Free cookie consent management tool by TermsFeed
C'est pas mon idée !

vendredi 14 juin 2024

Un espace « ma voiture » dans une app bancaire

Garanti BBVA
Dans un pays, la Turquie, où plusieurs banques se sont lancées avec plus ou moins de bonheur dans des aventures de « super-app » destinées à enrichir et différencier l'expérience offerte à leurs clients, la filiale locale de BBVA choisit maintenant une voie originale et prometteuse avec l'ajout d'une section dédiée à leur automobile.

Au sein de son nouvel espace « mon véhicule », l'application mobile de la marque invite tout d'abord les utilisateurs à fournir l'immatriculation de leur voiture, qu'ils peuvent en outre compléter avec des photos, de manière à personnaliser leur environnement. Ils bénéficient alors d'une intégration transparente de quelques fonctions pratiques, telles que le système de péage autoroutier (HGS), les services de l'administration, pour le règlement des taxes et autres amendes, ou encore le contrat d'assurance.

Ces options ne sont certes pas totalement inédites dans l'univers financier, mais leur assemblage dans un module consacré à l'automobile est déjà unique. Cependant, ce qui rend vraiment la démarche intéressante est l'inclusion d'un volet budgétaire dans cet ensemble : à travers l'identification et l'isolation des dépenses relatives à son véhicule – carburant, péages, parking, entretien… – extraites de ses comptes, le propriétaire obtient une vue précise et exhaustive des frais qu'il engage pour sa voiture.

Une dernière composante introduit enfin une (modeste) dimension de conseil, par exemple par l'intermédiaire de campagnes de sensibilisation et d'information, notamment dans un registre de développement durable dans les transports, et de rappels contextuels, qui aideront les consommateurs à ne plus jamais oublier de payer leurs contraventions et leurs factures de péages ou de renouveler leur police d'assurance.

Garanti BBVA – My Vehicle

En comparaison des « super-apps » généralistes, au sujet desquelles j'ai plusieurs fois exprimé mes doutes quant à leur pertinence, surtout pour une institution financière, l'approche retenue par Garanti BBVA paraît extrêmement sensée. Grâce à sa perspective à 360° sur la thématique automobile, dont une part conséquente réservée à son impact sur les comptes de l'usager, représentant un de leurs postes les plus importants (après le logement), elle défend à la fois sa légitimité et sa valeur.

Au vu de la sensibilité verte qu'affirme l'établissement, on se prendrait maintenant à rêver d'une extension du dispositif, afin qu'il embarque plus clairement et plus largement les enjeux environnementaux de la mobilité. Cela pourrait ainsi commencer par un aperçu de l'empreinte carbone des déplacements en voiture et des recommandations sur la conduite ou le choix du véhicule… puis s'étendre à des considérations sur les modes de transport alternatifs, autant sur le plan économique qu'écologique.

jeudi 13 juin 2024

Apple Intelligence, une approche ciblée de l'IA

Apple
Contrairement aux autres géants technologiques, Apple prend son temps avant de monter dans le train de l'intelligence artificielle, s'attirant autant de critiques que Google et les erreurs de jeunesse qu'a provoquées sa précipitation. Il restera encore à évaluer ses facultés réelles mais sa solution, désormais en approche, a au moins une qualité qui mérite l'attention des entreprises hésitant à se lancer.

Fidèle à son obsession de l'expérience utilisateur, la marque à la pomme choisit donc d'intégrer de « petits modèles » d'IA générative au cœur de ses produits, là où elle est susceptible d'apporter une véritable valeur ajoutée, de manière quasi invisible. Voilà une rupture majeure avec l'habitude qui s'est maintenant installée de promouvoir des dispositifs arborant fièrement leur étiquette technologique (certes à la mode), avec des velléités universalistes qui trahissent une absence de réflexion sur l'usage.

La méthode d'Apple présente deux avantages significatifs. D'abord, la spécialisation de ses composants, qui peut tout de même se décliner sur une multitude de domaines différents, autorise leur exécution sur un socle matériel modeste, sans exigence de puissance démesurée (en l'occurrence un téléphone). Non seulement s'agit-il d'une excellente nouvelle pour l'environnement, cela rend possible une exploitation respectueuse des données sensibles, qui n'ont plus à être transmises et partagées.

L'autre bénéfice concerne la qualité des algorithmes mis en œuvre. En effet, les variables prises en compte pour une fonction chargée de résumer un texte ou de dessiner un émoji personnalisé sont automatiquement restreintes, ce qui limite drastiquement les risques d'anomalies et autres hallucinations. Il est en outre plus facilement envisageable, dans ces circonstances, de poser des garde-fous sur les résultats fournis, par exemple par l'intermédiaire de filtres plus ou moins statiques.

