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C'est pas mon idée !

mardi 10 janvier 2017

Bankin' veut devenir coach financier

Bankin'
Grâce à la levée de fonds conséquente qu'elle vient de conclure [PDF], Bankin', une des stars européennes du PFM, espère rapidement concrétiser son ambition de transformer sa solution de gestion de budget en un véritable coach financier pour ses utilisateurs, tout en conservant son indépendance vis-à-vis des banques.

Première étape dans cette stratégie, la jeune pousse française devrait bientôt autoriser l'exécution de virements – entre comptes personnels ou externes – depuis son application (comme l'a aussi récemment annoncé Budget Insight, qui, cependant, vise plutôt un marché B2B). Cette fonction, actuellement en phase de test, constitue un préalable pour dépasser le statut de simple plate-forme d'observation que représentent aujourd'hui, dans leur majorité, les solutions de gestion de finances personnelles.

Une fois ce cap franchi, de nouvelles opportunités vont s'ouvrir. En particulier, les conseils délivrés pourront prendre une autre dimension, plus pro-active et plus efficace. Un exemple, qui est certainement très attendu par les utilisateurs de Bankin', concerne les risques de découverts : au lieu de se contenter d'émettre une alerte lorsqu'elle « prédit » un passage dans le rouge de leur compte courant, l'application deviendra capable de déclencher spontanément un virement préventif depuis un livret d'épargne.

A l'inverse, des options d'investissement automatique pourront également être envisagées, permettant de faire fructifier les sommes qui ont toute probabilité de rester disponibles à la fin du mois. Plus généralement, des algorithmes d'analyse de données appliqués aux historiques de transactions seront progressivement mis à contribution en vue de prodiguer des recommandations personnalisées dans tous les domaines de la finance personnelle, tels que la suggestion de renégocier un crédit immobilier.

Annonce Bankin'

L'approche de Bankin' n'est pas vraiment une surprise : elle s'inscrit dans une tendance de fond, de l'intégration des services bancaires dans les moments de la vie quotidienne, d'une manière aussi transparente que possible, jusqu'à devenir invisible. En revanche, ce qui peut étonner est la vitesse d'exécution de la startup, qui n'attend pas l'ouverture des accès aux services bancaires – à la faveur de la nouvelle directive européenne des services de paiement (DSP2) – pour renforcer sa position d'intermédiaire alternatif.

Les acteurs historiques peuvent se faire du souci pour leurs relations avec leurs clients. Avec son interface limitée à la consultation, Bankin' a conquis 1,5 million de consommateurs, dont près de deux sur trois ont un seul compte bancaire et expriment donc ainsi leur préférence pour une application plus conviviale. En introduisant des conseils personnalisés, la jeune pousse leur donnera encore plus de raisons de gérer leurs opérations « hors » de leur banque et, potentiellement, leur faire des infidélités.

La solution ? Pas de miracles à espérer, elle exige de prendre conscience de l'urgence de revenir à un rôle de conseil – au bénéfice du client, s'il faut réellement mettre les points sur les « i » – et de l'intégrer dans l'environnement « digital » contemporain. Ironiquement, les obligations réglementaires d'ouverture des institutions financières qui stimulent la menace devraient être considérées comme une opportunité d'entamer la transition vers cette vision et non comme une contrainte prise en compte à contre-cœur.

lundi 9 janvier 2017

Aviva invite Alexa dans l'assurance

Aviva
Alors que, ces derniers jours, Alexa jouait les stars au CES 2017, les institutions financières développent leurs premières applications (« skills ») pour l'assistante virtuelle d'Amazon. Si les banques ont été pionnières, le secteur de l'assurance commence aussi à en explorer les opportunités, ainsi que le démontre Aviva au Royaume-Uni.

Ne nous y trompons pas : en l'état, le service mis gratuitement à disposition de tous les consommateurs (clients ou non) par la compagnie ne révolutionnera pas le monde de l'assurance, même si sa cible correspond à un vrai besoin. En effet, son objectif consiste simplement à décrypter le jargon spécialisé afin de le rendre accessible au commun des mortels. Alexa répondra donc à des questions telles que « qu'est-ce qu'une prime ? » ou « qu'est-ce que la franchise ? », dans un langage clair et compréhensible.

