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C'est pas mon idée !

dimanche 10 janvier 2016

FinTech : bulle ou croissance saine ?

Silicon Valley Bank
Avec l'explosion des investissements et l'apparition de ses premières « licornes » (startups valorisées à plus d'un milliard de dollars), la question se pose inévitablement : la FinTech est-elle en train de former une bulle spéculative ? Depuis sa position privilégiée, le CDO de la Silicon Valley Bank expose sa vision dans un article pour Finextra.

Pour aller droit au but, selon Bruce Wallace, le secteur n'est pas aujourd'hui dans un cycle d'excès, susceptible de retournement brutal à court terme. La progression extrêmement rapide des levées de fonds de la FinTech – multipliées par 3 entre 2014 et 2015 – est due avant tout au foisonnement des opportunités pour de nouveaux modèles de services financiers, portés par des acteurs technologiques et encouragés par une certaine forme de rejet des consommateurs vis-à-vis des banques historiques.

Le principal changement ayant permis cette évolution est facile à observer : tandis que, par le passé, les entrepreneurs de la FinTech (avant qu'elle ne prenne ce nom) visaient, pour la plupart, un marché B2B, commercialisant leurs solutions auprès des institutions financières, la génération actuelle vise désormais directement les clients finaux – d'abord le grand public, puis, progressivement, les entreprises. Ce faisant, la transformation s'accélère et commence à esquisser la possibilité d'une rupture profonde.

Rien n'est cependant encore joué. 2016 devrait être une année charnière, qui procurera un début de visibilité sur la concrétisation de la valeur accordée aux sociétés qui sortent de leur phase de croissance initiale (notamment celles qui sont introduites en bourse). Il sera alors possible de mieux distinguer les modèles surcotés de ceux qui se révèleront véritablement disruptifs. Dans un premier temps, ce sont les domaines des paiements et du crowdfunding (au sens large) – représentant l'essentiel (environ deux tiers) des licornes de la FinTech – qui seront sous le feu des projecteurs.

Si quelques exemples récents, à l'instar de Lending Club, peuvent déjà inspirer confiance pour l'avenir, il faudra tout de même quelques mois de recul pour acquérir des certitudes. À mon sens, il subsiste encore de sérieux doutes sur la viabilité de ces (trop) nombreuses pionnières, qui, pour attractives qu'elles paraissent, s'attaquent à des problématiques plus complexes qu'il n'y paraît – entre, par exemple, besoin de massification dans les paiements et gestion dans la durée de la confiance pour le crédit.

Pourtant, quels que soient les résultats de la confrontation des valorisations théoriques aux réalités et même si un ralentissement reste imaginable, Bruce Wallace estime que les conditions sont réunies pour que le mouvement se poursuive et s'amplifie. Un facteur incontestable de cet optimisme est la taille colossale du marché des services financiers – mesuré en billions de dollars – dont une part de plus en plus conséquente est résolument prête à migrer vers des approches différentes, focalisées sur une transparence absolue et sur l'élimination des frictions dans la relation client.

Bulle

samedi 9 janvier 2016

Tangerine lance la banque par clavardage

Tangerine
Sans être universellement répandue, la possibilité de communiquer avec sa banque par tchat n'est plus une innovation. Comme quelques-unes de ses concurrentes, Tangerine la propose de longue date à ses clients. Mais, depuis peu, elle en a fait un canal d'interaction à part entière, ouvrant l'accès à tous ses services, y compris transactionnels.

Aujourd'hui, quand une option de clavardage (Canada oblige !) est disponible sur les sites web ou dans les applications mobiles bancaires, elle ne permet, dans la plupart des cas, que de poser des questions génériques ou, tout au plus, de résoudre de petits problèmes sur un compte. Dans le cas de Tangerine (ex ING Canada), elle autorise désormais aussi l'exécution de tout type d'opérations (virements, investissements, ouvertures de compte… peut-on supposer en l'absence de précisions).

