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mardi 7 octobre 2025

La bourse de Londres s'ouvre au crowdfunding

Crowdcube
Dans un contexte européen généralement difficile pour le financement des startups, la plate-forme d'investissement participatif Crowdcube multiplie les initiatives de diversification, en profitant des tendances qui affectent le marché. Dernière en date, sa collaboration avec la bourse de Londres en vue d'accéder à ses enchères de titres privés.

Le baromètre français du « crowdfunding » l'illustrait encore récemment, et la situation n'est guère meilleure dans les autres pays du continent, les spécialistes de l'investissement en capital peinent à progresser, voire perdent du terrain, en raison d'une contraction de l'offre qui reflète, à mon avis, autant une frilosité des levées de fonds qu'un ralentissement de l'innovation et de l'entrepreneuriat. Pour un leader tel que Crowdcube, la conjoncture crée cependant d'autres opportunités de croissance.

Une de ses premières réactions à la morosité ambiante consistait, en 2023, à mettre en place un marché secondaire, afin de procurer une perspective de liquidité à ses utilisateurs, en leur permettant de revendre leurs parts sans devoir attendre une sortie – acquisition ou introduction en bourse – qui est désormais de plus en plus tardive dans la vie des jeunes pousses. L'objectif était évidemment d'écarter un des principaux freins pour les investisseurs au blocage de leur argent dans une levée de fonds précoce.

Dernièrement (au début de septembre), Crowdcube a continué à s'adapter à l'évolution de son environnement, avec le lancement d'une offre centrée sur une sélection de tours de financement avancés, c'est-à-dire ceux des entreprises qui ont atteint une certaine maturité. Cette ouverture répond justement au besoin des structures concernées de continuer à s'appuyer sur des capitaux privés, en remettant à une échéance plus lointaine (et plus propice) la possibilité d'une cession ou d'une entrée en bourse.

Crowdcube x LSEG

L'accord conclu avec LSEG, l'opérateur, entre autres, du marché londonien, arrive maintenant comme une sorte de point de convergence de ces ajouts successifs. Sur le papier, il s'agit d'abord de proposer aux clients de la solution de « crowdfunding » d'accéder aux transactions secondaires organisées par la bourse, sous forme de mises aux enchères ponctuelles (et non en continu, comme pour les actions « publiques »), pour une autre manière de contribuer au développement de sociétés plus mûres.

D'autre part, il met en lumière auprès des entreprises qui ont recouru à Crowdcube pour leurs recherches de fonds initiales une alternative – ou un complément – à l'option équivalente de la plate-forme pour leurs besoins ultérieurs, avec une visibilité démultipliée. Grâce à la relation spéciale entre les deux acteurs, les investisseurs de la première heure resteront partie prenante des opérations touchant leur portefeuille, que ce soit pour prendre leurs bénéfices ou pour renforcer leur participation.

La démarche du leader britannique pourrait peut-être servir d'inspiration à ses alter ego dans l'hexagone, dont la part marginale dans le financement des startups est un facteur aggravant des difficultés que rencontrent les entrepreneurs dans notre pays. Nos concitoyens étant particulièrement sensibles aux risques, à défaut de pouvoir les rassurer sur la menace de perte de capital, la mise en place de facilités garantissant un minimum de liquidité sur les engagements porterait une promesse bienvenue.

dimanche 10 août 2025

La finance participative française s'essouffle

France FinTech
En attendant le baromètre de l'association France FinTech, le marché français de la finance participative tendrait, selon L'Agefi, à poursuivre le déclin entamé à partir de 2023, après le bond enregistré durant les années post-COVID. Le mouvement atteint un tel niveau qu'il semble nécessaire de repenser les stratégies de fond en comble.

Après avoir perdu plus d'un quart de son volume d'activité au cours des deux années précédentes, ce premier semestre serait donc sur la voie d'une baisse supplémentaire de 10 à 15%. Celle-ci serait principalement due au secteur immobilier, qui représente environ la moitié des collectes et continue à subir la crise générale du domaine. Les énergies renouvelables, cumulant presque 25% des fonds recueillis, parviendraient en revanche à limiter la casse, sans toutefois afficher une santé brillante.

Outre quelques fermetures de plates-formes, le coup de frein serait dû, pour l'essentiel, à une plus grande sélectivité des dossiers acceptés. Il s'agit d'un revirement par rapport à une période de forte croissance… qui n'était pas toujours bien maîtrisée, entraînant un inévitable renchérissement des taux de défaut, dangereux à la fois pour l'équilibre financier des intermédiaires concernés et pour la confiance de leurs clients.

Cette situation de risque, renforcée par la conjoncture économique peu favorable, conduit certains acteurs à envisager de réclamer une contribution à leurs investisseurs, soit pour leur faire bénéficier des meilleures opportunités, soit pour partager les coûts des contentieux. Dans tous les cas, la fin de la gratuité (faciale) paraît être à l'ordre du jour… ce qui pourrait s'avérer contre-productif pour des participants déjà réticents.

France FinTech – Finance Participative

Face à la dépression qui affecte la finance participative en France, une réinvention complète des approches en vigueur serait probablement indispensable. Je soupçonne qu'elle souffre d'un manque d'attrait pour les personnes qui disposent de fonds à faire fructifier. Entre autres faiblesses : l'offre est relativement limitée (les opérations en cours à un moment donné sont peu nombreuses), le modèle requiert un engagement soutenu… et les crypto-actifs créent une concurrence dans les instruments alternatifs.

Naturellement, dans une illustration parfaite du dilemme classique des solutions de mise en relation entre deux typologies de clientèle, l'autre catégorie de partie prenante, constituée par les entités en recherche de financement, est elle-même frileuse en raison de l'audience réduite qu'elle est susceptible de toucher. La clé pour débloquer cette impasse imposera de développer la notoriété du concept, auprès des demandeurs comme des bailleurs de fonds, en défendant ses caractéristiques distinctives.

Je reste un fervent enthousiaste de la finance participative et de ses possibilités de rendre l'investissement ou le crédit plus concret, plus transparent et plus engagé. Mais il ne pourra pas progresser tant qu'il ne sera pas démocratisé très largement. Peut-être faut-il user des méthodes d'influence qui réussissent aux cryptomonnaies (en les attaquant sur leurs points faibles ?), peut-être faut-il rechercher des partenariats avec des acteurs présents en première ligne (les banques)… Une certitude : sans prise de mesures drastiques, le crowdfunding restera une anecdote dans le paysage.

dimanche 23 février 2025

Comment relancer la finance participative ?

Caisse d'Épargne
Quelques jours après la publication par France FinTech de son baromètre du « crowdfunding », je découvrais au hasard d'une communication officielle la (déjà ancienne) plate-forme Kiwaï Normandie de la Caisse d'Épargne locale, qui illustre tristement le développement poussif de la finance participative dans l'hexagone.

Je ne m'attarderai pas outre mesure sur l'état des lieux du marché français à la fin de 2024 mais il faut bien parler des chiffres qui dérangent : si le cap des 10 milliards d'euros apportés en une décennie représente un seuil symbolique fort, il n'en reste pas moins que ce montant est infime par rapport à la masse de l'épargne de nos compatriotes. Par ailleurs, la baisse de 17% constatée sur un an, suivant celle de 11% observée en 2023, est de mauvais augure pour l'avenir du secteur même après la prise en compte des explications conjoncturelles (sur la crise de l'immobilier, notamment).

Je ne sais pas si elle est représentative de ses consœurs, mais l'exemple de Kiwaï, qui est membre de France FinTech, peut fournir un aperçu des opportunités manquées. Voilà en effet une initiative qui, à première vue, coche toutes les cases de la pépite : une solution et une équipe ancrées dans leur territoire, pour proposer aux internautes d'investir – sous forme de prêt (à taux fixe) – dans des projets locaux à vocation exclusivement environnementale, avec une garantie totale du capital et des intérêts.