En réalité, l'initiative tient plus d'une démarche d'expérimentation et d'appropriation de la technologie par les équipes « digitales » d'Aviva, comme l'expliquent les responsables dans leur vidéo de présentation (cf. ci-dessous). Cette première application constitue le résultat d'une prise en main rapide – son développement a été mené en moins de 3 mois, entre le lancement de l'Amazon Echo (l'appareil privilégié pour interagir avec Alexa) au Royaume-Uni et son déploiement opérationnel sur l'« App Store » dédié.

Amazon Echo

Naturellement, la compagnie poursuit ses recherches autour des interfaces vocales et envisage déjà les possibilités qu'elles ouvrent dans la relation avec ses clients. Au-delà de la tendance globale – soulignée notamment par Gartner – à une montée en puissance rapide des assistants virtuels auprès du grand public, le secteur de l'assurance fait probablement partie des candidats les plus sérieux à la mise en œuvre de dispositifs installés au cœur du foyer, toujours prêts à répondre aux interrogations des clients.

Alors, après l'implémentation générique d'une sorte de « traducteur de charabia » (qui, indépendamment, pourrait inciter à réfléchir sur une autre manière de présenter les contrats…), l'intégration d'une dimension de personnalisation sera une des orientations prioritaires pour Aviva. Il s'agira, en particulier, d'introduire des services liées directement aux polices souscrites par l'utilisateur, ce qui pose, évidemment, des problèmes plus complexes à résoudre, par exemple en matière de sécurité et de confidentialité.

En attendant l'apparition de solutions réellement « disruptives », la leçon à retenir de cette démarche est celle que je recommande vis-à-vis de toute technologie émergente (les assistants intelligents comme la réalité virtuelle, l'internet des objets…) : au vu de la vitesse à laquelle elles sont susceptibles de s'imposer sur le marché, il est essentiel de se familiariser avec elles au plus tôt, même à travers des expériences simpl(ist)es et peu coûteuses, de manière à en appréhender les enjeux et être prêt au déferlement…

dimanche 8 janvier 2017

Blockchain et failles humaines

Blockchain
Lors de mon intervention à la récente conférence organisée par la Banque de France sur l'innovation dans les paiements (et au-delà), quelques participants ont relevé ma position sur les risques des interventions humaines dans le fonctionnement d'une blockchain. J'aimerais maintenant expliquer mon raisonnement plus en détail.

Il est vrai que, pour les puristes, il paraîtra étonnant de devoir justifier a contrario la valeur d'un système fondé sur le principe même de l'absence de contrôle centralisé (sous-entendu « humain »), mais tel est l'état du sujet aujourd'hui qu'une mise au point devient nécessaire. Pour ce faire, revenons aux origines : le bitcoin. Dans cette application, un ensemble de machines collaborent entre elles afin de gérer en toute autonomie (informatique) l'enregistrement des transactions réalisées avec la crypto-devise.

Depuis longtemps, une des seules failles potentielles identifiées dans cette approche – pour laquelle aucune solution définitive n'a encore été proposée – est l'« attaque des 51% », à savoir l'hypothèse qu'un individu ou une organisation unique prenne le contrôle de plus de la moitié du réseau de machines gérant la blockchain et puisse ainsi imposer la validation d'opérations frauduleuses. Loin d'être théorique, un raid de ce genre s'est déjà produit par le passé, bien qu'il ne soit généralement pas présenté sous cet angle.

Je parle ici des actions qui ont été menées sur le réseau Ethereum après le fameux détournement de l'été 2016 ayant affecté une de ses applications, TheDAO. En l'occurrence, une majorité des participants à la gestion de cette blockchain a décidé d'annuler les transactions correspondantes. Il s'agit donc bien d'un cas d'« attaque des 51% » qui, même si ses motivations semblent légitimes, devrait, en toute logique, réduire à zéro la crédibilité d'Ethereum. La faille humaine est alors apparue au grand jour !

Face à ce risque, je ne peux donc que réaffirmer que la meilleure protection consiste à confier la sécurité des blockchains exclusivement à des algorithmes et à se défier de toute intervention manuelle, quelle qu'elle soit. Bien entendu, ce précepte est plus facile à énoncer qu'à mettre en pratique. Toutefois, la conception du bitcoin offre un début de réponse opérationnelle, en tentant de décorréler au maximum la gestion de la blockchain et la valeur qu'elle supporte, afin d'éviter les possibles conflits d'intérêt.

