La popularité extraordinaire de l'intelligence artificielle générative a rapidement donné des idées aux directeurs informatiques désireux de s'extraire de leur dépendance aux vieux « mainframes » d'IBM. Las, Gartner, qui promettait pourtant monts et merveilles sur le sujet jusqu'à récemment, estime maintenant que ces projets sont voués à l'échec.
Le cas d'usage est évidemment tentant : quel contexte est plus propice à l'exploitation des talents de manipulation du langage des nouvelles IA qu'un exercice de conversion du Cobol des années 50 vers ses héritiers plus modernes… et supportés par les machines d'aujourd'hui ? Les éditeurs se sont précipités, parmi lesquels Anthropic, qui a réussi ainsi à faire chuter le cours de l'action IBM, et ceux qui, comme Gartner le confirme, introduisent l'IA à tort et à travers pour satisfaire leurs investisseurs.
Malheureusement, les entreprises qui se laissent séduire par des propositions trop alléchantes – de celles qui voudraient faire croire à une migration sans douleur quasi magique – s'exposent à de sérieuses déconvenues. Les analystes prédisent que 70% des initiatives de sortie de « mainframe » engagées en 2026 n'aboutiront pas en raison d'un optimisme excessif sur les capacités des outils exploités. Simultanément, trois fournisseurs de solutions sur quatre auront disparu ou changé de cible d'ici 2030.
Il n'est pas ici question de remettre en cause le principe d'une assistance automatisée à la traduction de code, celle-ci offrant une formidable opportunité d'accélérer, ainsi que de réduire les coûts et les risques, des opérations de portage. Le danger que souligne le cabinet concerne plutôt les espoirs (démesurés) de passer l'ensemble du patrimoine à la moulinette de l'intelligence artificielle afin de se débarrasser (enfin !) des composants obsolètes, qui encombrent, entre autres, la plupart des institutions financières.
La recommandation porte alors sur une sélection soigneuse des applications qui se prêtent le mieux à ce genre de démarche, en ne perdant jamais de vue, en particulier, le caractère éminemment stratégique de certaines d'entre elles… pour lesquelles les auteurs considèrent que le maintien en l'état constitue la meilleure option. Je suis en désaccord avec cette opinion pour d'innombrables raisons, dont une des principales touche à l'inadaptation de solutions anciennes aux besoins des clients du XXIème siècle.
Par ailleurs, je m'étonne que ne soit pas abordé ce qui me semble être le frein le plus puissant à toute décision de migration des vieux systèmes, avec ou sans intelligence artificielle, à savoir la hantise du désastre budgétaire et/ou opérationnel par anticipation. Ce n'est pas avec ce type de messages anxiogènes – et encore moins si les catastrophes prédites se réalisent – que les responsables trouveront le courage de prendre à bras-le-corps le problème de fond, qui ne fait qu'empirer de jour en jour.



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