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C'est pas mon idée !

samedi 11 février 2012

2 ou 3 éléments de la stratégie de Citi sur tablette

Citi
Depuis son lancement (l'été dernier), l'application pour iPad de Citi reste un modèle inégalé d'intégration quasi parfaite de fonctions bancaires sur une tablette et d'adaptation à ses modes d'utilisation. Dans un entretien avec la rédaction d'American Banker, Tracey Weber, responsable de la banque en ligne et mobile de l'établissement, révèle quelques éléments de sa stratégie...

Tout d'abord, fort logiquement, l'application pour iPad n'est qu'une première étape pour la banque, qui n'hésite pas à suivre ses clients et leurs choix d'équipement. Ainsi, après le succès initial de l'appareil d'Apple, l'émergence d'une concurrence sérieuse la conduit à travailler dès maintenant sur des versions adaptées à d'autres systèmes (Android en tête, éventuellement avec le Kindle Fire d'Amazon, peut-on supposer).

Mais, au-delà de ces considérations opérationnelles, ce sont les réflexions de Tracey sur les usages des tablettes, appuyées à la fois par l'observation des comportements des clients de Citi et par une analyse plus "subjective", qui retiendront l'attention.

En particulier, la différence est très marquée entre la banque en ligne, à laquelle les internautes recourent principalement pour accomplir des "tâches" (payer une facture, réaliser un virement...), et l'application sur iPad, beaucoup plus propice à la consultation d'articles, de vidéos... Cela reflète d'ailleurs une tendance générale des utilisateurs de tablettes à consommer l'information "dans la durée".

Forte de ces constats, Citi décline sa présence sur les médias de manière adaptée : son site web, en particulier dans sa nouvelle version, met en avant l'accès rapide aux transactions alors que les contenus rédactionnels et éducatifs sont beaucoup plus visibles et prépondérants sur tablette.

Notons au passage que cette "spécialisation" n'est possible que parce que l'application pour iPad de Citi a été conçue et réalisée (en interne) indépendamment de l'existant (sur le web et sur iPhone), en partant d'une feuille blanche.

Les résultats semblent probants, avec, par exemple, une moyenne de plus de 4 écrans consultés par session, démontrant l'engagement des utilisateurs et le temps qu'ils sont prêts à consacrer aux contenus que leur propose leur banque. La présentation graphique des finances personnelles, qui veut "raconter une histoire" au lieu de simplement lister des opérations, concoure aussi largement à ce succès.

A terme, Tracey voit également dans les tablettes un support idéal de la socialisation de la banque, aussi bien par l'intégration des préoccupations financières dans les échanges avec les amis et la famille sur les médias sociaux que par l'interaction directe, par exemple entre un parent et son enfant, autour de la gestion de budget sur l'écran d'un iPad... Des idées qui laissent peut-être entrevoir les prochaines évolutions des applications de Citi !

jeudi 9 février 2012

Un défi aux compagnies d'assurance

Facebook
Les compagnies d'assurance sont naturellement déjà largement présentes sur les médias sociaux, mais, en connaissez-vous une qui exploite Facebook (pour ne prendre que le plus populaire) dans un autre objectif que celui d'accumuler les "likes" de leurs clients ? Par exemple, pour vendre des produits ?

C'est le défi que lance Mike Fitzgerald, analyste à Celent, aux assureurs américains, en essayant d'imaginer les qualités de celui qui ouvrira le premier un espace transactionnel sur le réseau social. Un défi que je relaie auprès de leurs confrères français : parviendront-ils à prendre les États-Unis de vitesse sur ce terrain ?

Pour Mike, le candidat idéal dans cette course un peu particulière serait un produit "banalisé" (assurance automobile ou immobilière, par exemple), visant une clientèle plutôt jeune, proposé par une compagnie opérant sur le canal internet et ayant une culture de l'innovation. A l'inverse, il pense que sa maturité technologique ne sera pas un critère majeur, l'accès à la plate-forme Facebook étant relativement simple. Ce portrait robot est donc assez "évident", mais il n'exclut pas une surprise.

De surcroît, une inconnue restera encore à lever, à savoir l'avis du régulateur sur une initiative de ce genre, qui donnera l'avantage à l'établissement qui aura la plus forte confiance dans sa capacité à vaincre les réticences possibles et à répondre aux nouvelles exigences qui risquent d'émerger.

