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C'est pas mon idée !

lundi 6 juin 2011

NYSE Technologies ouvre ses infrastructures au cloud

NYSE Technologies
Alors que les institutions financières restent toujours frileuses vis-à-vis du cloud computing, la dernière annonce de NYSE Technologies, la division de commercialisation des technologies de NYSE Euronext, va peut-être faire évoluer les mentalités. La "Capital Markets Community Platform", qui sera disponible publiquement le 1er juillet prochain, est en effet une offre d'infrastructure en cloud qui a toutes les chances de les séduire...

Conçue en partenariat avec EMC et VMWare, dont elle exploite les technologies de stockage pour l'une et de virtualisation et de sécurité pour l'autre, la plate-forme mettra à disposition de ses clients des capacités informatiques à la demande, disponibles rapidement et facturées en fonction de leur utilisation. Celles-ci permettront d'héberger des machines virtuelles "classiques" VMWare, qui pourront accéder aux services existants de NYSE Technologies : flux de marché, passerelle de gestion des risques, hubs d'exécution d'ordres...

Tous les intermédiaires financiers auront ainsi la possibilité de bénéficier d'une infrastructure optimisée pour la mise en place de leurs stratégies de trading algorithmique ou d'analyse des données de marché. Un des principaux avantages de cette approche pour les acteurs concernés est celui de la latence : les applications des clients étant hébergées au cœur des centres de production de NYSE Euronext, elles ont la garantie des meilleurs délais de distribution des informations et des ordres, qui constituent un des enjeux majeurs des automates de trading actuels.

Selon moi, il subsiste un doute sur la réelle valeur de la réduction de la latence "réseau" dans l'architecture proposée, puisque les gains obtenus à ce niveau risquent d'être perdus dans les couches de virtualisation de l'infrastructure. Malgré cette réserve, les grands acteurs des marchés financiers se laisseront certainement tenter par cette "Capital Markets Community Platform" et son avantage apparent de latence. Et cela leur donnera, en tous cas pour nombre d'entre eux, une première expérience de cloud computing, qui stimulera peut-être une adoption plus large, dans d'autres domaines...

dimanche 5 juin 2011

Chase lance Jot pour la gestion mobile des dépenses professionnelles

Jot
Les applications mobiles de gestion de comptes étant devenues la norme, les banques lancent désormais une deuxième génération de solutions, adressant des besoins plus originaux. Pour Ink from Chase, la division "cartes commerciales" de JPMorgan Chase, cette stratégie est concrétisée par la sortie de Jot, une application mobile de gestion des dépenses professionnelles destinée aux PME.

Aux porteurs de cartes, Jot propose simplement de catégoriser leurs dépenses, pour les associer, par exemple, à un compte client ou un code projet personnalisé. La première particularité de l'application est de gérer les transactions en temps réel : quelques secondes après un paiement, une notification sur le mobile invite l'utilisateur à "tagger" immédiatement son achat.

Les principaux bénéficiaires de Jot seront cependant les gestionnaires des cartes de l'entreprise. Ils disposent en effet, pour leur part, d'une visibilité complète (et toujours en temps réel) sur les dépenses de leurs collaborateurs. Grâce à la catégorisation qui aura été effectuée, le suivi leur sera ainsi simplifié puisqu'ils pourront immédiatement consulter les frais associés à tel ou tel compte ou projet. Petit plus, le responsable peut également ajuster directement sur son mobile le plafond de dépense autorisée pour chacune des cartes de son organisation.

Jot

L'application pour iPhone et Android est complétée d'un site web offrant les même services pour les utilisateurs sédentaires (ou ne possédant pas de smartphone). Ce site permet également de télécharger les relevés d'achats, taggés, au format QuickBooks ou Excel, pour les intégrer directement dans la comptabilité de la société.

