C'est pas mon idée !

jeudi 2 décembre 2021

IBM dans le collimateur d'Amazon

AWS
Amazon annonce une avalanche de nouveautés à l'occasion du dixième anniversaire de sa conférence AWS Re:Invent, parmi lesquelles je retiens plus particulièrement le lancement d'une solution dédiée à la modernisation des « mainframes » historiques, encore si souvent présents dans les infrastructures des grandes institutions financières.

Naturellement, la tentation est irrésistible pour les géants de l'infonuagique de capturer un immense marché qui leur échappe totalement, en partie parce que leurs utilisateurs refusent d'admettre que leurs vieux systèmes informatiques, dont seul IBM (je crois) persiste à les produire, handicapent leur développement et méritent d'être remplacés, mais aussi, dans des cas de plus en plus fréquents, parce que la décision d'une mise à la retraite est trop lourde de conséquences, entraînant une procrastination délétère.

C'est à ces deniers que s'adresse donc aujourd'hui Amazon, en leur promettant d'aplanir les difficultés, de réduire les risques et de modérer les coûts d'une transition vers ses plates-formes, qui leur permettront de bénéficier, pour une des parties les plus critiques de leur système d'information, des avantages connus du « cloud computing », à savoir l'agilité (l'accès instantané aux ressources), l'élasticité (l'adaptation dynamique des capacités aux sollicitations) et la maîtrise budgétaire (grâce à la facturation à l'usage).

Pour convaincre et séduire un maximum de décideurs, l'offre « AWS Mainframe Modernization » se décline en deux paliers distincts. Les plus hésitants pourront ainsi se contenter d'un portage direct de leurs applications sur les infrastructures d'Amazon, sans (presque) aucune intervention à prévoir sur le code. En amont, un assistant propose d'établir un diagnostic afin de vérifier la compatibilité et, en aval, des facilités de test sont mises à la disposition des équipes pour automatiser la recherche de régressions.

AWS Mainframe Modernization

Puis, pour les responsables qui ont déjà choisi d'engager une vraie modernisation de leur patrimoine (ou d'une partie de celui-ci), qui souhaitent non seulement abandonner les anciennes générations de matériel mais également réaligner leurs catalogues de logiciels sur les pratiques d'architecture modernes, s'ajoutent à ces briques de base une batterie d'outils destinés à préparer, guider, accompagner et industrialiser la réorganisation des composants vers un modèle de services élémentaires flexibles à l'état de l'art.

Disponible en avant-première dans une poignée de régions, pour un déploiement généralisé progressif dans les prochains mois, la solution a été mise en œuvre avec succès par la brésilienne Banco Inter. Bien que née en 1994, ses activités de paiement par carte opéraient sur un « mainframe », jusqu'à cette bascule sur la plate-forme d'Amazon, d'abord à travers un transfert « en l'état », les moyens de développement évolués étant pour l'instant réservés à la création de fonctions supplémentaires.

Si Amazon est loin d'être la première entreprise à s'engager sur le terrain de la migration des grands systèmes (comme on les appelait autrefois), elle est certainement une des plus importantes et elle peut faire valoir un modèle économique attractif, puisque l'ensemble du dispositif de conversion est gratuit, seule la puissance de calcul consommée étant facturée. En face, IBM, coincée entre ses désirs de préserver une niche juteuse et ses velléités de se positionner sur l'infonuagique, incapable par conséquent de présenter une vision d'avenir équivalente, risque de souffrir doublement

mercredi 1 décembre 2021

La réalité virtuelle dans la finance ?

St. James Place
Grâce (?) à Facebook, le monde entier semble s'être désormais enflammé pour les métavers, sans toujours chercher à comprendre à quoi ils pourront bien servir, dans la vie personnelle ou professionnelle. En attendant, St. James Place, une firme britannique de gestion de fortune, enrichit son dispositif de formation avec la réalité virtuelle.

Reposant sur un modèle de réseau d'agents indépendants, l'établissement a fondé une académie dont le rôle est de fournir à des centaines de candidats (400 cette année) un cursus complet en vue d'obtenir la qualification réglementaire exigée pour exercer au Royaume-Uni. Ébranlée par la crise sanitaire, elle a dû revoir ses modes de fonctionnement et elle propose donc aujourd'hui une combinaison de sessions à distance et face à face, assortie de périodes d'intégration au cœur d'équipes opérationnelles.

Toujours à l'affût de moyens d'améliorer ses processus pédagogiques, St. James Place a choisi d'explorer les opportunités de la réalité virtuelle. Elle a ainsi investi dans un lot de 200 casques Oculus – pardon, Meta – Quest, mis au service, dans un premier temps, d'une expérience immersive de participation à des présentations, ateliers et autres événements sociaux, jugée plus efficace que la visioconférence traditionnelle, y compris dans l'instauration et l'entretien de contacts et de liens individuels entre invités.

Un pas supplémentaire a été franchi depuis septembre 2021, avec le déploiement d'un véritable programme éducatif, centré sur la relation avec le client. Conçu – en partenariat avec une entreprise spécialisée, Make Real – comme un jeu de rôle, son principe consiste à plonger l'apprenti dans une simulation réaliste d'interaction commerciale, au sein de laquelle il peut s'entraîner à appliquer ses talents de découverte des besoins, d'empathie, de vente… et évaluer ses défauts et progrès par une analyse a posteriori.

St. James Place – Apprentissage en réalité virtuelle

Après des années de réflexion et d'expérimentations avec divers prototypes, les cas d'usage un tant soit peu pertinents identifiés dans l'univers professionnel pour la réalité virtuelle et, par extension, les métavers se réduisent apparemment toujours, pour l'essentiel, à quelques variations autour de la collaboration et de la formation. En marge de l'engouement considérable que suscite la technologie, peut-être faudrait-il s'interroger sur la valeur additionnelle qu'elle apporte effectivement dans ces contextes.

S'il est facile d'appréhender les bénéfices d'une simulation dupliquant un environnement physique, par exemple dans l'optique d'enseignement de gestes précis sur un matériel, la déclinaison de la même idée sur les échanges avec une personne (un avatar, en fait) a-t-elle une utilité spécifique ? Concrètement, en l'absence de toute faculté de vrai dialogue (les répliques sont sélectionnées parmi des listes de choix), les bons vieux scénarios exécutés sur un simple écran de micro-ordinateur ne sont-ils pas aussi performants ?

Je n'ai évidemment pas, pour l'instant, de réponse définitive à ces questions et la vérification des hypothèses sous-jacentes est parfaitement légitime. Il ne me paraîtrait pourtant pas superflu d'observer une certaine prudence, notamment en termes de budgets et d'efforts engagés, sur les avantages de ces technologies émergentes, tant qu'ils n'ont pas été validés sur le terrain, en particulier celui du secteur financier.

lundi 29 novembre 2021

Banque et environnement, l'imposture

Citi
Comme la plupart des banques de la planète, hélas souvent plus préoccupées de leur image que de cette dernière, l'américaine Citi s'est livrée à de grandes annonces en faveur de l'environnement à l'occasion de la COP26. Quelques jours plus tard, on apprend que la même s'engagerait massivement sur le domaine énergivore des cryptoactifs.

Décidément, derrière les beaux discours, rien ne change et les perspectives de profit sont toujours plus fortes que les dangers de plus en plus pressants du réchauffement climatique. Quand, le mois dernier, Oxfam pointe une nouvelle fois du doigt l'augmentation de la dépendance des établissements français au financement de l'énergie fossile, la défense adoptée, consistant à affirmer que cet argent va à des programmes de transition écologique, sonne creux face à l'analyse des efforts des géants du pétrole.

