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C'est pas mon idée !

mercredi 1 mai 2019

Cushion négocie les frais bancaires pour vous

Cushion
Les institutions financières ont une fâcheuse habitude d'opacité quant aux frais qu'elles facturent à leurs clients. Afin de restaurer un peu de transparence dans la relation, la jeune pousse américaine Cushion propose non seulement de les mettre en lumière mais également de prendre en charge les négociations pour les réduire, voire les éliminer.

Le niveau des taux d'intérêt historiquement bas de ces dernières années a mis à mal le modèle économique traditionnel des banques, basé sur l'écart entre la rémunération des dépôts et le coût du crédit. La plupart d'entre elles ont réagi en basculant vers une logique de commissions et autres frais prélevés sur toutes sortes d'opérations et services. Et ils se font suffisamment discrets pour ne pas alerter les intéressés, y compris quand la législation (française) impose un récapitulatif annuel de ces ponctions.

Comme quelques autres startups qui s'attaquent à la maîtrise des dépenses des consommateurs, Cushion commence par demander à ses utilisateurs d'autoriser une connexion à leurs comptes courants et leurs cartes de crédit. Celle-ci va lui permettre d'explorer l'historique des transactions enregistrées puis, grâce à ses algorithmes, d'identifier toutes les charges imputées par la banque, sur les virements, sur les achats et retraits réalisés à l'étranger, sur les découverts, pour la « tenue de compte »…

Dans sa version beta actuelle (en accès privé), l'ensemble des échanges se déroule sous forme conversationnelle, au sein de Facebook Messenger. Quand il présente les résultats, le « bot » de Cushion demande à son interlocuteur s'il souhaite contester les frais qui ont été détectés (gratuitement). Dans l'affirmative, il va alors entamer une négociation en utilisant la messagerie privée mise à la disposition de son client par l'établissement visé. En cas de succès, la startup retient 25% des montants restitués, à titre d'honoraires.

Cushion - Your bank fees waived effortlessly

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'approche fonctionne : il s'avère que les banques sont largement disposées à répondre favorablement aux demandes de remboursement ou de remises et Cushion affirme avoir déjà rendu plus d'un million de dollars à ses quelques milliers de testeurs. La réalité est que, en général, les coûts élevés d'acquisition de clientèle et de gestion des réclamations dans le secteur financier justifient des efforts lorsqu'une pression amicale est exercée et que le processus est automatisé.

Au-delà de ce premier concept, l'ambition de son fondateur est de positionner Cushion, plus largement, sur un créneau que les plates-formes de gestion de finances personnelles classiques tendent à ignorer, consistant à rechercher et activer toutes les sources d'économies sur les dépenses du quotidien. Ainsi, les prochaines étapes pourraient concerner, par exemple, la renégociation des taux d'intérêt ou l'alignement des échéances de règlement des factures d'électricité ou de chauffage sur les jours de paye.

Les méthodes mises en œuvre devraient en outre devenir plus agressives, notamment en intégrant la possibilité de changer d'établissement – que le « bot » continuerait à assurer automatiquement – de manière à obtenir des conditions tarifaires plus avantageuses. Les institutions qui se lamenteraient devant l'apparition de tels outils, menaçant directement leurs rentes, ne pourront que s'en prendre à elles-mêmes et à leur mépris persistant pour les attentes légitimes de transparence exprimées par leurs clients.

mardi 30 avril 2019

La voiture qui possède son propre porte-monnaie

Jaguar
Prédite depuis longtemps, la voiture connectée gérant son propre porte-monnaie virtuel s'apprête à faire un grand pas en avant, avec une expérimentation de « Smart Wallet » actuellement menée par Jaguar Land Rover sur son site de recherche de Shannon, en Irlande, où ses ingénieurs travaillent également sur la conduite autonome.