Selon Chase, Jot a été conçue pour répondre à un véritable besoin des PME, dont les dirigeants considèrent perdre beaucoup de temps à gérer les dépenses professionnelles de leurs collaborateurs et déclarent en parallèle apprécier les applications mobiles qui leur font gagner du temps. L'application pourrait certainement être encore enrichie, pour la rendre encore plus pertinente (par exemple, pourquoi n'est-il pas possible de capturer les reçus des achats effectués ?), mais elle démontre déjà une intéressante ouverture sur les attentes des clients, au-delà des services bancaires traditionnels.

mercredi 1 juin 2011

Red River Credit Union dématérialise les contrats de prêt grâce à l'iPad

Red River Credit Union
Red River Credit Union, petit établissement mutualiste américain (avec 60 000 "membres"), est la première à adopter TotaliSign™, de l'éditeur spécialisé "Integrated Media Management" (IMM), qui lui permet de gérer l'ensemble de son processus de contractualisation des prêts sur un iPad, de la saisie des formulaires jusqu'à la signature, en passant par la capture (par photographie) des justificatifs nécessaires.

L'application remplace ainsi entièrement les traditionnels formulaires imprimés et intègre directement toutes les pièces constitutives des dossiers dans la solution de GED ("gestion électronique de documents") existante. Le premier avantage de cette solution est donc de fluidifier les processus, supprimant toute circulation de documents physiques entre les agences et le back office, dès l'origine du contrat. Les économies de papier ne sont pas non plus négligeables, aussi bien en termes financiers que d'impact environnemental.

TotaliSign™

Mais ce n'est pas là le seul bénéfice qu'en tire la banque. Tout d'abord, TotaliSign™ permet aux conseillers de présenter les documents en dehors de l'agence, par exemple lors de visites chez leurs clients. Même à l'intérieur des locaux de l'établissement, l'iPad transforme la relation bancaire : le conseiller n'est plus "attaché" à son poste de travail et peut facilement partager toute l'information disponible en "côte à côte".

La solution est entièrement sécurisée : la communication, possible en WiFi comme en 3G, s'appuie sur un VPN ("réseau privé virtuel") et les documents générés sont enregistrés en format PDF chiffré et non modifiable, intégrant les signatures capturées sur la tablette. La question que l'on peut tout de même se poser est celle de la valeur légale de la signature par "image". Quoi qu'il en soit, Red River CU (ou IMM) a certainement trouvé la réponse...

Depuis longtemps, il est question de l'entreprise "zéro papier" qui, pour l'instant, reste du domaine de l'utopie. Dans les banques, en particulier, la consommation de papier est colossale (par exemple, plus de 8000 tonnes en 2009 pour le groupe SG, selon son rapport RSE), malgré les efforts engagés pour la réduire. Avec des solutions comme celles d'IMM (TotalEnroll™ est un équivalent de TotaliSign™ pour l'ouverture de compte), la dématérialisation totale est peut-être enfin en marche, ce qui serait une bonne nouvelle pour l'environnement...

mardi 31 mai 2011

Frank by OCBC, une banque pour les Générations Y

Frank by OCBC
La banque singapourienne OCBC a consacré 15 mois à étudier la psychologie, les comportements et les besoins bancaires des jeunes générations, pour aboutir à la création[lien PDF] d'une toute nouvelle enseigne, Frank by OCBC, qui leur est exclusivement destinée.

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, cette banque pour digital natives n'est pas particulièrement focalisée sur les réseaux sociaux, même si elle dispose d'une présence sur Facebook. L'innovation se trouve plutôt du côté des canaux traditionnels et des produits, qui se veulent parfaitement adaptés à la cible de clientèle retenue.

Ainsi, "Frank by OCBC" aura son propre réseau d'agences, dont les deux premières seront installées sur des campus universitaires (les clients auront néanmoins aussi accès au réseau OCBC). Prenant pour modèle les boutiques de mode et d'appareils électroniques (comprendre "les Apple Stores") que les jeunes apprécient particulièrement, ces agences leur permettront de consulter et "toucher" (?) les produits, poser des questions... sans restriction. Pour le canal web, c'est également un site spécifique qui a été mis en place.

Côté produits, on ne trouvera rien de révolutionnaire mais des petits plus viennent faciliter la vie des clients, ou simplement leur rendre la banque plus agréable. Par exemple, les cartes de crédit et de débit proposent un choix parmi une centaine de design différents et il est possible d'en changer à volonté (acte payant, tout de même). Les porteurs de cartes bénéficient de promotions auprès des commerçants les plus populaires (en ligne ou "en dur"), et elles ont aussi la particularité de conférer, dans certains cas, des avantages supplémentaires aux achats groupés (entre amis).

