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C'est pas mon idée !

jeudi 10 novembre 2016

Et qui contrôlera l'intelligence artificielle ?

CFTC
Devant la montée du trading algorithmique et les risques d'instabilité qu'il génère, la CFTC – régulateur américain des marchés de futures et de swapsveut se réserver un accès aux codes sources des intervenants afin d'assurer sa mission de surveillance. La décision soulève l'indignation. Pourtant, il s'agit d'une bataille d'arrière-garde…

Le débat est, malgré tout, intéressant. D'un côté, les autorités veulent à tout prix éviter les incidents de type « flash crash » causés par des emballements incontrôlés de logiciels de trading à haute vitesse comportant d'inévitables erreurs de programmation. De l'autre, les auteurs de ces mêmes systèmes automatiques désirent légitimement protéger leur propriété intellectuelle et ne pas laisser les yeux indiscrets des experts désignés par la CFTC explorer les secrets de ce qui constitue leur avantage concurrentiel.

Mais, immédiatement, on peut se demander à quoi la réglementation proposée pourrait bien servir. S'il s'agit de déterminer les causes et les responsabilités en cas de perturbation avérée, l'objectif initial de protection des marchés n'est pas rempli. S'il est question de sonder – plus ou moins aléatoirement – les algorithmes déployés en production, de manière à mesurer les risques qu'ils portent, l'ambition est démesurée, relevant de la proverbiale aiguille dans une botte de foin, qui, de plus, se déplacerait régulièrement (les algorithmes ne sont pas figés pour l'éternité) !

Plus embarrassant, les modèles mis en œuvre dans les outils les plus avancés deviennent extraordinairement complexes, et les personnes capables d'en comprendre le fonctionnement sont peu nombreuses (et employées, à prix d'or, par les banques et autres fonds d'investissement). Il semble donc imaginable que, dès aujourd'hui, l'inspection des logiciels qui régissent (en partie) les marchés financiers soit, en pratique, impossible. Regardons alors vers l'avenir : la situation va certainement empirer…

En effet, les premières applications concrètes de l'apprentissage automatique – sans même parler d'intelligence artificielle – arrivent déjà dans le trading. La conséquence ? Il n'existe plus vraiment d'algorithme à contrôler : à partir de l'information qu'il capte et analyse, le système engrange de l'expérience, de manière autonome, qu'il va ensuite exploiter pour réaliser, seul, les opérations qu'il considère devoir mener aux résultats demandés par ses concepteurs. Personne ne connaît le « raisonnement » appliqué !

Soulignons ici que le problème ne concerne pas uniquement le secteur financier. Partout où l'intelligence artificielle s'infiltre, comment va-t-on s'assurer que la loi et les principes moraux sont respectés ? La presse a évoqué, par exemple, le biais qu'introduisent les algorithmes de Google lorsqu'ils proposent des postes mieux rémunérés aux hommes, par rapport aux femmes. Qui saura prouver que le code est responsable de cette anomalie ? Le déséquilibre ne provient-il pas du contenu des annonces publiées ?

Pour l'instant, les seules solutions envisagées consisteraient à s'en remettre à d'autres algorithmes – spécialisés dans le contrôle réglementaire – pour détecter les éventuelles infractions commises. Cependant, outre la difficulté que représenterait cette approche et son absence de réponse à la question de la responsabilité (dont un effet collatéral pourrait être une uniformisation du monde), on voit bien la boucle dans laquelle elle nous entraîne : qui produirait ces logiciels et qui en garantirait l'intégrité et la qualité ?

Intelligence Artificielle (illustration par geralt - https://pixabay.com/fr/users/geralt-9301/

mercredi 9 novembre 2016

Leçons à tirer du cyber-casse de Tesco Bank

Tesco Bank
Le scénario de ce qui est probablement le premier e-braquage de banque du monde – ayant affecté les clients de Tesco Bank – n'est pas entièrement connu à cette heure. En revanche, les conséquences pour les victimes sont déjà très visibles et donnent à réfléchir sur la préparation aux situations de crise dans les institutions financières…

Rappelons rapidement les faits. Durant le week-end du 6-7 novembre, environ 9 000 comptes courants se sont vus délestés de sommes comprises entre une vingtaine et plusieurs centaines de livres sterling (270, en moyenne, le préjudice total étant estimé à 2,5 millions de livres). Une partie des services en ligne étaient alors fermés, préventivement, et un renouvellement des cartes des personnes ciblées était initié. Le lundi matin, la banque a émis une alerte générale, faisant état d'une cyber-attaque (sans autre précision) ayant visé plus de 40 000 comptes, au total.