Pour futile qu'il puisse paraître, l'objet de ce défi pourrait apporter des bénéfices importants à celui qui le relèvera, et pas uniquement en termes de communication et marketing. Tout d'abord, l'accès "automatique" aux données personnelles de l'internaute sur Facebook pourrait grandement faciliter le processus de souscription d'une offre, en évitant une saisie fastidieuse, ce qui peut représenter un avantage concurrentiel non négligeable parmi les assureurs "en ligne".

Mais, en prenant une perspective plus futuriste, il serait aussi imaginable que l'analyse du "profil social" du consommateur, à partir de son compte Facebook, permette de personnaliser le produit qui lui est proposé, à la fois selon ses préférences mais aussi en fonction d'une estimation de son niveau de risque. Je ne crois pas avoir vu circuler une telle idée dans le secteur de l'assurance mais puisqu'elle est déjà en l'air (voire expérimentée) dans le monde bancaire, pour l'évaluation de score de crédit, il ne semble pas absurde d'en imaginer d'autres applications...

mardi 7 février 2012

Kinect entre dans les agences LCL

LCL
Depuis sa sortie, en novembre 2010, la Kinect de Microsoft fait rêver à de nouveaux modes d'interaction, par de simples gestes – sans clavier, souris ou autre manette – avec les logiciels "sérieux" qui envahissent notre quotidien.

Or, depuis le 1er février, la technologie est sortie officiellement du domaine du jeu qui l'a vue naître pour arriver dans l'univers Windows. Et quelques jours plus tard, LCL en dévoile sa première utilisation "bancaire" en France...

Les lecteurs fidèles se souviendront peut-être, sur le même thème, de la démonstration précédente de la Banque de Moscou, mais LCL est cette fois dans une démarche plus "industrielle", puisque 10 de ses agences (dans plusieurs grandes villes de l'hexagone) sont équipées de ces nouvelles bornes à l'interactivité réinventée.

Kinect en agence LCL

Toutefois, comme sa consœur russe, la banque française se contente pour l'instant de proposer à ses clients une navigation dans ses produits et services grâce à quelques gestes simples. Il n'est donc pas (à ce stade) question de grandes innovations d'usage, exploitant une véritable nouvelle dimension dans l'interaction du public avec les écrans d'information qui peuplent les agences bancaires.

Cette première expérience devrait malgré tout permettre de tester, d'une part, la capacité des visiteurs à s'approprier une interface qui n'est probablement pas encore universellement maîtrisée et, d'autre part, leur appétence à adopter dans l'espace "sérieux" d'une banque un comportement plutôt associé au jeu...

Sur le fond, le service proposé ne manque pas de sens, offrant, sans complication (notamment matérielle), une expérience utilisateur enrichie par rapport aux contenus "statiques" des écrans habituels, qui devrait permettre de mieux retenir l'attention du client. Mais il sera probablement nécessaire d'aller beaucoup plus loin dans les applications ainsi mises à leur disposition pour engager durablement les "joueurs".

A défaut, le risque qui guette la Kinect en agence est le même qu'a connue avant elle la table Surface (du même Microsoft) : après une phase initiale d'engouement extraordinaire et une multitude d'expérimentations, il n'est aujourd'hui (presque) plus question de déploiements, faute d'avoir su en imaginer les "bons" usages.

Merci à Emmanuel P-S pour le pointeur vers cette information !

lundi 6 février 2012

Les français ne sont pas fans de paiement par mobile

Ifop
Pour la deuxième année consécutive, l'Ifop et Wincor Nixdorf ont conduit une enquête auprès d'un échantillon représentatif de 1008 français pour connaître leurs comportements, avis et attentes vis-à-vis des moyens de paiement électroniques.

Les résultats [PDF] sont à la mesure de la baisse de moral de la population et risquent de refroidir les ardeurs des tenants du paiement sans contact sur mobile. A moins que les incohérences de certaines réponses ne puissent tout de même laisser entrevoir un espoir, qui pourrait se concrétiser grâce à une meilleure communication ?

Mais avant de passer aux solutions plus ou moins futuristes, passons en revue quelques chiffres surprenants sur les moyens de paiement classiques. Il est ainsi intéressant d'apprendre que 36% de nos concitoyens possèdent un "compte de transfert de fonds" (un terme qui recouvre ici les systèmes PayPal, Western Union...). Même s'il est très en retrait par rapport au chéquier, au prélèvement et au virement (tous au dessus de 80%), ce taux est loin d'être négligeable.

