bien au-delà du concept de l'avance de rémunération, dont les débouchés potentiels sont effectivement un peu étroits. D'autre part, en combinant une approche financière avec une perspective à la fois ouverte sur d'autres sujets et fortement recentrée sur les besoins essentiels des consommateurs, en l'occurrence autour de leur bien-être. Ou comment envisager une démarche « beyond banking » avec une focalisation aiguë sur le client.

mercredi 1 février 2023

Sprive, pour sortir du crédit hypothécaire

Sprive
Pour une bonne partie de la population (britannique, en l'occurrence), le bien-être financier passe en priorité par une épargne suffisante pour faire face aux urgences et, si possible, à quelques projets d'avenir. Pour ceux qui ont acquis la résidence de leurs rêves, l'objectif consisterait plutôt à se débarrasser du crédit hypothécaire. Sprive est pour eux.

Fondamentalement… et sans originalité, son application mobile reprend à l'identique les grands standards des outils destinés à aider les consommateurs à mettre de l'argent de côté. Mais, au lieu d'affecter les économies accumulées de la sorte à une réserve libre et plus ou moins formelle, toutes les actions entreprises sont ici mises exclusivement au service de la réduction de la dette adossée au bien immobilier, de manière à abaisser la charge de ses intérêts et, cible ultime, la résorber entièrement au plus tôt.

En guise d'entrée en matière, l'utilisateur est donc invité à connecter son compte bancaire. Dès lors, les algorithmes de la jeune pousse estiment régulièrement les sommes qui peuvent être extraites du budget sans gêner les dépenses de la vie courante (dans la limite d'un plafond prédéterminé). Dès que possible, celles-ci sont portées au remboursement anticipé de l'emprunt. Autre option, les primes (de cashback) versées par quelques commerçants partenaires peuvent également contribuer aux efforts.

En parallèle, un comparateur intelligent (couvrant plus de 20 000 produits de presque une centaine d'établissements distincts) surveille le marché en permanence et suggère le transfert du solde de crédit chez un nouveau fournisseur quand une offre plus avantageuse et pertinente pour la situation de la personne (c'est-à-dire qu'elle est effectivement à même de souscrire) est identifiée. En outre, dans l'hypothèse d'un changement, les démarches nécessaires sont accompagnées pas à pas.

Accueil Sprive

Afin d'élargir sa perspective à l'ensemble de son sujet de prédilection, la solution de Sprive, gratuite pour les citoyens (et financée par les officines de crédit ?), déploie aussi des tableaux de bord, autorisant par exemple le suivi des encours, la réalisation de projections et simulations (quand et comment parviendrai-je à épurer mon prêt ? ) ou encore l'estimation de la part réellement détenue dans la propriété hypothéquée. A minima, ces informations sont importantes pour entretenir la motivation.

L'approche non conventionnelle de l'épargne – car c'est bien d'épargne dont il est question – mise en œuvre par Sprive rappelle fort opportunément que le bien-être et le stress financiers n'ont pas une seule facette. Bien que certains de leurs aspects paraissent universels, en fonction de son contexte, de ses habitudes, de ses réflexes psychologiques…, chaque individu exprimera des réactions différentes et se fixera des priorités spécifiques : le soutien proposé doit donc s'adapter aux diverses perceptions.

mardi 31 janvier 2023

Unbanx rémunère les données bancaires

Unbanx
Le vilain petit secret des banques est en passe de s'éventer : les données des transactions de leurs clients sont discrètement commercialisées, sans que ces derniers n'aient leur mot à dire. Afin de leur rendre un peu de pouvoir, Unbanx leur propose une application qui rémunère les informations qu'ils partagent volontairement.

Le modèle économique de la donnée est bien connu dans l'univers des géants du web, mais son adoption par les institutions financières est probablement moins familier du commun des mortels. Pourtant, en marge des réglementations (de type RGPD) destinées à protéger la vie privée des consommateurs, des usages massifs ont librement cours, après une anonymisation des sources qui satisfait les exigences légales tout en préservant en grande partie la valeur des historiques de dépenses des populations.

