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C'est pas mon idée !

mercredi 10 février 2021

Alfa crée la banque instantanée sur messagerie

Alfa-Bank
Fermez les yeux et imaginez : depuis votre téléphone mobile, vous cliquez sur un lien qui lance votre messagerie sociale préférée (WhatsApp, Telegram, Facebook Messenger…) et vous propose d'ouvrir et de commencer à utiliser un compte de paiement en 10 secondes. Vous ne rêvez pas, c'est la nouvelle offre de la russe Alfa-Bank.

Bien sûr, la palette de services disponibles dans Alfa-Message est plutôt limitée. Avec sa carte de débit virtuelle, sa fonction d'envoi d'argent aux proches, son plafond (vraisemblablement réglementaire) de 40 000 roubles (environ 450 euros) par mois (et 15 000 roubles par opération)…, il n'est pas question, pour l'instant, de rivaliser avec la banque classique. Mais voilà tout de même un porte-monnaie mobile d'appoint – entièrement gratuit – qui saura se rendre utile dans diverses circonstances.

Son principal avantage est incontestablement son incroyable facilité et rapidité d'accès. Aucun téléchargement, aucune installation, il suffit d'enregistrer un nouveau correspondant dans son outil de messagerie favori. En quelques gestes, l'inscription est finalisée et la carte est enregistrée dans Apple Pay et Google Pay, prête à régler les achats dans les commerces de proximité, tandis que son numéro, sa période de validité et son code de sécurité restent à portée de la main pour les transactions en ligne.

Grâce à une interface (basique) intégrée, toutes les interactions sont pilotées à travers la messagerie, depuis la consultation des opérations réalisées et des caractéristiques de la carte (dont les limites applicables) jusqu'à l'approvisionnement du compte (via les moyens de transfert les plus courants), en passant par la connexion directe à une ou plusieurs cartes existantes, sur lesquelles seront imputées les dépenses effectuées, ou encore l'envoi d'une carte pré-chargée à un ami (toujours sous la forme d'un lien).

Alfa, banque instantanée sur messagerie

En synthèse, la solution d'Alfa-Bank représente une intéressante combinaison entre un instrument de paiement traditionnel, donc accepté (presque) universellement, et un porte-monnaie virtuel, dont la vocation est de simplifier au maximum, en l'occurrence de façon magistrale, la gestion et les mouvements d'argent, en particulier dans le cercle familial (par exemple à destination des enfants) ou dans certains usages spécifiques du quotidien (versement des émoluments d'une baby-sitter, partage de frais en groupe…).

L'initiative possède un côté anecdotique qui ne doit pas tromper. Outre son objectif de conquête de clients à travers ce dispositif original, la banque porte également l'ambition stratégique d'immerger une multitude de services au cœur d'un canal extrêmement populaire, en complémentarité avec les autres supports de la relation. Elle exploitera bientôt les messageries tous azimuts, pour suggérer la souscription d'un produit, confirmer un pré-accord pour un crédit personnel, solliciter un prêt, signer un contrat…

mardi 9 février 2021

Visa simule le temps réel avec l'IA

Visa
Parce que les systèmes de paiement traditionnels ne fonctionnent toujours pas en temps réel et parce qu'il faudra certainement attendre longtemps avant que la situation ne change, Visa se concentre désormais sur la meilleure solution de repli dans le monde moderne : des prédictions concoctées par une intelligence artificielle.

Pendant des années, les institutions financières ont cherché à se convaincre que les traitements différés qui régissent leur processus depuis les débuts de leur informatisation et qui font que les transactions ne sont effectivement enregistrées dans leurs systèmes que plusieurs heures – voire plusieurs jours – après leur exécution étaient parfaitement acceptables et ne nécessitaient aucune évolution. Hélas, l'instantanéité universelle de notre environnement « digital » est en passe de les ramener à la réalité.

Naturellement, au vu de l'étendue et de la complexité de l'industrie des paiements, auxquelles s'ajoute la diversité des acteurs impliqués, il serait totalement irréaliste d'envisager de rendre rapidement les réseaux existants aptes à gérer les échanges au fil de l'eau. Oubliant peut-être que cette étape devrait constituer sa priorité à long terme, Visa propose donc un palliatif, dès aujourd'hui, consistant en une sorte de simulation, déclinée aussi bien pour les utilisateurs finaux que pour les partenaires.

Côté consommateurs, là où la demande de visibilité immédiate sur les achats réalisés se fait aujourd'hui la plus pressante, conduisant quelques pionniers (de plus en plus nombreux) à déployer eux-mêmes des artifices approximatifs afin de la satisfaire, le service « Smarter Posting » recourt à des algorithmes qui vont déterminer sans délai si le montant soumis lors de la requête d'autorisation a de bonnes chances d'être définitif ou s'il risque d'évoluer (par exemple en raison d'incertitudes sur un taux de change).