Apple Intelligence

Naturellement, la contrepartie réside dans l'étroitesse du périmètre couvert par chacune de ces « mini-modèles », qui ne sont donc pas en mesure de traiter n'importe quelle demande. Apple résout la difficulté en proposant à l'utilisateur de compléter sa réponse via l'interrogation d'une des plates-formes généralistes du marché (dans un premier temps, ce sera ChatGPT), sacrifiant au passage un peu de la transparence des interactions… et les autres avantages évoqués précédemment, bien entendu.

On perçoit bien à ce stade de la description en quoi la démarche de la firme de Cupertino peut inspirer les organisations – dont, en particulier, les institutions financières – qui se précipitent sur l'intelligence artificielle et engagent d'innombrables expérimentations… qu'elles rechignent ensuite à déployer, par crainte, notamment, de fuites d'informations confidentielles ou des conséquences négatives sur leur image, voire sur leur portefeuille, qu'aurait la moindre imperfection de leurs applications.

Il vaut certainement mieux, comme Apple, oublier, pour l'instant, les assistants virtuels qui se prétendent omniscients et se concentrer sur des fonctions précisément ciblées, sur lesquelles l'apport de l'IA est à la fois important et indiscutable, et faire l'effort d'entraîner des modèles dédiés à ces tâches. Il sera alors tellement plus simple de les amener à un niveau de maturité digne de les mettre entre les mains des clients (entre autres)… et de contrôler qu'ils remplissent correctement le rôle qui leur est assigné.

mercredi 12 juin 2024

Risque climatique et systèmes financiers

MAS
Les risques climatiques font peser une menace de plus en plus sérieuse sur la stabilité des systèmes financiers… qui impose donc de les mesurer. Dans cette perspective, l'autorité monétaire de Singapour a collaboré avec la structure d'innovation de la banque des règlements internationaux afin de mettre au point un premier cadre d'évaluation.

À travers son projet Viridis, la BIS a d'abord travaillé sur l'identification et la formalisation des innombrables dimensions dans lesquelles s'exercent les impacts du changement climatique sur les institutions financières, dont la complexité intrinsèque, les données parfois lacunaires et le manque de compréhension des phénomènes (et de leurs implications) rendent la tâche extrêmement difficile. Le résultat est une plate-forme destinée à aider les régulateurs à surveiller et maîtriser les risques associés.

Conçue avec la MAS singapourienne et plusieurs de ses consœurs dans le monde (entre autres pour la fourniture de données de référence), celle-ci vise non seulement à définir les principales caractéristiques et les métriques essentielles au suivi mais elle comprend également des outils qui en facilitent la collecte. Le recours à des modèles de traitement du langage naturel permet en effet d'extraire et synthétiser les informations requises depuis les documentations règlementaires publiées par les entreprises.

Les indicateurs ainsi rassemblés portent sur les émissions indirectes de gaz à effet de serre, les expositions à des risques matériels et des analyses prospectives déclinées sur différents scénarios d'évolution du climat. Reconnaissant que, devant l'ampleur du chantier à réaliser, les éléments disponibles dans cette itération sont encore embryonnaires, ses promoteurs soulignent que le système ne fournira qu'un aperçu de la situation des banques… dont il restera à approfondir les points d'alerte.

Projet Viridis

L'urgence justifie cette sorte de précipitation, particulièrement inhabituelle dans l'univers de la finance et encore plus de sa supervision, qui préfèrent généralement mûrir leurs initiatives et prendre le temps de les expérimenter et de les valider avant de les déployer. Clairement, les responsables prennent désormais conscience des conséquences imprévisibles mais indubitablement considérables de la crise environnementale sur leur périmètre de responsabilité… à savoir la stabilité de l'économie.

En supposant qu'il soit partagé avec ses briques technologiques, il va maintenant falloir mettre en œuvre le cadre qui a été préparé, dans sa forme rudimentaire, à la fois au niveau des autorités mais également des institutions financières, afin qu'il puisse jouer son rôle de garde-fou au plus tôt, aux côtés des mécanismes de contrôle prudentiel existants. Le choix d'une démarche relativement automatisée devrait simplifier l'adoption mais le cycle décisionnel restera bien sûr le principal obstacle à franchir.

mardi 11 juin 2024

N26 lance son compte d'épargne

N26
La remontée des taux d'intérêt crée des conditions optimales pour un retour de la chasse aux dépôts et à leur rémunération comme arme de séduction. L'opportunité n'a bien sûr pas échappé aux trublions de la FinTech : après Lydia le mois dernier, c'est au tour de N26 de dévoiler sa solution, assortie de quelques caractéristiques originales.