Mais, dans ce domaine, ce sont les statistiques d'usages qui sont les plus instructives : à la question de savoir s'ils les utilisent régulièrement, plus de 60% des français répondent oui pour la carte bancaire contre seulement 3% d'adeptes des "comptes de transfert" (quand Moneo et ses équivalents atteignent encore 14%) ! A croire que la plupart des comptes PayPal dans l'hexagone sont inactifs ou presque...

Les écarts de confiance sont tout aussi significatifs : les moyens de paiements traditionnels offerts par les banques (virement, carte à débit immédiat, prélèvement et chéquier) bénéficient d'un fort taux de confiance (entre 94 et 88%) de la part des consommateurs, alors que les systèmes alternatifs (PayPal et Moneo se retrouvant ici à égalité) atteignent un score de seulement 56% (seuls les cartes d'établissements de crédit font encore moins bien).

Pourtant, lorsqu'il est question de paiement sur internet, qui continue à inquiéter plus d'un quart des personnes, les porte-monnaie virtuels (PayPal ou Google Checkout) sont considérés comme une solution séduisante par 29% des français, devancés uniquement par la carte à usage unique (41% d'avis favorables).

Lorsqu'ils sont interrogés sur de nouveaux moyens de paiement, les consommateurs réagissent principalement en fonction de leur perception de la sécurité. Ce "réflexe" les conduit ainsi à plébisciter (à 69%) le remplacement de la saisie du code secret par la lecture de leur empreinte digitale et, inversement, à rejeter (pour près de 2 sur 3) l'idée du paiement sans contact, par exemple sur téléphone. Et, pour confirmer ce refus, ils ne sont que 28% à envisager de changer de mobile (6% "certainement" et 22% "probablement") pour profiter de cette innovation.

Cependant, sur une question plus large concernant leur intérêt pour des services de paiement "originaux", les réponses sont beaucoup plus enthousiastes : l'exigence de sécurité reste visible à travers les premières places de la carte à usage unique et de la carte prépayée, mais la carte sans contact recueille 42% d'avis favorables (et la monnaie virtuelle 41% !)...

C'est cette (légère) incohérence qui me laisse penser que ces avis s'expriment, pour une part, sur la base de croyances et de convictions subjectives et non d'une réelle connaissance des technologies proposées (ce qui n'a rien de surprenant devant la complexité du sujet !). En tout état de cause, avec un tel défaut d'engouement de ses futurs utilisateurs, il est clair que le paiement sur mobile a un immense obstacle à franchir. L'information et l'éducation des consommateurs devraient donc être les priorités absolues des acteurs qui voudraient (encore) l'imposer.

dimanche 5 février 2012

Garanti distribue des crédits Facebook

Garanti
Parmi les informations dévoilées dans son dossier d'introduction en bourse, Facebook a déclenché quelques fantasmes sur son activité dans les paiements, certains y voyant une future domination, au détriment des acteurs historiques du secteur. Sa monnaie virtuelle (les "crédits Facebook") représente en effet, pour 2011, 550 millions de dollars de revenus, perçus sur plus de 1,9 millliards de dollars échangés sur la plate-forme.

Même si ces montants sont loin d'être négligeables, il faut garder en mémoire qu'une large part de cet argent circule encore dans les réseaux de paiement traditionnels et n'échappe donc pas aux systèmes en place. Qui plus est, le fonctionnement même de cette monnaie en rend presque impossible l'adaptation aux modèles existants et en est, de fait, plutôt complémentaire. A mon avis et pour l'instant, il est donc vain d'y voir une menace réelle pour les institutions financières, du moins tant que ces paiements restent confinés au périmètre d'origine de Facebook.

En tout état de cause, quelles que soient les perspectives et les risques, à terme, certaines banques n'hésitent pas à profiter de l'engouement des (jeunes) internautes pour Facebook et ses "crédits". C'est le cas, par exemple, de la turque Garanti, qui lance, pour quelques jours, une promotion qui non seulement est mise en scène sur le réseau social mais implique aussi sa monnaie virtuelle.

