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C'est pas mon idée !

mardi 20 mars 2012

Seedrs, le capital d'amorçage 2.0

Seedrs
Le modèle du « peer-to-peer » (ou P2P, c'est-à-dire « de pair à pair ») continue à étendre son emprise dans le secteur financier : après les prêts-emprunts entre particuliers, le financement des entreprises et le capital risque, le nouveau bastion auquel s'attaque Seedrs, au Royaume-Uni, est le capital d'amorçage.

L'idée à l'origine de la création de Seedrs, qui a déjà reçu un agrément conditionnel de l'autorité financière britannique, est simple et prometteuse : pour l'entrepreneur qui souhaite lancer son entreprise, le capital initial, souvent modeste (inférieur à 100 000 GBP), est le plus difficile à trouver. A l'opposé, pour un particulier, il est relativement difficile d'investir de petits montants dans une jeune pousse, que ce soit pour se constituer un portefeuille « dynamique » ou pour aider un ami ou un parent. Et c'est ainsi qu'une multitude de bonnes idées sont abandonnées chaque année...

Adoptant une approche désormais classique pour ce genre de problématiques, Seedrs propose « simplement » de rapprocher les entrepreneurs en herbe et les investisseurs potentiels avec un plate-forme en ligne qui permet aux premiers d'exposer leur projet, leur besoin de financement et les conditions offertes et aux seconds de participer au capital des entreprises en construction, à partir de 10 GBP.

Seedrs

Les fonds investis sont versés à Seedrs qui ne réalise l'opération d'amorçage que si l'intégralité du capital demandé est collecté (dans le cas contraire, les participants sont intégralement remboursés). En échange de l'argent apporté, c'est Seedrs qui va détenir les parts de l'entreprise qui en a bénéficié. La société s'engage alors à conserver ces actions jusqu'à leur vente éventuelle, transmettant aux investisseurs tous les dividendes versés et le produit de la cession finale, prélevant une unique commission de 7,5% sur les profits réalisés, le cas échéant.

La présentation officielle de Seedrs a eu lieu à l'occasion du London Web Summit mais la startup n'a pas encore réellement commencé à opérer : elle doit d'abord se capitaliser elle-même pour répondre aux exigences réglementaires. Le démarrage, attendu avec impatience, devrait néanmoins intervenir avant l'été.

Par rapport à d'autres approches de crowdfunding, celle-ci me semble particulièrement intéressante parce que, comme les pionniers des prêts-emprunts en P2P, elle vise non à offrir une alternative compétitive à des solutions existantes mais plutôt à combler une lacune dans les modèles financiers existants (ici le capital d'amorçage). Une démarche constructive de ce type est toujours plus séduisante... et potentiellement plus disruptive !

lundi 19 mars 2012

Axa Banque ouvre les données aux développeurs !

Axa Banque
Incroyable ! Moins de deux mois après l'annonce retentissante de CAStore par le Crédit Agricole, qui constituait une première mondiale, Axa Banque dévoile à son tour une initiative en direction des développeurs d'applications, avec APIs (interfaces de programmation) d'accès aux données bancaires et concours, doté d'un prix de 50 000 euros.

Mais de quoi s'agit-il exactement ? Ces APIs, qui s'appuient sur les standards techniques du moment (REST pour les accès, JSON pour les formats de données et OAuth pour la sécurité), permettent à quiconque, moyennant une simple inscription, de créer de nouveaux logiciels (pour le web, pour mobile, pour PC...) exploitant les données bancaires de leurs utilisateurs (comptes et transactions, pour l'instant).

Bien évidemment, la protection des données personnelles n'est pas pour autant ignorée : les candidats à l'utilisation des APIs auront à respecter quelques règles pour recevoir l'"agrément" de la banque, qui validera l'accès aux comptes réels pour chaque logiciel qui lui sera soumis. Les développeurs devront s'engager, par exemple, à demander l'autorisation aux clients de manipuler leurs données et à ne pas les redistribuer, y compris à des fins publicitaires. De plus, des garde-fous techniques sont également mis en place, tels que l'anonymisation des informations mises à disposition.