Ainsi armés, les établissements qui rechignent jusqu'à maintenant à présenter à leurs clients des relevés dans lesquels les montants pourraient s'avérer erronés et être amenés à changer, et préfèrent, de ce fait, retarder l'affichage de la véritable situation de leurs comptes (quitte à parfois les laisser encourir un coûteux découvert…), devraient surmonter leurs réticences et restituer l'information au plus tôt, sans craindre les récriminations de personnes désorientées par des ajustements intempestifs.

VisaNet +AI

Autre outil de la panoplie VisaNet +AI, « Smarter Settlement Forecast » s'insère dans l'arrière-salle de la chaîne de valeur, en proposant aux institutions financières une prévision des flux auxquels elles devront faire face lors de la phase de compensation issue du traitement quotidien des transactions, quand les comptes des participants aux réseaux sont équilibrés entre émetteurs et acquéreurs et les dettes accumulées par les porteurs sont réglées au profit des commerçants où ils ont fait leurs emplettes.

Dans ce cas, l'enjeu n'est pas tant pour les banques d'assumer les flux de paiement par carte en temps réel, ce qui n'aurait guère de sens (et serait terriblement inefficace), mais d'optimiser le pilotage de leur trésorerie, en mobilisant uniquement les fonds nécessaires à la tenue de leurs engagements. Estimant que leur équipement actuel est lacunaire en la matière, Visa met à leur disposition ses propres capacités d'anticipation (à 7 jours), reposant sur ses observations de l'historique de leurs échanges.

Après le lancement apparemment réussi de « Smarter STIP » l'été dernier, destiné en quelque sorte à se substituer au système d'information de ses partenaires lors d'une défaillance, ces deux nouveaux produits précisent définitivement les contours de la gamme VisaNet +AI : son ambition est d'exploiter l'intelligence artificielle dans le but de combler les faiblesses endémiques du secteur, y compris celles que l'entreprise a elle-même contribué à créer et continue, d'une certaine manière, à faire perdurer.

lundi 8 février 2021

Vizaline décrypte les descriptions de propriétés

Vizaline
Dans le monde un peu poussiéreux de l'immobilier, du cadastre et des notaires, les descriptions des surfaces foncières sont souvent archaïques, induisant des incertitudes pour les banques appelées à financer un projet (ou les compagnies sollicitées pour les assurer ?). Vizaline sait maintenant les convertir en plans faciles à analyser.

Avant d'accorder un prêt hypothécaire pour une nouvelle construction ou un agrandissement de bâtiment, qu'il s'agisse d'une maison particulière, d'un immeuble commercial ou d'une structure industrielle, les établissements de crédit cherchent à contrôler la qualité du dossier qui leur est soumis, afin d'éviter, par exemple, le risque – pour la valeur du bien et, par voie de conséquence, pour la garantie de l'emprunt souscrit – que créerait un empiètement sur une propriété voisine ou un domaine public.

Ce sont des géomètres agréés qui sont alors chargés des vérifications d'usage : ils se rendent sur place et, armés de la définition légale du terrain, composée d'une suite de jalons (« une borne à l'angle de telle et telle rues… »), en délimitent les contours précis sur un plan officiel, sur lesquels ils engagent leur responsabilité. Cependant, les délais d'intervention, qui se comptent en semaines, voire en mois, et les coûts d'une inspection, de plusieurs milliers de dollars, conduisent la plupart des institutions financières à s'abstenir de cette précaution pour les opérations de montant jugé « modeste ».

La proposition de Vizaline vise d'abord à combler cette faille, avec un premier tarif à 150 dollars. Ses algorithmes d'intelligence artificielle, déchiffrent le texte inscrit dans les titres de propriété et le convertissent, en quelques minutes, en une visualisation appliquée sur l'imagerie satellite fournie par Google Maps. Même si l'étude ainsi réalisée n'a aucune valeur juridique, l'utilisateur final peut alors aisément et rapidement identifier les problèmes potentiels et, seulement dans ce cas, demander un complément d'étude ou commander une expertise plus complète, par les voies traditionnelles.

Vizaline Home

Naturellement, la nature abordable de la solution n'est pas son seul bénéfice. Les entreprises clientes (une quarantaine de petites banques du sud-est américain) en tirent également un avantage concurrentiel, grâce à ses résultats quasiment instantanés, qui leur permettent d'améliorer considérablement leur réactivité. Certaines n'hésitent donc pas à recourir aux services de Vizaline pour la plupart de leurs dossiers et ne consultent un géomètre que dans les circonstances qui l'exigent, quand un doute subsiste.