La normalisation de la situation sur les marchés, permettant de recommencer à rétribuer l'épargne à des niveaux raisonnables, rallume la concurrence que se livrent historiquement les établissements qui cherchent, pour diverses raisons, à capter l'argent de leurs clients. Si le terrain privilégié pour cette bataille a toujours été celui des taux servis, les nouveaux entrants, fidèles à leurs habitudes de rupture des conventions, rivalisent aujourd'hui de créativité pour en imaginer et déployer d'autres.

Ainsi, le compte dédié que vient de lancer N26 en France tente de jouer sur sa flexibilité afin d'attirer l'attention des consommateurs. Au lieu des traditionnels – et obscurs, pour le commun des mortels – calculs d'intérêt par quinzaine et leurs versements uniques en fin d'année, la néo-banque promet une appréciation au jour le jour et un règlement mensuel. La distinction est subtile mais, outre la transparence qu'elle apporte, elle procure une visibilité bienvenue aux bienfaits de l'épargne.

Sur le plan des taux, la jeune pousse innove également puisqu'ils sont ajustés selon l'abonnement de l'utilisateur. D'une valeur plancher de (tout de même) 2,26% (bruts) pour les détenteurs d'un compte totalement gratuit, ils atteignent jusqu'à 4% pour les clients de l'offre « Metal » de haut de gamme. Cette progressivité est évidemment destinée à encourager l'adoption de cette dernière, surtout pour ceux qui ont une réserve suffisante à mettre de côté, susceptible de rendre le prix de l'option indolore.

N26 Épargne

De manière plus générale, l'objectif de N26 avec ce produit consiste à la fois à re-dynamiser sa stratégie de conquête de clients supplémentaires, qu'elle espère aguicher avec ses avantages exceptionnels, et à stimuler la transition vers son positionnement comme établissement principal pour un maximum de personnes, en capitalisant sur la valeur additionnelle qu'elle délivre sur l'argent qui reste dans ses livres. Naturellement, une telle place représente aussi un important facteur de fidélisation.

Bien que notoirement efficace pour l'engagement et l'adhésion des consommateurs, la course aux taux affriolants ne peut en principe se prolonger éternellement en raison de son coût élevé. Les autres critères de différenciation deviennent alors primordiaux pour la rétention des clients. Or, en l'occurrence, il faut bien avouer que l'approche de Sumeria (Lydia), avec sa rémunération directe du compte courant qui ne demande aucun effort ni planification, paraît plus à même de convaincre que les adaptations un peu trop techniques de N26. En réalité, l'idéal serait de combiner les deux !

lundi 10 juin 2024

Une autre collaboration contre la fraude

Capital One
Ici et , les collaborations entre entreprises concurrentes en vue d'améliorer collectivement la lutte contre la fraude se développent. Avec la nouvelle initiative qui rassemble Capital One, Stripe et Adyen, l'approche prend une orientation différente, avec son croisement de données entre des métiers étroitement liés mais distincts.

En effet, alors que les précédents exemples concernaient la mise en commun d'informations entre entités partageant les mêmes préoccupations, il s'agit cette fois d'échanger une connaissance des malversations entre les deux versants des activités de paiement, possédant chacun leur propre perspective sur un fléau qui les frappe simultanément, à l'identique : d'une part, les transactions des consommateurs (avec leurs cartes) et, d'autre part, les encaissements réalisés par les commerçants.

Visant plus spécifiquement les règlements en ligne, particulièrement exposés, le dispositif prend la forme d'une API à travers laquelle les partenaires transmettent leurs alertes, qui deviennent alors instantanément accessibles aux autres et leur permettent de réagir plus rapidement. Sans expliquer pourquoi, le responsable de la démarche pour Capital One déclare que, plus qu'une meilleure détection, elle autorise surtout une réduction des faux positifs, signalements erronés conduisant à des rejets indus.

L'ensemble de la description manque cruellement de détails. Passons sur la qualification douteuse d'« open source » attribuée au service, dont on ne trouve aucune trace de publication ouverte. Elle ne comprend aucune précision quant aux données réellement fournies ni sur les traitements dont elle font l'objet ou, a minima, sur les mécanismes de protection de la confidentialité et sur les moyens de rapprochement mis en œuvre entre des sources hétérogènes, obstacles majeurs à toute coopération.

Il nous restera donc à imaginer ce que serait une collaboration « idéale », grâce à laquelle les informations importantes sont distribuées auprès de tous les acteurs sans jamais révéler de secrets (ce qui est aujourd'hui tout à fait possible avec le nec plus ultra des technologies de renforcement de la vie privée), et combinant les points de vue de toutes les parties prenantes des paiements de manière à démultiplier l'efficacité de la lutte contre la fraude… sans impact négatif sur l'expérience client (au contraire).