Dans un registre radicalement différent… et aux échos pourtant tellement proches, il faut maintenant se préparer à voir les banques s'installer sur le marché juteux des cryptomonnaies et autres actifs digitaux (tels que les fumeux NFT). Dans le cas de Citi, il est ainsi question de recruter une centaine de personnes afin de lancer une ligne métier dédiée au sein de sa branche de grande clientèle et d'investissement, comportant vraisemblablement des services de trading, la commercialisation de produits dérivés…

Les seules réserves au lancement, qui justifient une étude approfondie préalable, sont d'ordre réglementaire. Dès qu'elles seront levées, les chevaux pourront être lâchés et des crypto-instruments divers et variés pourront être distribués aux clients, dans un grand mouvement de démocratisation de leur accès. Quelqu'un se préoccupe-t-il des impacts directs ou indirects de ces supports sur l'environnement ? S'interroge-t-on un instant sur la consommation électrique de leurs infrastructures ? Quelle idée saugrenue !

Citigroup – ESG

Je sais que d'aucuns prétendent que le problème écologique des actifs virtuels est surestimé. Je n'adhère absolument pas à ces thèses mais je constate que ce débat n'intéresse même pas les banques : jamais Citi n'envisage la simulation d'un bilan carbone dans la mise sur pied de sa nouvelle division. Le sujet n'est simplement pas abordé, prouvant l'importance réelle qui lui est accordée. En 2021, un tel exercice ne devrait-il pas constituer une rubrique obligatoire de tout plan projet sérieux ?

Pour l'instant, la réaction au gaspillage énergétique de bitcoin et consorts émane des états, comme l'illustre l'appel de représentants des autorités suédoises à une interdiction en Europe. Naturellement, le débat est probablement trop technique pour engendrer une prise de conscience et une riposte de la part des consommateurs. Cependant, à force d'agir régulièrement en totale contradiction avec leurs promesses, les institutions financières finiront par inspirer un phénomène de rejet qui leur coûtera très cher.

dimanche 28 novembre 2021

Demain, le travail sera « liquide »

BBVA
L'annonce par Atom Bank de son adoption d'une semaine de 4 jours a, étonnamment, constitué un petit choc dans le secteur financier. Il ne s'agit pourtant que d'une timide incursion vers ce que BBVA – un des principaux investisseurs dans la jeune pousse (coïncidence ?) – décrivait récemment comme l'émergence du « travail liquide ».

Avec la « digitalisation » de l'économie, la mutation des modes de gestion des effectifs des entreprises constitue certainement une des évolutions dont l'accélération fulgurante restera dans l'histoire des impacts profonds et durables de la pandémie de COVID. La généralisation du télétravail, même s'il semble actuellement perdre de son attrait, en était la première manifestation, les vagues de démissions (entre autres) aux États-Unis en illustrent les contrecoups, les prochaines étapes seront encore plus marquantes.

Pour Atom Bank, il s'agit donc d'abord d'aménager les horaires, ce qui, incidemment, ne paraîtra pas révolutionnaire aux agents d'EDF (par exemple), qui ont acquis des avantages similaires depuis des années. Depuis le début du mois de novembre 2021, tous ses collaborateurs, quelle que soit leur fonction, ont ainsi la possibilité de choisir un rythme de 34 heures hebdomadaires, réparties sur 4 jours, sans incidence sur leurs rémunérations. Précision importante, le nouveau dispositif est entièrement optionnel.

Les motivations de la néo-banque ne se réduisent pas à une attention à la qualité de vie des employés et ses effets sur leur bien-être et leur santé (tout en misant sur une hausse classique de productivité pour maintenir son équilibre), qui constituent cependant un enjeu important dans un contexte de tensions sur le marché du recrutement. La réduction de l'empreinte environnementale de l'activité entre également en ligne de compte, assortie, bien sûr, des économies dérivées de la moindre occupation des bureaux.

Atom Bank – Four day week

Mais, progressivement, des changements plus radicaux se manifesteront, en direction d'une flexibilité extrême. Les jeunes générations sont déjà plus ou moins préparées à l'idée de devoir apprendre de nouveaux métiers plusieurs fois au cours d'une carrière. Il leur faudra en outre s'adapter aux besoins variables des entreprises : peu de rôles nécessiteront le maintien d'une expertise à temps plein et le passage fréquent d'une mission à une autre, dans une même structure ou en dehors, deviendra la norme.

Une telle tendance stimule dès maintenant le développement du statut indépendant et, combinée avec la capacité transparente de travailler à distance, elle favorisera l'effacement des frontières géographiques dans la recherche des meilleurs profils (pour les unes) et des tâches les plus intéressantes (pour les autres). Un résultat collatéral d'un fonctionnement par équipes spécialisées sera l'autonomie qu'elles pourront déployer, dans un modèle qui, dans sa version ultime, tendrait vers l'auto-organisation.

Cette vision représente un défi majeur pour la gestion des talents de demain, d'autant plus qu'elle ne sera jamais – ou, à tout le moins, pas avant longtemps – universellement partagée. Tous les salariés d'aujourd'hui n'y adhèreront pas et il faudra concilier de manière harmonieuse des options parfois incompatibles. Or les acteurs les mieux préparés obtiendront un accès à un vivier de compétences beaucoup plus riche. Les startups, à l'instar d'Atom Bank, seront-elles les seules à profiter de l'opportunité ?

samedi 27 novembre 2021

Natixis se réorganise sur les avantages salariés

Bimpli
Quelques semaines après la levée de fonds qui faisait de Swile une licorne de plus pour l'hexagone, Natixis présente sa réplique à la menace que la jeune pousse fait peser sur ses activités autour des avantages salariés. Voilà une autre perspective sur le sujet (inépuisable) de la compétition entre acteurs historiques et FinTech.

Ainsi, sous la nouvelle enseigne Bimpli, sont désormais rassemblés les titres restaurants (anciennement Apetiz), les titres cadeaux (Cado), les chèques de services à la personne (CESU Domalin), les produits dédiés aux comités d'entreprise (Comiteo), auxquels viennent se joindre quelques options complémentaires, focalisées sur l'engagement des collaborateurs (Intensiteam), le bien-être par l'alimentation (en partenariat avec Appetia), les cagnottes (Le Pot Commun) et, bientôt, la mobilité.

L'objectif est évidemment, comme le propose donc déjà le trublion du secteur, de fournir aux organisations un point d'entrée unique vers une gamme complète et cohérente de produits à destination de leurs employés, qu'ils correspondent à des obligations réglementaires ou constituent des privilèges additionnels volontaires. En parallèle, il s'agit également d'offrir aux bénéficiaires les moyens de suivre et piloter plus facilement leurs avantages, par l'intermédiaire d'une carte et d'une application mobile fédératrices.

Le lancement de Bimpli représente clairement une reconnaissance de l'importance critique de l'expérience utilisateur afin de mieux répondre aux attentes des sociétés clientes comme de leurs salariés. Aujourd'hui, il ne suffit plus de proposer un vaste catalogue de solutions, il devient impératif de savoir assembler une vision globale et homogène de la valeur délivrée, qui doit se traduire par le soin extrême apporté aux usages, dans leurs moindres détails, en éliminant toutes les frictions et frustrations.

Accueil Bimpli

Nous retrouvons ici précisément les mécanismes d'innovation que je décrivais récemment à propos de N26 : les startups qui ont appréhendé, et parfois anticipé, ce changement de priorités dans les besoins de leurs cibles prennent une avance significative sur les établissements traditionnels (Swile aurait capté 13% du marché français en 4 ans d'existence), reléguant ces derniers à une position défensive.

En l'occurrence, le cas de Natixis illustre bien sa capacité à combiner une collection de services capables de sérieusement rivaliser avec la concurrence montante. En revanche, il reste à évaluer sa crédibilité en matière d'expérience, ce qui est naturellement beaucoup plus difficile à réussir, en particulier dans une démarche qui consiste, en pratique, à réunir sous une seule enseigne quelques outils aux origines hétéroclites.