Ouverte en 2018, elle n'a pourtant qu'une quarantaine d'opérations (réussies) à son actif et aucune n'a été lancée depuis cinq mois. Entre les rémunérations attractives, entre autres par rapport au Livret A favori des français, la faculté pour les participants de s'engager concrètement pour la transition écologique, la confiance implicite accordée à une initiative portée par un établissement bancaire et l'assurance de ne pas perdre d'argent, tout porte à croire que les particuliers sont prêts à se ruer sur les offres.

Kiwaï Normandie

Alors qu'est-ce qui manque à Kiwaï (et probablement à d'autres) pour devenir un standard de l'épargne ou, à tout le moins pour atteindre un niveau de réussite susceptible de pérenniser le modèle ? J'imagine deux hypothèses, toutes deux relatives à un problème de notoriété. D'une part, le grand public n'est peut-être pas suffisamment informé de l'existence de cette catégorie d'épargne, interdisant tout développement exponentiel. D'autre part, les entreprises seraient trop rarement guidées vers ces mécanismes de financement, qu'elles connaissent probablement mal, elles aussi.

Le deuxième point pourrait représenter un sérieux échec pour Kiwaï, puisque, logiquement, ce sont les conseillers de la Caisse d'Épargne qui devraient suggérer le recours au « crowdlending », en principe en complément d'un crédit classique. N'assument-ils donc pas ce rôle de relais (faute de formation adéquate, par exemple) ? Ou bien finit-elle par apparaître comme une concurrente de la banque ? À moins que la niche « verte » retenue soit trop étroite pour générer du volume ?

Côté investisseurs, le même raisonnement pourrait être appliqué, lors de leurs échanges sur leurs options d'épargne avec leur conseiller. Mais, plus généralement, il faudrait également populariser le concept de finance participative, aujourd'hui trop marginal en France, afin de lui donner un statut incontournable dans l'éventail des solutions disponibles et le sortir du cercle d'initiés auquel il s'adresse jusqu'à maintenant. Quoi qu'il en soit, au vu de la situation actuelle, une réaction énergique est nécessaire si on ne veut pas voir disparaître un des rares instruments innovants nés de la FinTech.

mercredi 9 août 2023

Zirtue assure les prêts entre proches

Zirtue
Depuis mon précédent billet à propos de Zirtue et de sa solution de prêts entre proches, son approche a sensiblement évolué. Son ajout récent d'une assurance contre l'invalidité et la perte d'emploi me procure l'occasion de découvrir comment elle parvient progressivement à développer un produit à vocation sociale attractif et (peut-être) viable.

Le premier changement que je remarque est la disparition de toute référence au prélèvement d'une commission (à hauteur de 5% des opérations conclues) qui me gênait lors de ma première revue. Il semblerait malheureusement que la possibilité de fixer un taux d'intérêt volontaire sur les remboursements, que j'estimais astucieuse, ait également été emportée dans cette révision. Désormais, la simplicité prime et les prêts réalisés par l'intermédiaire de la plate-forme sont totalement exemptés de frais : 100 dollars empruntés correspondent à 100 dollars à restituer au fil des échéances convenues.

Naturellement, l'abandon d'une source de revenus directe implique qu'une autre option économique soit mise en place. Sans grande surprise, tellement il s'agit aujourd'hui de la voie quasi universelle dans la FinTech, c'est un modèle « B2B » qui est apparemment retenu… et celui-ci s'avère original. Zirtue propose ainsi son service aux facturiers (opérateurs de télécommunication, fournisseurs d'énergie…), sous la forme d'une modalité de règlement supplémentaire à mettre à la disposition de leurs clients.

En cas de difficulté passagère, la personne qui risque une interruption de son contrat peut alors choisir de faire appel à un parent ou un ami pour acquitter son dû, selon le régime habituel de la jeune pousse, avec calendrier de remboursement prédéterminé et versement automatique des mensualités depuis le compte bancaire enregistré à l'inscription, notamment. Pour plus de sécurité (du point de vue de l'entreprise partenaire), les fonds avancés sont automatiquement affectés au paiement de la facture.

Zirtue x TruStage

Dans un autre registre, Zirtue introduit donc maintenant une garantie exclusive, gratuite, concoctée avec TruStage, une mutuelle d'assurance qui tire ses origines du mouvement des « credit unions » américaines. Parce qu'il serait regrettable que les emprunteurs se fâchent avec leurs proches ou leur causent des difficultés financières en raison d'un accident de la vie, elle prend en charge, en toute transparence, leurs engagements sur la plate-forme (sous réserve d'éligibilité) en cas d'invalidité ou de perte d'emploi.

D'un côté, la promesse de valeur renforcée pour les utilisateurs, particulièrement bienvenue dans une période difficile pour le portefeuille des consommateurs (bien que le chômage ne soit pas un enjeu majeur à l'heure actuelle), constitue un nouveau facteur d'adoption, susceptible de faire pencher la balance par rapport aux petites transactions informelles que Zirtue veut remplacer. De l'autre côté, l'offre aux entreprises qui désirent à la fois résorber une partie de leurs impayés (et leurs coûts de traitement) et éviter à leurs clients de devoir recourir à des crédits prédateurs revêt les atours d'un effort de responsabilité sociale qui s'inscrit dans l'air du temps. La recette est séduisante.

vendredi 7 avril 2023

Tandem investit dans les prêts entre amis

Tandem
Dans une transaction légèrement incestueuse (mais sous haute surveillance), la néo-banque britannique Tandem acquiert Loop, une jeune pousse co-fondée par son propre président. Elle enrichit ainsi sa palette d'offres de crédit avec une solution originale, lancée au début de 2022, à mi-chemin entre réseau social et prêts entre proches.

Il faut admettre que son positionnement semble particulièrement astucieux : si son accroche principale reprend les classiques éculés des dépenses partagées, en insistant comme il se doit sur les innombrables occasions de la vie (surtout des jeunes) où les interactions se mélangent avec des questions d'argent, elle dépasse ce seul créneau en incluant un second volet, à travers lequel les participants peuvent solliciter une avance auprès de leurs contacts, les remboursements respectant le même processus de suivi.

Afin de rendre sa proposition encore plus percutante auprès de son audience, Loop cible plus précisément les situations de difficultés temporaires de trésorerie, telles qu'une fin de mois difficile ou une dépense imprévue, et suggère alors de recourir à l'aide des amis et de la famille pour obtenir les 20 ou 30 livres nécessaires à l'équilibre du budget plutôt que de laisser se creuser un très coûteux découvert à la banque, en laissant à son application le soin de gérer tous les détails pratiques (dont les rappels d'échéance).

Entre les 10 milliards de livres de découverts en cours en permanence au Royaume-Uni (rapportant 2 milliards à l'industrie, annuellement), dont 30% pour moins de 10 livres et 40% sur une période inférieure à une semaine, et les emprunts informels estimés à 12,5 milliards de livres par an, Loop a indiscutablement identifié une opportunité. Elle profite en outre de ces opérations pour formuler un indice de confiance de chaque utilisateur, destiné à rassurer ses créanciers… et qui contribue également à son score de crédit.

Tandem x Loop

En dépit de ses bonnes idées et de ses 2 millions d'adeptes conquis (avec un service entièrement gratuit), le rapprochement prématuré avec Tandem laisse imaginer que la mise au point d'un modèle économique viable sur ce type de fonctions n'est guère aisée. Ce qui surprend toutefois est le choix initial de maintenir son existence autonome et de procéder à une intégration des produits de sa nouvelle parente dans son périmètre, de manière à assembler une sorte de plate-forme sociale des finances personnelles.

L'inverse aurait pourtant semblé plus rationnel, via l'introduction d'une option supplémentaire parmi les différentes facilités de prêt (à la consommation, notamment) distribuées par Tandem. Mais il est vrai que, au fil de ses acquisitions, celle-ci a pris une orientation assez spéciale (qui, incidemment lui a permis d'atteindre la rentabilité), focalisée exclusivement sur le crédit et l'épargne (elle a totalement abandonné les comptes de dépôt et les paiements), qui limite la pertinence d'une telle approche.