Fraude

dimanche 9 juin 2024

MobiLife crée une assurance décès flexible

MobiLife
Récemment récompensée par un prix de l'innovation de Qorus, MobiLife est une jeune pousse africaine de l'InsurTech qui, à travers sa solution « Cover Extender », démocratise l'accès à l'assurance décès parmi les populations les plus fragiles, qui sont évidemment celles qui en ont le plus besoin mais en sont hélas les moins équipées.

Pour les familles relativement peu aisées, voire en précarité, la disparition de celui ou celle qui génère les revenus constitue un cataclysme entraînant rapidement des situations désespérées. Souscrire une couverture contre cette éventualité représente le meilleur moyen d'éviter le pire… mais, pour ces ménages, il n'est pas toujours aisé de faire face aux appels de primes périodiques, dont le règlement est soumis aux aléas du moindre incident, incapacité temporaire de travail ou dépense imprévue.

Les polices traditionnelles sont généralement impitoyables avec ces impayés : après quelques tentatives, parfois brutales, de recouvrer rapidement les sommes dues, le contrat est rompu, laissant le client sans protection… et désabusé par rapport aux promesses initiales. A contrario, MobiLife comprend et prend en compte les vicissitudes que doivent régulièrement affronter les personnes démunies dont les embarras de paiement résultent d'une impossibilité matérielle plutôt que de mauvaise volonté.

La philosophie de « Cover Extender » consiste alors à maintenir la garantie souscrite, mais en abaissant temporairement le niveau d'indemnisation prévu à la signature, en proportion des échéances non honorées au cours des six mois précédents. Dès la reprise des versements de prime, il est à nouveau augmenté de manière à revenir progressivement à son montant d'origine. L'assurance peut de la sorte rester en place beaucoup plus longtemps et mieux remplir son office, tel qu'envisagé a priori.

Cover Extender by MobiLife

Pour les institutions, à l'instar de Standard Bank, adoptant la technologie de MobiLife – qui a en effet choisi un modèle de distribution indirect après s'être cassé les dents sur une tentative de commercialisation autonome –, il n'est pas uniquement question de démarche responsable ou d'adaptation au contexte et aux contraintes de leurs clients : le dispositif leur fournit également une extraordinaire opportunité de conserver la relation sur le long terme et, simultanément, d'entretenir et renforcer la confiance.

L'essentiel de la valeur ajoutée de la startup repose sur un socle informatique capable de gérer une approche actuarielle de l'assurance décès radicalement différente des standards en vigueur aujourd'hui. Spécifiquement adapté au marché africain, le principe mériterait certainement d'inspirer les compagnies du monde entier, qui sont toutes confrontées à des segments de population que, soit elles ne savent pas correctement servir en raison de leurs difficultés occasionnelles à faire face à leurs engagements, soit s'aliènent durablement en les évinçant sans état d'âme au premier accroc financier.

samedi 8 juin 2024

Mastercard facilite les transferts de compte

Mastercard
En marge de son métier historique, Mastercard continue à développer ses activités dans le domaine de la banque ouverte. Son dernier ajout en date propose ainsi aux institutions financières un système de mise à jour automatique auprès des correspondants lors de l'ouverture d'un compte ou dans les cas de changement sur un compte existant.

Ce sont en fait deux offres complémentaires, développées en collaboration avec le spécialiste Atomic, qui font leur apparition au catalogue de Mastercard (uniquement aux États-Unis). L'une, « Deposit Switch » prend en charge les dépôts, principalement pour les versements de salaires, tandis que l'autre, « Bill Pay Switch », gère les prélèvements récurrents. Dans les deux cas, une connexion directe aux fournisseurs – plates-formes de gestion de paye et services en ligne des grands facturiers – autorise la modification des informations enregistrées de manière aussi transparente que possible.

Concrètement, en prenant l'exemple d'une intégration dans un parcours d'entrée en relation d'une banque, le prospect est invité, une fois son nouveau compte créé, à s'identifier sur le portail de chacune des organisations auxquelles il a transmis ses références bancaires, à sélectionner parmi la liste extensive d'options disponibles. Les anciennes données sont alors remplacées instantanément sans autre intervention. Naturellement, l'ensemble de la démarche se déroule sans rupture dans l'expérience.

Dans un contexte de maturité du marché, où la plupart des établissements se livrent à une lutte sans merci afin de conquérir les clients de leurs concurrents, la solution de Mastercard apporte un avantage incomparable : alors que les frictions habituelles de migration des engagements antérieurs conduisent souvent à un usage secondaire du compte ouvert, elle encourage, par sa simplicité et par son inclusion au cœur de la procédure de souscription, à en faire immédiatement un instrument primaire.

