C'est pas mon idée !

mardi 9 août 2022

Faire payer la fraude bancaire aux GAFA ?

GAFA
Arguant d'une analogie un peu absurde avec le principe bien connu du « pollueur payeur », quatre des plus grandes banques britanniques demandent que les géants technologiques, qu'elles accusent de faciliter la fraude en ligne, contribuent aux remboursements qu'elles sont légalement contraintes d'effectuer auprès de leurs clients lésés.

Au vu des quelques 460 millions de livres restituées aux victimes pour les années 2020 et 2021, il est facile de comprendre pourquoi l'industrie cherche à se délester d'une partie de la charge qui lui incombe (en vertu de la réglementation). Et, comme une analyse des opérations considérées révèle qu'environ trois quarts des escroqueries trouvent leur origine sur les médias sociaux, plates-formes d'enchères et autres sites de rencontres, ces acteurs aux poches souvent profondes font des boucs émissaires parfaits.

La ficelle paraît grossière. Les entreprises incriminées ne sont en effet pas à l'origine des agissements de leurs utilisateurs et ne peuvent en être rendues responsables, hormis peut-être dans certains cas spécifiques (par exemple si elles en font la promotion) dont elles pourraient avoir à répondre devant la justice. Il ne sert à rien de tuer le messager pour lutter contre le fléau qu'il transmet. Les assureurs demandent-ils aux constructeurs automobiles d'indemniser les accidents causés par leurs voitures ? Les compagnies aériennes devraient-elles assumer les conséquences de la propagation du COVID ?

En revanche, la connaissance des mécanismes par lesquels s'organise et se développe la fraude devrait être exploitée pour renforcer la lutte et la rendre plus efficace. Au-delà des messages de prévention génériques existants, l'identification des circonstances précises de survenue des litiges précédents peut être mise à profit pour affiner les alertes et, surtout, pour mettre en place des mesures de protection concrètes, y compris en œuvrant en collaboration avec les opérateurs des sites qui en constituent le support.

Incidemment, il faudrait également s'interroger sur la destination des fonds acquis malhonnêtement. Car il est question ici de virements, impossibles à annuler ou à inverser, vers des comptes bancaires en règle. Le soupçon est inévitable d'une certaine légèreté de la part des établissements dans l'accueil des clients qui les détiennent et participent, sciemment ou non, à des activités criminelles, a minima lorsque des irrégularités (rarement isolées) sont signalées, sinon dès l'entrée en relation. De ce point de vue, le manque de coopération entre institutions profite évidemment aux malfaiteurs.

En synthèse, la démarche des banques britanniques donne l'impression d'une manœuvre de détournement de l'attention. En tentant artificiellement de faire endosser aux plates-formes en ligne une partie de leurs propres lacunes, elles cherchent à la fois à réduire le coût de la fraude (qu'elles ne peuvent plus laisser assumer aux consommateurs) et à donner l'illusion qu'elles sont elles-mêmes victimes. Il faudra pourtant d'abord qu'elles assument mieux leur rôle, en relevant la qualité des protections qu'elles déploient.

Fraude
Illustration par Pete Linforth (Pixabay)

lundi 8 août 2022

Une super-app pour la banque ?

WeChat
Depuis le succès des super-apps des dragons chinois, WeChat en tête, la fantasme d'une déclinaison du modèle dans les pays occidentaux perdure. Mais, comme l'explique Ron Shevlin dans un article pour Forbes, le contexte est trop différent pour que la greffe prenne. Le concept pourrait toutefois inspirer une indispensable évolution.

Sans conteste, si on s'en tient à une définition stricte, la possibilité de créer un écosystème au sein duquel une multitude de micro-applications sont accessibles instantanément est plus adaptée à une population équipée de téléphones relativement peu puissants qu'aux consommateurs américains ou européens possédant les smartphones de dernière génération, sur lesquels ils installent une myriade de logiciels offrant toutes les fonctions imaginables… y compris celles qu'ils n'utiliseront jamais.