En l'état, il faudra donc se contenter de cette solution indépendante, dont l'avenir reste incertain tant que sa capacité à générer des revenus n'est pas démontrée. À moins qu'une banque – historique ou émergente – ne prenne conscience du potentiel du concept, non seulement en termes de fidélisation et de viralité mais également dans le soutien qu'il peut apporter à la mesure de fiabilité des clients sur le crédit, et décide qu'il vaut de consentir un sacrifice sur la poule aux œufs d'or (décriée) des découverts.

samedi 20 août 2022

Seedrs crée une communauté d'investisseurs

Seedrs
De nombreux fondateurs de startups ont désormais pris l'habitude de faire appel à l'investissement participatif lors de leurs premières recherches de financement, en complément du recours plus classique au capital-risque institutionnel. Forte de cette observation, la plate-forme britannique Seedrs veut maintenant rapprocher les deux modèles.

Dans cette perspective, elle vient de lancer un programme dédié, qui reprend une partie des principes des firmes de « venture capital », à l'exclusion notable, toutefois, de leur dimension de fonds. Il reste donc plutôt une sorte de club privé, réservé à quelques membres triés sur le volet pour leur compétence et leur expérience dans la création d'activité, leur expertise sectorielle, leur réseau de relations, leur influence… qu'ils mettent au service des porteurs de projets ayant choisi les prestations de Seedrs.

Concrètement, la mission de ces partenaires se répartit sur plusieurs volets. En amont, ils sont d'abord encouragés à soumettre la candidature des jeunes pousses qu'ils identifient au sein de leur cercle. En phase de développement, ils s'engagent ensuite à assurer un accompagnement et un support opérationnel des entrepreneurs, selon leur spécialité. Enfin, ils doivent également contribuer à promouvoir les campagnes de crowdfunding de leurs poulains, de manière à optimiser leurs chances de succès.

Seedrs Venture Partner Program

En contrepartie de leurs efforts, les membres du programme auront la satisfaction symbolique d'accroître leur visibilité, notamment à travers la participation à des événements publics, et de s'intégrer dans une communauté aux centres d'intérêt proches des leurs. Dans un registre plus pragmatique, ils bénéficieront d'un accès privilégié aux rondes d'investissement ainsi que d'une rémunération directe (au minimum de 1 500 livres sterling) pour chaque dossier dont ils aident à faire aboutir la levée de capitaux.

Plus d'une décennie après sa naissance et quelques mois après son acquisition par l'américaine Republic, Seedrs introduit une véritable innovation dans un domaine qui semblait s'être un peu endormi après ses débuts tonitruants (les 2 milliards de livres traités sur son site à ce jour ne paraissent d'ailleurs pas faramineux). Elle s'inscrit en outre dans une ouverture vers une offre de service enrichie et diversifiée, qui complète utilement un produit jusqu'alors (trop ?) focalisé sur les besoins financiers des startups.

lundi 18 juillet 2022

Here revisite l'investissement immobilier

Here
Décidément, Airbnb n'en finira jamais d'inspirer les entrepreneurs en tout genre, surtout après sa transition d'une approche d'échange entre particuliers vers une offre de plus en plus professionnalisée. Pour Here, par exemple, il s'agit d'exploiter le marché de la location de vacances dans un objectif d'investissement immobilier à fort rendement.

Dans les grandes lignes, la jeune pousse n'invente rien de très nouveau avec son support qui ressemble aux SCPI hexagonales ou à leurs équivalents de fonds mutuels spécialisés dans d'autres pays. Pourtant, la déclinaison entièrement « digitale » qu'elle en fait, qui non seulement capitalise sur les plates-formes de partage en ligne mais emprunte également aux canons de la finance participative, lui procure l'occasion de redonner à ce vieil instrument poussiéreux un coup de jeune susceptible de le démocratiser.

Dans son versant relativement banal, Here propose donc aux consommateurs de placer leurs économies, à partir d'un minimum de 100 dollars, dans les propriétés qu'elle sélectionne, de préférence dans des lieux à haut potentiel touristique, puis qu'elle acquiert, dans le but de les mettre à disposition des visiteurs recherchant une résidence pour leur villégiature sur Airbnb et quelques autres sites similaires. Naturellement, l'entreprise en prend totalement à sa charge la gestion, l'entretien et la maintenance.

Plus original, l'investisseur, bien que conservant de la sorte un rôle passif, est invité, non pas à souscrire des parts non différenciées dans un produit purement financier, mais à acquérir une fraction des biens mis en vente, qui lui sont présentés individuellement, dans tous leurs détails, et parmi lesquels il fait ses propres choix, en connaissance de cause. Son engagement est ensuite matérialisé par des actions d'une société spécifique à chacun d'eux, constituée avec un prospectus dédié (validé par le régulateur).

Accueil Here

En contrepartie de sa mise, le propriétaire, qui bénéficie des avantages fiscaux de l'investissement immobilier, se voit verser un dividende trimestriel correspondant aux rentrées nettes des loyers perçus. Par ailleurs, une revente est généralement prévue dans un horizon de 5 à 7 ans (sauf conditions économiques défavorables), pour la récupération du capital. En complément, les fondateurs de Here réfléchissent à la création d'un marché secondaire qui permettrait d'assurer plus de liquidité aux titres distribués.

La startup, elle, se rémunère sur différents fronts. En premier lieu, elle ajoute au prix d'acquisition une commission, dans le même esprit que le fait une agence pour ses efforts de recherche et de qualification. D'autre part, elle facture des frais de gestion annuels, comme n'importe quel fonds d'investissement. Cerise sur le gâteau, elle prend pour son compte une petite portion (au moins 1%) de chacun de ses projets afin de renforcer la confiance de ses clients… et pour profiter des résultats qu'elle espère en tirer.

Pour des personnes disposant d'un peu d'aisance financière, le modèle Airbnb a historiquement créé une immense opportunité d'investissement immobilier, beaucoup plus fructueuse que ce qu'autorise la location traditionnelle, de longue durée. Avec son approche, Here veut aujourd'hui ouvrir ces mêmes avantages à tous ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un appartement ou une maison de quelques centaines de milliers de dollars, tout en maintenant un niveau de transparence presque identique…

mercredi 6 juillet 2022

Symbiose, l'investissement vraiment vert

Symbiose Management
Symbiose Management, c'est une idée somme toute très simple qui combine un produit d'épargne avec un maximum de préoccupation environnementale, un soupçon de finance participative… et une autre voie vers la compensation carbone. L'ensemble aboutit à une solution d'investissement vraiment plus verte que les promesses habituelles.

Là où les instruments traditionnels proposent au mieux de sélectionner des classes d'actif correspondant à des entreprises responsables ou à des projets portant des engagements de développement durable, Symbiose invite ses clients à contribuer, concrètement, à la plantation d'arbres. Leur croissance constitue un mécanisme de séquestration de CO2, participant directement à la réduction globale des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, tandis que la ressource ainsi cultivée au fil des années génère des revenus.

En pratique, l'utilisateur, une fois inscrit, indique le montant qu'il souhaite investir (même si ce ne sont que quelques centimes) puis choisit, parmi une liste qui lui est soumise, les essences qu'il désire intégrer dans son portefeuille. La jeune pousse (!) procède à la plantation demandée, la protège par une assurance, et prend en charge l'entretien de ces nouvelles forêts. Arrivés à maturité, les arbres sont abattus et leur bois est vendu, les sommes perçues servant alors à rémunérer l'épargnant (et la marge de Symbiose).

Grand soin est pris de rendre la démarche responsable de bout en bout. Par exemple, il n'est pas question de viser la productivité à outrance avec des espèces à croissance rapide. Au contraire, la diversité écologique est un critère prioritaire et, en outre, les essences sont retenues en fonction des prévisions d'évolution climatique. Dans un autre registre, la transparence vis-à-vis des investisseurs est optimale, sur la naissance et le suivi des arbres financés, jusqu'à l'utilisation finale du bois (non énergétique, bien sûr).