Pour stimuler les ardeurs des développeurs ciblés, Axa Banque organise un concours, qui récompensera l'application la plus innovante utilisant ses APIs (telle que déterminée par un jury de professionnels). Les propositions devront être présentées en version beta (un concept ou une simple maquette ne seront pas éligibles), pour le 21 mai prochain : pas de temps à perdre !

La proximité de ce lancement avec celui du CAStore donne évidemment envie de comparer les deux initiatives (dont, au risque de me répéter, je pense qu'elles sont uniques au monde). Car, si leurs approches techniques sont similaires (jusqu'aux espaces communautaires pour les échanges entre développeurs et avec la banque), les différences ne manquent pas, notamment dans les modèles économiques. Ainsi, la où le Crédit Agricole rassemble ses troupes au sein d'une coopérative (mutualisme oblige !), Axa Banque laisse entière liberté à chacun de distribuer ses réalisations à sa guise, gratuitement ou pas.

Cependant, lorsqu'il s'agit d'attirer les volontaires, la banque verte ne manque pas de vanter un accès privilégié à ses 12 millions de clients particuliers, en soulignant les avantages d'une relation durable, alors que sa concurrente se contente de son concours, par nature éphémère. Pourtant, la monétisation, sur le long terme, des applications est un enjeu qu'il serait dangereux d'ignorer. Et, dans cette logique, près d'1 million de clients (si mes informations sur Axa Banque sont correctes) constituent un argument de poids qui mériterait d'être mis en avant.

Naturellement, entre un réseau d'agence traditionnel et une banque exclusivement sur internet, les objectifs ne sont probablement pas les mêmes. En particulier, Axa Banque n'est pas, quoiqu'en disent ses messages marketing, un modèle d'innovation et il suffit, par exemple, de voir ses applications pour smartphone pour le comprendre. Dans ce sens, l'ouverture de ses APIs devrait lui offrir une vraie ressource de développement, qu'elle n'a visiblement pas les moyens d'assumer seule. Ainsi, de mon point de vue, le choix pour Axa Banque de s'adresser au public vise d'abord à combler ce déficit interne avant de tenter de profiter de la diversification de créativité qui l'accompagnera inévitablement.

Petit point noir qu'il me faut souligner : avec déjà 2 banques françaises engagées dans cette direction, l'inquiétude commence à poindre. En effet, chacune d'elles a conçu ses propres modèles d'APIs et de données, qui imposent aux développeurs intéressés de (presque) dédoubler leurs efforts pour offrir leurs solutions à leurs clients respectifs. Messieurs les banquiers, par pitié, essayez de vous accorder sur un standard, surtout que sa définition est déjà en route !

En tous cas, BRAVO à Axa Banque pour cette innovation !

dimanche 18 mars 2012

Brèves : 21st Century, Square, Clover, Thomson Reuters, MarketInvoice, Personal Capital

Voici une nouvelle série de brèves, plutôt riche et variée, puisqu'elle passera de l'assurance à la gestion de patrimoine, en passant par le paiement mobile (inévitablement), l'analyse de sentiment et une place de marché résolument originale.


21st Century
Vous vous en souvenez peut-être : le mois dernier, Mike Fitzgerald, de Celent, défiait les compagnies d'assurance de vendre leurs produits sur Facebook. Rassurez-vous, le challenge n'a pas encore été relevé. Mais il a tout de même identifié un assureur, 21st Century, qui a intégré un simulateur de prime (pour une assurance automobile) au cœur de la plate-forme de réseau social.

Hélas, il faut reconnaître que l'effort est loin d'être convaincant puisque l'application n'extrait même pas les informations de l'utilisateur à partir de son profil Facebook et lui demande au contraire de (re-)saisir son âge, sa situation maritale ou son sexe. Cette première initiative mérite donc tout au plus un 1 sur une échelle de 0 à 5. Quelle compagnie passera la première à l'étape suivante ?


Square Register
Alors qu'elle voit son marché attaqué par le géant PayPal, Square continue de faire évoluer ses produits à un rythme effréné. C'est l'application pour iPad Square Register qui fait cette fois l'objet des attentions de la jeune pousse, avec une version entièrement retravaillée, qui devient maintenant une solution complète de gestion de point de vente et non plus un simple terminal de paiement amélioré.