Avantage indéniable d'une plate-forme privée, la sécurité des échanges et des transactions est naturellement garantie, bien qu'elle soit totalement transparente pour l'utilisateur (c'est sa connexion préalable à son compte qui lui sert d'authentification – et d'identification – à l'initiation d'une conversation). D'ores et déjà intégrée dans les services en ligne de l'établissement, en anglais et en français, la fonction de tchat sera également ajoutée à son application mobile dans les prochains mois.

Clavardage avec Tangerine

La nouveauté peut sembler anodine et il est vrai qu'elle n'est certainement pas très complexe à mettre en œuvre, surtout dans une banque exclusivement à distance, accoutumée à traiter avec ses clients par téléphone. Alors, pourquoi n'est-elle pas plus répandue ? Les responsables seraient-ils aveugles aux évolutions de comportement des consommateurs ? Ne voient-ils pas autour d'eux que le mobile est de plus en plus utilisé pour des échanges par messages textuels au détriment de la téléphonie classique ?

Là réside pourtant tout l'enjeu de la proximité et de la vision centrée client que les banquiers sont toujours si prompts à affirmer dans leurs stratégies ! Quand les jeunes du monde entier – bientôt suivis par leurs aînés – adoptent massivement des outils tels que WhatsApp ou Facebook Messenger (et sans remonter aux usages antérieurs du SMS), il faut savoir y détecter le changement sous-jacent de leurs modes de communication de prédilection et pas uniquement des opportunités pour le marketing…

Une fois établi le constat, il reste à mettre en place les solutions susceptibles de répondre aux nouvelles habitudes (ou attentes) de la population. Les acteurs qui apprendront à s'adapter aux transformations du monde avec agilité – c'est-à-dire, avant tout, rapidement et sans efforts – y trouveront un avantage concurrentiel extraordinaire.

vendredi 8 janvier 2016

Discrète initiative big data pour AmEx

American Express
Bien que la tentation soit immense, la plupart des institutions financières hésitent à exploiter le trésor de données que représentent les transactions de leurs clients, principalement par crainte de réactions virulentes. Afin de résoudre ce dilemme, American Express choisit de progresser à petits pas, dont un qui vient juste d'être franchi.

Depuis le début de l'année (apparemment), l'émetteur de cartes envoie à ses porteurs des notifications d'un nouveau genre, leur indiquant qu'une analyse de leurs achats récents lui a permis d'identifier leur projet de voyage, qui est alors dûment pris en compte. Le principe est d'éviter – comme il est d'usage chez la plupart des concurrents d'AmEx – de demander au consommateur de signaler ses déplacements par avance de manière à être certain que ses dépenses ne seront pas suspectées d'être frauduleuses (et déclinées).

Le service n'est pas dénué d'intérêt en soi, dans sa logique d'apport de valeur grâce à la détection d'information utile (destination, dates…) au sein des opérations enregistrées telles que les réservations de vol, d'hôtel, de location de voiture… Cependant, ce n'est pas ce qui retient mon attention ici. Car, en réalité, il est probable que ce moyen de lutte contre la fraude existe depuis longtemps chez AmEx, expliquant peut-être pourquoi l'entreprise n'a jamais demandé à ses clients de la prévenir de leurs voyages.

Dans cette hypothèse, le véritable changement serait l'envoi du message avant un événement. Ce qui ouvre des horizons plus larges… Aujourd'hui, il s'agit de rassurer le porteur et, dans une certaine mesure, de l'inciter à utiliser sa carte AmEx, sans qu'il ait jamais à se préoccuper de son fonctionnement. En outre, la marque profite déjà de l'occasion pour, entre autres, suggérer le téléchargement de son application mobile (en vue de suivre les dépenses et recevoir des alertes de sécurité, le cas échéant).

Message AmEx

Demain, lorsque la réception de ces messages sera entrée dans les habitudes, il est aisé d'imaginer que ceux-ci puissent également servir de support à des offres ciblées et que les mêmes mécanismes soient mis en place sur d'autres types d'événements. De fil en aiguille, sans y paraître, nous pourrions aboutir, tout doucement, à la « carte des moments » (à défaut d'une banque complète), qui connaît les besoins de son détenteur à chaque instant et sait exactement quoi lui « offrir » et quand le lui proposer.