La réaction des professionnels qui voient leur petite rente historique menacée par la jeune pousse est aussi digne d'intérêt. En portant l'affaire devant la justice, dans le but de défendre leur privilège de surveillance certifiée des propriétés (sur quoi ils ont échoué, à ce jour), ils se comportent comme tous les individus ou groupes constitués confrontés à une approche radicale remettant en cause leurs habitudes, incapables d'admettre que le monde change et leur impose de se remettre en question. Leur énergie serait mieux utilisée à rechercher quel pourrait être leur rôle dans un nouvel environnement.

dimanche 7 février 2021

Les néo-banques s'essoufflent-elles ?

Celent
Au détour d'un article d'American Banker, un analyste de Celent s'inquiète de la viabilité de nombreuses néo-banques en raison de leur incapacité à dépasser la phase initiale d'hyper-croissance caractéristique des startups – par acquisition forcenée de nouveaux clients – et à diversifier leur offre en vue d'atteindre la rentabilité.

Naturellement, l'actualité récente interpelle, avec, entre autres, l'arrêt des activités de Xinja et l'absorption de 86400 par la filiale « digitale » de NAB (en Australie) ou encore la menace qui planerait selon certains observateurs sur la britannique Monzo (et quelques autres). Ces disparitions prématurées soulignent une potentielle faiblesse dans les modèles de développement classiques quand la conjoncture rend soudain aléatoire l'accès aux capitaux qui les alimente en attendant l'atteinte du point d'équilibre.

Pourtant, le phénomène n'a rien d'exceptionnel. Il s'agit même du danger qui guette l'immense majorité des jeunes pousses, de tous secteurs : la perte de confiance des investisseurs conduit directement à la mort. Et la réponse à ce défi n'est ni simple ni unique. Elle peut passer par une accélération de la recherche de profitabilité et plusieurs approches sont envisageables. Elle pourrait également s'appuyer sur une meilleure maîtrise des coûts de la croissance et, là encore, différents leviers se présentent.

La proposition de Stephen Greer s'inscrit résolument dans la première option, en insistant sur la nécessité pur les néo-banques d'étendre leur gamme de produits au-delà des basiques (compte courant, carte de paiement, épargne simple), en particulier vers le crédit et l'investissement. L'idée n'est pas dénuée de sens dans une logique de fidélisation : les clients séduits d'abord par l'offre élémentaire verront leurs besoins évoluer et risquent de se tourner vers la concurrence si leur fournisseur leur fait défaut.

En revanche, dans les conditions d'aujourd'hui, ces domaines sont affectés par des rendements faibles (qui obligent aussi les établissements historiques à explorer d'autres pistes pour préserver leurs marges) et ne peuvent donc pas être raisonnablement considérés comme des directions propices à la rentabilité à court ou moyen terme ! D'une certaine manière, la suggestion de diversification relève donc plus ici d'un réflexe mimétique inspiré par le statu quo que d'une véritable analyse des enjeux du secteur.

86400

Afin d'esquisser une solution, il semble impératif de reprendre l'histoire à son origine. Ainsi, la promesse des néo-banques à leurs débuts était de procurer une expérience utilisateur inédite et cette seule qualité devait être leur principal facteur d'attraction et le moteur de leur expansion. Malheureusement, l'introduction de la gratuité des services – pour grandir plus vite – a dénaturé le modèle, détournant l'attention des clients de l'essentiel vers le futile et creusant un gouffre économique insoutenable.

Désormais, elles rencontrent des difficultés sur tous les plans à cause de ces choix. D'une part, leur différenciation dans les opérations du quotidien tend à s'estomper, parce que leurs recettes « digitales » finissent, après plusieurs années, par s'imposer jusque dans les institutions les moins agiles. D'autre part, elles se trouvent contraintes, pour limiter l'hémorragie financière, d'instaurer de plus en plus d'options payantes qui détruisent leur argument de vente vedette. Alors, la spirale de la croissance s'enraye.

Face à un tel constat, et bien que la leçon arrive un peu tard pour quelques stars de la FinTech, il vaut de noter que Starling Bank, ayant adopté une stratégie plus équilibrée, tend à démontrer que la dérive n'était pas une fatalité… Plus généralement, la leçon à tirer des ratés est l'exigence (fréquemment oubliée), pour des startups qui opèrent dans le temps long d'une relation bancaire, de se maintenir en permanence à la crête de l'innovation, de manière à conserver leur avance sur l'industrie traditionnelle.

