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C'est pas mon idée !

mardi 30 avril 2024

BBVA, une dérive stratégique

BBVA
Les plus fidèles de mes lecteurs le savent, je considérais depuis des années l'espagnole BBVA comme un phare de l'innovation dans l'industrie bancaire européenne. Hélas la mécanique est maintenant enrayée et sa récente série d'annonces de résultats records, loin d'être rassurante, reflète un triste et dangereux changement de stratégie.

La position enviable, de mon point de vue, atteinte par l'établissement, notamment dans sa mutation « digitale », une des plus abouties de la planète, n'a jamais rien dû au hasard. Elle était le résultat d'une vision unique des évolutions du monde et de la banque soutenue sans relâche pendant plus de 20 ans par son dirigeant, Francisco González Rodríguez. Ce sont les fruits de cette formidable transformation structurelle, technologique et culturelle que récoltent aujourd'hui ses successeurs.

Ces derniers n'ont hélas pas compris que le mouvement ascendant ne pouvait se poursuivre à long terme qu'à la condition de maintenir continuellement les efforts. Ils donnent, à l'inverse, l'impression de considérer qu'ils ont atteint le but et ont désormais engagé une politique tellement banale, centrée sur la rétribution des actionnaires, entre recherche d'efficacité opérationnelle (y compris à travers les projets innovants qui persistent à éclore) et distribution de dividendes ou autres rachats de titres.

Pourtant, la principale caractéristique de l'environnement contemporain n'est pas sa « digitalisation » mais bien sa métamorphose permanente, à un rythme accéléré. Je pense, naturellement, à la technologie (il suffit de constater les bouleversements induits par ChatGPT en quelques mois) mais aussi, et peut-être surtout, aux comportements des clients et des collaborateurs, aux attentes changeantes, toujours plus précises et pressantes, que la plupart des institutions financières restent incapables de satisfaire totalement, ainsi qu'aux grands défis émergents du climat, de la cybercriminalité…

Forte de son indéniable avance, acquise grâce à deux décennies d'acharnement, BBVA n'a évidemment aucune difficulté à générer des profits. Mais la direction actuelle devrait prendre garde à l'illusion d'une victoire définitive et se souvenir que, quand leur aîné a défini la nouvelle orientation de la banque au tout début de ce siècle, rien ne paraissait pouvoir ébranler les modèles alors en vigueur. La situation présente sera pareillement transitoire et il faut impérativement continuer à investir pour survivre durablement.

Siège de BBVA

lundi 29 avril 2024

Un crédit quand la mutuelle ne suffit pas

Matmut
Je découvre, à l'occasion d'une communication commerciale, cette solution de Matmut destinée à pallier les limitations de sa mutuelle en proposant à ses bénéficiaires un crédit afin de couvrir le reste à charge de leurs dépenses de santé, parfois important, après les remboursements du régime obligatoire et de sa propre prestation.

Sur le fond, on regrettera bien entendu que les factures de soins dentaires, d'optique, d'aides auditives et de chirurgie réparatrice, qui font (seuls) l'objet de cette offre, soient si onéreux et si mal couverts par les assurances complémentaires. Toujours est-il que les montants en jeu, qui peuvent aisément atteindre plusieurs milliers d'euros, constituent un obstacle insurmontable pour de nombreuses personnes. Or il est évident que le renoncement qui s'ensuit souvent, potentiellement déclencheur d'une aggravation de l'état de santé général, est de mauvais augure pour la compagnie.

L'idée d'octroyer un prêt dans ces circonstances représente donc un moyen pour cette dernière d'amortir l'impact à long terme de ces décisions forcées. Opéré dans les faits par Socram Banque, il est, en pratique, applicable à des montants compris entre 1 000 et 5 000 euros sur une durée de 12 à 48 mois et à un taux aligné sur les normes du crédit à la consommation, ce qui devrait satisfaire une majorité des besoins.

Parce qu'il est essentiel de faire en sorte que les patients n'hésitent plus et réalisent rapidement les interventions qui leurs sont prescrites, Matmut a mis en place une procédure particulièrement fluide afin de les accompagner au mieux (bien qu'il soit encore possible de l'optimiser, j'y reviendrai). La mutuelle inclut dans sa réponse au devis qui lui est soumis, outre ses conditions de prise en charge, les coordonnées de son service bancaire où un financement peut être sollicité très simplement puisque toutes les informations requises sont déjà entre les mains de l'établissement.

Matmut – Crédit Santé

Quel dommage que la seule option disponible soit un numéro de téléphone, alors qu'une plate-forme en ligne paraitrait tellement appropriée… et aussi plus efficace et plus réactive ! Peut-être verra-t-on un tel ajout dans une évolution ultérieure. Autre suggestion, plus ambitieuse mais certainement pertinente pour une organisation qui traite de la santé de ses clients : l'encouragement à souscrire un prêt, surtout pour un acte fondamental, mériterait d'être assorti d'un outil de pilotage du bien-être financier, en commençant par la gestion avisée des échéances de remboursement.

Loin des exemples classiques du concept de « banque enfouie », c'est pourtant bien de cette logique que ressort l'initiative de Matmut, dans une démarche où ce modèle prend totalement sens. Les petites faiblesses de son implémentation montrent à quel point le sujet reste  extraordinairement difficile à aborder par les institutions historiques, autant celles qui profiteraient utilement de sa mise en œuvre que celles qui en sont les fournisseuses naturelles. La maturité est encore lointaine mais, à partir du moment où les opportunités se dessinent, elle devrait maintenant commencer à progresser.

dimanche 28 avril 2024

La FinTech française en 2024

Pôle Finance Innovation
Le troisième palmarès FinTech100 élaboré par le Pôle Finance Innovation et Trufle Capital nous fournit aujourd'hui une excellente opportunité d'analyser l'état de l'écosystème en 2024… au-delà des constats évidents, entre raréfaction des capitaux et mouvement de consolidation, qui affectent profondément le nouveau classement.

Parmi les points forts relevés notamment par BPCE, partenaire de l'étude, je retiendrai ici les trois qui me paraissent les plus marquants, surtout dans la mesure où ils déterminent les spécificités du paysage hexagonal en comparaison d'autres régions (et je pense plus particulièrement au Royaume-Uni et aux États-Unis) : le positionnement dans la chaîne de valeur, les préoccupations vis-à-vis de la réglementation et… l'adoption massive de l'intelligence artificielle (quelle surprise 😀).

Sur le premier volet, c'est une tendance historique qui continue à s'affermir : désormais plus de sept jeunes pousses de la liste sur dix (72% exactement) opèrent en « B2B » et distribuent leurs produits auprès des acteurs financiers. La FinTech des origines, qui visait à se substituer à ces derniers en offrant une expérience « digitale » directement aux clients déçus par les institutions traditionnelles, laisse ainsi de plus en plus la place à un modèle d'éditeur de logiciel ciblant le secteur bancaire ou de l'assurance.

Il ne faut hélas pas s'étonner de cette évolution vers ce qui fut un temps nommé « TechFin » quand on voit combien les tentatives de lancement de solutions « B2C », qu'elles soient à l'intention du grand public ou des entreprises, sont découragées. Évoquez un tel projet et tout le monde vous dira que c'est irréalisable tandis que les bailleurs de fonds se détourneront de vous. L'audace et la persévérance nécessaires ne sont pas suffisamment développées dans ce pays pour ce genre d'aventure difficile.