Selon cette perspective, les tentatives de divers acteurs, dont ceux de la finance, de ré-agréger une palette de services, couvrant des domaines plus ou moins étendus, au sein de leur environnement ne sont pas assimilables à des super-apps et n'ont, en outre, que peu de chances de séduire leur cible tant la seule juxtaposition, souvent artificielle, de quelques outils ne constitue pas une proposition de valeur convaincante.

Pour autant, quand Ron évoque la réalité des usages modernes, décrivant, par exemple, comment les jeunes de la génération Z jonglent aujourd'hui fréquemment avec 25 à 40 relations avec des fournisseurs différents de solutions financières, ces individus préfèrent certainement sélectionner la meilleure en fonction de chacun de leurs besoins… mais cela n'exclut pas l'opportunité de leur offrir une expérience utilisateur mieux intégrée.

Accueil WeChat

Face au rejet des approches auto-centrées des grands groupes et autres géants technologiques, qui visent avant tout à développer leurs marchés, il existe vraisemblablement une demande implicite pour une simplification de la gestion de l'argent, procurant une vision à 360° et facilitant les mouvements entre les multiples services adoptés. Les mobinautes se sont peut-être habitués à naviguer entre 25 à 40 applications hétéroclites mais rejetteraient-ils une sorte de tour de contrôle universelle qui les aiderait à piloter leurs finances personnelles depuis une application unique ?

Bien sûr, il n'est plus ici question de super-app et nous pénétrons sur le territoire de la « plate-forme ». La mise en œuvre technique est radicalement différente, le recours aux API autorisant une intégration plus profonde que ne permettra jamais l'incorporation au niveau de l'interface graphique. Cependant, l'ambition fondamentale reste identique : il s'agit de délivrer aux consommateurs la meilleure expérience possible, fluide, rapide, personnalisée et, idéalement, ouverte sur un accompagnement de proximité.

dimanche 7 août 2022

Un GAB pour le métavers

Transak
Outre le monde virtuel ouvert persistant qui en est un peu la vitrine, le concept de métavers intègre également, en principe, le recours à des cryptomonnaies comme base des échanges commerciaux. Afin de simplifier l'accès à ces dernières, jusqu'à aujourd'hui réservé à des initiés, Transak imagine une émulation d'automate bancaire dédiée.

En cible, l'idée fondamentale de la jeune pousse consiste à reproduire, aussi fidèlement que possible pour inspirer confiance, l'expérience d'un voyageur débarquant dans un pays étranger, ce qui est, d'une certaine manière, la réalité des métavers, et désirant convertir une partie de son argent en devise locale pour profiter des attractions disponibles. Selon cette logique, le visiteur se rend au premier distributeur venu et change la somme de son choix, qu'il conserve alors précieusement dans son portefeuille.

Dans la pratique, il faudra rapidement déchanter car il semblerait que, dans l'immédiat, seule une version pilote soit installée, dans Decentraland, retenu pour cette première implémentation. Les « retraits » ne sont donc pas réalisés dans l'environnement virtuel mais renvoient vers un site web indépendant, ce qui nuit sérieusement à la fluidité du parcours. La suite sera à l'avenant, car le respect des exigences réglementaires conduit en outre à imposer un processus de connaissance client lors de la première opération.

Après cette étape, qui est similaire à une véritable ouverture de compte bancaire, y compris dans sa durée, estimée à 15 minutes, il devient possible d'acheter et vendre bitcoins, ethers… et, bien sûr, MANAs prêts à dépenser dans Decentraland, en contrepartie d'un règlement par carte, par virement interbancaire (notamment les transferts instantanés SEPA et britanniques) ou encore par quelques moyens de paiement nationaux. Heureusement, Transak prévoit de réduire ces quelques frictions, à terme.

Transak ATM

En attendant, la startup entend prendre rapidement une position visible, sinon hégémonique, sur son créneau. Dans cette optique, elle propose à tous les propriétaires de terrain virtuel d'y déployer un de ses automates, moyennant le reversement d'une partie des commissions perçues sur les transactions. L'objectif est évidemment de faire de la marque un point d'entrée plus ou moins standard, par son omniprésence et, dans l'idéal, par sa notoriété, dans l'univers des cryptomonnaies et du « web3 ».