Dans cette perspective, la prochaine étape à franchir sera incontestablement l'intégration d'une vraie dimension de conseil, surtout dans une vision d'assistance au bien-être financier à 360°, qui constitue à la fois un point de faiblesse de plus en plus criant des acteurs historiques, donc une opportunité à saisir, et une possible source de revenus (pas obligatoirement directe, d'ailleurs). Seule une évolution de cet ordre permettra de concrétiser la « disruption » promise et l'émergence de l'ère industrielle de la FinTech.

samedi 6 février 2021

Infinitus décline le RPA au téléphone

Infinitus
La robotisation des processus, grâce à des outils de RPA plus ou moins élaborés, est en pleine expansion dans les organisations recherchant des moyens simples et rapides d'optimiser leurs opérations. Infinitus, une jeune pousse américaine qui sort de l'ombre aujourd'hui, étend le principe aux tâches habituellement réalisées par téléphone.

Parce qu'elles portent toujours l'héritage des premiers pas de l'informatisation, historiquement appliquée à l'automatisation de fonctions humaines élémentaires, les banques et compagnies d'assurance figurent parmi les entreprises les plus consommatrices de ces robots capables de combler les lacunes des logiciels existants dans l'exécution de processus de bout en bout, qui persistaient, jusqu'à maintenant, à requérir l'intervention d'une personne et qu'ils peuvent dorénavant remplacer.

Il subsiste pourtant des points de résistance, par exemple quand le parcours normal implique un échange téléphonique avec un tiers afin de collecter des informations. En l'absence de système informatique sur lequel il pourrait simuler les gestes d'un opérateur sur un clavier et capturer les résultats restitués sur un écran, le RPA classique ne peut évidemment remplir son office. Or les cas de ce genre sont plus fréquents qu'on ne l'imagine, en particulier dans le secteur de la santé qui intéresse Infinitus en priorité.

Selon la startup, plus de 900 millions d'appels d'une durée moyenne de 35 minutes sont effectués chaque année entre les médecins, les hôpitaux, les pharmacies, les assureurs… afin de vérifier les droits du patient, confirmer les diagnostics et les traitements, valider les indemnisations, approuver les paiements… Hélas, le nombre et la diversité des intervenants, avec leurs spécificités, rend virtuellement impossible l'adoption de standards et anéantit tout espoir de mise en place d'interfaces logicielles.

Infinitus Home

La proposition d'Infinitus consiste donc à automatiser les conversations, de la même manière que le RPA conventionnel automatise les interactions avec une application. Une fois la période préalable d'apprentissage terminée, la plate-forme appelle directement les interlocuteurs (en chair et en os) appropriés, pose toutes les questions nécessaires (en langage naturel) et extrait des réponses obtenues les données qui vont lui permettre de compléter le dossier en cours et poursuivre le déroulement des démarches.

Déployée depuis deux ans dans plusieurs grande enseignes de la santé, la solution prend en charge des milliers d'échanges chaque mois et semble donner toute satisfaction, autant du côté de ses clients, qui apprécient les gains de productivité et de fiabilité qu'elle leur procure, que du côté des correspondants qu'elle contacte, qui, tout en ayant parfaitement conscience de parler à un agent virtuel (par choix délibéré de ses concepteurs), y trouvent un professionnalisme et une efficacité qui leur profite aussi.

Comme toutes les approches par prise de contrôle sur des tâches usuellement exécutées par un individu, celle d'Infinitus peut être considérée à la fois comme une extraordinaire opportunité de rationaliser à bon compte des processus lourds et coûteux et comme un terrible risque d'immobilisme, la réponse apportée au problème, aussi partielle qu'elle soit, étant alors considérée suffisante et paralysant toute exploration d'un remède définitif (qui, en l'occurrence, devrait passer par des services entièrement logiciels).

Imaginons ainsi, et le scénario ne relève en rien de la science-fiction, que, dans quelques mois, les sociétés qui emploient les collaborateurs régulièrement appelés par les robots d'Infinitus se mettent elles-mêmes à remplacer (ou « augmenter » comme on dit pour rester politiquement correct) ceux-ci par leurs propres automates… Ne serait-il pas absurde d'en aboutir à cette situation où les logiciels vont dialoguer entre eux par téléphone… alors qu'ils seraient tellement plus « à l'aise » avec un langage d'API ?