Palmarès FinTech 100

La réticence généralisée est d'autant plus regrettable que les plus grands succès de la FinTech tricolore – dont, par exemple, ses licornes : Lydia, Younited, Qonto, Alan, Swile, Pennylane, Payfit, Pigment… – ont presque tous une approche directe, ce qui est parfaitement logique car celle-ci est beaucoup plus propice à l'hypercroissance que l'édition de logiciel. Incidemment, elle ouvre la porte aux startups étrangères (pensez à Revolut, N26, Wise…) qui jouissent alors d'un marché sans concurrence locale.

Dans ce contexte, il est en revanche incompréhensible que la réglementation soit présentée comme un défi par la plupart de ces organisations, qui, n'étant que des fournisseurs de technologie, ne sont donc pas soumises aux exigences les plus sévères, propres à la finance. Celles qui les affectent, par exemple autour de la protection des données et l'IA, pourraient pourtant être appréhendées comme des moyens de gagner la confiance de leurs clients avec l'avantage d'une intégration « native ».

Enfin, après un démarrage timide en 2022, l'intelligence artificielle fait paraît-il une entrée en force dans la moitié des entreprises citées. Malheureusement, elle est essentiellement mise en œuvre dans l'univers du marketing, où elle ne contribuera guère à améliorer les offres. Là encore, l'audience visée explique probablement ces progrès modestes, quand on sait à quel point les grands groupes restent méfiants envers ces technologies et s'en tiennent pour l'instant à l'observation et l'expérimentation.

En conclusion, la FinTech française se répartit aujourd'hui entre une petite poignée d'acteurs cherchant réellement à rompre le statu quo et une vaste quantité d'éditeurs de logiciels s'adressant à des établissements classiques peu enclins aux transformations radicales. Entre un effet de volume minimal pour les premiers et l'immobilisme des seconds, notre secteur financier risque de peu évoluer à moyen terme.

Monzo offre des saucisses

Monzo
Après trois années sans changement majeur, Monzo a décidé de renouveler entièrement sa gamme de forfaits bancaires afin de mieux répondre aux attentes différenciées de ses 9 millions de clients. Parmi les avantages qu'elle met en avant figure un feuilleté à la saucisse (ou autre gourmandise) chez Greggs, chaîne de boulangerie britannique.

Au-delà de l'anecdote (savoureuse !), c'est naturellement la démarche mise en œuvre qui m'intéresse, rejoignant la longue série des petites idées aux grandes implications (au moins intellectuelles) à laquelle nous a accoutumés la néo-banque depuis sa naissance. Et, comme souvent dans ces aventures (en dehors de rares accidents malheureux), l'histoire de cette refonte commence par une recherche approfondie et systématique des habitudes, des préférences et des besoins de ses clients.

Certes, il n'est rien d'exceptionnel à organiser des enquêtes massives (auprès de plus de 45 000 personnes, tout de même), afin d'enregistrer les réactions aux produits existants et collecter les demandes et les souhaits pour une version améliorée. Plus difficile, mais tout aussi banale (j'espère), est la réalisation d'une synthèse permettant, à défaut de savoir individualiser la solution à chaque cas particulier, de dégager trois niveaux de plans correspondant à des profils types dans lesquels une majorité se reconnaît (y compris, bien entendu, dans le registre du tarif et de son acceptabilité).

Mais Monzo ne s'arrête pas là et ajoute à cette première couche d'analyse une seconde formule dont je soupçonne qu'elle n'est pas si courante dans l'industrie de la finance. En effet, au cours de la mise au point de ses nouvelles offres, la jeune pousse a exploré les données dont elle dispose, de manière à identifier à travers leurs transactions les pratiques les plus fréquentes parmi ses clients et à déduire de cette connaissance les actions précises susceptibles de générer le maximum d'impact et d'adhésion.

Moneo x Gregg

Ainsi en arrive-t-on aux saucisses ! En l'occurrence, les sondages ayant relevé l'intérêt marqué des consommateurs pour un avantage tel qu'un café ou un snack gratuit, une étude sur les dépenses des adeptes de ses programmes privilégiés antérieurs a révélé que Greggs était leur enseigne favorite pour ce genre d'achat. Il devenait alors évident de conclure un partenariat avec elle : les souscripteurs des deux abonnements les plus complets se voient donc octroyer un cadeau par semaine dans ses boutiques.

Dans un esprit similaire, au vu du volume important de billets de train commandés par les mêmes clients (et, incidemment, des bienfaits pour la planète d'encourager le recours aux transports en commun), ils bénéficient dorénavant d'une carte annuelle de réduction auprès de Trainline. A l'inverse, la prise de conscience du faible usage des accès aux salons d'aéroport et autres opérations spéciales dédiés aux voyageurs a conduit à abandonner l'option, au profit d'autres plus largement appréciées.

La banque, en général, est encore très loin de l'ultra-personnalisation, qui serait capable de délivrer une expérience sur mesure pour chaque individu et chaque moment de sa vie. En attendant, Monzo montre la voie vers une optimisation intermédiaire : en utilisant le pouvoir de l'information, il devient facile (et bientôt indispensable) de s'assurer, pour en maximiser l'efficacité, que les offres destinées à de vastes segments de population sont alignées au mieux avec les préférences du plus grand nombre.

samedi 27 avril 2024

Chase s'ancre dans les communautés locales

Chase
Un peu en marge de ses 4 500 agences traditionnelles dispersées sur le territoire américain, Chase développe depuis cinq ans un petit réseau de « centres communautaires », aux objectifs sensiblement différents, ciblant généralement les besoins des populations défavorisées. Elle vient d'ouvrir le dix-septième dans le Bronx.

Dans une démarche qu'on imaginerait plus facilement empruntée par un établissement mutualiste que par un géant commercial, la filiale de J.P. Morgan dédie en priorité ces implantations d'un nouveau genre à l'accompagnement des personnes et des entreprises locales, pour la plupart issues des minorités ethniques, sur la voie de la santé et de la résilience financière, faisant passer au second plan les fonctions transactionnelles habituelles (qui, bien sûr, ne disparaissent pas pour autant).

En lieu et place (ou en complément ?) d'un directeur d'agence, le site est animé par un gestionnaire de communauté. Son rôle consiste à appréhender, à travers des rencontres avec les principales figures du quartier choisi, les attentes de sa population vis-à-vis d'un acteur financier puis à définir et mettre en place les programmes adaptés afin d'y répondre de la meilleure façon possible. Entièrement personnalisés, ceux-ci peuvent ainsi prendre des orientations diverses selon les situations rencontrées.

L'ambition de Chase est de parvenir à tisser des liens plus étroits avec des interlocuteurs peu familiers du système bancaire, intimidés par ses standards et qui, en raison de cette distanciation, ne profitent pas des opportunités qui leur permettraient d'optimiser leurs perspectives, aussi bien à titre individuel qu'en tant qu'entrepreneur. Concrètement, il s'agit par exemple de mettre à l'aise, avant même qu'il ne franchisse la porte, et d'aider sans détour un visiteur qui ne sait pas à qui poser sa question.

Selon cette logique, le centre met en avant une composante éducative à plusieurs facettes. Il organise notamment, à l'intention de tous, clients ou non, des conférences et ateliers sur des thématiques pratiques de gestion de budget, d'accession à la propriété ou encore d'introduction à l'investissement. Dans un autre registre, il offre également des entretiens privés destinés à assister les professionnels dans leurs projets.