À ce jour, peu d'acteurs, parmi les pionniers des blockchains, sont prêts à laisser des machines régir entièrement le fonctionnement de leurs applications. Incidemment, ces réticences expliquent probablement (en partie) leur préférence pour des approches privées ou « à permission », qui donnent l'impression d'une plus grande maîtrise. Hélas, celle-ci réintroduit automatiquement une composante humaine dans la chaîne décisionnelle, qui sera toujours une source majeure de défauts… et de malversations.

Faille humaine

samedi 7 janvier 2017

Idea Bank invente le crédit au kilomètre

Idea Bank
On connait depuis quelques années l'assurance au kilomètre, la polonaise Idea Bank propose désormais une déclinaison inédite du concept dans le crédit automobile aux entreprises. La banque offre ainsi à ces dernières un moyen simple et relativement objectif de moduler leurs remboursements selon leurs cycles d'activité effective.

La solution « Happy Miles » est principalement destinée aux structures gérant une flotte de véhicules, telles que les sociétés de transport – le service couvrant aussi bien les voitures de tourisme que les poids lourds – ou celles qui emploient une force de vente itinérante. Dans tous les cas, la promesse que leur fait Idea Bank est de réduire leurs charges financières en cas d'immobilisation, que ce soit en raison d'une panne, de la maladie d'un chauffeur ou encore d'une baisse temporaire d'activité.

En pratique, le contrat de prêt est conclu, classiquement, pour une durée déterminée et un kilométrage moyen annuel, à partir duquel la banque détermine ses conditions. Outre l'apport initial et le forfait de rachat, celles-ci seront fondées sur un loyer fixe mensuel modéré – un exemple pour une berline s'établit à 235 złotys, soit environ 54 euros – complété d'un taux kilométrique appliqué à la distance réellement parcourue au cours du mois, telle qu'elle est mesurée par un équipement GPS embarqué et connecté.

Idea Bank Happy Miles

Afin de rendre son offre encore plus attractive, Happy Miles capitalise sur les informations captées et met à la disposition des entreprises un système complet de gestion de flotte, accessible via le web et sur mobile. Les responsables pourront ainsi non seulement surveiller l'utilisation des véhicules professionnels (localisation, trajets empruntés, respect des limitations de vitesse, temps de conduite, horaires de travail…) mais également contrôler la consommation de carburant, anticiper les échéances d'entretien…

Le changement introduit par Idea Bank avec cette innovation est certainement beaucoup plus important qu'il n'y paraît au premier abord. En effet, bien que le bilan final du crédit soit, pour l'emprunteur, identique à celui d'un modèle classique, Happy Miles est conçu pour lui apporter une flexibilité incomparable, qui en fait une des premières solutions personnalisées, par essence, de sa catégorie. Et la banque a la ferme intention de continuer à développer cet axe (en commençant avec la location de longue durée)…

vendredi 6 janvier 2017

À quoi sert un bac à sable réglementaire ?

Banque de France
À l'occasion d'une conférence sur l'innovation technologique dans les paiements organisée par la Banque de France (et le CNPS), le gouverneur, François Villeroy de Galhau, réaffirmait ce matin dans son discours d'introduction son opposition au principe d'un « bac à sable » réglementaire, lui préférant un régime gradué et proportionné.

Même si Nathalie Beaudemoulin, responsable du pôle FinTech de l'ACPR, retient une formulation plus modérée, la journée s'est conclue sur une intervention d'Anne Le Lorier, sous-gouverneur de la Banque de France, ne laissant à nouveau aucun doute sur le sujet. En pratique, cette doctrine ne doit pas surprendre : elle est connue depuis plusieurs mois. Et, après tout, l'adoption d'une approche réglementaire ajustée aux particularités des acteurs de la FinTech suffit à répondre à leurs besoins, n'est-ce pas ?