Sans plus de détails sur les circonstances, je ne me hasarderai pas dans ce billet à conjecturer sur la sécurité informatique de Tesco Bank. En revanche, les réactions des consommateurs aux désagréments qu'ils subissent recèlent un trésor d'information dont il serait dommage de ne pas profiter. Trois constats ressortent plus particulièrement : un certain fatalisme quant à l'incident lui-même, la frustration face aux difficultés rencontrées pour contacter la banque et l'angoisse de ceux qui n'ont plus accès à leur argent.

Ainsi, les critiques les plus véhémentes émanent des clients dont Tesco est la banque principale et qui se retrouvent dans une situation difficile, incapables de régler leurs dépenses courantes en attendant que leur carte de paiement soit remplacée (le délai annoncé étant d'une dizaine de jours). À ceux-là, viennent naturellement s'ajouter ceux dont le compte a été presque entièrement vidé et qui se demandent à quelle échéance le remboursement promis sera effectif (en l'occurrence, il est intervenu le 8 novembre).

Tesco Bank

La deuxième grande source des mécontentements exprimés est liée au gigantesque débordement de capacité du centre d'appel de la banque, nombre d'internautes signalant un temps d'attente d'une heure ou plus. Les difficultés auraient été suffisamment gênantes s'il ne s'était agi que de rassurer des clients inquiets pour leur porte-monnaie, elles ont été rendues d'autant plus insupportables que la campagne d'alertes individuelles aux victimes présumées leur demandait de prendre contact avec un conseiller !

Que faut-il retenir de cette expérience ? En premier lieu, la survenue d'un cambriolage électronique dans une banque ne paraît pas surprendre les consommateurs. En revanche, ce qui les préoccupe majoritairement est d'en connaître les conséquences pratiques pour eux, personnellement. Et les solutions proposées ne les satisfont que si elles sont mises en œuvre rapidement. Promettre un remboursement ne suffit pas, il faut une échéance. Laisser les clients sans carte pendant 10 jours est inacceptable.

Partant de ces constats, on peut dégager quelques recommandations importantes à destination de toutes les institutions financières. Car, bien que la tentation soit forte de stigmatiser un établissement « hors système » (issu d'une grande chaîne de distribution), il serait extrêmement présomptueux de croire qu'un tel incident ne peut atteindre les acteurs historiques. Or, dans cette hypothèse, avec des millions de comptes gérés au lieu de quelques dizaines de milliers, l'ampleur du désastre pourrait être démultipliée.

La transparence est évidemment la première consigne à appliquer dans ces circonstances. Tesco Bank était plutôt bien armée en la matière, apparemment, mais les dispositions prises étaient en dessous des attentes, en termes de délais et, surtout, de coordination entre les messages délivrés et les capacités de traitement disponibles. Enfin, la stratégie de remédiation comporte une faille critique (pour les clients restant sans moyen de paiement), pour laquelle aucun mécanisme de secours n'est prévu.

En résumé, comme il est d'usage avec les risques systémiques, les scénarios de cyber-attaques devraient faire l'objet d'évaluations, d'élaboration de plans de défense et d'exercices périodiques. Je ne suis pas certain que ce soit le cas aujourd'hui…

mardi 8 novembre 2016

Le Franc CFA, première devise digitale ?

eCurrency
Pendant que les banques centrales des pays développés réfléchissent longuement à l'opportunité d'émettre des monnaies électroniques (la dernière en date en Corée), il se pourrait que la première à être émise soit sénégalaise. C'est en tous cas l'objet de l'accord que viennent de conclure la startup eCurrency et la Banque Régionale de Marchés.