Avec cette nouvelle application, qui reste gratuite, les commerçants, petits et grands, peuvent dorénavant gérer leur catalogue et leur inventaire. Il devient également possible de définir des profils d'utilisateurs avec des droits plus ou moins étendus, par exemple pour limiter l'accès d'un employé aux comptes de l'entreprise. Et l'ensemble est complété de fonctions de suivi et d'analyse des ventes dignes des logiciels les plus complets.


Clover
Dans la jungle des paiements, en particulier sur mobile, il est toujours question de commerce en ligne et de proximité. Mais, étonnamment, le m-commerce est souvent ignoré ou, au mieux, passé sous silence. Il est vrai que l'ambition de créer une méthode de paiement simple et efficace pour l'achat sur mobile est difficile à atteindre.

C'est justement le défi qu'essaie de relever la startup Clover, avec une combinaison d'éléments qui a plusieurs atouts pour convaincre. Tout d'abord, sa solution est livrée sous la forme d'une application mobile et d'un "SDK", un kit de développement (très simple) destiné à tous les commerçants qui veulent intégrer le paiement au cœur de leurs propres applications.

Pour un utilisateur enregistré auprès de la jeune pousse, le règlement d'un achat se résume à un clic sur un bouton, puis la saisie du numéro de téléphone et d'un code PIN, en guise d'authentification. L'application Clover prend alors en charge le paiement grâce aux informations fournies à l'inscription du client. Si celui-ci n'a pas encore installé le logiciel sur son mobile, il se voit offrir une réduction de 5 USD pour le faire, ce qui devrait faciliter l'adoption initiale.

La solution de Clover n'est peut-être pas encore la panacée du paiement pour le m-commerce mais elle semble prendre la bonne direction, au moins par sa facilité d'utilisation et, potentiellement (si sa réalisation est à la hauteur des promesses), au niveau de la sécurité.


Thomson Reuters
Sur les talons d'autres acteurs (dont son concurrent Bloomberg), Thomson Reuters se laisse à son tour séduire par l'analyse de sentiments et propose désormais à ses clients un service d'information incluant les grandes tendances détectées sur les médias sociaux, blogs et autres sites d'actualités.

Ces informations seront incluses dans les flux de l'agence destinés à des traitements automatiques, pour une utilisation envisagée dans l'algo-trading, la gestion des risques ou, plus prosaïquement, une assistance aux décisions humaines.


MarketInvoice
La curiosité de cette série est une startup britannique, signalée sur Twitter par @ndebock (merci !) : MarketInvoice propose une place de marché d'affacturage. Les entreprises (la cible est plutôt celle des PME) peuvent ainsi mettre leurs factures (de préférence auprès de grands groupes) aux enchères et sélectionner la meilleure offre qui leur est proposée et bénéficier ainsi d'une avance de trésorerie à des conditions avantageuses.

En un an d'existence (apparemment), MarketInvoice a déjà permis d'avancer 8 M£ à 70 clients différents, dans le cadre de 150 enchères.


Personal Capital
Dernière nouveauté pour aujourd'hui, Personal Capital (pointée par Emmanuel, merci !) s'attaque à la gestion de finances personnelles (PFM), avec une cible particulière : les personnes les plus aisées.

Son application (sur le web et sur iPad) prend donc en charge non seulement les dépenses courantes mais également les portefeuilles de titres et diverses catégories d'actifs, tels que les stock options, sur lesquelles il est par exemple possible de réaliser des simulations.

Autre particularité de l'approche de Personal Capital, ses applications sont entièrement gratuites. Son modèle économique est cependant solide, reposant sur une offre de gestion de patrimoine (avec des conseillers financiers humains), complémentaire de ses outils en ligne. Le PFM devient ainsi un produit d'appel pour un service où la concurrence est féroce...

samedi 17 mars 2012

PayPal Here et la boucle (des paiements) est bouclée

PayPal Here
La rumeur montait depuis quelques jours, elle a finalement été confirmée jeudi : PayPal lance, en test privé dans un premier temps, un nouveau système de paiement à destination des (petits) commerces de proximité, directement inspiré du modèle inventé et popularisé par Square, dont le succès considérable stimule l'émergence de clones aux 4 coins du monde.

