Voilà plus de 10 ans que la blockchain, popularisée par son implémentation avec le bitcoin, fait rêver des décideurs crédules du secteur financier. La Banque d'Angleterre en est ainsi encore à organiser des défis d'innovation pour dégager le vrai du faux. Mais ses dernières conclusions identifient (enfin !) quelques-uns de ses défauts.
Dans un monde rationnel, on imaginerait qu'une décennie de débats, d'études, d'expérimentations… sans résultats probants suffirait à abandonner une idée, aussi prometteuse soit-elle à sa naissance. Mais non. Spécialement dans le domaine de la compensation des échanges de gros qui intéresse ici l'institution britannique, les responsables s'acharnent, en voulant croire que la technologie progresse rapidement et qu'elle sauvera le concept. Pas de chance, c'est bien ce dernier qui est déficient.
C'est, en tous cas, ce que révèle ce énième rapport d'analyse, élaboré à partir des réponses de la petite dizaine de participants au « DLT Innovation Challenge » aux demandes de recherche approfondie formulées sur quatre axes complémentaires, centraux pour l'évaluation des capacités de la blockchain à « gérer les transactions et la compensation entre intervenants via un registre externalisé programmable, sans mécanisme de confiance natif et sur lequel la banque centrale n'a aucun contrôle ».
Parmi les caractéristiques évaluées, la première concerne les qualités fondamentales du concept, à savoir la faculté de combiner finalité (la certitude qu'une transaction est définitivement et irréversiblement validée), résilience (grâce à la distribution de l'information) et rapidité d'exécution. Sans surprise, les conclusions confirment que, si des solutions existents pour optimiser l'une d'elles, elles impliquent obligatoirement des concessions sur les autres. Aucune n'est parfaite sans perte de confiance.
Par ailleurs, l'analyse sur la dimension de la montée en charge (c'est-à-dire la possibilité de traiter des volumes croissants sans baisse de performance) montre également qu'elle ne peut être garantie que moyennant la mise en place d'appareillages complémentaires complexes et néfastes aux exigences précédentes. En résumé, la blockchain n'est pas en mesure de satisfaire les besoins élémentaires du cas d'usage envisagé… et requiert des contorsions coûteuses et fragiles pour en remplir ne serait-ce qu'une partie.
Quelle découverte ! Il existe depuis au moins 40 ans une loi qui établit qu'il est impossible d'avoir simultanément résilience, fiabilité et rapidité dans un système de base de données. Rien n'a encore été inventé qui la rendrait caduque, tout au plus des options, vendues à prix d'or, en repoussent-elles un peu les limites. Ceux qui prétendent que la blockchain parvient à briser cet axiome (et j'en entendais encore un récemment l'affirmer devant une audience de banquiers) devraient se taire face aux faits.



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Afin de lutter contre le spam, les commentaires ne sont ouverts qu'aux personnes identifiées et sont soumis à modération (je suis sincèrement désolé pour le désagrément causé…)