En conformité avec la réglementation de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) relative aux e-monnaies, l'e-CFA – dont la valeur est équivalente à sa contrepartie « physique » – pourra ainsi être intégré légalement dans les plates-formes de paiement électroniques, avec les garanties de sécurité, d'interopérabilité et de liquidité que les citoyens attendent de leur devise nationale, tout en leur garantissant le même anonymat que lorsqu'ils règlent leurs achats avec des pièces et billets. Le déploiement initial, au Sénégal, devrait rapidement être étendu à l'ensemble de l'UEMOA.

Loin des mythes qui agitent tellement d'acteurs aujourd'hui, il n'est pas question ici de technologies de blockchain ou de livre de compte distribué. Car la seule ambition d'eCurrency est de permettre aux banques centrales de continuer à jouer pleinement leur rôle d'émission et de contrôle de leur devise, quelle que soit la forme qu'elle revêt. Sa solution consiste donc en une sorte d'atelier centralisé d'émission de monnaie virtuelle infalsifiable et nativement adaptée aux échanges sur les réseaux informatiques.

Naturellement, une telle approche paraîtra relativement peu innovante. Toutefois, il ne faut pas se tromper : comme leur nom le rappelle, les banques centrales n'ont que faire pour remplir leur mission – bien au contraire ! – de la décentralisation qui est au cœur du concept de blockchain (et des mécanismes de calcul distribué qui la rendent possible). Inutile dans ces conditions de s'égarer avec des idées à la mode, les défis de conception d'un équivalent électronique du cash sont déjà suffisamment difficiles à relever.

Accueil eCurrency

En réalité, l'e-CFA représente tout de même bien une révolution, en étant l'une des premières (voire la première ?) véritables e-monnaies d'état. Il n'est d'ailleurs pas surprenant qu'elle naisse dans une région où les outils numériques (téléphone mobile en tête) se développent à une vitesse extraordinaire, tandis que les échanges économiques sont fortement handicapés par un taux de bancarisation de la population inférieur à 20%. L'enjeu est, tout simplement, d'accélérer l'inclusion financière selon un modèle adapté au XXIème siècle et non basé sur des instruments d'une autre époque.

À l'inverse, là réside l'obstacle principal auquel sont confrontés nos marchés « avancés » : les moyens mis à notre disposition par nos banques ont supporté, bon an mal an, la transition vers l'ère « digitale » et constituent de la sorte une bonne excuse pour ne pas chercher à changer les fondations de la gestion de la monnaie. Pourtant, les frictions présentes aux frontières entre les mondes physique et électronique vont devenir de plus en plus insupportables et il faudra bien un jour basculer sur une autre vision…

lundi 7 novembre 2016

La Banque de France (entr)ouvre ses données

Banque de France
Si, depuis 2011, la Banque de France partage publiquement certaines de ses données sur son portail Webstat, celles-ci consistent, pour la plupart, en agrégats. Désormais, quelques privilégiés pourront aussi accéder [PDF] – sous conditions – à un corpus beaucoup plus complet. En attendant, peut-être, une véritable démarche « open data »…

L'annonce en a été faite par le gouverneur lui-même : des données unitaires concernant les entreprises, les institutions financières et les ménages – représentant, au total, 400 millions d'éléments – sont mises, dès maintenant, à la disposition des chercheurs, gratuitement. Pour profiter de cette manne, ceux-ci devront préalablement déposer une demande, détaillant leur projet, qui sera examinée par un comité dédié, composé de représentants de la Banque et de personnalités du monde académique.

Les petites tracasseries ne s'arrêtent pas là. Une fois l'accord obtenu, les chercheurs ne pourront exploiter les données promises que dans une salle sécurisée spécialement aménagée au sein des locaux de la Banque de France – l'« Open Data Room » – et uniquement sur la plate-forme technique (comprenant infrastructure et outillage d'analyse) mise en place dans ce but. Heureusement, les invités qui souhaiteraient effectuer des croisements avec leurs propres jeux de données pourront y charger ceux-ci.