Si quelques concepts du genre ont déjà été présentés par le passé, à l'instar du service FordPass (lancé en 2016), ils étaient jusqu'à maintenant circonscrits à un simple instrument de paiement associé au compte du conducteur (généralement une carte de crédit). Deux particularités apparaissent aujourd'hui avec la nouvelle déclinaison proposée par Jaguar Land Rover : le véhicule est potentiellement lui-même propriétaire du porte-monnaie dont il est équipé, ce qui lui permet d'encaisser l'argent qu'il gagne.

À ce stade du projet, les possibilités de rémunération resteraient limitées. En effet, le modèle initial envisagé consisterait uniquement à rétribuer le partage de données, si le conducteur l'accepte (ce qui pourrait rapidement nous ramener aux questions éthiques que je soulevais hier). Les informations météorologiques, les conditions de circulations, l'état de la voirie… détectés et analysés par les capteurs de l'automobile seraient alors « vendus » aux fournisseurs de logiciels de navigation ou aux autorités locales.

L'autre versant du dispositif paraît plus classique, opérant comme un compte prépayé : les montants collectés de la sorte, éventuellement complétés de versements volontaires (réalisés par des moyens traditionnels), pourront servir à régler automatiquement, sans intervention humaine, les péages autoroutiers, les dépenses de stationnement, les frais de recharge électrique… ou bien à s'offrir un café ou un rafraîchissement.

Porte-monnaie intelligent de Jaguar Land Rover

Il est impossible de ne pas mentionner une dernière originalité du « Smart Wallet », tant la communication officielle insiste lourdement sur cet aspect : la technologie sous-jacente repose sur un registre distribué, fourni par la fondation IOTA, et les primes reçues sont libellées en cryptodevise (sans plus de précision). Comme souvent, l'avantage technique de ce choix reste à démontrer mais il faut peut-être y percevoir une tactique réglementaire destinée à faciliter l'attribution d'un porte-monnaie virtuel à un objet.

Cette première application est embryonnaire mais il est facile d'imaginer qu'elle se développera avec l'évolution des mobilités. Car, de toute évidence, la voiture autonome de demain réclamera aussi son autonomie financière. Celle-ci lui procurera, par exemple, la capacité d'encaisser les recettes des trajets partagés ou des courses de taxi et de payer son entretien. La même dynamique s'emparera ensuite d'une multitude d'objets connectés (dont l'habitation sera un autre domaine privilégié), avec des implications que nous effleurons à peine sur nos habitudes vis-à-vis de l'argent.

lundi 29 avril 2019

Ma vie privée contre un crédit

ConfirmU
La boîte de Pandore de l'ère « digitale » est donc définitivement ouverte : quand la jeune pousse d'origine israélienne ConfirmU demande aux consommateurs désireux d'obtenir un prêt un accès presque illimité aux données de leur smartphone afin d'évaluer leur risque de défaut, une frontière éthique est probablement franchie…

La promesse est classique et répond à l'un des grands défis de l'inclusion financière : comment permettre à des individus dont l'historique de crédit est inexistant ou insuffisant de bénéficier de conditions d'emprunt correctes ? Un moyen de plus en plus répandu aujourd'hui consiste à analyser les comportements des demandeurs vis-à-vis de l'argent à partir d'informations provenant de sources diverses et variées, de manière à estimer, notamment, leur propension et leur capacité à rembourser leurs dettes.

Avec la solution de ConfirmU – qui se présente sous la forme d'un kit que les institutions financières n'ont plus qu'à intégrer dans leur application mobile – ce processus est simplifié à l'extrême puisqu'il suffit d'autoriser l'exploration des entrailles du téléphone pour le laisser remplir son office en quelques secondes. Sont ainsi collectés et exploités les lieux visités (identifiés par les données de suivi GPS), les paiements initiés sur mobile, les échanges menés par SMS, les interactions sur les médias sociaux…

Dans le parcours type de la startup, s'ajoute encore une sorte de test psychologique, organisé en conversations par messages textuels et constitué d'une série de questions (disponible en une douzaine de langues) sur les raisons de la sollicitation d'un prêt et sur la situation générale de l'utilisateur. Son objectif est de déterminer la sincérité des intentions de l'emprunteur. Une étape complémentaire d'analyse vocale peut même compléter le dispositif pour renforcer la détection des tentatives de fraude.