La lente prise de conscience des défis à relever démontre la difficulté sous-jacente. Je me souviens que, lorsque je suggérais, il y longtemps, d'intégrer de manière transparente plusieurs instruments dans l'acte de paiement, afin d'éviter l'embarras des dépassements de plafonds, il m'était répondu que c'était impossible. Heureusement, les nouveaux venus n'étaient pas au courant… et ont permis d'initier une simplification bienvenue.

À tout le moins, avec Bimpli, Natixis déploie des efforts convaincants pour aligner sa promesse aux exigences de l'époque et ne pas se laisser distancer par la FinTech. Cependant, dans le contexte actuel de transformation profonde des habitudes dans l'univers du travail, la bataille est loin d'être gagnée… ce qui justifie, naturellement, les immenses espoirs que placent les investisseurs dans une alternative telle que Swile…

vendredi 26 novembre 2021

La Macif déploie un avatar pour malentendants

Macif
À l'approche de la journée internationale des personnes handicapées, la semaine prochaine, la Macif présente une initiative d'inclusion numérique, élémentaire et pourtant essentielle, à destination des millions de français souffrant de surdité et autre déficit auditif majeur, développée en collaboration avec la jeune pousse spécialisée KEIA.

Le fait n'est pas toujours connu, et encore moins souvent pris en compte, mais les problèmes d'ouïe, notamment les plus sévères, s'accompagnent fréquemment (à 70% selon certaines sources) de difficultés de lecture. Une conséquence potentiellement déconcertante de ces contingences est que les sites web et applications mobiles exposant des contenus textuels, voire documentaires, dont on imagine a priori qu'ils ne représentent pas un obstacle pour ces populations, leur sont en réalité peu accessibles.

Un cas d'école pour la Macif est fourni par son espace consacré à la rédaction du constat amiable en cas d'accident automobile, qui couvre plusieurs pages d'explications détaillées. Il devient donc la première cible de déploiement de la nouvelle solution d'assistance : un clic sur l'icône « LSF » ouvre une mini-fenêtre dans laquelle un avatar animé narre les différentes étapes du processus en langue des signes (française), tout en maintenant la synchronisation avec la source d'origine et ses illustrations.

Historiquement, il était bien sûr possible pour toute entreprise de réaliser, avec un studio professionnel et des acteurs humains, des vidéos adaptées aux malentendants. Cependant, la technologie de traduction automatique de KEIA offre évidemment l'avantage d'être beaucoup plus facile (et moins coûteuse, probablement) à mettre en place, de permettre des mises à jour et ajustements quasiment en temps réel et, critère majeur, d'être applicable à des communications exceptionnelles ou personnalisées.

Macif x Keia

Forte de ces qualités, la mutuelle d'assurance prévoit donc non seulement de généraliser la présence de son avatar sur l'ensemble de ses propriétés « digitales », de manière à favoriser l'autonomie des visiteurs et des sociétaires handicapés, mais également de l'activer en priorité dans les circonstances d'urgence, où, naturellement, la bonne (et rapide) compréhension par tous les destinataires des messages transmis, même si leur teneur ne peut être anticipée (pour enregistrement), est la plus importante.

L'existence d'une option de traduction sur les services de la Macif constituera certainement un progrès notable pour des millions d'oubliés de l'accessibilité numérique. Toutefois, sa position relativement secondaire (en tous cas dans sa démonstration actuelle) suscite immédiatement une tentation d'extension : serait-il envisageable de proposer aux individus concernés une expérience utilisateur centrée sur l'avatar qui s'exprime en langue des signes, puisque celui-ci matérialise le cœur de l'interaction ?

jeudi 25 novembre 2021

Pourquoi N26 quitte les États-Unis

N26
L'annonce par N26 de l'arrêt de ses opérations aux États-Unis, deux ans après son arrivée, fait l'objet de nombreux commentaires. Entre la complexité supposée du marché américain et les tentations de brocarder les amateurs européens, les explications ressemblent à des arguments, voire des opinions, politiques. Envisageons une autre perspective.

Vu de notre côté de l'Atlantique, le retrait est perçu comme une illustration de la difficulté à développer une FinTech globale, surtout dans un pays aux réglementations éclatées (entre autres entre 50 états distincts et quelques juridictions complémentaires). Pour les observateurs locaux, tels que Ron Shevlin (dans un article pour Forbes), le cœur du problème résiderait principalement dans les hypothèses présomptueuses de la startup quant aux frustrations des consommateurs vis-à-vis de l'industrie existante.

Selon moi, toutes ces considérations recouvrent une réalité indiscutable… mais elles sont secondaires par rapport à un autre facteur, primordial, largement ignoré par les analystes de tout poil, même si, dans une certaine mesure, Ron le survole quand il évoque le manque de différenciation de l'offre. Je pense, en effet, que ce qui réduit fortement l'attrait de N26 est sa proposition de valeur datée, qui n'a guère évolué depuis ses tout premiers pas en 2013, et oublie que l'innovation est généralement une course de fond.

Le fait est que, au cours de ces 8 années écoulées, les établissements traditionnels ont pris conscience des points de douleurs stimulateurs de nouvelles approches et ils ont eu le temps, sinon de les éliminer entièrement, du moins de les rendre beaucoup moins prégnants. En conséquence, au moment où le trublion débarque chez l'oncle Sam, sa promesse n'a plus le relief qu'elle avait à l'origine et, automatiquement, elle ne paraît plus suffisamment séduisante pour justifier un changement de fournisseur.

An Update on N26’s US Operations

Incidemment, une fois admis que la perte de l’avantage initial ressort de la temporalité et non de la géographie, se pose la question de la stratégie de N26. La volonté affichée d’étendre son empreinte sur le vieux continent se heurtera probablement aux mêmes limitations, tandis que ses millions de clients existants, certes fidèles (ne serait-ce que par le phénomène classique d’adhérence du secteur financier), seront néanmoins de plus en plus susceptibles de chercher une herbe plus (ou, au moins, aussi) verte ailleurs.

En matière de solutions possibles, je n’adhère pas à la suggestion de Ron de porter l'effort sur la différenciation sur les produits. Il s’agit là, tout comme son insistance à recourir aux investissements marketing massifs, d’un réflexe défensif positionnant la bataille concurrentielle sur un terrain historique, où les chances de réussite sont donc extrêmement faibles pour un nouvel entrant dont les moyens sont contraints (quel que soit son niveau de financement) et dont le catalogue est entièrement à construire.

Je maintiens que l’angle d’attaque le plus attractif pour la FinTech reste l’expérience utilisateur, dont, à ce jour, les opportunités n’ont été, au mieux, qu’effleurées, qui ne sont pas si ardues à mettre en œuvre et qui sont moins aisées à émuler par les acteurs en place. Je note d’ailleurs que la piste des « niches » vantée par Ron entre dans ce cadre (qu’il réfute pourtant), bien que celle-ci impose une prise de recul, via une vision de personnalisation industrielle, pour espérer en tirer un modèle économiquement viable.

En résumé, le constat à dresser aujourd'hui paraît relativement trivial. Les néo-banques de première génération se comportent comme si elles avaient introduit une rupture fondamentale sur le marché, en considérant que leur modèle était radicalement supérieur à leurs prédécesseurs et ne requiert plus d'améliorations. En réalité, elles n'ont apporté qu'une innovation incrémentale, finalement assez facile à répliquer, qu'il leur aurait fallu sans cesse remettre sur le métier afin de maintenir une avance conséquente.

mercredi 24 novembre 2021

Revolut adopte la veille réglementaire de Cube

Revolut
Toutes les institutions financières consacrent des ressources considérables à la conformité réglementaire, dont une fraction conséquente est engloutie dans des tâches humaines à faible valeur ajoutée. Revolut fait un premier pas important vers l'automatisation grâce à la solution d'une jeune pousse internationale : CUBE.