Accueil Symbiose Management

Naturellement, le concept comporte quelques limitations intrinsèques. En premier lieu, le support implique automatiquement un horizon plutôt à long terme, même s'il est prévu de permettre la sortie avant échéance par un mécanisme de ponction sur les coupes d'arbres plus anciens. D'autre part, le rendement envisagé n'est pas extraordinaire (évalué à 4% dans l'état actuel du marché et grâce aux avantages fiscaux d'aujourd'hui) et il est exposé aux aléas, que l'assurance souscrite ne peut entièrement couvrir.

En revanche, le modèle est idéal dans une perspective de dynamisation des approches classiques de compensation carbone. En effet, au lieu de se contenter de la logique de donation ponctuelle qui prévaut généralement, il procure non seulement un objectif de valorisation du capital mobilisé mais aussi un sentiment d'engagement actif qui perdure au fil des années. Chaque relevé (trimestriel) de progression des plants devient un rappel récurrent de l'importance de réduire son impact environnemental au quotidien.

Avec une telle orientation, la solution de Symbiose, qui, à ce stade, s'adresse directement aux individus et aux entreprises déjà conscients des enjeux, mériterait également d'être considérée pour une intégration dans les panoplies des acteurs – dont, évidemment, les banques, avec les calculateurs d'émissions qu'elles incluent de plus en plus fréquemment dans leurs applications, pourraient figurer en tête – qui cherchent à encourager leurs clients à infléchir leurs comportements et à agir afin de préserver l'avenir de la planète.

mardi 21 juin 2022

SoLo, l'inclusion par le prêt entre particuliers

SoLo
En marge des grandes plates-formes qui se sont institutionnalisées en abandonnant peu à peu leur mission d'origine afin d'optimiser leur rentabilité, SoLo Funds revendique le positionnement de sa solution de prêts entre particuliers dans une démarche résolue d'inclusion financière, matérialisée, entre autres, par une certification B-Corp.

Si la promesse initiale des pionniers du domaine tels que Zopa et Prosper était d'ouvrir le crédit aux personnes restant à l'écart du système traditionnel pour cause de score insuffisant, le principe de réalité a rapidement repris le dessus et, aujourd'hui, la plupart des acteurs importants ont mis en place des critères de sélection quasiment identiques à ceux des banques traditionnelles (et ont massivement réorienté leurs sources de financement sur les marchés au détriment du modèle participatif, incidemment).

Heureusement, les enjeux de responsabilité sociale et environnementale stimulent l'émergence d'une génération d'entrepreneurs qui persistent à croire à la viabilité des ambitions des débuts, bien qu'elles ne soient pas autant porteuses d'espoirs de profitabilité. C'est donc le cas de SoLo Funds, fondée en 2018 dans le but d'aider les consommateurs mal servis par l'industrie, notamment parmi les minorités, et tout juste qualifiée pour la nouvelle cohorte du FinTech Innovation Lab de la ville de New York.

Dans cette perspective, elle adopte une approche extrêmement légère, endossant un simple rôle d'intermédiation sur une place de marché où l'emprunteur exprime ses besoins et ses conditions (échéance, obligatoirement inférieure à 35 jours, et gratifications, entièrement libres, qui se substituent au taux d'intérêt et aux commissions), que le prêteur peut satisfaire en quelques gestes (en totalité, il n'est pas prévu de divisions), les mouvements (instantanés) d'argent étant pris en charge par la startup.

Accueil SoLo

L'enrôlement des utilisateurs comprend une connexion avec leur compte bancaire principal, qui, grâce à une analyse de l'historique de transactions permet de leur affecter une première évaluation de fiabilité (elle sera par la suite ajustée selon le comportement observé au fil des emprunts), sur laquelle les apporteurs de fonds peuvent s'appuyer pour leurs décisions. Mais la philosophie sous-jacente vise plutôt à instaurer une logique de communautés, au sein desquelles se développe un véritable esprit d'entraide.

Par ailleurs, l'accent est fortement mis sur la protection contre les risques de surendettement (au bénéfice de tous) avec divers mécanismes tels que la limitation de durée et la restriction à des petits montants (le plafond maximal est de 500 dollars, modulé par la connaissance accumulée sur la personne), essentiellement adaptés à des situations d'urgence (d'ailleurs, le temps de réponse moyen est inférieur à 20 minutes). Des contenus éducatifs sont en outre exposés à chaque fois que le contexte s'y prête.

SoLo Funds rappelle à tout ceux qui les ont oubliées les fondations de la finance participative, qu'elle pousse à l'extrême en n'effectuant aucun filtrage à l'entrée (en dehors des procédures réglementaires de vérification d'identité), et démontre qu'elles restent d'actualité : plus de 80% de ses participants sont issus de populations notoirement exclues des circuits bancaires classiques, qui représentent une grande partie des nombreux américains vivant de paye en paye sans le moindre filet de sécurité.

mardi 7 décembre 2021

Le « crédit enfoui » gagne du terrain

Funding Circle
Vétéran britannique du prêt participatif aux PME, Funding Circle rejoint maintenant la famille grandissante des acteurs convaincus par la « finance enfouie », avec le lancement d'une solution de crédit à intégrer au cœur des services utilisés par sa cible de clientèle. Une mutation inéluctable se prépare probablement sous nos yeux…

La jeune pousse n'est pas la première à se lancer sur ce terrain prometteur et son initiative reprend des mécanismes désormais connus. Il s'agit donc essentiellement de mettre à la disposition de partenaires intéressés une interface technique leur permettant, moyennant un effort de développement minimal, d'ajouter dans leurs propres parcours son processus de souscription instantanée de financement (pour des montants compris entre 10 000 et 500 000 livres sterling, sur une durée de 2 à 6 ans).

Comme toujours, ce qui rend possible et attractive la proposition de Funding Circle est sa capacité, raffinée et validée au fil de ses 11 ans d'existence (et 13 milliards de livres distribuées à quelques 100 000 entreprises), à traiter les dossiers qui lui sont soumis automatiquement, entièrement à distance et en temps réel, jusqu'à garantir une réponse en quelques secondes et, en cas d'accord, un versement des fonds en 24 heures.

Une fois la faisabilité opérationnelle acquise, l'évolution naturelle conduit à tenter de rapprocher l'offre de ses clients. Plutôt que de forcer le demandeur à se rendre sur une plate-forme spécialisée afin de solliciter un prêt, n'est-il en effet pas préférable d'amener le service là où il entame sa démarche, qu'il s'agisse d'un site de courtage, de son outil comptable ou de l'espace du fournisseur où il acquiert un nouvel équipement ?

Funding Circle – Open for Business

En l'occurrence, deux acteurs différents ont déjà adopté les API de Funding Circle et leur positionnement est particulièrement éclairant. Nous avons ainsi, d'un côté, Funding Options, une place de marché des financements et, de l'autre, Capitalise.com, qui offre aux cabinets de comptabilité un logiciel avec lequel ils peuvent étendre leur palette de compétences vers l'assistance à la gestion de capital, notamment pour les startups.

Leur trait commun le plus significatif est leur velléité de devenir le point de contact prioritaire des PME à la recherche de solutions à leurs problèmes (plus ou moins génériques). Face à la défaillance des banques en la matière, ils représentent de la sorte la génération émergente du conseil personnalisé, capable de découvrir et comprendre la situation et les attentes des clients, puis de les accompagner dans l'identification et l'acquisition du produit qui leur convient le mieux, auprès du meilleur prestataire.