Sous cette réserve majeure, qui impose de les positionner comme armes tactiques et de toujours garder en ligne de mire une vision stratégique dans laquelle elles n'ont guère leur place, l'intégration de capacités de RPA dans les opérations manuelles, au téléphone mais également par courriel, par fax, voire par courrier postal, peut être un formidable moteur de progrès dans des secteurs encombrés de tels vestiges du passé… Et, malheureusement, l'assurance santé n'est certainement pas le seul concerné…

vendredi 5 février 2021

Charlie joue avec le désendettement

Charlie
Contrairement à mon habitude, je m'attarde aujourd'hui sur une jeune pousse (américaine) dont l'approche de gestion des finances personnelles va à l'encontre des grandes convictions que je défends régulièrement dans ces colonnes. Sa cohérence la rend pourtant suffisamment séduisante pour imaginer qu'elle me donne tort !

Dans sa première incarnation, depuis sa création en 2016, Charlie est essentiellement un chatbot de coaching relativement classique qui, à partir d'une analyse des transactions bancaires de l'utilisateur, lui émet des recommandations afin d'améliorer sa situation financière. Mais, face aux demandes pressantes et répétées de ses adeptes, ses développeurs ont maintenant décidé de se consacrer exclusivement à la réduction de l'endettement, laissant ainsi de côté son ambition d'adresser le bien-être à 360°.

Ce choix, à l'opposé de ma thèse selon laquelle il faut impérativement prendre en compte l'ensemble du sujet pour proposer des solutions véritablement pertinentes, obéit évidemment à un principe de réalisme. Il est difficile, surtout pour une petite structure en pleine croissance, de cibler simultanément des problématiques aussi diverses que la budgétisation, le crédit, l'épargne, l'investissement… avec toute l'efficacité requise. En retenant une seule d'entre elles, Charlie peut espérer atteindre l'excellence.

Un autre argument peut également justifier le resserrement de périmètre, dans la mesure où il s'aligne avec la définition d'une cible de clientèle plus étroite. En l'occurrence, les personnes qui se trouvent entraînées dans une spirale de dettes et qui en souffrent vivement sont naturellement susceptibles de concentrer leurs objectifs sur ce seul axe, sans se soucier des autres. Par ailleurs, une fois qu'elles auront surmonté cette phase, la startup aura eu le temps d'adapter ses mécanismes de fonctionnement à l'épargne.

Accueil Charlie

Deuxième facette de la démarche qui mérite une analyse : l'application est conçue sur un mode ludique. En fait, elle est inspirée par l'expérience passée de l'un des fondateurs, remarquant que de nombreux jeux de simulation invitent leur utilisateur à élaborer des stratégies complexes afin de bâtir une économie virtuelle. Serait-il donc possible de décliner les mêmes algorithmes sur de vrais comptes et d'engendrer de la sorte des comportements plus sains et plus rationnels avec l'argent dans la vie réelle ?

Concrètement, la prise en main de Charlie commence par une saisie indicative des dettes existantes (prêts en cours, cartes de crédit…), à partir de laquelle est restituée une information choc : une estimation de la durée totale de remboursement dans l'hypothèse de paiements minimums à chaque échéance due. La prise de conscience d'un engagement sur 40 ou 50 ans devient alors une incitation à agir, renforcée par la possibilité de voir instantanément l'impact d'un effort de 20 ou 50 dollars mensuels.

En termes d'action, la solution recourt à un système bien connu, consistant à mettre automatiquement de côté de petites sommes à intervalles réguliers, qui servent, le moment venu, à compléter les versements aux créanciers. Elle introduit toutefois des critères un peu absurdes pour déclencher les gestes d'épargne, tels qu'une fraction des dépenses « coupables » (par exemple chez McDonald's) ou 1 dollar chaque fois qu'un candidat prononce une « phrase magique » dans une célèbre émission télévisée.

On retrouve effectivement là, avec les animations graphiques qui accompagnent obligatoirement chaque geste accompli dans le logiciel, l'esprit de nombreux jeux vidéo et il est facile de comprendre combien il rend l'expérience amusante. Mais les attitudes qui s'expriment dans un univers virtuel, sans enjeu vital, sont-elles applicables quand elles portent sur le porte-monnaie du quotidien ? Je garde en mémoire cette expérience – certes circonstancielle et anecdotique – qui démontrait justement le contraire…

Heureusement, Charlie ne se repose pas uniquement sur des intuitions issues d'observations faites dans un environnement différent du sien pour implémenter sa vision. Ses équipes comprennent notamment des psychologues, qui savent probablement appréhender les spécificités de la relation à l'argent (réel) dans la mise en œuvre d'une logique de jeu. Il reste maintenant à suivre l'aventure dans les prochains mois afin de vérifier si ses paris, parfois à contre-courant des tendances, s'avèrent payants.