On pourrait arguer que la démarche d'AmEx est trop prudente (et trop lente) pour un objectif aussi ambitieux. Hélas, il suffit de lire les commentaires des lecteurs sur l'un des articles présentant le service actuel pour comprendre combien le sujet reste sensible. En effet, si une bonne partie des consommateurs ont un ressenti plutôt positif, voire enthousiaste, quelques-uns s'inquiètent de l'usage de leurs données. Il faudra donc encore beaucoup de pédagogie et de diplomatie avant de convaincre…

jeudi 7 janvier 2016

Banque Orange ou citrouille ?

Orange
Entrée en négociations exclusives pour un partenariat avec Groupama Banque, Orange a donc confirmé l'intention de lancer une banque qu'elle annonçait il y a presque un an. Étant l'une des premières créations du genre en France (outre, peut-être, le Compte Nickel), l'initiative suscite des interrogations. A-t-elle des chances de réussir ?

Il faut bien avouer que l'idée d'une banque gérée par un opérateur de télécommunications, si elle surprend au premier abord, mérite l'attention. En effet, les exemples comparables (en particulier dans des pays de culture voisine) sont rares, voire inexistants, laissant le champ ouvert à un modèle plus ou moins inédit. Par ailleurs, il n'est pas très difficile d'identifier quelques atouts importants dans cette approche. Cependant, à l'inverse, les obstacles sont nombreux sur la route du succès.

Dans la première catégorie, des opportunités, la principale est probablement le regard neuf et différent que peut porter un acteur d'un autre secteur sur les métiers de la finance. Si elle est préservée – notamment en évitant de constituer une équipe formée exclusivement d'anciens banquiers –, cette caractéristique unique peut s'avérer déterminante et, le cas échéant (il faudrait encore ajouter quelques « si »), permettre de créer une solution mieux adaptée aux besoins des consommateurs du monde moderne.

L'argument de l'expérience d'Orange en matière de services financiers, à travers ses aventures en Afrique (Orange Money) et en Pologne (Orange Finanse), est moins convaincant (et contradictoire avec le précédent). Certes, ces expériences peuvent servir d'inspiration mais, d'une part, elles sont développées dans des contextes très différents et, d'autre part, elles ne représentent pas le nec plus ultra dans leurs registres respectifs : l'une est une réplique (au succès plus modeste) de m-Pesa, tandis que la seconde fait pâle figure face à la référence de la banque mobile qu'est mBank.

Dernier avantage possible de l'opérateur dans sa démarche : puisque l'ouverture effective est désormais planifiée pour 2017, cela peut laisser penser que le projet sera bâti en partant d'une feuille blanche, l'accord avec Groupama Banque portant dans ce cas uniquement sur sa licence. Dans un sens, il s'agit même d'une condition sine qua non pour fonder l'établissement totalement nouveau promis par les partenaires (qui auraient néanmoins pu éviter le ridicule de l'expression « banque 4.0 »).

Du côté des défis, les inquiétudes commencent avec une énorme incohérence dans la communication officielle, lorsqu'il est question à la fois d'une banque 100% mobile et de la force d'un réseau de distribution (combinant ceux de Groupama et d'Orange). Voilà le genre de schizophrénie qui peut tuer rapidement le projet, en tentant de courir simultanément dans deux directions radicalement opposées, adeptes d'une relation de proximité d'un côté et consommateurs « digitaux » de l'autre.

Plus gênant, il est à craindre que la culture d'entreprise de l'opérateur soit doublement problématique en regard de l'ambition affichée, parce que trop technologique (du fait de son activité historique) et parce que affectée par les mêmes lourdeurs de grand groupe que les banques traditionnelles. Le risque est alors de créer une solution qui n'intéresse pas la clientèle visée et sans l'agilité indispensable aujourd'hui pour répondre à l'évolution de leurs attentes. Seule solution pour éviter ce piège fatal (et qui me rend très pessimiste) : une organisation autonome et une équipe pluri-disciplinaire de pointe !