Et voilà précisément la direction que prend désormais le secteur financier, qui se divisera demain entre des créateurs de solutions « enfouies » et des experts de l'expérience et de la relation de proximité (en ligne ou face à face), qui deviendront inexorablement les interlocuteurs privilégiés de la plupart des clients parce que ce sont eux qui savent satisfaire leurs besoins avec efficacité, en masquant les complexités sous-jacentes.

dimanche 16 mai 2021

Arkéa avance dans le financement mixte

Arkéa
Comme tant d'autres domaines économiques, la construction immobilière a été affectée par la crise sanitaire, dégradant une peu plus une situation du logement déjà tendue dans l'hexagone. Afin de contribuer à la reprise des mises en chantier, Arkéa déploie une solution de financement originale en collaboration avec la plate-forme Koregraf.

Le nouveau dispositif s'adressera aux promoteurs clients de la division entreprises de l'établissement. Son objectif consiste à leur proposer un modèle exclusif leur permettant de renforcer les fonds propres de leurs projets, en complément (et en parallèle) des crédits bancaires habituels. Dans ce but, les montages mixtes seront élaborés avec l'appui du spécialiste du crowdfunding immobilier Koregraf, qui, fort de son expertise, prendra en charge les opérations relatives aux investissements en capital.

Arkéa, qui est par ailleurs un actionnaire de référence de la jeune pousse (aux côtés de BNP Paribas Développement), a alloué une enveloppe globale de 20 millions d'euros à ces participations, avec laquelle elle compte accompagner une quinzaine de programmes, sur une période non précisée. Naturellement, elle assurera également, dans chacun d'eux, son rôle traditionnel de financement, pour un montant qui devrait atteindre, au total, environ 300 millions d'euros, ainsi que la mise en place des garanties nécessaires.

Accueil Koregraf

Les bénéfices de l'initiative se révèlent sur différents plans. Les promoteurs, tout d'abord, y trouveront une réserve supplémentaire de ressources mise à leur disposition pour mener à bien leurs activités, assortie, peut-être, d'une simplification de leurs démarches de recherche de financements. La banque, de son côté, profite de l'occasion pour diversifier ses engagements. Koregraf, enfin, institutionnalise et sécurise une partie de son modèle, tout en ajoutant un facteur de solidité aux projets qu'elle publie.

Cette dernière caractéristique sera particulièrement importante pour ses utilisateurs historiques. La présence d'une enseigne réputée parmi les soutiens d'une opération immobilière et la quasi-certitude qu'elle couvrira plus ou moins totalement l'ensemble de son budget représentent de puissants catalyseurs de confiance susceptibles d'accélérer le développement de la startup, non seulement auprès du grand public mais également vis-à-vis d'autres catégories d'investisseurs (si telle est sa stratégie).

Dans des secteurs de niche comme la construction immobilière, potentiellement intimidants pour l'immense majorité de néophytes qui, de ce fait, préfèrent s'en tenir à l'écart (ou les méconnaissent), l'avenir du crowdfunding passera probablement par ce genre d'approches mixtes, dans laquelle des individus désireux de mettre un peu de risque dans leur portefeuille (pour un rendement de 8 à 9%, tout de même) se joignent à des acteurs institutionnels eux-mêmes en mal de nouvelles sources de revenus.

samedi 13 mars 2021

Pipe, le financement des revenus récurrents

Pipe
Parce qu'une grande partie de l'économie mondiale a aujourd'hui migré vers un modèle par abonnement, pour l'accès à la culture, aux services logiciels, aux produits de consommation courante…, la jeune pousse américaine Pipe a imaginé une solution de financement innovante conçue spécialement pour les acteurs de cette tendance.

Ni investissement, donc sans dilution de capital, ni crédit, du moins au sens habituel, donc sans endettement, la plate-forme de la startup se présente comme une bourse en ligne sur laquelle les participants s'échangent des contrats de souscription. Les demandeurs mettent leur portefeuille de clients à la disposition des bailleurs de fonds, qui peuvent alors acquérir les flux de revenus récurrents correspondant, moyennant le paiement comptant d'une somme convenue (via un mécanisme de négociation automatisé).

En pratique, le « vendeur » connecte son outil de gestion de prélèvement aux systèmes de Pipe, qui en extrait une liste des contrats disponibles à la cession, avec leur contrepartie, leur valeur faciale, leurs conditions (fréquence de règlement et terme), leur risque d'abandon… et les met aux enchères. Dès qu'une transaction est conclue, après versement du prix décidé, l'acheteur encaisse directement les redevances associées. Un mécanisme de remplacement est en outre prévu pour les cas de résiliation.

En face, une interface présente à tout moment le catalogue des offres en cours, y compris celles placées sur le marché secondaire par les utilisateurs désireux de se désengager de leurs précédentes acquisitions. Il est ainsi possible de faire ses emplettes en sélectionnant chaque ligne individuellement, mais un robot permet aussi d'intervenir automatiquement, après avoir indiqué quelques critères de risque à respecter. Il ne reste qu'à suivre les performances, les détails opérationnels étant pris en charge par Pipe.

Pipe – One Click, Instant Payout

Pour les uns, la plate-forme représente une opportunité d'accéder, facilement et sans impact sur l'activité ni l'entreprise, à un capital dormant, par exemple pour accélérer son développement. Moins d'un an après son lancement, 3 000 organisations se sont laissées tenter, pour un volume négociable dépassant un milliard de dollars. Pour les autres, elle constitue une ouverture à une classe d'actif inédite au potentiel considérable, susceptible de compléter utilement et de diversifier une stratégie d'investissement.

Son approche par contrat élémentaire – qui n'est viable qu'à partir du moment où chacun d'eux implique un montant significatif (au minimum quelques centaines de dollars par mois ou par trimestre) – tend à limiter l'applicabilité du principe de Pipe à des fournisseurs de services logiciels (« SaaS ») à cible professionnelle (AngelList, DataRobot… sont de la partie) et, peut-être, à une poignée de secteurs spécifiques (quelques firmes de capital-risque y ont notamment recours dans le but de faire fructifier leurs commissions).

Or il existe une multitude d'autres acteurs adeptes de l'abonnement, entre autres à destination du grand public (il suffit de parcourir les App Stores pour s'en convaincre), qui pourraient certainement profiter de conditions de financement prenant en compte la relative sécurité de leur base de rémunération. Les institutions financières savent-elles identifier et appréhender ces situations particulières ? Seront-elles capables – en s'inspirant de Pipe, le cas échéant – de développer des produits dédiés à leur intention ?

jeudi 22 octobre 2020

La Ruche : du nouveau dans la finance participative

La Ruche
À l'occasion de la rénovation de sa plate-forme technologique, soutenue par un investissement du Mouvement Desjardins, le spécialiste québécois du financement participatif local La Ruche introduit une dimension complémentaire originale au cœur de son modèle initial, désormais classique, de la contribution avec contrepartie.

Popularisé sur le web il y a une douzaine d'années par des pionniers tels que Indiegogo, Kickstarter ou, en France, KissKissBankBank, le concept de base n'a que très peu évolué depuis ces débuts lointains : en résumé, un porteur de projet fait appel à la communauté des internautes pour financer sa réalisation. La Ruche ajoutait déjà un bonus à ce socle, en cas de succès de la campagne, sous la forme d'un accès privilégié à des prêts, des subventions, des bourses… proposés par ses différents partenaires.

Il ne s'agissait finalement que de formaliser un mécanisme qui s'est peu à peu imposé dans l'univers de la création. Dans de nombreux cas, l'étape de crowdfunding est devenue un critère d'évaluation des dossiers de demande de crédit ou autre appui dans les établissements traditionnels. Pour les fournisseurs, ce facteur de réassurance justifie d'en faire une offre systématique, qui, par son exposition, aide aussi les entrepreneurs à parachever leur budget. Avec plus de 7 millions de dollars apportés de la sorte, en sus des 11 millions de dollars de collecte, l'approche démontre sa pertinence.