En amont, pour vaincre les réticences à franchir le seuil de l'agence, des efforts ont été mis sur la création d'un espace convivial, en collaboration avec la communauté. Entre autres, la décoration a été partiellement inspirée par les étudiants d'une école d'art toute proche et, réminiscence d'expériences lointaines, une vaste salle peut accueillir les événements de la banque ou les boutiques éphémères d'artisans des environs.

Justifiant son initiative par les retombées forcément positives d'une économie locale florissante pour une institution financière, il faudrait toutefois être naïf pour croire que Chase dessine l'avenir de son réseau physique dans ce format (qui ne concerne donc pour l'instant que 17 implantations sur 4 500). Mais il peut malgré tout ouvrir une réflexion intéressante sur la mission future de l'agence une fois que les interactions commerciales et opérationnelles sont dématérialisées. À mon avis, il manque pourtant dans la vision proposée un relais « digital » à l'approche envisagée car, de nos jours, une relation de proximité passe nécessairement aussi par internet.

Agence Chase

jeudi 25 avril 2024

Square généralise le paiement hors ligne

Square
À l’occasion de l’annonce de sa généralisation à l’ensemble de sa gamme de terminaux, dans tous les pays où ceux-ci sont distribués, je redécouvre cette option de Square, dont la première implémentation remonte à 10 ans, permettant aux marchands de conserver leur capacité d’encaissement en l’absence de toute connectivité.

Le principe était évidemment essentiel pour le modèle d’origine de la jeune pousse, puisqu’elle s’adressait en priorité aux professionnels itinérants (commerçants occasionnels, vendeurs sur les marchés, artisans à domicile…), pour lesquels la possibilité d’accéder à un réseau internet fiable est impossible à garantir en permanence (encore moins en 2014 qu’aujourd’hui). Or, s’ils ne peuvent accepter les paiements en toute circonstance, l’intérêt de la solution est sérieusement diminué.

Concrètement, c’est un mode de secours, dégradé, qui est proposé aux utilisateurs. Activé à la demande, il va enregistrer les transactions sur le terminal et attendre la restauration d’une connexion opérationnelle afin de les transmettre pour traitement (normal). Du point de vue du client final, l’expérience est totalement transparente. En revanche, en raison des risques d’incident a posteriori (dont l'inconnue que représente la persistance de l’interruption au-delà du délai maximal de 24 heures indiqué dans les conditions de mise en œuvre), le vendeur peut définir des limites spécifiques.

Square Offline Payments

Avec l’extension du mécanisme à l’intégralité du catalogue de Square, il n’est désormais plus seulement question de maintenir le service dans les zones blanches ou lors de défaillances d’un fournisseur de télécommunications. Tout en insistant sur ses efforts constants en vue d’assurer une disponibilité maximale, l’entreprise reconnaît qu’elle peut, elle aussi, être victime de pannes. Son palliatif vient alors à la rescousse et contribue à réduire, sinon entièrement éliminer, les impacts pour ses clients.

Tandis que toutes les tentatives récentes de mise au point de porte-monnaie électroniques universels, en particulier celles émanant de banques centrales désireuses de remplacer les espèces, butent sur le dilemme des échanges hors ligne, l’historique de Square sur le sujet, apparemment validé par sa décision de prolonger son approche, constitue une source d’enseignements extraordinaires, même s’ils doivent être contextualisés, depuis la confirmation des compromis nécessaires entre intégrité des paiements et continuité de service jusqu’à leur acceptation par les intéressés.

mercredi 24 avril 2024

Standard Chartered rénove son portail d'API

Standard Chartered
Pour Standard Chartered, la banque ouverte est une évidence depuis 2019, concrétisée par le lancement de sa place de marché permettant à ses entités internes, à ses partenaires et à ses clients d'exploiter facilement ses services. Cinq ans plus tard, elle en dévoile une nouvelle version destinée à corriger ses approximations de jeunesse.

Pour la plupart des institutions financières, le concept d'« open finance » n'a guère dépassé le stade des interfaces réglementaires imposées par la deuxième directive des services de paiement (DSP2), en Europe, ou ses équivalents dans les autres régions du monde. A contrario, Standard Chartered a choisi tôt d'en faire un axe stratégique de développement prioritaire. Avec la maturité qu'elle a acquise de la sorte, elle a progressivement pris conscience de l'importance de la dimension « marketing » d'une telle démarche, qui justifie donc ses derniers efforts en date.

Sur le fond, d'abord, l'établissement peut se vanter d'une sérieuse avance sur la concurrence en affichant un catalogue de plus de 100 APIs, couvrant les 33 pays, tout autour de la planète, où il possède une présence, ainsi que ses différents métiers, représentés par des fonctions aussi diverses qu'une option de paiement fractionné ou le trading sur le marché des devises. Du point de vue des usages aussi, les statistiques – dont le demi-milliard d'invocations chaque année – sont plutôt impressionnantes.

En revanche, jusqu'à récemment, sa démarche commerciale était restée à un stade relativement primitif. Comme toutes les entreprises faisant leurs premiers pas sur un terrain vierge et inconnu, Standard Chartered avait tendance à s'appuyer sur ses méthodes traditionnelles pour la conquête de clients et leur enrôlement : en résumé, plate-forme de communication institutionnelle et interactions humaines. Ce qui, bien sûr, ne correspond pas (ou plus) aux attentes des adeptes de finance ouverte.

Standard Chartered – Open Banking Marketplace

En remplacement de l'ancien site (aXess), les visiteurs disposent désormais d'une authentique place de marché, à l'état de l'art, capable de répondre aux besoins et aux questions de tous les publics concernés, depuis des responsables « métier » jusqu'aux personnes en charge de l'intégration, en passant par les développeurs logiciels.

Aux premiers elle offre naturellement une vision fonctionnelle des services proposés, organisée par secteurs cibles (industrie, e-commerce, FinTech…), assortie d'études de cas et de témoignages d'utilisateurs, servant non seulement à séduire les prospects mais également à susciter l'inspiration. Et si les spécialistes techniques ont accès à toutes les documentations nécessaires afin d'assurer leurs missions, y compris, bien sûr, sur les aspects de sécurité, un bac à sable, susceptible d'être pris en main par des non professionnels grâce à des outils sans code, autorise en parallèle les expérimentations en conditions proches d'un environnement de production.

Même parmi les acteurs les plus en pointe, le volet marketing est encore trop souvent négligé dans les politiques de promotion de la banque en services. Les solutions distribuées sous forme d'API n'ont pourtant (quasiment) aucune valeur si, d'une part, elles ne captent pas instantanément l'attention des décideurs en position de profiter de leurs capacités et si, d'autre part, elles ne répondent pas aux « normes » modernes qu'attendent désormais les équipes informatiques. L'exemple donné par Standard Chartered ouvre la voie vers l'industrialisation d'un modèle adapté à ces exigences.

mardi 23 avril 2024

Sweetie gère les finances des couples séparés

Sweetie
Avec près d'un couple sur deux finissant par se séparer, ce sont quelques 10 millions de français qui, potentiellement, devront un jour gérer un budget commun avec leur ex pendant une période plus ou moins longue. Sweetie, sélectionnée par La Poste pour ses « Coups de Cœur #FemmesDuNumérique », est là pour les accompagner.