Bien que le raisonnement sous-jacent soit plein de bon sens, je trouve la démarche de Transak assez dérangeante. En effet, sous prétexte de familiarité des usages, elle réplique, comme tant d'autres, les mécanismes d'intermédiation (multiples, en l'occurrence) existants et les adapte à un nouveau contexte, avec les modèles économiques correspondants (voir notamment les niveaux de commissions prélevées sur le GAB), dont les promoteurs vantent pourtant la décentralisation et ses vertus.

Le fait est que, en l'état, le métavers, dans son approche puriste, est probablement beaucoup trop complexe pour monsieur- ou madame-tout-le-monde. Le temps que la facilité de prise en main soit suffisante pour que des habitudes aient une chance de se prendre à grande échelle (par exemple avec la déclinaison sensiblement dénaturée qu'envisage de construire et distribuer Meta), la vision utopique des origines risque de n'être plus qu'un lointain souvenir, au grand dam des libertaires de tout poil.

samedi 6 août 2022

TD fait un (petit) geste pour l'environnement

TD
La prise en compte des enjeux environnementaux dans l'industrie financière ne se réduit pas seulement aux vastes programmes ambitieux susceptibles de faire la une de la presse. TD nous offre aujourd'hui l'exemple d'une évolution triviale de ses modalités de fonctionnement dans l'optique de favoriser le recours aux transports en commun.

Pour comprendre la teneur de l'annonce, il faut savoir que, au Canada, les contrats forfaitaires proposés par les banques sont généralement assortis de limites mensuelles sur le nombre d'opérations de paiement autorisées depuis le compte de dépôt ou d'épargne, un plafond plus élevé étant (évidemment) assujetti à des frais plus importants. Dans ce contexte, la nouveauté appliquée dès maintenant à tous les clients, après un déploiement initial réussi à l'intention de la population étudiante, consiste à écarter de ces restrictions tous les achats de titres de transport en commun du pays.

L'impact réel sera relativement faible pour les voyageurs qui souscrivent un abonnement mais il sera plus sensible pour ceux qui ont un usage fréquent mais moins régulier et optent pour des tickets unitaires, risquant de la sorte de multiplier les transactions de petits montants, effectuées par carte selon la préférence exprimée par une majorité de consommateurs. Or il serait fort dommage que la crainte des pénalités pour dépassement du quota attribué constitue un facteur de report sur un mode de transport moins éco-vertueux. TD veut donc faire disparaître cette cause d'hésitation potentielle.

La Promesse TD Prêts à Agir

Ce dispositif spécifique n'est certes pas révolutionnaire, mais il ouvre une perspective beaucoup plus vaste sur le rôle que pourraient jouer les institutions financières en matière d'accompagnement des clients vers des gestes écologiques dans leur quotidien. Il existe déjà diverses initiatives pédagogiques et incitatives, dont les outils de mesure des émissions de gaz à effet de serre et les éventuelles solutions de compensation associées, mais une dimension complémentaire du thème reste à explorer, dans la recherche et l'élimination des obstacles et autres freins aux comportements verts.

Les frictions pourraient ainsi être analysées et, d'une certaine manière, exploitées dans le but d'orienter les décisions des utilisateurs, au sein de l'univers des paiements, naturellement (comme dans le cas présent), mais également autour de l'épargne, de l'investissement, du crédit (ne serait-ce que sous une forme de prolongement de l'idée de TD avec les découverts)… Il pourrait s'agir, a minima, d'introduire, en parallèle des avantages dédiés parfois octroyés, une simplification des processus en place exclusivement dans les circonstances où ils servent le développement durable.

jeudi 4 août 2022

Quand les banques innovent au rabais

Crédit Agricole
Titillées, entre autres, par la FinTech, les institutions financières traditionnelles tentent d'intégrer dans leurs palettes les innovations qui font la différence dans le cœur de leurs clients et les entraînent vers l'infidélité. Toutefois, dans bien des cas, dont les trois qui suivent, leurs efforts semblent se limiter à un minimum manifestement insuffisant.