L'épargne n'est pas en reste parmi les initiatives originales d'OCBC : le client peut créer des sous-comptes de son compte d'épargne principal, qui lui permettent de gérer "concrètement" ses projets d'avenir et chacun de ses objectifs financiers, indépendamment les uns des autres.

L'approche adoptée pour séduire les jeunes est empreinte de pragmatisme, sans céder aux sirènes de la mode (des réseaux sociaux). Il est fort probable que les membres de la "Génération Y" ne soient pas aussi demandeurs d'une banque sur Facebook que certains veulent le croire. Et la création de produits et services convenant mieux à leurs besoins, même à la marge, est certainement plus prioritaire pour eux. "Frank by OCBC" a donc peut-être trouvé la bonne recette pour attirer cette cible. La seule grosse inconnue reste tout de même le choix d'un réseau d'agences dédiées, dont on peut se demander jusqu'à quel point il est "différent".

lundi 30 mai 2011

Les réseaux sociaux au secours de la lutte anti-fraude

Fraude
La fraude est une préoccupation constante des acteurs du paiement, notamment en ligne et mobile. Pour les startups du secteur, la réduction du taux de transactions illicites est une question de survie et aussi, parfois, un avantage concurrentiel. C'est le cas de WePay, dont la vision originale est évoquée (effleurée, plutôt) dans un article de Rafe Needleman (CNet News).

Les protections classiques contre les malversations, en particulier l'utilisation de coordonnées de cartes volées, sont utiles mais ne s'avèrent plus suffisantes. Que ce soient la saisie d'un code de sécurité, la vérification des caractéristiques des opérations (via la géolocalisation, par exemple) ou même l'analyse des comportements de paiement, la fraude continue à sévir.

Selon Rich Aberman, fondateur de WePay, les réseaux sociaux peuvent offrir une solution à ce problème. En effet, usurper un numéro de carte est facile et personnifier le porteur l'est tout autant. En revanche, simuler une identité sur un réseau social est beaucoup plus difficile. Les comportements et les interactions des utilisateurs sur ces médias obéissent à des "règles" et des habitudes, et la détection d'"anomalies" est relativement aisée. Facebook est d'ailleurs le premier à utiliser ces techniques d'analyse pour repérer les détournements et vols de comptes : des étapes supplémentaires sont introduites dans le processus d'identification de l'utilisateur lorsque des actions suspectes sont détectées.

Pour WePay, l'identité "sociale" de ses clients leur sert de code d'accès au paiement et leurs coordonnées bancaires restent masquées en permanence. L'article ne précise pas si c'est la startup qui analyse les comportements de ses utilisateurs ou si elle fait confiance, pour ce faire, aux réseaux sociaux dont elle adopte les identifiants, mais l'idée sous-jacente est donc que ces derniers sont moins susceptibles de fraude qu'un numéro de carte.

Naturellement, si Facebook lançait sa propre solution de paiement, comme la rumeur en fait état régulièrement, il serait le mieux placé pour mettre en œuvre et valider cette idée...

dimanche 29 mai 2011

Brèves : Google, FinanceTesEtudes.com, Citi, Generali

Les startups révélées lors du TechCrunch Disrupt m'ont plutôt déçu, mais il reste heureusement quelques actualités notables pour conclure cette semaine. Comparateurs, carte de paiement et application mobile constituent le menu du jour.


Google
J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer l'arrivée discrète de Google sur le terrain des comparateurs d'offres bancaires. Aux Etats-Unis, la stratégie prend désormais une nouvelle dimension avec l'annonce de Google Advisor, qui rassemble dans un portail unique des services de recherche et de comparaison de multiples produits : compte chèque, carte de crédit, certificat de dépôt, compte épargne, crédit immobilier.

Les objectifs de Google ne sont pas encore très clairs. En dehors du cas des crédits immobiliers, pour lesquels la société se rémunère sur la mise en contact, aucun modèle économique n'est précisé. L'initiative a tout de même de quoi inquiéter les spécialistes du secteur et va encore accroître la pression sur les institutions financières, sur le terrain de la transparence de l'information qu'elles fournissent à leurs clients et prospects...


