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C'est pas mon idée !

mercredi 22 mai 2024

Barclays publie une gazette des arnaques

Barclays
Les résultats obtenus ne sont peut-être pas toujours probants mais il est indéniable que les banques britanniques ne manquent pas d'imagination dans leur bataille contre la fraude. La dernière idée en date revient à Barclays… qui se lance dans la publication d'un bulletin mensuel consacré aux récentes tendances en la matière.

Face à la croissance sans fin des arnaques en tout genre, l'enseigne recourt à l'arme la plus efficace, à savoir la sensibilisation et l'éducation des clients. Le mode de distribution de la gazette n'est pas précisé – espérons qu'elle soit activement poussée vers les intéressés – mais son objectif est limpide : le partage des informations les plus récentes sur les techniques employées par les escrocs fournit à chaque individu les moyens de reconnaître les circonstances dans lesquelles il devient lui-même la cible.

Le premier numéro fait ainsi état de la baisse relative des tentatives d'usurpation d'identité de la police et de la banque (notamment les faux appels à la malversation en cours) et, a contrario, de la montée en puissance des manipulations sur les factures et les mandats. Outre les commentaires des spécialistes, des détails accompagnent les descriptions, en vue de mieux identifier une occurrence : les victimes privilégiées (parmi les 61 à 70 ans), l'origine préférée (par SMS ou par messagerie instantané)…

Le raisonnement sous-jacent à la démarche paraît de bon sens. La diminution de certaines catégories d'attaques laisse supposer que les grandes campagnes d'information de l'industrie portent leurs fruits. Les malfrats adaptant en permanence leurs stratégies, il s'agit maintenant de poursuivre les efforts en portant régulièrement l'attention des consommateurs (et des entreprises) sur leurs nouvelles méthodes, au fur et à mesure de leur apparition, de manière à leur couper l'herbe sous le pied.

En revanche, la forme adoptée soulève quelques inquiétudes, plus particulièrement sur les moyens mis en œuvre afin de s'assurer que les contenus produits atteignent l'audience visée, massivement si possible. Je crains que, à en croire la présentation qui en est faite, focalisée sur des généralités et des statistiques, l'approche du Barclays Scams Bulletin ne soit pas idéale, risquant de lasser rapidement les lecteurs.

Pour atteindre le grand public, je suggèrerais plutôt de raconter des histoires. Il se trouve que la fraude bancaire en regorge : récits réels, édifiants – voire terrifiants – et susceptibles de faire écho à l'expérience de n'importe qui. Le résultat serait une sorte de rubrique des faits divers, dont on sait l'attrait universel qu'elle exerce sur les populations, autour de laquelle il resterait, naturellement, à apporter du contexte, dans l'optique d'élargir la perspective, et à ajouter quelques recommandations pratiques…

La guerre contre la criminalité exige un arsenal défensif vaste et éclectique, au sein duquel l'éducation occupe une place essentielle. Eu égard aux difficultés rencontrées dans sa diffusion, les explorations tous azimuts sont indispensables afin d'en optimiser les impacts. Barclays introduit la première itération d'une technique originale qui mérite certainement d'être considérée, puis approfondie et enrichie pour plus d'efficacité.

Barclays

mardi 21 mai 2024

Nouvelle fonction pour la carte de manager.one

Manager.one
Si je reste fermement convaincu que la carte en plastique a vocation à disparaître, à terme, au profit d'instruments dématérialisés, elle conserve encore de nombreux usages, et pas uniquement pour les paiements. À tel point que la néo-banque pour les professionnels manager.one cherche à les consolider sur un seul support (le sien).

En attendant la généralisation définitive des paiements via mobile (ou autres procédés biométriques), la jeune pousse a fait le choix depuis deux ans d'adopter une technologie de carte multi-fonctions (fournie par Idemia). Sa première application complémentaire relevait plutôt de l'anecdote puisqu'elle permettait simplement de présenter une carte de visite virtuelle ou un lien de téléchargement quelconque (vers un site web, un document…) lors de sa lecture via l'interface sans contact d'un téléphone.

Dans sa nouvelle itération, manager.one passe à la vitesse supérieure avec la possibilité d'intégrer un service de rechargement (presque) universel de véhicule électrique. Pour ceux qui découvrent cet univers, il faut savoir que les réseaux de stations sont aujourd'hui hétérogènes, une bonne partie d'entre eux exigeant la détention d'une carte privative pour leur accès. Heureusement, des intermédiaires tels que Bump fournissent une capacité d'agrégation de ces systèmes facilitant la vie des automobilistes.

Manager.one x Bump

Grâce au partenariat entre les deux entreprises, l'utilisateur n'a plus besoin d'une carte séparée (qui encombre le portefeuille, qui augmente le risque de perte ou d'oubli…), celle qu'il utilise habituellement pour ses paiements autorise aussi le branchement de son véhicule à la plupart des bornes du territoire. Le progrès n'est certes pas immense mais le surcroît de confort qu'il apporte constitue un facteur d'adhésion supplémentaire bienvenu pour un mode de transport qui suscite encore de la méfiance.

Dans un sens, l'initiative correspond à la correction d'une dérive qui n'aurait jamais dû émerger. C'est en effet la facilité avec laquelle n'importe quelle organisation peut maintenant créer son propre dispositif en circuit fermé qui conduit à la prolifération de cartes (incompatibles) pour toutes sortes de niches… alors qu'elles remplissent toutes la même mission. Cette expansion se déroulant au détriment de l'expérience client, voilà qu'il nous faut désormais des solutions réduisant la complexité des usages…

lundi 20 mai 2024

La carte Visa de demain

Visa
Comme d'autres enseignes historiques, Visa voit ses métiers changer radicalement – quoique sans véritable révolution – au fil des années et de la « digitalisation » du monde. Dans une tentative de se remettre au goût du jour, elle vient de publier une série d'annonces… étrange mélange de conservatisme et de reprises de vieilles idées.

Présentées comme une ré-invention de la carte, ces différentes initiatives laissent une impression mitigée, entre manque d'originalité et, tout de même, rattrapage indispensable de l'état de l'art. Il est par exemple question des paiements via le compte bancaire, stimulés par la vague de la banque ouverte et portés, en Europe, par l'acquisition de Tink. Voilà le seul exemple de transformation en profondeur pour le cœur d'activité de Visa, évidemment dictée par une menace existentielle.

Autre nouveauté, « Flexible Credential » offre aux émetteurs, pour l'instant uniquement en Asie et bientôt aux États-Unis, la possibilité d'une affectation dynamique des dépenses effectuées sur un support au choix du consommateur, de débit, de crédit, de règlement fractionné (BNPL), voire de fidélité (ou équivalent), via une interface intégrée à leurs applications mobiles. Le concept a émergé il y a très longtemps et Curve l'a converti en succès depuis près d'une décennie. Il était temps d'y penser !

De son côté, la solution « Payment Passkey Service » vise à simplifier et sécuriser les transactions en ligne grâce à la validation instantanée par un moyen biométrique (empreinte digitale ou reconnaissance faciale), sans transmission de données sensibles. Si vous croyez à une copie du fonctionnement d'Apple Pay ou de Google Pay, vous avez raison. Et sa déclinaison par Visa paraît artificielle puisqu'elle nécessite obligatoirement le recours aux capacités des appareils qui ne sont pas sous son contrôle.