Enfin, si Orange parvient à contourner ces difficultés, il lui restera à inventer une solution originale et susceptible de conquérir un public. Car rien ne serait pire qu'une énième déclinaison de l'agence bancaire transposée dans une application. Ce pourrait être l'occasion de tester de nouveaux modèles économiques (en partant de services de base gratuits) ainsi qu'une approche disruptive de la proximité client, passant par le smartphone et à base d'échanges hyper-personnalisés. J'aimerais tellement y croire…

Orange - Citrouille

mercredi 6 janvier 2016

Les banques misent-elles trop sur les startups ?

Forrester
L'année 2015 a vu un changement d'attitude radical des institutions financières vis-à-vis des startups de la FinTech, passant en quelques mois du mépris à l'euphorie. Une des conséquences de cette évolution est la multiplication des accélérateurs et incubateurs. Oliwia Berdak (Forrester) s'interroge : ce mouvement est-il raisonnable ?

Le phénomène est particulièrement visible à Londres et à New York : pratiquement toutes les banques présentes y ont créé – seules ou en combinant leurs forces – des structures d'accueil destinées aux jeunes pousses de la finance. Cependant, même dans les régions et les villes (dont Paris) qui sont encore très loin de l'emballement des deux grandes capitales de la FinTech, la question de fond est parfaitement justifiée : ces initiatives produiront-elles les résultats attendus et peuvent-elles perdurer à long terme ?

Selon Oliwia Berdak, la réponse est sans détour : d'ici 5 ans, la plupart de ces accélérateurs auront disparu. Son principal argument est le coût élevé de ce genre de programme (qu'elle estime à 1 millions de dollars par an), à mettre en regard de promesses de bénéfices qui seront rarement concrétisées. De surcroît, ce risque de défaut de retour sur investissement sera d'autant plus élevé que, dans de trop nombreux cas, les efforts ne sont pas suffisamment focalisés sur la cible visée.

Je crains pourtant que, dans l'ensemble, cette vision ne soit un peu trop « comptable ». Certes, la mise en place d'un dispositif en faveur des startups impose de définir au préalable les objectifs qui lui sont assignés. Mais, déjà à ce stade, j'estime que ce qui est important est de déterminer la valeur que l'organisation souhaite retirer (identifier de futurs partenaires, participer à des expérimentations, apprendre à innover…) et pas nécessairement de délimiter précisément le périmètre des solutions à soutenir.

Sur un autre plan, concernant l'avenir de ces structures, je n'adhère pas non plus à la perspective que propose Oliwia Berdak. Je soupçonne que, d'ici 5 ans (ou un peu plus), le paysage de la finance aura tellement changé que l'idée d'un incubateur dans une banque n'aura probablement plus de sens : les institutions historiques se seront acclimatées à la nouvelle donne et n'auront plus un besoin aussi pressant (et aussi en amont) des startups pour appréhender leur propre transformation, tandis que ces dernières (re-)commenceront progressivement à vouloir reprendre une certaine distance.

Enfin, je suis peut-être un peu naïf, mais je ne crois pas qu'un budget annuel d'un million de dollars puisse être considéré comme élevé, s'il est affecté à une initiative qui – pour peu qu'elle soit menée correctement – a vocation à accompagner la révolution culturelle de l'entreprise et à lui permettre de survivre aux grandes mutations en cours. Après tout, cela ne représente qu'une fraction des dépassements chroniques de coûts affectant des projets pharaoniques dont la valeur est souvent bien plus discutable…

mardi 5 janvier 2016

La blockchain au service de l'assurance

Everledger
Cédant aux sirènes du sensationnalisme, nombre d'experts affirment que la blockchain (devenue tellement plus sexy que le bitcoin) va révolutionner le monde, bien au-delà de la finance. Mais où sont les applications qui vont concrétiser cette vision ? Parmi quelques rares pionnières, Everledger en propose une, pratique et opérationnelle, et elle semble déjà séduire plusieurs compagnies d'assurance.

