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C'est pas mon idée !

mercredi 31 décembre 2025

CaixaBank croit au paiement fractionné

CaixaBank
Décidément, CaixaBank devient inconditionnelle du paiement fractionné : elle en présente sa troisième variante, dédiée à sa place de marché Facilitea, et elle profite de l'occasion pour lui ajouter quelques avantages supplémentaires. Cependant, cette multiplication des options de financement soulève la question de leur suivi…

Outre les classiques cartes de crédit, l'institution espagnole propose depuis quelques temps une facilité de règlement en plusieurs échéances (gratuite ou payante selon la durée), complétée depuis cette année avec une intégration au sein du porte-monnaie mobile Apple Pay, après que la marque à la pomme ait abandonné ses ambitions directes en la matière. La dernière née est réservée aux clients de l'établissement qui font leurs emplettes dans la boutique en ligne associée à son portail de l'immobilier.

Strictement limitée à une solution de paiement en quatre mensualités sans frais et sans intérêts accessible uniquement à ceux qui ont domicilié leurs revenus auprès de la banque, l'offre introduit un « cashback » de 5 à 10% sur les achats concernés. Dans une pure logique de fidélisation réminiscente de la carte de crédit, le niveau le plus haut est réservé à certains produits et assorti de conditions spécifiques, en termes de solde du compte courant ainsi que de montant de dépôts et de dépenses récurrents.

La démarche de CaixaBank laisse entrevoir que la pression de la concurrence de nouveaux entrants, tels que Klarna, la conduit à chercher par tous les moyens à reprendre le contrôle sur une ligne d'activité où ses méthodes traditionnelles (la carte de crédit, en particulier) ne sont plus aussi efficaces qu'autrefois et où elle peine à s'aligner sur les standards émergents. Et, dans ce contexte, le choix d'une riposte défensive par la concession d'avantages pécuniaires reflète un certain manque d'imagination.

CaixaBank – Facilitea BNPL

Dans un registre différent, l'initiative m'incite surtout à me préoccuper des consommateurs qui succombent aux sirènes de ces propositions de financement. J'ai déjà eu l'occasion de souligner combien il serait important de les accompagner d'une assistance sérieuse au bien-être financier, permettant, a minima, de s'assurer que l'emprunteur se trouve dans une position d'assumer ses futurs remboursements et, idéalement, de prendre soin de lui éviter un stress inutile avec ses engagements.

Avec la prolifération de solutions en tout genre, issues de fournisseurs divers et variés, chacune avec ses propres modalités de fonctionnement, il devient maintenant critique de procurer aussi aux usagers les moyens de consolider une vision globale de leurs finances personnelles. À défaut, ils seront contraints de jongler en permanence entre leurs multiples obligations et perdront potentiellement toute capacité à anticiper l'avenir. Les outils de PFM, tombés en désuétude, mériteraient de revenir au premier plan…

mardi 30 décembre 2025

Drôle d'idée pour encourager l'investissement

FCA
Le régulateur de la finance britannique n'a jamais manqué d'imagination pour encourager l'industrie à mieux servir ses clients. Mais il peut également commettre des erreurs stratégiques… et je pense que ce « support ciblé » qu'il souhaite lancer au printemps prochain en fait partie, ne serait-ce qu'en raison de son anachronisme.

Le diagnostic initial est incontestable et résonnera chez les responsables de tous les pays développés. Une part importante des citoyens de la classe moyenne possèdent une épargne significative (la FCA cite notamment les plus de 7 millions de personnes au Royaume-Uni disposant d'au moins 10 000 livres sterling)… sans profiter de toutes les opportunités qu'elle est susceptible de leur offrir, parce qu'ils laissent leur argent dormir sur un compte courant ou sur un compte à intérêt fixe présumé sans risque.

Le principal frein au recours à des instruments plus performants (sur le long terme) étant le manque de connaissances et d'accompagnement, l'idée qui vient naturellement consiste à développer les démarches de conseil de la part des professionnels. En conséquence, la FCA propose donc d'autoriser la promotion de l'investissement – y compris pour les plans de retraite – par segment de clientèle, sans l'obligation existante de procéder à une analyse complète et individualisée de la situation de chacun.

