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C'est pas mon idée !

samedi 9 juin 2012

Le CAStore ouvre ses portes

CAStore
Avec un léger retard sur son planning initial, le CAStore, annoncé en janvier dernier, accueille depuis cette semaine ses (5) premières applications, exploitant donc les données bancaires des clients qui les adopteront, grâce aux APIs (interfaces de programmation) que le Crédit Agricole met à disposition des développeurs.

En dehors de "Bankly", qui n'est pas encore publiée et dont la description est pour l'instant plutôt sibylline ("accéder à des informations déduites de l'activité de votre compte"), les solutions proposées s'avèrent plus ou moins originales. Ainsi, "Moneytime" semble se contenter de permettre la catégorisation des opérations pour une visualisation graphique de la répartition des dépenses, tandis que "Pimp ma banque" ajoute une touche de personnalisation (image, icône, couleur et police) à la présentation des soldes et des transactions.

Les deux autres me paraissent plus intéressantes. Tout d'abord, "Accesso" cible les besoins des déficients visuels, avec une application extrêmement simpl(ist)e, présentant le solde et les 3 derniers mouvements des comptes, sous une forme adaptée (et personnalisable) : couleurs à fort contraste et caractères géants.

Ecran Accesso

Pour prolonger l'idée, j'imaginerais bien une version "audio", qui énoncerait les montants dans l'écouteur de l'utilisateur (en synthèse vocale) plutôt que de les afficher ainsi au monde entier (ou, au moins, aux curieux qui auraient un œil sur l'écran du téléphone).

Enfin, "Mon découvert" (décidément, les noms de ces applications sont "particuliers") choisit une voie qui présage certainement de l'avenir de la gestion de budget : alors que les solutions actuelles de PFM ne font qu'illustrer le passé, celle-ci essaie de prédire les tendances du solde du compte à une semaine ou un mois, en fonction des comportements historiques.

Ecran Mon découvert

Je suis incapable de me prononcer sur la qualité des prédictions (il faut a minima qu'elles prennent en compte les différents rythmes de dépense, périodiques, saisonniers, liés aux événements de la vie...) mais le principe devrait séduire les utilisateurs qui veulent être aidés concrètement dans la gestion de leurs finances personnelles. Il rappelle d'ailleurs, en plus ambitieux, le "safe to spend" de Simple, qui commence à s'immiscer doucement dans les services d'autres banques.

Quelles conclusions tirer de cette première série de titres ? Comme dans le cas du concours d'Axa Banque, aucune de ces réalisations ne va révolutionner la banque mobile (ou en ligne). Malgré tout, les idées apportées par les développeurs tiers sont éminemment intéressantes pour le Crédit Agricole car elles explorent (toutes) des directions auxquelles la banque n'aurait probablement jamais pensé et elles pourront satisfaire les besoins spécifiques d'une frange de clients. Et, après tout, là était bien l'objectif de l'opération CAStore...

vendredi 8 juin 2012

Une idée pour vos applications mobiles

Une fois n'est pas coutume, ce billet sera consacré aujourd'hui à une de mes idées qui, pour aussi banale qu'elle me paraisse, pourrait être utile aux grandes entreprises qui distribuent des applications mobiles et sont confrontées à la difficulté d'en assurer une qualité optimale ou, à tout le moins, de réagir rapidement en cas d'anomalie.

Une histoire

Commençons par le récit d'une petite aventure qui m'est arrivée cette semaine. L'idée m'a pris d'essayer sur mon téléphone (Android) une application publiée par une banque française (que je ne nommerai pas). Je l'installe donc et commence à explorer ses possibilités. Après quelques minutes, je tombe sur un bogue sérieux : une des options proposées ne fonctionne manifestement pas. Coup de chance, je connais une personne qui pourra faire le nécessaire pour la prise en charge du problème et je lui envoie un petit rapport par mail.

Second épisode, quelques heures plus tard : un "responsable" (je ne connais pas exactement sa fonction) de l'application me contacte et me pose une série de questions complémentaires pour avancer dans son diagnostic. Bravo pour la réactivité ! Mais, au cours de la conversation, je découvre 1) que mon interlocuteur n'a qu'un appareil équipé d'une vieille version d'Android pour tester le logiciel et 2) que l'anomalie que j'ai rencontrée n'a jamais été signalée auparavant, alors que l'application est distribuée (sans modification) depuis plus de 6 mois.