Charlie pour iPhone

jeudi 4 février 2021

CaixaBank se spécialise pour la restauration

CaixaBank
Alors que, depuis presque un an, les bars et restaurants sont pris dans la tourmente de la crise sanitaire, CaixaBank crée une division spécialisée à leur intention, à travers laquelle l'institution espagnole met à leur disposition une gamme étendue de services, financiers et non financiers, adaptée à leur situation et à leurs besoins.

Le choix du secteur pour une telle initiative n'est pas dû au hasard. Outre les lourdes conséquences sur la restauration des restrictions mises en œuvre en raison de la pandémie, il se trouve qu'il représente un segment de clientèle particulièrement important pour CaixaBank, puisqu'elle capte un quart de ce marché, soit plus de 80 000 entreprises. La volonté éventuellement désintéressée de venir en aide à une profession sinistrée se double donc d'un impératif plus pragmatique de sauvegarde d'activité.

Quelles qu'en soient les motivations profondes, les moyens déployés pour Food&Drinks paraissent à la hauteur de l'enjeu. Combinant approches de proximité et digitale, il s'agit d'abord de fournir les solutions bancaires les plus pertinentes, notamment en termes de crédit, avec par exemple des lignes de financement réservées ou des moratoires sur les remboursements de prêts, assorties d'un accompagnement personnalisé accessible par l'intermédiaire de conseillers possédant une vraie expertise du domaine.

CaixaBank – Food&Drinks

À ce socle essentiel, CaixaBank ajoute un ensemble de capacités complémentaires, en marge de son cœur de métier, destinées à assister ses clients dans l'exercice et le développement de leur établissement, y compris dans les conditions difficiles actuelles. Celles-ci s'étendent donc des classiques (et génériques) fonctions administratives (comptables…) à des outils de gestion des réservations, en passant par l'installation de terminaux d'encaissement et la création de plate-forme de vente à emporter…

Dans un registre radicalement différent, Food&Drinks intègre également une composante communautaire exclusive au sein de l'espace de banque en ligne CaixaBankNow. Elle offre aux professionnels de la restauration une multitude de contenus ajustés en fonction de leurs préoccupations, touchant aux questions d'argent ou non, sous forme d'articles, de conférences, de sessions de formation… Elle leur propose de plus des conditions avantageuses sur les produits d'une sélection de partenaires stratégiques.

En dépit de leurs discours (et, souvent, de leurs ambitions), les institutions financières peinent toujours à adopter un positionnement réellement personnalisé selon les différentes cibles qu'elles veulent conquérir et fidéliser. D'une certaine manière, CaixaBank profite aujourd'hui de la conjoncture pour tenter l'expérience sur un segment exposé… et exploite simultanément l'opportunité pour s'ouvrir à des services extra-bancaires, qui apporteront d'autant plus de valeur qu'ils sont eux-mêmes spécialisés.

mercredi 3 février 2021

Un modèle de compensation carbone intelligent

Rabobank
Si le défi du réchauffement climatique se fait chaque jour plus pressant, les actions concrètes et pertinentes destinées à le relever restent relativement rares. Voilà une excellente raison de mettre en avant cette initiative de la néerlandaise Rabobank, qui capitalise intelligemment sur les spécificités de son positionnement.

Naturellement, dans cette lutte, la meilleure approche consistera toujours à réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre. Les démarches de compensation ne représentent qu'un pis-aller, néanmoins essentiel afin de prendre en compte et traiter la production résiduelle, incompressible parce que la neutralité totale n'existe que dans les discours marketing. Hélas, en la matière, les idées et les projets abondent et tous ne sont pas recommandables, même quand ils procèdent de bonnes intentions.

Or le dispositif agroforestier mis en place par Rabobank est exemplaire, bien que reposant fondamentalement sur un principe d'équilibrage des émissions de CO2 par la plantation d'arbres, généralement décrié entre autres en raison des incertitudes sur son suivi et du temps long nécessaire avant d'être opérationnel (l'efficacité étant optimale à maturité, au bout de plusieurs années). Non seulement parvient-il à éviter habilement ces pièges, mais il introduit également quelques composantes originales admirables.

En pratique, le concept s'appuie sur une place de marché, élaborée avec Microsoft pour ses aspects techniques, où sont invités à se connecter, d'une part, les grandes entreprises désireuses de compenser (financièrement) leurs émissions de gaz à effet de serre et, d'autre part, de petits fermiers africains engagés dans le programme, et qui, à ce titre, développent et cultivent des parcelles forestières, dont la croissance régulière constitue un volume mesurable de carbone séquestré prêt à la « vente ».