Le concept est loin d'être inédit – dans son volet des dépôts, il est commercialisé par Plaid depuis 2021 et U.S. Bank l'a déployé l'année dernière, notamment – mais, outre l'intérêt de cibler tous les échanges récurrents afin de faciliter la vie des consommateurs, l'arrivée de Mastercard sur ce terrain devrait stimuler son adoption. Et, si on en croit l'exemple du Royaume-Uni, via une approche certes différente, les efforts de portabilité, introduisant plus de fluidité dans les transitions, ont un impact réel sur la propension des clients à rechercher les meilleures offres et faire jouer la concurrence à plein.

Accueil Atomic

vendredi 7 juin 2024

Plaid enrichit l'agrégation de compte

Plaid
Comme d'autres avant lui, le leader américain de l'agrégation de comptes bancaires Plaid ne se satisfait plus de son rôle de consolidation d'interfaces disparates… qui, de toutes manières, tend à perdre de sa valeur avec les perspectives de standardisation à plus ou moins long terme. Il ajoute donc de l'intelligence à ses services.

En complément de l'accès aux données brutes, notamment sur l'historique de transactions, le nouveau « Consumer Report » fournit désormais aux clients qui le souhaitent des informations dérivées, telles que la synthèse des flux entrants et sortants, les variations de solde…, ou encore des analyses sophistiquées sur le niveau de revenus, qui en prend en compte toutes les typologies (dont les émoluments des travailleurs indépendants), ou sur les emprunts en cours, BNPL inclus.

Naturellement, les premières cibles que vise Plaid avec ces fonctions additionnelles sont les acteurs qui recourent habituellement au score de crédit afin d'estimer la fiabilité financière de leurs clients – essentiellement les prêteurs en tout genre – ou qui usent de méthodes empiriques dans le même but – par exemple les bailleurs immobiliers. L'objectif est de leur offrir des indicateurs complémentaires à ceux qu'ils connaissent, susceptibles, entre autres, de déverrouiller des opportunités manquées jusqu'alors.

Des applications inédites pourront également être imaginées, en particulier grâce aux facultés prédictives de certains critères évalués, qui permettent d'anticiper le montant de la prochaine rentrée d'argent ou la date de versement du salaire à venir. Dans un autre registre, les organisations qui encaissent des paiements récurrents (pour des remboursements de prêt ou des échéances de locations) ont la possibilité d'exploiter, en continu, un score spécifique qui modélise la probabilité de respect de l'engagement.

Plaid Consumer Report

Dans tous les cas, la recette est toujours la même : sous réserve d'autorisation explicite du consommateur concerné, l'entreprise obtient les informations dont elle a besoin par l'intermédiaire d'un unique appel d'API. Pour Plaid, il s'agit donc d'un « simple » prolongement de son métier historique, aujourd'hui relativement banalisé et peu rémunérateur, qui lui ouvre des sources de revenus supplémentaires, qui plus est à la hauteur du surcroît de valeur ajoutée qu'apportent ses traitements.

Le sujet n'est apparemment pas encore d'actualité mais l'approche retenue établit aussi les fondations nécessaires à une gestion avancée de la protection des données confidentielles. Dans la mesure où Plaid se positionnerait comme intermédiaire de confiance (ce qui lui resterait tout de même à faire admettre), disposant d'une visibilité totale sur les comptes des consommateurs, il ne partagerait avec ses clients, dans une transparence absolue, que des caractéristiques strictement légitimes.

jeudi 6 juin 2024

Voici le dépôt d'espèces sur GAB mutualisé

Cash Access UK
Depuis des années, la plupart des banques britanniques se sont lancées dans une vaste campagne de réduction de leurs réseaux d'agences. Avec leur dernière initiative en date, il devient toujours plus apparent que leur stratégie consiste en réalité à se débarrasser, dans la mesure du possible, de tous les aspects matériels de leur métier.

Après la délégation des opérations basiques aux bureaux de poste de sa majesté, puis le déploiement d'agences mutualisées, capables de prendre en charge les clients de différents établissements, la prochaine étape consiste maintenant pour l'industrie à déporter vers les automates les usages qui requièrent impérativement une interaction physique : une première expérimentation, qui devrait rapidement être suivie par une quinzaine d'autres, autorise ainsi le dépôt d'espèces multi-enseignes.

Le projet émane à nouveau du consortium de banques Cash Access UK, dont l'objectif officiel, en réponse à la pression des autorités, est de garantir un accès aux services financiers de proximité aux populations, notamment rurales, qui ne se satisfont pas des outils numériques (et sont souvent adeptes des échanges en billets et pièces de monnaie). Dans les faits, il s'agit plutôt d'un moyen pour ses membres de continuer leurs plans de réduction de leur présence sur le territoire en évitant un abandon brutal.