FinanceTesEtudes.com
Dans un tout autre genre, la startup française FinanceTesEtudes.com a les honneurs de la presse ces derniers temps, avec sa solution d'intermédiation des prêts étudiants. Plus qu'un comparateur, elle propose aux jeunes de déposer leurs demandes de financement, qui sont soumises aux banques partenaires (non précisées). Celles-ci présentent leur meilleures offres, parmi lesquelles il ne reste plus qu'à choisir la plus intéressante.

L'approche adoptée est résolument classique mais son application aux prêts étudiants semble être une première. En tout état de cause, il faudra se contenter de ce modèle en attendant l'arrivée en France des prêts-emprunts P2P ("de pair à pair"), qui pourraient devenir une solution particulièrement pertinente sur ce marché.


Citi
Pour Citi, l'actualité de la semaine a été dominée par le lancement de Google Wallet, dont elle est partenaire. Plus discrètement, la division "Cartes Commerciales" de la banque a également annoncé une nouvelle solution de paiement, baptisée "Citi Project Card", à destination des entreprises.

La présentation de l'offre est avare de détails "pratiques" mais son principe est de faciliter la gestion (financière) de projets. Il serait ainsi possible d'assigner un budget et un planning, qui permettraient ensuite de suivre et contrôler, au besoin par des mécanismes de plafonnement, les dépenses réalisées. Il s'agit en quelque sorte du principe du PFM appliqué aux projets...


Terminons (provisoirement) avec une étude de cas sur l'application iNomineo de Generali (France), publiée par Forrester Research, à laquelle je n'ai malheureusement pas accès dans son intégralité. iNomineo est une application pour iPhone, destinée aux partenaires conseillers en gestion de patrimoine de l'assureur, qui leur permet de consulter à tout moment les informations sur les contrats de leurs clients.

Selon le cabinet d'analystes, 9 mois après son lancement, l'application est utilisée, au moins une fois par semaine, par 10% de ses conseillers. Un succès qui peut sembler modeste mais qui démontre malgré tout l'avantage concurrentiel qui peut être tiré d'offres mobiles B2B. Je soupçonne cependant qu'une application pour iPad serait peut-être plus adaptée aux besoins des partenaires...

samedi 28 mai 2011

Forte croissance de la banque mobile en Europe

comScore
L'institut de recherche comScore publie une nouvelle édition de MobiLens, analyse des usages du mobile en Europe (dans 5 pays : Allemagne, Espagne, France, Italie et Royaume-Uni) , dont une partie est consacrée à la banque mobile. Sans surprise, avec la popularisation des smartphones et la multiplication des applications et sites dédiés, le secteur est toujours en pleine croissance.

Les français sont particulièrement friands d'accès à leurs comptes bancaires sur mobile, plus de 10% des abonnés mobiles étant désormais concernés, devant les 4 autres pays analysés. Les hommes sont presque deux fois plus adeptes que les femmes, et les plus jeunes (entre 18 et 34 ans) sont également sur-représentés (entre 2 et 3 fois plus que les autres tranches d'âge). Autre facteur de différenciation, ce sont les propriétaires de smartphones qui sont les premiers utilisateurs de services bancaires (environ 4 fois plus que les autres) et ils constituent le segment affichant la plus forte progression d'usage (+40% en 8 mois).

En revanche, les paiements électroniques sur mobile séduisent beaucoup moins nos compatriotes, avec un taux d'adoption de 3,7%, très inférieur à la (faible) moyenne européenne (5,2%). Il faut peut-être voir là les effets d'une offre assez lacunaire...

D'une manière générale, cette étude peut permettre d'orienter les futures évolutions de la banque mobile. Cibler les hommes jeunes pour fidéliser les utilisateurs existants ou développer de nouveaux services pour attirer les catégories de population qui restent encore à l'écart de la tendance ? Le choix est ouvert mais le plus important est de continuer à faire progresser les solutions actuelles, qui sont encore loin d'avoir exploité tout le potentiel du mobile.