Par essence, le secteur est soumis à une pression particulière de la part des autorités, à tel point que la prise en compte des exigences légales, autant dans les domaines directement liés à la banque que dans des registres périphériques (par exemple la protection des données personnelles), représente une des principales difficultés de ses métiers. Et, naturellement, le problème est démultiplié pour les acteurs qui, à l'instar de Revolut, opèrent, même sous une forme très superficielle, dans de nombreux pays.

L'axe d'optimisation prioritaire retenu pour l'initiative de la startup porte sur la phase amont, qui est aussi, vraisemblablement, la plus facile à traiter, bien qu'elle reste très consommatrice d'efforts et de temps de travail dans la plupart des établissements. Il s'agit de la surveillance des évolutions des textes applicables, sur laquelle CUBE propose une approche de détection et d'analyse homogène, assistée par des capacités d'intelligence artificielle, et opérationnelle dans 180 pays et 60 langues.

Le périmètre ne se limite (évidemment) pas aux décisions et aux nouvelles dispositions qui entrent en vigueur. L'objectif consiste également à mieux anticiper les changements à venir, que ce soit pour participer aux discussions en amont et tenter d'infléchir les orientations ou pour préparer les impacts prévisibles sur les processus existants. Le champ est potentiellement vaste, ce qui rend justement l'exercice complexe, mais une telle vision prospective est essentielle pour l'efficacité des départements de conformité.

Revolut + CUBE

Là où il faut normalement dédier des spécialistes, multilingues, à la veille sur les diverses sources d'information disponibles, le service de CUBE permet à Revolut, à coût modéré (merci les algorithmes !), de recevoir quasiment en temps réel des notifications sur les actualités qui la concernent, en fonction des critères de sélection qu'elle a elle-même déterminés, d'en obtenir un décryptage et une interprétation de haut niveau et, dès lors, de focaliser l'attention de ses experts sur les sujets les plus sensibles.

La démarche adoptée ici aura certainement un impact non négligeable sur les charges réglementaires de la néo-banque mais elle laisse surtout entrevoir un gisement d'opportunités supplémentaires ouvert par l'IA. Ainsi, par exemple, l'extraction du sens des documents capturés pourrait être exploitée par un système de comparaison avec les mécanismes de contrôle mis en œuvre dans l'entreprise (dans la mesure où ils seraient formalisés) afin d'évaluer le taux de couverture et identifier les lacunes à combler.

Un peu comme dans l'allégorie de la grenouille ébouillantée par chauffage progressif de son eau, les institutions financières se plaignent régulièrement de l'augmentation constante du fardeau de la conformité, à laquelle elle répondent avec les mêmes méthodes, largement manuelles, depuis toujours. Pourtant, il existe désormais d'autres options, fondées sur les technologies modernes (IA en tête), pour qui n'hésite pas à transformer radicalement ses habitudes. En ce sens, le recours à l'offre de CUBE, aussi modestes soient ses apports, peut au moins agir en déclencheur salutaire.

mardi 23 novembre 2021

ACI crée un réseau de lutte contre la fraude

ACI Worldwide
Entre la progression constante des menaces et les risques accrus engendrés par le développement des paiements en temps réel, la lutte contre la fraude doit en permanence relever son niveau de performance. Une tendance prometteuse, qu'ACI Worldwide déploie actuellement, consiste à promouvoir une approche collaborative.

L'idée sous-jacente est relativement triviale : les capacités de traitement de l'information disponibles aujourd'hui sont d'autant plus efficaces dans la détection de malversations qu'elles peuvent s'exercer – notamment au cours des phases d'entraînement indispensables aux technologies d'apprentissage automatique – sur des volumes de transactions importants et variés. Seule difficulté pour la mettre en pratique, cependant, les données dont il est question sont sensibles et leurs détenteurs sont réticents à les partager, sans même parler des contraintes réglementaires qui s'y opposent.

Heureusement, de nouvelles solutions apparaissent afin de résoudre cette équation apparemment impossible. Les récentes avancées dans le domaine des algorithmes proposent ainsi des méthodes élaborées permettant d'exécuter des traitements connus, dont les résultats déterministes sont utiles à un objectif spécifique, sur des informations quelconques, sans que des dernières n'aient à aucun moment besoin d'être exposées et ne puissent être exploitées à d'autres fins que celle(s) convenue(s) initialement.

ACI Worldwide – Community View of Fraud

Sur la base de ces principes génériques, ACI Worldwide souhaite donc mettre en place un réseau collaboratif rassemblant ses clients autour de la lutte contre la fraude. Pour ses participants, il s'agit en quelque sorte de mettre en commun, de manière volontaire et sous une forme utilisable par tous, les différents signaux contributifs à l'identification des incidents de paiement, tout en respectant scrupuleusement le caractère privé et confidentiel des opérations individuelles qu'ils sont amenés à manipuler.

La démarche retenue vise à garantir l'indépendance concurrentielle des acteurs. En particulier, il n'est pas question d'imposer un modèle d'analyse universel et chaque établissement conserve l'entière responsabilité des procédés mis en œuvre et, naturellement, du recours ou non aux diverses sources accessibles (qui comprennent aussi des plates-formes de veille sectorielles), en intégrant leurs données avec la granularité la plus fine (et non comme une boîte noire de pré-détection de cas litigieux).

Les systèmes de calcul multi-partie sécurisé (SMPC) sont, à ce jour, dans un état embryonnaire (et il n'est d'ailleurs pas précisé dans quelle mesure c'est ce qu'emploie ACI) mais, après l'expérimentation organisée récemment par ABN AMRO et Rabobank, ils révèlent déjà leurs promesses dans le champ de la sécurité et de la protection contre la fraude, où la valeur de la coopération est manifeste. Mais ils portent également d'innombrables opportunités dans bien d'autres dimensions, qui restent à explorer…

lundi 22 novembre 2021

Plus de satisfaction ou moins d'irritation ?

Gartner
Les institutions financières peuvent facilement se sentir dépassées par tous les efforts qu'elles devraient consentir afin de répondre aux attentes (supposées) de leurs clients. Mais, comme le souligne Micah Margolis (Gartner), elles pourraient commencer par éviter de perdre leur énergie avec des préoccupations qui n'en sont pas vraiment.

C'est un défaut classique dans toutes les organisations. La pression des indicateurs de satisfaction des utilisateurs encourage une tentation stérile de viser la perfection, en éliminant systématiquement les défauts relevés dans les parcours et les processus. Malheureusement, dans de nombreux cas, les cibles identifiées de la sorte relèvent, au moins partiellement, de préjugés, sans rapport direct avec la perception réelle de l'intéressé. Les mesures correctives envisagées risquent alors de manquer leur objectif.

Un exemple emblématique proposé par Micah concerne les changements de canal lors des contacts. En raison, entre autres, des injonctions incessantes à l'omnicanalité de la banque, on en arrive souvent à croire que le consommateur est totalement réfractaire à se voir contraint d'utiliser un média spécifique pour exécuter une opération déterminée. Or, s'il est, bien sûr, toujours souhaitable de lui laisser le choix, une analyse statistique révèle qu'une telle contrainte n'a qu'un impact négligeable sur son ressenti global.

En réalité, le véritable facteur irritant, qui dégrade sensiblement la qualité de l'expérience et qu'il faut donc impérativement éradiquer, est la rupture d'interaction. À chaque fois que le client doit mettre fin à une session et entamer une nouvelle conversation pour atteindre son but, son mécontentement grimpe en flèche. Conséquence, à défaut de pouvoir traiter sa demande sur son canal préféré, il suffirait de le guider par anticipation vers celui qui peut la prendre en charge intégralement afin de limiter ses frustrations.

Gartner for Financial Services

Une autre illustration, plus générique, touche aux émotions, notamment à travers des discours évoquant le désir (abscons) de « ré-enchanter la relation client ». Pourtant, dans la plupart des entreprises (de tous secteurs), il serait plus sage, et fréquemment plus simple, de mettre d'abord la priorité sur l'élimination des motifs d'exaspération. L'étude des comportements montre en effet que l'annulation des contrecoups négatifs de ceux-ci est beaucoup plus significative que l'éventuelle incidence positive du premier.

