On croyait que la bataille de la finance ouverte était terminée, avec un consensus autour du déploiement d'interfaces standardisées et sécurisées. Voilà que les agents intelligents viennent remettre tout en cause ! Les banques américaines commencent en effet à leur interdire plus ou moins strictement l'accès aux comptes de leurs clients.
Jamie Dimon, directeur général de JPMorgan Chase, était un des premiers à s'exprimer publiquement sur le sujet, au cours d'une récente conférence avec les analystes. Et les arguments qu'il brandit rappellent étrangement ceux qu'on entendait il y a encore quelques années face aux entreprises qui voulaient proposer des services à valeur ajoutée aux consommateurs et aux entreprises moyennant une connexion à leurs comptes. Hélas, le compromis trouvé alors semble désormais devenu caduc.
Les craintes pour la sécurité de l'argent et des données confidentielles des clients, mais aussi de la banque elle-même, reviennent donc au premier plan du débat. Et la réponse est identique à celle d'autrefois : des mécanismes de protection sont mis en place afin d'empêcher les robots d'entrer dans les systèmes ou, pour les établissements les moins radicaux, de leur refuser toute possibilité d'exécuter des mouvements de fonds (mais, si on lit entre les lignes, en leur accordant tout de même des droits de consultation).
Si elle n'était pas aussi pathétique, cette réaction prêterait à sourire. Il faut se souvenir que les tentatives de blocage des outils de capture de données des pionniers de l'agrégation de compte ont toujours fini par montrer leur inefficacité. Comment les mêmes méthodes peuvent-elles aujourd'hui rivaliser avec des intelligences artificielles dont l'actualité nous relate chaque jour les exploits et son habileté à contourner les obstacles dressés devant elle dans l'exécution des tâches qui lui sont confiées ?
En revanche, je reconnais qu'il existe un vrai problème de fond concernant les risques d'interactions incontrôlées entre les agents IA et les comptes de leurs utilisateurs. Les institutions financières peuvent légitimement s'inquiéter de leur responsabilité en cas d'agissement indésirable. Il devient indispensable de définir des règles claires, relevant notamment de la validation d'intention, partagées en toute transparence avec les clients, en s'assurant que ces derniers les comprennent et les acceptent sans réserves.
Au lieu de perdre de l'énergie à essayer vainement de rejeter les accès à leurs applications par des agents IA, qui risquent aussi de perturber des demandes régulières par excès de zèle, les banques devraient surtout se pencher d'urgence sur les moyens d'accommoder les besoins émergents. La délégation de pouvoir à l'intelligence artificielle n'en est qu'à ses prémices, elle va rapidement prendre de l'ampleur sans aucune possibilité de la stopper, et il est futile d'imaginer que ceux qui y ont recours accepteront sans broncher de se voir fermer les portes de leurs comptes.




