[Hors sujet] NFC : quand les aides publiques se trompent de cible

Portail du gouvernement
Profitons de la fin de semaine pour nous éloigner un peu du thème habituel de ce blog, bien que le sujet dont il est question ici puisse aussi trouver un écho dans le secteur financier et que mes réflexions soient applicables dans d'autres contextes.

Dans le cadre du programme "développement de l'économie numérique", le gouvernement vient de lancer un appel à projets pour le déploiement des technologies sans contact (NFC) sur mobile. Ouvert aux collectivités territoriales, il porte prioritairement sur 3 axes : les transports (billetique, stationnement...), les services publics (accès, gestion de plannings...) et l'information (parcours culturels, musées...). Les projets retenus (de 20 à 30) bénéficieront d'une enveloppe globale d'aide de 20 millions d'euros.

L'initiative peut sembler intéressante de prime abord mais elle est pourtant, à mon avis, entâchée de défauts majeurs. Lesquels ?

En premier lieu, une des motivations de l'appel à projet serait "la présence sur le territoire français d'industriels disposant d'une avance technologique qui leur permettrait de se positionner en leaders". En dehors d'Ingenico et, dans une moindre mesure, Gemalto, j'avoue ne pas connaître ces leaders et je ne perçois pas l'urgence à promouvoir ce domaine spécifique de leurs multiples activités. Il existe probablement des enjeux qui échappent à ma naïveté et je ne m'attarderai donc pas sur ces aspects politiques...

Plus symptomatique, alors que l'appel à projets s'inscrit dans l’action "développement des nouveaux usages" du fonds national pour la société numérique, il met l'accent sur la technologie NFC. Naturellement, le constat de départ, d'une pénurie d'usages de masse pour développer le sans contact, est incontestable. Mais l'assertion que "les applications sur téléphone mobile, bâties sur cette technologie, vont modifier profondément le rapport de l'individu avec son environnement" semble très présomptueuse et et, en tous cas, déplacée par rapport aux objectifs affichés.

En effet, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que la technologie NFC sur mobile a un tel potentiel de transformation. Depuis 10 ans, les tests et expérimentations se multiplient, sans résultat probant. En l'état actuel du marché, il s'agit encore d'une solution en quête de problème. Or, quel que soit le secteur, vouloir à tout prix trouver la question à partir de la réponse est une entreprise extrêmement risquée, voire résolument vouée à l'échec.

Inversement, les thèmes cibles de l'appel à projet pourraient profiter de nombreuses autres technologies émergentes (par exemple : codes barre 2D, GPS et géolocalisation...), qui auraient tout autant de pertinence dans le développement de nouveaux usages. Ce sont bien ces derniers qui doivent guider le choix d'une solution et non l'inverse ! L'approche adoptée risque donc de favoriser l'utilisation "forcée" du mobile NFC là où il n'est pas adapté, ce qui nuira inévitablement à la valeur (globale) des projets qui seront finalement retenus.

L'erreur est classique, également en entreprise : combien de fois a-t-on vu déployer un nouveau logiciel, sans analyse préalable des besoins auxquels il devait répondre, finissant dans l'oubli ? L'innovation par les technologies ne peut fonctionner ainsi. C'est bien par une connaissance approfondie des attentes des utilisateurs qu'il faut passer pour trouver la "meilleure" solution. Ou bien, dans les cas de "rupture", par la recherche de l'équilibre "parfait" entre les usages possibles et les technologies disponibles.

Il est ironique que l'appel à projet ait été publié le lendemain de l'annonce de Google Wallet. Google est en effet dans une bien meilleure position pour promouvoir l'adoption du sans contact, non seulement parce qu'il est fournisseur de la plate-forme mais également, et surtout, parce qu'il se place justement sur le terrain des services (et non seulement des paiements, comme le laisserait supposer le nom de l'offre).

vendredi 27 mai 2011

Money & Magic, l'innovation selon Fahrenheit 212

Fahrenheit212
Hier soir, la Fédération Nationale du Crédit Agricole accueillait Geoff Vuleta et Mark Payne, "gourous de l'innovation" et cofondateurs de la société spécialisée Fahrenheit 212. L'événement, organisé par le cabinet de conseil Adelit, était consacré à l'innovation de rupture, et, plus précisément, à l'approche du sujet qu'en ont les deux intervenants et à deux cas clients illustrant concrètement leur discours. Retour sur quelques temps forts d'une session particulièrement riche.