La présence d'un ou plusieurs enfants, avec les dépenses importantes qu'ils entraînent, pour de longues années, constitue évidemment une situation propice à ce genre de besoins, mais il ne faut pas oublier les autres cas, tel que, par exemple, les charges liées à une résidence, en attendant que son sort soit définitivement réglé. Ces interactions imposées après la rupture sont des sources de conflit et de friction dont tout le monde, y compris au-delà des intéressés, se passerait volontiers.

Dans cette perspective, Sweetie propose une application qui vient en quelque sorte prendre une place de médiatrice neutre. À l'instar de celle que distribue Onward aux États-Unis depuis 2022, elle permet d'enregistrer les transactions à répartir (selon un barème prédéterminé) entre les anciens partenaires, assorties de leurs justificatifs afin d'écarter tout risque de contestation, puis endosse la responsabilité, par voie électronique, du traitement des demandes de remboursement correspondantes.

La jeune pousse ajoute en outre une dimension de preuve juridique (a minima, car non réellement opposable, a priori) à son dispositif. Non seulement les règles de distribution des charges peuvent-elles être, le cas échéant, établies sur la base de décisions judiciaires, tous les règlements consignés par l'intermédiaire de la plate-forme donnent également lieu à la production de compte-rendus « certifiés » susceptibles d'être versés aux dossiers d'une caisse d'allocations familiales, d'un avocat, d'un juge…

Accueil Sweetie

En revanche, la solution semble pour l'instant requérir une saisie manuelle des opérations à intégrer. Dans une version plus aboutie, elle pourrait, comme l'a maintenant ajouté Onward de son côté, faciliter la tâche de ses utilisateurs en leur procurant la faculté de connecter leurs comptes bancaires, de manière à leur laisser simplement sélectionner les lignes concernées sur leurs relevés. L'étape suivante consisterait à introduire un instrument de paiement commun pour éviter les avances de frais.

Naturellement, le marché comporte aujourd'hui pléthore d'outils destinés à piloter les dépenses de groupes ou de familles (notamment celles qui ne possèdent pas de compte joint). Cependant, les particularités des séparations – entre obligations légales et relations antagonistes – exigent une approche spécifique qui justifie parfaitement l'existence de Sweetie (et Onward, sur l'autre rive de l'Atlantique). Espérons maintenant que le service progresse rapidement afin de dépasser son stade actuel de MVP.

lundi 22 avril 2024

L'épineuse question de l'exactitude de l'IA

ICO
Dans un monde confronté quotideiennement aux dangers de la désinformation, l'intelligence artificielle – prise entre ses graves hallucinations et ses petites approximations – génère des inquiétudes supplémentaires pour la notion même de vérité. Alors le gendarme britannique de la protection des données (l'ICO) consulte sur le sujet.

Depuis l'irruption de ChatGPT sur internet et l'engouement massif qu'il a provoqué, tous les régulateurs de la planète se précipitent afin de comprendre les défis inédits qu'engendrent les plates-formes de ce genre et de tenter de leur apporter des réponses, en vue de leur exploitation bénéfique pour tous dans des conditions satisfaisantes. Or, si les préoccupations qu'elles expriment paraissent légitimes, leur manière d'envisager des solutions appropriées laisse malheureusement beaucoup à désirer.

Ainsi, dans le cas de l'ICO (qui pourrait aussi être celui de la CNIL française ou de l'EDPB européen), la question soulevée, évidente, se révèle aussi critique qu'urgente : comment éviter que l'application de l'intelligence artificielle ne s'égare quand elle s'exerce sur une matière aussi sensible que la personne et quand les erreurs commises peuvent causer des préjudices plus ou moins graves, depuis l'atteinte à la réputation jusqu'au refus d'accorder un crédit (pour ne prendre que ce seul exemple financier) ?

Dans son exploration de ce véritable trou noir, qui menace autant à travers les outils mis à disposition du grand public que via ceux que déploient progressivement les entreprises (en général avec une certaine prudence, par bonheur), l'agence commence par interroger les parties prenantes en évoquant les pistes de réflexion qui lui semblent les plus prometteuses, à savoir le contrôle de la justesse des données d'entraînement des modèles et l'évaluation (et la divulgation) du degré de précision de leurs résultats.

ICO Consultation

Hélas, ces orientations, bien que logiques en apparence, n'aideront guère à faire face au problème. Sur le premier aspect, si l'introduction de contenus de mauvaise qualité (tels que ceux issus des réseaux sociaux) lors de la mise au point des « raisonnements » de l'IA (par imitation, rappelons-le) entraîne inévitablement des défauts majeurs, la véracité des entrants n'offre aucune garantie de fiabilité à la sortie, ne serait-ce qu'en raison des déformations que peut susciter la façon d'interagir avec le logiciel (le « prompt »).

Quant à la mesure de l'exactitude des modèles, même statistique, on perçoit bien combien elle est insaisissable. Outre son évolution dans le temps, à peu près imprévisible, elle est surtout fortement dépendante des usages : le moindre écart par rapport au domaine de « compétences » initial d'une solution la rend instantanément caduque. Par ailleurs, il faudrait que les utilisateurs – humains ou robots – apprennent à prendre en compte cette estimation avant d'exploiter les informations produites.

En conclusion, l'intelligence artificielle générative a ouvert une boîte de Pandore, dont on discerne difficilement les options disponibles afin d'en maîtriser les conséquences. Espérons que la consultation de l'ICO (et, éventuellement, de ses équivalents dans le monde) permette de dégager quelques idées opportunes… En attendant, le plus sage consiste à maintenir un contrôle (humain) systématique sur ce qui émane de cette technologie et à ne jamais la laisser nous faire croire qu'elle détiendrait la vérité !

dimanche 21 avril 2024

Google s'attaque aux catastrophes naturelles

Alphabet X
À la convergence de ses expertises incontestables en matière de cartographie et d'intelligence artificielle, Alphabet (Google) développe activement, dans le cadre de sa division X dédiée à ses projets les plus ambitieux, des solutions avancées de prédiction et d'aide à la remédiation des catastrophes naturelles et de leurs impacts.

Quelles que soient les actions entreprises maintenant en vue de le limiter à terme, le réchauffement climatique est désormais une certitude, tout comme ses conséquences, dont notamment l'augmentation dramatique inéluctable du nombre de phénomènes dangereux, constatée presque quotidiennement partout autour de la planète. En parallèle des efforts environnementaux, l'humanité à donc besoin, en urgence, de moyens de contrôler ces épisodes qui menacent des populations entières.

L'initiative Bellwether prend donc ce problème à bras-le-corps, sous deux angles complémentaires. D'abord focalisée sur les deux catégories de sinistres les plus fréquents et les plus dévastateurs que sont les incendies et les inondations, elle élabore en amont des modèles prédictifs capables de déterminer la probabilité de survenue d'un événement sur une longue période (jusqu'à 5 ans), tandis que, en aval, elle conçoit des outils destinés à identifier rapidement les dommages et où concentrer les secours.

L'approche retenue s'avère extrêmement sophistiquée, basée principalement sur l'accumulation de photographies aériennes et combinant, entre autres, une analyse de l'évolution dans la durée de la surface de la terre, à la fois dans sa dimension naturelle et à travers ses constructions, avec un recensement des éléments surveillés (par exemple les catégories d'essence végétale, les types de bâtiment, les vents dominants…) permettant d'évaluer aussi finement que possible les risques à appréhender.