Offre Bonus Facebook

Sur le fond, cette campagne est tout à fait classique puisqu'elle consiste à distribuer des "primes" aux porteurs de certaines des cartes de crédit de la banque, dès que leurs dépenses dans les 250 000 commerces partenaires dépassent 50 TRY (un peu plus de 20 euros) sur une journée.

La particularité ici est que cette prime est distribuée sous la forme de 10 "crédits" Facebook (dont la valeur est de l'ordre de 75 cents), qui ne pourront donc être dépensés que sur la plate-forme. Les participants devront s'inscrire au préalable par SMS puis retireront leurs prix via la page de Garanti sur le réseau social, ce qui permettra au passage à la marque d'enrichir sa connaissance des clients et de gagner quelques nouveaux "amis"...

L'opération de Garanti est simple à organiser et peu coûteuse (la distribution de "crédits" est plafonnée à 50 000, soit l'équivalent de moins de 4 000 euros) mais elle aura certainement un effet positif sur la présence de la banque sur Facebook, alors qu'elle y recueille déjà un nombre de fans plutôt flatteur (260 000 pour les "bonus cards" et 820 000 pour la banque). Il faut noter que les primes offertes, pour modeste qu'elles soient, profitent probablement de l'"opacité" qu'induit une unité virtuelle : ainsi les internautes n'en perçoivent pas nécessairement la vraie valeur.

Big data dans une big banque

Zettaset
Depuis quelques mois, le concept "big data", issu des géants de l'internet (Google, Facebook, Twitter...) et de leurs besoins de traitements massifs d'information, est souvent évoqué comme une tendance inéluctable dans les entreprises traditionnelles. Pourtant, les exemples d'implémentation sont encore rares et le cas du groupe bancaire Zions Bancorporation constitue donc une exception, qui en suscitera peut-être d'autres...

C'est lorsqu'il s'est rendu compte, en 2008, que les entrepôts de données ("datawarehouses") classiques qu'il utilisait commençaient à atteindre leurs limites, que le CSO ("Chief Security Officer", responsable de la sécurité) de la banque a exploré de nouvelles solutions. Après avoir évalué plusieurs options, dont celles proposées par ses fournisseurs historiques (Microsoft et Oracle), il a finalement retenu, malgré son immaturité, l'offre "Security DataWareHouse" (SDW) de Zettaset, basée sur Hadoop et quelques autres technologies émergentes du monde "big data".

Et l'enjeu était de taille : pour les équipes en charge de la sécurité globale de l'organisation, la capacité à accumuler sur une longue période et traiter très rapidement, voire en temps réel, la masse de données issues des équipements de sécurité (firewalls, outils de détection d'intrusion...) et des systèmes transactionnels est critique pour détecter et enrayer au plus tôt les attaques et autres tentatives de vol d'information et de fraude dont la banque est la cible quotidiennement.

Pour rendre l'équation encore plus complexe, comme toujours dans ces contextes, la volumétrie (qui pourra atteindre plusieurs péta-octets avec SDW) n'est pas le seul obstacle à la pertinence de l'analyse : l'hétérogénéité des données sources, structurées ou non, est difficilement appréhendée par les plates-formes classiques. Or, à l'inverse, cette capacité constitue un des points forts des nouvelles solutions "big data".

Pour la mise en œuvre de son entrepôt de données, Zions a adopté une démarche prudente et raisonnée. Tout d'abord, la préparation a été soigneusement orchestrée, de manière à parfaitement maîtriser les possibilités offertes par (et les limites de) la nouvelle plate-forme. Puis, à partir de début 2011, les systèmes décisionnels ont été migrés progressivement, sur une période de plusieurs mois, en commençant par les moins sensibles. Le déploiement est maintenant achevé et le CSO se félicite de pouvoir désormais ajouter de nouvelles sources de données à ses analyses en quelques jours, là où il fallait autrefois plusieurs mois.

L'exemple de Zions Bancorporation pourra servir d'inspiration aux responsables de sécurité (et, au-delà, dans tous les métiers) d'autres grandes entreprises. Cependant, il souligne aussi (plus ou moins directement) la difficulté que peut représenter une transition des bases de données relationnelles vers des plates-formes "big data". La durée de migration (longue) illustre en effet le temps qu'il faut pour bien en maîtriser les tenants et aboutissants, pour garantir le succès et éviter des expérimentations finissant en impasse.