L'histoire commence par un constat général. L'innovation a pris depuis quelques années une importance croissante dans toutes les entreprises, jusqu'à être considérée aujourd'hui comme indispensable à leur survie. En parallèle, innover est devenu beaucoup plus difficile, notamment parce que les idées "faciles" ("low-hanging fruits") ont déjà été exploitées, parce que la globalisation décuple la concurrence ou encore parce que la durée de vie de vie d'un avantage compétitif est de plus en plus courte.

Pourtant, dans ce contexte et malgré les coûts astronomiques engendrés, selon le courant de pensée dominant, l'échec est acceptable, voire une composante inévitable de l'innovation. C'est ce point de vue que Mark Payne veut combattre vigoureusement, ce qui a conduit à la création de Fahrenheit 212. Il reconnait cependant que cettre vision du "succès prévisible" n'est pas toujours facile à concrétiser. Ainsi, lors d'une de ses premières interventions, la société a insufflé une nouvelle dynamique chez Procter & Gamble, générant un nombre considérable d'idées, dont ses clients étaient extrêmement satisfaits. Mais une analyse poussée a démontré que le taux d'échec de ces idées restait constant et les partenaires ont alors cherché à comprendre les mécanismes profonds de ces résultats et en tirer les enseignements nécessaires.

Pour Mark, l'innovation de rupture (celle qui vise à créer de nouveaux produits, modèles d'affaires, marchés...) doit s'appuyer sur deux piliers, aux objectifs radicalement opposés : les exigences de l'entreprise (et sa stratégie commerciale) et les attentes des clients. Si un seul des deux axes est pris en compte, la solution proposée n'est pas viable. Dans la "méthode" de Fahrenheit 212, cela se traduit par le concept "Money & Magic", c'est-à-dire la combinaison intelligente d'enjeux commerciaux et de créativité, seule capable de conduire au succès avec une relative confiance.

La société décline ce principe dans tous les rouages de son fonctionnement. Ses équipes sont ainsi constituées à la fois de spécialistes business (détenteurs de MBA) et de créatifs (designers), qui travaillent, sans entrave hiérarchique, par échange permanent d'idées. Et son propre succès est déterminé par les résultats qu'elle apporte à ses clients : le paiement de ses honoraires dépend de la réussite des projets qu'elle mène.

En pratique, l'analyse des problèmes qui sont soumis à Fahrenheit 212 commence par l'identification des attentes respectives de l'entreprise et de ses clients. Celles-ci sont ensuite "rapprochées" une à une pour déterminer les combinaisons potentiellement porteuses de valeur, dans une sorte de matrice à deux entrées ("money" et "magic"). Assez tôt dans la démarche, des vidéos de démonstration sont réalisées (nous en avons eu deux exemples au cours de la présentation) pour cristalliser les idées et emporter l'adhésion des décideurs. En revanche, l'étude quantitative des bénéfices attendus n'est faite que lorsque la réalisation est effectivement lancée.

Salaam by Mashreq
Mark présentait en conclusion deux cas clients, l'un concernant Samsung et le second, sur lequel je préfère m'attarder ici (secteur financier oblige), Mashreq Bank, première banque privée des Emirats Arabes Unis. Celle-ci souhaitait développer la loyauté de ses clients particuliers et pensait initialement à développer un simple programme de fidélité à base de points et de cadeaux.

L'analyse préliminaire réalisée par Fahrenheit 212 a démontré que la fidélité était fortement handicapée par le cloisonnement existant (classique pour les banques) entre les différents produits et services, aussi bien au niveau de l'offre commerciale que de l'organisation interne. Cette séparation fait que, pour le client, il est aussi facile (et souvent plus avantageux) de choisir un nouvel établissement pour répondre à un nouveau besoin.

L'idée a alors germé d'une "banque progressive", depuis déployée par la banque sous le nom de "Salaam Mosaic". Il s'agit "simplement" (!) d'offrir des avantages sur tous les produits détenus par un client dès que celui-ci souscrit à une nouvelle offre. Par exemple, la souscription d'une assurance va immédiatement faire baisser le taux d'un prêt immobilier en cours et augmenter la rémunération appliquée sur un compte d'épargne.