Les raisons de ces restrictions ne sont pas réellement explicitées. La sécurité et la protection d'informations sensibles (personnelles, notamment) viennent immédiatement à l'esprit mais, étant précisé que les données partagées sont anonymisées, l'argument perd de sa crédibilité. Il faut probablement voir là une certaine prudence / inquiétude vis-à-vis d'une approche qui est une première européenne (sinon mondiale). Il ne reste alors qu'à espérer que ce premier pas sera suivi d'autres, sur la route de l'ouverture.

En effet, les barrières dressées vont singulièrement tempérer les ardeurs des amateurs d'« open data ». Même en admettant le focus sur le domaine de la recherche, l'obligation de déplacement rue du Louvre à Paris écarte de fait (au moins en partie) les équipes basées en province (et à l'étranger…). L'outillage imposé va constituer un autre facteur de frustration : les spécialistes des données ont tous leurs solutions de prédilection, ils n'apprécieront pas de devoir en découvrir de nouvelles. Enfin, le principe d'« apporter » ses propres données peut se heurter à des impossibilités (techniques, de sécurité…).

En conclusion, applaudissons cette initiative, laissons un peu de temps (pas trop !) à la Banque de France pour s'accoutumer à plus d'ouverture et encourageons-la à devenir plus audacieuse. Les opportunités de l'« open data » lui tendent les bras : amélioration de l'efficacité dans ses missions, développement de l'innovation, création de nouvelles activités, promotion d'une culture collaborative… En tout état de cause, la contribution à des travaux de recherche ne suffira pas à justifier les efforts consentis !

Annonce de l'Open Data Room

dimanche 6 novembre 2016

HSBC et le dilemme de la modernisation

HSBC
Le résumé que propose l'AGEFI d'un sommet de l'innovation organisé par HSBC la semaine passée à Londres procure une rare occasion d'analyser la situation d'un grand groupe bancaire – tout à fait comparable à celle de la plupart de ses concurrents – vis-à-vis de la révolution « digitale » qui transforme son environnement.

Le constat de départ est parfaitement caractéristique du secteur, dans son ambivalence : face aux changements de comportement des clients (qui conduit à une désaffection reconnue des agences), il est essentiel d'adapter l'organisation en profondeur, mais, en parallèle, une remise à plat de l'existant n'est pas envisageable. Le résultat de cette politique est édifiant, puisque près de 80% des 6 milliards de dépenses informatiques annuelles de HSBC sont consacrés au fonctionnement des systèmes en place.

Les conséquences sont potentiellement dramatiques. D'une part, le déséquilibre budgétaire – accru par le fait que les 1,3 milliards réservés aux nouveaux projets sont vraisemblablement préemptés en grande partie par les exigences réglementaires – se reflète nécessairement sur la culture d'entreprise, ne serait-ce que par l'effet du nombre. D'autre part, l'idée de développer l'innovation au-dessus d'un socle obsolète est, au mieux, inefficace, au pire, la recette d'un château de sable voué à l'effondrement.

Dans le cas de HSBC, la logique est pourtant poussée à l'extrême. Outre la mise en place d'une stratégie de collaboration avec les startups de la FinTech, la banque a choisi d'extraire de son siège londonien de Canary Wharf 3 000 collaborateurs œuvrant sur ses ambitions « digitales », et les a installés dans un environnement plus propice à leur mission. Les motivations du transfert sont claires : il s'agit d'éviter les tensions entre « anciens » et « modernes », et, plus concrètement, d'attirer de jeunes recrues.

Si l'objectif recherché est compréhensible, isoler du reste de l'entreprise les équipes travaillant sur les nouveaux projets est aussi extrêmement risqué. Tout d'abord, parce que leurs réalisations doivent s'appuyer sur l'existant (puisqu'il n'est pas remis en cause) et que la qualité de la communication entre les deux mondes est donc critique pour leur succès. Ensuite, parce que cette approche va créer deux cultures concurrentes dans l'organisation, le conservatisme ayant alors toutes les chances de rester dominant.