C'est à une branche très particulière du secteur que s'adresse la jeune pousse, puisque sa technologie concerne la protection des diamants – qui, toutefois, pourrait par la suite être étendue à la bijouterie en général et autres objets de luxe. Et l'idée appliquée à ce marché est finalement très simple, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de créer un registre universel des pierres précieuses de manière à lutter efficacement contre le vol et la fraude, dont le coût pour les assureurs est estimé à 50 milliards de dollars annuels.

La mise en œuvre n'est elle même pas extrêmement complexe. Après analyse, chaque pierre soumise à Everledger est caractérisée par son numéro de série et un ensemble de méta-données spécifiques. Ces informations, complétées de l'identité du propriétaire, sont alors « enregistrées » dans la blockchain, en les « attachant » à une transaction, ce qui rend automatiquement l'enregistrement inviolable et immuable. Après une déclaration de perte ou de vol, si le diamant réapparait, l'assureur ayant indemnisé son client pourra l'identifier et récupérer son bien (dont l'avantage est qu'il ne se déprécie pas !).

Accueil Everledger

L'histoire de la startup est aussi intéressante, dans sa démonstration de la manière dont un besoin latent peut soudain trouver une solution évidente. Trois mois après la formulation de son idée, Leanne Kemp a participé à un hackathon organisé par Aviva (remportant le premier prix). Dans la foulée, l'accélérateur de Barclays l'invitait à rester à Londres (elle est australienne), où elle a assemblé son équipe. Depuis, Everledger a intégré [PDF] l'accélérateur niçois d'Allianz France, tout en multipliant les partenariats.

Ainsi, avec le soutien des plus grands établissements de certification mondiaux et (au moins) 4 grandes compagnies d'assurances britanniques, plus de 850 000 diamants devaient être enregistrés à court terme dans la blockchain. Les grandes organisations policières – Interpol, Europol… – s'intéressent également à l'initiative, tandis que les grandes places de marché sur le web – eBay, Amazon… – sont approchées en vue de participer à la surveillance des échanges et à la détection des fraudes.

L'ironie de l'aventure est que, en réalité, le besoin initial aurait parfaitement pu être satisfait avec des technologies classiques, si seulement les compagnies d'assurance avaient pu un jour s'entendre sur la constitution d'une base de données commune et ouverte des diamants. À défaut, la transparence et la décentralisation de la blockchain permettent à une société sortie de nulle part de concevoir une solution viable, sans engendrer de questionnements infinis sur la confiance qui peut lui être accordée.

Et voilà comment une technologie émergente offre une incroyable opportunité à une « entrepreneure » (?) de se substituer à des acteurs bien plus puissants, beaucoup plus légitimes, mais immobilisés dans un statu quo absurde.

À lire aussi sur Everledger, deux articles, de TechCrunch et de Daily Fintech.

lundi 4 janvier 2016

Enquête sur les jeunes français et la banque

BNP Paribas
Passer en quelques jours de l'étude menée par EY sur la perception de la FinTech par les consommateurs à celle de BNP Paribas (avec MeltyGroup) sur les attentes des jeunes vis-à-vis de la banque représente un exercice de très haute voltige, que je me propose d'accomplir avec sérieux, mais peut-être pas en totale objectivité.

Afin de comprendre le grand écart entre les deux visions, il suffit de s'arrêter sur le titre que donne BNP Paribas aux résultats de ses travaux : « les jeunes face à la banque : confiants mais exigeants ». Comme si ce n'étaient pas les mêmes qui se tournent vers de nouveaux acteurs pour satisfaire leurs besoins financiers. Bien sûr, nous savons tous que la France n'est pas comme le reste du monde (objet des recherches d'EY), mais l'argument semble tout de même un peu court. Alors, creusons.

Commençons justement par approfondir cette idée de confiance, que 94% des personnes interrogées accorderaient à leur banque. Impressionnant, n'est-ce-pas ? Petit bémol (« curieusement » note le rédacteur), elles ne sont pourtant plus que 59% à se déclarer prêtes à recommander leur établissement à leurs proches ! Hélas, les spécialistes nous expliquent que les enquêtes de satisfaction n'ont que peu de valeur, le Net Promoter Score (plus proche du second indicateur) serait plus représentatif.