Or voilà justement le point d'achoppement. Si l'objectif est de faciliter l'entrée des petites structures dans les processus de conformité existants, en les accompagnant au quotidien, en les aidant à déterminer le statut le plus approprié pour leur activité et les exigences précises auxquelles elles doivent répondre, voire en allégeant certaines d'entre elles… la réponse proposée est en effet parfaitement adaptée. Mieux, l'argument du danger de l'effet de seuil évoqué par F. Villeroy est alors tout à fait pertinent.

Dans cette perspective, il subsiste cependant un espace dans lequel un « bac à sable » continue à garder son sens, comme le souligne l'exemple suisse. Ainsi, dans le cycle d'évolution classique d'une « startup », les premières phases sont consacrées à concevoir et tester sur le marché une série d'itérations d'un MVP (« Minimum Viable Product » ou « Produit Minimum Viable »), qui doit converger le plus rapidement possible vers une solution répondant à une attente client avérée et pouvant ensuite être industrialisée.

Naturellement, si les entrepreneurs sont contraints, avant de commencer à initier ce processus, de dépenser de l'énergie, du temps et des fonds à obtenir une licence (dont ils ne sont même pas certains qu'elle sera valide pour leur futur produit, toujours susceptible d'évoluer), l'aventure de la FinTech devient beaucoup plus difficile : il faut convaincre des investisseurs plus tôt, avec une idée qui n'a pas pu être éprouvée, et chaque « pivot » (changement de modèle) risque de se traduire par un redémarrage à zéro ! Sans parler du découragement qui saisira le fondateur avant de faire le grand saut…

À l'inverse, la possibilité pour une jeune pousse de commencer par le commencement, c'est-à-dire en construisant une première version de son produit, et de l'expérimenter avec un échantillon de clients est plus conforme à une approche d'innovation correctement menée et offre de bien meilleures chances de succès. Une fois le MVP suffisamment avancé, il sera temps d'entamer les démarches réglementaires « sérieuses » (dont nul ne conteste la légitimité), avec un accompagnement personnalisé, de préférence.

La solution peut être un « bac à sable » ou tout autre concept que la Banque de France pourra imaginer, il n'en reste pas moins que le besoin est réel et que, en le satisfaisant, la place de Paris gagnerait probablement une attractivité considérable vis-à-vis des entrepreneurs européens qui désirent se lancer dans la FinTech.

François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France

jeudi 5 janvier 2017

Avec Clarity, le PFM fait faire des économies

Clarity Money
Les variantes « actives » du PFM – jusqu'alors plutôt « contemplatif » – sont décidément en vogue ! Avec l'application de Clarity Money [PDF], l'agrégation de comptes et la représentation graphique des dépenses ne sont qu'un prétexte à identifier, à partir d'une analyse des transactions, les pistes d'économies possibles, puis à les convertir en action.

La prise en main initiale de la solution (exclusivement mobile) est typique des standards de sa catégorie. Après création de son profil, l'utilisateur établit une connexion (sécurisée) avec ses différents comptes bancaires et de cartes de crédit (plus de 18 000 établissements nord-américains sont supportés). Dès lors, l'application lui permet de suivre gratuitement l'évolution de son budget (par le biais d'incontournables camemberts) et de recevoir des alertes, par exemple en cas de risque de découvert.

Là n'est cependant pas l'objectif de Clarity Money. En explorant l'historique des opérations du mobinaute et en surveillant continuellement ses dépenses, les algorithmes d'intelligence artificielle de la jeune pousse (concrètement : apprentissage automatique, traitement du langage naturel, détection d'anomalies, analyse spectrale…) aident à déterminer les frais susceptibles d'être évités, dans différentes catégories : abonnements superflus, cartes de crédit peu avantageuses, factures excessives…

Ainsi, en pratique, la détection des transactions récurrentes va susciter une suggestion de résilier des services peut-être devenus inutiles (les modèles par abonnement étant à la mode, de nos jours), la modélisation des habitudes d'utilisation d'une carte de crédit existante va permettre de simuler les coûts et les promotions à espérer avec des offres concurrentes et ainsi recommander la plus appropriée, la reconnaissance de certains fournisseurs va pouvoir déclencher un processus de négociation de tarif…

Clarity Money mobile

Dans tous les cas, le consommateur reste entièrement maître de ses choix. Mais, s'il accepte la proposition que lui soumet la startup, celle-ci prend en charge, pour son compte et dans la mesure du possible, toutes les démarches nécessaires : résiliation d'abonnement, discussion des prix avec les fournisseurs… D'autres options d'optimisation sont prévues à l'avenir, notamment autour du crédit, pour lequel (comme avec le compte d'épargne associé à la gestion de projets qui figure aussi au menu) la souscription sera simplifiée grâce aux informations clients fournies à l'inscription.