Un commentaire

Je ne sais si le premier constat est généralisable mais il justifie tout de même de rappeler une évidence. Il peut être tentant, quand les développements logiciels sont assurés par un prestataire extérieur, de lui déléguer les tests et le contrôle qualité, mais la confiance qui lui est accordée devrait toujours avoir des limites. En particulier, les responsables internes du projet devraient avoir à leur disposition un minimum de moyens pour pouvoir faire eux-mêmes quelques vérifications rapides lorsque la situation l'exige.

Pour le deuxième point, il ne devrait pas surprendre ceux qui gèrent des applications pour smartphone : les utilisateurs ne s'attardent pas après un dysfonctionnement. Tout au plus mettront-il une mauvaise appréciation avant désinstallation, mais il est hors de question qu'ils fassent le moindre effort pour aider à sa correction. Il peut donc être très difficile d'identifier et de corriger les bogues.

Une solution

Pour trouver un remède efficace à cette situation, observons comment opèrent les professionnels du logiciel : ils distribuent des versions "beta" à un public choisi, motivé, auprès de qui ils recueillent les rapports d'erreurs et les réactions, avant de commercialiser un produit final. Pourquoi ne pas répliquer ce modèle ?

Les institutions financières ont des (dizaines de) milliers de collaborateurs, qui sont aussi clients (en général), et peuvent donc jouer ce rôle de testeurs. Leur position particulière permet de les contacter facilement pour approfondir les problèmes soulevés et, à l'inverse, d'éviter les effets de rejet qui se manifestent par des mauvaises notations et des commentaires laconiques sur les AppStores publics.

S'il leur était proposé d'accéder aux applications de leur entreprise en avant-première (par exemple sur un "store" interne), en leur offrant un moyen simple de remonter les anomalies qu'ils rencontrent, je suis convaincu que la qualité générale des réalisations pourrait être rapidement améliorée, même si une faible proportion d'entre eux joue le jeu (ce qui est le cas général des beta-tests).

La mise en œuvre d'une telle démarche vous semble trop lourde ? Qu'à cela ne tienne, adoptez le plan B ! Dès la sortie d'une nouvelle application mobile (ou d'une nouvelle version), mobilisez les collaborateurs, incitez-les à l'utiliser et donnez-leur une adresse mail à contacter pour signaler les éventuelles erreurs. Faites de même quand vous percevez une tendance négative dans les notations obtenues sur les AppStores ou quand des commentaires signalent un problème qui vous "échappe".

Cela permet de bénéficier "automatiquement" d'une large palette de configurations de tests et de "manières" de manipuler le logiciel, multipliant les chances de détecter et analyser rapidement les dysfonctionnements majeurs et de disposer des moyens de les corriger au plus tôt.

Dans un monde où le mobile prend une importance de premier plan dans l'expérience utilisateur, il devient impératif de garantir une qualité irréprochable des solutions fournies aux clients. Tous les moyens possibles pour y parvenir devraient être adoptés sans hésitation. J'ose espérer que mon idée n'est pas si nouvelle et qu'elle est déjà en vigueur dans certaines entreprises !

jeudi 7 juin 2012

Banque Populaire propose le pilotage des flux sur mobile

Banque Populaire
Dans le prolongement de mon billet précédent (sur Bankinter), l'actualité qui retient mon attention aujourd'hui est à nouveau une initiative à destination de la clientèle des entreprises. Il s'agit cette fois d'une application mobile, publiée par Banque Populaire, qui, à ma grande surprise, la présente comme une première en France.

Disponible pour Android, iPhone et iPad, la dernière version de "Suite Mobile Entreprise" n'offre pourtant pas pléthore de fonctions, puisqu'elle ne comporte que 2 options. Mais il ne fait aucun doute que ce sont les plus importantes, qui devraient satisfaire 90% des besoins des PME : la consultation des soldes et des mouvements sur les comptes détenus dans toutes les banques de l'entreprise et le contrôle et la validation des remises d'opérations en masse (télétransmissions).