Alphabet X – Betllwether

La mission que se donne l'équipe de Bellwether est également double. D'une part, il s'agit d'offrir aux parties prenantes – citoyens, organismes publics, entreprises privées (dont, évidemment, les assurances)… – de la visibilité et de la transparence sur leurs niveaux d'exposition, grâce auxquelles elles sont en mesure d'anticiper les cataclysmes et, donc, de s'y préparer, voire de s'en prémunir, avec beaucoup plus d'efficacité.

Puis le deuxième volet entre en jeu quand arrive le pire : il faut réagir vite et en priorité là où c'est le plus important afin de limiter les dégâts (matériels et humains), ce que la plate-forme aide à qualifier immédiatement. La Garde Nationale américaine a ainsi adopté le système, avec lequel elle ne perd plus, comme aujourd'hui, des heures à chercher, manuellement, les cartes les plus appropriées de la zone affectée et à repérer les points sensibles où elle doit intervenir pour optimiser ses opérations.

Parce que le dérèglement climatique est déjà enclenché, parce que rien ne permettra de l'infléchir avant des décennies et parce que ses effets sur nos vies et nos activités vont devenir de plus en plus écrasants, la mise au point de solutions de prévention et d'assistance, telles que celles d'Alphabet X, devient aussi critique que les démarches de protection de l'environnement et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Voilà un nouveau chantier à engager… notamment par le secteur de l'assurance.

samedi 20 avril 2024

ABN AMRO se renforce sur l'éducation digitale

ABN AMRO
Décidément, la transition « digitale » massive des banques néerlandaises ne parvient pas à trouver la recette idéale pour emporter l'adhésion de l'ensemble de la population : outre une frange de réfractaires, il subsiste toujours une proportion non négligeable d'exclus numériques auxquels il faut fournir un soutien de proximité.

La réduction drastique des réseaux d'agence aux Pays-Bas depuis une décennie trouve son origine dans l'adoption généralisée (et volontaire) des plates-formes web et mobiles par une immense majorité des consommateurs. Malheureusement, pour quelques-uns, dont les seniors constituent le principal contingent (mais ce serait un cliché de croire qu'ils sont les seuls), la bascule s'avère beaucoup plus difficile, faute de familiarité avec la technologie et de confiance en soi pour son utilisation.

Déjà consciente des risques en 2018, ABN AMRO avait institué une force spéciale offrant à tous ceux qui le souhaitaient d'obtenir dans les agences encore ouvertes une assistance individuelle à la manipulation des outils électroniques. Dans une probable tentative de réduction des coûts, elle a ensuite misé sur un effort concerté avec quelques-unes de ses consœurs, d'abord avec des bénévoles puis via une association spécialisée et le déploiement d'un plateau téléphonique à la mission minimaliste.

Alors que la demande ne semble pas faiblir, notamment en raison de l'explosion de la cybercriminalité, les résultats de ces initiatives ne sont vraisemblablement pas probants puisque l'établissement annonce maintenant le doublement des effectifs dédiés à son premier dispositif, rebaptisé « Help with Banking », pour passer à plus de 200 collaborateurs, disponibles tous les jours afin de répondre aux questions et aux incertitudes des clients essayant de piloter leurs comptes avec les applications.

ABN AMRO Help with Banking

Ces conseillers d'un nouveau genre ont un double rôle, qu'ils peuvent exercer en agence ou à domicile. Leur priorité consiste à familiariser les novices avec les services en ligne. Il peut s'agir d'expliquer pas à pas les fonctions disponibles ou d'organiser une visite générale à la découverte des options parfois méconnues (par exemple en matière de protection contre la fraude). Mais ils sont aussi là pour un accompagnement opérationnel et peuvent aider concrètement à exécuter une transaction.

La démarche constitue d'une certaine manière un aveu d'échec par rapport à la vision utopiste qui imaginait de convertir un jour tous les clients à la banque à distance. Il est certainement encore possible, par une formation adaptée, de continuer à tendre vers cette cible mais elle est impossible à atteindre, au moins dans des délais raisonnables. La seule solution viable, hormis l'abandon (auquel cèdent quelques enseignes), reste d'offrir un autre mode de relation, personnalisé, aux victimes d'illectronisme.

vendredi 19 avril 2024

Le RPA de KeyBank remplace 500 employés

KeyBank
Éclipsés par l'emballement médiatique pour l'intelligence artificielle et ses promesses de révolution, les robots d'automatisation de processus (RPA) sont pourtant, dès aujourd'hui, les principaux accapareurs d'emplois humains, comme en témoigne l'américaine KeyBank qui a remplacé l'équivalent de 500 personnes sur 300 mises en œuvre.

Dans n'importe quelle entreprise possédant un minimum d'historique, le RPA agit comme une drogue. La première expérimentation révèle instantanément tous ses bénéfices : accélération des traitements et, donc, meilleure réactivité, notamment vis-à-vis des clients, renforcement de la fiabilité, réduction, voire élimination, des coûteuses interventions humaines… Dès lors, la tentation est irrésistible d'en généraliser le recours (en dépit des prix souvent exorbitants pratiqués par les fournisseurs).

KeyBank se trouve ainsi dans le cas où son addiction s'aggrave. Non contente de la première génération de solutions, qui lui a tout de même permis d'engranger des résultats substantiels, elle est passée à un stade supérieur avec ce qui est maintenant qualifié d'hyper-automatisation (entre autres par son partenaire OutSystems) et applique ses méthodes de rationalisation à des centaines de processus dans tous ses métiers, vantant les gains immenses qu'elle en tire pour son efficacité opérationnelle.

KeyBank x OutSystems

Je propose cependant d'aborder la démarche sous une autre perspective. Chaque instance de robot correspond en réalité à un fonctionnement défaillant dans l'organisation, qu'elle pallie, certes, mais, hélas, ne résout pas fondamentalement. Ce sont ainsi des myriades de problèmes qui sont identifiés – dont le responsable de la transformation de KeyBank attribue d'emblée la faute à des systèmes informatiques vieillissants – et en quelque sorte couverts d'un sparadrap pour en limiter l'impact.

Plus raisonnablement, la technologie n'est pas la seule en cause. Les processus orchestrés « autour » des outils mis en place au fil du temps sont eux-mêmes victimes d'obsolescence, en particulier lorsque les logiciels sont venus successivement en automatiser telle ou telle tâche ou séquence, en support ou en substitution à une activité humaine, sans préoccupation pour la cohérence du parcours global. Dans ces conditions, le RPA permet tout au plus de « recoller les morceaux » au mieux.

Un peu comme si, à la naissance de l'automobile, les utilisateurs s'étaient contentés de charger leur carriole à cheval sur une voiture afin d'aller plus vite, ces robots autorisent une accélération (et quelques autres avantages) mais ne devraient jamais dispenser d'une réflexion stratégique sur tout ce que le concept de « digitalisation » recouvre d'autre. Or, quand 300 processus sont déjà passés à la moulinette et procurent une illusion de progrès, le risque est grand d'oublier l'indispensable chantier de fond.

jeudi 18 avril 2024

Un retour à la raison pour l'IA ?