C'est en consultant les autres questions du sondage que les pièces du puzzle vont s'assembler. Car, par exemple, parmi les caractéristiques des banques les plus importantes pour les jeunes, la protection et la sécurité arrivent largement en tête (avec 62% des réponses), à mettre en regard du rôle de sécurisation de l'argent qu'ils leur attribuent à 42%. Voilà bien où se trouve leur confiance… mais sans exclusivité : ils n'hésiteraient pas à ouvrir un compte auprès d'un géant du web, tel que Google ou PayPal, qui leur paraissent parfaitement solides !

Les jeunes et la banque

Passons ensuite à l'autre dimension des attentes des jeunes : ils seraient exigeants. Dans cette hypothèse, j'aimerais comprendre pourquoi le premier critère qui leur ferait changer d'établissement (plus de 2 sur 3 envisagent de le faire) serait d'obtenir des conditions tarifaires plus avantageuses (cité par plus de la moitié d'entre eux). Car, s'il existe un signe incontestable d'un marché sans différenciation concurrentielle (et, donc, dans lequel les attentes du consommateur sont minimales), c'est bien quand la sélection d'une offre est principalement dictée par son prix.

Si j'avais une once de perfidie (!), je m'attarderais encore sur quelques détails savoureux de l'étude – la satisfaction générale qui serait justifiée, entre autres, par une bonne information tandis que le manque de transparence est l'un des grands points faibles reprochés aux banques ou encore l'appréciation de la « proximité » qui semble surtout associée à la réactivité pour résoudre des problèmes…

Cependant, en conclusion, je combinerai mes 3 indicateurs préférés du comportement de la jeunesse : un taux de recommandation assez faible, une forte propension à changer de banque (29% l'ont fait, 67% sont prêts à le faire) et un intérêt marqué (quoique non chiffré) pour les solutions que proposeraient de nouveaux entrants. J'imagine que certains préfèreront se concentrer sur une vision plus optimiste, mais j'estime qu'il y a déjà là matière à paniquer se poser de sérieuses questions pour l'avenir du secteur…

dimanche 3 janvier 2016

Où est passée la valeur du conseil ?

Tirelire
C'est, indirectement, à travers un article écrit par le président d'une société d'édition logicielle que la grande question est posée : qu'est devenu le conseil financier aujourd'hui ? À une époque où les banquiers traditionnels vantent plus que jamais leur modèle de proximité face à l'automatisation, l'analyse mérite certainement un détour…

La démonstration est applicable à bien d'autres domaines, mais c'est sur le cas particulier du financement des PME que Brian Hamilton expose la problématique. Ainsi, selon ses observations, l'entrepreneur qui vient solliciter un crédit auprès de sa banque va voir sa demande évaluée uniquement à l'aune de critères quantitatifs, afin de mesurer son risque de défaut. Or, un conseiller avisé devrait penser beaucoup plus loin, par exemple en vérifiant avec son client la pertinence d'un emprunt pour son besoin.

L'endettement – qui est, de surcroît, actuellement érigé en solution miracle par les politiques – n'est pourtant pas idéal dans toutes les circonstances. Malheureusement, le chef d'entreprise n'est pas un spécialiste de la finance et il ne peut connaître toutes les options qui s'offrent à lui, avec leurs avantages et inconvénients respectifs. Autrefois, lorsqu'il consultait son banquier, c'est justement cette expertise qu'il recherchait, et qui n'existe plus, sauf dans quelques rares exceptions, par souci de rationalisation.

Les exigences d'efficacité sont en effet passées par là – en même temps que les procédures uniformisées – qui permettent de ranger, à partir de quelques données « objectives », les clients et leurs demandes dans des cases prédéterminées et d'assurer de la sorte une gestion des risques sans faille (supposément). En parallèle, la maîtrise des produits qu'ils vendent a commencé à s'éroder chez les conseillers, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus capables de délivrer toute l'information qui serait nécessaire pour prendre une décision éclairée, dans le contexte spécifique de leur interlocuteur.