Premier exemple, indubitablement le plus caricatural, avec BNP Paribas. Alors que, depuis plusieurs années, les trublions du secteur, Revolut en tête, maintenant rejoints par quelques banques historiques, font de l'absence de frais sur les transactions en devises leur cheval de bataille (gratuit), elle choisit pour cette saison estivale de promouvoir son Option Travel, qui offre le même avantage (sans couvrir, bien évidemment, les frais de change, toujours soigneusement dissimulés)… moyennant un coût forfaitaire mensuel de 10 euros (prélevé uniquement en cas d'utilisation, heureusement !).

Vient ensuite le Crédit Agricole (d'Île de France) et son comparateur d'épargne. Au départ, voilà une excellente idée puisqu'elle permettrait de combiner un objectif d'assistance pratique pour les clients désireux d'optimiser leur bas de laine avec une riposte cinglante aux jeunes pousses qui ne peuvent généralement aligner qu'un nombre restreint de produits face au catalogue complet (comportant pas moins de 16 références) d'un établissement important, capable de répondre à tous les besoins courants.

Malheureusement, dans le plus pur style de banque centrée sur elle-même, il ne s'agit que d'une liste de solutions, décrites par le menu. Le visiteur a tout au plus le loisir de sélectionner une poignée de filtres (sur l'horizon de temps, le montant du versement initial et l'objectif général visé) pour réduire ses choix, sans plus d'explications sur les différences entre les propositions. Il ne lui reste plus qu'à prendre contact avec un conseiller, en espérant qu'il possède un meilleur talent pédagogique…

BNP Paribas – Option Travel

Dernière illustration, dans un registre encore différent (et hors des frontières de l'hexagone), avec Santander et son module éducatif Cyber Heroes, destiné à sensibiliser le grand public à la cybersécurité et la lutte contre la fraude. La démarche est, là aussi, bienvenue dans un contexte de menace croissante, surtout en période de congés. Hélas, là où on espérait découvrir une simulation immersive ludique, comme il en existe tant par ailleurs, y compris dans les programmes de formation interne des grands groupes, il faudra se contenter de 5 courtes vidéos aboutissant chacune à une question triviale, destinée à sensibiliser le consommateur à un risque élémentaire.

Inconscience et aveuglement ? Incompréhension des enjeux ? Mépris profond pour les clients ? Économie de bouts de ficelle ? J'avoue ne pas comprendre ce qui peut motiver des entreprises à développer de telles initiatives tronquées, dont l'ambition, souvent légitime, est instantanément réduite à néant par une mise en œuvre déficiente. Ce ne sont pourtant pas les précédents qui manquent pour montrer la voie vers le succès… et pour rendre ridicules et sans valeur ces répliques approximatives auprès de leur cible.

mercredi 3 août 2022

Previ greffe les paiements sur le salaire

Previ
A priori, voilà une idée étrange que celle de Previ, puisqu'elle consiste à détourner une partie du salaire dès son versement afin d'alimenter une sorte de compte virtuel, utilisé exclusivement pour le règlement de dépenses courantes pré-approuvées. Elle pourrait cependant s'avérer idéale dans une perspective d'optimisation du pilotage de budget.

En soi, le concept est simple. Après création de son profil, le nouvel inscrit est invité à « connecter » son bulletin de paye à la plate-forme, c'est-à-dire, plus concrètement, à faire déposer une partie de sa rémunération sur celle-ci. Deuxième étape, il autorise les règlements vers les entreprises partenaires dont il est client (par exemple son opérateur de téléphonie mobile). Dès lors, Previ se charge automatiquement de payer les factures à réception, puis se rembourse sur les montants perçus régulièrement.