Accueil ConfirmU

L'ambition de ConfirmU d'offrir des services financiers utiles à des populations qui en sont habituellement écartées est certainement authentique et louable. Il est pourtant difficile de ne pas s'inquiéter de l'approche extensive retenue, qui, à une époque où nos téléphones sont les réceptacles de notre intimité, revient à mettre entièrement à nu la vie privée des clients, sous couvert de mesure de leur fiabilité. L'interrogation doit donc être maintenant mise sur la table : où faut-il placer la limite à ne pas franchir ?

L'enjeu n'est pas uniquement de s'orienter progressivement vers une société dans laquelle le citoyen sera contraint de partager ses données personnelles pour obtenir les services dont il a besoin, via des mécanismes manquant souvent de transparence, de surcroît. Il sera aussi rapidement question d'éviter la création d'une nouvelle fracture entre des nantis qui continueront à jouir d'une véritable vie privée (grâce au recours à des méthodes alternatives) et les classes défavorisées qui n'auront pas cette opportunité.

Voilà pourquoi les discours, en vogue, suggérant une « marchandisation » des données personnelles pointent dans une direction extrêmement dangereuse : considérer les éléments d'intimité de la personne comme un patrimoine qui peut être valorisé économiquement a toutes les chances de créer des dérives et des déséquilibres du même ordre que, par exemple, les pratiques de commercialisation d'organes humains.

dimanche 28 avril 2019

Oubliez les clichés sur la Génération Z

Rêve
Quand on évoque la Génération Z – celle qui, grosso modo, désigne les jeunes nés au XXIème siècle et, donc, immergés depuis toujours dans un environnement technologique –, on l'associe presque toujours à une soif de consommation, même si celle-ci prend des formes nouvelles. Quelques études récentes en révèlent pourtant une autre facette…

Pour quiconque n'a pas approfondi sa connaissance de cette population qui commence à arriver sur le marché du travail, les résultats de l'enquête menée par Bank of America auprès d'un échantillon représentatif (aux États-Unis) constitueront certainement une surprise, capable de remettre en cause bon nombre de clichés : ceux qui désirent acquérir une maison ne veulent pas attendre leurs vieux jours pour concrétiser leur rêve et ils sont effectivement prêts à consentir des sacrifices pour y parvenir.

Plus précisément, 59% des 18 à 23 ans concernés (la classe d'âge retenue pour ce rapport) ont l'ambition d'acheter leur première résidence avant 5 ans. Et ils ne se contentent pas de fantasmes : plus de la moitié ont déjà initié une démarche d'épargne dans ce but. En outre, leurs motivations sont sensiblement différentes de celles de leurs aînés, puisqu'ils placent leurs priorités sur la fondation d'une famille (pour près de 6 personnes sur 10) et la constitution progressive d'un patrimoine (environ une sur deux).

Bank of America – Spring 2019 Hombuyer Insights Report

Beaucoup de ces aspirants à la propriété immobilière comptent sur une aide financière de leurs proches afin de réaliser leur projet, mais ils prennent également leurs responsabilités, par exemple en s'astreignant à maîtriser leurs dépenses, en envisageant d'occuper un second emploi (près de la moitié y pensent), en sélectionnant une université qui limitera leur endettement (un tiers des répondants) ou encore en habitant chez leurs parents, ce que corrobore aussi un sondage de BMO au Canada. Les économies qu'ils font de la sorte alimentent leur futur apport personnel.