Inscrit dans la logique du « devoir au consommateur » (« consumer duty »), le mécanisme devrait être strictement encadré, jusque dans la définition des clauses contractuelles qui devront être transmises aux intéressés et dans les contraintes imposées de garantir que les recommandations formulées vont dans le sens de l'intérêt du client, lui permettant d'atteindre une meilleure position. Des consultations sont encore en cours afin de finaliser d'autres évolutions destinées à peaufiner ces exigences.

FCA Targeted Support

Je peux certes comprendre le raisonnement du régulateur, qui constate un déficit dramatique d'assistance financière (elle concerne une personne sur dix), explicable par le coût qu'elle représente, sans aucun espoir de rentabilité avec les approches traditionnelles, et qui conduit de plus en plus fréquemment ceux qui ont un pécule à se tourner vers leurs proches ou vers les réseaux sociaux pour obtenir l'aide qu'ils désirent, avec tous les risques que comportent ces options – totalement hors de contrôle.

Pour autant, la solution retenue me paraît en complet décalage par rapport aux besoins… et à ce qui est possible aujourd'hui. En effet, les réticents à l'investissement expriment plus ou moins explicitement leur attente d'être pris par la main, qui ne sera évidemment pas satisfaite par des suggestions indifférenciées (dont, de surcroît, la frontière avec des campagnes marketing sera ténue et, de ce fait, inspireront d'autant moins confiance). Surtout, les technologies modernes permettraient de renverser le problème : au lieu d'accepter un conseil standardisé, la FCA serait plus inspirée de stimuler les progrès autour de l'ultra-personnalisation de la relation « digitale ».

lundi 29 décembre 2025

Aventur, le conseil financier dopé à l'IA

Aventur
Aventur rejoint le bac à sable dédié à l'intelligence artificielle du régulateur britannique afin de développer sa solution de conseil financier automatisé, destinée tout autant aux consommateurs désireux de reprendre le contrôle sur leur argent et aux institutions qui peinent à se conformer aux exigences réglementaires en la matière.

Pour le grand public, la proposition ressemble à celle qu'on a désormais pris l'habitude de rencontrer chez les acteurs de l'investissement robotisé : le visiteur commence par décrire (rapidement) sa situation puis à expliciter ses grands objectifs de vie, il se voit alors préconiser une stratégie afin de les atteindre. La particularité ici tient à une perspective plus large que celle de la concurrence, qui semble sous-tendue par une véritable ambition d'accompagnement personnalisé vers un avenir meilleur.

Ainsi, il n'est pas seulement question de proposer des plans plus ou moins standardisés pour anticiper une future retraite ou en vue d'acquérir une résidence. Outre ces classiques, Aventur se préoccupe également de la constitution d'une réserve d'urgence – première étape avant tout projet un tant soit peu ambitieux –, de protection contre les accidents de l'existence, de transmission aux héritiers… Chaque domaine requiert potentiellement une approche spécifique, dans une cohérence d'ensemble.

Aux banques, la jeune pousse promet avec son produit de les aider à respecter leur devoir aux consommateurs (« consumer duty »), en vigueur depuis maintenant deux ans, d'une part grâce au niveau de conseil qu'il est effectivement capable de procurer mais également par sa garantie d'explicabilité, qui conserve la trace des « raisonnements » mis en œuvre par ses algorithmes lors de la transformation d'un contexte et d'un besoin en une série de recommandations opérationnelles.

Accueil Aventur

La démarche d'Aventur n'est pas aussi extensive qu'elle le devrait dans sa mission d'assistance au bien-être financier. Elle mériterait, par exemple, de prendre en compte les problématiques d'endettement et, à l'extrême, le suivi et la maîtrise des dépenses du quotidien… qui, de toute évidence, conditionnent aussi la capacité à épargner. Mais, en attendant qu'elle complète son périmètre d'action, elle s'avèrera certainement plus pertinente et efficace que des collaborateurs formés uniquement à la vente.