La Ruche

Et, donc, une nouvelle option est maintenant présente sur la plate-forme. Sous l'appellation de financement collaboratif, elle permet aux visiteurs de concourir à l'aboutissement du projet soumis (si son promoteur la retient) non plus par le versement d'une somme d'argent mais en nature, par exemple par la mise à disposition de matériels et d'équipements en tous genres, par le don de temps, par le partage d'une expertise professionnelle, à titre gracieux ou via une réduction sur une prestation de service…

Voilà une excellente initiative pour étendre le champ d'action du financement participatif aux personnes ayant envie de s'impliquer dans les idées qui les séduisent mais n'ayant pas nécessairement les moyens pécuniaires pour ce faire. Il faut noter, à ce stade, que La Ruche est bâtie sur un principe de proximité, avec, notamment, des relais dans chacune des 7 régions du Québec où elle opère (pour l'instant), ce qui, bien entendu, facilite la mise en relation entre les individus, au-delà du seul transfert d'argent.

Enfin, ces évolutions autour du crowdfunding historique possèdent également la remarquable particularité d'enrichir son alignement avec les fondements du mutualisme et de la coopération entre membres… dont le Mouvement Desjardins s'enorgueillit. L'association entre les deux structures (La Ruche étant sous statut associatif, sans but lucratif) prend ainsi un sens d'autant plus profond, qui ne se réduit pas à une convergence d'intérêts économiques sur la distribution de produits bancaires (ou équivalents).

mercredi 19 février 2020

La fin du crowdlending se rapproche

LendingClub
Le géant des prêts entre pairs LendingClub avait déjà exprimé son désir d'obtenir une licence bancaire, il a finalement opté pour une solution plus rapide et radicale, à travers l'acquisition de Radius Bank, un jeune établissement qui s'est imposé en quelques années comme un des leaders de la transition digitale du secteur aux États-Unis.

L'opération ne constitue plus vraiment une surprise au vu de l'évolution du crowdlending depuis sa naissance, vers 2005, dont, notamment, sa transition vers un financement institutionnel, la part des contributions du grand public aux crédits distribués devenant de plus en plus marginale. En revanche, en consacrant, d'une certaine manière, le modèle économique traditionnel de la banque, à un moment où il semble pourtant particulièrement menacé, elle souligne la fin d'un rêve de désintermédiation.

Les arguments brandis par LendingClub afin de justifier son initiative reposent sur l'idée que ses clients, séduits par sa plate-forme, attendent désormais une qualité de service – composée de transparence, de simplicité, de coûts maîtrisés… – équivalente dans l'ensemble de leur vie financière. Son ambition consiste donc à leur offrir une place de marché extensive, au sein de laquelle leur seraient proposés les meilleurs produits, répondant à tous leurs besoins, via une expérience utilisateur optimale unifiée.

Sans nécessairement remettre en question cette vision, le choix d'intégrer une banque (plus ou moins) classique au cœur de son dispositif dénote toutefois, selon toute vraisemblance, des considérations plus pragmatiques. D'une part, on peut y déceler la poursuite d'une stratégie de conquête et de fidélisation de la clientèle, à travers une relation renforcée, que j'ai évoquée par le passé. D'autre part, le réalisme économique joue certainement un rôle important dans cette sorte de retour aux sources.

En effet, à partir du moment où une large proportion des crédits accordés est financée par des investisseurs professionnels, qui réclament des rendements élevés, il est tentant de rechercher des options moins coûteuses. Or, comme le savent depuis toujours les acteurs en place, les dépôts sur des comptes courants, même quand ils sont rémunérés (à un niveau symbolique), sont la solution idéale… sous réserve de posséder une structure habilitée à collecter et exploiter une telle manne, c'est-à-dire une banque.

Les pionniers du crowdlending – LendingClub n'étant pas un cas isolé : la britannique Zopa, par exemple, suit le même cheminement, tandis que Starling Bank l'emprunte aussi dans le sens inverse (avec Zopa, justement) – ferment ainsi la boucle qui les ramène aux origines des métiers du crédit : les liquidités dormantes des détenteurs de comptes alimentent les prêts aux autres clients, l'écart de taux entre les deux activités représentant, historiquement, la source principale de revenus de la banque de détail.

À l'arrivée, les idéaux des débuts, qui promettaient d'améliorer l'efficacité du système existant en éliminant un intermédiaire financier coûteux, remplacé par une plate-forme conçue pour mettre directement en contact les emprunteurs et les prêteurs, sont un lointain souvenir. Ce qu'il reste n'est plus qu'une nouvelle génération d'établissements de crédit, issus de différents horizons, dont la seule force (et originalité) éventuelle est de savoir évaluer la fiabilité de leurs clients sur des critères non traditionnels.

LendingClub + Radius Bank

samedi 21 décembre 2019

Étranges critiques envers le crowdlending…

EDHEC
Depuis les promesses de ses origines, il y a une quinzaine d'années, la finance participative a beaucoup évolué, s'assagissant progressivement, jusqu'à devenir une composante acceptée du paysage, mais généralement cantonnée à une niche relativement étroite. Pourquoi certains observateurs s'acharnent-ils alors à vouloir la discréditer ?

Les dernières attaques proviennent d'un professeur de finance de l'EDHEC, Gianfranco Gianfrate, apparemment familier du sujet (il a plusieurs publications à son actif), et elles semblent rencontrer un certain écho dans le milieu. Elles concernent plus spécifiquement les plates-formes de crédit « de pair à pair » (P2P), entre particuliers ou à destination des entreprises, qui exposeraient donc les prêteurs à des risques inconsidérés, susceptibles de justifier une intervention musclée de la part des régulateurs.

Tout en reconnaissant les bénéfices du crowdlending, notamment en termes de maîtrise des coûts d'intermédiation, de diversification des portefeuilles d'investissement, d'élargissement de l'assiette de financements disponibles, voire d'inclusion pour des emprunteurs marginalisés, l'auteur s'inquiète de son développement rapide alors qu'il estime que le concept manque de mécanismes intrinsèques garantissant son auto-contrôle et que, par ailleurs, sa résilience n'a pas encore été testée en cas de crise.

Concrètement, G. Gianfrate accuse les acteurs de la finance participative de ne pas exercer une extrême rigueur dans la sélection des dossiers proposés sur leurs sites ou sur les conditions des prêts accordés, sous prétexte que, d'une part, la demande et l'offre sont toutes deux tellement fortes qu'ils font tout pour y répondre, sans discernement, et, d'autre part, et surtout, ils n'ont aucune incitation à la prudence puisque, en tant qu'intermédiaires, ils ne portent pas d'engagement sur les opérations conclues.

Les promesses et périls du crowdlending

Le raisonnement est aussi absurde que déconnecté de la réalité du marché. Ainsi, par exemple, les critères de sélection des demandeurs sont progressivement devenus de plus en plus stricts, au point d'être désormais quasiment identiques à ceux des banques. Une des raisons de ce resserrement dans les politiques est l'entrée dans le jeu d'institutionnels, qui viennent combler un déficit chronique d'apporteurs de fonds et dont les exigences de gestion du risque ne laissent évidemment aucune place à l'amateurisme (comme l'a justement appris Lending Club, cité en épouvantail dans l'article).

Ridicule également cette idée que l'organisme qui met en relation des prêteurs et des emprunteurs – à l'instar d'un courtier… – ne porterait aucune responsabilité dans les transactions qu'il rend possibles ! Comme dans tout métier de commerce et d'autant plus quand l'objet en est l'argent, la confiance est la clé d'un modèle viable et durable. Les plates-formes sont contraintes de démontrer continuellement la valeur et la sécurité des campagnes qu'elles partagent si elles veulent attirer des participants !