Mais, dans le cas de PayPal Here, la copie est bien plus aboutie que ce que proposent par exemple Intuit (aux Etats-Unis et au Canada) ou iZettle (en Europe). Car s'il est principalement question d'encaissement des paiements par carte (le cœur de cible initial de Square), la solution de PayPal va bien au-delà de cette seule fonction et empiète aussi largement sur le terrain (côté consommateur) visé par l'application Card Case de son concurrent.

Faisons donc un tour d'horizon de cette offre.

PayPal Here
Sa composante la plus visible est, naturellement, l'accessoire à brancher sur un smartphone avec lequel le commerçant va pouvoir lire les cartes (à piste magnétique) de ses clients. Une application (pour iPhone et Android) l'accompagne, qui permet de gérer effectivement les paiements : enregistrement des articles, calcul du montant à régler, ajout d'un éventuel pourboire, signature du client et même envoi d'un reçu électronique.


Mais cette application ne se limite pas à un seul mode de paiement. Tout d'abord, dans un registre anecdotique car l'intérêt par rapport au mini-lecteur semble mince, il est possible d'enregistrer un règlement via la prise en photo de la carte, grâce à un partenariat avec la startup card.io et sa technologie de reconnaissance d'image. Plus intéressant mais disponible uniquement aux Etats-Unis, le commerçant peut aussi encaisser un chèque directement sur son mobile, là encore par simple photographie.

Enfin, bien évidemment, les paiements par compte PayPal sont également acceptés. Et une récente mise à jour de l'application mobile pour les consommateurs rend l'intégration des deux systèmes particulièrement efficace. En effet, une nouvelle fonction, baptisée « Local », aide l'utilisateur à localiser les commerces acceptant PayPal Here dans son environnement proche. Il peut alors signaler sa présence au marchand et celui-ci n'aura plus qu'à valider le paiement une fois la personne reconnue sur son propre téléphone. Adieu la carte bancaire et le porte-monnaie !

Côté conditions commerciales, l'offre est tout autant soignée. Le lecteur de carte et les applications sont entièrement gratuits et une commission unique de 2.7% est ponctionnée sur les paiements. Celle-ci est quasiment identique à celle de Square (2.75%) mais il ne faut pas oublier que pour PayPal, la gestion des fonds déposés sur ses comptes est source de revenus. De plus, une carte Mastercard est fournie aux commerçants (aux Etats-Unis) pour utiliser les fonds disponibles sur leur compte, qui doit elle-même être lucrative puisqu'elle s'accompagne d'une offre de cash-back de 1%.

Dernier coup porté à Square, dont les prétentions d'extension géographique tardent à se concrétiser : PayPal Here est lancé dès ses débuts dans 4 pays (Etats-Unis, Canada, Hong Kong et Australie) et le reste du monde suivra très rapidement (une fois qu'une solution conforme au standard EMV, de carte à puce, sera élaborée, peut-on supposer).

Avec ce nouveau service, PayPal complète sa couverture globale des paiements, d'aujourd'hui et de demain, de proximité et en ligne, pour les petits marchands comme pour les grandes chaînes de distribution. Et cette intégration peut lui donner un avantage extraordinaire aussi bien chez les consommateurs que chez les commerçants. Il lui reste cependant à mener à bien tous les chantiers en cours, dont la plupart (en particulier dans le paiement de proximité) en sont encore au stade expérimental. Mais si les efforts aboutissent, il se pourrait que 2012 soit l'année PayPal.

vendredi 16 mars 2012

Nokia Money ferme ses portes

Nokia
Avec le nombre quasi astronomique de nouveaux services de paiement mobile qui naissent presque chaque jour dans le monde, il n'est pas surprenant que beaucoup d'entre eux finissent par disparaître, généralement dans l'indifférence la plus totale. Cependant, lorsque c'est la fermeture de Nokia Money qui est annoncée, l'information ne peux passer entièrement inaperçue.