Face à ce qui peut paraître une situation d'abus, a minima du point de vue de l'opacité du procédé, Unbanx veut imaginer une autre approche. En l'occurrence, il s'agit pour l'individu de mettre ses précieuses données à la disposition des entités intéressées, mais, cette fois, en toute connaissance de cause et en contrepartie d'une juste compensation. Il lui suffit pour ce faire d'installer le logiciel de la jeune pousse et de connecter ses comptes bancaires via de classiques API « open banking » (fournies par Nordigen).

Unbanx has launched

Les clients ciblés étant les mêmes, les conditions de distribution des informations sont identiques à celles en vigueur dans les banques, notamment en matière de sécurité et d'anonymisation. En revanche, leur propriétaire légitime est systématiquement interrogé avant qu'elles ne soient communiquées à un tiers. Dans l'hypothèse où il accepte le transfert, il se voit créditer de bons d'achat à valoir auprès de grandes enseignes (Amazon, H&M, Ikea, Uber…), à hauteur de 70% du montant perçu par Unbanx.

Si une telle démarche est évidemment pavée de bonnes intentions, son impact réel risque d'être extrêmement décevant. Elle ne peut en effet espérer renverser le marché que si les entreprises désireuses d'exploiter la manne acceptent de changer de pourvoyeur, essentiellement dans un souci d'éthique. Or, dans ce registre, il sera difficile pour la startup irlandaise de lutter contre les poids lourds de la banque, avec leur capital de confiance, leur accès direct à la source, leurs éventuelles offres enrichies…

D'autre part, je m'attarderai, comme toujours, sur la pertinence de l'idée de fond d'Unbanx (et de quelques autres défenseurs des droits des données) : la rémunération apporte-t-elle une réponse adéquate aux excès de l'économie de l'information ? À tout le moins, elle introduit une distorsion de classe (entre ceux qui ont besoin de l'argent et les autres), qui n'est satisfaisante ni dans une perspective politique, ni, vraisemblablement, pour les clients d'un service de ce fait automatiquement entaché de biais incontrôlables.

lundi 30 janvier 2023

BNP Paribas crée un guide des aides publiques

BNP Paribas
Des milliards d'euros de dotations, en provenance des autorités européennes, nationales ou régionales, sont mis à la disposition des entreprises afin de les aider à surmonter les aléas de la conjoncture ou engager des transformations jugées indispensables. Une initiative de BNP Paribas leur propose de les orienter dans une jungle d'options.

Concocté en collaboration avec KPMG et WeGrant (spécialiste du sujet), l'« espace subventions entreprises » déployé par la banque permet, moyennant une simple inscription, de réaliser des simulations et d'identifier, en fonction de son secteur d'activité, de sa localisation, de sa taille, des projets qu'elle envisage (en particulier ceux qui concernent la transition numérique ou les enjeux environnementaux) et de quelques autres paramètres, les aides auxquelles chaque structure peut prétendre.

Le parcours comprend même une estimation de la probabilité d'obtention de chaque subvention suggérée. Mais, pour mettre le maximum de chances de leur côté, les demandeurs ont également la possibilité de solliciter un accompagnement de proximité dans l'assemblage et la soumission de leurs dossiers, assuré par des experts. Par ailleurs, un chargé d'affaires de BNP Paribas reste en contact avec eux et se tient prêt à compléter les besoins avec des solutions de financement adaptées, le cas échéant.

BNP Paribas – Espace Subventions Entreprises

La plate-forme référence d'ores et déjà plus de 150 programmes différents, présentés en détail et assortis d'un score destiné à établir des priorités, et ses fondateurs promettent d'en inclure 350 d'ici à la fin de l'année. Avec une tel volume d'opportunités, il est facile de comprendre pourquoi une assistance intelligente à la recherche est utile : les responsables de PME, en particulier, peuvent aisément gaspiller énormément de temps et de ressources en démarches qui s'avèreront finalement improductives.