Rabobank – Réduction des émissions de CO2

En réponse aux objections habituelles sur l'opacité de la valorisation de l'équivalence entre un arbre semé et une consommation de gaz à effet de serre, le système se veut aussi transparent qu'objectif : une combinaison d'algorithmes analytiques et de capteurs distants, capables d'évaluer la progression de la biomasse, permet de calculer les quantités factuelles de gaz carbonique absorbées afin de produire cette dernière. Ce qui est distribué sur la plate-forme correspond ainsi à une réalité et non à une projection.

Il faut enfin, et surtout, souligner la dimension globale de la solution. En premier lieu, elle joue sur les relations nord-sud, particulièrement critiques dans le domaine de l'environnement : les principaux responsables des problèmes sont les pays développés tandis que leurs victimes les plus menacées se trouvent dans les régions défavorisées, notamment en Afrique. Le transfert des compensations entre les mêmes protagonistes est donc un facteur de justice écologique (comme le proposait autrefois CO2Solidaire).

Par ailleurs, la méthode retenue ne se contente pas de reverser aux bénéficiaires ce qui pourrait s'apparenter à des subventions pécuniaires. L'encouragement à planter des arbres (productifs, tels que manguiers, avocatiers, acacias…) contribue également à la solution de manière indirecte, en aidant les fermiers à diversifier leurs cultures, voire à les adapter aux conditions changeantes, et, de la sorte, à assurer la résilience à la fois de leur activité et de l'approvisionnement en nourriture sur leurs territoires.

Outre l'affirmation de son implication dans la protection de la planète et, plus précisément, dans l'atteinte des objectifs de l'accord de Paris, Rabobank exploite brillamment ses qualités intrinsèques afin de proposer un dispositif unique, parfaitement adapté à sa situation dans le paysage économique : son ancrage profond dans le secteur agricole, sa présence simultanée dans des pays occidentaux et en Afrique (orientale), sa maîtrise des échanges financiers internationaux, facile à décliner sur un marché « parallèle »…

mardi 2 février 2021

La fièvre du paiement différé inquiète

FCA
Dans le sillage des pionniers Klarna (en Europe) et Affirm (aux États-Unis), le paiement différé (BNPL, pour « Buy Now Pay Later », en anglais) connaît un engouement massif depuis quelques mois… qui commence à inquiéter sérieusement les régulateurs en raison des risques incontrôlés qu'il engendre pour les consommateurs.

Le boom est en partie dû à la crise sanitaire, à travers la pression qu'elle a exercée sur les revenus des populations fragiles et la transition vers le commerce en ligne où le service est le plus fréquemment déployé. Outre-Manche, notamment, le recours à ces nouvelles facilités, qui se substitue aussi à des options de crédit plus onéreuses (dont les cartes de crédit), a presque quadruplé en un an, touchant désormais 5 millions de personnes pour un montant total atteignant 2,7 milliards de livres sterling.

Alimentant la vague en même temps qu'ils la font croître, une multitude d'acteurs, partout dans le monde, se positionnent rapidement sur le marché, depuis des jeunes pousses, telles qu'Alma, en France, qui vient de lever un peu moins de 50 millions d'euros pour poursuivre son développement, jusqu'aux banques traditionnelles, à l'instar de RBC, au Canada. Les premières sont attirés par un domaine relativement facile à pénétrer tandis que les secondes y voient un vecteur d'expansion de la distribution de crédit.

Dans tous les cas, le concept séduit par ses qualités, surtout en comparaison des alternatives existantes. Pour le consommateur, il constitue un moyen d'obtenir un financement au moment de régler un achat, instantanément, sans frictions majeures, sans complications et avec des conditions généralement avantageuses, Côté marchand, c'est l'assurance de ventes supplémentaires, sans risque financier. Enfin, côté fournisseur, l'analyse de données qui rend possible le modèle garantit une fiabilité optimale.

Accueil Alma

Malheureusement pour cette vision idéalisée, les dérives n'ont pas tardé. Selon plusieurs études, les offres de paiement différé entraînent des comportements dangereux. Toujours au Royaume-Uni, plus d'un utilisateur sur dix aurait des arriérés à purger, un tiers parmi les 18-34 ans auraient déjà manqué une échéance, 44% de ceux qui en ont profité pour leurs emplettes de noël (2020) se disent pessimistes quant à leur capacité de remboursement… Il n'en fallait pas plus pour attirer l'attention des autorités…

Après une première anicroche légale en Suède, pays natal de Klarna, le régulateur britannique s'apprête, en dépit de quelques hésitations parlementaires au début de l'année et en réponse à une revue détaillée de la situation menée depuis, à prendre des mesures drastiques dans un secteur où les exigences sont aujourd'hui plutôt légères. Un texte ad hoc, destiné à aligner les pratiques sur celles en vigueur pour le crédit, devrait être préparé en urgence, pour une mise en œuvre sous quelques mois.

