C'est pas mon idée !

mardi 16 août 2022

Travelex inaugure le clic&retrait de devises

Travelex
Aux nombreux voyageurs qui préfèrent disposer d'une réserve (minimale) d'espèces lors de leurs déplacements à l'étranger le spécialiste du change Travelex fournit désormais une nouvelle option, d'abord dans un terminal de Heathrow, avant une extension au reste de l'aéroport, puis en Australie et, à terme, aux quatre coins de la planète.

Directement inspirée par la tendance (ancienne) vers la dématérialisation des retraits sur les automates bancaires, la fonction « Click and Collect » propose, comme son nom l'indique, de passer commande des devises nécessaires sur le site web de l'entreprise puis de récupérer le montant demandé sur le distributeur désigné. Seul l'achat d'euros et de dollars, réglé en livres sterling, est supporté à ce stade mais cette limitation aussi sera progressivement levée au fur et à mesure du développement du système.

D'un point de vue pratique, l'utilisateur procède à une opération classique sur la plate-forme en ligne de Travelex et se voit maintenant proposer le nouveau choix, sans aucun frais supplémentaire, en sus des actuelles livraisons à domicile (payantes) et collectes en point de vente. Par sécurité, il doit alors sélectionner le lieu et la date (une période de battement de 72 heures étant prévue) souhaités pour son retrait. Lorsqu'il se présente devant l'appareil retenu, il lui suffit de saisir la référence de son ordre, sa date de naissance et un code secret – transmis par SMS – pour obtenir les billets désirés.

Travelex – ATM Click & Collect

Travelex ne manque pas de souligner les avantages de son initiative, entre le coût réduit de l'accès aux devises et la disponibilité permanente des automates, quelle que soit l'heure du vol à prendre, en passant par l'absence de contacts avec un agent, dont on perçoit bien que leur avenir et celui des bureaux de change traditionnels sont plutôt bouchés. Il faudrait encore ajouter la sérénité d'un taux de conversion fixé par avance… et présenté comme compétitif… ce que démentent toutefois les exemples affichés.

Il n'en reste pas moins que ce dernier argument portera certainement auprès des consommateurs éclairés, qui veulent éviter les charges opaques et exorbitantes généralement imputées sur les transactions en devises réalisées sur les distributeurs des aéroports, tout en conservant le même mode de fonctionnement pratique et rapide et en s'évitant notamment un déplacement dans l'agence de leur banque.

Pour Travelex, qui pourrait sembler être perdante sur les opérations normales conduites sur son réseau de GAB (900 dans le monde), le « Click & Collect » est probablement appréhendé comme un complément permettant d'en maximiser les usages, moyennant une répartition relativement naturelle entre des retraits de petits montants, afin de faire face aux dépenses immédiates, et ceux d'un niveau plus conséquent (entre 50 et 800 euros ou leur équivalent), destinés à couvrir l'ensemble des faux frais d'un séjour.

lundi 15 août 2022

Le trading social, toujours vivant

Vantage
Une douzaine d'années après sa naissance et, incidemment, le lancement d'une des premières initiatives du genre (par eToro), le spécialiste international du trading en ligne Vantage présentait récemment sa propre plate-forme sociale, au Royaume-Uni, directement calquée sur les multiples références existantes sur ce thème.

Le fonctionnement de « V Social » ne comporte donc aucune surprise. D'un côté, les professionnels et autres amateurs aguerris des marchés sont invités à partager leurs connaissances et leur expertise avec la communauté, en donnant une visibilité publique à leurs transactions et/ou en publiant leurs avis et commentaires. De l'autre, les débutants et tous ceux qui recherchent de l'inspiration accèdent à ces contenus, posent des questions… et peuvent répliquer automatiquement les stratégies qui les intéressent.

Les motivations de Vantage à travers cet ajout sont également classiques. La possibilité de mettre en avant des utilisateurs aux performances reconnues est d'abord un facteur de confiance pour les nouveaux clients, puis un moteur d'engagement, susceptible d'encourager plus d'activité sur le site (donc plus de commissions), et, enfin, un motif de rétention pour les habitués à « suivre » telle ou telle « star ». Les contributeurs, eux, y gagnent notoriété, reconnaissance… et une part des revenus qu'ils stimulent.

Vantage – They copy, you earn

Avec, par exemple, l'actualité d'une autre jeune pousse, Shares, qui vise à en développer le principe en Europe (sous une forme légèrement simplifiée), il semblerait qu'un retour en vogue se dessine actuellement pour le trading social, longtemps après ses débuts prometteurs et l'engouement qu'il suscitait alors brièvement. La tendance paraît assez inexplicable, rien ne permettant de percevoir que le succès est au rendez-vous. Certes, eToro, qui reste résolument positionnée sur le créneau, se porte plutôt bien (apparemment)… mais est-ce vraiment dû à cet aspect de son offre ?

Je propose une théorie pour expliquer ce phénomène irrationnel de modes récurrentes (dont les archives regorgent). Tout part d'une idée presque évidente, de celles qui séduisent immédiatement par leur seul énoncé, mais qui, une fois mise en œuvre, ne parvient jamais à trouver son public, quelle que soit la qualité de l'exécution. Elle disparaît donc peu à peu et finit plus ou moins dans l'oubli… jusqu'à ce que, une décennie plus tard, environ, le cycle reprenne avec la génération suivante d'innovateurs, persuadés qu'ils réussiront mieux que leurs aînés, sans même étudier les raisons de leur échec.

Conclusion : il est toujours bon (indispensable ?) d'effectuer une recherche et une analyse approfondies des antécédents avant de se lancer dans l'inconnu (supposé).

dimanche 14 août 2022

Quand les banques investissent dans le low-code

Genesis Global
Encore réservé à quelques niches d'activité, le développement logiciel sans code (« no-code ») ou presque (« low-code ») attire sérieusement l'attention des institutions financières. La récente prise de participation de trois grands noms de Wall Street dans Genesis Global illustre la dimension stratégique que le mouvement est en train de prendre.