Pour BNP Paribas, l'objectif visé ne se résume pas seulement à offrir un service supplémentaire à ses clients et prospects professionnels. En effet, non seulement leur accès aux subventions publiques représente-t-il une aubaine pour leurs opérations, donc pour leur comptes bancaires, mais, en outre, il constitue aussi une certaine forme de validation externe, susceptible de contribuer à la confiance réciproque et, partant, au développement de la relation commerciale, notamment en matière de crédit.

dimanche 29 janvier 2023

Method propose une API du crédit

Method Financial
Sa récente levée de fonds, à hauteur de 16 millions de dollars, nous procure l'occasion de nous intéresser à Method Financial et à son ambition de rationaliser (indirectement) l'accès à leurs encours de crédit pour les individus endettés et de les aider de la sorte à mieux piloter leurs finances personnelles ou à profiter d'avantages spécifiques.

L'idée de la jeune pousse est née en 2019, quand ses fondateurs prirent conscience de la difficulté que rencontraient les emprunteurs à obtenir une vision extensive et cohérente de leur situation auprès des institutions financières – banques et émetteurs de cartes de crédit en tête. Pour cette raison, les consommateurs, surtout les plus fragiles, se trouvent facilement exposés aux risques de dérives, ne sachant pas immédiatement où se situent les priorités dans une constellation de remboursements à effectuer au plus tôt.

Sa réponse consiste à proposer une API universelle, connectée à « tous » les établissements des États-Unis, qui permet à chaque personne de partager très simplement avec l'entreprise de son choix (cliente de Method), en toute sécurité et sous son contrôle exclusif, les informations sur l'ensemble de ses engagements. En complément, elle comprend aussi des fonctions de paiement pour les solutions qui visent à accompagner ou automatiser les versements de fonds à destination des créanciers.

Des intégrations sophistiquées avec les opérateurs de télécommunication mobile, les agences de notation et les principales plates-formes informatiques de crédit sont mises en œuvre afin de rendre les démarches les plus fluides possibles, y compris pour les populations peu familières ou peu désireuses de relation en ligne. Les utilisateurs n'ont ainsi, par exemple, qu'à fournir leur numéro de téléphone puis valider leur identité, en quelques gestes, pour entamer la procédure de connexion à leurs fournisseurs.

Method Financial Home

Depuis ses débuts, les interfaces de Method ont été adoptées par 45 acteurs d'origines diverses, entre banques traditionnelles et concepteurs de logiciels de bien-être financier. Il faut admettre que les cas d'usages envisagés sont également variés, tels que, sans limitation : surveillance des encours, règlement des échéances dues (en option avec des optimisations intelligentes), rachat ou transfert de solde, consolidation de dettes… En outre, le service pourrait devenir un bénéfice original déployé par les départements de ressources humaines de grandes structures à l'intention de leurs collaborateurs.

Tandis que, pour l'essentiel, l'industrie reste à ce jour sceptique sur les opportunités créées par les API de consultation des comptes de paiement, en attendant de les étendre peut-être à d'autres catégories de comptes, les trublions continuent à montrer la véritable voie vers l'avenir : généraliser l'approche afin d'offrir des moyens d'immerger les transactions au cœur des expériences qui comptent pour les usagers, en évitant les complications habituelles des parcours et en offrant des conseils personnalisés.

samedi 28 janvier 2023

Capital One, au-delà de la banque, autrement

Capital One
Comme d'autres institutions financières aux quatre coins de la planète, Capital One s'est lancée dans une ouverture au-delà de ses activités d'origine, en particulier à travers un portail de vente de voitures. Mais elle sait que cette extension ne satisfera pas tous les besoins, aussi propose-t-elle également une plate-forme aux concessionnaires.