Certes, les statistiques restent silencieuses sur la proportion des membres de la Génération Z qui rêvent d'acquérir une maison. Il n'en reste pas moins qu'une partie de ce groupe est fort éloignée de la vision traditionnelle du jeune qui ne vit que pour ses loisirs et ses achats frivoles, sans se préoccuper de son avenir. La conclusion minimale à tirer de ces constats est qu'il faut toujours se méfier des excès de généralisation : quels que soient les traits qui les rapprochent, les individus ont tous un profil unique…

Maison de rêve

samedi 27 avril 2019

Une confiance en la banque restaurée ?

Équilibre
Dix ans après la terrible crise qui déclencha un vaste mouvement mondial de rejet des grandes institutions financières, la toute dernière enquête de satisfaction du cabinet J.D. Power révèle que les consommateurs américains semblent leur accorder de nouveau leur confiance. Mais ce revirement ne serait-il pas purement conjoncturel ?

L'enquête, menée au long de l'année écoulée auprès de 84 000 clients de 200 banques, laisse en effet apparaître des résultats contrastés. D'un côté, les changements d'établissement sont au plus bas (à 4% en moyenne) et la satisfaction globale est en hausse, même si elle reste en-deçà de ses niveaux d'avant-crise. En outre, les moins de 40 ans privilégient fortement les grandes enseignes – qui captent dorénavant presque la moitié des dépôts – par rapport à leurs concurrentes régionales ou locales.

Mais d'autres indicateurs devraient éveiller l'attention. Par exemple, en examinant le détail des critères de satisfaction, il ressort que la richesse des services « digitaux » (surtout pour les banques les plus importantes), la baisse des frais et la valeur perçue des produits distribués contribuent à la hausse constatée… au contraire de la qualité du conseil, de la capacité à résoudre (rapidement) les problèmes et, plus généralement, du support à distance (via téléphone, mail, tchat, médias sociaux…), tous en déclin sensible.

Le premier enseignement (global) à tirer de cette analyse est que, dans une large mesure, les progrès accomplis ces dernières années en matière de gestion des opérations via le web et, surtout, le mobile suffisent à combler les clients pour leurs besoins courants. Pour J.D. Power, la facilité d'accès ainsi apportée est considérée comme le facteur déterminant qui conduit à ne pas envisager de migrer vers un autre fournisseur – à mettre en regard des efforts requis et des frictions que génèrent une telle opération.

En revanche, la relation de proximité pâtit de cette évolution et les consommateurs expriment clairement leur mécontentement vis-à-vis de ce phénomène. Les réseaux d'agences, qu'ils soient ceux des acteurs locaux (plus recherchés, apparemment, dans les zones rurales) ou ceux des grands groupes (dont certains sont actuellement en expansion), parviennent de moins en moins à répondre au désir des clients d'être écoutés et de bénéficier d'un accompagnement personnalisé (en opposition à leur conviction qu'ils ont affaire à des fournisseurs uniquement motivés par la vente de leurs produits).

L'écart continue donc à se creuser entre une approche en libre-service, efficace, des services financiers basiques, qui satisfait la majorité des utilisateurs, et une « banque de conseils », à forte valeur ajoutée, qui est plus ou moins en train de disparaître sous nos yeux parce que, d'une part, elle n'a pas réussi à s'imposer dans le modèle moderne de relation en agence et que, d'autre part, son développement sur les canaux « digitaux » n'est souvent même pas intégré dans les stratégies des institutions financières.

Et cette lacune constitue certainement une bombe à retardement pour le secteur…

Conflit

vendredi 26 avril 2019

Tesla révolutionnera aussi l'assurance

Tesla
Une collaboration avec AXA pour une couverture intégrée à l'achat de la voiture, des réflexions sur l'avenir de l'assistance automobile, des échanges de données avec des acteurs intéressés par l'émergence de la conduite autonome… Comme on pouvait le pressentir depuis quelques mois, Tesla lancera bientôt son propre contrat d'assurance.