De toute évidence, la phase précédente, conservant une forme de relation humaine dans un lieu dédié, est le début d'une transition et le développement des fonctions disponibles sur les guichets automatiques en constitue la suite logique, la cible étant l'inévitable disparition de la banque comme espace de rencontre avec un professionnel. Les GAB acceptant les dépôts étant en outre gérés par le spécialiste indépendant Link, ils libèrent les institutions d'une autre activité « matérielle », autant du point de vue des appareils eux-mêmes que de la logistique associée à la collecte.

La marche forcée vers la dématérialisation et la déshumanisation engagée par le secteur au Royaume-Uni est probablement une grave erreur, non par inadéquation aux besoins de la majorité de leurs clients – qui, de toutes manières, préfèrent les services en ligne – mais parce qu'elle est prématurée. En effet, la véritable valeur ajoutée du point de vente, à savoir la relation face à face avec un conseiller susceptible d'offrir un accompagnement personnalisé, n'a aujourd'hui aucun équivalent sérieux sur les canaux « digitaux ». Fermer les agences en fournissant uniquement des substituts à leur rôle transactionnel revient donc à oublier le vrai cœur du métier de banquier.

Accueil Cash Access UK

mercredi 5 juin 2024

Swile crée la carte universelle du salarié

Swile
Le spécialiste des avantages salariés Swile a depuis longtemps étendu son périmètre d'intervention dans d'autres domaines (pour la même cible) tels que la gestion des dépenses professionnelles. Grâce à un partenariat avec le finlandais Enfuce, tous ses services sont dorénavant intégrés sur une même carte, physique et/ou virtuelle.

Les entreprises clientes de la licorne ont de la sorte la possibilité de distribuer une de ces cartes universelles à chaque collaborateur, sur laquelle celui-ci recevra ses titres déjeuner, ses allocations de transport, les éventuels cadeaux et primes de son employeur… Le cas échéant, il pourra également l'utiliser pour régler ses frais de déplacement (en profitant au passage de la plate-forme de réservation incluse dans l'offre de Swile) et ses autres achats réalisés dans le cadre de ses missions.

Chaque application prise en charge est adossée à un compte dédié, avec son propre solde, permettant notamment de définir des règles d'usage, depuis les contraintes réglementaires régissant les titres restaurant jusqu'aux politiques internes de l'organisation, pour lesquelles un tableau de bord propose tous les critères de contrôle imaginables (localisation, horaire, catégorie de marchand, montant…?) pour la validation en temps réel des transactions. À défaut de précision, je suppose que la bascule entre les différents modes disponibles se pilote depuis l'application mobile associée.

Swile – Smartcard

Naturellement, le système fonctionne pour les paiements de proximité ou en ligne et la carte peut être enregistrée dans un porte-monnaie mobile, Google Pay ou Apple Pay. Par ailleurs, la solution de Swile comporte tous les composants nécessaires pour le suivi et la comptabilité (collecte des reçus, suivi de budget, affectation par projet…), en espérant que ces mécanismes ne soient mis en place que pour les domaines non personnels (c'est-à-dire à l'exclusion des bons cadeau et chèques déjeuner).

La démarche de la jeune pousse est astucieuse. En effet, non seulement elle facilite la vie des entreprises et de leurs employés, qui n'ont plus à gérer qu'un outil pour tous les besoins, mais elle représente aussi une excellente opportunité de ventes croisées vis-à-vis des structures qui n'auraient adopté qu'un des produits de l'enseigne. Et si d'autres fonctions venaient s'ajouter un jour à la panoplie actuelle, elles deviendraient potentiellement activables presque instantanément chez tous les clients existants.

mardi 4 juin 2024

La conception collaborative des API

Spendesk
Le spécialiste de la gestion des dépenses professionnelles Spendesk a officiellement déployé ses API, accompagnées de leur portail destiné aux développeurs. En 2024, l'annonce serait insignifiante s'il n'était fait mention de la méthode collaborative employée pour leur conception, fort inspirante pour des situations couramment rencontrées.

Comme tellement d'entreprises, entre autres dans le secteur financier, Spendesk pouvait aisément imaginer les besoins prioritaires de ses clients et partenaires avant de se lancer. En visant d'abord les intégrations les plus évidentes – avec les logiciels de comptabilité, les plates-formes de ressources humaines, les outils de gestion de projet… –, il ne lui était guère difficile d'esquisser les grandes lignes de solutions susceptibles de les intéresser et de les aider à optimiser les processus d'entreprise.

Pourtant, quand il s'agit d'affiner la proposition et de mettre au point les services, rien ne vaut l'expérience concrète des utilisateurs cibles : seuls ceux qui sont de l'autre côté de la barrière connaissent vraiment les informations qui leur sont nécessaires ou comment elles doivent être présentées. C'est la raison pour laquelle Spendesk a commencé par publier une version beta de ses API, accessible à tous, en demandant à son écosystème de les évaluer et de transmettre ses commentaires et autres exigences.