La promesse de la startup est de soulager de la sorte le consommateur des soucis de suivi au jour le jour de son porte-monnaie et de lisser ses flux, au besoin en lui accordant un mini-crédit (gratuit) en attendant le prochain virement. En guise d'argument de séduction supplémentaire, elle ajoute à l'équation des rétrocessions conséquentes (supérieures à celles des cartes de crédit) de la part des créanciers, apparemment prêts à financer grassement l'acquisition et la fidélisation de clientèle qu'elle leur garantit.

Un mécanisme de secours est également mis en place, de manière à contrôler les risques de défaut. Durant son enregistrement, le bénéficiaire doit donc fournir un accès à un compte bancaire, sur lequel seront prélevés directement les dépassements éventuels ainsi que l'ensemble des paiements à effectuer dans le cas où il quitte son emploi, son salaire ne contribuant alors plus à l'apurement de ses engagements. Le recours à cette solution dégradée est toutefois exclu du programme de récompenses.

Previ – The most rewarding way to pay

Au-delà de son effet sur la sérénité du quotidien (et des avantages promotionnels qui attirent toujours les jeunes générations visées en priorité), Previ aurait beau jeu de positionner son offre en appui d'une démarche d'assistance pratique à la gestion de finances personnelles. En effet, moyennant, peut-être, quelques ajustements, elle s'inscrirait parfaitement dans un des piliers standards en la matière, à savoir la mise en réserve dès que possible de la part de budget nécessaire aux achats essentiels.

Il faudrait, pour ce faire, insérer un minimum d'accompagnement en amont, en fournissant l'opportunité à l'utilisateur d'évaluer et de fixer la somme idéale à bloquer à chaque cycle de paye. La couverture de commerces supportés devrait en outre être étendue, quitte à ce qu'une partie d'entre eux ne participent pas aux promotions, voire à ne pas les intégrer tous dans le périmètre des règlements automatiques, par exemple à travers une carte au plafond limité et aux conditions d'usage restreintes.

Naturellement, le résultat obtenu serait probablement très différent des ambitions de Previ. Ce pourrait aussi être une idée indépendante, à développer, par une jeune pousse ou une banque visionnaire, en complément des habituelles approches d'épargne périodique : après tout, ne serait-il pas raisonnable de bloquer le montant des frais incontournables en même temps que la cagnotte prévue pour les projets d'avenir ? Et si le dispositif est équipé d'un pilote automatique, le bien-être financier aura bien progressé.

mardi 2 août 2022

L'épargne par projet avec le BNPL en repoussoir

Up Bank
Je vous présentais, il y a quelques mois, Accrue Savings et son idée de substituer une approche vertueuse d'épargne aux dangereuses tentations du règlement différé (BNPL). Aujourd'hui, une (néo-)banque australienne s'empare du principe et l'intègre au cœur de sa formule de bien-être financier à destination des jeunes générations.

À l'appui de sa démarche, Up Bank a mené l'enquête auprès de sa cible de prédilection (les adultes de moins de 35 ans) et les résultats qu'elle dévoile (dont on peut aisément supposer qu'il seraient similaires dans d'autres pays) sont absolument édifiants. En effet, si l'impact budgétaire négatif des facilités de paiement qui se généralisent dans tous les points de vente est dorénavant bien identifié, une autre typologie de conséquences, d'ordre psychologique, ressort ici et justifie au moins autant l'attention.

Ainsi, sans surprise, les personnes interrogées confirment céder régulièrement aux sirènes de la consommation. Près de deux sur cinq admettent avoir déjà eu plus d'une opération fractionnée en cours et environ une sur quatre reconnaît avoir douté de sa capacité à faire face aux échéances correspondantes. Plus grave, peut-être, et le sujet est moins souvent abordé, ces situations engendrent des sentiments de stress (pour 29%) et d'appréhension (pour 30%) sur des achats (presque) immédiatement regrettés.