Visa Future

Il reste enfin la généralisation du « tap », c'est-à-dire le recours au geste de présentation de la carte sans contact à proximité d'un terminal afin d'exécuter une opération. Désormais ancrée dans les habitudes pour les paiements, Visa veut en faire un modèle pour toutes sortes d'interactions de la vie courante : les échanges d'argent entre proches, l'ajout d'une carte dans un porte-monnaie virtuel, l'authentification et la fourniture d'information (de livraison, par exemple) sur les sites d'e-commerce…

Le principe semble séduisant a priori… mais quelle est sa valeur dans un contexte de dématérialisation accélérée ? Naturellement, l'entreprise essaie là de sauver son instrument historique en imaginant des cas d'usage complémentaires, mais cette démarche est contradictoire avec ses velléités de mutation « digitale », y compris, notamment, la validation biométrique décrite précédemment, et, surtout, ne correspond, selon toute vraisemblance, à aucune attente des consommateurs.

À travers ses projets, Visa illustre en fait le paradoxe classique de l'innovation dans les grands groupes, résultat d'une double erreur mortifère : d'une part, la lenteur à adopter de nouveaux concepts, facteurs de disruption, qui fait manquer les opportunités créant les leaders de demain et, d'autre part, l'incorrigible désir de continuer à capitaliser sur les produits existants (et leurs technologies sous-jacentes), en pensant que leur popularité suffit à assurer leur pérennité et la fidélité de leurs utilisateurs.

dimanche 19 mai 2024

L'app qui change l'attitude des conducteurs

Allstate
Comptant parmi les pionnières de l'assurance comportementale (ou « UBI » pour l'acronyme anglais de l'assurance basée sur l'usage) avec sa solution DriveWise, proposée depuis une douzaine d'années, l'américaine Allstate revenait récemment sur l'influence bénéfique mesurable qu'elle exerce sur l'attitude des automobilistes au volant.

Deux études complémentaires, l'une portant sur les déclarations de sinistres de la compagnie et l'autre émanant de sa filiale spécialisée dans l'analyse de données Arity, toutes deux reposant donc sur un historique étoffé, fournissent des résultats édifiants. Ainsi, par rapport aux autres, les utilisateurs de l'application mobile DriveWise réduisent en moyenne de 25% leur probabilité d'être impliqués dans une collision grave (c'est-à-dire engendrant des dommages corporels évalués à plus de 100 000 dollars).

Les différences sont également sensibles au niveau de leur conduite, puisqu'il ressort qu'ils comptabilisent un taux de freinage brutal inférieur de 11%, dépassent moins souvent (à hauteur de 23%) une vitesse de 130 km/h (80 mph) et sont 44% moins susceptibles de manipuler leur téléphone sur la route. Ces caractéristiques, qui expliquent leur moindre exposition au risque, sont évidemment primordiales pour la sécurité, dans une période de forte recrudescence des accidents aux États-Unis.

Allstate Drivewise

DriveWise n'est pourtant pas un outil magique. Il s'agit d'un simple logiciel installé sur le smartphone de l'assuré, qui évalue en temps réel quelques indicateurs élémentaires sur son comportement au volant : la vitesse (brute et dans les virages), la puissance des accélérations et décélérations, la concentration… Régulièrement, il est invité à participer à des défis visant à lui inculquer des pratiques plus responsables et les progrès enregistrés sur son score global sont récompensés par des réductions de primes.

Naturellement, il ne faut pas surestimer le degré de causalité dans la corrélation entre les statistiques observées et le recours à l'application, les « bons » conducteurs étant, bien sûr, plus enclins à adopter DriveWise et profiter de son avantage pécuniaire. Il n'en reste pas moins qu'une partie des gains obtenus est tout de même liée à l'évolution des habitudes encouragée par le dispositif… et, au vu des chiffres avancés, les remises accordées représentent un compromis plutôt rentable pour Allstate.

Malgré ses avantages incontestables, validés par des années de mise en œuvre, l'assurance comportementale reste apparemment cantonnée à une infime minorité de consommateurs, n'étant d'ailleurs proposée que par une maigre fraction des compagnies. Alors que les coûts des sinistres sont en augmentation, induisant des hausses de tarifs parfois insupportables, comment se fait-il qu'un tel instrument de maîtrise des risques, qui a largement fait ses preuves, ne soit pas généralisé ?

samedi 18 mai 2024

Le retour de l'identité digitale de banque ?

NAB
Les gouvernements du monde entier avancent désormais vers le déploiement de services d'identité « digitale », en général délégués à des entreprises tierces. Tandis que le parlement australien vient de valider son texte cette semaine, NAB prend position sur le sujet et semble déterminée à en devenir un des futurs fournisseurs habilités.

Le paysage a bien changé depuis la précédente vague d'intérêt, quand le principal enjeu consistait à réagir aux velléités de Google, Facebook et consorts de créer des systèmes d'identification à vocation universelle pour les services en ligne. Aujourd'hui, ce sont les états qui s'emparent du problème, poussés, entre autres, par la prolifération des attaques visant la capture d'informations personnelles sensibles que le monde moderne tend à disséminer un peu partout sans faire grand cas de leur sécurité.

Il n'est donc plus (exclusivement) question de faciliter la vie des internautes, les ambitions pour les années qui viennent concernent avant tout la protection des secrets, en alignement aussi avec les réglementations de type RGPD, et la lutte contre la cybercriminalité. En conséquence, du côté des implémentations, l'objectif n'est pas de répliquer sous forme électronique un document officiel, avec plus ou moins la même valeur juridique, mais de concevoir une approche fondamentalement « digitale ».

Le constat préliminaire est trivial : la première raison pour laquelle des données privées se retrouvent régulièrement dans la nature, à la merci de fraudeurs de tout poil, est l'exigence de leur partage afin d'accéder au moindre service. La plate-forme réservée au plus de 18 ans qui demande une carte d'identité et en conserve une copie (à titre de preuve), l'agent immobilier qui réclame les bulletins de salaires et les enregistre… les situations dans lesquelles nous laissons ce genre de traces sont innombrables.

NAB – Identité Digitale

D'autres solutions sont maintenant possibles et la notion d'identité se transforme progressivement, passant d'une logique d'ensemble d'informations certifiées à un module applicatif qui autorise la vérification de caractéristiques individuelles. Au lieu de présenter mon permis de conduire, et de perdre ainsi la maîtrise de son destin, je transmets uniquement un élément confirmant que j'ai l'âge requis par mon interlocuteur… assorti, au besoin, d'un sceau attestant que le contrôle a été effectué.

Naturellement, l'entité qui délivre ce service détient (seule) les données sous-jacentes et, étant la dernière source de risques de fuites, elle doit impérativement être soumise à des contraintes extrêmement strictes sur les mécanismes de protection mis en œuvre. C'est dans ce cadre que les banques voient s'ouvrir une opportunité d'aborder ces activités émergentes, puisqu'elles possèdent déjà la majeure partie de la matière première (sur leurs clients) et qu'elles sont capables de la sécuriser.

En Australie, NAB ne déclare pas directement sa candidature pour une telle aventure mais ses explications montrent sans ambiguïté qu'elle en explore activement l'hypothèse. En Europe, où le projet de porte-monnaie d'identité digitale offre un potentiel identique, les banques paraissent hésitantes (avec des variations selon les pays). Il est vrai que le modèle économique n'est pas clair… sauf à considérer les avantages à retirer d'une relation secondaire avec les citoyens et des interactions afférentes.

vendredi 17 mai 2024

L'assistant virtuel de Bunq sort de la banque

Bunq
Représentatif d'une des applications les plus courantes de l'intelligence artificielle dans le domaine financier, l'assistant virtuel de Bunq s'enrichit progressivement de fonctionnalités supplémentaires. Toujours en version beta, sa deuxième itération sait désormais tenir de vraies conversations et commence à s'ouvrir à des sujets non bancaires.