Là est justement tout l'enjeu du texte qui impose aux acteurs de la finance au Royaume-Uni de s'assurer que leurs conseils sont réellement adaptés aux besoins et aux demandes de leurs clients. Dans un monde où la relation est de plus en plus dématérialisée, il n'est plus envisageable de compter sur quelques experts pour remplir cette obligation : ceux qui subsistent se chargeront des cas les plus complexes tandis que des outils automatiques – à base d'IA ou non – prendront soin (vraiment) des plus élémentaires, sans sacrifier la qualité et donc sans négliger leur devoir.

dimanche 28 décembre 2025

L'IA sait-elle vraiment coder ?

CodeRabbit
La programmation logicielle est aujourd'hui un des domaines où le recours à l'intelligence artificielle générative est le plus courant et considéré le plus productif. Pourtant, une étude, certes imparfaite, du fournisseur de solutions de revue de code informatique CodeRabbit inciterait à relativiser son efficacité, en particulier en termes de qualité.

Pour beaucoup d'entreprises, l'IA est devenue une réalité incontournable d'abord et avant tout dans leur direction des systèmes d'information, où elle permet aux débutants de développer des applications plus rapidement et aux collaborateurs plus expérimentés de se concentrer sur les algorithmes les plus complexes. Avec ce qu'on nomme désormais le « vibe coding », encore rare mais qui se propage rapidement, elle offre même la possibilité à ceux qui ignorent tout du métier de créer des logiciels.

Malheureusement, alors qu'on imagine aisément (moi le premier) que la nature mathématique de la discipline se prête idéalement à son automatisation, l'analyse par CodeRabbit d'un échantillon de sources en licence libre révèle que les modules écrits avec l'assistance de l'IA (selon les déclarations volontaires des contributeurs impliqués) comportent beaucoup plus d'erreurs que ceux qui sont composés exclusivement par des humains, 70% de plus pour être précis, dans tous les registres considérés.

Au-delà du nombre, les anomalies introduites avec l'intelligence artificielle s'avèrent également plus critiques. Et quand on découvre que, outre les problèmes de logique, de maintenabilité, de performance…, les failles de sécurité prolifèrent – mauvaise gestion des mots de passe multipliée par presque deux, tout comme certains défauts techniques classiques, vulnérabilité bien connues de type « cross-site scripting » multipliées par trois… –, la circonspection et la prudence semblent de mise.

Ces résultats donnent d'autant plus à réfléchir que les perceptions de gains de temps grâce aux outils d'assistance semblent aussi démenties par la réalité. Une expérimentation scientifique aurait ainsi démontré que les professionnels estimant avoir travaillé 20% plus rapidement avec l'IA sont en fait plus lents d'autant, en moyenne. Une fois intégrée la durée nécessaire aux contrôles et aux corrections des bogues, sans même parler de ceux qui traverseront les mailles du filet, le bilan devient très négatif.

L'évolution augure mal de l'avenir du logiciel. Entre la liberté de création que procure l'intelligence artificielle, la propension historique des équipes à négliger les tests (et, parfois, à ne pas savoir les organiser correctement) et la tendance à accorder une confiance aveugle à la machine, la multiplication des incidents pourrait déboucher sur des crises majeures, soit à cause de défaillances directes, soit par l'exploitation malicieuse des faiblesses non détectées… qui, elle, est en croissance exponentielle.

Bogue Logiciel

vendredi 26 décembre 2025

Les mystifications du président de la FBF

Fédération Bancaire Française
À l'occasion de cette fin d'année, Daniel Baal, président du Crédit Mutuel et (pour une année) de la Fédération Bancaire Française, se prête à l'exercice de la grande interview avec la Revue Banque. Officiellement titrée sur une logique de « quatre vérités », j'y perçois plutôt une invraisemblable et consternante opération de mystification.

