Quand certains pays se préparent à abandonner le chèque imprimé, vestige d'un autre temps, aux États-Unis, J.P. Morgan Chase entame le déploiement de robots sophistiqués et d'outils à base d'intelligence artificielle afin d'optimiser leur traitement pour les entreprises qui en dépendent encore fortement dans leurs opérations courantes.
Comme observé dans le reste du monde, les américains délaissent peu à peu le chèque au profit d'instruments de paiement plus modernes et plus efficaces, avec un volume annuel en baisse de plus de 85% depuis son pic à la fin du siècle dernier. Pourtant son usage résiste, à hauteur de 2,8 milliards d'opérations en 2025, dans certains secteurs et chez certaines classes de population ou d'entreprises. Apparemment, ce niveau persistant suffit donc à justifier un investissement significatif de la part de la banque.
En l'occurrence, la première motivation réside dans le maintien de la confiance des clients pour lesquels le besoin est particulièrement criant, à savoir les organisations qui reçoivent des chèques en masse, avec un nombre important de correspondants, et recourent pour ce faire à l'offre de « lockbox ». Il s'agit d'une boîte aux lettres sécurisée dédiée, placée sous la responsabilité directe de la banque, auxquelles les payeurs adressent leurs règlements, pris en charge pour le compte du bénéficiaire.
Naturellement, la lecture et l'encaissement de chèque sont automatisés depuis des décennies ; il s'agit même d'une des plus anciennes mises en œuvre industrielle de la reconnaissance de caractères, y compris manuscrits. À cet existant, J.P. Morgan ajoute cependant une dimension supplémentaire : un robot mécanique capable, en totale autonomie, d'ouvrir les enveloppes, retirer les éventuelles agrafes et décoder tous les documents transmis, notamment pour faciliter les réconciliations de facture.
Dans un premier temps, l'institution équipe un de ses six centres, à Chicago, les autres devant suivre si les résultats sont au rendez-vous. Aucune indication n'est fournie quant au coût du projet mais on peut penser qu'il est loin d'être négligeable, entre les composants nécessaires, matériels et logiciels, et les probables exigences d'aménagement adapté des locaux. Est-il bien raisonnable d'engager des frais conséquents pour l'amélioration marginale d'un service voué à disparaître à terme ?
Après tout, même si la banque ne souhaite pas l'élimination du chèque (ce qui serait surprenant), ses clients, eux, préféreraient majoritairement, selon toute vraisemblance, l'éradiquer au profit de solutions plus rapides, mieux sécurisées et moins propices à la fraude, moins onéreuses… C'est bien dans cette direction que des initiatives devraient donc être menées en priorité, de manière à faciliter la transition des émetteurs de chèque, en prenant en compte les contraintes auxquelles il sont confrontés.