En comparaison avec sa collègue Erica de Bank of America, Finn, lancé officiellement depuis moins de six mois, fait figure de débutant avec ses 100 000 interactions enregistrées à ce jour. Mais il est loin d'avoir exprimé tout son potentiel et son passage en version 0.2 lui permet de faire un immense bond en avant. Sur le plan de l'ergonomie, sa nouvelle aptitude à la discussion – alors que, jusqu'à maintenant, il était seulement capable de répondre à des questions unitaires – est la plus visible.

Je préfère cependant m'intéresser à une autre évolution, touchant plus à ses facultés intrinsèques, qui rappelle d'anciennes tentatives – sans succès – d'introduire une dimension sociale dans la gestion de l'agent. En l'occurrence, Finn ne se contente plus d'expliquer le fonctionnement de l'application de Bunq ou d'extraire des informations plus ou moins élaborées à partir de l'analyse des transactions comptabilisées, il est également en mesure de conseiller des adresses pour toutes sortes de besoins.

Vous cherchez une salle de gym ou un restaurant à proximité de votre position ? L'assistant vous propose un lieu et vous fournit un plan afin de vous y rendre. Surtout, chaque client ayant la possibilité de commenter son expérience sur chacune de ses dépenses, les suggestions formulées s'appuient sur les avis des autres utilisateurs, soit dans un mode globalisé à la manière des plates-formes de type Yelp ou Trustpilot, soit en relayant la recommandation spécifique d'un proche, identifié.

Bunq – Finn 0.2

Voilà donc le retour de cette idée, maintes fois expérimentée au fil des générations d'innovateurs, de capitaliser sur la connaissance des lieux fréquentés par les clients de la banque dans le but de constituer une sorte de communauté dont les membres sont rapprochés, virtuellement, par leurs achats et leurs commerces préférés. Qu'est-ce qui pourrait transformer en réussite un concept qui n'a jamais vraiment pris auparavant ? Peut-être le cumul de plusieurs facteurs complémentaires : la proximité avec les clients, la connexion avec les contacts, la facilité d'échanger offerte par Finn…?

Comme toujours, le principe est séduisant mais sa concrétisation reste compliquée, car la banque n'offre pas spontanément le meilleur environnement pour développer une approche sociale. Il ne serait toutefois pas totalement illusoire de changer cette perception, à condition de s'en donner les moyens, par exemple en introduisant lors de chaque moment de paiement une option de partage instantané, ultra-simple et sans frictions (en se souvenant tout de même que d'autres acteurs ont essayé – et échoué – par le passé). Une autre opportunité à explorer pour l'assistant virtuel ?

jeudi 16 mai 2024

State Farm veut valoriser ses brevets

State Farm
Bien qu'elles donnent rarement l'impression d'être à la pointe des technologies, certaines institutions financières sont de grandes productrices de brevets. En marge des records de dépôts dont se vante chaque année Bank of America, l'assureur State Farm déploie un portail d'exposition afin de stimuler la valorisation de son portefeuille.

Le site en question n'est qu'une vitrine minimaliste qui présente un échantillon – qu'on espère représentatif et très partiel – de deux douzaines de brevets, répartis dans six catégories distinctes, dont le contenu est résumé succinctement en trois ou quatre lignes, la référence officielle permettant heureusement d'en consulter les détails sur la plate-forme de l'office fédéral. Cependant, son objectif est parfaitement clair : il s'agit d'encourager les personnes et entreprises intéressées à prendre contact avec la compagnie – par courriel ! – en vue d'étudier les possibilités de cession, de licence d'exploitation ou de collaboration autour de sa propriété intellectuelle.

Fort logiquement, les domaines concernés sont pour l'essentiel concentrés sur les métiers de l'assurance et sur leurs outils privilégiés : déclaration de sinistres, assurance paramétrique, analyse prédictive, télématique, véhicules autonomes, drones, habitation connectée, nouveaux produits… Et quand le périmètre s'ouvre à quelques thématiques génériques (inévitable intelligence artificielle, réalité augmentée ou virtuelle, logiciel, expérience utilisateur, blockchain, sciences de la vie…), celles-ci sont généralement mises en œuvre dans des applications spécifiques aux activités du secteur.

Si j'exclue les propositions formulées sur la blockchain, dont je vous laisserai apprécier l'absurdité par vous-même, les exemples de brevets mis en avant paraissent plutôt attractifs. Citons, au hasard, le floutage d'informations sensibles quand un intrus observe l'écran du téléphone, la restriction d'usage d'un composant de voiture autonome sur lequel un risque de défaillance est détecté, l'identification du vol de véhicule par analyse du comportement de conduite, un tapis intelligent qui alerte en cas d'inondation (😂), la préparation de la déclaration de sinistre via les images collectées par drone…

State Farm Patents Portfolio

La démarche de State Farm peut être perçue comme un épisode de la recherche de nouvelles sources de revenus dans un contexte de pression sur les marges de l'assurance liée à l'augmentation des risques. Sans exclure cette hypothèse, elle constitue peut-être également l'exploration d'une porte de sortie pour un paradoxe de l'innovation classique dans les grands groupes. En effet, alors que cette dernière est brandie comme une force que le portefeuille de brevets contribuerait à démontrer, la réalité en ferait au contraire une preuve de faiblesse, selon moi.

On retrouve là la confusion commune entre invention et innovation. La première est matérialisée par la créativité et la génération d'idées que la seconde tente de concrétiser jusqu'à en dériver un service ou un produit viable. De toute évidence, State Farm est plutôt performante sur la phase théorique, grâce, notamment, au simple nombre de ses employés… mais se trouve, comme tous les acteurs historiques, beaucoup moins à l'aise dans l'implémentation. Elle a donc tout intérêt à faire appel à des tiers plus audacieux et moins réticents au risque au moment du passage à la pratique.

Aujourd'hui, les institutions financières friandes d'innovation mais mal équipées pour la développer elles-mêmes recourent largement à ce que sont devenues la FinTech et l'AssurTech afin de combler leurs lacunes. Cependant, entre les orientations qu'elles jugent peu prometteuses et la panne de créativité des jeunes pousses ces derniers temps, il n'est probablement pas inutile de partager avec les entrepreneurs potentiels quelques pistes de solutions qui auront immédiatement du sens pour l'industrie. Surtout si c'est un moyen de valoriser une propriété intellectuelle dormante.

mercredi 15 mai 2024

Sumeria, la nouvelle banque de Lydia

Sumeria
Dans la sillage du récent re-lancement de son application d'origine, consacrée exclusivement aux paiements entre proches et aux cagnottes, Lydia Solutions dévoilait aujourd'hui Sumeria, sa nouvelle offre bancaire aux ambitions paneuropéennes, qui signale également une renaissance bienvenue des fondamentaux de la FinTech.

Bien que s'inscrivant logiquement dans le prolongement de Lydia Comptes, dont l'application mobile va d'ailleurs évoluer automatiquement pour ses deux millions de clients, la solution en elle-même est profondément revisitée et accompagne un virage stratégique important. Ses objectifs donnent immédiatement le ton : réinventer le fonctionnement de la banque pour l'ère « digitale », conquérir 5 millions de clients en France d'ici à 2027, puis créer la première marque commune du continent…

La principale arme déployée dans ce but est la simplicité, dans toutes les dimensions envisageables. D'abord, les services, désormais disponibles aussi en version web, proposent une interface épurée, sans jargon, sans distractions (telles que les incitations à profiter de telle ou telle promotion), où (presque) tout est accessible d'un seul geste. Plus encore, ils sont pensés dans une optique de réduire, voire éradiquer, autant que possible, l'anxiété que créent l'argent et la banque chez les consommateurs.