Je ne m'attarderai que sur deux des thématiques abordées dans l'entretien, particulièrement riche (et où, heureusement, tout ne relève pas de contre-vérités) : les monnaies « digitales » de banque centrale et la réglementation européenne dite FIDA, en préparation, sur l'ouverture des données financières au-delà de la vague initiale de la DSP2. Elles révèlent les grandes inquiétudes de l'industrie… sans que ses représentants veuillent admettre ce qui les contrarie vraiment dans ces évolutions.

Sur le premier sujet, je m'émerveille – tout en espérant qu'il s'agisse d'une tentative réthorique incohérente et non d'une conviction sincère qui trahirait son incompréhension – de la capacité du dirigeant à manipuler la réalité pour opposer l'euro numérique, qu'il décrie, aux « stablecoins » qu'il semble défendre. Selon son appréciation, le premier serait un instrument centralisé et basé sur la confiance, incomparable avec le support décentralisé (la « blockchain ») et les actifs garantissant la valeur des seconds.

Comme si la technologie employée – qui est désormais tellement éloignée de ses origines, entre autres dans le bitcoin, qu'elle a perdu toutes ses caractéristiques – suffisait à faire oublier que les instruments virtuels dont il parle sont sous le pilotage centralisé d'une entité émettrice, qui, comme il le souligne, doit en outre gérer une réserve dûment enregistrée. Et comme si la valeur de ces dépôts ne reposait pas elle-même sur la confiance… surtout quand elle est constituée de devises fiduciaires !

Que masquent en fait ces arguments fallacieux ? Les banques voient d'un mauvais œil le projet de la Banque Centrale Européenne parce que, bien que ses contours définitifs ne soient pas encore finalisés, elles craignent le choix d'une gestion directe de la monnaie « digitale », en dehors de leur périmètre, qui leur ferait perdre l'accès à une masse conséquente d'épargne conservée par l'institution. Naturellement, elles préfèrent une option somme toute équivalente… mais sous contrôle privé (le leur).

Quant à FIDA, dont j'ai déjà traité ici des réactions virulentes qu'elle suscitait, notamment de la part du Crédit Mutuel, la caricature est tout aussi pittoresque et absurde. Le seul prétexte que trouve M. Baal en appui de son rejet épidermique du texte consiste à brandir la menace d'emprise sur les données des consommateurs européens par les géants américains et chinois. Et tant pis pour la FinTech, notamment française, qui promeut une avancée décisive pour son pouvoir d'innovation et de transformation.

Et tant pis, au passage, pour les clients des banques qui, après tout, devraient être libres de décider s'ils veulent confier leur vie financière à des entreprises qui, quelle que soit leur origine, leur proposent des services qu'ils ne trouvent pas dans leur établissement traditionnel ! Et voilà finalement tout l'enjeu du discours du président de la FBF : ne changez rien à notre monopole et laissez-nous continuer à opérer comme il y a cinquante ans, sans concurrence… nos clients sont contents ainsi. Quel mépris !

Brouillard

jeudi 25 décembre 2025

Éducation numérique au Crédit Agricole

Crédit Agricole
À travers son lancement d'un parcours « digital » de souscription de crédit immobilier, j'évoquais récemment la transition progressive du Crédit Agricole vers une approche de ses métiers moins centrée sur la relation en agence. Une autre actualité vient aujourd'hui souligner cette évolution : les ateliers Clic Club de la caisse d'Île de France.

Leur principe est largement répandu au Royaume-Uni, où, bien sûr, le rythme de fermeture des points de vente est sans commune mesure avec celui de l'hexagone (il suffit de comparer les plus de 5 000 adresses de la banque verte aux quelque centaines que maintiennent les plus conservatrices de ses homologues britanniques). Mais la mise en place de ces sessions d'accompagnement des clients dans l'usage des outils numériques montre bien que les temps changent pour l'ensemble de l'industrie.

Sur la deuxième quinzaine de novembre, l'établissement a donc mobilisé presque 300 collaborateurs et administrateurs bénévoles pour l'animation d'ateliers, dans ses locaux un peu partout dans la région. Ceux-ci ont permis à quelques 1 500 participants d'en apprendre plus sur deux thématiques jugées prioritaires actuellement : la protection contre la fraude et les arnaques, dont on sait que la sensibilisation des consommateurs est la première arme, et l'utilisation pratique de l'application mobile de l'enseigne.