Comment a-t-on pu en arriver là, alors que les méthodes d'évaluation de la fiabilité des emprunteurs exploitées par les solutions de BNPL, tellement vantées, devaient éviter tout danger de défaillance et, plus généralement, de surendettement ? Aurions-nous été bernés par ces approches innovantes – par exemple incapables, paraît-il, d'identifier les paiements différés en cours – et faudra-t-il donc rendre obligatoire, comme le suggère la FCA, la vérification des scores de crédit (!) afin d'éviter un désastre en gestation ?

La (triste) réalité est que la promesse des algorithmes n'est pas vaine… mais qu'elle n'est pas à la portée de n'importe qui. Face à une entreprise qui prend le sujet au sérieux (qui, en particulier, se préoccupe de l'équilibre de son modèle économique, incompatible avec des taux de défaut élevés), il en est d'autres qui se lancent trop vite, avec des systèmes approximatifs, et courent à leur perte… et à celles de leurs clients. Alors oui, il faudra une intervention réglementaire. Mais elle ne devra pas se tromper de cible.

lundi 1 février 2021

La collaboration banque-fintech en ses limites

BPCE
Vous souvenez-vous de cette annonce, en juin 2018, d'une collaboration inédite et exemplaire entre le groupe BPCE et la star britannique de la FinTech TransferWise ? Pour ma part, j'avoue l'avoir oubliée… jusqu'à cette récente communication du Crédit Coopératif présentant sa déclinaison du service de transferts internationaux.

Après tout, il n'est pas si fréquent de voir aboutir une opération de ce genre, entre un important établissement traditionnel et une jeune pousse offrant un produit financier complet, et non uniquement une plate-forme technologique destinée à s'insérer dans le système d'information existant. Le cas est d'autant plus intéressant qu'il concerne un domaine où la menace concurrentielle conduit d'autres géants du secteur – Santander, HSBC… – à se ridiculiser dans des tentatives de clonage désespérées.

Alors, succès sur toute la ligne ? Il serait malheureusement excessif de l'affirmer. Certes, les clients de l'institution bénéficient dorénavant, au sein de leur application mobile habituelle, d'une option à l'état de l'art – rapide (voire instantanée), économique et universelle – pour tous leurs virements hors zone euro. Et, incontestablement, ce simple résultat représente une réussite majeure, qui mérite d'être soulignée. En revanche, la mise en œuvre du partenariat laisse sérieusement à désirer, sur plusieurs plans.

Tout d'abord, il semblerait que les premiers déploiements à vaste échelle de TransferWise n'aient commencé, dans les enseignes principales Banque Populaire et Caisse d'Épargne, qu'au cours de l'été dernier, soit deux ans après la conclusion de l'accord initial, alors que la promesse d'alors évoquait une échéance au début de 2019. Un tel délai, s'il n'est pas entièrement surprenant, révèle tout de même l'ampleur de la difficulté persistante pour une structure historique à faire preuve de réactivité et d'agilité.

TransferWise au Crédit Coopératif

Le constat prend une tournure particulièrement dramatique quand on réalise que l'enjeu ne porte pas sur une quelconque complexité technique. Car, et il s'agit du second facteur de déception de l'initiative, l'intégration des fonctions de TransferWise dans les logiciels des banques est conçue a minima, au niveau des interfaces web (illustration à découvrir dans la vidéo incluse ci-dessous, dans sa version Banque Populaire). L'expérience utilisateur ne profite donc guère de la relation instaurée entre les deux entreprises.

En pratique, le client BPCE qui choisit l'option sur son smartphone est redirigé vers le site de la startup, où il va suivre le parcours qui lui serait proposé s'il avait téléchargé l'application originale. Il devra notamment créer un compte avant d'effectuer sa première transaction, comme un individu lambda, et, s'il choisit de transmettre les fonds par virement depuis son compte, il ne dispose d'aucune facilité spécifique (une préparation de l'opération, qu'il ne lui resterait qu'à valider, constituerait un minimum).

Aujourd'hui, les institutions financières clament qu'elles brûlent de renforcer leurs capacités d'innovation en capitalisant sur les apports de la FinTech. Il leur manque cependant encore bien des qualités pour y parvenir. Comme toujours, l'idée seule est loin de suffire et le plus difficile réside dans l'exécution. Concrètement, le stade atteint par BPCE avec TransferWise tient d'un MVP développé en 3 mois, qui aurait maintenant dû évoluer vers une immersion (par API) de l'expérience, transparente pour l'usager.