De plus, une question qui n'est pas abordée dans ce retour d'expérience mais est tout aussi critique pour les résultats est celle de l'expertise analytique (mathématique) requise pour exploiter correctement les multiples sources d'information qui deviennent disponibles avec ces systèmes. Car s'il peut être utile de disposer de péta-octets de données à portée de souris, encore faut-il savoir comment les traiter pour en faire ressortir une quelconque valeur.

vendredi 3 février 2012

La Caixa passe à la télé (intelligente)

La Caixa sur Smart TV Samsung
Ceux qui connaissent mon opinion sur la télévision ne seront pas surpris que je puisse qualifier d'oxymore l'expression "TV intelligente". En conséquence, cet article sur le lancement par La Caixa de son application bancaire pour la Smart TV de Samsung risque de manquer d'objectivité. J'espère que vous voudrez bien me passer ce "caprice", un vendredi soir ;-)

Commençons par un petit rappel pour ceux qui, comme moi, n'auraient pas bien suivi l'actualité récente de la télévision : sa nouvelle intelligence, selon Samsung en tous cas, vient notamment de sa capacité à se connecter à internet, à accéder à des contenus variés (pas uniquement ceux diffusés par les chaînes habituelles mais aussi, par exemple, ceux de YouTube) et à installer des applications complémentaires, à partir d'un inévitable AppStore dédié.

C'est justement cette dernière fonction que La Caixa exploite pour proposer à ses clients une version de ses services en ligne (Línea Abierta) spécialement conçue pour les téléviseurs, lecteurs BluRay et autres systèmes de home cinema compatibles avec la technologie Smart TV de Samsung. Sans originalité, cette application permet de consulter les comptes (soldes et opérations), de rechercher et localiser les agences et de consulter des informations sur les produits et services.

La Caixa sur Smart TV Samsung

Avant de tenter d'analyser cette initiative, il faut tout de même reconnaître qu'elle ne doit pas représenter un effort important de développement pour la banque espagnole. En effet, les "applications" pour Smart TV sont essentiellement conçues à base de technologies web, rendant certainement possible la réutilisation de composants existants dans les services déjà disponibles.

Ce nouveau débarquement de services web (ou d'applications, la différence est ici ténue) me surprend quelque peu : l'idée a fait fureur il y a plus de 10 ans, avant de tomber ensuite dans un oubli quasi-total (et salutaire). Parmi les raisons de ce premier échec, l'un des principaux était l'inadéquation du téléviseur à la navigation et à la consultation d'une information riche. Les nouvelles générations d'appareil ont-elles entièrement résorbé ce handicap ? J'ai beaucoup de mal à le croire.

Mais, en 10 ans, les usages des consommateurs ont aussi beaucoup évolué. Ainsi, le temps passé devant la télévision est en baisse régulière et, de plus en plus, les téléspectateurs utilisent, simultanément, un deuxième écran (un smartphone ou, mieux, une tablette) pour "surfer" sur internet. Si ce comportement devient la norme, en particulier pour les ménages les plus aisés, ciblés par les produits haut de gamme de Samsung, quel sera l'intérêt de l'accès web sur la TV ?

Et la question est d'autant plus sensible pour une application bancaire, qui ne représente pas, à l'heure actuelle, un modèle d'expérience utilisateur à partager en famille... Peut-être s'agirait-il d'ailleurs de la seule véritable opportunité de la Smart TV pour le secteur financier : transformer une "corvée" de gestion et de suivi des comptes en un moment de partage. L'idée est intéressante mais est encore loin de la réalité.

En attendant, l'annonce de La Caixa me semble donc être essentiellement une opération de communication, en particulier sur la mise en avant de sa qualité de "banque innovante", et dégager peu de valeur réelle. Plus généralement, je ne crois pas que le "canal TV" soit soudainement en passe de redevenir une priorité pour les banques...

jeudi 2 février 2012

SmartyPig s'infiltre dans la banque en ligne

Social Money Systems
SmartyPig, qui propose depuis 2008 aux consommateurs américains une plate-forme d'épargne ludique et sociale, est probablement rattrapée par la réalité économique. Pour résister, la startup se convertit à un modèle qui devient classique, consistant à mettre son offre à la disposition des banques pour une intégration dans leurs propres portails web.