Selon les commentaires partagés par le Crédit Agricole, il ressort, certes sans grande surprise, que l'audience de ces événements est majoritairement constituée de seniors, moins à l'aise que les jeunes générations avec les interactions à distance. Cependant, leurs réticences sont plus souvent liées à leurs incertitudes et autres hésitations vis-à-vis des plates-formes mises à leur disposition qu'à une véritable incompréhension. En fait d'apprentissage, les clients cherchent plutôt une forme de réassurance.

Crédit Agricole – Clic Club

Les organisateurs des Clic Clubs mettent en avant l'alignement de la démarche avec les valeurs mutualistes, notamment de proximité et de solidarité, du Crédit Agricole. Il est vrai que, au-delà de leur objectif affiché, ces séances procurent aussi une occasion de rencontres entre des responsables, dont les élus, et des clients qui se rendent de moins en moins fréquemment dans leur agence. Quand bien même la population ciblée n'est évidemment pas la plus désengagée quant aux relations en face à face.

Une offre d'assistance à la banque « digitale » est toujours empreinte d'ambivalence, entre la volonté qu'elle manifeste d'attirer des visiteurs dans les implantations physiques et leur ambition de faciliter l'adoption des solutions en ligne. Mais la réalité semble commencer à prendre le pas sur les illusions : tous les clients seront amenés à réaliser une part conséquente de leurs opérations financières sans l'aide d'un professionnel. Cependant, s'ils s'y habituent, continueront-ils alors longtemps à ressentir le besoin d'un conseil humain de proximité pour leurs besoins plus sophistiqués ?

mercredi 24 décembre 2025

BBVA, leader de la finance enfouie

BBVA
Pour le secteur financier, l'année 2025 a été pratiquement consacrée toute entière à l'intelligence artificielle… même si ses applications concrètes restent finalement discrètes. Les services enfouis, largement délaissés, mériteraient pourtant d'être prioritaires et BBVA, récipiendaire d'une distinction dans le domaine, ne s'y trompe pas.

Certes, la tendance n'a (et c'est heureux !) pas totalement disparu et des initiatives émergent régulièrement, un peu partout dans le monde, de mise à disposition de telle ou telle fonction sous forme de services. Mais rares sont les établissements qui tentent de faire de cette approche un modèle de référence pour l'ensemble de leurs métiers. A travers le prix qui vient de lui être décerné par Global Finance, BBVA démontre son engagement dans ce mouvement et sa détermination à le généraliser.

À l'appui de son choix, la publication souligne l'importance pour le groupe espagnol de fournir ses solutions là où ses partenaires en ont besoin, simplement et instantanément. Elle cite ainsi en exemple les jeux d'API que propose sa branche dédiée aux entreprises et à l'investissement pour l'affacturage inversé (prêt à intégrer dans les processus de paiement des fournisseurs), pour le financement de véhicules (autorisant l'accès au crédit sur le point de vente) ou encore pour la gestion de trésorerie des PME.

BBVA – Embedded Finance

L'évolution est enclenchée depuis plusieurs années mais elle ne parvient toujours pas à convaincre les décideurs des institutions traditionnelles, qui persistent à croire que leurs réseaux d'agences constitue la panacée pour la distribution de leurs produits et continuent à hésiter à développer les capacités de vente au sein de leurs propres plates-formes « digitales ». Rappelons que BBVA a pris de l'avance sur ce terrain il y a près d'une décennie et qu'elle montre à nouveau sa lucidité face au changement.

En effet, aujourd'hui, les outils financiers ne peuvent plus se contenter d'un cycle de vie autonome, tel qu'il existe historiquement. Les technologies modernes aidant, ils doivent être disponibles à l'endroit et au moment où ils sont nécessaires et ils doivent s'insérer dans les parcours des usagers, sans friction mais en toute transparence. Voilà l'enjeu essentiel de la banque enfouie, dans laquelle BBVA se positionne en leader grâce à sa compréhension et son anticipation des orientations inéluctables de l'industrie.