Prenez l'exemple de la consultation du solde de compte principal, qui conduit les plus angoissés à se connecter plusieurs fois par jour (en pure perte, quand la mise à jour n'est effectuée qu'à la nuit venue) et les plus insouciants à passer régulièrement dans le rouge faute d'avoir pris le temps de vérifier leur position. Avec Sumeria, vous pouvez créer un widget visible en permanence ou, mieux encore, afficher une pastille sur l'écran de verrouillage du téléphone pour un rappel avant usage du porte-monnaie virtuel.

Autre volet important, la gestion de budget est facilitée par une déclinaison électronique de la méthode traditionnelle des enveloppes. L'utilisateur a ainsi la faculté de créer différents comptes, chacun possédant son propre IBAN et pouvant être associé d'un clic à la carte de paiement, de manière à prédéfinir les montants alloués à des catégories de dépenses (factures récurrentes, alimentation, loisirs…). Une variante est en outre réservée à un compte partageable à volonté, avec au plus 10 personnes.

Sumeria

Pour ceux qui veulent aller plus loin dans le pilotage de leurs finances, l'option (payante) Sumeria+ (qui inclut le widget de solde) fournit des outils d'analyse des opérations et, surtout, une assistance active à l'épargne, qui prodigue des encouragements et des recommandations pratiques, assorties des mécanismes classiques de transfert périodique, d'arrondi des règlements… Un petit regret toutefois, l'invitation à définir un projet à réaliser grâce aux économies accumulées se limite à un seul choix.

En arrière-plan, la démarche de Lydia est aussi intéressante que son produit, notamment dans sa perspective de reprendre la promesse historique de la technologie… et l'appliquer à la banque, qui y a jusqu'à maintenant échappé (du moins dans l'hexagone). Comme le rêvait autrefois la FinTech, il s'agit d'exploiter le potentiel de l'informatique afin de repenser des approches dépassées dont la lourdeur nuit autant à leur efficacité (et à leur rentabilité) qu'à la satisfaction des attentes des clients.

Forte de son expérience des comptes de paiement, activité qui a aujourd'hui atteint le point mort, la jeune pousse défend l'idée que le métier des dépôts, tel qu'elle l'imagine, peut redevenir profitable grâce à un modèle optimisé (et automatisé) pour une croissance à grande échelle. Et elle ajoute une touche de transparence à son message en offrant une rémunération des comptes courants qu'elle présente comme une mesure de justice élémentaire alors que les frais bancaires sont en augmentation constante.

En résumé, Sumeria ravive la flamme de la FinTech des origines, avec son ambition de capitaliser sur les technologies modernes pour rendre obsolètes les institutions traditionnelles et faire entrer le secteur dans le XXIème siècle, comme l'ont vécu précédemment des domaines tels que l'hôtellerie, les taxis… Et Lydia met les moyens pour y parvenir : au-delà de l'itération actuelle, elle investira 100 millions d'euros et recrutera 400 personnes dans les 3 ans qui viennent pour concrétiser sa vision.

mardi 14 mai 2024

HSBC découvre l'épargne par projet

HSBC
Apparemment, la branche britannique de HSBC vient de déployer sa déclinaison de l'épargne par projets, des années après que le principe en ait été imaginé par quelques startups inspirées et alors que le reste de l'industrie bancaire du pays semble l'avoir déjà adoptée. Saisissons l'occasion pour questionner les stratégies de bien-être financier.

Existant dans de multiples variantes, l'idée de base s'avère extrêmement simple : pour une majorité de consommateurs, le seul fait de matérialiser les objectifs qu'ils désirent atteindre grâce à l'argent qu'ils mettent de côté régulièrement est un facteur majeur de motivation. Ainsi, la possibilité d'associer à un compte bancaire insipide un intitulé, une image, un montant et une échéance représente un encouragement subtil à continuer à l'approvisionner et à éviter de le ponctionner au premier prétexte.

Dans son implémentation, non seulement HSBC ne fait guère preuve d'imagination mais donne l'impression d'un rattrapage a minima. Par exemple, elle ne permet pas d'inclure une illustration (recommandant à l'utilisateur d'afficher son propre pense-bête dans son environnement, par exemple sur son réfrigérateur) et restreint les choix par une sélection parmi des catégories pré-déterminées (correspondant certes aux souhaits les plus fréquents des citoyens : voyage, achat de voiture, création d'entreprise…).

Plus ennuyeux, l'application mobile n'autorise qu'un objectif par compte d'épargne éligible : impossible de poursuivre deux rêves simultanément ! D'autre part, le client doit avoir ouvert le compte cible avant de pouvoir s'engager dans la démarche. Voilà une double opportunité manquée par HSBC, à savoir celle des nouveaux équipements de personnes qui se laisseraient tenter par le concept mais renonceront face au processus administratif qui en est déconnecté et celle du conseil individualisé, avec orientation vers un produit optimal selon les caractéristiques des projets envisagés.

HSBC – Savings Goals

Pourtant, malgré ces faiblesses manifestes, il faut saluer une initiative (rudimentaire) qui est toujours préférable au néant que nous « offrent » bien des établissements en la matière… notamment en France. Ce n'est pas que le mécanisme soit révolutionnaire ni qu'il faille en attendre des miracles pour ses bénéficiaires… mais il est tellement facile à mettre en œuvre que le moindre progrès qu'il est susceptible d'engendrer sur la résilience financière des populations mérite d'y consacrer quelques efforts.

Au lieu de quoi, les clients sont abandonnés devant un catalogue d'options plus ou moins absconses, à moins qu'ils ne se décident à consulter un conseiller capable de les guider. Seule la minorité qui sait que la constitution d'une réserve est importante et observe la discipline requise pour y parvenir se sent alors concernée et passe à l'action. Les autres, généralement peu convaincus par les messages destinés à les sensibiliser, se laisseront plus facilement aller à dépenser leur argent sans réfléchir à leur avenir.

C'est un signe de leur profonde immaturité « digitale » quand les grandes banques historiques ne prennent pas la peine d'accompagner un tant soit peu leurs clients dans l'utilisation de leurs services. Même avant d'impliquer les notions de bien-être financier (qui figurent probablement encore plus loin parmi leurs priorités), il ne serait pourtant pas compliqué de flécher les parcours des consommateurs vers les gestes d'épargne qui sont aussi profitables pour des acteurs retrouvant l'appétit pour les dépôts.

lundi 13 mai 2024

Eloa décline sa recette dans la mobilité

Eloa
Dans une démarche similaire à celle qu'elle a précédemment appliquée au secteur de l'immobilier et forte d'une première phase limitée à la distribution de crédit et d'assurance automobiles, Eloa propose désormais aux vendeurs de voiture une plate-forme « digitale » avec laquelle ils peuvent piloter leur activité de bout en bout.

Comme sa grande sœur eImmo, eAuto est d'abord et avant tout un outil complet pour les professionnels du domaine, couvrant aussi bien le back-office que les interfaces commerciales. Elle intègre ainsi la gestion des stocks de véhicules, facilitée par un référentiel quasi exhaustif des marques, modèles et variantes du marché, la création des devis et bons de commande, la facturation, les échanges avec la comptabilité, l'acquisition et la conservation des documents administratifs et réglementaires…

De l'autre côté du miroir, l'administrateur a la faculté de configurer un espace en ligne pour ses clients, acheteurs et vendeurs (d'occasion), prenant en charge estimations et autres simulations… jusqu'à la signature des contrats et les règlements. Un module permet en outre d'assurer le suivi de la relation, autorisant entre autres des envois ciblés de courriels ou de SMS. Il est même prévu de générer et diffuser directement des annonces à destination des sites spécialisés (Le Bon Coin et La Centrale).