N'est-il donc pas ironique que des établissements qui ont au fil du temps, dans une certaine mesure, tué la notion historique de conseil humain personnalisé tentent désormais de réagir aux tenants de la « robotisation » en glorifiant une proximité qui s'est, dans la pratique, envolée avec la connaissance des clients et la compréhension profonde de leurs attentes ? Savoir expliquer à un entrepreneur qu'il a intérêt à rechercher un investisseur plutôt qu'à souscrire un crédit ne s'improvise pas : si son banquier n'est plus en mesure de le faire, d'autres acteurs (de la FinTech !) prendront le relais…

Conseil financier

samedi 2 janvier 2016

Le hold-up de la blockchain tourne à la farce

Open Ledger Project
Quand les plus grandes institutions financières de la planète ont commencé à s'emparer de la blockchain, on a pu croire un moment qu'une nouvelle vision de la finance allait s'imposer. Las, avec la nouvelle initiative qu'elles viennent de lancer, ce sont au contraire leurs vieux démons qui les reprennent, avec plus de vigueur que jamais…

Pour ceux qui auraient hiberné pendant toute l'année 2015, rappelons que la blockchain est le grand livre de compte qui constitue le cœur de bitcoin et lui offre une sécurité et une résilience incomparables grâce à sa conception « distribuée ». En simplifiant un peu l'explication, l'enregistrement des transactions est répliqué sur les multiples machines formant le réseau de minage de la crypto-devise. Dès lors, une falsification isolée n'a pas d'incidence, la « vérité » étant établie par le consensus de la majorité.

Sous le feu permanent de cyber-attaques contre lesquelles elles dépensent des fortunes, parfois en vain, les banques ne peuvent pas rester totalement insensibles à ces arguments de sécurité. Cependant, l'idée d'abandonner le contrôle absolu des données qu'elles gèrent est tellement contraire à leur nature que la plupart d'entre elles ne peuvent se résoudre à adopter le concept dans son ensemble. Ainsi est née la dérive de croire que la technologie sous-jacente suffirait à profiter des bénéfices promis.

Pour illustrer l'absurdité d'une telle proposition, prenons l'exemple d'un de ses défenseurs les plus emblématiques : Swift. Les premières implémentations de transferts d'argent internationaux via bitcoin lui montrent la voie vers une efficacité qui représente une menace directe pour son existence. Alors, l'entreprise créerait sa blockchain pour remplacer son réseau propriétaire ? Mais quel est le changement par rapport à la situation actuelle si elle veut demeurer seule responsable de la nouvelle infrastructure ?

En dehors d'une éventuelle valeur pédagogique, le temps d'appréhender en toute autonomie les défis et enjeux d'un concept il est vrai extrêmement complexe, persister dans cette direction à long terme représente un gaspillage d'énergie injustifiable. Malheureusement, l'annonce de l'« Open Legder Project » par une ribambelle d'acteurs prestigieux – pour la création d'un socle technique de « blockchain » en open source – franchit une frontière supplémentaire, en matière de ridicule…

Lorsque la communication officielle vante une immense avancée pour la technologie de la blockchain, la farce n'est pas tant que tout ce qui touche au bitcoin est déjà disponible librement mais bien que le principe même d'un livre de compte distribué n'a aucun sens si son code n'est pas partagé ! La confiance dans un instrument de ce genre, même privé, ne peut évidemment pas se satisfaire d'algorithmes propriétaires ! Mais, bien sûr, il existe aussi une raison réelle et apparemment valide à cette initiative, qui ne tient pas uniquement à la croyance que ce qui est fait par les banques est toujours meilleur…

Car la privatisation de la blockchain requiert des mécanismes de « permissions », qui n'existent naturellement pas dans les fondements de bitcoin. En effet, dans la version de nos apprentis sorciers, seuls les intervenants autorisés doivent pouvoir rejoindre le réseau et participer aux échanges… Et nous retombons ici sur l'une des inepties de la démarche, puisque qui dit gestion d'habilitation dit automatiquement autorité (plus ou moins) centrale et, surtout, sauf à être extraordinairement naïf, faille logicielle et risque de fraude…