Enfin, pour refermer la boucle de mon introduction, ceux qui doutent devraient prendre conscience que leurs tentatives de s'approprier l'intelligence artificielle n'aboutira qu'à des déconvenues ou, au mieux, à des solutions limitées et peu compétitives s'ils ne mettent pas en place au préalable une vraie stratégie de « banque en services »…

mardi 23 décembre 2025

La bourse devient un jeu… d'argent, bien sûr

CME Group
Si la bourse donne fréquemment – à juste titre, d'une certaine manière – l'impression de relever du jeu de hasard, la frontière avec cet univers était jusqu'à maintenant étanche. Aujourd'hui, elle vole toutefois en éclat avec une collaboration entre le spécialiste historique des produits dérivés CME Group et la plate-forme de paris en ligne FanDuel.

Aux côtés, notamment, de ses applications dédiées aux grands événements sportifs, le nouveau titre « Predicts » de l'enseigne permettra aux résidents de cinq états américains (pour commencer, son extension étant prévue dans les prochains mois) de miser sur leur vision d'un certain nombre d'indicateurs de marché et économiques, tels que les indices Nasdaq et S&P, les prix de quelques matières premières et autres cryptomonnaies ou encore les estimations de produit national brut ou d'inflation.

Concrètement, après un enrôlement qui se veut strictement contrôlé – exigeant informations personnelles et document d'identité officiel –, les clients se verront proposer d'acheter ou de vendre des « contrats » sur la réalisation de tel ou tel événement, à une échéance donnée. On retrouve là, jusque dans la faculté de négociation secondaire, le principe des opérations à terme dont CME Group est en quelque sorte expert, la principale différence résidant dans le coût d'accès, minime, à partir de 1 à 99 cents.

FanDuel Predicts

L'objectif de l'institution est d'ailleurs clairement énoncé : il s'agit essentiellement de développer sa base de clientèle, en ouvrant ses produits financiers relativement exotiques aux millions d'adeptes de FanDuel, quitte à en détourner la finalité originelle. De point de vue du fournisseur de jeux, sous le prétexte fallacieux de procurer l'occasion aux citoyens de reprendre contact avec leur environnement – aléas économiques ou rencontres sportives –, la bourse constitue tout simplement un domaine supplémentaire où un minimum de hasard lui donne l'occasion d'étendre son emprise.

Sans chercher à prendre parti sur la moralité de la démarche, il me faut tout de même souligner le danger que peut représenter la « ludification » des marchés financiers pour une population potentiellement immature. Non seulement est-elle contre-productive pour tous ceux qui tentent d'éduquer les populations à un investissement rationnel et catalyseur de projets mais encore se positionne-t-elle, avec sa perspective de pur jeu de hasard, à l'opposé des discours de réassurance autour de la capacité à faire fructifier un capital en vue d'assurer son avenir. Le message implicite est désastreux.

lundi 22 décembre 2025

Mastercard lance le versement de prêt sur carte

Mastercard
Entre la transformation de son support historique en plastique et la désaffection des américains pour la version de la carte dévolue au crédit, Mastercard explore activement les nouvelles opportunités que lui offrent les technologies modernes : grâce à un partenariat avec LoanPro, elle s'apprête à lancer une option pour le prêt classique.

En dehors des cas de financement d'un achat spécifique, le crédit à la consommation non affecté est généralement déboursé via un transfert vers le compte bancaire de l'emprunteur… qui présente quelques inconvénients notables, entre autres de réactivité (quand les virements instantanés ne sont pas systématiques) ou d'exclusion (pour les personnes non bancarisées, nombreuses en Amérique du Nord). Aujourd'hui, les téléphone mobiles autorisent une expérience plus fluide et plus universelle.