Enfin, fidèle à ses origines dans le courtage, Eloa inclut, avec une promesse de revenus complémentaires à l'intention des marchands, des options de crédit et d'assurance pré-câblées, fournies par des enseignes de premier plan telles que, d'une part, Cetelem, Sofinco, Cofidis… mais aussi Younited Credit ou Floa, et, d'autre part, Generali, Direct Assurance et Cirano. Naturellement, l'ensemble des fonctions disponibles est paramétrable à loisir, selon les pratiques de l'entreprise et son organisation interne.

Eloa – eAuto

En résumé, la solution d'Eloa, qui sera prochainement déclinée pour d'autres catégories de mobilité, offre une expérience sans coutures aussi bien aux vendeurs qu'à leurs clients, à un niveau incomparable. Il n'est en effet pas seulement question de rassembler sous une même bannière tous les services nécessaires aux uns et aux autres mais bien de faire en sorte que les fonctions qu'ils remplissent soient aussi fluides et transparentes que possible, comme l'illustre par exemple le choix de partenaires de crédit capables d'émettre une réponse instantanée et de débloquer les fonds en 48 heures.

Alors que les établissements traditionnels hésitent toujours à s'y aventurer, une jeune pousse montre ainsi comment capitaliser à bon escient sur la tendance de la finance enfouie et l'opportunité qu'elle concrétise de répondre aux attentes de simplicité des utilisateurs, professionnels comme particuliers. La leçon est d'autant plus percutante qu'Eloa invite elle-même ses clients les plus aguerris à intégrer ses composants au cœur de leurs parcours de manière à profiter de ses avantages sans perdre leur identité.

dimanche 12 mai 2024

Mon top 10 de l'innovation FinTech

Top 10
Inspiré par la récente publication par Simon Taylor de son Top 10 de l'innovation FinTech, je vous en propose aujourd'hui ma propre interprétation, à travers 10 concepts qui, grâce à la technologie, ont profondément transformé notre vision du secteur financier… ou la transformeront une fois le bonne recette de mise en œuvre trouvée.

Gestion de finances personnelles

Le PFM repose sur un principe ancien, largement antérieur à la naissance de la FinTech moderne, puisque dès les débuts de l'informatique personnelle, des outils invitaient chacun à suivre et analyser son budget. Au fil des évolutions, l'automatisation les a rendus plus faciles à utiliser et, en parallèle, ils se sont infiltrés dans la panoplie des établissements traditionnels. Son histoire est loin d'être achevée et le véritable impact de la gestion de finances personnelles se concrétisera quand elle intègrera des capacités de conseil personnalisé et contextualisé au service du bien-être financier.

Financement participatif

Un peu oublié entre des plates-formes devenues quasiment incontournables pour le lancement d'une jeune pousse (par exemple CrowdCube au Royaume-Uni) et celles qui ont adopté un modèle hybride afin de survivre, le crowdfunding, en capital ou en crédit, a définitivement introduit la possibilité d'une approche collaborative, voire sociale, dans l'univers de l'argent. S'il n'a pas radicalement changé les pratiques de financement, il laisse au moins cet héritage, qui se retrouve désormais décliné de diverses manières.

Encaissement sur mobile

La faculté pour n'importe quel professionnel, même occasionnel, d'accepter les paiements par carte sur son propre téléphone, sans complications et à coût raisonnable, a contribué autant à la prospérité économique d'une catégorie de population jusque là négligée par les banques traditionnelles qu'au développement du paiement sans contact, y compris via mobile. Sans en avoir l'air, la petite idée de départ de Square a peut-être entraîné l'essentiel des avancées sur les paiements enregistrées depuis.

Transferts internationaux

Voilà encore une invention émanant d'une startup, Wise (ou TransferWise, à l'époque), qui, en imaginant un mécanisme de compensation locale adossé à quelques algorithmes astucieux, a totalement révolutionné la façon dont l'argent circule entre les pays et, surtout, a brillamment démontré comment la FinTech, en tant que force d'innovation, était capable de cibler un système historique totalement dépassé et de le réinventer pour le rendre infiniment plus efficace, plus fiable, plus rapide et plus économique.

Robot-conseiller

Autre catégorie pour laquelle il reste du chemin à parcourir, le conseil en investissement automatisé est aussi le résultat d'un croisement, entre des théories financières (pas si récentes) et leur mise en application par le logiciel. La promesse sous-jacente de mettre à la portée de madame et monsieur Tout-le-Monde des solutions d'épargne presque équivalentes à celles de la banque privée n'est pas encore tenue, non pas, à mon avis, en raison de performances insuffisantes mais plutôt par la perte de vue du rôle de « conseiller » pourtant inscrit dans son intitulé et qui devrait se traduire par un accompagnement de proximité dans les projets de vie des utilisateurs.

Score de crédit alternatif

Illustration parfaite des opportunités créées par la multiplication des sources de données numériques et la sophistication grandissante des moyens de les exploiter. En l'occurrence, il n'est pas nécessaire de recourir à l'intelligence artificielle pour décortiquer les habitudes financières d'un individu ou d'une entreprise et déterminer à partir de ses relevés d'opérations ou de son flux de ventes sur les principales places de marché, avec une précision inégalée, instantanément, son risque de défaut si un prêt lui est octroyé. Si on pense d'abord au marché des particuliers, ce sont probablement les PME qui ont le plus à gagner de cette nouvelle perspective sur leur capacité d'emprunt.

Paiement fractionné

Il n'est pas exclu que la présence du BNPL dans cette liste soit présomptueuse au vu de la précarité de nombre de ses acteurs, mais je la justifierai par la rupture qu'elle a marquée dans le monde du crédit à la consommation, en révélant la possibilité, auparavant inimaginable dans les établissements conventionnels, d'accorder une facilité de paiement sans friction et sans délai dans un parcours d'achat. Plus généralement, c'est la notion de décision en temps réel qu'il faut retenir de cette gamme de produits et la mutation que sa généralisation dans les métiers de la finance engendre.

Services « digitaux »

En prenant un recul supplémentaire, la « digitalisation » des services, telle qu'elle est portée, notamment, par les néo-banques et que n'appréhendent pas toujours correctement les institutions en place, qui la confondent avec une simple transposition de leurs métiers sur des canaux numériques, constitue la mère de toutes les transformations, entre autres à travers ses 4 caractéristiques majeures que je rassemble sous l'acronyme TIPS : transparence, immédiateté, personnalisation et simplicité.

Finance enfouie

Bien qu'il soit encore embryonnaire aujourd'hui, le concept de services enfouis, sorte de deuxième stade après la banque ouverte, a d'ores et déjà toute sa place dans ce palmarès tant ses conséquences sur la perception que chacun a de l'argent s'en trouvera chamboulée : grâce aux outils à notre disposition, chargés de prendre soin de notre bien-être, les composantes financières de nos actes du quotidien et de nos grands projets seront immergées dans nos parcours et cesseront d'être une préoccupation à part entière pour retrouver leur statut de moyens d'atteindre un objectif.

Assurance au comportement

Je termine sur un sujet spécifiquement issu de l'assurance, qui me permet de re-boucler sur le premier item de cette liste. Certainement oubliée par tous, entre autres à cause de son relatif échec, la couverture automobile qui s'ajuste au mode de conduite (évalué par une application mobile ou un accessoire ad hoc) mérite absolument d'être citée ici car elle fournit un excellent exemple d'approche visant à modifier les comportements des personnes, par des suggestions ou interventions plus ou moins subtiles. Or j'estime que, via le conseil, il s'agit d'un des axes prioritaires de progrès du secteur financier.