Ecran Suite Mobile Entreprise

Banque Populaire affirmant être la 1ère banque principale des PME, il semble logique qu'elle se préoccupe de leurs besoins spécifiques. Or, pour leurs dirigeants, qui portent généralement une multitude de responsabilités et sont souvent appelés à intervenir sur le terrain, un outil mobile constitue une opportunité extraordinaire de garder le contrôle en (quasi) temps réel sur la trésorerie de l'entreprise. Le fait même d'en limiter le périmètre aux fonctions essentielles pour le pilotage est finalement un avantage, par la simplicité d'utilisation qui en découle.

Proposer ce type d'application paraît être une telle évidence que je m'étonne qu'il s'agisse (selon Banque Populaire) d'une exclusivité dans l'hexagone. D'autant que l'idée était déjà dans l'air il y a plus de 18 mois dans d'autres régions du monde, et a été largement déployée depuis, notamment aux États-Unis. Décidément, les entreprises françaises sont encore plus négligées par leur banque que je ne l'imaginais !

mercredi 6 juin 2012

Bankinter ouvre la co-création aux entreprises

Bankinter Labs
Depuis 2009, les "Bankinter Labs" proposent aux internautes de participer à la conception des nouveaux produits et services de la banque espagnole. Cependant, cette initiative ne concernait jusqu'à maintenant que la clientèle des particuliers. Le lancement des "Bankinter Labs Empresas", corrige cette anomalie et ouvre la co-création aux entreprises.

Dans leur fonctionnement actuel, les "Bankinter Labs" offre 3 modèles différents : sondages et discussions autour d'idées d'innovation soumises par la banque, prototypes et expérimentations à tester et recueil des idées émises par les internautes. La version pour entreprises semble reprendre cette diversité mais (peut-être) d'une manière moins cloisonnée, permettant, par exemple, de commenter une suggestion de la banque mais aussi d'y introduire une nouvelle idée, le tout débouchant sur des maquettes à tester.

Ecran Bankinter Labs Empresas

Pour alimenter les premiers échanges, 3 grands thèmes seront abordés :
  • La question cruciale "que vous manque-t-il dans le site web pour entreprises ?".
  • La personnalisation de l'expérience de banque en ligne, ajustable aux besoins de chaque client.
  • L'amélioration des processus de gestion des transferts de fonds.
La palette est donc plutôt large, des préoccupations immédiates aux visions plus futuristes et des services sur internet aux traitements administratifs. Tous les participants devraient donc pouvoir y trouver un intérêt, quel que soit leur état d'esprit, d'autant plus que les sujets restent largement ouverts.

Le choix de décliner le principe des "Labs" de co-innovation dans la banque d'entreprise est, je pense, une première dans le monde, qu'il faudra marquer d'une pierre blanche. En effet, comme dans beaucoup d'autres domaines (on l'a vu avec la banque mobile, notamment), ce segment de clientèle passe souvent au second plan, alors qu'il est tout autant demandeur de nouveautés, dans un monde en pleine transformation, et qu'il est aussi plus enclin à payer pour des services utiles, que ne le sont les consommateurs.

Malgré tout, le succès ne sera pas facile à atteindre. Le principal obstacle sera de séduire les participants : objectif délicat dans toute démarche de ce genre, il est encore plus sensible avec une cible d'entreprises et par le choix, assez étonnant, de réserver strictement l'accès aux clients (contrairement à l'espace pour les particuliers).

De plus, si Bankinter maîtrise plutôt bien les mécanismes de la co-création (définition des thèmes, animation des discussions, valorisation des participations...), son expérience avec le grand public révèle aussi ses limites. Ainsi, après les premiers mois de fonctionnement, qui ont réussi à attirer un public fidèle, les efforts ont eu tendance à s'essoufler un peu et seuls quelques forums sont encore fréquentés. A l'instar d'autres "Labs", celui-ci peine à soutenir un rythme régulier de propositions d'idées et d'expérimentations...

mardi 5 juin 2012

Le SAV BNP Paribas débarque sur Facebook

BNP Paribas
Après avoir lancé le premier compte Twitter dédié au SAV bancaire en France, BNP Paribas récidive avec une page dédiée au service client sur Facebook ! Et, cette fois encore, si elle n'est pas la première à répondre aux questions de ses clients sur le réseau social, la banque parvient tout de même à bousculer un peu quelques habitudes.