Commercialisé par une entité elle-même renommée "Social Money Systems", la solution, rebaptisée "GoalSaver" pour l'occasion, va ainsi permettre aux établissements financiers de proposer à leurs clients, au cœur de leur espace privé de services en ligne, de se fixer des objectifs d'épargne et de les réaliser progressivement, tout en publiant régulièrement leurs progrès sur les médias sociaux. Comme dans le modèle original de SmartyPig, les utilisateurs pourront de plus bénéficier de coupons de réduction lorsqu'ils atteindront leur but.

Outre la valeur intrinsèque que peut apporter ce service à leurs clients et la communication "gratuite" de leur marque sur les réseaux sociaux qu'il engendre, les banques auront également, grâce à "GoalSaver", la capacité de mieux connaître leurs "intentions", à travers leurs objectifs d'épargne, et ainsi de leur proposer des produits mieux ciblés. Cette perspective peut cependant laisser entrevoir de possibles dérives en matière de protection de la vie privée et devra donc être approchée avec une extrême prudence.

D'après l'article de la revue American Banker, l'idée semble déjà séduire les institutions financières, puisqu'une douzaine d'entre elles, comprenant des banques (dont 3 hors des États-Unis) et des émetteurs de cartes pré-payées, seraient en négociation avec la société.

Comme avec les outils de PFM ("gestion de finances personnelles"), un service tel que "GoalSaver" peut constituer une valeur ajoutée importante pour une banque qui souhaite renforcer sa relation avec ses clients, pour rester leur premier partenaire financier et s'assurer de leur fidélité. Et, comme je le répète souvent, le choix d'une solution fournie par une jeune pousse dynamique est un excellent moyen pour une grande entreprise peu agile d'innover rapidement.

En revanche, dans ce cas précis, "Social Money Systems" risque de se heurter aux craintes de "dispersion" chez ses prospects, qui hésiteront à multiplier les solutions tierces embarquées au sein de leurs services en ligne. Car, parmi celles-ci, la priorité ira souvent d'abord au PFM, dont la valeur perçue sera plus élevée, et les fournisseurs de ces solutions auront alors toute latitude pour développer une offre concurrente à "GoalSaver".

Pour terminer, il faut peut-être s'attarder sur la tendance, affectant nombre de startups financières, qui les voit plus ou moins contraintes de passer d'un modèle direct à une distribution par les banques. S'il s'agit d'une bonne nouvelle pour ces dernières (qui profitent notamment de la confiance que leur accordent les consommateurs), l'exemple risque fort de décourager les "innovateurs" qui poursuivent des idées de "rupture", dont on voit qu'elles ont du mal à s'épanouir dans l'indépendance.

mercredi 1 février 2012

Fortuneo adopte le PFM de Linxo

Budget par Fortuneo
Deuxième établissement en France à lancer [lien PDF] une solution riche et complète de gestion de finances personnelles ("PFM") multi-comptes, Fortuneo, filiale de banque en ligne du groupe Crédit Mutuel Arkea, réussit à attirer l'attention avec quelques originalités, dont la moindre n'est pas le partenariat avec la jeune pousse française Linxo.

Baptisée "Budget par Fortuneo", cette nouvelle plate-forme est en effet une copie de la solution originale de la startup, mise aux couleurs de la banque. Sa principale force, qui séduira les quelques 70% de ménages clients de plus d'une institution financière, est de proposer l'agrégation automatique des comptes détenus dans 22 établissements en France (dont les enseignes les plus importantes font évidemment partie).

Autre fonction indispensable pour faciliter la gestion de budget, la catégorisation des opérations est largement automatisée, tout comme l'attribution de libellés explicites (combien de fois se demande-t-on à la lecture d'un relevé à quoi correspond une transaction au titre cryptique ?), lorsque cela est faisable. Et si, comme dans la plupart des outils de PFM, les catégories sont figées pour faciliter cette catégorisation, il est ici possible d'associer des "étiquettes" (libres) aux opérations pour en réaliser un suivi personnalisé.

Budget par Fortuneo

Étonnamment, Budget par Fortuneo est, proposé gratuitement et sans restriction à tous les internautes, et non uniquement aux clients de la banque. L'inscription est de plus assortie d'une garantie d'anonymat, seule une adresse de messagerie et un code postal étant requis pour créer un compte.