Innovation

samedi 11 mai 2024

FdJ se lance dans la banque

Groupe FdJ
Une décennie après avoir manqué l'opportunité du lancement d'une banque dans les bureaux de tabac où il possédait un quasi monopole, le Groupe FdJ prolonge sa première aventure du paiement de facture avec un compte de paiement… qui ressemble tellement au Nickel des (lointaines) origines qu'il fait sérieusement douter de son intérêt.

Qu'on en juge. Conçue comme une extension de l'offre gratuite précédente Nirio, la nouvelle solution Premio, facturée 30 euros par an (ou 3 euros par mois), comprend une carte Visa prépayée, physique et virtuelle, et une application présentée comme outil de pilotage budgétaire… en raison de ses (maigres) capacités d'enregistrement des transactions en temps réel (grâce à l'autorisation systématique) et de catégorisation des dépenses, ainsi que, naturellement, l'impossibilité de se retrouver à découvert.

À ce socle basique s'ajoute bien sûr la caractéristique distinctive de ces OFNI (« objets financiers non identifiés »), à savoir la possibilité de réaliser certaines opérations dans quelques 10 000 bureaux de tabac en France, à commencer par l'ouverture de compte, complétée par l'avantage anachronique (et aux légers relents d'illégalité) que met plus particulièrement en avant l'entreprise : les règlements en espèces, que ce soit pour les factures, les achats de billets d'avion, les péages d'autoroutes (bientôt)… ou encore, évidemment, le provisionnement de la carte accompagnant la nouvelle version.

FdJ – Compte Premio

Face à Nickel, qui a, depuis ses débuts, ajouté quelques cordes à son arc dont, très récemment, une option de crédit, à sa notoriété et ses 3,5 millions de clients, où sont les arguments susceptibles de faire pencher la balance en faveur de ce Premio ? L'attractivité auprès des populations sous-bancarisées (notamment les interdits bancaires) dont la filiale de BNP Paribas se vante à l'excès (en insinuant que tous ses adeptes bénéficient de sa mission d'inclusion financière alors que seul un sur trois, peut-être, est en situation délicate, les autres ayant d'autres motivations pour ouvrir un compte d'appoint) ne semble même pas être spécifiquement soulignée.

L'initiative donne l'impression d'une idée mal ficelée, probablement dérivée d'un certain ressentiment causé par le succès de ce qui est perçu comme un concurrent (du fait de son implantation en territoire « réservé ») et de la prise de conscience de la facilité avec laquelle les mécanismes de banque en services – en l'occurrence ceux de XPollens – permettent la création d'une plate-forme élémentaire. Avec de telles fondations, c'est jusqu'à l'équation économique du dispositif qui paraît impossible à équilibrer…

BBVA poursuit ses tests quantiques

BBVA
Largement éclipsée par l'intelligence artificielle, dont elle pourrait pourtant contribuer à décupler les performances, l'informatique quantique reste une tendance extrêmement importante à plus ou moins long terme. Il ne faut donc guère s'étonner qu'une banque telle que BBVA s'attache à en explorer les frontières avant sa maturité.

Pour l'instant, en 2024, le changement d'échelle dans les capacités de calcul que devraient autoriser ces futurs ordinateurs fonctionnant non plus sur la base de composants électroniques ordinaires mais à partir des principes de changements d'état de la matière reste une promesse théorique dont la concrétisation, si elle survient un jour, demandera encore plusieurs années de recherche. Le principal obstacle est l'instabilité des machines actuelles, qui nuit à la qualité des résultats produits.

Malgré tout, les perspectives sont si attractives, en particulier dans le secteur financier, que les tentatives d'apprivoiser au plus tôt la technologie se multiplient, à la fois dans le but d'apprendre à exploiter sa puissance, qui exige un ré-apprentissage complet des pratiques de développement logiciel, qu'afin de vérifier, autant que possible, que les bénéfices espérés seront bien au rendez-vous. C'est essentiellement sur ce second objectif que BBVA se focalise avec ses dernières expérimentations en date.

Les grands cas d'usage envisagés – en tous cas pour commencer – sont désormais stabilisés. Ils concernent, d'une part, la sécurisation des données et des communications, dont les mécanismes en vigueur sont menacés par l'informatique quantique, et, d'autre part, les simulations de risque, notamment sur des portefeuilles de banque d'investissement, qui sont les plus susceptibles de profiter des gains supposés des traitements parallélisés qui constituent le cœur du futur nouveau paradigme.

BBVA – Informatique Quantique

Or la difficulté rencontrée par les chercheurs en finance, surtout dans ce dernier domaine, consiste à vérifier les hypothèses qu'ils formulent à échelle réelle et non seulement sur des échantillons peu représentatifs. En d'autres termes, il leur faut démontrer que les infrastructures industrielles de demain offriront un avantage suffisant pour justifier les investissements à consentir, sans se contenter d'interpolations à partir de quelques tests réalisés sur des sortes de maquettes miniatures.

Or, avec les modèles de simulation disponibles aujourd'hui, la tâche est impossible à exécuter dans des délais raisonnables sur des composants traditionnels. C'est pourquoi BBVA, en collaboration avec le spécialiste VASS et l'opérateur infonuagique AWS, a mis au point un environnement distribué dont la dimension globale atteint l'équivalent d'un ordinateur quantique de 38 qubits. Il permet ainsi à l'établissement d'approcher des conditions opérationnelles pour les algorithmes dont il souhaite valider la pertinence.

Nul ne sait vraiment à quelle échéance, mais il est désormais quasiment certain que l'informatique quantique finira par s'imposer un jour et il ne fait alors aucun doute que son impact sera considérable sur toutes les organisations dont l'activité repose sur le traitement de l'information… donc une grande partie des économies modernes. Celles qui, comme BBVA, se préparent dès maintenant mettent toutes les chances de leur côté pour faire partie des premières à capitaliser sur ses opportunités.

jeudi 9 mai 2024

La maîtrise des dettes a le vent en poupe

Tally
Comme le constatait récemment la revue American Banker, le niveau d'endettement record des américains suscite l'émergence d'une vague de solutions destinées à les aider à se sortir de la spirale infernale dans laquelle ils sont souvent entraînés. Le plus intéressant est de voir au sein de ce mouvement la naissance d'approches proactives.

La multiplication des options de crédit – prêts à la consommation, hypothécaire, automobile, étudiant…, mais également carte de crédit, découvert bancaire, paiement fractionné… – rend particulièrement difficile pour le commun des mortels le suivi de ses engagements et la maîtrise des remboursements, et encore plus quand les établissements qui commercialisent certaines d'entre elles usent de manœuvres plus ou moins insidieuses dans une optique de maximisation de leurs profits.

Fortes de ce constat, plusieurs jeunes pousses – parmi lesquelles Method et Spinwheel – fournissent, a minima, une vue consolidée des dettes en cours, point de départ incontournable pour qui veut reprendre son destin en main. Sans que soit précisé comment ces systèmes fonctionnent en arrière-plan (probablement par l'intermédiaire d'une agence centralisant les données), tous promettent une simplicité d'accès exemplaire, puisqu'il suffit du numéro de téléphone et de la date de naissance de l'individu pour collecter les informations nécessaires auprès de tous ses créanciers.

Tally

Cependant, comme toujours avec les approches passives, on peut s'interroger sur leur efficacité : exposer sa situation à une personne constitue un premier pas, essentiel, mais infime sur la voie du retour à une position financière saine. C'est pourquoi la plupart des startups, qui proposent ces dispositifs à des entreprises (du secteur, normalement), se présentent auprès de ces dernières comme pourvoyeuses d'information, charge à elles d'en faire bon usage dans leurs démarches d'assistance aux utilisateurs.