La nouvelle est tombée hier en début d'après-midi : BNP Paribas a ouvert un nouvel onglet, "Besoin d'aide ?", sur sa page Facebook, qui, à l'image de son équivalent sur Twitter, propose aux clients (ou non) de poser leurs questions à une poignée de conseillers en ligne et d'obtenir une réponse sans quitter leur réseau social préféré. Au premier abord, l'opération peut paraître relativement banale, même si elle prend immédiatement une dimension significative grâce aux plus de 150 000 "amis" de la banque (contre seulement 2 700 abonnés au SAV sur Twitter).

SAV BNP Paribas sur Facebook

Cependant, le format retenu offre aussi une opportunité inédite : tous les internautes peuvent répondre aux questions posées, à la place des conseillers attitrés. Naturellement, leurs réponses ne sont pas immédiatement mises en avant (il est précisé qu'elles peuvent l'être après validation) mais aucune modération a priori n'est exercée et elles sont immédiatement visibles (dans l'onglet "Dernières questions"). Pour une fois et enfin (!), la confiance prévaut donc (favorisée, il est vrai, par le peu d'anonymat en vigueur sur Facebook).

Premier avantage, de taille, cette possibilité, si elle "prend" auprès des utilisateurs (immense inconnue, surtout pour une banque !), permettra de gommer un peu le handicap d'un service client assuré "seulement" de 9:00 à 20:00, en semaine. A plus long terme, en rêvant à un modèle déjà vu dans le commerce de détail (par exemple chez Ikea), les internautes pourraient même se substituer (partiellement) aux conseillers et s'entraider directement.

En attendant la concrétisation de cette vision utopique, la présence d'une fonction de recherche laisse percevoir un objectif de capitaliser rapidement sur la base de connaissance que constitueront les questions-réponses accumulées sur le réseau social, et qui permettra à terme, idéalement, de réduire les coûts d'assistance à la clientèle.

Pour toutes ces raisons, il va être extrêmement intéressant de suivre l'évolution de l'initiative (l'expérimentation ?) de BNP Paribas : ses 150 000 "amis" vont-ils massivement avoir recours à ce service (en comparaison des quelques dizaines, au mieux, de questions traitées quotidiennement sur Twitter) ? combien vont aussi répondre aux questions ? les conversations resteront-elles de qualité ? Et l'absence de moyen d'échange de données privées ne va-t-elle pas être une source de difficultés ?

Sous les apparences d'une simple action de communication, BNP Paribas affiche une audace rarement vue dans une institution financière. L'approche adoptée s'inscrit pourtant parfaitement dans la logique des médias sociaux, où les conversations à "sens unique" ("le client pose une question, l'entreprise répond") ne devraient plus avoir cours. Et comme les discussions sur la marque peuvent se développer librement sur le web, en dehors de tout contrôle, en capter une partie sous sa propre page est probablement une excellente stratégie pour la banque.

lundi 4 juin 2012

IP Commerce vise le commerce de proximité avec un concours

IP Commerce
Depuis plusieurs mois, un mouvement étonnant se dessine parmi les prestataires du paiement en ligne, qui, à l'image de PayPal, cherchent à investir le secteur du commerce de proximité. Il faut certainement voir là un effet de l'émergence de nouveaux moyens de paiement (sur mobile, entre autres) dont tout laisse à penser qu'elle s'accompagnera d'une révolution du côté de l'équipement des commerçants.

Dernière "victime" en date de cette nouvelle mode, IP Commerce aborde le problème de manière originale, avec un concours ouvert aux développeurs, appelant ceux-ci à imaginer ce qu'elle appelle le "POS 2.0", c'est à dire un terminal de point de vente du futur, exploitant tous les bénéfices des technologies "en ligne". La démarche est tout à fait logique pour cette société dont le produit phare est une plate-forme de paiements en "cloud" extrêmement riche, prête à intégrer dans tous les sites de commerce en ligne.

Cette solution, qui prend en charge les règlements par carte et par virement (ACH) mais aussi les dépôts de chèque à distance ou encore les bons cadeaux, peut en effet se prêter à merveille à la révolution à venir du commerce traditionnel, d'autant qu'elle offre déjà des APIs (interfaces de programmation) pour remplir son rôle actuel sur internet.