L'histoire de Nokia Money commence en 2009, quand le fabricant de téléphones mobiles annonçait un partenariat (accompagné d'un investissement de 70 M$) avec la jeune pousse (américaine) Obopay pour le lancement d'une solution de paiement sur mobile destinée aux populations sous-bancarisée de l'Inde. En 2010, un pilote était lancé avec la banque locale Yes Bank, rapidement suivi d'un autre déploiement avec Union Bank. L'année suivante, le constructeur présentait des mobiles bas de gamme, dédiés au marché indien, pré-équipés du porte-monnaie électronique et, point d'orgue de cette série, le lancement d'une offre autonome (sans banque associée) a eu lieu en décembre dernier.

La stratégie de Nokia avec cette solution était calquée sur celle des opérateurs de télécommunication : il s'agissait de capitaliser, d'une part, sur l'ubiquité du téléphone mobile dans toutes les couches de population et, d'autre part, sur un réseau de revendeurs à la capillarité incomparable avec celle des réseaux d'agences bancaires, pour devenir un acteur incontournable de la banque mobile. Et, dans une période troublée pour son cœur de métier, le constructeur pouvait même espérer trouver là son prochain "métier" (après une histoire, déjà diversifiée, de producteur d'électricité et de fabricant de téléviseurs, entre autres).

Mais la nouvelle direction de la société, menée par Stephen Elop, n'a visiblement pas envie de changer une nouvelle fois de secteur d'activité puisque, dans une optique de recentrage exclusif sur la téléphonie mobile, Nokia Money va donc être abandonné. Les chiffres, sans être mirobolants à l'échelle de l'Inde, semblaient pourtant plutôt favorables, avec 1,2 millions d'abonnés, dont 100 000 (ou 200 000 selon les sources), souscripteurs directs auprès de Nokia (les autres étant clients de Yes Bank et Union Bank) acquis, donc, en 3 mois.

Mais au-delà des arguments officiels, d'autres raisons ont-elles pu motiver ce retrait ? Il y a ainsi tout d'abord l'arrivée d'une concurrence puissante, avec par exemple la version indienne de M-Pesa introduite tout récemment par Vodafone, les velléités affirmées de PayPal de pénétrer cet immense marché ou encore les prémices d'une ouverture réglementaire du secteur des paiements indiens.

Or il est certain que le paiement mobile dans les pays émergents est une course de fond, dans laquelle les acteurs devront investir lourdement avant d'espérer en tirer des bénéfices. Et c'est peut-être cet effort que Nokia n'a pas voulu faire contre des adversaires puissants ou dont elle s'est rendu compte qu'il n'en valait pas la peine...

Espérons malgré tout pour Obopay, dont on est sans nouvelles récentes de son aventure africaine avec Société Générale (dans Yoban'tel), que Yes Bank et Union Bank poursuive le déploiement de leurs porte-monnaie sur mobile, même sans Nokia. Dans le cas contraire, perdre 1,2 millions d'utilisateurs pourrait en effet porter un coup fatal à la startup.

jeudi 15 mars 2012

Bankiwi gère l'argent de poche en ligne

Bankiwi
Dans le monde moderne, les achats sont de plus en plus fréquemment réalisés en ligne, en particulier chez les plus jeunes : musique, jeux vidéo, matériel high-tech, vêtements… tous les secteurs sont concernés. Mais, pour beaucoup d'enfants et d'adolescents, l'argent de poche qu'ils reçoivent de leurs parents arrive toujours en espèces et il se trouvent donc démunis au moment de payer sur Internet.

Voilà l'idée qui a présidé à la création de Bankiwi, une déclinaison du service de gestion de cagnotte en ligne de la jeune pousse française Leetchi. La cagnotte devient ici, en quelque sorte, la tirelire de l'enfant, que les parents peuvent alimenter par carte bancaire (automatiquement à intervalles réguliers, en option) et dont l'argent qu'elle recèle peut ensuite être utilisé dans une sélection de boutiques partenaires sur Internet (parmi lesquelles figurent FNAC, Etam, 3 Suisses, PIXmania…).