Selon les fondateurs de Clarity Money, le millier de beta-testeurs qui ont profité en avant-première de son application ont réussi à réduire leurs dépenses de 300 dollars en moyenne (sur une base annuelle). Voilà certainement un excellent argument pour convaincre les consommateurs d'adopter le service. En parallèle, il s'agit également d'une bonne nouvelle pour la future viabilité de la startup puisqu'elle compte, a priori, se rémunérer en collectant une partie des économies qu'elle fera réaliser à ses clients…

Fondamentalement, la solution de Clarity Money représente un pas supplémentaire vers la banque contextuelle. En substituant une évaluation personnalisée à des comparateurs en ligne trop génériques, en recherchant en toute autonomie des produits mieux adaptés aux habitudes effectives de l'utilisateur, en prenant en charge automatiquement des démarches pénibles de résiliation et de souscription… elle transforme l'outil de PFM passif en un conseiller financier individuel qui deviendra rapidement indispensable.

mercredi 4 janvier 2017

Quand PayPal s'intéresse aux entreprises

PayPal
Fondée il y a 18 ans, PayPal n'est plus une startup et il serait maintenant tentant de l'assimiler aux institutions financières immobilistes qu'elle bousculait à ses débuts. Elle n'en continue pas moins à chercher à se réinventer. Ainsi, sa nouvelle application à destination des PME offre un exemple d'approche qui pourrait inspirer bien des banques…

Pour les petites entreprises, dont plus particulièrement les commerçants, PayPal représente avant tout une solution d'encaissement, en ligne et en boutique (avec Here). S'il s'agissait d'une entreprise traditionnelle, elle proposerait donc à ses clients un outil mobile similaire à celui qu'elle met à disposition des particuliers, leur permettant de gérer leur compte, depuis le suivi du solde et des transactions jusqu'aux virements vers le compte bancaire rattaché, en passant par les paiements aux fournisseurs…

Mais, bien sûr, PayPal n'est pas une vieille banque et le logiciel qu'elle a concocté délivre bien plus que ces fonctions élémentaires. Sa vision n'est rien de moins que de fournir aux PME une plate-forme complète de gestion de leur activité depuis un simple smartphone. À ce titre, elle intègre notamment des capacités de facturation (y compris leur suivi et l'envoi de relances) ainsi qu'un embryon de CRM, porté essentiellement par un fichier client centralisant informations de contact et historique de la relation… Et ce n'est là qu'un début, d'autres options devant être ajoutées au fil du temps.

PayPal for Business

La stratégie de PayPal répond directement à l'évolution des attentes des entreprises. Aujourd'hui, de plus en plus, les moyens d'encaissement se banalisent (d'ailleurs, les fournisseurs de solutions sont désormais en nombre pléthorique), faisant disparaître toute possibilité de différenciation concurrentielle sur ce seul domaine. Afin de continuer à conquérir et fidéliser les clients, il devient indispensable d'étendre la chaîne de valeur au-delà des transactions. Dans cette perspective, une application mobile de gestion financière et administrative prend naturellement tout son sens.

L'univers des paiements n'est certainement pas le seul concerné par ce genre de transformations. Les mêmes symptômes affectent progressivement le secteur bancaire dans son ensemble. Voici la raison pour laquelle l'exemple donné par PayPal mériterait d'être émulé par les acteurs en place. Quelques nouveaux entrants déjà ont commencé à s'emparer de ce modèle (Holvi en fut l'un des pionniers). Il finira inéluctablement par s'imposer, quand il deviendra apparent que les services financiers aux entreprises (dans le sillage de ceux destinés au grand public) sont devenus une simple « commodité ».

mardi 3 janvier 2017

IBM Watson met 34 personnes au chômage

Communiqué de presse Fukoku Life [PDF]
Le titre de ce billet est, je l'admets, un peu provocateur, mais, alors que les menaces de remplacement de travailleurs humains par des algorithmes paraissaient exagérées encore récemment, une compagnie d'assurance japonaise annonce [PDF] officiellement une réduction d'effectifs grâce à son adoption de la technologie Watson d'IBM.