La solution introduite par Mastercard consiste donc à fournir au client une carte virtuelle dès le crédit accordé – une déclinaison avec une carte physique est également possible… sans garantir la même instantanéité. Il lui suffit ensuite de l'enregistrer dans son porte-monnaie Google Wallet ou Apple Pay. En un tournemain, il peut alors régler ses achats dans tous les commerces affiliés. Le résultat est presque identique à une carte de crédit… avec un remboursement par échéances fixes, plus facile à maîtriser.

En arrière-plan, LoanPro mettra à la disposition des établissements de crédit intéressés sa plate-forme de distribution de prêts par API, qui leur procure un maximum de flexibilité en vue de l'intégrer à leurs propres services, en proposant un parcours utilisateur optimisé à leur clientèle. Ils peuvent de la sorte déployer facilement un produit attractif auprès du grand public et des entrepreneurs – les deux cibles principales visées –, en ligne avec leurs attentes à l'ère « digitale ». Ils bénéficieront même de la faculté d'enrichir l'expérience, par exemple à travers des programmes de fidélité dédiés.

L'initiative permet naturellement à Mastercard de prolonger la pertinence de son métier dans un monde qui non seulement voit les instruments de paiement se diversifier – avec, en particulier, une menace de plus en plus précise sur son réseau – mais combine aussi désormais fréquemment de manière transparente le paiement avec une forme ou une autre de financement (notamment via les facilités de fractionnement). Et ces arguments résonnent certainement tout autant chez les décideurs des pourvoyeurs de crédit…

Accueil LoanPro

dimanche 21 décembre 2025

Un coach de crédit dans l'app de Garanti

Garanti BBVA
Dans une logique d'accompagnement vers le bien-être financier qui lui devient familière, la filiale turque de BBVA embarque désormais un coach de crédit au cœur de son application mobile, destiné à aider ses clients à simultanément mieux maîtriser leur situation courante et à réaliser leurs projets d'avenir dans les meilleures conditions.

La nouvelle option « Kredi Koçum », accessible depuis la section consacrée au suivi de l'état des finances personnelles, complète cette dernière avec un double objectif. Il s'agit d'une part de fournir à l'utilisateur un aperçu de la précarité ou, au contraire, de la bonne santé de ses comptes, assorti de recommandations concrètes en vue d'améliorer ou maintenir sa position, et, d'autre part, de lui proposer des solutions de financement adaptées à son contexte et à ses besoins dès que nécessaire.

Selon son historique de transactions bancaires, l'outil va, par exemple, suggérer au mobinaute de surveiller ses échéances de paiement ou, plus générique, de réactualiser ses informations personnelles, de manière à, entre autres, optimiser la qualité de son profil d'emprunteur. En parallèle, il se voit présenter en détail les divers produits auxquels il est éligible – crédit à la consommation, découvert négocié, carte de crédit… – avec les modalités applicables à son cas particulier (plafonds, taux d'intérêt…)

Garanti – My Credit Coach

Indispensable appoint à ces fonctions, un dispositif pédagogique dédié enrichit le service, afin, notamment, d'expliquer aux futurs bénéficiaires les mécanismes régissant le crédit, depuis la notion de score jusqu'aux différences essentielles entre les options existantes. On peut même espérer que ces bribes d'éducation financière sont prodiguées en concordance avec les suggestions de souscription évoquées ci-dessus.

Avec ce coach relativement original, l'établissement avance sur une crête dangereuse : en l'absence de précisions sur son implémentation, il est difficile de savoir avec certitude s'il reste sérieusement engagé dans une démarche au bénéfice du client, en lui procurant l'assistance qu'il requiert pour prendre des décisions éclairées, ou s'il prend plutôt prétexte de la santé financière pour encourager le recours au crédit.

Au vu de la culture d'entreprise de BBVA, j'aurais tendance à être optimiste, de ce point de vue. Toujours est-il que l'initiative peut aisément inspirer d'autres banques de suivre sa trace (en choisissant de préférence son versant positif) : parce que l'endettement – surtout quand il devient hors de contrôle, faute d'apprentissage – représente une des plus graves menaces sur l'équilibre budgétaire des consommateurs, la mise en place de solutions spécialisées autour de ce domaine semble constituer une bonne idée…