Selon un scénario typique de sa personnalité, Elon Musk, son directeur général, a en effet incorporé cette annonce dans une conférence téléphonique qu'il donnait aux analystes financiers, à l'occasion de la présentation des résultats trimestriels du constructeur. Fidèle à son habitude, il n'a pas fourni beaucoup de détails sur l'offre qui sera proposée, si ce n'est qu'elle devrait être beaucoup plus intéressante que les produits disponibles aujourd'hui et qu'elle pourrait être commercialisée dès le mois prochain.

L'initiative ne peut réellement constituer une grande surprise, puisqu'elle s'inscrit en droite ligne de la promesse – faite lors du même événement – du déploiement en 2020 de capacités de conduite totalement autonome sur les véhicules de la marque. Si le secteur de l'assurance frémit ces derniers temps face à la perspective de cette révolution de l'automobile, aucune compagnie (ni aucune startup) n'a pour l'instant de solution opérationnelle à mettre sur le marché, dans des conditions d'exploitation industrielles.

Cependant, l'enjeu pour Tesla ne se réduit pas à lutter contre la timidité des progrès enregistrés dans la réinvention de l'assurance pour un monde dans lequel le responsable d'un accident n'est plus un pilote humain. Son ambition est également de concevoir de nouvelles approches d'évaluation des risques, basées sur la masse considérable d'informations produite par les véhicules modernes, permettant à la fois de maîtriser le modèle global et de personnaliser les garanties selon le profil du propriétaire.

Insure My Tesla

Quand Elon Musk précise que les données générées par les voitures de Tesla sont déjà partagées avec les assureurs, il semble indiquer, indirectement, qu'il juge très insuffisants les efforts de ces derniers pour prendre en compte les particularités de la marque et les évolutions technologiques introduites dans sa production pour améliorer la sécurité. Son discours vient ainsi apporter un éclairage différent sur le débat (voire le conflit) qui oppose par ailleurs constructeurs et assureurs sur l'accès aux données…

Quoi qu'il en soit, avec cette extension de sa palette de compétences, Tesla poursuit agressivement sa stratégie d'« expérience de l'automobile », intégrant à l'acquisition du véhicule l'ensemble des services nécessaires, de manière transparente (et économique). Outre le surcroît de simplicité et de fluidité de la relation pour ses clients, il s'agit de la seule manière d'innover en cohérence, dans un écosystème où, malheureusement, les parties prenantes ne parviennent pas toutes à suivre le rythme des transformations.

jeudi 25 avril 2019

Visa Next, des API pour les émetteurs de cartes

Visa
Dans l'univers financier, bien que la DSP2 vienne immédiatement à l'esprit quand le sujet est abordé, l'ouverture et les APIs ne se résument pas à la consultation des comptes. L'enjeu est bien de rendre facilement et instantanément accessible tous les services existants, de manière à les intégrer dans des expériences client optimisées.

Forte de cette vision, Visa lance donc une plate-forme ayant vocation à exposer, à terme, toutes les fonctions qu'elle commercialise sous forme d'APIs. L'ambition que porte cette initiative est d'offrir aux émetteurs un moyen extrêmement flexible et moderne d'introduire des innovations utiles pour leurs porteurs. Dans sa première itération, aujourd'hui en version beta, ce sont essentiellement des capacités (particulièrement riches) de génération et configuration de cartes qui sont proposées de la sorte.

Plus précisément, grâce à ces interfaces, il devient possible – depuis une application destinée au grand public, le cas échéant – de créer des cartes, réelles ou virtuelles, de les intégrer dans des porte-monnaie mobiles de toutes sortes (Apple, Google…), d'en paramétrer précisément les conditions d'utilisation (par catégorie de dépense, par géographie, par marchand, selon un plafond pré-défini…) de fournir en temps réel des informations détaillées sur les demandes d'autorisation et les transactions réalisées…

Parmi les opportunités que laisse entrevoir la mise à disposition de ce catalogue, Visa imagine de donner à des parents la faculté de composer en quelques gestes une carte personnalisée pour un enfant, attachée à leur propre compte, utilisable uniquement pour une sortie au cinéma ou dans le cadre d'un voyage scolaire, par exemple. Autre scénario, les concepteurs de porte-monnaie électroniques chinois (Alibaba, WeChat…) pourraient fournir à leurs clients, à la demande, un instrument de paiement universel à l'étranger.