C'est dans le département de gestion des remboursements de santé de Fukoku Mutual Life Insurance que le nouveau système – qualifié un peu hardiment d'intelligence artificielle – commencera dès ce mois de janvier à traiter les dossiers des patients aux côtés des quelques 130 personnes qui en avaient jusqu'alors la charge. À terme, l'entreprise considère qu'elle pourra « économiser » l'équivalent de 34 employés, ce qui se traduira principalement par le non renouvellement de contrats à durée déterminée.

Comme l'imaginent déjà certains scénarios catastrophes (pour l'emploi), les postes affectés, sans être ceux d'experts, ne sont pas nécessairement les moins qualifiés. La tâche de Watson consistera en effet à collecter et analyser les documents médicaux (prescriptions et ordonnances, compte-rendus d'hospitalisation, justificatifs d'actes chirurgicaux, historiques de soins…) afin de déterminer les paiements à effectuer (qui continueront néanmoins à être validés par un humain), en alignement avec les polices souscrites par les assurés, y compris leurs clauses particulières, le cas échéant.

IBM Watson Explorer

La charge de travail affectée à la machine correspondait à plus de 130 000 dossiers sur l'année 2015. Il est donc aisé de comprendre combien ses capacités cognitives amélioreront l'efficacité des processus de la compagnie. En tout état de cause, pour cette dernière, l'équation économique est simple : le coût de mise en œuvre de la plate-forme s'élève à 200 millions de yens (environ 1,6 million d'euros), auquel s'ajoute une maintenance estimée à 15 millions annuels (120 000 euros), à mettre en regard des 140 millions (1,1 million d'euros) de frais de personnels devenus « redondants »…

Les observateurs le prédisent depuis quelques temps, les progrès de l'intelligence artificielle vont progressivement rendre obsolète une grande partie des métiers exercés aujourd'hui par des femmes et des hommes en chair et en os. On peut s'en inquiéter, s'en indigner, ou encore imaginer que le mouvement pourra être stoppé. Il vaudrait certainement mieux reconnaître que l'évolution est irréversible et qu'il est essentiel de s'y préparer, ce qui requerra de profondes mutations dans nos sociétés. Un exemple tel que celui de Fukoku Life montre que le temps presse pour trouver des solutions !

lundi 2 janvier 2017

Moneymailme parie sur le vidéo-tchat

Accueil Moneymailme
Convaincue que, demain, les échanges d'argent via mobile passeront par des outils de messagerie instantanée plutôt que par des apps, l'équipe de Moneymailme aurait pu, comme d'autres, intégrer sa solution dans WhatsApp ou Facebook Messenger. Elle choisit une autre approche, en proposant sa propre plate-forme de communication, à laquelle elle vient d'ajouter une option de vidéo-tchat.

Au premier abord, Moneymailme ne se distingue guère des autres applications de paiement mobile P2P (de « pair à pair »). L'utilisateur dispose d'un compte personnel qu'il alimente grâce à sa carte bancaire. Il peut ensuite transférer des fonds à sa guise vers ses contacts (apparemment, la toute dernière version prend également en charge les paiements en boutique). Une petite particularité tout de même : internationale par nature, elle gère 3 devises (euro, dollar, livre sterling) et les échanges entre celles-ci.

Outre sa fonction (principale ?) de porte-monnaie mobile, Moneymailme est donc aussi une solution de messagerie sécurisée. Dans ce registre, elle offre un canal de discussion par tchat relativement classique – supportant le partage de la localisation et l'envoi de fichiers (photos, vidéos…) – ainsi qu'un tout nouveau service de visiophonie. Dans les deux cas, le lien avec l'argent reste très visible : un bouton permet à tout moment d'effectuer un versement ou de réclamer un paiement à son correspondant d'un geste.

