Engagée dans une démarche volontaire d'impact positif à l'horizon 2035, Atom Bank est fière d'annoncer la baisse drastique de ses émissions opérationnelles de gaz à effet de serre sur l'année écoulée, à hauteur de 22%. Mais, en parallèle, elle conteste les méthodes de mesure du poste le plus important et le plus discret de son diagnostic.
La performance réalisée par la jeune pousse – dans laquelle BBVA a investi de longue date – est évidemment digne d'éloges, surtout dans le contexte de la poursuite de son développement commercial, qui a vu, en particulier, son nombre de clients augmenter de 19% durant la période considérée. Mais, comme toujours, le plus intéressant réside dans les détails, à découvrir, en l'occurrence, dans son dernier rapport environnemental : quelles initiatives concrètes parviennent à produire de tels résultats ?
La réponse a cette question est plutôt décevante. En dehors de son acquisition de bois et forêts, en 2024, et d'une participation à un programme gouvernemental en faveur de la biodiversité, toutes deux relativement symboliques, Atom Bank n'a quasiment rien fait pour la réduction de son empreinte carbone ! Ainsi, dans le domaine des transports (déplacements travail-domicile et professionnels), qui représente la moitié du total, la situation n'a pas évolué, tout comme sur les équipements, lestés par le télétravail.
Le seul secteur dans lequel une diminution sensible est observée est donc celui des opérations, où les gains sont obtenus à la fois sur les achats, mieux maîtrisés, et sur les infrastructures informatiques. Alors que je soulignais il y a quelques mois le silence révélateur d'Arkéa sur ce sujet, la prouesse est notable. Elle mérite toute fois une réserve : la néo-banque n'a pas ajusté sa consommation de puissance de calcul, le surcroît d'efficacité enregistré est exclusivement celui de son fournisseur, Google.
En revanche, ces évaluations n'intègrent pas les volumes les plus conséquents d'émissions, à savoir celles qui, au sein de ce qu'on nomme le « scope 3 », sont dérivées des investissements de l'établissement. Avec une estimation globale dépassant les 300 000 tonnes de CO2 sur douze mois, les 515 tonnes directement liées à son activité paraissent ridicules. Leur forte hausse, certes corrélée à la progression des ventes, explique pourquoi la communication est plus discrète sur ce terrain.
Cependant, Atom est probablement consciente qu'elle ne peut ignorer ce facteur, notamment dans ses ambitions de « neutralité ». Alors elle se laisse aller à l'exercice favori des négationnistes, consistant à contester les faits, ici les standards de calcul de la performance énergétique (EPC) conçus par une agence gourvenementale, qui s'appliquent aux propriétés financées par ses crédits hypothécaires. Selon une étude menée avec Experian et l'Université de Durham sur la consommation réelle d'énergie, les bâtiments classés D ou plus ne seraient guère moins efficaces que les autres.
Sans s'attarder sur l'apparente absurdité, qui va jusqu'à prétendre que les résidences notées F ou G seraient quasiment aussi exemplaires que celles bénéficiant d'un A, la banque appelle à une révision complète des normes en vigueur. Hélas, elle n'attend pas de comprendre les raisons d'une telle discordance, leur étude étant toujours en cours. Il y a pourtant des dizaines d'explications possible, dont les hypothèses du recours à des moyens de chauffage non mesurés par l'enquête (portant sur les compteurs d'énergie officiels) ou de familles vivant dans des conditions précaires par souci d'économies.
Au final, nous voici face à un cas insidieux d'éco-blanchiment. Derrière des chiffres étourdissants, il s'avère qu'Atom n'a pratiquement aucune responsabilité dans ses avancées, qui reflètent donc a contrario une inaction dramatique, et veut en outre faire disparaître artificiellement son principal problème d'impact environnemental. Il reste à espérer que les clients ne se laisseront pas berner longtemps par ce genre de comportements et apprendront à reconnaître les entreprises vraiment vertueuses.



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