Accueil Visa Next

Ces idées n'attendent que d'être développées et la publication – déjà planifiée sur le reste de l'année – de services supplémentaires permettra de libérer toujours plus la créativité des émetteurs. Entre autres futures extensions, est notamment évoquée la gestion des programmes de fidélité et offres promotionnelles, ainsi qu'un intrigant concept de financement flexible (s'agirait-il de permettre au consommateur de choisir à posteriori l'affectation de chacune de ses dépenses sur le compte le plus approprié selon les circonstances, comme l'envisageait autrefois PayPal avec son paiement flottant ?).

Le déploiement de Visa Next est une réponse à une tendance qui a émergé il y a plusieurs années (souvenons-nous de Marqeta) et qui a maintenant de sérieuses chances de prendre de l'ampleur (comme l'esquissait Stripe l'été dernier). En effet, la démocratisation de l'émission de carte (et des services liés) correspond naturellement au mouvement généralisé vers l'immersion des paiements dans les expériences de vie des utilisateurs. Il serait embarrassant pour un des principaux réseaux mondiaux de laisser durablement un tel marché aux mains de jeunes pousses plus agiles que lui…

mercredi 24 avril 2019

Expérience transparente, de GMail à Google Pay

Google
À peine un an après avoir commencé à enrichir son porte-monnaie mobile avec la capacité d'y ajouter des coupons de réduction, cartes de fidélité, billets en tout genre et autres cartes d'embarquement, Google s'ingénie à rendre l'expérience des utilisateurs toujours plus simple, grâce à une intégration automatique avec sa messagerie GMail.

Dans le monde dématérialisé d'aujourd'hui, la plupart des informations que nous recevons nous parviennent par courriel, qu'il s'agisse des promotions de nos commerces préférés, du suivi des comptes que nous détenons auprès de grandes marques, des confirmations de réservation de spectacle ou de voyage… Avec Google Pay, il suffit donc maintenant d'activer l'analyse automatique de la boîte de réception des messages sur son smartphone pour que toutes ces données soient captées et « virtualisées ».

La faculté d'insérer dans le porte-monnaie des items divers et variés constituait déjà un progrès par rapport à son équivalent dans le monde réel, en permettant de toujours disposer des justificatifs nécessaires à portée de la main, parfois même mis en avant spontanément au moment et/ou dans le lieu où il sont requis (par exemple à l'approche de l'heure de décollage d'un avion, à l'aéroport). Désormais, il devient donc également possible de ne plus devoir se préoccuper d'enregistrer les éléments concernés.

Bien entendu, cette facilité représente un moyen pour Google de développer l'usage de sa solution de paiement et d'en faire un service indispensable. Mais il s'agit aussi d'adapter sa palette d'outils aux attentes des consommateurs, en simplifiant toujours plus leurs parcours. Ainsi, après l'échec de son réseau social, l'entreprise explore les opportunités de transformer sa messagerie, extrêmement populaire, en une plate-forme qui centralise les actes de la vie quotidienne, comme l'illustre, par ailleurs, l'apparition récente d'actions associées aux messages (commenter un document, comparer les hôtels…).

Le fait est incontournable : l'avenir est aux « expériences » et toute application, quelle que soit ses qualités, qui ne s'inscrit pas dans la perspective de l'environnement et du contexte de son utilisateur risque de perdre rapidement toute pertinence. Les géants du web sont naturellement les mieux placés pour adopter une telle vision, la diversité de leurs catalogues leur permettant de constituer leur propre écosystème. Pourtant, ils ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes et il reste donc de la place – beaucoup de place, en réalité – pour les acteurs qui comprennent comment participer à cette évolution.