Naturellement, en contrepartie d'un rendement plus ou moins élevé, le financement direct d'entreprises ou de particuliers sera toujours plus hasardeux qu'un livret d'épargne à taux fixe (et dépôt garanti). Il est aussi certain qu'il existe des acteurs à éviter dans la finance participative, comme dans tous les domaines, et que la jeunesse du secteur ne facilite pas le tri. Mais il faut arrêter de chercher des problèmes là où ils n'existent pas : le crowdlending n'a aucune raison d'être traité comme un mouton noir par essence.

jeudi 21 novembre 2019

Oval et le crowdfunding : une double opportunité

Oval
Quand la jeune pousse d'origine italienne Oval veut accélérer son développement, elle se tourne, comme tant d'autres, vers le financement participatif (en équité). Mais, à l'occasion de sa deuxième campagne du genre, elle a décidé de viser directement les utilisateurs de son application, en intégrant le crowdfunding dans son modèle.

Depuis ses origines, sous la forme d'un « simple » outil de suivi des finances personnelles (PFM), la solution d'Oval a rapidement évolué vers sa véritable cible, pour devenir une solution d'assistance automatique, intelligente et pédagogique à l'épargne et l'investissement. Dans ce dernier registre, elle se contentait jusqu'à maintenant de proposer d'intervenir sur les actions boursières. Afin d'élargir les possibilités offertes à ses clients, elle introduit donc désormais un accès à des entreprises non cotées.

Pour ce faire, elle propose de contribuer à une sélection (à sa discrétion) de campagnes sur Seedrs, un des leaders de l'investissement participatif au Royaume-Uni. Grâce aux APIs fournies par ce dernier, l'apport de capital aux jeunes sociétés qui lèvent des fonds est aussi facile et aussi rapide que l'achat de titres sur un marché organisé, et se déroule entièrement au sein de la plate-forme mobile d'Oval. L'ambition est de démocratiser les opportunités d'investissement les plus diverses, tout en éduquant les consommateurs.

Campagne de financement d'Oval

Or, pour le lancement de cette nouvelle option, la première campagne proposée aux utilisateurs d'Oval est… celle d'Oval ! L'idée peut être considérée comme un vrai coup de génie. En effet, d'une part, elle donne de la visibilité à l'opération auprès d'une population qui devrait y être naturellement sensible, elle capte son attention au moment le plus opportun et elle simplifie au maximum la démarche de souscription (son application étant conçue pour prendre en charge les transferts de fonds, notamment).

D'autre part, la startup donne de la sorte un coup de projecteur particulier sur le crowdfunding (d'un point de vue générique), en y associant sa marque et sa présence, ce qui constitue sans aucun doute un moyen efficace d'intéresser des néophytes à un sujet potentiellement intimidant au premier abord. Sous réserve d'un accompagnement pédagogique adapté, cette première étape se transformerait alors en un produit d'appel vers, idéalement, une adoption généralisée d'une autre catégorie de supports.

Bien qu'aucun détail ne soit disponible sur l'origine des contributions, l'atteinte en deux jours de presque 90% de l'objectif (d'un million de livres) fixé pour la campagne donne à penser que la première partie du pari est réussie. Pour la suite, il restera à mesurer combien, parmi les plus de 1 000 personnes responsables de ce succès fulgurant, sont des débutants dans ce genre d'opération et combien y prendront goût…

jeudi 17 octobre 2019

Zopa éclaire les dessous du score de crédit

Zopa
C'est un des secrets les mieux gardés dans les institutions financières : à quels critères recourent-elles donc pour décider d'accorder un crédit à un demandeur et déterminer les conditions applicables ? Dans un effort de transparence inédit, le pionnier britannique du prêt participatif Zopa lève désormais le voile sur ses propres pratiques.

Directement intégré dans l'application mobile de la jeune pousse, « Borrowing Power » offre d'abord une vue instantanée sur l'évaluation globale de la capacité d'emprunt de l'utilisateur, sur une échelle de 0 à 10. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas juste de son score de crédit, car cette note est précisément celle qui sert à établir le montant maximal, la durée et le taux d'un prêt auquel il peut effectivement prétendre sur la plate-forme… et qu'il peut obtenir immédiatement en quelques actions supplémentaires.

Naturellement, Zopa ne s'en tient pas à partager cette information, certes essentielle mais encore très opaque. Elle l'enrichit donc de sa décomposition détaillée (propriétaire), selon tous les axes pris en compte pour la calculer : le score de crédit « officiel » (transmis par un partenaire spécialisé), qui reste le point de départ incontournable, les crédits ouverts (par exemple sur des cartes de crédit), leur part déjà utilisée, les consultations auprès des agences de notation et la proportion moyenne de revenus disponible.

Pour chacune de ces rubriques, une estimation du positionnement individuel de l'utilisateur lui est fournie, afin de l'éclairer sur les facteurs qui affectent son éligibilité finale et, en particulier, sur celui ou ceux qui représentent un handicap pour ses projets, le cas échéant. De plus, des explications complémentaires sont proposées dans le but de décrire ce qui, concrètement, du point de vue du prêteur, justifie, et dans quelle mesure, l'utilisation de chaque catégorie de données pour juger du risque de défaut.

Zopa – Borrowing Power

Un dernier module, plus proactif, vient enfin parfaire le dispositif. Des recommandations opérationnelles, personnalisées en fonction des faiblesses spécifiques observées sur son score, sont en effet prodiguées dans le but d'accompagner le futur emprunteur dans l'amélioration de sa situation. Qu'il s'agisse d'adopter de bonnes habitudes pour ne pas mettre en danger son potentiel ou d'agir rapidement pour relever un score défaillant, l'objectif est de faciliter l'accès au crédit, aux meilleures conditions possibles.

L'initiative de Zopa constitue une réponse cinglante à l'une des plus importantes frustrations de la relation du consommateur avec une institution financière : l'incompréhension face à un refus de crédit (ou à l'acceptation à un coût largement supérieur à celui affiché par la publicité). La généralisation de cette transparence est d'autant plus inéluctable que les inquiétudes sur les méthodes employées (notamment avec l'émergence de l'intelligence artificielle dans les algorithmes) vont se multiplier.

En rendant son outil « Borrowing Power » accessible à tous, utilisateurs ou non de sa plate-forme de financement participatif, la startup met en outre une pression considérable sur les acteurs traditionnels, sinon pour qu'ils s'alignent sur sa démarche (du moins pas tout de suite), mais a minima pour être en mesure d'apporter des explications crédibles (et comparables) aux décisions qu'ils annoncent à leurs clients…

lundi 9 septembre 2019

MoneeZen part à l'assaut du découvert bancaire

MoneeZen
Les millions de consommateurs français qui dépassent régulièrement le découvert autorisé sur leur compte courant disposent désormais d'une nouvelle solution qui, si elle ne résout pas leurs difficultés financières, devrait a minima leur coûter moins cher. MoneeZen, disponible en version beta depuis début août, démarre sur les chapeaux de roue.

Le fonctionnement du service rappelle immanquablement celui de Dave, aux États-Unis (jusqu'à son histoire fondatrice reposant sur des mésaventures d'étudiants). Ainsi, l'utilisateur est-il d'abord invité à connecter ses comptes bancaires pour suivre sa situation : même sans abonnement, les algorithmes de la startup vont surveiller chaque jour les transactions réalisées et l'évolution du solde… afin d'être prêt à émettre une alerte – par messagerie et par SMS – quand la tendance s'approche de la zone rouge.

La démarche devient réellement intéressante à ce moment-là, du moins pour les clients qui auront souscrit à l'offre payante (facturée 1,99 euros par mois). En effet, ils se voient alors offrir la possibilité d'obtenir une avance de trésorerie, de 50 à 300 euros pour 1 à 25 jours, destinée à éviter les frais et commissions exorbitants que leur imposent les banques (sans parler des risques d'inscription au fichier des incidents). Naturellement, c'est une analyse du comportement financier à partir de ses comptes qui permet de déterminer la fiabilité du demandeur, et de lui répondre dans la journée.