Entre besoins quasiment infinis dans une industrie qui dépend toujours plus des technologies et tensions sur le marché des talents, il est évident que les solutions susceptibles d'accroître la productivité des informaticiens, voire de permettre à des non professionnels de créer des applications complètes, ont de quoi faire rêver, même si les réticences persistent largement à leur adoption dans des domaines critiques. Leur niveau de performance et leur maturité laissent désormais entrevoir un point d'inflexion.

Le financement, à hauteur de 20 millions de dollars, qu'apportent Bank of America, BNY Mellon et Citi à Genesis Global constitue un des signaux de cette évolution en cours, confirmée, en outre, par la volonté concomitante clairement affichée des trois établissements de renforcer de la sorte leur collaboration opérationnelle avec la jeune pousse, afin, notamment, d'accélérer leurs démarches d'innovation et mieux répondre aux attentes de leurs clients, dans les métiers de banque commerciale et d'investissement.

Mais, au fait, pourquoi ce choix de Genesis Global ? L'entreprise possède un atout essentiel par rapport aux leaders, pourtant déjà bien implantés, de son marché : elle s'est fortement spécialisée sur le secteur spécifique de ces acteurs. Présentée comme un couteau suisse, capable aussi bien de remplacer (avantageusement) des macros Excel complexes que de générer des applications de trading ultra-sensibles, sa plate-forme est pré-intégrée avec les outils standards en vigueur dans l'univers de la finance.

Accueil Genesis Global

Cependant, derrière cette supériorité indéniable, l'insistance des uns et des autres à souligner la possibilité de développer facilement et rapidement des solutions riches s'appuyant sur les socles historiques (le « legacy ») de la banque, grâce aux connecteurs disponibles, soulève une certaine inquiétude. En effet, le risque est immense, dans ces circonstances, de multiplier les adhérences avec des couches logicielles déjà obsolètes, qui deviendront ainsi de plus en plus difficiles à remplacer.

Il faudrait envisager une remise à plat de l'architecture globale du système d'information, et, en particulier, de ses mécanismes d'isolation logique, de manière à écarter le danger. Malheureusement, la tâche est extrêmement ardue, elle requiert une expertise de haute volée et une parfaite connaissance de l'existant : les nouveaux adeptes du « low-code » assumeront-ils l'effort nécessaire (en auront-ils simplement les moyens)… ou se contenteront-ils d'une approche superficielle, quitte à hypothéquer leur avenir ?

samedi 13 août 2022

Les technologies à surveiller selon Gartner

Gartner
Comme chaque année, le cabinet Gartner présente ces jours-ci sa sélection des technologies émergentes les plus transformatives pour l'avenir. Cette édition 2022 se concentre sur deux tendances majeures, radicalement différentes : les expériences immersives et les outils dédiés à la production de solutions, d'intelligence artificielle ou autres.

Le premier constat que suscite ce nouveau « hype cycle » générique, destiné à synthétiser l'analyse de plus de 2 000 domaines détaillés, est la poursuite d'un mouvement engagé depuis plusieurs années vers l'amont de la courbe, c'est-à-dire sur sa partie la plus sensible au battage publicitaire et la plus lointaine dans le temps, à l'exclusion totale des technologies susceptibles de se rapprocher de la maturité et d'une éventuelle généralisation (en entreprises) à un horizon visible, sinon certain.

Selon ce point de vue, le positionnement proéminent des expériences immersives ne constitue guère une surprise, puisqu'il s'agit de la grande mode du moment, qu'elle soient abordées comme un tout ou par l'intermédiaire de leurs composantes individuelles (NFT, identité décentralisée, web3, métavers, jumeau numérique…). Le choix interroge toutefois sur les arguments objectifs sous-jacents des analystes, par exemple avec les NFT, dont il est difficile de percevoir la valeur technologique, quoi qu'on en pense par ailleurs.

La combinaison proposée donne tout de même du grain à moudre, entre, par exemple, la perspective lointaine, à plus de 10 ans, sur les métavers (ce qui devrait laisser le temps de préparer leur éventuel avènement) et les opportunités indépendantes non précisées sur certaines technologies (l'identité décentralisée, notamment), en passant par le rattachement des super-apps à cette notion d'expérience immersive, qui leur ouvre un vaste potentiel face aux polémiques dont leur viabilité fait l'objet aujourd'hui.

Gartner Hype Cycle for Emerging Technologies 2022

La deuxième thématique retenue par Gartner est plus étonnante… mais elle répond à une logique indiscutable, puisqu'elle intervient à l'intersection entre la complexité croissante de l'informatique, des besoins en progression constante et une pénurie de talents de plus en plus critique. Faute de professionnels capables de concevoir et programmer les applications nécessaires au fonctionnement du monde contemporain, les technologies qui facilitent ou accélèrent ces tâches sont appelées à devenir stratégiques.

L'intelligence artificielle, omniprésente dans le « hype cycle » depuis des années, offre une illustration exacerbée de cette évolution, puisque, dorénavant, elle ressort exclusivement par des approches qu'on pourrait qualifier de « méta-IA », ou l'utilisation de l'IA pour le développement, la mise au point et le déploiement automatiques des modèles requis dans d'innombrables produits (plutôt semi-automatiques, dans les faits, l'humain étant cependant assigné à un autre rôle que celui, central, qu'il assume à ce jour).