IA
Depuis plusieurs mois, l'actualité donne peut-être l'impression que le monde entier est obnubilé par l'intelligence artificielle… mais une étude issue d'un institut de Stanford spécialisé dans ses tendances montre pourtant que les investissements en la matière chutent pour la deuxième année consécutive. Un sain retour à la raison ?

En intégrant toutes les catégories d'opérations, la baisse s'établit à 20% en 2023 par rapport à 2022, avec un déclin particulièrement sensible dans les fusions-acquisitions, qui sont passées de 117 milliards à moins de 81 milliards de dollars. Simultanément, le nombre de startups financées à explosé de 40%, atteignant un record de 1812, tandis que les méga-transactions à plusieurs milliards, indispensables pour les grands modèles gloutons en capital (des géants de la technologie, en général), se sont poursuivies.

La maturité atteinte dans l'élaboration de ces fondations explique néanmoins probablement une partie du ralentissement. Dans un mouvement inverse, en revanche, l'IA générative a connu une embellie massive, probablement passagère, dans le sillage de l'engouement médiatique pour ChatGPT, avec une multiplication par 9 des fonds engagés sur un an… en notant toutefois qu'elle ne représente qu'environ un quart du total (et il faut se réjouir de voir que la mode n'emporte pas tout sur son passage).

Pour la majorité des observateurs, le marché est aujourd'hui entré dans une phase de réalisme déclenchée par la prise de conscience de l'excès d'optimisme qui prévalait précédemment. Plusieurs signaux sous-jacents, sur différents axes, semblent ainsi confirmer que les projections initiales de rentabilité relèvent sinon de l'utopie du moins d'un rêve à très long terme, entraînant à la fois une normalisation des valorisations et une plus grande prudence vis-à-vis des nouvelles opportunités du secteur.

Il devient désormais apparent, par exemple, que la mise en œuvre effective de l'intelligence artificielle sur des cas d'usage concrets est beaucoup plus complexe et délicate que ne le laissait supposer les premières expérimentations. Une récente enquête du BCG soulignait ainsi que, contrairement à une perception entretenue par quelques déclarations tonitruantes, la moitié des dirigeants dans les entreprises ne croient guère aux promesses de la technologie et craignent ses approximations.

Ce n'est évidemment pas la fin de l'histoire pour l'IA. En revanche, le changement d'attitude des investisseurs constitue un réveil après une période d'illusion : ils comprennent (enfin !) que la partie se joue sur une échéance lointaine et ils apprennent à analyser objectivement et rationnellement les dossiers qui leur sont soumis. Les organisations potentiellement utilisatrices – dont, il est vrai, quelques-unes commencent à adopter une position sceptique similaire – auraient tout intérêt à en faire de même.

Atterrissage

mercredi 17 avril 2024

eToro démocratise le vote d'actionnaire

eToro
Dans le sillage d'une tendance encore discrète mais indubitable, eToro annonce la généralisation à toutes les actions négociées sur sa plate-forme de la possibilité pour leurs détenteurs de soumettre facilement leurs votes aux assemblées générales, dont une expérimentation limitée aux titres cotés aux États-Unis a rencontré un vif succès.

Il existe de multiples raisons pour lesquelles les investisseurs individuels ne s'engagent que rarement dans la vie des entreprises dans lesquelles ils ont acquis des parts. Dans le cas des fonds mutuels ou indiciels, ils ne sont pas directement propriétaires, ce qui les exclut a priori… mais n'empêche pas BlackRock de vouloir leur restituer ce pouvoir. Le cas est identique avec les actions fractionnées, mais même avec les portefeuilles classiques, les complexités de participation découragent les amateurs.

En revanche, il semble que le désintérêt et la passivité ne soient pas des causes de désaffection pour une fraction importante de la population concernée : presque 30% d'un panel international consulté sur la question affirme avoir contribué à une AG par le passé, sur les thématiques les plus brûlantes – élection des administrateurs, distribution de dividendes, rémunération des dirigeants… La démarche initiée précédemment par eToro sur le seul périmètre américain a ainsi vu 145 000 votes exprimés en 2023, en général sur les enseignes les plus emblématiques – Apple, Amazon, GMC…

eToro Proxy Voting

Afin de simplifier la procédure, eToro recourt à un classique mécanisme de procuration (proxy), élaboré en partenariat avec le spécialiste Broadridge, que la technologie permet de déployer à grande échelle. Chaque client de la plate-forme recevra désormais un courriel à chaque fois qu'une des sociétés dont il possède des titres (entiers ou non) présente des résolutions aux voix de ses actionnaires. Il leur fournira toutes les informations nécessaires pour prendre une décision éclairée, un lien pour assister virtuellement à l'assemblée et l'accès à un site web pour exprimer leurs choix.

Le vrai mouvement qui se dessine est d'abord celui des consommateurs, notamment parmi les jeunes générations, qui souhaitent reprendre un peu de contrôle sur des organisations dont les orientations sont pour l'heure largement dominées par les acteurs institutionnels. Les préoccupations environnementales sont fréquemment responsables de ces velléités mais elles ne sont pas les seules. La mise à disposition de solutions pratiques autorisant l'exercice de son droit d'actionnaire constitue aujourd'hui une aubaine pour ces activistes en herbe… qui pourrait bientôt devenir un impératif.

mardi 16 avril 2024

MAAF fait un jeu de la prévention routière

MAAF
Alors que l'actualité souligne la forte recrudescence des accidents mortels sur les routes françaises en 2023, MAAF s'installe [PDF] dans Fortnite afin de développer une approche ludique de la sécurité au volant, susceptible de sensibiliser les jeunes, premières victimes du phénomène, avant même qu'ils n'aient le permis de conduire.

Immergés au cœur d'un environnement créé de toutes pièces pour l'opération, les visiteurs sont conviés à une aventure qui commence par une invitation à une soirée entre amis et se terminera, si tout se déroule comme prévu, par un retour au domicile sain et sauf. Entre temps, ils devront affronter les obstacles et autres dangers qui se présenteront à eux, représentant autant d'occasions d'esquiver, sans conséquences, les risques de la vitesse, de la consommation de substances, des incivilités…

Probablement consciente de la difficulté pour un assureur de convaincre à froid son public cible de sa capacité à leur proposer un titre captivant – sur une thématique a priori rébarbative et, en tous cas, très éloignée des grands classiques souvent basés sur le plaisir d'enfreindre (virtuellement) les règles – MAAF organise jusqu'à la fin du mois de juin un concours autour de « Home Run » (c'est le nom de l'initiative), assorti de récompenses attractives (comprenant ordinateur de « gaming » et consoles de jeu).

MAAF Home Run

Les promoteurs misent sur les qualités humaines qu'exacerbent les jeux vidéos, et plus spécifiquement Fortnite, chez les utilisateurs, en particulier l'attention visuelle et spatiale ou encore les facultés de résolution de problèmes. En l'occurrence, outre l'exigence, pour réussir, d'adopter des comportements raisonnables tout en évoluant dans un parcours semé d'embûches, ils sont également amenés à faire des choix non intuitifs, surtout dans une simulation (par exemple le recours aux transports en commun).

Il faudra tout de même voir, à l'usage, si l'adhésion parvient à surmonter le décalage introduit par « Home Run » par rapport aux habitudes des adeptes de la plate-forme (qui, il est vrai, se positionne aussi comme un espace de créativité), renforcé par l'insertion récurrente de messages explicites de prévention au sein de l'expérience, à laquelle ils peuvent rapidement nuire selon leur nature intrusive ou non. À moins que cette originalité ne devienne justement un argument de séduction !