Enfin, le dernier cas soulevé par Micah devrait résonner comme une évidence… mais paraîtra polémique, puisqu'il enjoint d'abandonner quelque peu l'obsession de la satisfaction de l'usager et de placer plutôt l'accent sur la valeur qu'il dérive des produits et services qui lui sont fournis. En arrière-plan, il s'agit de re-focaliser l'attention sur ce qui compte vraiment (en particulier pour la fidélité et la confiance) et de prendre garde à ne pas chercher principalement à optimiser les interactions elles-mêmes.

Ces préceptes constituent un rappel utile de la complexité intrinsèque à la notion de « centricité client » et de la difficulté à en capter les bénéfices, alors que les pièges des démarches superficielles, des idées préconçues, des approximations, des dérives et des confusions guettent à chaque instant. La leçon fondamentale à retenir ici sera probablement de se poser toujours et encore la question, dans toute interaction, de l'alignement de ce qui est mis sur la table avec un besoin avéré, exprimé ou implicite.

dimanche 21 novembre 2021

Swiss Re et Baidu collaborent sur la voiture autonome

Swiss Re
L'accès direct aux données brutes leur permettant de mettre au point leurs modèles d'évaluation des risques représente une aubaine qui n'échappe pas à l'attention des géants de la réassurance. Swiss Re en propose aujourd'hui une démonstration supplémentaire en signant une collaboration avec le chinois Baidu autour de la voiture autonome.

Les ambitions des deux partenaires portent sur le long terme, dans un domaine universellement considéré comme une source importante d'opportunités et d'innovation pour le secteur. En effet, si le premier produit développé concerne un aspect relativement trivial (mais opérationnel), à savoir un valet de parking automatique conçu par la filiale spécialisée Baidu Apollo, les projets futurs viseront plus largement les plates-formes de conduite robotisées, les cockpits intelligents ou encore les taxis sans pilote.

Du point de vue de Swiss Re, les principes de fonctionnement de ces couvertures de demain sont particulièrement propices à son implication au cœur de leur conception. La disponibilité de données extensives (sinon exhaustives) d'exploitation issues du terrain, sur lesquelles elle peut facilement exercer son expertise statistique et actuarielle, sans intermédiaires, représente une transformation quasiment naturelle de son métier historique d'agrégateur des risques garantis individuellement par les assureurs.

Mais l'initiative est également dictée par l'accélération des évolutions technologiques. Quand, par exemple, une mise à jour logicielle change du jour au lendemain le comportement d'un parc de véhicules ou l'émergence d'un virus fait craindre une vague de dysfonctionnements majeurs, l'assurance se doit de coller au plus près de ces modifications afin de rester pertinente, qu'il s'agisse de prendre en compte les impacts sur les sinistres pris en charge ou de mieux répondre aux attentes des automobilistes.

Swiss Re + Baidu

Le but ultime – un peu utopique – de Swiss Re et Baidu serait de développer une sorte de modèle d'analyse générique, fondé sur une compréhension formelle intime des algorithmes mis en œuvre dans les voitures et capable d'estimer les probabilités d'incidents, ainsi que leurs conséquences en termes d'indemnisation, en amont de leur déploiement. C'est cette perspective qui, bien entendu, justifie la mise en commun des compétences, informatiques de l'une et actuarielles de l'autre, des deux entreprises.

En arrière-plan de cette annonce, la mutation des structures classiques de marché se précise, derrière laquelle le rôle des compagnies traditionnelles semble se réduire à la portion congrue, coincées entre des acteurs industriels qui, arguant notamment de leur meilleure connaissance de leur technologie, sont de plus en plus crédibles comme distributeurs de garanties et des réassureurs qui, autant par souci d'expansion que par exigence de rationalisation et par simples avancées en matière de faisabilité, sont de mieux en mieux positionnés pour créer des polices prêtes à commercialiser.

samedi 20 novembre 2021

RBC s'engage sur la transmission de patrimoine

RBC
Les banques françaises étaient récemment sous le feu des critiques à propos de leur voracité indécente sur les successions, propices à tous les abus. Pendant ce temps, au Canada, grâce à une collaboration avec une jeune pousse spécialisée, RBC aborde le même sujet du décès sous l'angle d'un service supplémentaire apporté à ses clients.

Étonnamment, il s'agit d'un domaine généralement oublié ou négligé par la plupart des établissements qui se veulent pourtant aux petits soins du patrimoine, notamment financier, des consommateurs. Et ce n'est pas comme s'il n'y avait pas matière à se pencher sur la question. Selon une enquête, plus de la moitié des canadiens n'ont pas rédigé de testament et les jeunes se sentent encore moins concernés, puisque, par exemple, seuls 12% des 27 à 34 ans ont formalisé leurs dernières volontés.

Ces statistiques ne constituent certes pas une véritable surprise. Un peu comme devant les promesses d'une assurance, l'individu, surtout dans la fleur de l'âge, se sent non seulement immortel mais tend également à minimiser l'importance de ce qu'il laissera derrière lui dans l'hypothèse d'un trépas prématuré. À quoi bon, dans ces conditions, s'embarrasser de démarches administratives supposées lourdes, chronophages et coûteuses ? Voilà un angle de conseil qui mériterait d'être exploré par une banque…

Pour RBC, la réponse passe par les prestations d'Epilogue, une startup fondée par deux avocats en droit successoral. Prochainement intégrées à son application de bons plans Ampli, celles-ci consistent à proposer à tout un chacun, quelles que soient sa situation et l'étendue de sa fortune, de préparer très simplement, en ligne, depuis chez soi, son testament, comportant toutes les garanties de conformité et d'enregistrement légales requises, moyennant un prix forfaitaire modeste (à partir de 139 dollars).

Epilogue + RBC

Concrètement, la plate-forme offre un parcours guidé pas à pas, convenant à la majorité des personnes et des familles (celles n'ayant pas besoin de recourir à un professionnel). Au fil d'un questionnaire dénué de jargon juridique, qui devrait lui prendre une vingtaine de minutes, l'utilisateur couvre l'ensemble des thématiques à appréhender. Le document final est ensuite généré automatiquement et il ne reste plus qu'à le signer, à le conserver en lieu sûr et, le cas échéant, consigner son existence dans un registre officiel.

Le concept représente un volet moins habituel mais tout aussi essentiel que les solutions d'investissement de la démocratisation de la gestion de patrimoine, telle qu'elle est rendue aujourd'hui possible par la « digitalisation » des fonctions. Avec un outil en ligne et quelques automatismes, les principales capacités de planification financière, jusqu'à maintenant réservées aux nantis possédant les moyens de se payer l'accompagnement d'une équipe de conseil de haut vol, deviennent ainsi accessibles au citoyen lambda.

Or, tout comme avec les « robo-advisors », les banques traditionnelles devraient être positionnées en première ligne afin de capter ces opportunités ruisselant de la clientèle haut de gamme de leurs branches privées vers madame- et monsieur-tout-le-monde. Mais non, là encore, ce sont des nouveaux entrants (Testamento en est un en France) qui défrichent le terrain, dans le désintérêt général du secteur. La démarche (embryonnaire) de RBC déclenchera-t-elle un éveil à des besoins latents considérables ?

vendredi 19 novembre 2021

Maslife, le bien-être à 360 degrés

Maslife
Parce que les difficultés financières et les inquiétudes relatives à l'argent influent fortement sur la santé et le bien-être des individus, la jeune pousse britannique maslife intègre pour la première fois au sein d'une même application – et autour d'un compte bancaire – tous les outils nécessaires afin de maintenir un équilibre mental optimal.