Quelques services complémentaires viennent enrichir l'expérience : message envoyé à la réception de fonds, suivi permanent du solde disponible, constitution de listes d'« envies »… Et, pour le lancement (encore en version beta à l'heure actuelle), les premiers comptes ouverts sont crédités d'un cadeau de 5 euros.

La présentation de Bankiwi rappelle l'initiative 'S' is for Savings de PNC Bank aux Etats-Unis mais, hélas, sans en répliquer toute la richesse. Font en particulier défaut les aspects ludiques et didactiques du site américain ou encore la possibilité offerte aux parents de contrôler l'utilisation par leur progéniture de l'argent disponible, qui constituerait pourtant un facteur important de confiance.

Progressivement, les services financiers à destination des jeunes ou très jeunes se développent en France, les précédents comprenant notamment BeMix du Crédit Mutuel et abcBanque de Société Générale. Les avancées restent certes prudentes, probablement par crainte de dépasser un seuil d'acceptation (éthique) chez les parents, mais il ne fait aucun doute que cette tendance va continuer à s'amplifier, en raison du potentiel important que représente ce marché, pour les institutions financières comme pour les startups.

mercredi 14 mars 2012

L'Appli (SG) devient accessible aux non-voyants

Société Générale
La semaine dernière, Société Générale annonçait [PDF] fièrement que son application bancaire pour iPhone, L'Appli, devenait la première de sa catégorie, en France, à garantir une accessibilité totale aux non-voyants. Cette initiative, qui réjouira certainement plusieurs milliers de clients de la banque, ne peut qu'être saluée. Mais elle soulève également une question dérangeante...

Pour prétendre à être 100% accessible, L'Appli a fait l'objet de deux évolutions principales : l'une, ponctuelle, consiste à proposer un clavier virtuel sonore pour la saisie du mot de passe de connexion et l'autre, plus globale, est concrétisée par une compatibilité avec la technologie VoiceOver d'Apple.

Société Générale

Pour mémoire, cette dernière est intégrée dans tous les iPhones depuis presque 3 ans (elle est apparue avec le modèle 3GS) et elle permet aux développeurs de rendre leurs applications utilisables par les non-voyants (via quelques gestes simples et une assistance vocale) avec un minimum d'efforts (en simplifiant un peu, il suffit de fournir une description textuelle des éléments d'interface pour permettre à VoiceOver de remplir son rôle).

Or, s'il faut croire que L'Appli est la première à implémenter la compatibilité avec VoiceOver parmi les applications bancaires en France, on doit conclure que ce "minimum" serait malgré tout trop contraignant pour les concurrentes de Société Générale (et l'aurait été aussi pour celle-ci pendant plus de 2 ans). La préoccupation de l'accessibilité serait donc au plus bas parmi les priorités du secteur...

En conséquence, il n'est peut-être pas inutile de rappeler quelques faits qui semblent être encore largement ignorés. Ainsi, il y aurait en France de l'ordre de 65 000 aveugles et 1,2 millions de malvoyants (source : Association Valentin Haüy), qui représentent donc une proportion importante de la population et de la clientèle des banques. Pour beaucoup de ces personnes, les nouvelles technologies, d'abord Internet puis, de plus en plus, les smartphones (beaucoup plus "abordables"), constituent des outils formidables leur permettant de réaliser plus facilement de nombreux gestes quotidiens.

Face à cette situation et du fait de leur rôle essentiel dans le monde d'aujourd'hui, les banques devraient naturellement se faire un devoir de prendre en compte les besoins des non-voyants, au même titre que les services publics (pour lesquels il s'agit d'une obligation légale). Quand, en plus, Apple a tout fait (et c'est à porter à son crédit) pour faciliter la tâche des développpeurs, elles n'ont plus aucune excuse. Alors, quand pourra-t-on annoncer l'accessibilité de toutes les applications de banque mobile en France ?

lundi 12 mars 2012

PayPal se réinvente

PayPal
Pour la première fois en 13 ans d'existence, PayPal est en passe de transformer radicalement sa solution de paiement pour en faire le porte-monnaie digital du futur. La filiale d'eBay fera demain, au festival "South by Southwest Interactive" (SxSW), la démonstration de quelques-unes des nouvelles fonctions qu'elle prépare, tout en précisant que l'imagination ne connaîtra (presque) aucune limite dans les évolutions à venir.