Quoiqu'il en soit, il est certain que la pédagogie par le jeu est infiniment plus efficace que les leçons assénées dans les auto-écoles et les messages publicitaires, aussi percutants soient-ils. Sachant que le besoin d'éducation routière est permanent (pour toutes les générations, incidemment), la démarche de MAAF mérite d'être saluée et, si jamais elle ne trouve pas son audience au premier essai, vaudra d'être retravaillée jusqu'à ce qu'elle conquière massivement les joueurs et atteigne ses objectifs.

lundi 15 avril 2024

Faura : identifier les risques naturels… et agir

Faura
Face à la croissance inexorable des catastrophes naturelles, aux États-Unis ou elle opère comme partout dans le monde, Faura n'est certes pas la première à proposer des outils de diagnostic pour les habitations. En revanche, elle s'avère plus originale dans son approche proactive de la protection contre les risques identifiés.

Dans son principe, le fonctionnement de la solution ne surprendra plus. Toute personne désireuse d'en savoir plus sur les dangers qu'encourt sa résidence sur deux catégories de sinistres (ouragans et incendies sauvages, en attendant plus ?) est invité à prendre une dizaine de minutes pour évaluer sa situation. Afin de la rendre aussi précise que possible, celle-ci combine une exploration cartographique des menaces locales et un auto-contrôle visuel des lieux, piloté à distance sur le téléphone de l'intéressé.

Première particularité, lors de cette étape de repérage initial, outre une description pédagogique des problèmes potentiels détectés, la jeune pousse fournit en temps réel des conseils pratiques en vue d'en réduire, voire d'en éliminer, les impacts prévisibles. Le simple fait de prodiguer ainsi les explications et les recommandations pendant le déroulement de la visite, dans leur contexte spécifique et donc avec une perception de pertinence accrue, leur donne immédiatement plus de poids et stimule leur efficacité.

La promesse associée aux actions à entreprendre ne se limite pas à la sauvegarde du patrimoine le plus précieux de la plupart des américains. Jouant également sur la tendance au désengagement des compagnies d'assurance, qui se propage rapidement ces derniers mois dans plusieurs états, Faura veut également faire de ses préconisations un facteur d'aide au maintien d'une couverture, dans les zones sensibles, ou, ailleurs, d'obtention de rabais sur les primes en proportion des efforts consentis.

Accueil Faura

C'est que, très logiquement, le secteur de l'assurance constitue un axe de développement prioritaire pour la startup, non seulement pour lui fournir des capacités de mesure affinée des portefeuilles de risques mais également dans une optique d'optimisation : l'idée est alors d'encourager des partenaires à offrir des conditions avantageuses aux utilisateurs qui passent à l'action, en considérant que « 1 dollar investi en remédiation correspond à 6 dollars économisés sur une future indemnisation ».

Derrière ses quelques caractéristiques originales, Faura se démarque sensiblement des autres acteurs positionnés sur l'analyse individualisée des risques naturels de l'immobilier en focalisant son modèle sur la prévention et le conseil personnalisé. La démarche représente une source d'inspiration essentielle dans un monde qui, aujourd'hui, choisit facilement la résignation – face au changement climatique, aux cataclysmes, à l'inassurabilité… – et a, au contraire, besoin de reprise de contrôle.

dimanche 14 avril 2024

Et la biométrie vocale devint obsolète

Bank Info Security
Cette fois, le diable est sorti de la boîte : l'annonce récente par OpenAI de la mise au point d'un service de synthèse vocale extrêmement fidèle à partir d'un échantillon original de quelques secondes rend obsolètes les systèmes d'authentification forte fréquemment déployés par les institutions financières, notamment dans leurs centres d'appel.

Naturellement, le risque existait depuis le début (je l'évoquais dans ces colonnes dès 2013). Perçus comme une riposte imparable à la fragilité des protections par mot de passe, les outils biométriques présentent l'inconvénient majeur de devenir caducs, en tant que tels, dès l'instant où les éléments de reconnaissance mis en jeu risquent d'être compromis, puisqu'il est impossible pour un individu de changer d'empreinte digitale ou de voix si ses caractéristiques personnelles sont susceptibles d'être usurpées.

Au fil du temps, des démonstrations d'attaques possibles sont venues régulièrement confirmer le danger… sans grandes conséquences sur l'adoption par les entreprises, probablement parce que considérées (à tort) trop théoriques. Or les progrès de l'intelligence artificielle, entre création de « deepfakes » (hypertrucages ?) quasiment indétectables et réplication en temps réel d'une voix quelconque, accessibles à tous, dont bien sûr aux escrocs de tout poil, donnent désormais crédit aux alertes précoces.

La situation est particulièrement critique pour les banques (et autres organisations), relativement nombreuses, qui ont installé des plates-formes d'authentification forte à base de reconnaissance vocale dans leurs centres de contact. Un appel téléphonique pour capturer l'extrait nécessaire à l'entraînement et le tour est joué : n'importe qui peut se faire passer pour un client légitime et accéder à ses comptes, comme l'aurait apparemment vérifié la dirigeante d'une firme britannique de hacking éthique.

Au vu de la maturité des technologies accessibles aujourd'hui, la seule solution envisageable consistera à remplacer ou, à tout le moins, compléter le dispositif existant… et probablement revenir à des approches plus traditionnelles, avec leurs faiblesses notoires. En tout état de cause et le développement de mesures défensives étant voué à être toujours en retard sur les menaces, la biométrie vocale a maintenant perdu sa valeur dans les politiques de cybersécurité. Et le même sort attend, à court ou moyen terme, toutes les variantes (reconnaissance faciale, de l'iris ou de la pupille de l'œil, de la paume de la main…), qui font pourtant encore les titres de l'actualité.

Personne au téléphone
Illustration par Karolina Grabowska (via Pixabay)

samedi 13 avril 2024

L'IA transforme le développement logiciel

Gartner
Il s'agit déjà aujourd'hui d'un des cas d'usage les plus populaires de l'intelligence artificielle, au moins sous forme expérimentale. Le cabinet Gartner prédit que, d'ici 2028, trois quarts des développeurs de logiciels l'exploiteront afin d'optimiser leur travail quotidien, dans de multiples dimensions. En attendant d'être entièrement remplacés ?

Bien que moins de 10% des professionnels confirmaient recourir à ce genre d'outils au début de 2023, l'hypothèse des analystes est facile à soutenir puisque, selon une enquête globale datant du troisième trimestre, près de deux tiers (63% précisément) des organisations ont fait au moins un pas dans cette direction. Naturellement, ces statistiques n'ont rien d'étonnant au vu, d'une part, de l'engouement médiatique pour l'IA générative et, d'autre part, de son adéquation particulière à ces usages.

La question qui se pose maintenant chez les responsables de l'ingénierie logicielle n'est donc plus, dans la plupart des cas, de décider le déploiement généralisé, à court ou moyen terme, mais plutôt de formaliser une équation de valeur convaincante auprès des décideurs afin de profiter au plus vite des bénéfices espérés. Car une perspective qui se restreindrait à un traditionnel calcul de ROI, mettant en avant les économies et, peut-être, les gains de temps, raterait une grande partie de la mutation qui se joue.