C'est la grande tendance du moment dans le secteur, sous la dénomination de « beyond banking » et l'automobile en est une des principales cibles : les établissements de crédit, estimant que leur positionnement de pourvoyeur de fonds est critique dans le parcours d'achat et profitant de la démocratisation des transactions en ligne, développent progressivement leurs propres places de marché, dans lesquelles ils intègrent de manière transparente leur expertise du financement avec la distribution de véhicules.

Là où Capital One se distingue, c'est qu'elle prend en compte la forte proportion de la population (américaine, en l'occurrence) qui ne se sent pas prête à acquérir un véhicule sur un site web et préfère conclure une opération aussi importante face à un interlocuteur humain. Or, dans cette hypothèse, la personne légitime pour prendre en charge les échanges est le concessionnaire. Il ne reste plus qu'à fournir à ce dernier le service qui lui procurera autant de fluidité et de transparence que sur internet.

Dans une approche hybride, l'ambition de la Capital One Navigator Platform est donc d'apporter au professionnel, dans son environnement de travail habituel, les outils susceptibles de faciliter simultanément sa tâche et les démarches de son client potentiel. Leur contenu est essentiellement constitué des composantes strictement financières extraites de l'Auto Navigator, l'espace où la banque commercialise ses voitures.

Capital One Navigator

Concrètement, le consommateur est invité à réaliser des simulations, en fonction de sa situation et de ses exigences, puis à préparer son dossier à distance, en indiquant le montant d'acompte qu'il est capable de verser, le prix estimé de reprise de son ancien véhicule, la durée du prêt qu'il envisage de contracter…, à partir de quoi il lui est restitué une enveloppe budgétaire réaliste. Celle-ci est alors mise directement à la disposition du concessionnaire qui peut de la sorte filtrer les propositions qu'il soumettra.

Le progrès par rapport aux mécanismes existants – établissement de crédit partenaire ou négociation indépendante préalable avec la banque personnelle – ne paraît pas nécessairement évident mais il prend un certain relief au vu des frustrations exprimées vis-à-vis de la relation avec les vendeurs automobiles, en particulier en termes de confiance et de transparence des processus. Les stratégies « beyond banking » ont beau être à la mode, elles ne sont pas près de séduire massivement les populations, aussi est-il certainement utile de se pencher sur la qualité des expériences plus classiques…

vendredi 27 janvier 2023

Nirio, le paiement de facture en bas de chez soi

Groupe FDJ
En marge de leur activité historique en perte de vitesse, les bureaux de tabac français n'en finissent plus d'ajouter à leur palette de nouvelles offres, notamment financières : après la distribution de timbres postaux, de jeux d'argent, de cartes bancaires, les encaissements pour le compte du trésor public…, ils assument désormais le règlement de factures.

Baptisée Nirio, la nouvelle fonction est déployée par la filiale services du groupe FDJ, partenaire privilégié des buralistes depuis longtemps. Elle permet dès maintenant aux locataires de 4 bailleurs sociaux, opérant dans 14 départements de l'hexagone, de payer leur loyer en personne, en espèces ou par carte, auprès des 3 000 professionnels enregistrés par l'ACPR et formés pour ce genre de transactions. À terme, les quittances d'énergie, de télécommunications… devraient être intégrées dans le dispositif.

En pratique, le consommateur devra commencer par scanner la facture qu'il souhaite acquitter grâce à l'application mobile dédiée, qui génère alors un code (QR ?) de reconnaissance. Celui-ci sera ensuite présenté au commerçant afin de procéder au règlement proprement dit, sous réserve d'un contrôle systématique de la pièce d'identité du débiteur (étrange contrainte dont le but n'est pas précisé). La confirmation d'exécution est enfin matérialisée par un justificatif (imprimé, vraisemblablement) délivré au client.