L'option retenue par IP Commerce pour aborder ce défi est intelligente : la société ne veut pas s'engager elle-même dans un secteur (du porte-monnaie virtuel) qui n'est pas son cœur de métier et ou la concurrence fait rage mais elle veut tout de même trouver sa place dans les futurs écosystèmes. Séduire les fournisseurs de solutions de paiement est sans conteste le meilleur moyen d'atteindre cet objectif. La vraie difficulté sera cependant d'attirer des candidats (et des idées de qualité) sur un secteur aussi "pointu".
Dans tous les cas, cette initiative rappellera à quelques acteurs historiques des terminaux de point de vente qu'ils sont (eux aussi) sous la menace des évolutions prochaines des moyens de paiement. Et l'innovation peut très bien venir autant de ce côte du marché que par le biais des porte-monnaie électroniques. Peut-être même plus, car les commerçants sont certainement plus demandeurs que les consommateurs de nouveaux modèles de paiement et de services associés. Ils pourraient même constituer le vrai moteur de succès alors que tous les regards sont aujourd'hui tournés vers leurs "clients".

dimanche 3 juin 2012

Les internautes et les services financiers

Banque en ligne
Comme chaque année à la même époque (cf. l'édition 2011), la FEVAD (Fédération du E-commerce et de la Vente à Distance) et Médiamétrie/NetRatings présentent leur baromètre sur les internautes et les services financiers. Profitons de l'occasion pour faire le point sur les dernières tendances, que viendront compléter quelques données en provenance des États-Unis.

Globalement, les grandes orientations des dernières années se poursuivent : progression (à 77%) de la proportion d'internautes gérant leurs finances en ligne et réduction de l'écart avec ceux (83%) qui fréquentent une agence, celle-ci restant le canal le plus populaire. Si la consultation des comptes, le suivi de l'épargne et l'exécution de virements restent les raisons principales des visites, la recherche d'information en vue de la souscription de nouveaux produits ou services est en forte hausse (elle concerne 33% des internautes sur les 6 derniers mois).

Naturellement, la banque sur mobile affiche elle aussi une progression sensible : 45% des mobinautes ont consulté un service lié à la finance (toujours sur les 6 mois précédant l'enquête) et, parmi les utilisateurs de la banque en ligne (en général), 7% utilisent exclusivement leur mobile pour y accéder. Ce taux est certes encore faible mais il marque l'émergence d'une tendance majeure.

Pour cette 5ème édition, le baromètre fait également un détour par les réseaux sociaux, ce qui nous permet d'apprendre qu'une majorité d'internautes (6 sur 10) se déclarent perturbés par la présence d'institutions financières sur les médias sociaux. La question intéressante serait de savoir si cet avis correspond à une position de principe ou s'il est plutôt lié à une perception de non pertinence des initiatives actuelles...

Pour prolonger cette analyse, Brad Strothkamp (Forrester) nous révèle quelques résultats d'une enquête du même genre réalisée outre-Atlantique, qui esquissent probablement ce qui nous attend sous peu. Le fait à retenir est éloquent : en 2011, internet est devenu le premier canal de souscription de produits et services financiers (incluant comptes courants, cartes, emprunts hypothécaires, assurance, investissements...). Pour l'analyste, deux explications convergent pour expliquer cette croissance : les progrès des sites web en matière de vente et la familiarisation des consommateurs avec l'achat en ligne.

Même si cette perspective peut sembler lointaine dans l'hexagone, les statistiques françaises sur la recherche d'information en ligne montrent bien la voie et éclairent les pistes à privilégier dans l'évolution des services sur internet. Ainsi, la priorité doit être donnée à la présentation et la vente des produits et services, en particulier, comme le souligne Brad Strothkamp, dans une logique de rebond commercial et en exploitant les informations détenues sur les visiteurs pour leur proposer des offres personnalisées.

Et, pour ceux qui auraient pris de l'avance dans cette stratégie, l'étape suivante se dessine déjà : il faudra répliquer l'expérience sur mobile, ce qui risque d'être encore plus difficile...

M-wallet : l'un disparaît, l'autre naît

Dans la riche actualité du paiement sur mobile, la semaine écoulée a connu une intéressante coïncidence (à distance), sur le terrain des solutions P2P (de personne à personne) : MasterCard annonçait la fin prochaine de son service MoneySend au moment même où Lemon Way lançait officiellement son offre.