Le concept se place logiquement à la convergence entre deux tendances majeures, la forme physique et le pilotage budgétaire, en cherchant à traiter simultanément les différents facteurs de malaise dans l'existence des consommateurs, quels que soient leur origine et leurs symptômes. En amont de sa mission, la solution repose sur un point d'entrée commun, consistant pour chacun à identifier ses objectifs prioritaires et à sélectionner une série de cibles à atteindre en vue de parvenir à une plus grande sérénité.

Qu'il soit question de réduire son stress général, de renforcer sa motivation au travail, de limiter ses dépenses au jour le jour…, le logiciel intègre toutes les demandes et concocte alors un programme personnalisé d'amélioration, qui s'appuie sur les multiples dimensions d'action disponibles, depuis, par exemple, l'encouragement à l'effort sportif jusqu'à la fixation de limites de dépenses, en passant par les pauses consacrées à la méditation ou au yoga ou l'adoption d'un régime alimentaire purificateur.

Maslife Home

Naturellement, le suivi des progrès accomplis est également homogène à travers les axes couverts. Mesurés par un calculateur de calories, un compteur de pas, l'analyse des transactions de paiement (réalisées avec la carte incluse)…, tous intégrés, chaque injonction respectée donne lieu à un message de félicitations et, potentiellement, à l'accumulation de points, convertibles en cadeaux variés. Et un indicateur composite synthétise en outre un aperçu de l'évolution du bien-être, dans tous ses aspects.

La démarche de Maslife représente certainement une étape de bon sens : à force de constater l'impact des préoccupations d'argent sur la qualité de vie, l'intégration d'un volet financier au cœur des plates-formes dédiées à la relaxation, à la maîtrise de soi et au développement personnel devient une évidence incontournable. La mise en œuvre de l'idée n'est toutefois pas triviale et le seul contrôle des dépenses implémenté à ce stade ne suffira évidemment pas à concrétiser la promesse de la startup

Mais ne soyons pas trop pressés. Le produit en est encore à ses premiers balbutiements, placé aujourd'hui entre les mains de 6 500 testeurs, son déploiement généralisé au Royaume-Uni étant prévu à la fin de cette année et une extension étant envisagée en Europe continentale (y compris en France) dans la première moitié de 2022. Nul doute que, grâce, entre autres, à la campagne de financement participatif en cours, il complète ses capacités et embrasse à moyen terme l'ensemble des enjeux du bien-être.

jeudi 18 novembre 2021

Les prédictions optimistes de Forrester

La fin de l'année approche et avec elle commence l'inévitable saison des prédictions en tout genre. Parmi les premiers à se livrer à l'exercice, les analystes de Forrester proposent trois orientations majeures pour le secteur bancaire, qui me semblent pourtant relever d'un optimisme excessif, tant les obstacles sont nombreux et sérieux sur leur chemin.

Le ton général est naturellement marqué par le fort ralentissement observé en 2020, en raison de la pandémie, suivi d'une reprise soutenue en 2021, qui se terminera sur une note très positive. Selon Aurélie L'Hostis, le mouvement de croissance enclenché de la sorte s'amplifiera en 2022, avec une focalisation sur le déploiement de technologies qui préparent l'avenir et sur l'accélération de la « digitalisation » des opérations, indispensable pour maintenir la compétitivité dans un monde en perpétuel changement.

Le premier axe d'expansion identifié touche, globalement, aux dépenses en direction des systèmes d'information des banques, qu'il s'agisse d'investir dans des produits, des startups ou des talents. Au vu des besoins gigantesques, la compétition sur le front des recrutements sera acharnée, notamment face aux géants du web, et les acquisitions ou les investissements dans la FinTech représentent aussi un moyen de combler le déficit. Malheureusement, sur le terrain, de tels plans seront contrecarrés à différents niveaux.

Tout d'abord, le patrimoine des institutions financières est aujourd'hui dans un état plus ou moins décrépi, ce qui impose en priorité des efforts de stabilisation, en particulier sur les composants créés rapidement en réaction à la pandémie. Les budgets alloués réellement à l'innovation ne pourront donc pas s'étendre à l'infini. D'autre part, l'intégration de FinTech pourrait certes constituer une solution rapide… à ceci près que la plupart des grands groupes n'ont toujours pas appris à réussir ces genres de transactions.

Prévisions Forrester 2022

Le thème suivant concerne les enjeux de développement durable, qui devraient devenir primordiaux dans les activités, sous la pression d'une demande forte de la part des consommateurs et des gouvernements. Cette projection est peut-être la plus réaliste du lot… bien que l'état des lieux à date ne paraisse guère engageant, entre des labels manquant singulièrement de rigueur et la préférence portée à des gadgets sans grand impact (dont le suivi des émissions engendrées par les dépenses courantes).

Enfin, le dernier domaine prometteur serait la finance ouverte, auquel on aimerait tant croire. L'extension probable de l'injonction réglementaire à plus de partage d'information devrait conduire les banques à explorer les opportunités des plates-formes collaboratives et à envisager l'invention d'un nouveau modèle de distribution, fondé sur le concept de services enfouis. Or je n'ai pas l'impression que ces idées progressent chez les décideurs, qui parfois, au contraire, s'égarent dans leurs rêves de « super-app » de e-commerce.

Bien entendu, les trois sujets retenus devraient absolument être les plus importants sur l'agenda des dirigeants, mais ce n'est pas pour autant qu'ils y figureront. Les tensions existantes, entre autres sur les talents ou sur la maîtrise des systèmes en place, cumulées aux tentations d'action superficielle, surtout autour des questions d'ouverture et environnementales, auront aisément raison d'éventuelles bonnes résolutions. Je n'imagine pas de progrès significatifs sur ces dimensions avant, peut-être, cinq ans…

mercredi 17 novembre 2021

Atomic, l'investissement en service

Accueil Atomic
Jusqu'à maintenant, la distribution de fonctions bancaires sous forme de services à principalement conquis l'univers des paiements et les domaines qui en sont proches, premiers demandeurs. Le principe n'a cependant aucune limite d'applicabilité et la jeune pousse américaine Atomic le décline donc dorénavant sur l'investissement.

L'offre s'adresse en priorité à de petites institutions financières ou, plus vraisemblablement, à des nouveaux entrants de la FinTech désireux d'enrichir leur catalogue, sans avoir à remplir toutes les conditions techniques, opérationnelles et réglementaires que supposerait l'intégration native d'un accès aux marchés. Mais elle peut tout aussi bien s'adapter à des contextes radicalement différents et laisse de la sorte imaginer une immersion dans des parcours où elle n'est pas nécessairement attendue.

Pour les entreprises qui se laisseraient séduire, la promesse formulée par Atomic englobe, outre une source de revenus additionnelle, un facteur de rétention des utilisateurs directement lié à la permanence, plus ou moins durable, d'un portefeuille de titres. À l'exception des forcenés de l'arbitrage, les individus qui placent un peu d'argent ont en effet tendance à conserver leurs positions pendant un certain temps et, surtout, à surveiller leur évolution dans le temps, gage d'interactions récurrentes.

En amont, afin de capter ces bénéfices, la startup déploie une approche à l'état de l'art, à même de répondre à des besoins variés. Ses API faciles à appréhender et à manipuler autorisent l'incorporation des options d'investissement de manière totalement transparente et personnalisée au sein d'une expérience déjà existante. Pour ceux qui cherchent plutôt une solution prête à l'emploi, sans aucun développement, des interfaces graphiques prédéfinies et néanmoins paramétrables sont également disponibles.