Outre que, dans l'absolu, ce parcours utilisateur semble relativement lourd, il soulève une grave question de cohérence par rapport à la cible visée, des personnes rechignant à recourir aux prélèvements automatiques (qui représenteraient 20% de la population hexagonale)… et – bien entendu, mais ce facteur est ignoré dans la communication officielle – réticentes aux plates-formes numériques qui leur proposent une alternative : elles risquent de ne pas être enthousiasmée par la solution hybride de Nirio…

Nirio

Une autre interrogation majeure, plus ouverte, concerne la volonté sous-jacente de maintenir un modèle d'interactions en face à face qui a été abandonné depuis longtemps par les grands fournisseurs de services en raison de son inefficacité et de ses coûts exorbitants face à des options plus modernes, abordables, fiables, éprouvées et simples à appréhender. Or nulle part n'est évoquée l'équation économique sur laquelle repose Nirio : qui en supportera réellement la charge et à quel niveau se situe-t-elle ?

Par ailleurs, les promoteurs du système évoquent, comme toujours, l'importance pour son audience d'entretenir une vie sociale, à travers les petits événements de la vie quotidienne. Peut-être est-ce une réalité mais alors je suis profondément inquiet pour une société dans laquelle les individus devraient compter sur les échéances de leurs factures pour trouver des occasions de rester en contact avec leurs prochains. Je suis certain qu'il existe d'autres possibilités à explorer, plus positives, d'atteindre le même objectif.

Sans espoir d'une relation personnalisée – autorisant, par exemple, le rééchelonnement d'une dette –, le bénéfice de Nirio est difficile à percevoir. A contrario, quand FDJ cite en référence le succès rencontré par son initiative précédente avec le trésor public, on peut légitimement soupçonner que le véritable problème à résoudre réside dans la convivialité des outils de paiement en ligne existants : s'ils offraient une expérience optimale, il serait inutile de faire appel à un intermédiaire pour une tâche sans valeur ajoutée.

jeudi 26 janvier 2023

Comment vendre un projet de bien-être financier

Forrester
Par la voix d'Aurélie L'Hostis, ardente défenseuse du bien-être financier, le cabinet Forrester se penche sur une question critique pour les projets du genre dans les grands groupes : comment convaincre les responsables d'y consacrer les budgets nécessaires ? Au-delà des réponses proposées, j'ajouterai quelques éléments de contexte.

Bien que lancinant depuis des années, notamment dans le sillage de la pandémie, le sujet devrait aujourd'hui figurer particulièrement au cœur des préoccupations de toutes les banques de la planète alors que, crise du coût de la vie aidant, une fraction croissante de leur clientèle se débat dans les difficultés ou, à tout le moins, les inquiétudes vis-à-vis de leur budget quotidien. Pourtant, les initiatives destinées à offrir des solutions opérationnelles restent extrêmement rares et/ou terriblement timides.

Pourquoi ces hésitations ? Les raisons en sont multiples mais les impossibilités techniques n'en font résolument pas partie : entre la recherche académique florissante et les avancées réalisées par différentes jeunes pousses, la faisabilité n'est plus à démontrer, même s'il subsiste une immense marge de progrès. En revanche, la perception de la valeur des démarches autour de l'amélioration du bien-être financier dans les entreprises du secteur est encore à ce jour extraordinairement lacunaire.

Sans s'attarder sur les cas, hélas trop nombreux, de décideurs n'ayant pas intégré la notion dans leurs réflexions, la principale faille observée sur le terrain se matérialise dans les dossiers présentés : en l'absence de modèle économique (de « business case ») factuel, quantifié et précis, impossible de séduire un comité d'investissement. Les vagues promesses de renforcement de la fidélité, de développement ultérieur des ventes… fréquemment mises en avant ne suffisent jamais à emporter une décision.

Forrester – Business Case For Financial Well-Being

D'où l'injonction de Forrester à établir en détail les objectifs visés avant d'élaborer la cible envisagée, seule manière d'obtenir un accord… et des fonds afin de lancer un programme. Il faut cependant admettre que l'exercice est très complexe, car l'industrie manque cruellement de références, sur une thématique du bien-être financier qui relève toujours de l'innovation. Sans précédent documenté, comment identifier les métriques qui permettent de dégager une perspective de rentabilité et comment persuader les maîtres des cordons de la bourse que les hypothèses prises sont réalistes ?