MasterCard MoneySend
A ses débuts il y a deux ans, MoneySend faisait partie des premières initiatives de son genre parmi les grands acteurs internationaux du paiement. Sous la forme d'une application pour smartphone, elle proposait aux particuliers (ainsi qu'aux artisans et autres fournisseurs de services) de réaliser simplement des échanges d'argent via leur carte MasterCard.

Visiblement, la sauce n'a pas pris : tandis que le service tombait progressivement dans l'oubli, la compagnie annonce sur sa page d'accueil sa fermeture le 1er septembre prochain, en prétendant rétro-activement qu'il ne s'agissait que d'une démonstration. La nouvelle me semble importante car il s'agit (je crois) du premier aveu d'échec d'une grande institution financière dans le secteur. Il est vrai que MasterCard a récemment dévoilé un nouveau projet (PayPass Wallet), mais sa cible (le commerce en ligne) est résolument différente.

Fin de MasterCard MoneySend

Les raisons de ce revers sont certainement multiples et complexes mais la leçon est claire : il n'est pas aisé de séduire les consommateurs avec un porte-monnaie mobile et il aurait fallu beaucoup plus d'agilité de la part de MasterCard pour identifier les attentes de ses utilisateurs et ajuster son offre en conséquence. Au lieu de quoi, MoneySend n'a jamais évolué et est resté confidentiel.

Après l'arrêt de Nokia Money, l'annonce est aussi une mauvaise nouvelle de plus pour Obopay, le fournisseur de la technologie sous-jacente. Après avoir conquis de grands noms, la startup se retrouve aujourd'hui de plus en plus isolée et il ne lui restera bientôt plus que ses partenariats avec Société Générale en Afrique (par exemple dans Yoban'Tel) pour survivre.


Lemon Way
Pendant ce temps, donc, le français Lemon Way lance officiellement son porte-monnaie sur mobile, à base de pur compte virtuel, dont la toute première itération n'est disponible qu'en mode web mobile (l'application pour iPhone est vraisemblablement en attente d'approbation par Apple) et ne propose de réaliser que des paiements P2P.

Cette dernière limitation est ici liée aux exigences réglementaires : le service est pour l'instant opéré sous un label de "démarcheur" du belge Tunz (la gestion des fonds déposés étant assurée par Crédit Mutuel Arkea) et Lemon Way est en attente d'un agrément d'établissement de paiement pour aller plus loin. Son objectif est cependant bien d'étendre sa couverture, notamment au commerce, en ligne et de proximité.

Lemon Way Mobile

Au vu des difficultés que rencontrent les acteurs plus importants dans le paiement sur mobile, il est difficile d'être très optimiste pour une initiative telle que celle de Lemon Way, même avec son agilité de petite entreprise. Le défi est d'autant plus ambitieux dans un marché français où Kwixo (en France) dispose de moyens marketing difficiles à égaler et où le gouvernement pousse vers une solution interbancaire (qui n'est cependant pas à mon avis, une menace à court terme).

Malgré tout, la société a quelques arguments à défendre, dont en particulier son modèle économique, original et astucieux. Ainsi, pour les particuliers, les 10 premières alimentations de compte inférieures à 20 euros seront gratuites mais les suivantes donneront lieu au prélèvement d'une commission de 3%. Si les consommateurs acceptent ce principe, cela peut constituer une source de revenus pour Lemon Way, tout en incitant à développer, viralement, l'usage du service pour permettre son fonctionnement en boucle fermée (et éviter autant que possible le besoin de réaliser des virements). Pour les commerçants, selon les tarifs affichés à ce jour, les paiements seraient entièrement gratuits (une véritable révolution !) et ce sont les services complémentaires de "relation client" qui seraient facturés.

Quel que soit son avenir, l'arrivée d'un nouvel acteur sur le marché français est une excellente nouvelle pour évaluer les préférences de nos compatriotes en matière de paiement sur mobile, entre (en gros) une solution proposée par une banque (Kwixo), un poids lourd historique américain (PayPal) et une société locale indépendante (Lemon Way), qui affiche de plus ses engagements éthiques et durables. Car si les options sont pléthoriques aux États-Unis, l'hexagone n'a pas (encore) la chance d'offrir une telle diversité de choix...

samedi 2 juin 2012

Bankin remporte le Grand Prix de l'Appli Bancaire Axa Banque

Axa Banque
Lancé le 19 mars dernier, le "Grand Prix de l'Appli Bancaire" d'Axa Banque a connu son épilogue hier soir, à l'occasion d'une cérémonie à laquelle j'ai eu la chance d'être invité. L'agenda fut riche : outre les présentations des 6 finalistes et la désignation du vainqueur, nous avons également pu apprécier les résultats d'un concours interne et une application "hors compétition".