Fortes d'une telle expérience, une majorité des « victimes » du BNPL, largement conscientes du piège qu'il représente, affirment qu'elles seraient intéressées par une alternative qui les encouragerait à mettre de l'argent de côté, alors qu'elles ne savent pas comment procéder. L'option Maybuy lancée par Up Bank répond donc directement à ces attentes, à travers un objectif qui ne vise pas tant à maîtriser l'endettement qu'à redonner à ses clients un peu de sérénité vis-à-vis de leur argent et de leurs désirs.

Up Bank – Maybuy

Son fonctionnement, particulièrement adapté aux emplettes (impulsives) sur smartphone, se veut aussi simple que possible. Lorsque le mobinaute découvre un produit qui le fait rêver, au hasard de sa navigation, au lieu de l'acquérir sur le champ, il l'enregistre d'un geste parmi ses « Maybuys » via la fonction « partager » standard du système (iOS ou Android). Il lui suffit ensuite de créer, dans son application bancaire, un plan à sa convenance pour pouvoir se l'offrir à terme, concrétisé par un transfert automatique récurrent. Quand la somme nécessaire est atteinte, l'utilisateur procède à l'achat… ou utilise sa cagnotte autrement, si son envie lui est passée.

En pratique, le dispositif n'est ni plus ni moins qu'un module résolument classique d'épargne par projet, comme en proposent depuis des années de nombreux établissements. En revanche, son positionnement en opposition avec le paiement différé, que la jeune pousse a renoncé (pour l'instant, du moins) à inscrire à son catalogue, constitue une approche originale susceptible de trouver un écho inattendu auprès des individus échaudés par des excès antérieurs. Une belle manière de rajeunir le concept !

lundi 1 août 2022

BBVA mesure la pauvreté multidimensionnelle

BBVA
De prime abord, la notion de pauvreté est seulement associée à un niveau de revenus insuffisant. Pourtant, bien d'autres critères entrent en ligne de compte. La fondation de microfinance de BBVA instaure donc désormais une mesure multidimensionnelle afin de mieux accompagner ses (nombreux) clients souffrant de plusieurs facteurs de précarité.

Mis au point par l'université d'Oxford et reconnu officiellement par les Nations Unies, ce principe d'analyse relativement flexible est depuis longtemps adopté par une centaine d'états dans le monde qui l'utilisent pour suivre l'évolution de la prospérité de leur population et déployer des politiques d'amélioration efficaces. En dehors de ces contextes gouvernementaux et en dépit de son potentiel évident, il reste cependant largement ignoré du secteur privé et l'initiative de BBVA s'avère pionnière en la matière.

S'il est vrai que, pour une institution financière, se focaliser sur les problèmes d'argent est un réflexe naturel, il ne fait guère de doute qu'une meilleure connaissance des conditions de vie des individus est également une exigence importante, surtout pour celle qui a justement vocation à aider les plus défavorisés. Avec son index enrichi, BBVAMF prend donc en considération les lacunes sur trois grands domaines prioritaires non pécuniaires pour les entrepreneurs qu'elle soutient : éducation, santé et habitation.

La première campagne d'évaluation, menée dans quatre des cinq pays de présence de l'organisme (Colombie, Pérou, République Dominicaine et Panama, le Chili devant les rejoindre prochainement) fait nettement ressortir la multiplicité des difficultés rencontrées par les personnes qui recourent à ses produits, puisque dans près d'un cas sur quatre, leur foyer cumule au moins trois catégories de faiblesses (sur neuf définies), ce qui correspond à la qualification formelle de pauvreté multidimensionnelle.

BBVA mesure la pauvreté multidimensionnelle

Concrètement, les indicateurs retenus touchent, entre autres, à l'assiduité scolaire, la durée totale de scolarisation, le bénéfice d'un assurance santé, l'accès à l'eau, la situation sanitaire du logement, sa suroccupation, la disponibilité d'une connexion internet… Et il n'est peut-être pas facile de les résoudre pour une banque, mais il est certain que leur intégration dans l'équation économique de ses opérations est impérative. Elle devrait notamment contribuer à orienter les décisions et les mécanismes d'assistance.