Accueil Atomic

En termes de produits financiers aussi, les choix importants sont tous présents. Il est ainsi possible de proposer des achats d'actions individuelles comme des fonds indiciels (sur une trentaine de bourses distinctes), des investissements bruts et des supports réglementés (par exemple pour la retraite), des mécanismes de gestion par projet et des plans de versement automatiques, des thématiques spécialisées sur l'environnement ou la responsabilité sociale, ou encore la prise en compte des optimisations fiscales…

Pas à pas, se rapproche la future réalité d'une « servicisation » de l'ensemble des métiers de la finance, qui permettra (enfin) d'aligner leurs usages avec les circonstances dans lesquelles ils sont requis, dans un modèle situationnel : depuis l'assistant d'épargne capable de jongler entre une réserve d'urgence (liquide) et un projet à long terme (adossé à un portefeuille d'actions) jusqu'à l'accompagnement de proximité des consommateurs surendettés, pour ne prendre que ces deux illustrations. Un des premiers clients d'Atomic est, d'ailleurs, Upside, qui veut aider à convertir la dette étudiante en capital…

mardi 16 novembre 2021

En finir avec les agences concepts ?

Citi
L'agence concept était, il y a quelques années, l'exercice de vanité obligé pour les grandes institutions financières. Avec la crise sanitaire et son impact sur la fréquentation des lieux physiques, on aurait pu croire que la mode allait se dissiper. Pour l'américaine Citi, il n'en est rien. Mais que cherche-t-elle donc à prouver avec sa toute dernière initiative ?

En l'occurrence, le réaménagement concerne un espace d'accueil d'environ 650 m2 sur le site du siège de la banque, à Manhattan. Entièrement modulaire, grâce à des jeux de cloisons coulissantes et de portes rotatives, il peut être configuré à volonté en une immense aire publique ou en une série de zones privées, propices aux conversations confidentielles. L'objectif prioritaire est de convoyer aux visiteurs l'impression qu'ils ne sont pas attendus uniquement pour exécuter des transactions élémentaires.

Outre cet accent placé sur le conseil, un deuxième volet de la démarche, tout aussi classique, consiste à tenter d'inscrire la présence de l'établissement dans son environnement local. Dans cette perspective, les salons sont ouverts à la communauté de proximité, qui y bénéficiera également d'un accès WiFi gratuit et de café à volonté.

Enfin, naturellement, un minimum d'équipements technologiques complète le panorama, entre une batterie d'automates dernier cri et un mur d'écrans interactifs proposant de consulter le catalogue de produits et services de Citi, de découvrir l'histoire du quartier et ses monuments ou de se distraire en jouant avec une devise imaginaire.

Communiqué de presse Citi

Le résultat ressemble à tant d'autres essais du genre et débouche inévitablement sur la même question de sa finalité, d'autant plus que, avec le recul de quelques années de pratique, il serait extrêmement hasardeux d'affirmer que l'un de ces innombrables exemples ait engendré un quelconque bénéfice durable. Au fil du temps, les installations vieillissent, l'originalité des débuts s'évapore, la fréquentation décline comme ailleurs et tout le monde préfère oublier l'expérience en se jurant de ne pas répéter l'erreur.

Alors, pourquoi cet effort tardif et pourquoi s'en vanter si bruyamment ? La communication officielle nous fournit un indice en insinuant qu'il s'agit d'œuvrer en faveur des clients que de créer une telle agence, assortie d'un service personnalisé. En réalité, Citi fait montre ici de sa totale incapacité à envisager une autre approche que celle qu'elle possède dans ses gènes et, surtout, à accepter l'hypothèse que, dans le monde moderne, la banque ne tourne plus nécessairement autour d'une implantation physique.

Dans une certaine mesure, le summum de l'innovation reste, pour l'institution ancrée dans son passé, la rénovation du point de contact avec son client, tel qu'il a toujours existé, sans en remettre en cause les fondations, en se contentant tout au plus de lui donner de nouveaux atours. Or ce n'est certainement pas (plus) ce que lui demandent les consommateurs et les entreprises aujourd'hui, y compris pour ceux qui expriment le besoin d'une relation humaine… mais, de plus en plus, à leurs propres conditions.

lundi 15 novembre 2021

PNC prédit la trésorerie des entreprises

PNC
Contrairement aux particuliers, les entreprises sont généralement accoutumées aux exercices de planification prévisionnelle. Mais ce n'est pas pour autant une partie de plaisir et le temps qui y est consacré serait mieux investi dans l'action. Voilà pourquoi l'américaine PNC introduit un module de prédiction de trésorerie au sein de son offre.

Dans la lignée d'une tendance à la diversification en cours d'émergence, il s'agit pour la banque de proposer à ses clients une solution purement logicielle, certes liée, fonctionnellement, à ses métiers d'origine, mais indépendante de ses produits financiers. En l'occurrence, l'application « Pinacle Cash Forecasting » est prête à se connecter aux plates-formes de gestion de trésorerie existantes afin de remplir son œuvre.

Justement, quel est donc son rôle ? L'objectif est d'apporter une réponse personnalisée aux questions que se posent les directeurs financiers sur l'avenir (proche) de l'activité de leur organisation. Sans surprise, une approche d'intelligence artificielle est mise à contribution dans ce but, mais, c'est plus original, elle ne se contente pas d'appliquer des modèles prédéfinis (éventuellement par secteur industriel) à toutes les situations.

Le principe consiste plutôt à fournir aux utilisateurs un moteur d'IA brut spécialisé dans la prévision de trésorerie. Chacun est, de la sorte, à même de l'entraîner sur son propre historique de données, en lui intégrant, si nécessaire, des règles propres à ses conditions opérationnelles distinctives (notamment la structuration, la saisonnalité, les cycles de vente…), de manière à obtenir des résultats ajustés au mieux à son contexte.

PNC Treasury Management

Ainsi armés, les professionnels disposent instantanément, sans se perdre en longs calculs ni risquer des erreurs tragiques, d'un aperçu des liquidités sur 31, 60 et 90 jours glissants, qui leur permet d'anticiper les flux à venir, les besoins de financement ou l'utilisation des excédents, et d'envisager différents scénarios d'optimisation. Par ailleurs, une capacité permanente de tests rétroactifs est également incluse, autorisant le contrôle, à tout moment, de la fiabilité des hypothèses élaborées par les algorithmes.

Ce qui rend la démarche de PNC extrêmement intéressante est sa double valeur. D'abord, bien sûr, le service apporté aux clients, qui leur procure une assistance concrète dans leur pilotage quotidien, est loin d'être négligeable. Mais il donne simultanément à la banque elle-même un point d'appui robuste et objectif pour évaluer les perspectives des entreprises qui la sollicitent : celle qui viendra avec une projection préparée par son outil verra probablement sa demande (de crédit, par exemple) traitée plus rapidement…

dimanche 14 novembre 2021

Être client sociétaire, ça veut dire quoi ?

Crédit Agricole
Ce n'est pas moi qui pose la question, mais le Crédit Agricole. Et il faut bien admettre qu'elle mérite quelques réponses concrètes alors que le mutualisme, qui représente pourtant une approche particulière des services financiers, reste souvent obscur pour les consommateurs. Peut-être vaudrait-il également de le réinventer pour le XXIème siècle ?

Les origines du mouvement sont maintenant lointaines, un peu oubliées, et, que ce soit à travers leurs produits, leurs comportements vis-à-vis de leurs clients ou leurs relations parfois ambiguës avec la bourse (où évoluent leurs filiales cotées), il n'est pas toujours aisé de comprendre le positionnement des structures coopératives en comparaison des entreprises organisées en sociétés anonymes. Alors, si, selon le slogan du Crédit Mutuel, « une banque qui appartient à ses clients, ça change tout », où est donc la différence ?

La réponse n'a malheureusement rien de très convaincant. Dans un registre relativement générique, qui peut tout autant être adopté par n'importe quelle institution, indépendamment de son statut juridique, il est question de présence locale, au cœur des territoires, pour l'animation et le développement des activités de proximité, notamment grâce à l'épargne collectée. Certes, un moyen d'influence spécifique est la participation aux assemblées générales et à l'élection des mandataires des caisses locales.