Sur le premier point, les analystes ont quelques idées à partager et même un canevas prêt à l'emploi. Sans savoir ce que ces documents contiennent (l'accès en est réservé aux clients), je suggèrerai au moins une piste conjoncturelle : la période actuelle est propice à une mesure des pertes nettes (ventes échouées, défauts de paiement et autres incidents…) engendrées par les problèmes rencontrés par les clients (réels et ressentis), qui pourrait aisément servir de socle à la justification de valeur d'un nouveau projet.

Sur le second aspect, point de miracle à espérer : si les raisonnements adoptés sont cohérents, il ne s'agit plus que de vaincre la traditionnelle résistance à l'inconnu et le traumatisme du pionnier (le rôle que quasiment aucune banque ne désire jouer). Néanmoins, un moyen de faciliter l'adhésion consiste à réduire les risques et les coûts et, dans cette optique, le recours à un partenaire spécialisé, sélectionné dans un écosystème de la FinTech qui s'enrichit constamment, constitue une opportunité évidente.

mercredi 25 janvier 2023

Si, Yann, ChatGPT EST innovant

Meta
Quand Yann Le Cun – gourou de l'intelligence artificielle, scientifique en chef de l'IA chez Meta (ex-Facebook) et co-récipiendaire d'un prix Turing en 2018 – affirme que, en dépit de sa perception généralisée, l'agent ChatGPT n'est pas particulièrement innovant, ses propos inondent rapidement les médias internationaux. Pourtant, il se trompe.

Certes, comme il le souligne, les technologies sous-jacentes à cette plate-forme capable d'engager une conversation rationnelle, cohérente et informée n'ont rien de très original et des dizaines d'autres entreprises, de toutes tailles, en développent des implémentations opérationnelles, parfois depuis de longues années. Mais ces travaux et leur aboutissement n'ont qu'un lointain rapport avec ce qui constitue une véritable innovation, à savoir la rencontre réussie entre un produit, un cas d'usage et un public.

Sous l'éventuelle réserve de son évolution dans la durée, ChatGPT remplit précisément les conditions de cette définition. Ce constat objectif est confirmé à la fois par son adoption immédiate par des millions d'utilisateurs, d'abord curieux puis désireux d'en tirer les bénéfices, mais également, et peut-être de manière plus éclatante encore, par la vague de questions inédites qu'il suscite, par exemple face aux étudiants qui lui font faire leurs devoirs, aux cybercriminels qui l'exploitent pour affiner leurs attaques…

Naturellement, Yann Le Cun est désappointé de ne pas être le premier à découvrir la poule aux œufs d'or de l'IA, et celle-ci ne retire rien à la valeur des recherches passées – les siennes comme celles de milliers d'anonymes – ayant permis de la mettre au point, mais il ne peut contester son statut. Incidemment, son choix de travailler pour une organisation outrageusement commerciale n'est certainement pas étranger à son absence sur la photo d'une innovation importante dans son domaine de prédilection.

En effet, les efforts de Meta se concentrent, selon toute vraisemblance, sur les applications de l'intelligence artificielle destinées à renforcer l'efficacité de la publicité sur les réseaux sociaux (et accroître les revenus, bien sûr) – alors que les algorithmes de ciblage des contenus restent atterrants (après 10 ans de masquages et de blocages, ils ne veulent toujours pas admettre que je n'aime pas le foot !). La probabilité de donner naissance à une innovation (de rupture, de préférence) dans cet espace est faible.

Concrètement, Yann évoque l'une des pistes explorées par ses équipes : un système génératif artistique qui serait dédié à la création de matériel marketing (en clair, des publicités en ligne) pour les millions de petites entreprises qui n'ont pas les moyens de recourir aux services de professionnels dans ce but. Le résultat pourra être qualifié d'innovant, quand il aura vu le jour et qu'il aura conquis une part conséquente de son marché, mais il n'aura évidemment jamais, tel quel, l'impact d'un ChatGPT.