La même dynamique affecte toutes les disciplines, telles que l'infonuagique, où elle est aussi particulièrement à l'œuvre. D'une certaine manière, elle me semble inquiétante pour les organisations traditionnelles, où l'isolation, déjà dangereusement forte, entre métier et informatique risque de s'accroître encore, au détriment de la prise en compte du client et de ses attentes dans l'ensemble des activités, ce qui pourrait s'avérer dramatique dans l'hypothèse de la transition annoncée vers les environnements immersifs…

vendredi 12 août 2022

Digit peine à tenir les promesses de l'IA

Digit
En 2014, Digit était une pionnière de l'épargne automatique intelligente, promettant à ses utilisateurs de mettre de côté le maximum de leur trésorerie disponible sans jamais risquer de les entraîner dans le rouge. Faute de respecter ses engagements, l'agence américaine de protection des consommateurs (le CFPB) vient de la sanctionner.

Le concept est extrêmement attractif pour l'immense majorité de personnes qui souhaitent épargner mais ne savent pas comment se lancer, hésitent à bloquer une partie de leur argent, procrastinent ou tergiversent sur le montant idéal à y consacrer. Laissez donc les algorithmes s'occuper de tout : vous connectez votre compte bancaire, une analyse de vos habitudes budgétaires est réalisée à partir de votre historique de transactions et les sommes optimales sont transférées automatiquement au moment opportun.

Afin de convaincre les plus réticents de son sérieux et de sa confiance dans le fonctionnement de ses logiciels, Digit garantit que ses ponctions sur les comptes courants de ses clients ne placent jamais ceux-ci en situation de découvert, affirmant rembourser les frais encourus dans le cas contraire, présenté donc comme hautement improbable. Or, après enquête, il s'avère que les modèles d'intelligence artificielle mis en œuvre ne sont pas aussi parfaits que la jeune pousse l'espérait… ou désirait le laisser croire.

Le CFPB révèle ainsi que, au cours des cinq dernières années, près de 70 000 réclamations ont été émises, dont une bonne partie a été ignorée, conduisant à sa décision de ces derniers jours d'imposer à l'entreprise une amende de 2,7 millions de dollars en sus d'une injonction à apporter réparation aux clients précédemment floués.

Accueil Digit

Le volume de plaintes mentionné mérite l'attention, car il remet probablement en cause quelques hypothèses importantes. En supposant que les tentatives de fraude n'en représentent pas une part significative (facteur que l'autorité de contrôle aurait pris en considération), il souligne évidemment l'imperfection, voire la défaillance pure et simple, des algorithmes concoctés et déployés par Digit. Et il serait un peu facile d'incriminer la compétence de ses développeurs et autres scientifiques des données.

Je soupçonne en effet que la prédiction des fluctuations sur les finances personnelles est beaucoup plus complexe que ne l'imaginent généralement ceux qui misent sur la « digitalisation » de leur gestion, pour de multiples raisons. La diversité des populations touchées constitue un premier défi, chacune ayant ses propres réflexes et requérant des ajustements différents. L'irrégularité des actes du quotidien en est un autre et les opérations imprévisibles sont certainement trop fréquentes pour des modèles mathématiques. Il faut également envisager les excès d'insouciance ou d'étourderie, dont l'introduction de prélèvements plus ou moins arbitraires aggrave les conséquences…

Ce ne sont là que quelques idées destinées à illustrer une vérité absolue (en l'état des technologies) : l'IA peut aider à élaborer des pseudo-raisonnements, utiles pour bien des applications, mais il ne doit être question de suivre ses conclusions aveuglément. Dans l'univers particulièrement sensible de la finance, il est d'autant plus important de comprendre ses limitations, en intégrant les aléas qu'elles créent et, simultanément, en visant à les réduire, notamment par l'identification des critères manquants.

jeudi 11 août 2022

Ce que les néo-banques n'ont pas changé

Innovation
Avec le recul de quelques années d'expérience, l'impact des néo-banques sur le secteur financier devient désormais visible… mais il est un aspect de l'industrie qu'elles ne sont résolument pas parvenues à transformer : le modèle économique, seules les bonnes vieilles recettes semblant capables de soutenir une rentabilité durable.

Bien entendu, même en cette période de tension croissante sur le capital risque, la question ne se pose par pour toutes les startups et nombre d'entre elles continueront à mettre toute leur énergie dans l'acquisition de clientèle, quitte à brûler leurs réserves à grand train, et à retarder le moment fatidique où il leur faudra déterminer comment elles pourront dégager des profits. Cependant, celles qui ont déjà atteint cette phase de maturité montrent que les options disponibles sont relativement limitées.

Un article de Penny Crosman pour American Banker passe ainsi en revue quelques exemples représentatifs. Le moins qu'on puisse dire est que l'originalité est singulièrement absente et que les pistes proposées sont, en outre, semées d'embûches.

La première possibilité qui s'offre aux trublions est de revenir aux plus anciennes traditions de la banque : développer une activité de crédit alimentée par les dépôts collectés sur les comptes courants ou d'épargne. L'attrait en avait disparu avec le niveau extrêmement bas des taux d'intérêt ces dernières années mais, entre la remontée actuelle et les efficacités technologiques des jeunes pousses, il revient en force… pour celles qui ont l'ambition et la persévérance d'acquérir une licence de plein exercice.

Autre solution, la plus populaire et la plus fréquemment mise en œuvre (par facilité ?), la mise en place d'un système d'abonnement. Là, le terrain est fortement miné. S'il s'agit de facturer un service auparavant gratuit et sans avantage concurrentiel substantiel, gare à l'attrition massive ! Les meilleurs résultats sont obtenus quand une nouvelle offre à forte valeur ajoutée est déployée moyennant une cotisation mensuelle ou annuelle.

