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C'est pas mon idée !

dimanche 8 novembre 2026

L'Europe sacrifie FiDA au pire moment

Commission Européenne
Dans son programme de travail pour 2027, dont elle affirme sans craindre le ridicule qu'il vise à renforcer la souveraineté du continent, la commission européenne retire sa proposition de règlement FiDA pour l'ouverture des accès aux données financières. Ce pied-de-nez aux citoyens est également révélateur d'un aveuglement consternant.

Le motif officiel de cet abandon se résume à quelques lignes enfouies dans les annexes du document de planification évoquant l'absence totale de progrès sur le texte depuis sa soumission initiale en 2023. Cette affirmation n'est probablement pas tout à fait exacte, un certain nombre d'échanges ayant eu lieu me semble-t-il, mais elle reflète surtout la pression exercée par l'industrie contre toute extension de la directive DSP2 et l'abdication de l'Europe, qui n'a jamais fait avancer le dossier, face à cette résistance.

Le communiqué triomphant de la Fédération Bancaire Française démontre clairement l'état du rapport de force même s'il est tout autant empreint d'une perte de vue complète des réalités, quand il évoque une prise de conscience salutaire de l'évolution du contexte technologique et géostratégique, conduisant, croit-elle naïvement, à une décision en faveur de la souveraineté et de la sécurité financière de la population… sans porter préjudice à l'innovation. Un véritable monument de langue de bois !

Pour ma part, j'estime tout au contraire que le choix d'arrêter le chantier pour un partage raisonné de l'ensemble des informations relatives aux comptes d'épargne, portefeuilles d'investissement, produits d'assurance et autres non couverts aujourd'hui par les législations sur les services de paiement conduira inévitablement à fragiliser la protection de celles-ci et ne changera rien à la perte de souveraineté numérique déjà engagée, tout en déniant aux consommateurs le droit de disposer de leurs données.

Actualité Commission Européenne

Sans imagination, les dinosaures de la banque brandissent l'argument éculé de la menace qui pèserait sur les précieuses données financières susceptibles, si elles devaient être mises à disposition d'entreprises tierces, de tomber entre les mains et faire la fortune des géants technologiques américains. Il faut faire peur et qu'importe que le prétexte soit ridicule, puisqu'il oublie que la réglementation donne des prérogatives uniquement aux détenteurs de comptes… qui choisiront à qui en confier les clés.

En conséquence, ce n'est pas la loi qui provoquerait une brèche dans la souveraineté – hypothétique, de surcroît – mais l'incapacité des acteurs européens – institutions historiques comme nouveaux entrants – à offrir des services plus séduisants que ceux des GAFA. Pire, leur refuser l'ouverture promise constitue un moyen de leur lier les mains, alors que les méga-firmes de la Silicon Valley ont largement les moyens de se passer d'une normalisation des accès pour parvenir à leurs fins, le cas échéant.

Pour s'en convaincre, il suffit d'observer comment les plates-formes d'intelligence artificielle sont en train de s'emparer d'un rôle de conseiller financier, en demandant à leurs utilisateurs de leur fournir leurs identifiants de connexion… donc en accroissant de manière alarmante les entailles à la sécurité. Je suppose que, comme leurs confrères dans le reste du monde, les établissements européens se bercent encore de l'illusion absurde de pouvoir interdire aux IA l'entrée sur leurs applications web et mobiles…

En résumé, l'Europe et le lobby bancaire se tirent une balle dans le pied en mettant le projet FiDA en veille (j'ose innocemment espérer que cet accident sera temporaire). Ils cumulent (au moins) trois erreurs tragiques. Un, les citoyens n'attendent pas l'entrée en vigueur du texte pour partager les informations de leur vie privée avec les outils qui leur procurent les services qu'ils apprécient, quelle que soit leur origine. Deux, ce faisant, ils prennent des risques indus, dont ils feront peser, in fine, la responsabilité sur leurs fournisseurs. Trois, ils seront frustrés des freins qui seront mis aux usages qu'ils privilégient. Leur confiance et leur satisfaction s'en ressentiront inévitablement.

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