Et puis quelques trublions, plus avancés, offrent de véritables capacités d'accompagnement, permettant aux consommateurs d'engager un plan d'action adapté à leur contexte une fois qu'ils ont compris les défis auxquels ils sont confrontés. Tel est le cas pour PayItOff, distribuée uniquement en « B2B » aux professionnels du crédit désireux de limiter les risques de défaut et à ceux qui ont des produits contribuant à la lutte contre l'endettement (regroupement de crédit, par exemple), ou bien Tally, qui, forte de cette dimension de conseil opérationnel, existe aussi dans un modèle direct.

De toute évidence, les excès autour du crédit sont propices au développement de solutions ciblées d'amélioration du bien-être financier, non seulement parce qu'ils sont extrêmement fréquents dans la population et susceptibles de créer un stress considérable mais également parce que les recettes pour les surmonter sont bien connues et relativement simples à implémenter (comme l'illustrent la multitude de sites partageant les bonnes pratiques en la matière), le recours à un outil représentant alors un excellent moyen d'encourager la patience indispensable à leur succès.

PayItOff Home

mercredi 8 mai 2024

FIS, de la tech à la banque

Atelio by FIS
Voilà (peut-être) une tendance émergente, qui surprend. Tandis que la FinTech dérive progressivement vers la fourniture de technologies aux acteurs traditionnels de la finance, l'éditeur de logiciels sectoriels FIS – qui se réclame donc logiquement de cette étiquette – se met, comme plusieurs de ses confrères, à distribuer des solutions bancaires.

D'une certaine manière, la démarche représente un retour aux sources, à savoir la prise de conscience de l'emprise de l'informatique sur l'industrie, aboutissant rapidement à l'idée que, grâce aux technologies les plus modernes (que les entreprises historiques peinent à adopter et à adapter à leurs environnements complexes), il est possible de créer de nouveaux entrants attractifs et compétitifs. Quoi de plus normal qu'un spécialiste du logiciel pour les métiers bancaires s'emparent du modèle ?

Pour FIS, le raisonnement s'applique particulièrement bien à la notion de services enfouis, dont l'essentiel de la valeur réside effectivement dans la capacité à proposer une expérience optimale à des développeurs et ressort donc d'une expertise technique. C'est une filiale dédiée qui sera consacrée à ce segment d'activité et elle s'adresse aussi bien aux firmes de tous domaines désireuses d'insérer des fonctions financières au cœur de leurs parcours qu'aux banques qui souhaiteraient compléter leur catalogue.

Tous les produits de base sont couverts, autant pour le grand public que pour les professionnels : comptes de dépôt, paiements, cartes de débit ou crédit… et la liste devrait s'allonger au fil du temps. Naturellement, chacun d'eux est exposé sous forme d'API, prenant en charge toutes les étapes des processus (par exemple la gestion d'identité et la connaissance client lors de l'entrée en relation ainsi que le suivi du solde et des transactions, les relevés d'opérations… au cours de la vie du compte).

Atelio by FIS

Atelio (c'est le nom de l'entité) ne détient aucune licence et s'appuie sur les offres de partenaires réglementés pour propulser ses propres solutions. C'est là où l'approche prend un relief original, puisqu'il y a tout lieu de penser que ces établissements sont eux-mêmes utilisateurs du socle informatique de FIS. De cette manière, la publication des interfaces mises à disposition de tiers est facilitée, dans la mesure où elles font partie intégrante de la plate-forme. L'éditeur se positionne de la sorte en opérateur d'un canal de commercialisation supplémentaire pour ses clients qui ne se sentent pas prêts à s'engager directement dans les spécificités de la banque enfouie.

L'évolution des fondamentaux de la FinTech crée désormais de nouvelles opportunités d'intermédiation entre les acteurs en place et les startups. Les premières rencontrent souvent des difficultés à répondre aux attentes suscitées par la « digitalisation » du monde et les secondes souffrent de leur manque de visibilité. Les fournisseurs des technologies qui sont au cœur des systèmes d'information de l'industrie ont alors tous les atouts en main pour, d'un côté, catalyser la transformation (comme dans le cas de FIS) ou, de l'autre, diffuser des produits innovants (sur leurs places de marché).

mardi 7 mai 2024

Chase aide les PME à prospérer

Chase
Parmi une série de nouveautés sans grand intérêt destinées à sa clientèle de PME, dont un socle de paiement rafraîchi et un module de gestion de factures, Chase annonce le lancement d'une plate-forme analytique qui remet au goût du jour une ancienne opportunité encore rarement exploitée et l'enrichit de capacités supplémentaires.

Le principe d'origine est trivial, à tel point qu'il paraît incompréhensible qu'il n'ait pas été généralisé de longue date dans les grands groupes qui possèdent toutes les ressources nécessaires – données, technologies, compétences – pour le déployer : il s'agit d'offrir aux petites entreprises un tableau de bord qui leur donne accès à une connaissance profonde et étendue de leurs opérations et de leur performance, élaborée grâce aux informations collectées par l'intermédiaire de leurs encaissements.

Statistiques de vente (évidemment) et de fréquentation (heures de pointe…), profil des clients (lieu de résidence, catégorie d'âge, niveau de revenus…), modes de consommation… fournissent la base d'une meilleure perception du fonctionnement d'un commerce ou d'une échoppe d'artisan, à laquelle s'ajoute ici des éléments de comparaison avec les pairs et/ou concurrents permettant de contextualiser les résultats bruts. Toutes les données partagées sont naturellement anonymisées et agrégées.

Jusque-là, rien d'exceptionnel à la proposition de Chase. Bien que les banques soient peu nombreuses dans le monde à avoir implémenté ce genre de solution (à l'instar de RBC, pour n'en citer qu'une), les pionnières ont franchi le pas depuis des années. Mais la filiale de J.P.Morgan va beaucoup plus loin en adoptant une approche proactive qui, simultanément, correspond à une demande latente largement insatisfaite et capitalise sur l'émergence de moyens techniques qui en facilite la mise en œuvre.

Chase Customer Insights

À partir des analyses personnalisées produites, « Customer Insights » va en effet émettre des recommandations pratiques à l'utilisateur en vue de l'aider concrètement à optimiser son activité. Touchant à des domaines variés, elles portent par exemple sur les recrutements à envisager afin de faire face à une période d'affluence anticipée, la suggestion de mise en place de campagnes marketing et/ou d'un programme de fidélité soigneusement calibrés pour stimuler les ventes, les localisations à privilégier dans l'hypothèse de l'ouverture d'une nouvelle implantation…

Rompant avec l'habitude des banques de fournir à leurs clients, professionnels comme particuliers, des outils qui se contentent de leur délivrer des informations certes très utiles, potentiellement, mais dont il ne savent souvent pas que faire, Chase opte pour une démarche d'accompagnement authentique… qui n'est pas totalement dénuée d'arrières-pensées mercantiles (absolument légitimes, surtout avec un service gratuit), puisque ses conseils s'articulent à l'occasion avec son catalogue de produits…

lundi 6 mai 2024

CommBank se penche sur l'usurpation d'identité

Truyu
À travers sa structure d'incubation et de capital-risque, CommBank propose depuis peu une nouvelle solution destinée à lutter contre l'usurpation d'identité, un fléau qui a affecté près de 200 000 australiens au cours de l'année écoulée, en hausse de 25% par rapport à la période précédente, et menace constamment chacun de nous.

À défaut de prévenir les attaques, ce qui serait idéal mais paraît illusoire, Truyu est conçue pour détecter les tentatives de fraude et alerter immédiatement la victime, via une application mobile dédiée. En pratique, il suffit de fournir ses informations personnelles (protégées, bien sûr !) et une notification sera alors émise chaque fois qu'un des services de vérification d'identité est interrogé avec ces données (nom et prénom, date de naissance, numéro de permis de conduire ou de passeport…).