En synthèse, l'exemple de HSBC reflète les questions existentielles auxquelles font face toutes les grandes banques du monde. Est-il envisageable de faire table rase du passé ? Sinon (cas le plus fréquent), est-il viable d'innover dans un environnement isolé ? Mais, dans cette hypothèse, comment sera-t-il possible de diffuser la culture « digitale » dans l'ensemble de l'organisation ? La route empruntée par le groupe britannique est parsemée d'innombrables embûches et il me semble hautement probable que, à l'arrivée, l'option de redémarrage à zéro s'avère la meilleure, rétrospectivement…

Lion HSBC

samedi 5 novembre 2016

La Suisse prépare une licence FinTech

FINMA
Pendant que Berlin et Paris s'agitent (plus ou moins vainement) pour tenter d'attirer les entrepreneurs de la FinTech britannique qui s'inquièteraient des retombées du Brexit, la Suisse, qui n'a pourtant pas vraiment d'argument trans-européen à faire valoir, agit concrètement pour rester une place financière majeure à l'ère « digitale ».

Dans un sens, la situation à travers le continent prend une tournure tragi-comique. D'un côté, nous avons donc la capitale mondiale de la FinTech, Londres, qui enchaîne les initiatives réglementaires afin d'accélérer l'émergence et le développement des startups du secteur (la dernière en date étant la création d'un bac à sable). Hélas, la sortie promise de la Grande-Bretagne des rangs de l'Union Européenne fait planer une ombre sur ce « paradis », en remettant en cause les opportunités du passeport européen.

De leur côté, la France et l'Allemagne n'entendent pas laisser passer cette chance de capter l'innovation du secteur financier et elles se démènent, à coups de campagnes de communication, de déplacements et de conférences, pour convaincre les entrepreneurs de venir s'abriter chez elles. Malheureusement, derrière le vent médiatique, il manque l'essentiel : la mise en place d'un environnement au moins aussi favorable que celui qui existe à Londres. Le régulateur hexagonal a tout juste lancé un guichet unique et rejette l'idée de bac à sable, tandis que son homologue allemand tend à devenir plus strict.

Le résultat de ces actions superficielles ne devra pas surprendre. Les entreprises installées en Angleterre et celles qui se créent depuis le Brexit (sans signe de ralentissement) continuent à profiter des conditions privilégiées qui leur sont offertes outre-Manche, attendant de voir comment évoluent les négociations de sortie de l'Union Européenne pour envisager une migration, le cas échéant. Le rêve de quelques dirigeants de tirer parti du vote séparatiste britannique s'envole, faute d'engagement véritable.

Or, voilà que la Suisse introduit un grain de sable supplémentaire dans leurs plans. Le ton était donné depuis quelques temps, à travers des déclarations d'intention de plus en plus précises. Cependant, chez nos voisins, les discours sont suivis de décisions pratiques : en l'occurrence, le Département Fédéral des Finances est chargé de préparer un projet de loi, destiné à être présenté au parlement l'année prochaine. Et les premières mesures évoquées sont à la hauteur d'une ambition qui manque cruellement à d'autres.

Passons rapidement sur une disposition technique qui fixe un délai de détention d'avoirs, simplifiant en particulier les opérations des plates-formes de financement participatif, et ne nous attardons pas plus sur le « bac à sable » ouvert – sans autorisation, sans surveillance et sans restriction (hormis les exigences de lutte anti-blanchiment et d'information du public) – aux entreprises acceptant des dépôts jusqu'à 1 million de francs, ce qui devrait donner une belle marge de manœuvre aux créateurs d'activité.

En revanche, il faut nécessairement s'arrêter sur le troisième pilier du futur texte, une licence FinTech, qui serait inédite dans le monde. Réservée aux jeunes pousses réalisant des opérations « passives » (excluant, par exemple, les transformations d'échéances), dont le montant total des dépôts sera inférieur à 100 millions de francs, elle réduira les contraintes normalement posées aux banques, notamment en matière de fonds propres (5% des dépôts et 300 000 francs au minimum) ou de contribution au système de protection des déposants (dont elles seront exemptées).