Comme il advient fréquemment, depuis quelque temps, avec les innovations touchant au crédit à court terme, les prêts accordés ne sont pas soumis à intérêts, mais un tarif fixe est appliqué à chaque transaction (variant entre 1,5 euro pour un emprunt de 50 euros et 3,90 euros pour 300 euros). En prenant en compte l'adhésion mensuelle, les charges totales finissent par paraître élevées… quoique, bien sûr, sans aucun comparaison possible avec les coûts – et les désagréments – qu'engendre un découvert.

Accueil MoneeZen

Initialement, le financement des prêts repose en priorité sur les fonds propres de la jeune pousse et sur des apports d'investisseurs institutionnels, mais MoneeZen veut aussi développer un autre pan d'activité. Dotée d'un agrément d'intermédiaire en financement participatif, elle propose aux particuliers – sous forme expérimentale, pour l'instant – de contribuer à sa mission, avec un modèle d'épargne bloquée (pendant 1 an), à rendement attractif (jusqu'à 8,5%), dont elle promet que le risque est maîtrisé.

Bien que des alternatives existent déjà (les américains ont la carte de crédit, les français la carte à débit différé, notamment), des sommes gigantesques s'évaporent chaque mois dans les frais de découvert et les timides progrès des banques en matière de prévention ont peu de chances de changer radicalement cet état de fait. Le marché que vise MoneeZen est donc incontestablement ouvert à des approches nouvelles et le succès apparent de Dave montre que l'avance d'argent contextuelle parvient à séduire.

Enfin, il reste un certain potentiel d'innovation derrière le concept, et je ne pense pas uniquement à la surprenante absence d'une application mobile dédiée. Par exemple, les abonnés payants les plus fidèles et les plus sûrs ne pourraient-ils pas bénéficier d'une option (« zen » ?) grâce à laquelle ils mettraient le crédit en pilote automatique, avec un transfert de fonds immédiat dès la détection d'un risque de découvert ? Certes, il ne faudrait pas qu'un tel système devienne une incitation au surendettement…

jeudi 15 août 2019

Intesa Sanpaolo remixe la finance participative

Intesa Sanpaolo
L'attribution par l'EFMA de son prix de l'innovation du mois à Intesa Sanpaolo nous donne l'occasion de nous pencher sur « For Funding », une plate-forme de financement participatif qui, deux ans après son lancement, conserve son originalité… même si ses résultats ne sont pas aussi brillants que le laisse entendre sa présentation…

Consciente qu'il aurait été vain de créer une solution généraliste, comme il en existe déjà beaucoup sur le web, dont certaines très efficaces, la banque italienne a d'emblée fait le choix de viser une cible particulière : les associations à but non lucratif. Conséquence directe de cette spécialisation, elle a pu se concentrer sur les besoins spécifiques de cette catégorie de clientèle, ce qui l'a amenée à concevoir un modèle dans lequel différentes typologies de financement peuvent être combinées au sein d'un même projet.

Dans nombre de ces organisations, notamment parmi celles qui exercent dans le domaine social privilégié par Intesa Sanpaolo, les dons constituent la ressource principale. Aussi est-ce la première forme d'appel à contribution qui leur est proposée (et la plus populaire). Mais il leur est également possible, par exemple pour des programmes de grande ampleur, de solliciter un crédit communautaire. Dans ce cas, les participants peuvent alors répartir leur apport à leur guise entre prêt remboursable et donation.

Intesa Sanpaolo For Funding

En pratique, les campagnes passées montrent que la plupart de ces opérations de crédit (toutes ?) ont été partiellement couvertes par la banque elle-même. « For Funding » combine donc 3 modes de financement distincts sur une plate-forme unique et, surtout, au sein de chaque dossier déposé. Voilà une belle réponse à ce qui non seulement représente une option légitime pour les associations mais correspond également à un fonctionnement largement répandu pour l'accomplissement de leurs missions.

En dépit de ses qualités et de l'autosatisfaction de ses concepteurs, l'initiative ne semble malheureusement pas parvenir à se développer : la liste des campagnes visibles sur le site révèle moins d'une dizaine de demandes en cours, concernant exclusivement des donations, et une cinquantaine de succès au total, dont la majorité de ceux qui portent sur un crédit datent d'avant la mise en ligne (en 2017), tandis que, apparemment, le montant (modeste : 23 millions d'euros) des prêts accordés inclut la part de la banque…

Les aventures des banques dans la finance participative se soldent souvent par des échecs plus ou moins avoués. La raison première en est certainement leur positionnement ambigu, coincées entre des solutions de crédit classiques et un idéal communautaire qu'elles ne sont pas véritablement en mesure d'assumer. Il serait intéressant de comprendre pourquoi l'approche d'Intesa Sanpaolo, pour une fois plutôt bien ciblée et offrant une vraie différenciation concurrentielle, ne réussit pas mieux…

lundi 12 août 2019

Le crowdfunding face à une impasse

LendingClub
Dans l'univers de la FinTech, la finance participative est un des plus anciens domaines de disruption (juste derrière les paiements). Il n'est donc pas surprenant qu'elle soit sujette à des soubresauts – fermetures, consolidations, changements de modèle… Mais peut-être est-elle maintenant en train de vivre une vraie crise existentielle…

Les velléités du leader historique LendingClub d'acquérir une licence bancaire aux États-Unis offrent ainsi un indice supplémentaire des hésitations – sinon des errements – du secteur. Les arguments brandis pour justifier une telle opération ne manquent pourtant pas de bon sens, entre un besoin d'entretenir une relation plus étroite avec des emprunteurs occasionnels, donc difficiles à fidéliser, et les opportunités de capter une clientèle plus large, parmi les consommateurs n'ayant pas accès au crédit.

La réalité est cependant légèrement différente. Dorénavant, la plupart des plates-formes de crowdfunding sont financées par des investisseurs institutionnels, profitant de rendements attractifs par rapport aux supports classiques. L'offre étant couverte, leur principale préoccupation concerne donc la demande. Or, de ce côté, la situation s'avère compliquée : les particuliers et les entreprises tendent à conserver une certaine défiance vis-à-vis de ces acteurs et les avantages promis ne suffisent pas à les séduire.

La réponse des startups à cette difficulté se répartit aujourd'hui entre deux camps. Il y a celui que désire rejoindre LendingClub, consistant à aborder des métiers adjacents (sans véritablement adresser la question de fond), de manière à développer la clientèle potentielle de son activité principale. L'autre, illustré par le cas de P2BInvestor (et qu'exploite aussi LendingClub), repose sur l'idée de commercialiser les produits par l'intermédiaire des institutions possédant déjà la confiance de leurs clients.

Accueil LendingClub

Entre la fuite en avant vers la néo-banque (qui n'est souvent que l'illusion d'une solution magique) et l'aveu d'échec que constitue le modèle de fournisseur technologique, ces acteurs perdent de vue ce qui faisait leur particularité à l'origine : l'innovation. En effet, le cœur du problème pour beaucoup de FinTech (y compris au-delà de la finance participative) est l'absence de différenciation : quand les critères d'attribution, les conditions et les modalités du crédit de LendingClub sont similaires à ceux des banques (qui ont tout de même progressé), les clients se font automatiquement plus rares…

Concrètement, l'utopie inclusive des débuts a laissé place, au fil des ans et sous la pression des partenaires finançant les opérations, à une approche classique, qui exige un score de crédit élevé, un long historique financier et un quotient d'endettement limité pour accorder un prêt à un taux « banal ». Pendant le même temps, les acteurs historiques travaillent sur leur réactivité et introduisent de nouveaux critères d'évaluation de fiabilité pour les exclus du système. L'avantage concurrentiel du trublion fond à vue d'œil.

La seule option viable pour une jeune pousse qui veut réussir dans un secteur aussi encombré que la finance est d'apporter une proposition de valeur inédite et impossible à ignorer de la part de la cible visée. Ce que découvrent les plus anciennes est que cet impératif ne s'exerce pas uniquement comme un point de départ. À défaut de parvenir à établir une relation de confiance forte et stable avec leur marché (ce qui prendra très longtemps), elles sont contraintes de maintenir un état d'innovation permanente.