Pour les consommateurs, la proposition est attractive, y compris par rapport à la version originale proposée par Linxo, notamment par l'accent mis sur la sécurité. Ainsi, parmi les particularités de cette implémentation par Fortuneo, les données des utilisateurs seront stockées sur les infrastructures de Crédit Mutuel Arkea, en France, ce qui constituera un facteur de confiance important pour les personnes soucieuses de la protection de leurs informations personnelles. Il faut aussi noter au passage la "pique" adressée au MoneyCenter de Boursorama, dont la solution d'agrégation, fournie par Yodlee, est hébergée aux États-Unis...

Les efforts de réassurance du public sont également matérialisés par la possibilité de choisir une extraction semi-automatique des données (l'utilisateur fournit son mot de passe à chaque accès aux sites de banque en ligne) ou même de retenir une option entièrement manuelle, par téléchargement de fichiers, qui sera aussi utile pour les banques non "automatisées".

Le plus surprenant dans cette initiative est finalement de n'y voir aucun bénéfice particulier pour les clients de Fortuneo. L'intégration de la gestion de finances personnelles au cœur des services de banque en ligne auraient pu, par exemple, constituer un plus minimal, certainement apprécié des utilisateurs. Et qui le sera d'autant plus lorsque l'application mobile "Budget" sera disponible (prochainement, nous promet-on), aux côtés, et indépendamment, de l'application bancaire. Mais ce sont peut-être les prochaines évolutions prévues...

Quoi qu'il en soit, Budget par Fortuneo tend à couper l'herbe sous le pied des grandes banques françaises, qui non seulement n'ont pas à ce jour (en général) de solution de PFM à proposer à leur client mais, de plus, n'auront peut-être plus l'opportunité de solliciter Linxo pour le faire (si une exclusivité a été signée avec Fortuneo) et, surtout, auront fort à faire pour "rattraper" leurs clients qui se seront satisfaits de cette solution disponible dès maintenant.

Quand j'évoquais, il y a quelques jours, l'étude de PwC rappelant l'impératif de développer de nouveaux services "digitaux" pour renforcer une position de "banque privilégiée" dans la relation client, les outils de PFM pouvaient naturellement faire figure d'exemple trivial. La difficulté pour les (autres) banques françaises de suivre cette recommandation vient donc de monter d'un cran...

mardi 31 janvier 2012

QkR, une expérience mobile de MasterCard

QkR
Dans la course au paiement par mobile, les initiatives les plus récentes jouent la carte de la versatilité pour séduire les consommateurs. Avec QkR, une expérience pilote récemment lancée en Australie, MasterCard choisit aussi cette voie : service à valeur ajoutée et mutliples interfaces de connexion en sont les principaux atouts.

Conçu et développé par les "Mastercard Labs", la division R&D du réseau de paiement, QkR n'est pas entièrement inconnu puisqu'une démonstration en avait été faite à la presse en septembre dernier. Quatre mois plus tard, le concept se transforme donc en réalité, pour les spectateurs de deux salles (à Sydney) de la chaîne de cinémas Hoyt.

Grâce à l'infrastructure déployée et à une application mobile (pour iOS et Android), QkR permet de commander boissons et friandises sans se déplacer. L'utilisateur n'a qu'à capturer le code de son siège, via un code QR ou un tag NFC présent sur son accoudoir, ou encore par saisie de son identifiant, pour accéder à la boutique mobile. Une fois la commande passée, le paiement est enregistré de manière transparente sur la carte de paiement associée à l'application et la "livraison" est assurée à la place (celle-ci étant identifiée par son code).

On le voit, aucun des composants de cet ensemble n'est réellement nouveau, qu'il s'agisse de la lecture d'un code QR ou d'un tag NFC, de l'application de m-commerce ou même du système de paiement par pré-enregistrement des informations de la carte bancaire. En revanche, leur combinaison dans une même application aboutit à une expérience utilisateur unique, dont la proposition de valeur devient plus aisée à démontrer (en tous cas dans les pays où le pop-corn et le coca pendant le spectacle sont la règle !).

Pour terminer, il faut noter la participation de CBA ("Commonwealth Bank of Australia") dans cette expérience. Ainsi la banque démontre que malgré son investissement dans sa propre solution de paiement Kaching, elle n'hésite pas à accompagner d'autres initiatives prometteuses. Encore un exemple à suivre...