Encore faut-il trouver (et créer) le produit susceptible de justifier son prix auprès de clients souvent habitués à ne rien payer. Il peut s'agir, très classiquement, d'un accès à une facilité de trésorerie, qu'elle prenne la forme d'une autorisation de découvert ou d'une avance sur salaire. Plus difficile à concevoir et à promouvoir, ce peut être un assistant intelligent d'épargne ou d'investissement, mais il devra être ultra performant.

Il reste enfin les opportunités, également inspirées par les établissements historiques, d'ouverture à des métiers adjacents, tels que l'investissement ou l'assurance. Malheureusement, ceux-là sont aussi devenus un terrain de prédilection pour les entrepreneurs, qui y mènent une lutte sans merci autour des prix les plus bas, réduisant d'autant les perspectives mirobolantes. Radicalement différente, l'édition de logiciel est tentante mais ses exigences spécifiques risquent de nuire à l'activité principale.

La seule certitude à conserver est que l'espoir de bâtir une entreprise viable et prospère sur la seule base des commissions d'interchange (reversées sur les paiements par carte) est inaccessible, sauf, éventuellement, pour quelques rares élues qui réussissent à conquérir suffisamment de clients dans un temps compatible avec leur plan de financement à long terme (Penny cite le cas de la brésilienne NuBank, avec ses 45 millions d'utilisateurs) et disposent de la sorte d'un facteur d'échelle propice.

Le résultat de cette évolution est une différence de plus en plus ténue entre banques et néo-banques. Les premières apprennent progressivement à répliquer les formules gagnantes des secondes (y compris sur les prix), tandis que la recherche de modèle économique rend plus difficile pour ces dernières de faire valoir leur supériorité, notamment quand il leur faut mettre en place des services supplémentaires, payants, tout en maintenant les qualités de transparence et de simplicité qui assurent leur succès.

Money Burning

mercredi 10 août 2022

Zesty.ai ouvre son IA de l'immobilier

Zesty.ai
En croissance fulgurante, après avoir déjà séduit, en quelques années, de nombreuses compagnies d'assurance américaines avec ses solutions d'analyse des risques sur l'immobilier, résidentiel comme commercial, Zesty.ai annonce avoir levé 33 millions de dollars afin d'étendre son périmètre d'action à de nouvelles catégories d'usage.

Dans son principe, la technologie de la jeune pousse collecte toutes sortes de données sur les propriétés qu'elle évalue – depuis des photographies aériennes (prises par avion ou par drone) jusqu'à des relevés topographiques et cadastraux, en passant par des informations météorologiques, des historiques de factures d'eau et d'énergie… – et en déduit, grâce à ses puissants modèles d'intelligence artificielle, les caractéristiques essentielles nécessaires aux professionnels, sans exiger de déplacement.

Les assureurs recourent aujourd'hui à ses services pour mieux connaître les biens qu'ils sont amenés à couvrir, d'un point de vue générique, mais la véritable plus-value de Zesty.ai réside dans sa capacité à mesurer, à travers une série de produits spécifiques, leur exposition aux dangers croissants du changement climatique. Sont ainsi proposés des estimations détaillées du comportement des constructions et des dommages qu'ils sont susceptibles de subir face aux incendies, aux inondations, aux averses de grêle…

Zesty.ai – The Property Intelligence

Naturellement, ces outils peuvent trouver leur place dans l'arsenal d'acteurs d'autres secteurs économiques. Zesty.ai souhaite donc maintenant explorer ces opportunités, y compris en développant des offres adaptées, le cas échéant. Elle vise en priorité les activités de gestion de parcs immobiliers et, dans l'univers de la finance, les fournisseurs de crédit hypothécaire et autres gérants d'actifs, qui, tous, peuvent bénéficier des indicateurs individuels qu'elle est capable de leur fournir sur leur matière première.

L'ambition (réalisée) de la startup de créer un jumeau numérique de chaque propriété en Amérique du Nord, englobant tous les attributs exerçant une influence sur sa valeur et/ou les risques qu'elle porte (soit un total de 200 milliards de points de référence acquis à ce jour), dont l'évolution est en outre régulièrement contrôlée, représente de toute évidence une promesse attractive pour tous les métiers qui touchent de près ou de loin à l'immobilier. Zesty.ai sera bientôt prête à répondre à l'ensemble de leurs attentes.

mardi 9 août 2022

Faire payer la fraude bancaire aux GAFA ?

GAFA
Arguant d'une analogie un peu absurde avec le principe bien connu du « pollueur payeur », quatre des plus grandes banques britanniques demandent que les géants technologiques, qu'elles accusent de faciliter la fraude en ligne, contribuent aux remboursements qu'elles sont légalement contraintes d'effectuer auprès de leurs clients lésés.

Au vu des quelques 460 millions de livres restituées aux victimes pour les années 2020 et 2021, il est facile de comprendre pourquoi l'industrie cherche à se délester d'une partie de la charge qui lui incombe (en vertu de la réglementation). Et, comme une analyse des opérations considérées révèle qu'environ trois quarts des escroqueries trouvent leur origine sur les médias sociaux, plates-formes d'enchères et autres sites de rencontres, ces acteurs aux poches souvent profondes font des boucs émissaires parfaits.

La ficelle paraît grossière. Les entreprises incriminées ne sont en effet pas à l'origine des agissements de leurs utilisateurs et ne peuvent en être rendues responsables, hormis peut-être dans certains cas spécifiques (par exemple si elles en font la promotion) dont elles pourraient avoir à répondre devant la justice. Il ne sert à rien de tuer le messager pour lutter contre le fléau qu'il transmet. Les assureurs demandent-ils aux constructeurs automobiles d'indemniser les accidents causés par leurs voitures ? Les compagnies aériennes devraient-elles assumer les conséquences de la propagation du COVID ?