Par exemple, les déficiences dans les apprentissages élémentaires justifieront à la fois de développer une approche pédagogique adaptée dans la description des produits distribués mais aussi, pourquoi pas, de proposer quelques sessions de remise à niveau sur des disciplines fondamentales. Ou, face aux obstacles observés avec les habitations, des solutions collectives d'hébergement d'entreprises (du type pépinière ou autre) pourraient être encouragées et promues, en complément des financements.

Pour conclure, je souhaite rappeler que de telles réflexions ne concernent pas exclusivement les régions structurellement fragiles. Les mêmes circonstances affectent une fraction non négligeable des habitants des zones développées et les établissements qui les servent seraient bien inspirés, eux aussi, d'appréhender plus précisément les handicaps de pauvreté auxquels ils sont confrontés dans leur vie quotidienne, de manière à leur offrir un service personnalisé, qui convienne mieux à leurs besoins et attentes.

Au fait, n'oublions pas que ce sujet fait intrinsèquement partie de la sphère de la RSE !

dimanche 31 juillet 2022

Yavin offre le paiement de proximité par virement

Yavin
Dans un marché encombré mais toujours en pleine évolution, Yavin développe depuis 2018 une gamme complète de terminaux d'encaissement voués à prendre en charge tous les services de paiement modernes. Fort logiquement, sa palette s'enrichit depuis peu d'une option de règlement par virement interbancaire instantané.

Si le principe a déjà été mis en œuvre ponctuellement, notamment au Royaume-Uni, plus avancé que l'Europe continentale sur les fondations sous-jacentes de banque ouverte et de transferts rapides, et, parfois, sous forme expérimentale, par exemple chez Arkéa, il reste encore peu répandu, au point que le déploiement proposé par Yavin est l'un des pionniers sur des équipements génériques, où il va être directement confronté à la concurrence des instruments traditionnels, cartes en tête, bien sûr.

D'un point de vue pratique, le point d'entrée du dispositif est un QR code présenté sur l'appareil du commerçant, ce qui semble devenir le standard du genre. Quand son client le capture sur son téléphone, il est redirigé vers un module propulsé par le spécialiste de l'agrégation de services bancaires Linxo Connect qui l'invite à sélectionner son établissement teneur de compte, dont l'application est alors automatiquement ouverte pour validation finale de la transaction (après authentification, bien évidemment).

Yavin met naturellement en exergue quelques avantages notables (et désormais connus) du système afin de convaincre de son intérêt. Il est notamment question de sécurité renforcée sur l'ensemble du processus, de non-répudiation des opérations (qui contribue aussi à la lutte contre la fraude), ou, dans un registre différent, de la réception immédiate des fonds (en moins de 10 secondes, pour être précis) sur le compte du marchand, à comparer au délai moyen de 48 heures sur les réseaux de cartes.

Yavin Instant Payment

Cependant, c'est d'abord sur le coût que la startup insiste particulièrement, en allant jusqu'à promettre une exemption totale de commissions sur les échanges, bien qu'elle encoure elle-même quelques frais (certes minimes). Il ne faut guère s'étonner d'un tel choix, peut-être temporaire, car les obstacles qu'il faudra(it) surmonter en vue d'imposer ce nouveau mode de paiement dans les boutiques de proximité sont considérables et vont indubitablement requérir de sérieux efforts de la part de ses promoteurs.

En effet, l'expérience utilisateur paraît quasiment rédhibitoire, surtout quand elle jouxte la possibilité d'un règlement sans contact sur le même terminal. Outre le manque d'habitude et la méfiance que suscite automatiquement un mécanisme inconnu, il est difficile d'imaginer les consommateurs préférer les manipulations multiples sur leur smartphone au geste simple qu'ils maîtrisent parfaitement. Et les professionnels également risquent de déplorer l'allongement des temps de traitement sur leurs caisses.