GMail

mardi 23 avril 2019

Quand un assureur exploite les API bancaires

Friendsurance
En attendant une concrétisation du standard d'assurance ouverte que son responsable des partenariats appelle de ses vœux, Friendsurance, le trublion allemand du secteur, tire désormais parti de l'accès aux comptes bancaires des consommateurs autorisé par la deuxième directive européenne des services de paiement (DSP2).

C'est dans le cadre de son offre « Friendsurance Business » destinée aux institutions financières et, plus précisément, à l'occasion de l'annonce [PDF] de la collaboration de la startup avec la compagnie R+V Versicherung que Tim Kunde, son fondateur, révèle quelques détails de cette nouvelle approche. En l'occurrence, il s'agit de proposer aux clients particuliers de l'entreprise une application de gestion personnelle d'assurances, sorte d'équivalent de ce qu'est la gestion de finances personnelles pour l'argent.

Dans cet esprit, l'objectif de la solution est donc de fournir aux utilisateurs une vue à 360° de leurs couvertures (dans tous les domaines) et de se tenir à l'affût des opportunités de les optimiser au fil de leur vie quotidienne, en prodiguant toutes les recommandations pertinentes (qui, naturellement, se traduiront pour l'assureur partenaire par des possibilités de vente de produits). En arrière-plan, la magie de la promesse est rendue possible grâce à une analyse multi-dimensionnelle des transactions bancaires.

Afin de profiter pleinement de tous les avantages de l'application, le client est en effet rapidement invité à autoriser la consultation de ses comptes (par l'intermédiaire des interfaces de l'agrégateur finAPI). Il peut ainsi éviter, d'emblée, d'avoir à saisir lui-même les différentes polices d'assurance qu'il a souscrites : dans la plupart des cas, les règlements de primes détectés au sein de l'historique d'opérations suffisent pour identifier précisément les contrats correspondants, quels qu'en soient les fournisseurs.

Friendsurance Business

Mais la valeur de la connexion directe à la banque devient encore plus intéressante par la suite. Car le suivi de l'activité financière permet aux algorithmes de la jeune pousse de repérer les événements qui peuvent justifier des ajustements. Outre l'ajout au portefeuille des éventuelles nouvelles assurances acquises, les changements importants de situation personnelle ou familiale donneront lieu à des conseils contextualisés.

Par exemple, le versement d'une prime de naissance, laissant supposer que le foyer s'agrandit, procurera une occasion de suggérer d'étendre les bénéfices d'une couverture santé. Ou bien une évolution significative de loyer déclenchera une incitation à vérifier si les conditions de l'assurance habitation nécessitent une actualisation. Dans tous les cas, les recommandations peuvent être émises automatiquement dans l'application ou être d'abord soumises à un conseiller (humain) qui les évoquera avec son client.

La solution de Friendsurance intègre également, sans surprise, un module comparateur. Celui-ci se démarque des plates-formes traditionnelles en commençant par présenter une évaluation de la qualité des protections existantes (établie par un organisme tiers, Franke & Bornberg). Il suffit ensuite de répondre à quelques questions, permettant de préciser les besoins, pour obtenir une contre-proposition de la part de l'assureur partenaire, notée par la même société, qui ne sera alors recommandée que si elle semble meilleure.

Petit à petit, le potentiel de la banque ouverte prend corps : les acteurs de tous secteurs prennent conscience que l'accès aux comptes de leurs clients et prospects représente un moyen facile et objectif de découvrir leurs comportements, leurs habitudes, leur personnalité, leur situation… et de leur offrir, grâce à cette connaissance, des services ultra-personnalisés, adaptés au mieux à leurs attentes. Une question va toutefois rapidement émerger : jusqu'à quel point les consommateurs accepteront-ils d'accorder à (presque) n'importe qui un droit d'exploitation de leurs données si intimes ?

lundi 22 avril 2019

Deux visions opposées de la FinTech

FinTech
Quand Arun Krishnakumar, investisseur spécialisé dans l'inclusion, esquisse, au fil d'un article pour Daily FinTech, une vision de l'innovation financière contrastant les approches des marchés émergents avec celles des pays développés, il touche un nerf sensible qui mérite certainement d'être exploré un peu plus en profondeur.