Dans le cas où il n'est pas à l'origine de l'événement, l'utilisateur, qui pourrait sinon se sentir démuni et céder à la panique, est pris par la main et guidé dans les mesures concrètes à engager (rapidement) afin de se prémunir contre les conséquences de l'abus et éviter tout dommage supplémentaire. Le même outil est également capable de prendre en charge, dans les mêmes conditions (y compris les conseils), les cas d'apparition des adresses de courriel dans les rapports de fuites de données.

À ce stade, le dispositif est encore en version expérimentale et ne prétend aucunement à l'exhaustivité, mais il couvre d'ores et déjà les ouvertures de compte auprès de la plupart des banques, des opérateurs de télécommunication et de paris en ligne… qui représentent évidemment les cibles les plus attractives parmi les cybercriminels.

Accueil Truyu

Contrairement à d'autres de ses aventures hors de ses métiers financiers, CommBank maintient clairement sa marque sur le service. La raison en est simple : il s'agit de souligner la présence d'un intermédiaire de confiance historique – la banque – dans un système qui non seulement promet de lutter contre des malversations visant le portefeuille des consommateurs mais, en outre, enregistre et conserve des informations sensibles sur eux, exigeant donc les plus hauts niveaux de sécurisation.

La démarche est une excellente illustration des opportunités qu'offrent l'identité « digitale » et ses innombrables sujets dérivés aux banques capables de projeter leurs expertises sur une autre matière virtuelle que l'argent, entre protection et exploitation sans risques (ou à risque minimal). À l'heure où les gouvernements commencent à déployer des déclinaisons dématérialisées des documents traditionnels, les applications possibles sont innombrables et séduiront d'autant plus facilement le grand public qu'elles émaneront d'acteurs inspirant confiance, au moins sur la protection des données.

dimanche 5 mai 2024

Swisscom se lance dans l'assurance

Swisscom
La grande vague d'invasion de l'univers de la banque entamée il y a quelques années par les opérateurs de télécommunication s'étant désormais plus ou moins effondrée, au gré, notamment, de plusieurs échecs cuisants (Orange Bank ?), visent-ils maintenant à se lancer dans l'assurance ? C'est en tous cas le nouveau pari de Swisscom.

Naturellement, l'initiative ne part pas de zéro puisque l'entreprise propose depuis longtemps, comme la plupart de ses consœurs, une garantie contre la casse et le vol des téléphones qu'elle commercialise ainsi que, et c'est un peu plus rare, une protection dédiée à la cybersécurité. Aujourd'hui rassemblées sous une marque spécifique, Sure, elles sont rejointes par des produits génériques, à commencer par l'habitation et les loisirs, en attendant, dans les mois qui viennent, les voyages, l'automobile…

Les arguments que présente Swisscom afin de justifier la légitimité de son intrusion dans un métier éloigné du sien sont étonnamment similaires à ceux qui présidaient aux aventures bancaires antérieures : la proximité supposée avec les clients et la confiance qu'ils accorderaient à leur opérateur seraient propices à une intégration de l'assurance. Il faut reconnaître un certain optimisme à ceux qui s'attachent encore fermement (?) à de telles convictions après les déconvenues qu'elles ont engendrées précédemment.

La démarche mise en œuvre est cependant assez différente, en particulier sur le niveau d'engagement qu'elle représente. En effet, il n'est pas question ici de créer une offre de toutes pièces, qui représenterait un investissement difficile à rentabiliser. Plus raisonnablement, la firme assume dans ce cas un simple rôle d'intermédiaire pour la distribution de solutions fournies par ses partenaires – par exemple Zurich pour l'habitation ou AXA pour une prochaine couverture des loyers impayés.

Swisscom Sure

La maturité « digitale » ayant sensiblement progressé dans les grands groupes de télécommunication (probablement plus que dans l'assurance), Sure peut également mettre en exergue quelques avantages concrets de son approche : une souscription et une résiliation simples et rapides, sur le téléphone, ou encore une flexibilité totale, autorisant l'ajustement de la couverture à la demande. Par ailleurs, l'intégration future de contrats pour tous les besoins courants permettra bien sûr de faire de l'application mobile de Swisscom un tableau de bord universel des garanties détenues. Puis vient le rêve de détecter les moments de vie susceptibles de rebond commercial (tel qu'un déménagement), procurant des opportunités de vendre des polices…

Ces caractéristiques suffiront peut-être à conquérir quelques consommateurs particulièrement fidèles à leur opérateur mais seront-ils si nombreux ? Il paraît tout de même douteux, comme l'était déjà l'ouverture d'un compte bancaire, que l'idée de souscrire une assurance par ce biais devienne une tendance. Certes, la généralisation en cours des modèles enfouis, facilitant le déploiement de produits dans n'importe quel parcours client, constitue une aubaine… encore faut-il que le contexte soit approprié.

samedi 4 mai 2024

La banque qui s'est brûlé les ailes

DBS
L'annonce de la fin de son moratoire de six mois sur les projets informatiques non critiques de DBS me donne l'occasion de découvrir que celui-ci résultait d'une décision du régulateur singapourien. L'interventionnisme des autorités en matière de risque technologique se propage… en proportion de sa progression et de ses impacts.

C'était en novembre dernier, à la suite d'une série d'incidents sérieux affectant l'accès de ses clients à ses services en ligne. La banque présentait alors un plan en vue de renforcer sa résilience. Aujourd'hui, les principales mesures ont été déployées et seules les améliorations d'architecture du système d'information, dont il était d'emblée prévu qu'elles s'étalent sur 12 à 24 mois, sont toujours en cours. De quoi satisfaire la MAS, qui lève donc son interdiction d'engager de nouvelles transformations.

Comme je le soulignais au début de la période probatoire, les changements mis en œuvre pour l'instant relèvent essentiellement de l'atténuation des conséquences des incidents rencontrés – en particulier dans la rapidité de détection et de réaction – et ne concernent pas les racines du mal, pour lesquelles les initiatives engagées n'auront pas d'effet avant plusieurs années. Et, dans ce registre, il est non seulement question d'éviter les indisponibilités des applications web et mobile… mais aussi de stratégie.

En effet, dès avant l'injonction, la culture historique d'innovation « digitale » de DBS montrait des signes d'essoufflement et il paraît vraisemblable que la fragilité et la complexité de son patrimoine informatique, accentuées par son exubérance de créativité, ait simultanément contribué à ce ralentissement, dans une sorte de spirale délétère. Arrivée au bout d'une impasse qui lui impose de remettre à plat ses systèmes, elle se retrouve maintenant durablement bloquée dans ses ambitions de rupture.

L'autre aspect important de cette actualité est, bien sûr, la démarche adoptée par le régulateur. En Europe, la BCE s'inquiète depuis déjà quelque temps des menaces que font peser sur les banques et leur capacité à opérer sans interruption les technologies vieillissantes qui propulsent leurs services critiques, jusqu'à instaurer bientôt des mécanismes de supervision dédiés. La MAS singapourienne a dorénavant franchi un pas supplémentaire, très intrusif, en définissant les priorités de la DSI de DBS.

Face à l'immobilisme ambiant et aux résistances persistantes des dirigeants, faudra-t-il donc que les autorités en arrivent à décréter le lancement des indispensables grands chantiers de rénovation qui permettront de débarrasser les infrastructures bancaires des technologies obsolètes ? Ce niveau d'exigence est-il vraiment envisageable ? Et de telles décisions pourront-elles être prises avant que ne survienne une catastrophe ?

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