La réalisation n'a certainement pas été simple (et l'idée a du faire dresser les cheveux sur la tête du DSI !). Elle a notamment impliqué :
  • La conception d'un nouvel algorithme breveté (qui pourrait aussi constituer une source de revenus) pour ajuster les offres sur l'ensemble de la gamme ;
  • La création d'une nouvelle plate-forme technologique, fédérant les produits et les business units ;
  • La mise en place d'accords de partage des revenus entre les responsables des départements concernés.
Quoi qu'il en soit, les résultat est là et on peut reconnaître que Farhenheit 212 a réussi un exploit dont peu de banques rêveraient...

Merci à Emmanuel (et à la FNCA dans son ensemble) pour l'invitation à cette conférence.

Google Wallet, le décollage du paiement sans contact sur mobile ?

Google Wallet
Après plusieurs mois de spéculations et de rumeurs, Google a enfin levé le voile hier sur Google Wallet, sa solution de paiement sans contact sur mobile. Encore en cours de test, sa disponibilité est prévue pour l'été 2011 et uniquement pour les propriétaires de Nexus S (le seul téléphone Android actuellement équipé d'une puce sans contact NFC), dans un premier temps.

Google Wallet sera adossé aux cartes Citi Mastercard ou, pour les consommateurs non clients de la banque, à une carte Google prépayée, qui pourra être alimentée à partir de toute carte de paiement classique. Il est compatible avec le système PayPass de Mastercard, et donc immédiatement utilisable auprès de plusieurs milliers de commerces (124 000 aux Etats-Unis et 311 000 dans le monde) déjà équipés de terminaux sans contact.

Au-delà du paiement, Google veut séduire les consommateurs en développant de nouveaux usages « intelligents » pour le porte-monnaie sur mobile. Cette stratégie passe d'abord par l'intégration avec Google Offers, la solution de fidélité « locale » de la société. Wallet peut ainsi gérer sur le mobile les cartes de fidélité et autres coupons de réduction, dont la prise en compte sera alors automatisée sur les points de vente. A plus long terme, d'autres fonctions sont envisagées : gestion de titres de transport, de billets (de spectacle), d'identifiants, de clés…

Côté technique, Google prend soin de rassurer les utilisateurs sur la sécurité de la solution. Les données sensibles (dont les références de la carte de paiement) sont stockées dans un « élément de sécurité » dédié, isolé de la mémoire de l'appareil et particulièrement protégé. Dans le respect des standards en vigueur, les données échangés via l'interface NFC sont également chiffrées.

Initialement, la cible potentielle d'utilisateurs est extrêmement restreinte : les téléphones équipés de puces NFC restent l'exception et Wallet n'est développé que pour le système Android. Selon TechCrunch, le premier point serait résolu, en attendant la généralisation des appareils compatibles, par l'utilisation de stickers NFC, communiquant avec l'application. Par ailleurs, Google, fidèle à sa politique d'ouverture, invite les autres banques, réseaux de paiement, constructeurs de mobiles, marchands… à rejoindre l'initiative.

Du fait de la position particulière de Google, Wallet va probablement, selon moi, constituer le test ultime de la viabilité du paiement sans contact sur mobile. Les expérimentations réalisées jusqu'à maintenant étaient en effet portées par des acteurs relativement isolés de la chaîne de valeur (banques, réseaux de paiement, opérateurs mobiles…), dont les intérêts spécifiques nuisaient à une vision globale. Ce n'est point le cas ici, le point de vue adopté étant plus orienté sur les attentes des utilisateurs (consommateurs et commerçants). Par exemple, l'ouverture sur des services complémentaires, sur laquelle Wallet propose un modèle crédible, est un facteur indiscutable pour stimuler l'adoption, là où la simple proposition de remplacer la carte de paiement n'a jamais été suffisante pour convaincre.

Le succès ne pourra cependant pas être mesuré avant longtemps, ne serait-ce que par la faible diffusion de mobiles pouvant supporter le paiement sans contact. En attendant, les initiatives en cours, telles qu'ISIS (par les 3 grands opérateurs US), perdent beaucoup de leur intérêt…