Accueil Moneymailme

À travers son approche, la stratégie de la startup consiste à faire des échanges d'argent une véritable expérience sociale. À l'extrême, son ambition viserait même à transformer en moments agréables les occasions (parfois embarrassantes) dans lesquelles il faut partager une addition avec des collègues, rembourser les frais avancés par un parent ou demander le paiement d'une dette auprès d'un ami. L'utilisation d'une application de communication autorise naturellement, dans notre ère « digitale », cette mise en relation, d'un bout du monde à l'autre, avec une simplicité et une rapidité incomparables.

La démarche est intéressante mais elle risque, malheureusement, de se heurter à une réalité des usages mobiles actuels : les consommateurs recourent de moins en moins à des applications spécifiques sur leurs smartphones, préférant interagir directement sur les plates-formes de tchat existantes. Les inquiétudes que susciterait (éventuellement) l'exécution d'opérations financières avec ces outils pourraient-elles suffire à justifier l'adoption d'une autre solution (encore !) de messagerie ? Cela reste à voir…

dimanche 1 janvier 2017

2017, l'année des plates-formes

2017
Outre la rétrospective de fin d'année, une autre tradition incontournable des médias est la prédiction du nouvel an. Après les dérives de la blockchain qui ont dominé 2016 (ainsi que je l'avais presque prophétisé), je pense que 2017 devrait voir émerger et s'affirmer l'ère des « banques plates-formes », dont les premiers signes sont déjà visibles.

Depuis quelques mois, voire quelques années pour les pionniers, les API (« interfaces de programmation applicative ») sont devenues un enjeu critique de l'ensemble du secteur financier. En Europe, la directive des services de paiement (PSD2) – qui doit entrer en vigueur à partir de 2018 – constitue un facteur important de cet intérêt soudain, mais une prise de conscience de l'importance d'une ouverture au monde « digital » s'est aussi progressivement imposée dans toutes les régions du monde.

Les opportunités que promet d'offrir un accès libéré aux services bancaires n'ont pas manqué d'attiser la convoitise d'une myriade de nouveaux acteurs (mais peu d'institutions historiques, ce qui est aussi regrettable qu'inquiétant). En dehors des startups naturellement conquises aux vertus des API, telles que les leaders du PFM, les entreprises proposant des solutions techniques d'exposition d'interfaces (par exemple l'Open Bank Project) ont renforcé leur présence et leur visibilité a beaucoup progressé.

Tout est désormais prêt pour le déclenchement d'une nouvelle étape dans le cycle de l'évolution : la « banque plate-forme », bâtie sur des services devenus universellement accessibles sous la forme d'API. La vision proposée est celle d'une offre fédérée et intégrée, assemblée à partir des produits de fournisseurs divers et variés, permettant au client non seulement de disposer d'une vue à 360° de ses finances personnelles mais également d'ajuster précisément son portefeuille à ses besoins et ses préférences.

Banque « plate-forme »

Les prémices d'une telle plate-forme sont déjà à l'œuvre dans plusieurs jeunes pousses. Même s'il faut (hélas) émettre quelques réserves sur son modèle opérationnel (entre l'accumulation des retards au lancement européen et les révélations inquiétantes sur la sécurité de son infrastructure), N26, en Allemagne, fait partie de cette tendance, en intégrant des solutions d'autres startups de la FinTech, qui ajoutent des fonctions de transferts internationaux et de conseil patrimonial à son modèle de néo-banque basique. U Account, en Grande-Bretagne, veut maintenant généraliser cette approche.

Dans un registre différent, commencent à apparaître des plates-formes destinées à supporter les nouvelles entreprises de la finance, en leur donnant accès de manière simple – « en 5 lignes de code » promet l'une d'entre elles – à une palette de services issus de différentes banques et prenant en charge les aspects réglementaires. SolarisBank avait ouvert la voie au début de 2016, elle sera suivie très rapidement par d'autres, à l'instar de RailsBank, dont le démarrage est prévu prochainement.

Derrière cette vague initiale un peu désordonnée, je vois arriver, bientôt, une deuxième génération de plate-formes décuplant la valeur délivrée en introduisant une dimension de conseil automatisé au-dessus de ce qui n'est, pour l'instant, qu'un catalogue étendu de produits. Ces futures banques seront alors capables de fournir, peut-être par l'intermédiaire d'assistants virtuels intelligents, les solutions adaptées aux besoins de chaque individu, en toute transparence, sans effort et à moindre coût…

Excellente année 2017 à tous !