Bien sûr, la Suisse ne fait pas partie de l'Union Européenne et elle n'offre donc pas aux startups qui s'installent sur son territoire les mêmes possibilités de déploiement dans 28 pays que ses concurrentes. Néanmoins, les avantages qu'elle leur propose constituent de sérieux arguments pour les attirer, surtout celles dont le modèle est moins dépendant de la localisation juridique (par exemple autour des monnaies virtuelles). Ainsi prises en tenaille, les autres capitales européennes vont devoir rapidement ajuster leurs politiques trop conservatrices si elles ne veulent pas continuer à se laisser distancer…

Conférence de presse du conseiller fédéral Ueli Maurer

vendredi 4 novembre 2016

Citi lance la contestation d'opération sur mobile

Citi
L'idée est tellement triviale qu'il semble indécent de parler d'innovation. Pourtant, la nouvelle fonction que Citi vient d'ajouter à son application de banque mobile ne se contente pas d'être une première, elle devrait aussi – et surtout – ravir les clients, tout en étant potentiellement porteuse d'efficacité opérationnelle. Il était temps d'y penser !

Il s'agit donc de la possibilité de contester une transaction directement depuis le relevé des opérations de carte de crédit accessible dans l'application mobile de Citi. En quelques gestes, l'utilisateur indique le motif de sa demande – défaut de livraison, achat non reconnu, doublon… – et la transmet à la banque. Une fois cette formalité accomplie, des notifications tiendront le client informé de l'état de sa réclamation, des actions en cours et des suites à attendre, jusqu'à la résolution (ou l'abandon / le rejet) final(e).

Aussi anodin que paraisse le progrès, en comparaison des procédures habituelles, les bénéfices pour les consommateurs seront d'autant plus sensibles qu'ils ressortiront dans des moments particulièrement stressants pour la plupart d'entre eux. Ainsi, outre la simplification des démarches à accomplir, la capacité à réagir immédiatement, à toute heure du jour et de la nuit, constitue un élément déterminant pour la tranquillité d'esprit des clients, que le suivi subséquent de la demande contribuera à renforcer.

App mobile Citi

Par effet miroir, l'initiative de Citi – dont la mise en œuvre ne peut être bien complexe – tend à accréditer l'idée que les autres banques choisissent délibérément de rendre pénible le parcours de contestation de manière à décourager au maximum leurs clients de l'emprunter. Il est vrai que le rendre trop facile peut aisément faire craindre des excès : mais est-ce une raison valable pour nuire à l'expérience utilisateur ? À l'ère digitale, c'est là une décision périlleuse, surtout quand (maintenant) la concurrence fait mieux.

Quoi qu'il en soit, Citi n'a vraisemblablement pas (ou plus) de telles inquiétudes et l'avenir devrait confirmer que ce risque peut être maîtrisé. Il est d'ailleurs probable que, en arrière-plan, des mécanismes de filtrage soient mis en place (y compris pour les réclamations déposées par les canaux traditionnels) afin d'automatiser tout ou partie du traitement des dossiers sans équivoque (un peu à l'instar de ce que l'assureur BNP Paribas Cardif souhaitait faire il y a peu dans la gestion de sinistres). Par ailleurs, le dispositif devrait aider à rationaliser les processus de gestion des contestations.

Timidement, une fonction additionnelle fait donc son entrée sur le canal mobile, qui, de la sorte, propose peu à peu tous les services offerts par la banque. Est-il encore nécessaire de rappeler que le premier enjeu du monde moderne est de permettre aux clients d'utiliser le mode d'interaction qu'ils préfèrent en toutes circonstances et que, pour cela, il faut que toutes les options soient disponibles sur tous les supports ? Voilà pourquoi le petits pas de Citi n'est pas aussi insignifiant qu'on pourrait le croire de prime abord…

jeudi 3 novembre 2016

Révolution tranquille dans le conseil patrimonial

McKinsey Insights
Après un accueil initial marqué par le scepticisme, les plates-formes automatisées de conseil patrimonial commencent désormais à se faire une place chez les acteurs historiques, soit à travers des partenariats avec les nouveaux entrants, soit par des initiatives internes. McKinsey fait le point sur la transformation du secteur et ses perspectives.