Cette présentation officielle va ainsi commencer à concrétiser la composante "consommateur" d'un nouvel écosystème esquissé il y a environ 6 mois, qui ne s'était traduit, pour l'instant, que par des expérimentations ciblant principalement les commerçants. Les concepts deviendront ensuite une réalité tangible dès la fin mai, quand les nouveautés commenceront à être déployées auprès des clients.

Les première idées de PayPal pour son porte-monnaie digital sont étonnamment diverses :
  • La séparation entre achat et paiement, permettant à l'utilisateur de sélectionner et modifier a posteriori (jusqu'à 5 à 7 jours après la transaction) le moyen de paiement sur lequel doit être imputé un achat (compte bancaire, compte PayPal, carte de crédit...).
  • La possibilité d'utiliser des coupons de réduction, points de fidélité, bons cadeaux... pour régler tout ou partie des dépenses.
  • L'option de paiement en plusieurs fois, interne à Paypal, qui vient directement concurrencer les cartes de crédit et les offres de crédit à la consommation.
  • Des listes personnelles pour stocker les achats à réaliser ou les "envies", à partir desquelles le porte-monnaie recherchera, dans les boutiques, les promotions applicables et les imputera automatiquement sur les produits concernés, sans risque d'oubli.
  • La création de "règles" de paiement, par exemple pour affecter systématiquement certaines catégories de dépenses ou les achats dans certains commerces à un moyen de paiement prédéterminé (les voyages sur la carte de crédit, les courses à Carrefour sur le compte PayPal...).
Et PayPal insiste : ce ne sont là que les services initiaux, la nature digitale du porte-monnaie rend presque tout imaginable et de nouvelles possibilités seront ajoutées régulièrement, en fonction de l'évolution des attentes et des besoins des consommateurs.

Le message est clair : il n'est nullement question de "juste" remplacer une lecture de carte à puce par un "tap" de mobile pour payer. L'ambition de PayPal est de réinventer l'argent sous sa forme numérique et de rendre le porte-monnaie plus pratique, plus simple et plus utile pour tout le monde. Cette stratégie est évidemment la clé du développement du paiement mobile et le leader historique du paiement électronique est en train de prendre une position intéressante dans la course au succès.

dimanche 11 mars 2012

Les banques s'enflamment pour la Kindle Fire

Kindle Fire
La première banque à se lancer était une européenne, Sabadell, mais la tablette média d'Amazon semble maintenant séduire les plus grandes banques américaines. Citi et Bank of America ont ainsi successivement annoncé leurs applications bancaires pour Kindle Fire. Rien d'étonnant dans cette tendance car, si l'iPad d'Apple continue à dominer les ventes, l'appareil d'Amazon s'affirme aujourd'hui comme son principal challenger.

Cependant, au vu de ces deux exemples, il commence à devenir clair que la stratégie d'occupation du (tout-)terrain s'avère être un exercice difficile et probablement coûteux. En effet, outre la différence intrinsèque entre les systèmes d'Apple et de Google (Amazon ayant adopté une variante d'Android), les tablettes elles-mêmes ont des caractéristiques divergentes, à commencer par leurs tailles d'écran, de presque 10 pouces pour l'iPad et de seulement 7 pouces pour la Kindle (soit une surface quasiment deux fois moins importante).

Ces écarts devraient logiquement justifier une conception adaptée des applications, pour garantir une expérience utilisateur optimale sur tous les matériels. Or, pour l'instant, les applications des deux banques ne s'embarrassent guère de ce genre de considération. Le client se trouve alors confronté, soit à une application (magnifiquement) "dessinée" pour l'iPad mais affichée en format réduit et donc relativement delicate à manipuler (pour celle de Citi), soit à ce qui ressemble à une version "agrandie" d'une solution pour smartphone, dont les premiers utilisateurs se plaignent déjà de sa faible lisibilité (pour celle de Bank of America).