Jusqu'à maintenant, on pouvait penser que les discours des institutions financières sur la blockchain étaient purement défensifs, visant d'abord à se défaire d'un sujet embarrassant… Après une série d'engagements [PDF] – irrationnels, à mon sens – auprès de la startup R3, voir maintenant des noms tels que ANZ, Deutsche Börse, Swift et Wells Fargo investir des ressources – et Accenture, IBM… (bien que celles-ci soient dans leur rôle technique) les accompagner – dans une nouvelle impasse est consternant.

Il reste à espérer que les acteurs français participant à la récente initiative de place de la Caisse des Dépôts sauront éviter ces travers. À tout le moins, il n'est, pour l'instant, question que d'un laboratoire d'innovation : soyons optimistes !

The Blockchain for Business is Ready in 2016

vendredi 1 janvier 2016

Les banquiers et le syndrome de la grenouille

Innovation
Selon la légende, une grenouille plongée dans de l'eau chauffée très progressivement, s'accoutumant au changement, finirait ébouillantée, sans avoir jamais réagi avant qu'il ne soit trop tard. Un tel syndrome ne risquerait-il pas d'affecter les institutions financières, face aux évolutions presque imperceptibles de leur environnement ?

Au premier abord, la question peut paraître stupide. Après tout, les grandes transformations du monde semblent parfaitement prises en compte par nos grenouilles. Pour ne prendre que 3 exemples, il y a 10 ans, l'iPhone (donc le concept de smartphone) n'existait pas, Facebook était encore réservé aux étudiants et lycéens et la seule startup notable du domaine s'appelait PayPal. Depuis, le mobile est devenu le premier canal d'interaction des clients avec leur banque, toutes les marques sont présentes sur les réseaux sociaux et la FinTech omniprésente est l'objet de toutes les attentions.

Pourtant, les apparences peuvent être trompeuses : le changement à appréhender n'est certainement pas dans ces manifestations extérieures, qui n'en sont que des supports ou des reflets. En réalité, l'eau doucement chauffée qui s'apprête à piéger les établissements traditionnels, ce sont les comportements des consommateurs. Les signes directs en sont plus ou moins visibles avec, d'un côté, la désaffection massive des agences, mais, de l'autre, une confiance plutôt stable et une fidélité qui ne se dément apparemment pas.

Il ne faut cependant pas s'y tromper, un mouvement en profondeur se dessine. C'est celui qui fait que les nouveaux entrants – jeunes pousses et géants du web – commencent à prendre des positions sur des marchés considérés intouchables jusqu'à récemment. Leurs recettes sont en effet universelles : comprendre les attentes fondamentales des consommateurs, sans jamais perdre de vue qu'elles sont éminemment variables, y répondre précisément, rapidement et en requérant un minimum d'efforts de leur part.

Pour rester sur les mêmes illustrations, la révolution en cours n'est pas la simple transposition de la banque d'antan dans une application mobile, aussi agréable soit son design. Ce n'est pas non plus l'utilisation de Facebook et Twitter pour propager les campagnes publicitaires habituelles. Et ce n'est toujours pas une tentative de rachat d'une FinTech ou deux, pour se donner bonne conscience. Le défi est aussi simple à exprimer que difficile à relever : il s'agit de placer le client au centre des préoccupations.

Et, comme pour la grenouille qui s'échappera de l'eau bouillante, il n'existe qu'un moyen de réussir cette mutation : il faut prendre de l'élan et donner l'impulsion libératrice. Hélas, dans cette analogie, les grandes organisations subissent le handicap supplémentaire de leur poids (pour ne pas parler de leur lourdeur). Car, dans ce sursaut indispensable à leur survie, elles doivent entraîner tous leurs collaborateurs avec elles… À défaut, elles seront irrémédiablement ramenées vers le fond de la marmite.

Syndrome de la grenouille