En conclusion, cette réaction épidermique, finalement anecdotique, représente une excellente occasion de rappeler que la technologie n'est qu'une composante – pas nécessairement révolutionnaire et souvent même optionnelle, qui plus est – de l'innovation. Le cas d'usage est beaucoup plus critique pour qui veut changer le monde. Dans l'univers financier, on comparerait l'optimisation des ventes croisées – amélioration incrémentale – et le déploiement d'un conseiller virtuel personnalisé – disruption…

Meta AI

mardi 24 janvier 2023

Equifax se voit courtier de données personnelles

Equifax
Pour les principaux spécialistes du score de crédit, la généralisation de la banque ouverte a donné naissance à une nouvelle concurrence, féroce et résolue, qui menace les activités historiques où ils régnaient jusqu'à présent sans partage. En réponse, Equifax essaie désormais d'élargir son approche à tout le spectre des données personnelles.

Un des premiers axes de diversification pour l'entreprise consiste, avec son offre Verification Exchange, à offrir un service de contrôle de l'emploi et (en option) de la rémunération des individus. Bien qu'elle repose sur diverses sources, notamment dans le traditionnel vivier des institutions financières, elle fait un bond en avant grâce à la signature d'un partenariat avec Sage pour la connexion avec sa plate-forme de gestion des ressources humaines, équipant 4 entreprises britanniques privées sur 10.

Le mode de fonctionnement retenu ne présente aucune surprise. Une fois obtenu l'accord (explicite) du consommateur pour l'accès à son profil, Equifax transmet au demandeur (qualifié) – via une API, naturellement – les informations sur l'employeur de l'individu en question, sa date d'entrée en fonction, l'intitulé de son poste… ou, dans la version la plus complète, un historique professionnel complet, comprenant également le salaire brut, sa fréquence de versement et quelques informations supplémentaires.

Pour ses clients potentiels, depuis les établissements de crédit jusqu'aux recruteurs, qui ont un besoin légitime de s'assurer de la situation professionnelle de leurs interlocuteurs, la proposition de valeur du Verification Exchange est une évidence. La mise à disposition de données fiables par un intermédiaire reconnu, via une interface centralisée facile à mettre en œuvre, représente en effet un moyen incomparable de simplifier des tâches administratives manuelles habituellement lourdes et sujettes aux erreurs.

Equifax Verification Exchange

En revanche, Equifax sait que l'acceptation par les citoyens de son système – relativement invasif vis-à-vis de la vie privée – constitue un sujet délicat. Aussi n'épargne-t-elle pas ses efforts afin de rassurer : outre son insistance à mentionner le criblage des utilisateurs et l'exigence de consentement, elle met en avant son expérience en matière de cybersécurité (malheureusement ternie par plusieurs incidents sérieux au fil des ans) et le soin qu'elle prend d'inscrire ses processus dans un strict cadre réglementaire.

Surtout, elle souligne les bénéfices à espérer de sa solution de collecte électronique en comparaison des démarches traditionnelles – production de copies de pièces justificatives, déplacements en personne pour certifier la véracité des documents… Non seulement les traitements devraient-ils être accélérés (ce qui peut être critique, par exemple pour un crédit) mais, en outre, ce sont des heures perdues (jusqu'à 13 jours par an, selon une étude) et des frustrations accumulées qui peuvent être évitées.

L'initiative, parfaitement alignée avec son modèle d'origine, paraît logique pour Equifax (et, probablement, pour ses consœurs). Cependant, elle intervient à un moment où commencent à émerger la notion d'identité décentralisée et ses premières implémentations, parfois portées par des organisations gouvernementales et donc à vocation plus ou moins universelle. Celles-ci possèdent l'avantage indéniable de redonner le contrôle de ses données à son propriétaire : un autre modèle a-t-il encore un avenir ?