Cette faculté, vraiment différenciante par le principe sous-jacent d'égalité des voix des sociétaires (par opposition à l'invisibilité des actionnaires minoritaires), souffre cependant de la crise globale de la représentativité démocratique et soulève les questions habituelles : quel est vraiment le pouvoir d'un individu sur les décisions prises au sommet de la pyramide, où les critères de marché semblent prendre l'ascendant sur tout autre ? Enfin, je passe sur les avantages, tarifaires ou autres, qui relèvent plutôt du gadget.

Sociétaire Crédit Agricole

À l'ère « digitale », il devrait certainement être possible d'imaginer des mécanismes adaptés, susceptibles de revigorer un modèle vieux de plus de 150 ans. Les moyens de communication dont nous disposons aujourd'hui devrait permettre, par exemple, d'introduire un régime avancé de participation active et collective à la gouvernance, aussi bien à l'échelle locale que nationale, même si ce n'est que de manière informelle. Ainsi, pourquoi ne pas imaginer, afin de stimuler l'implication des intéressés, des options ad hoc intégrées dans les applications web et mobile qu'ils utilisent régulièrement ?

Les enjeux climatiques, parmi d'autres, constituent une thématique parfaite pour initier une telle démarche. Au lieu de se contenter de grandes déclarations abstraites, dont la sincérité et la valeur sont faciles à mettre en doute, n'est-il pas envisageable de demander directement leur avis aux sociétaires sur les secteurs à exclure des financements ou les conditions à remplir pour bénéficier d'un crédit ? Naturellement, il faudrait pour cela que les acteurs mutualistes soient prêts à prendre de sérieux engagements et les tenir…

samedi 13 novembre 2021

Les API bancaires dans l'AppStore de Huawei

Neonomics
Grâce à la deuxième directive européenne des services de paiement (DSP2), le concept de banque ouverte a commencé à entrer dans notre quotidien. Malheureusement, il reste encore confidentiel et les consommateurs n'en perçoivent guère les bénéfices. Le partenariat que viennent de signer Neonomics et Huawei pourrait changer la donne.

Certes, les deux entreprises ne sont pas les stars de leurs domaines respectifs. Pourtant, l'une fait partie des innombrables fournisseurs d'agrégation de services bancaires nés dans le sillage de la réglementation, basée en Norvège et essayant de couvrir l'ensemble de l'Europe, tandis que l'autre, prise dans la guerre commerciale entre Chine et États-Unis, cherche à affirmer sa présence face aux boutiques d'applications mobiles de Google et Apple… et parvient à capter 90 millions d'utilisateurs sur le vieux continent.

Au terme de leur accord, qui a certainement pu éclore grâce à leurs positions de challengers, les API de Neonomics sont mises directement à la disposition des développeurs qui ciblent l'AppGallery de Huawei. À défaut de détails précis, il faudra hélas se contenter d'imaginer les contours de la promesse. Cependant, le principe est clair : l'intégration de l'accès aux comptes, aux soldes et aux transactions ainsi que l'initiation de paiement font désormais partie des fonctions de base du kit de programmation.

Concrètement, n'importe qui pourra ajouter ces capacités au sein de ses réalisations pour les téléphones de la marque, de la même manière qu'il est aujourd'hui possible d'incorporer la prise de photo ou autre service natif, moyennant quelques lignes de code. Naturellement, cette option sera assortie des garanties (légales) d'usage, par exemple en matière de consentement de l'utilisateur, et des mesures de sécurité complémentaires seront même proposées, afin, notamment, de renforcer la protection contre la fraude.

Neonomics x Huawei

Ce qui est moins explicite est le modèle contractuel et tarifaire mis en place. En effet, s'il impose une interaction avec Neonomics, il limiterait quelque peu la flexibilité et la transparence de l'approche. Autre sujet éminemment délicat, Huawei étant sujet à controverse en raison de ses liens avec le gouvernement chinois, son implication dans les connexions bancaires peut susciter quelques inquiétudes, même si la communication affirme qu'aucune intermédiation n'intervient entre le mobinaute et l'agrégateur.

Toujours est-il que la démarche empruntée par le constructeur pourrait inspirer les deux autres géants du mobile, tout aussi tentés de capitaliser sur les opportunités des paiements et autres thèmes liés à l'argent. Imaginons un instant (en laissant de côté les habituels risques d'abus liés à leur situation hégémonique) que les API de banque ouverte deviennent demain des composantes standards de leurs librairies de développement. Il ne fait aucun doute que ce serait là un moyen de démocratisation incomparable et un catalyseur d'innovation extraordinaire pour la notion de finance enfouie.

vendredi 12 novembre 2021

Migration à haut risque pour CaixaBank

CaixaBank
Moins de huit mois après sa validation définitive par les autorités espagnoles, la fusion de Bankia avec CaixaBank entame en cette fin de semaine sa phase la plus périlleuse, qui est également celle qui permettra d'achever l'intégration des deux banques et de commencer à en engranger les bénéfices : l'unification des systèmes d'information.

En l'occurrence, la stratégie retenue consiste, sans surprise, à rapatrier les 7,6 millions de clients de Bankia – avec, naturellement, tout leur historique, leurs comptes, leurs actifs, leurs dettes… – sur les infrastructures existantes de CaixaBank. À l'issue de la migration, planifiée entre ce vendredi 12 novembre après-midi et lundi 15 à l'aube, les utilisateurs concernés, particuliers et entreprises, devraient pouvoir retrouver tous leurs services financiers sur les plates-formes web et mobile de l'établissement à l'étoile.

Quelques informations quantitatives donnent une idée de l'ampleur considérable de l'exercice, dont il faut espérer qu'il a été maintes fois répété avant le saut dans le vide. Ce sont, par exemple 2,5 milliards de documents et un volume global de plus de 10 pétaoctets (l'équivalent d'un million de milliards de caractères) qui vont être transférés vers leur nouveau site d'hébergement, moyennant, naturellement, quelques conversions et autres ajustements de manière à les rendre compatibles avec les applications cibles.

Afin de compliquer encore la tâche, les fonctions essentielles – banque oblige ! – resteront disponibles pendant toute la durée de l'intervention pour les clients historiques de Bankia (de leur côté, ceux de CaixaBank ne devraient subir aucun impact). Les retraits d'espèces sur les automates, l'encaissement (pour les commerçants) et les paiements par carte, en boutique comme en ligne, la consultation des comptes (sans actualisation des soldes durant la période, toutefois) seront donc assurés sans interruption.

Siège de CaixaBank à Madrid

Au vu des expériences passées et du nombre de désastres qu'elles ont provoquées au fil des ans (TSB, au hasard) on peut s'étonner de la décision du groupe espagnol d'adopter une approche « big bang » pour une manipulation extraordinairement risquée, puisque couvrant simultanément le cœur bancaire et les capacités de distribution. Certes, ces composants sont robustes et éprouvés par des années d'usage, mais leur adaptation aux particularités de plusieurs millions de situations supplémentaires n'est pas garantie.

Peut-être CaixaBank aura-t-elle réussi l'exploit inédit de peaufiner un projet d'une telle ambition en moins d'un an ou peut-être aura-t-elle de la chance dans son exécution et parviendra-t-elle à éviter la catastrophe, à moins qu'elle ne dispose d'une option de retour en arrière infaillible. Ce n'en est pas moins un pari très dangereux qu'elle fait là, dans lequel elle embarque des clients qui n'ont pas été consultés au préalable. À se demander s'il est impossible d'envisager une autre démarche, plus progressive.

En tout état de cause, et même s'il ne s'agit pas cette fois d'un chantier de modernisation à proprement parler, voilà encore un épisode critique qui va s'inscrire dans la longue histoire des migrations de systèmes d'information financiers. Il marquera probablement les stratégies à venir, selon son déroulement. Un échec, en particulier, pourrait encourager les acteurs européens à maintenir le statu quo pour quelques années de plus et à s'enfoncer de la sorte dans une impasse dont ils ne pourront bientôt plus sortir.