Dans ces conditions, la gratuité constitue donc une incitation pour les commerçants à encourager le recours au virement instantané auprès de leur clientèle. Mais je doute qu'elle suffise à faire bouger les lignes. Il faudra donc nécessairement envisager d'autres arguments de séduction (la britannique Trilo mise par exemple sur des récompenses et autres promotions). Et, surtout, au risque de me répéter, un travail approfondi sur les parcours reste indispensable, afin de réduire l'écart avec les méthodes existantes.

samedi 30 juillet 2022

Kettel : 36 mois pour devenir propriétaire

Kettel Homes
Entre l'augmentation permanente des prix et le durcissement des conditions de financement, l'accession à la propriété devient de plus en plus difficile pour les consommateurs britanniques (et d'autres pays, incidemment). Parmi les innombrables idées qui naissent en réponse à cette problématique, celle de Kettel Homes occupe une place à part.

En effet, bien que, comme beaucoup de ses consœurs, la jeune pousse propose aux exclus de l'acquisition immobilière d'y pénétrer par l'intermédiaire d'une phase de location, il n'est pas question ici d'un achat direct dont le financement se traduit ensuite par des échéances adoptant une forme de loyer. Afin de donner leur chance à tous ceux qui ne passent pas les filtres minimaux du crédit, même avec ces solutions, elle leur accorde une période probatoire pendant laquelle ils vont consolider leur réputation.

Concrètement, le candidat commence par créer un dossier, gratuitement, qui permet aux équipes de Kettel d'élaborer un budget réaliste, aligné sur sa capacité d'épargne. Une fois ces préliminaires achevés, il recherche un bien correspondant à ce critère et à ses préférences (uniquement autour de 5 grandes villes, pour l'instant), avec l'aide ou non de la startup. Quand il a trouvé la résidence de ses rêves, celle-ci est alors acquise par un investisseur partenaire, qui la lui loue pour une durée de 36 mois, moyennant un versement initial, assimilable de fait à un dépôt de garantie, de (seulement) 2% du prix.

La transaction est assortie d'une promesse de vente à l'échéance du bail, à coût identique. Dans l'intervalle, de manière à assurer la faisabilité de l'acquisition finale, qui requiert toujours un apport d'environ 10% (alimenté progressivement par une ponction complémentaire ajoutée au loyer) et une qualification classique de la part des banques, Kettel transmet aux agences de notation les informations des règlements réguliers, autorisant la progression du score de crédit, et fournit à ses clients des outils de pilotage de leurs finances personnelles en vue de les encourager à épargner.

Kettel – Move in without a mortgage

Dans l'hypothèse où l'acheteur (putatif) change d'avis, quelles qu'en soient les raisons, y compris s'il souhaite rester locataire de son logement, il lui est toujours possible de se rétracter à l'issue des 3 ans, en récupérant les économies qu'il a accumulées (diminuées de frais de revente). Incidemment, bien que le sujet ne soit pas explicitement évoqué dans la communication officielle, je suppose que le même mécanisme de retrait sera appliqué dans le cas où les objectifs minimaux pour une acquisition ne sont pas atteints.

Le concept original de Kettel lui vaut d'avoir été accueillie dans l'incubateur de Nationwide (avec un petit soutien en capital). Celui-ci a été mis sur pied par le spécialiste du financement immobilier, en collaboration avec un fonds dédié (« Fair by Design »), dans une perspective de facilitation de l'accès à la propriété et, plus généralement, d'équité économique au sein de la population. Il est aisé de comprendre l'intérêt d'une telle association, qui apporte à l'institution à la fois une clientèle potentielle (écartée du marché à ce jour) et une opportunité de diversification (du côté de l'investissement).

La démarche de la jeune pousse a ceci de particulièrement attractif pour les acteurs traditionnels qu'elle ne cherche aucunement à remettre en cause leurs pratiques habituelles. Elle se positionne clairement en parallèle du crédit immobilier, dans une approche qui relève avant tout de la pédagogie et de l'accompagnement (très) en amont d'une opération. Et, dans ce registre, elle offre une excellente démonstration d'une méthode extrêmement opérationnelle et pragmatique, propice aux meilleurs résultats.