Les moutures définitives, validées après plusieurs itérations, sont ainsi assurées de satisfaire les développeurs qui vont devoir la prendre en main, tout en répondant au mieux aux besoins de leurs organisations. Toutes les conditions sont donc réunies pour viser le succès, même sur des fonctions incertaines, voire expérimentales, lorsque vient l'heure d'explorer des opportunités moins flagrantes pour les APIs.

Portail développeur Spendesk

La démarche mérite l'attention des entreprises – institutions financières en tête – qui hésitent encore et toujours à déployer massivement des APIs en raison de leurs incertitudes sur leur usage potentiel et, par conséquent, sur leur modèle économique. Le meilleur moyen d'avancer consisterait alors à développer des prototypes, puis à les soumettre à une audience qualifiée afin d'en confirmer la pertinence et, le cas échéant, ajuster leur configuration en fonction des réactions qu'elles suscitent.

Naturellement, une telle approche n'est acceptable que si l'effort requis pour réaliser un produit minimum viable est minime (de manière à être en mesure d'absorber les échecs) et n'est efficace que si les cycles de mise à jour sont suffisamment rapides pour que les participants à cette phase de tâtonnements soient convaincus de l'engagement à progresser et aboutir à un résultat optimal dans un délai raisonnable. Dans cette perspective, il faudrait non seulement instaurer une culture agile – pas superficielle, comme on le voit trop souvent, mais réelle – mais également, et ce sera le plus complexe, préparer le système d'information à une exposition en services universelle.

lundi 3 juin 2024

Comment RBC personnalise la banque privée

Tifin
La banque privée de RBC a récemment enrichi sa solution de gestion de la relation client de capacités d'intelligence artificielle, élaborées en collaboration avec le spécialiste TIFIN, de manière à mieux identifier les opportunités d'interactions avec ses clients et aider ses conseillers à les exploiter. Elle dévoile quelques-unes de ses recettes.

La mise en place a commencé en août dernier, par une expérimentation. Celle-ci a consisté à définir et modéliser une sorte de profil idéal (pour une action commerciale) puis à rechercher au sein des bases de données de l'établissement les clients les plus proches de celui-ci. Les résultats étaient ensuite transmis à une soixantaine de collaborateurs cobayes, de ceux qui, en régime de croisière, les utiliseraient au quotidien, afin de valider leur pertinence et d'ajuster les paramètres des algorithmes.

Les différents critères retenus lors de cette première phase visaient par exemple à détecter les mouvements importants d'argent et/ou les événements financiers significatifs (par exemple un héritage), avec une forte probabilité de consolidation à court terme. Avec la généralisation du dispositif auprès de l'ensemble du réseau (comprenant environ 2 200 personnes), intervenue au mois de février, d'autres profils sont explorés, sur la base de catégories d'âge, de niveaux de revenus, de flux de capitaux…

L'objectif de cet outil d'assistance, intégré à la plate-forme Salesforce, est d'orienter les conseillers vers les priorités à traiter, et notamment d'éviter les dossiers oubliés, qui non seulement conduisent à des pertes de revenus mais sont également des facteurs de frustration pour les clients concernés. Les propositions de contacts émises sont par ailleurs accompagnées de suggestions quant aux meilleurs moyens de répondre à la situation repérée, en prenant en compte le contexte spécifique de l'individu visé.

La méthode choisie par RBC représente une variante intéressante des applications de l'intelligence artificielle dans l'univers bancaire. Au lieu d'opérer sur des cas unitaires, elle est en effet initialement centrée sur des groupes homogènes, dont la constitution par une IA est certainement assez facile et sans risque majeur de dérives, auxquels il est ensuite possible d'offrir des prescriptions bien maîtrisées, une touche de personnalisation supplémentaire étant finalement apportée sur leur forme.

Les utilisateurs semblent apprécier l'approche, sur laquelle il garde évidemment le contrôle final. Pour ma part, j'aurai tout de même un regret : dans la présentation du système, il est exclusivement question de moments de vie autorisant la vente d'un produit… alors que les relations avec les clients devraient dépasser ce périmètre extrêmement limité, surtout dans la gestion de patrimoine. Peut-être des profils additionnels permettront-ils à l'avenir d'animer un accompagnement de proximité.

Tifin – AI for Wealth


dimanche 2 juin 2024

Les dérives de la culture financière

Que Choisir
L'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a récemment mis en ligne son comparateur de produits d'assurance-vie, en insistant sur son impartialité, par opposition aux plates-formes existantes, souvent financées, donc potentiellement influencées, par les ventes commissionnées. Son objectivité a pourtant des limites.