Quelques exemples représentatifs de l'histoire de la FinTech en Asie et en Afrique permettent de prendre conscience d'une particularité qui peut être aisément généralisée (même si elle n'est pas entièrement exclusive) : depuis les débuts de m-Pesa au Kenya jusqu'aux incursions financières des acteurs de la mobilité alternative (Bykea, Go-Jek, Grab…), en passant par les incontournables Alibaba et WeChat, ce sont des frictions dans des expériences de vie courante qui ont déclenché la plupart de ces initiatives.

Ainsi, l'histoire des paiements via le téléphone mobile a commencé avant que des opérateurs ne s'en emparent, avec des consommateurs qui s'échangeaient des minutes de communication de manière informelle. Une fois l'opportunité détectée, il ne restait plus qu'à un industriel suffisamment attentif aux besoins de ses clients (Safaricom, en l'occurrence) de capitaliser sur la tendance, en simplifiant l'usage, puis en l'enrichissant de services complémentaires continuant à faire du sens pour les utilisateurs.

Du côté des trublions asiatiques, ce sont plutôt les parcours de consommation qui ont suscité les vocations : sous ses différentes facettes, le m-commerce se trouvait handicapé par des méthodes de paiement inadaptées et, surtout, réservées à une fraction de sa cible de clientèle. Afin de lever un tel frein à leur expansion, les startups locales se sont résolues à prendre le taureau par les cornes et créer leurs propres solutions… qui ne demandent plus ensuite qu'à se développer dans toutes les dimensions.

Par opposition, la FinTech de nos contrées (Amérique du Nord, Australie, Europe…) est beaucoup plus centrée sur le volet financier. Son objectif consiste souvent à tenter de ré-inventer l'expérience des produits et services bancaires (ou d'assurance) eux-mêmes, probablement parce que celle-ci est inscrite dans les habitudes de l'immense majorité de la population et qu'elle constitue de la sorte le point de focalisation des douleurs justifiant une innovation. L'archétype de cette orientation est la néo-banque à l'occidentale.

Le défaut de cette démarche est qu'elle limite singulièrement l'horizon sur les possibilités de rupture, car elle prend pour référence les systèmes existants, qu'il s'agit alors d'améliorer, sans fondamentalement les remettre en cause. Or, dans un monde en pleine transformation, il serait plus utile et, finalement, plus efficace de repartir d'une feuille blanche, afin d'imaginer les outils financiers qui seraient les plus appropriés pour nos nouvelles façons d'interagir, acheter, louer, vendre, échanger, partager…

Mais, en pratique, est-il envisageable d'adopter dans nos régions les recettes des stars chinoises et africaines ? Rien n'est moins sûr. D'une part, leurs solutions peuvent être difficiles à intégrer, telles quelles, dans des pratiques quotidiennes différentes de celles de leur marché d'origine. D'autre part, leurs processus de conception radicale se heurteraient ici aux dispositifs existants, dont l'expérience n'est pas si désastreuse qu'une autre puisse s'imposer rapidement et (plus ou moins) naturellement, par un avantage manifeste.

Pourtant, les exemples de services financiers immergés dans des moments de vie, qui représentent l'avenir du secteur partout sur la planète, apparaissent aussi dans les pays développés. La spécificité à laquelle ils sont confrontés est qu'ils ne peuvent jamais s'affranchir de l'environnement dans lequel ils sont déployés. C'est une contrainte que nul ne peut ignorer, surtout dans la recherche d'inspiration à l'autre bout du monde.

Immersion