Sans grande surprise, le premier constat dressé par les auteurs – comme en écho à la récente actualité hexagonale – est celui de la faible emprise des modèles « digitaux » sur le marché. Les grands « robo-advisors » américains, Betterment et Wealthfront, atteignent des valorisations pharamineuses qui soulignent les espoirs qu'ils suscitent, mais, avec moins de 5 milliards de dollars sous gestion chacun, ils ne représentent encore qu'une goutte d'eau dans un océan estimé à 20 000 milliards (aux États-Unis)…

Plus intéressant (et plus rare), les recherches de McKinsey tendent toutefois à démonter que le taux de satisfaction des clients de services automatisés est – 5 à 10 fois ! – plus élevé que celui des personnes confiant leur fortune à un conseiller traditionnel. La qualité de l'expérience utilisateur est un facteur essentiel de ce résultat et elle s'exprime non seulement lors de l'entrée en relation, mais dans l'ensemble des processus : consultation et suivi de compte, versements additionnels, changements d'allocations, retraits…

En parallèle, un mouvement remarquable se dessine. Si, de manière générale, les clients nantis sont plutôt fidèles à leur conseil, ils semblent plus enclins à déplacer une partie de leur patrimoine entre institutions (2 000 milliards de dollars auraient ainsi changé de « mains » en 2015), et la tendance devrait s'accélérer, sous les effets conjugués des évolutions réglementaires et du développement des solutions numériques.

Article McKinsey Insights

Conclusion (intermédiaire), tout indique que les startups de la gestion automatisée sont probablement promises à un avenir radieux, surtout si elles parviennent à renforcer leur notoriété, aujourd'hui extrêmement faible (moins de 10% des clients du conseil en patrimoine américains connaissent l'existence de Betterment ou Wealthfront). Elles seront aidées, en cela, par un transfert massif de la recherche de produits d'investissement vers les canaux électroniques (30 à 35% actuellement), au détriment des recommandations d'amis, du bouche à oreille et autres sources habituelles.

Pour les acteurs en place, les chiffres rassurants ne doivent pas tromper et le défi est à relever maintenant. Les actions doivent porter dans toutes les directions à la fois : affirmer une présence marketing dans l'univers « digital » (pour éviter de disparaître des radars lors de la sélection initiale), procurer une expérience utilisateur exceptionnelle à toutes les étapes de la relation (de manière à fidéliser les clients), offrir des solutions mobiles convaincantes (afin de multiplier les interactions… et renforcer la proximité)…

mercredi 2 novembre 2016

Quand un assureur dérape sur les données personnelles

Admiral
Voici l'histoire d'une compagnie d'assurance britannique, Admiral, qui lance un nouveau produit pour les jeunes conducteurs, reposant sur un « profilage » individuel par leur compte Facebook. Somme toute, une utilisation des données personnelles telle qu'on en prend doucement l'habitude. Mais, cette fois, rien ne s'est passé comme prévu…

L'idée de départ, bien que potentiellement dérangeante pour une partie de la population, ne semblait pourtant pas beaucoup plus intrusive que bien d'autres – dont les assurances ajustées selon le comportement de conduite, qu'Admiral propose également, sans créer l'émoi. En résumé, il s'agissait de compenser l'absence d'historique des débutants par une analyse « scientifique » de leur compte Facebook (principalement sur le style et contenu des messages publiés), de manière à évaluer leur personnalité et, par comparaison avec un échantillon représentatif, leur niveau de prudence au volant.

À la clé, une réduction de prime comprise entre 5 à 15% aurait récompensé les candidats considérés comme les moins « dangereux ». Le tout était assorti des précautions d'usage, depuis une garantie d'accès ponctuel (non récurrent) aux informations sur le réseau social jusqu'à la sécurisation des données traitées, en passant par le contrôle laissé à l'internaute de décider librement de ce qu'il souhaite partager avec la compagnie (au détriment, potentiellement, de ses espoirs de réduction sur les prix, bien entendu).