L'expérience commence bien, avec une entrée en matière réduite à quatre questions, aboutissant à un classement de plus de 180 contrats qui couvrent environ 80% du marché français. D'emblée, cependant, le doute s'installe, quand la première question aborde l'appétence au risque par un choix entre « aucun », « équilibré » et « dynamique » ou quand une autre porte sur l'âge du visiteur… sous prétexte de prise en considération des limites fixées sur certaines garanties de rendement.

Puis la consultation des critères retenus afin d'établir les palmarès laisse pantois : niveau des frais, performance des fonds euros (historique, bien entendu), qualité (générique) des unités de compte proposées, conditions de retrait anticipé, gestion de portefeuille en ligne… Rien sur l'accompagnement des projets de vie, rien sur l'accès à un conseiller et sa capacité à adapter son offre au besoin exprimé… Pire, les résultats des évaluations sont émaillés de jargon sans explication de leur sens opérationnel.

Que Choisir – Comparateur Assurance Vie

Comme tous les outils du genre, celui de Que Choisir semble ainsi ignorer, voire dédaigner, les attentes profondes des consommateurs. Un comble pour l'organisme qui se prétend être leur champion ! A contrario, il démontre combien l'emprise de l'industrie pèse sur l'univers de la finance, jusqu'à imposer ses codes internes dans toute communication concernant ses produits et services, même de la part d'acteurs indépendants, dont le rôle supposerait qu'ils exercent un jugement plus critique.

À travers ce parti-pris, la comparaison s'établit donc exclusivement sur des paramètres qui, en dépit de leur neutralité apparente, ont été élaborés par les fournisseurs et ne peuvent de la sorte pas être véritablement objectifs. Comment, dans ces conditions, peut-on espérer faire avancer la cause des clients et leur éducation financière ? Si les efforts des trublions du secteur sur la transparence, la simplicité, la pédagogie et la personnalisation ne sont pas reconnus, il ne subsiste aucun espoir de progrès.

samedi 1 juin 2024

CoverSure optimise les assurances des indiens

CoverSure
Il était une fois une idée dont, pour aussi géniale qu'elle paraisse, l'incarnation a toujours rencontré des difficultés à s'imposer auprès des assurés… jusqu'à l'abandon (au moins en France). Elle réapparaît aujourd'hui de l'autre côté de la planète, à savoir en Inde, grâce à CoverSure, avec une inévitable touche d'intelligence artificielle.

Rappelez-vous la pionnière, Fluo, aujourd'hui disparue. Puis il y eut Lyanne, qui a entretemps réorienté sa stratégie. Leur principe ? Il s'agissait d'analyser, dans un périmètre plus ou moins étendu, l'ensemble des contrats d'assurance détenus afin d'éclairer leurs détenteurs sur les garanties dont ils bénéficient réellement… et, le cas échéant, leur proposer des compléments pour les éventuelles lacunes identifiées, ouvrant de la sorte la voie à un modèle économique de courtage classique.

La promesse de CoverSure est identique. Ciblant d'abord les assurances santé, décès et automobile, la jeune pousse commence par mettre en œuvre ses modèles d'IA afin de décrypter les polices souscrites et d'en rendre intelligible à Madame et Monsieur Tout-le-monde les clauses et les exclusions, souvent obscures. Chacune est en outre évaluée par rapport aux besoins : ses avantages et inconvénients sont mis en lumière, ce qui permet ensuite d'émettre une recommandation, pour un changement ou un ajout.

L'application, entièrement gratuite pour ses utilisateurs, offre quelques fonctions supplémentaires. Elle est ainsi également conçue dans le but d'accompagner les nouveaux venus vers leurs premières souscriptions, remplaçant alors le courtier traditionnel par ses algorithmes. Pour ceux qui sont équipés, elle est par ailleurs capable de prendre en charge les renouvellements de manière autonome et, en cas de sinistre, de fournir une assistance d'urgence dans les démarches administratives.

Accueil CoverSure

Le raisonnement sous-jacent au service de CoverSure émane d'un constat universel. Les produits d'assurance sont développés et présentés par des professionnels qui ne se préoccupent guère de leur compréhension par le commun des mortels. Si une telle approche était encore acceptable quand la relation passait obligatoirement par un intermédiaire capable de fournir les explications nécessaires, la « digitalisation » du secteur la rend caduque et laisse les clients en plan… moins confiants que jamais.

Dans le cas de CoverSure, l'immaturité du marché indien ajoute encore aux attentes potentielles à combler. Il restera pourtant à voir si la startup parvient à capter l'attention des consommateurs et à concrétiser son espoir de croissance à long terme, dans un contexte où le premier obstacle à franchir avant de suggérer des optimisations est de faire prendre conscience aux populations de l'importance de l'assurance pour leur quotidien et de les convaincre de prêter sérieusement attention à leurs couvertures.