En revanche, la connaissance des mécanismes par lesquels s'organise et se développe la fraude devrait être exploitée pour renforcer la lutte et la rendre plus efficace. Au-delà des messages de prévention génériques existants, l'identification des circonstances précises de survenue des litiges précédents peut être mise à profit pour affiner les alertes et, surtout, pour mettre en place des mesures de protection concrètes, y compris en œuvrant en collaboration avec les opérateurs des sites qui en constituent le support.

Incidemment, il faudrait également s'interroger sur la destination des fonds acquis malhonnêtement. Car il est question ici de virements, impossibles à annuler ou à inverser, vers des comptes bancaires en règle. Le soupçon est inévitable d'une certaine légèreté de la part des établissements dans l'accueil des clients qui les détiennent et participent, sciemment ou non, à des activités criminelles, a minima lorsque des irrégularités (rarement isolées) sont signalées, sinon dès l'entrée en relation. De ce point de vue, le manque de coopération entre institutions profite évidemment aux malfaiteurs.

En synthèse, la démarche des banques britanniques donne l'impression d'une manœuvre de détournement de l'attention. En tentant artificiellement de faire endosser aux plates-formes en ligne une partie de leurs propres lacunes, elles cherchent à la fois à réduire le coût de la fraude (qu'elles ne peuvent plus laisser assumer aux consommateurs) et à donner l'illusion qu'elles sont elles-mêmes victimes. Il faudra pourtant d'abord qu'elles assument mieux leur rôle, en relevant la qualité des protections qu'elles déploient.

Fraude
Illustration par Pete Linforth (Pixabay)

lundi 8 août 2022

Une super-app pour la banque ?

WeChat
Depuis le succès des super-apps des dragons chinois, WeChat en tête, la fantasme d'une déclinaison du modèle dans les pays occidentaux perdure. Mais, comme l'explique Ron Shevlin dans un article pour Forbes, le contexte est trop différent pour que la greffe prenne. Le concept pourrait toutefois inspirer une indispensable évolution.

Sans conteste, si on s'en tient à une définition stricte, la possibilité de créer un écosystème au sein duquel une multitude de micro-applications sont accessibles instantanément est plus adaptée à une population équipée de téléphones relativement peu puissants qu'aux consommateurs américains ou européens possédant les smartphones de dernière génération, sur lesquels ils installent une myriade de logiciels offrant toutes les fonctions imaginables… y compris celles qu'ils n'utiliseront jamais.

Selon cette perspective, les tentatives de divers acteurs, dont ceux de la finance, de ré-agréger une palette de services, couvrant des domaines plus ou moins étendus, au sein de leur environnement ne sont pas assimilables à des super-apps et n'ont, en outre, que peu de chances de séduire leur cible tant la seule juxtaposition, souvent artificielle, de quelques outils ne constitue pas une proposition de valeur convaincante.

Pour autant, quand Ron évoque la réalité des usages modernes, décrivant, par exemple, comment les jeunes de la génération Z jonglent aujourd'hui fréquemment avec 25 à 40 relations avec des fournisseurs différents de solutions financières, ces individus préfèrent certainement sélectionner la meilleure en fonction de chacun de leurs besoins… mais cela n'exclut pas l'opportunité de leur offrir une expérience utilisateur mieux intégrée.

Accueil WeChat

Face au rejet des approches auto-centrées des grands groupes et autres géants technologiques, qui visent avant tout à développer leurs marchés, il existe vraisemblablement une demande implicite pour une simplification de la gestion de l'argent, procurant une vision à 360° et facilitant les mouvements entre les multiples services adoptés. Les mobinautes se sont peut-être habitués à naviguer entre 25 à 40 applications hétéroclites mais rejetteraient-ils une sorte de tour de contrôle universelle qui les aiderait à piloter leurs finances personnelles depuis une application unique ?

Bien sûr, il n'est plus ici question de super-app et nous pénétrons sur le territoire de la « plate-forme ». La mise en œuvre technique est radicalement différente, le recours aux API autorisant une intégration plus profonde que ne permettra jamais l'incorporation au niveau de l'interface graphique. Cependant, l'ambition fondamentale reste identique : il s'agit de délivrer aux consommateurs la meilleure expérience possible, fluide, rapide, personnalisée et, idéalement, ouverte sur un accompagnement de proximité.

dimanche 7 août 2022

Un GAB pour le métavers

Transak
Outre le monde virtuel ouvert persistant qui en est un peu la vitrine, le concept de métavers intègre également, en principe, le recours à des cryptomonnaies comme base des échanges commerciaux. Afin de simplifier l'accès à ces dernières, jusqu'à aujourd'hui réservé à des initiés, Transak imagine une émulation d'automate bancaire dédiée.

En cible, l'idée fondamentale de la jeune pousse consiste à reproduire, aussi fidèlement que possible pour inspirer confiance, l'expérience d'un voyageur débarquant dans un pays étranger, ce qui est, d'une certaine manière, la réalité des métavers, et désirant convertir une partie de son argent en devise locale pour profiter des attractions disponibles. Selon cette logique, le visiteur se rend au premier distributeur venu et change la somme de son choix, qu'il conserve alors précieusement dans son portefeuille.

Dans la pratique, il faudra rapidement déchanter car il semblerait que, dans l'immédiat, seule une version pilote soit installée, dans Decentraland, retenu pour cette première implémentation. Les « retraits » ne sont donc pas réalisés dans l'environnement virtuel mais renvoient vers un site web indépendant, ce qui nuit sérieusement à la fluidité du parcours. La suite sera à l'avenant, car le respect des exigences réglementaires conduit en outre à imposer un processus de connaissance client lors de la première opération.

Après cette étape, qui est similaire à une véritable ouverture de compte bancaire, y compris dans sa durée, estimée à 15 minutes, il devient possible d'acheter et vendre bitcoins, ethers… et, bien sûr, MANAs prêts à dépenser dans Decentraland, en contrepartie d'un règlement par carte, par virement interbancaire (notamment les transferts instantanés SEPA et britanniques) ou encore par quelques moyens de paiement nationaux. Heureusement, Transak prévoit de réduire ces quelques frictions, à terme.