FirstCarQuote

Las, le plan s'est effondré et Admiral ne devrait finalement proposer qu'une option d'identification par le compte Facebook, destinée uniquement à faciliter la transmission des informations d'identité. Entre temps, une association de défense des droits des consommateurs s'est en effet élevée contre les pratiques de l'assureur, tandis que Facebook s'inquiétait d'une possible violation de ses conditions générales d'utilisation (qui interdisent explicitement des réductions de taux de crédit selon le profil, entre autres).

Il restera, malgré tout, quelques fonctions originales à sauver dans le naufrage de FirstCarQuote (quand il sera effectivement commercialisé, s'il survit). Ainsi, j'aime particulièrement – dans la mesure où il serait réellement personnalisé – le principe de recommandation d'un véhicule adapté au conducteur novice (dans le cas où il n'en possède pas encore), lui permettant de minimiser le coût de son assurance.

Comme dans les affaires précédentes (parmi lesquelles celle d'ING est présente dans toutes les mémoires de banquiers), il subsiste une part de mystère dans le déclenchement de l'hostilité vis-à-vis d'initiatives relatives à l'exploitation des données personnelles. En l'occurrence, on peut émettre l'hypothèse d'une réaction particulièrement virulente (au Royaume-Uni ?) à l'accès aux contenus publiés sur Facebook. Mais il faudrait alors souligner l'ambiguïté qu'il y a pour les consommateurs (et les associations) à accepter des applications similaires (voire pires) de la part du réseau social…

mardi 1 novembre 2016

Santander virtualise le cash sur Ethereum

Santander
Au milieu de la vague d'applications plus ou moins farfelues que suscite la mode de la technologie « blockchain », quelques acteurs éclairés continuent à explorer le potentiel des concepts qui en sont à l'origine, tels que Bitcoin ou Ethereum. En collaboration avec Ether.Camp, Santander fait désormais partie de ce club relativement discret.

En l'occurrence, l'expérimentation en cours avec CashEth ne sera certainement pas perçue comme révolutionnaire, puisqu'elle consiste simplement à émettre une monnaie virtuelle, directement adossée à une monnaie « réelle ». En parfait alignement avec les fondements des crypto-devises, la vision sous-jacente est d'adapter les instruments de paiement historiques – basés sur des pièces, des billets, des chèques, des cartes… – au monde de plus en plus numérique et dématérialisé d'aujourd'hui.

La particularité de CashEth est d'utiliser un « smart contract » (que je traduirais ici par « contrat programmé » plutôt qu'intelligent) – déployé sur le réseau Ethereum – pour gérer l'ensemble du système. Ces algorithmes vont donc prendre en charge, de manière entièrement autonome, la conversion entre monnaies réelle et virtuelle (dans les deux directions), les échanges entre participants, la tenue des positions… Son fonctionnement est ainsi optimisé, mais, pour l'utilisateur final, il ne s'agira, en apparence, que d'un porte-monnaie électronique comme un autre, libellé en dollars ou en euros.

Accueil Ether.Camp

Dans la mise en œuvre qu'en envisage Santander, la frontière entre les deux mondes – physique et en ligne – sera aussi transparente que possible. Il est question, en particulier, d'intégrer une option de conversion au cœur des services de banque en ligne, permettant d'alimenter ou de retirer des fonds du compte CashEth facilement (en attendant une automatisation totale ?). Par ailleurs, la banque mise sur l'adaptation du dispositif aux micro-paiements (à partir de 1 cent) pour en stimuler l'adoption.

Au-delà de l'expérimentation, un porte-monnaie électronique géré sur Ethereum a-t-il une chance de s'imposer ? D'un point de vue technique, l'idée est séduisante car les « contrats programmés » offrent une efficacité incomparable. Dans la pratique, les obstacles habituels devront être levés, notamment en termes d'adoption (par les consommateurs et par les e-marchands). L'intérêt montré par plusieurs banques (outre Santander) incite à l'optimisme, si, toutefois, elles convergent vers une implémentation commune et évitent la tentation de déclinaisons propriétaires incompatibles.