Historiquement, la fraude en ligne, notamment bancaire, affectait en priorité les seniors, particulièrement fragiles dans un univers qu'ils maîtrisaient mal. Or, aujourd'hui, l'évolution des menaces expose de plus en plus les jeunes adultes qui considèrent que leur culture « digitale » native suffit toujours à leur permettre de les reconnaître.
Elle est loin, l'époque où les messages des cybercriminels étaient faciles à repérer grâce à l'invraisemblance de leur contenus et les erreurs manifestes qu'ils comportaient. Seules les personnes encore novices du web, essentiellement parmi les plus âgées, se laissaient piéger… surtout en raison de l'inquiétude que suscitaient ces sollicitations insolites et inattendues, d'ailleurs, plus que par leur « qualité » intrinsèque.
Désormais, l'intelligence artificielle a changé la donne. Les attaques deviennent extrêmement sophistiquées – empruntant fréquemment des photos, des voix ou des vidéos de correspondants familiers impossibles à distinguer de leurs équivalents réels, comme le révèlent régulièrement les tests à l'aveugle – et rendent obsolètes les méthodes classiques de détection des arnaques que chacun connaît bien, maintenant.
Cette mutation du risque renverse aussi profondément le profil des victimes privilégiées. Selon une étude citée par ABN AMRO, et contrairement à ce que l'on observait il y a quelques années, les 18-35 ans sont en première ligne, devant les 65 ans et plus : 14% de cette classe d'âge a subi une fraude au cours de l'année précédente. Et les principales raisons d'une telle hécatombe sont l'excès de confiance dans sa capacité à repérer une escroquerie… et le mépris des nouvelles règles de prudence.
Dans un retournement ironique de contexte, les consommateurs d'un certain âge, qui se sont également appropriés les usages numériques entretemps, sont plutôt prompts à écouter les recommandations de leur banquier et à mettre en œuvre les outils qu'ils leur fournissent en support, tandis que les jeunes générations, beaucoup plus investies dans des comportements à risque, ont tendance à les dédaigner. Selon l'institution néerlandaise, ils ne sont, par exemple, que 4 sur 10 à vérifier, qu'un appel de leur conseiller est légitime via l'option ad hoc de leur application mobile.
Plus généralement, leur habitude d'échanger en continu sur les réseaux sociaux, pour tous leurs besoins, dont leurs achats, et d'y réagir instantanément leur joue des tours. Deux autres statistiques le révèlent indirectement : 58% de cette catégorie ne prennent pas le temps de vérifier les contacts sur les boutiques en ligne qu'ils fréquentent et à peine plus de la moitié consultent leur réputation sur les sites spécialisés. En résumé, les préconisations élémentaires prodiguées pour leur sécurité ne les atteignent pas.
Pour ABN AMRO, ces constats procurent une occasion de lancer une campagne de sensibilisation dédiée. Une de plus ! La compréhension des erreurs commises par les victimes de la fraude devrait pourtant encourager à repenser fondamentalement les stratégies de défense. Concrètement, si les jeunes ne répondent pas aux injonctions actuelles face aux dangers auxquels ils s'exposent, il ne semble guère utile de redoubler de conseils. Une autre approche, adaptée à leurs pratiques, est indispensable.



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