Transak ATM

En attendant, la startup entend prendre rapidement une position visible, sinon hégémonique, sur son créneau. Dans cette optique, elle propose à tous les propriétaires de terrain virtuel d'y déployer un de ses automates, moyennant le reversement d'une partie des commissions perçues sur les transactions. L'objectif est évidemment de faire de la marque un point d'entrée plus ou moins standard, par son omniprésence et, dans l'idéal, par sa notoriété, dans l'univers des cryptomonnaies et du « web3 ».

Bien que le raisonnement sous-jacent soit plein de bon sens, je trouve la démarche de Transak assez dérangeante. En effet, sous prétexte de familiarité des usages, elle réplique, comme tant d'autres, les mécanismes d'intermédiation (multiples, en l'occurrence) existants et les adapte à un nouveau contexte, avec les modèles économiques correspondants (voir notamment les niveaux de commissions prélevées sur le GAB), dont les promoteurs vantent pourtant la décentralisation et ses vertus.

Le fait est que, en l'état, le métavers, dans son approche puriste, est probablement beaucoup trop complexe pour monsieur- ou madame-tout-le-monde. Le temps que la facilité de prise en main soit suffisante pour que des habitudes aient une chance de se prendre à grande échelle (par exemple avec la déclinaison sensiblement dénaturée qu'envisage de construire et distribuer Meta), la vision utopique des origines risque de n'être plus qu'un lointain souvenir, au grand dam des libertaires de tout poil.

samedi 6 août 2022

TD fait un (petit) geste pour l'environnement

TD
La prise en compte des enjeux environnementaux dans l'industrie financière ne se réduit pas seulement aux vastes programmes ambitieux susceptibles de faire la une de la presse. TD nous offre aujourd'hui l'exemple d'une évolution triviale de ses modalités de fonctionnement dans l'optique de favoriser le recours aux transports en commun.

Pour comprendre la teneur de l'annonce, il faut savoir que, au Canada, les contrats forfaitaires proposés par les banques sont généralement assortis de limites mensuelles sur le nombre d'opérations de paiement autorisées depuis le compte de dépôt ou d'épargne, un plafond plus élevé étant (évidemment) assujetti à des frais plus importants. Dans ce contexte, la nouveauté appliquée dès maintenant à tous les clients, après un déploiement initial réussi à l'intention de la population étudiante, consiste à écarter de ces restrictions tous les achats de titres de transport en commun du pays.

L'impact réel sera relativement faible pour les voyageurs qui souscrivent un abonnement mais il sera plus sensible pour ceux qui ont un usage fréquent mais moins régulier et optent pour des tickets unitaires, risquant de la sorte de multiplier les transactions de petits montants, effectuées par carte selon la préférence exprimée par une majorité de consommateurs. Or il serait fort dommage que la crainte des pénalités pour dépassement du quota attribué constitue un facteur de report sur un mode de transport moins éco-vertueux. TD veut donc faire disparaître cette cause d'hésitation potentielle.

La Promesse TD Prêts à Agir

Ce dispositif spécifique n'est certes pas révolutionnaire, mais il ouvre une perspective beaucoup plus vaste sur le rôle que pourraient jouer les institutions financières en matière d'accompagnement des clients vers des gestes écologiques dans leur quotidien. Il existe déjà diverses initiatives pédagogiques et incitatives, dont les outils de mesure des émissions de gaz à effet de serre et les éventuelles solutions de compensation associées, mais une dimension complémentaire du thème reste à explorer, dans la recherche et l'élimination des obstacles et autres freins aux comportements verts.

Les frictions pourraient ainsi être analysées et, d'une certaine manière, exploitées dans le but d'orienter les décisions des utilisateurs, au sein de l'univers des paiements, naturellement (comme dans le cas présent), mais également autour de l'épargne, de l'investissement, du crédit (ne serait-ce que sous une forme de prolongement de l'idée de TD avec les découverts)… Il pourrait s'agir, a minima, d'introduire, en parallèle des avantages dédiés parfois octroyés, une simplification des processus en place exclusivement dans les circonstances où ils servent le développement durable.

jeudi 4 août 2022

Quand les banques innovent au rabais

Crédit Agricole
Titillées, entre autres, par la FinTech, les institutions financières traditionnelles tentent d'intégrer dans leurs palettes les innovations qui font la différence dans le cœur de leurs clients et les entraînent vers l'infidélité. Toutefois, dans bien des cas, dont les trois qui suivent, leurs efforts semblent se limiter à un minimum manifestement insuffisant.

Premier exemple, indubitablement le plus caricatural, avec BNP Paribas. Alors que, depuis plusieurs années, les trublions du secteur, Revolut en tête, maintenant rejoints par quelques banques historiques, font de l'absence de frais sur les transactions en devises leur cheval de bataille (gratuit), elle choisit pour cette saison estivale de promouvoir son Option Travel, qui offre le même avantage (sans couvrir, bien évidemment, les frais de change, toujours soigneusement dissimulés)… moyennant un coût forfaitaire mensuel de 10 euros (prélevé uniquement en cas d'utilisation, heureusement !).

Vient ensuite le Crédit Agricole (d'Île de France) et son comparateur d'épargne. Au départ, voilà une excellente idée puisqu'elle permettrait de combiner un objectif d'assistance pratique pour les clients désireux d'optimiser leur bas de laine avec une riposte cinglante aux jeunes pousses qui ne peuvent généralement aligner qu'un nombre restreint de produits face au catalogue complet (comportant pas moins de 16 références) d'un établissement important, capable de répondre à tous les besoins courants.