Applciation Bank of America pour Kindle

Tout le dilemme du développement mobile se retrouve là : faut-il tout miser sur l'iPad d'Apple et "abandonner" les clients qui choisissent une autre tablette ? Lorsque ces derniers se comptent par millions, la deuxième option devient difficile à retenir. Mais alors, jusqu'à quel point est-il nécessaire d'adapter les applications ? Le "portage" d'un système à un autre est déjà coûteux, s'il faut en plus concevoir une interface dédiée à chaque nouvelle catégorie d'appareil, les investissements nécessaires vont exploser... La tentation est grande de jouer la carte de la simple transposition surtout quand, comme c'est le cas pour Citi et Bank of America, des versions sont publiées simultanément pour Kindle Fire et d'autres tablettes sous Android.

L'expérience utilisateur ne devrait pourtant jamais être l'objet de compromis : si l'organisation n'assume pas la réalisation (et la maintenance) d'une application parfaitement intégrée dans un environnement donné, elle doit se tourner vers d'autres solutions et éviter à tout prix de délivrer une solution que le consommateur percevra toujours comme "approximative" et qui se révèlera ainsi contre-productive (au moins pour l'image de l'entreprise).

C'est justement dans ce genre de situation qu'il peut être préférable de s'orienter vers une application web (éventuellement HTML5) plus portable entre les différents systèmes, quitte à perdre les bénéfices d'une présence sur les AppStores ou d'une icône automatiquement installée sur l'écran d'accueil de la tablette. La qualité d'usage est primordiale pour la séduction et la fidélisation de vos clients, ne la négligez jamais...

American Express mise sur Twitter

Le mois dernier, American Express annonçait la disponibilité prochaine, en avant-première pour ses clients, d'une nouvelle offre publicitaire de Twitter. Quelques jours plus tard, l'émetteur de cartes de crédit dévoile encore une solution originale sur la plate-forme de micro-blogging, permettant cette fois aux porteurs de cartes de crédit de bénéficier de coupons de réduction virtuels en rediffusant les #hashtags choisis par les "annonceurs".

Comme l'an dernier à la même époque (pour un partenariat avec Foursquare), c'est à l'occasion du festival "South by Southwest Interactive" (SxSW) que cette initiative est expérimentée pour la première fois, en association avec plusieurs grandes marques telles que McDonald's, Best Buy, Dell, Zappos...

Le fonctionnement de ce service, qui rappellera un peu celui précédemment déployé sur Facebook, est très simple. Le client doit d'abord "synchroniser" son compte Twitter avec sa carte de crédit. Il lui suffit ensuite de retweeter les #hashtags promotionnels publiés par AmEx pour bénéficier des réductions annoncées. Comme il est désormais d'usage pour l'émetteur, ces dernières sont "virtuelles", c'est à dire qu'elles sont portées directement au crédit de la carte lors d'un achat qualifié.

Par exemple, un simple tweet avec le #hashtag #AmexDell permettra au porteur d'être remboursé (une fois) de 100 USD, sous quelques jours, sur son prochain achat chez Dell (supérieur à 599 USD), sans avoir à imprimer un bon, sans aucune autre action à réaliser.

S'il est fréquent de rencontrer des stratégies promotionnelles dont la finalité commerciale laisse perplexe, celle d'American Express est ici parfaitement limpide. Le mode d'attribution des offres de réduction par diffusion de #hashtag va en effet permettre aux marques qui choisissent cette solution de démultiplier l'impact de leurs campagnes à l'échelle du réseau social. Plus encore que la fidélisation, objectif classique des promotions, c'est donc la propagation des messages que les commerçants peuvent acheter avec leurs coupons Twitter...

Finalement, la plus grosse surprise de cette initiative est qu'elle semble émaner d'American Express et non de Twitter, qui est pourtant toujours à la recherche d'un véritable modèle économique. Une institution financière serait-elle en train de prendre de vitesse une startup sur le terrain de l'innovation ? En tous cas, et notamment si le partenariat entre les deux organisations est plus étroit qu'il n'y paraît, elle ne se laisse pas distancer...