En effet, les assistants codeurs les plus sophistiqués ne se contentent plus de compléter automatiquement ce qu'écrit le programmeur (évidemment) ni de générer (recopier, en réalité) des modules complets. Ils se transforment progressivement en compagnons attentifs toujours prêts à signaler les erreurs commises, à suggérer des améliorations ou d'autres manières d'aborder un problème, par exemple. De la sorte, ils stimulent la créativité et procurent des opportunités de progresser continuellement.

Appréhendée sous cet angle, l'intelligence artificielle deviendrait alors un facteur de rétention et de satisfaction des collaborateurs concernés, appréciant grâce à elle une expérience utilisateur bonifiée (quand l'outil est parfaitement intégré à l'environnement et aux processus de développement), tout en promettant à leur employeur, outre le surcroît de productivité, une meilleure qualité des produits livrés, autant sur le plan de la fiabilité (et la réduction des risques d'anomalies) que de l'adéquation aux besoins.

Le message positif de Gartner devrait trouver un écho favorable dans les directions informatiques qui peinent à recruter et à conserver les talents nécessaires à la transition « digitale » du monde. Il mérite toutefois d'être tempéré car les premiers intéressés commencent à entendre un refrain lancinant évoquant de manière toujours plus sérieuse et crédible leur remplacement par la machine… à une échéance qui ne relève plus de l'utopie. Pas sûr, dans ces conditions, qu'ils accueillent l'IA avec bienveillance.

Développeur (généré par IA)

vendredi 12 avril 2024

Quand la politique prime sur l'expertise…

Gouvernement Français
Un article de l'Agefi nous apprend que la secrétaire d'état au numérique, Marina Ferrari, déclarait à l'occasion de la Paris Blockchain Week que les institutions financières françaises et européennes n'avancent pas assez vite à son goût sur la blockchain. Et illustre ainsi tristement pourquoi une expertise technique minimale est désormais essentielle dans la gouvernance des entreprises… et de l'état.

Mon propos ne concerne pas tant le manque de clairvoyance qu'exprime la responsable quant au potentiel réel du concept en question, qui a longtemps fait illusion et continue à avoir ses adeptes (comme en témoigne l'événement qui rassemblait, paraît-il, 10 000 participants, sur une thématique toutefois élargie), que sa méconnaissance de son évolution dans le secteur financier au cours de la décennie écoulée, ayant abouti à moult déconvenues et, pour finir, à l'admission quasi généralisée de sa vacuité.

À un niveau caricatural caractéristique de l'univers politique, Marina Ferrari, qui n'a, apparemment, aucune formation ni expérience touchant de près ou de loin à l'informatique, cède au réflexe naturel du candide séduit par des idées présentées comme révolutionnaires, sans être en mesure d'y exercer son esprit critique. Elle succombe de la sorte aux sirènes de la blockchain mais aussi du web3, de l'intelligence artificielle… quitte à disperser les efforts et les budgets à un point d'inefficacité totale.

Marina Ferrari à la Paris Blockchain Week

Si j'aborde ce sujet ici, c'est parce que la situation est identique dans les grands groupes de la finance. Bien que le contrôle des dépenses ait tendance à limiter les dérives dans le temps, le phénomène d'émerveillement joue pleinement dans leurs choix stratégiques, avec les investissements correspondants, parfois démesurés. Raison pour laquelle les récentes résolutions de la BCE en matière de compétences « digitales » dans les instances dirigeantes sont salutaires et donc indispensables.

Dans des organisations où règne habituellement une prudence excessive, celle-ci devrait aussi être déployée face aux modes technologiques qui déferlent dorénavant à un rythme soutenu. Dans ce domaine comme dans n'importe quel autre, plus les promesses sont alléchantes, plus il faut les considérer avec précaution. Il peut toujours être utile de lancer quelques expérimentations mais il est impératif de réaliser une analyse objective et contradictoire, à 360°, avant tout engagement massif. À défaut, tout est prioritaire et les vraies opportunités finiront quand même par être manquées.

jeudi 11 avril 2024

Les apps bancaires en perte de vitesse

Question
Alors que les usages digitaux paraissent en croissance constante parmi nos concitoyens, Guillaume Almeras dresse l'étonnant constat, à l'occasion d'une tribune pour BFM Business, d'une diminution sensible des recours par les français à leurs applications bancaires, selon les études de la très sérieuse FBF. Comment l'expliquer ?

À l'exclusion d'un doublement des validations des paiements, évidemment dû à l'entrée en vigueur de la DSP2, qui a conduit à la généralisation de cette option entre 2018, date de la précédente enquête, et aujourd'hui, l'exécution d'opérations reste stable tandis que les consultations des comptes et le suivi de budget reculent respectivement de 6% et 8%. Étonnant en pleine période de crise du pouvoir d'achat, non ?

Pour Guillaume, la principale explication à cette évolution contre-intuitive tient à une inflexion imprévue des comportements : les consommateurs ne se satisfont plus d'outils qui se contentent de leur donner accès à l'information à tout moment, ils attendent dorénavant d'être notifiés proactivement de tout événement important pour eux. Or la multiplication des capacités d'alerte des apps répond justement à cette demande !

Derrière ce postulat auquel j'adhère, je propose maintenant d'approfondir un peu cette analyse, en insistant plus particulièrement sur un facteur qui, de mon point de vue, devrait inquiéter les institutions financières : la maturité numérique de vos clients progresse beaucoup plus rapidement que vous ne l'imaginez et elle est susceptible de remettre en cause vos stratégies et votre vision de vos métiers, à court terme.

Un premier signe, certes superficiel mais tout de même révélateur, est, je pense, une prise de conscience, par l'usage, des limitations intrinsèques des logiciels des banques. En effet, à quoi bon se connecter sept ou huit fois par jour à ses comptes une fois qu'on a compris que les données ne sont, dans la plupart des systèmes, actualisées que la nuit venue. Si nécessaire, d'autres solutions comblent ces lacunes et celle qu'expérimente depuis peu Apple au Royaume-Uni en inspire un exemple éclatant.

Quant aux mutations qu'évoque Guillaume, elles reflètent, au-delà de la « paresse » qu'il mentionne, une réalité triviale que l'industrie refuse obstinément d'affronter en face : les produits et services bancaires ne sont que des moyens autorisant la réalisation de « projets » (dans un sens très large). Dès lors, les raisons qui justifieraient d'imposer la place qu'ils occupent dans la vie quotidienne sont totalement artificielles.

La qualité la plus appréciable d'un outil est de se faire oublier. Tout le contraire de l'argent et de la banque, que le stress, en général, maintient beaucoup trop au centre des préoccupations, incitant notamment à interagir régulièrement avec des plates-formes dont le contenu n'a pas d'intérêt en soi, à seule fin de se rassurer. Cependant, grâce à la finance enfouie, ces habitudes s'estompent : plus la peine d'interroger son établissement, les actions requises sont immergées dans une expérience globale.

À travers des modèles émergents tels que le paiement fractionné (BNPL), les consommateurs se familiarisent avec une nouvelle approche de leurs finances personnelles, dans une logique de reprise de contrôle par l'intermédiaire de services « digitaux » s'adaptant à leurs attentes et non plus exigeant qu'ils se conforment aux diktats de leur banque, façonnés à son image sans considération pour leur besoin.

Banque mobile