Malheureusement, dans le plus pur style de banque centrée sur elle-même, il ne s'agit que d'une liste de solutions, décrites par le menu. Le visiteur a tout au plus le loisir de sélectionner une poignée de filtres (sur l'horizon de temps, le montant du versement initial et l'objectif général visé) pour réduire ses choix, sans plus d'explications sur les différences entre les propositions. Il ne lui reste plus qu'à prendre contact avec un conseiller, en espérant qu'il possède un meilleur talent pédagogique…

BNP Paribas – Option Travel

Dernière illustration, dans un registre encore différent (et hors des frontières de l'hexagone), avec Santander et son module éducatif Cyber Heroes, destiné à sensibiliser le grand public à la cybersécurité et la lutte contre la fraude. La démarche est, là aussi, bienvenue dans un contexte de menace croissante, surtout en période de congés. Hélas, là où on espérait découvrir une simulation immersive ludique, comme il en existe tant par ailleurs, y compris dans les programmes de formation interne des grands groupes, il faudra se contenter de 5 courtes vidéos aboutissant chacune à une question triviale, destinée à sensibiliser le consommateur à un risque élémentaire.

Inconscience et aveuglement ? Incompréhension des enjeux ? Mépris profond pour les clients ? Économie de bouts de ficelle ? J'avoue ne pas comprendre ce qui peut motiver des entreprises à développer de telles initiatives tronquées, dont l'ambition, souvent légitime, est instantanément réduite à néant par une mise en œuvre déficiente. Ce ne sont pourtant pas les précédents qui manquent pour montrer la voie vers le succès… et pour rendre ridicules et sans valeur ces répliques approximatives auprès de leur cible.

mercredi 3 août 2022

Previ greffe les paiements sur le salaire

Previ
A priori, voilà une idée étrange que celle de Previ, puisqu'elle consiste à détourner une partie du salaire dès son versement afin d'alimenter une sorte de compte virtuel, utilisé exclusivement pour le règlement de dépenses courantes pré-approuvées. Elle pourrait cependant s'avérer idéale dans une perspective d'optimisation du pilotage de budget.

En soi, le concept est simple. Après création de son profil, le nouvel inscrit est invité à « connecter » son bulletin de paye à la plate-forme, c'est-à-dire, plus concrètement, à faire déposer une partie de sa rémunération sur celle-ci. Deuxième étape, il autorise les règlements vers les entreprises partenaires dont il est client (par exemple son opérateur de téléphonie mobile). Dès lors, Previ se charge automatiquement de payer les factures à réception, puis se rembourse sur les montants perçus régulièrement.

La promesse de la startup est de soulager de la sorte le consommateur des soucis de suivi au jour le jour de son porte-monnaie et de lisser ses flux, au besoin en lui accordant un mini-crédit (gratuit) en attendant le prochain virement. En guise d'argument de séduction supplémentaire, elle ajoute à l'équation des rétrocessions conséquentes (supérieures à celles des cartes de crédit) de la part des créanciers, apparemment prêts à financer grassement l'acquisition et la fidélisation de clientèle qu'elle leur garantit.

Un mécanisme de secours est également mis en place, de manière à contrôler les risques de défaut. Durant son enregistrement, le bénéficiaire doit donc fournir un accès à un compte bancaire, sur lequel seront prélevés directement les dépassements éventuels ainsi que l'ensemble des paiements à effectuer dans le cas où il quitte son emploi, son salaire ne contribuant alors plus à l'apurement de ses engagements. Le recours à cette solution dégradée est toutefois exclu du programme de récompenses.

Previ – The most rewarding way to pay

Au-delà de son effet sur la sérénité du quotidien (et des avantages promotionnels qui attirent toujours les jeunes générations visées en priorité), Previ aurait beau jeu de positionner son offre en appui d'une démarche d'assistance pratique à la gestion de finances personnelles. En effet, moyennant, peut-être, quelques ajustements, elle s'inscrirait parfaitement dans un des piliers standards en la matière, à savoir la mise en réserve dès que possible de la part de budget nécessaire aux achats essentiels.

Il faudrait, pour ce faire, insérer un minimum d'accompagnement en amont, en fournissant l'opportunité à l'utilisateur d'évaluer et de fixer la somme idéale à bloquer à chaque cycle de paye. La couverture de commerces supportés devrait en outre être étendue, quitte à ce qu'une partie d'entre eux ne participent pas aux promotions, voire à ne pas les intégrer tous dans le périmètre des règlements automatiques, par exemple à travers une carte au plafond limité et aux conditions d'usage restreintes.

Naturellement, le résultat obtenu serait probablement très différent des ambitions de Previ. Ce pourrait aussi être une idée indépendante, à développer, par une jeune pousse ou une banque visionnaire, en complément des habituelles approches d'épargne périodique : après tout, ne serait-il pas raisonnable de bloquer le montant des frais incontournables en même temps que la cagnotte prévue pour les projets d'avenir ? Et si le dispositif est équipé d'un pilote automatique, le bien-être financier aura bien progressé.

mardi 2 août 2022

L'épargne par projet avec le BNPL en repoussoir

Up Bank
Je vous présentais, il y a quelques mois, Accrue Savings et son idée de substituer une approche vertueuse d'épargne aux dangereuses tentations du règlement différé (BNPL). Aujourd'hui, une (néo-)banque australienne s'empare du principe et l'intègre au cœur de sa formule de bien-être financier à destination des jeunes générations.

À l'appui de sa démarche, Up Bank a mené l'enquête auprès de sa cible de prédilection (les adultes de moins de 35 ans) et les résultats qu'elle dévoile (dont on peut aisément supposer qu'il seraient similaires dans d'autres pays) sont absolument édifiants. En effet, si l'impact budgétaire négatif des facilités de paiement qui se généralisent dans tous les points de vente est dorénavant bien identifié, une autre typologie de conséquences, d'ordre psychologique, ressort ici et justifie au moins autant l'attention.

Ainsi, sans surprise, les personnes interrogées confirment céder régulièrement aux sirènes de la consommation. Près de deux sur cinq admettent avoir déjà eu plus d'une opération fractionnée en cours et environ une sur quatre reconnaît avoir douté de sa capacité à faire face aux échéances correspondantes. Plus grave, peut-être, et le sujet est moins souvent abordé, ces situations engendrent des sentiments de stress (pour 29%) et d'appréhension (pour 30%) sur des achats (presque) immédiatement regrettés.

Fortes d'une telle expérience, une majorité des « victimes » du BNPL, largement conscientes du piège qu'il représente, affirment qu'elles seraient intéressées par une alternative qui les encouragerait à mettre de l'argent de côté, alors qu'elles ne savent pas comment procéder. L'option Maybuy lancée par Up Bank répond donc directement à ces attentes, à travers un objectif qui ne vise pas tant à maîtriser l'endettement qu'à redonner à ses clients un peu de sérénité vis-à-vis de leur argent et de leurs désirs.

Up Bank – Maybuy

Son fonctionnement, particulièrement adapté aux emplettes (impulsives) sur smartphone, se veut aussi simple que possible. Lorsque le mobinaute découvre un produit qui le fait rêver, au hasard de sa navigation, au lieu de l'acquérir sur le champ, il l'enregistre d'un geste parmi ses « Maybuys » via la fonction « partager » standard du système (iOS ou Android). Il lui suffit ensuite de créer, dans son application bancaire, un plan à sa convenance pour pouvoir se l'offrir à terme, concrétisé par un transfert automatique récurrent. Quand la somme nécessaire est atteinte, l'utilisateur procède à l'achat… ou utilise sa cagnotte autrement, si son envie lui est passée.

En pratique, le dispositif n'est ni plus ni moins qu'un module résolument classique d'épargne par projet, comme en proposent depuis des années de nombreux établissements. En revanche, son positionnement en opposition avec le paiement différé, que la jeune pousse a renoncé (pour l'instant, du moins) à inscrire à son catalogue, constitue une approche originale susceptible de trouver un écho inattendu auprès des individus échaudés par des excès antérieurs. Une belle manière de rajeunir le concept !

lundi 1 août 2022

BBVA mesure la pauvreté multidimensionnelle

BBVA
De prime abord, la notion de pauvreté est seulement associée à un niveau de revenus insuffisant. Pourtant, bien d'autres critères entrent en ligne de compte. La fondation de microfinance de BBVA instaure donc désormais une mesure multidimensionnelle afin de mieux accompagner ses (nombreux) clients souffrant de plusieurs facteurs de précarité.

Mis au point par l'université d'Oxford et reconnu officiellement par les Nations Unies, ce principe d'analyse relativement flexible est depuis longtemps adopté par une centaine d'états dans le monde qui l'utilisent pour suivre l'évolution de la prospérité de leur population et déployer des politiques d'amélioration efficaces. En dehors de ces contextes gouvernementaux et en dépit de son potentiel évident, il reste cependant largement ignoré du secteur privé et l'initiative de BBVA s'avère pionnière en la matière.

S'il est vrai que, pour une institution financière, se focaliser sur les problèmes d'argent est un réflexe naturel, il ne fait guère de doute qu'une meilleure connaissance des conditions de vie des individus est également une exigence importante, surtout pour celle qui a justement vocation à aider les plus défavorisés. Avec son index enrichi, BBVAMF prend donc en considération les lacunes sur trois grands domaines prioritaires non pécuniaires pour les entrepreneurs qu'elle soutient : éducation, santé et habitation.

La première campagne d'évaluation, menée dans quatre des cinq pays de présence de l'organisme (Colombie, Pérou, République Dominicaine et Panama, le Chili devant les rejoindre prochainement) fait nettement ressortir la multiplicité des difficultés rencontrées par les personnes qui recourent à ses produits, puisque dans près d'un cas sur quatre, leur foyer cumule au moins trois catégories de faiblesses (sur neuf définies), ce qui correspond à la qualification formelle de pauvreté multidimensionnelle.

BBVA mesure la pauvreté multidimensionnelle

Concrètement, les indicateurs retenus touchent, entre autres, à l'assiduité scolaire, la durée totale de scolarisation, le bénéfice d'un assurance santé, l'accès à l'eau, la situation sanitaire du logement, sa suroccupation, la disponibilité d'une connexion internet… Et il n'est peut-être pas facile de les résoudre pour une banque, mais il est certain que leur intégration dans l'équation économique de ses opérations est impérative. Elle devrait notamment contribuer à orienter les décisions et les mécanismes d'assistance.

Par exemple, les déficiences dans les apprentissages élémentaires justifieront à la fois de développer une approche pédagogique adaptée dans la description des produits distribués mais aussi, pourquoi pas, de proposer quelques sessions de remise à niveau sur des disciplines fondamentales. Ou, face aux obstacles observés avec les habitations, des solutions collectives d'hébergement d'entreprises (du type pépinière ou autre) pourraient être encouragées et promues, en complément des financements.

Pour conclure, je souhaite rappeler que de telles réflexions ne concernent pas exclusivement les régions structurellement fragiles. Les mêmes circonstances affectent une fraction non négligeable des habitants des zones développées et les établissements qui les servent seraient bien inspirés, eux aussi, d'appréhender plus précisément les handicaps de pauvreté auxquels ils sont confrontés dans leur vie quotidienne, de manière à leur offrir un service personnalisé, qui convienne mieux à leurs besoins et attentes.

Au fait, n'oublions pas que ce sujet fait intrinsèquement partie de la sphère de la RSE !