En introduction, les représentants d'Axa Banque (dont Pierre Janin, Directeur Général, et Raphaël Krivine, Directeur de la Clientèle Directe) rappelait les objectifs de l'initiative consistant à ouvrir les données bancaires aux développeurs : l'enrichissement de l'expérience client, avec le développement de nouvelles fonctions et opportunités, en mettant à profit la créativité et les idées de tous les volontaires.

Ces derniers peuvent être extérieurs à l'entreprise mais il peut aussi s'agir de collaborateurs. C'est la raison pour laquelle un concours interne était organisé en parallèle du Grand Prix.

Concours d'idées interne

Dans le cadre de la démarche d'innovation participative d'Axa, baptisée Innov'Axa, les salariés d'Axa Banque étaient donc invités à soumettre leurs idées d'utilisation des APIs ("interfaces de programmation") mises à disposition des développeurs. 18 participants ont joué le jeu et 3 finalistes ont été récompensés :
  • "Mon Coach Budget", dont le principe est d'accompagner et encourager l'épargne, pour dépasser le modèle "passif" classique des outils de PFM ("gestion de finances personnelles") ;
  • "Mieux Connaître votre Argent", qui, dans un même contexte de PFM, cible plutôt les économies immédiates, par exemple avec des offres promotionnelles ciblées (sur un modèle "Groupon") ;
  • Un concept de dépôt de chèque en ligne, pour faciliter et accélérer les remises traditionnelles.
C'est finalement cette dernière proposition qui a obtenu le premier prix, à ma grande surprise, puisqu'un des critères de sélection était la faisabilité de mise en œuvre, qui est, dans ce cas, indubitable d'un point de vue technique mais beaucoup plus improbable sur le plan réglementaire.

Plus généralement, ce palmarès est un peu triste pour ceux qui s'intéressent à l'innovation dans les services financiers, puisque les 3 dossiers retenus reposent sur des concepts existants (voire anciens), tels que ceux de Capital Koala, Bank of the West, SmartyPig, Cardlytics ou Chase... Certes, dupliquer et/ou transposer des réalisations existantes est une démarche louable et utile mais, j'aurais espéré un peu plus de créativité dans un concours d'idées.

Grand Prix

Pour le "Grand Prix de l'Appli Bancaire", Axa Banque a enregistré 45 inscrits, parmi lesquels 14 dossiers ont été sélectionnés, dont sont issus les 6 finalistes qui présentaient leurs propositions à l'assemblée. Dans le cadre de ce concours et contrairement à la compétition interne, il n'était pas question de se contenter d'idées, et seules des réalisations concrètes étaient admises.

Passons (rapidement) en revue les solutions en lice, dans un ordre qui n'est pas celui de la cérémonie, vous comprendrez pourquoi plus loin !



La société Fiduceo concourrait avec son offre existante MoneyDoc, combinant agrégation de comptes, gestion de budget et coffre-fort virtuel pour tous types de documents. Par rapport à d'autres outils de PFM, la principale particularité de celui-ci est d'associer automatiquement les opérations des relevés bancaires aux factures (ou autres documents) correspondantes.

Ecran MoneyDoc



Autre acteur connu du PFM, Bankin était de la fête avec sa solution mobile, désormais bien connue. La présentation était l'occasion d'apprendre que son application pour iPhone a été téléchargée 150 000 fois et que ses utilisateurs se connectent en moyenne 20 fois par mois, ce qui démontre (s'il était encore nécessaire) l'appétence des consommateurs pour la gestion de budget.

En revanche, avec seulement 3% d'utilisateurs payants, le modèle économique de la société semble fragile, bien qu'il soit complété de revenus publicitaires (dans les versions gratuites). L'intégration de recommandations contextuelles (un exemple avec une proposition d'ouverture de livret d'épargne était illustré) est une autre piste à l'étude.

Ecran Bankin



Le trio des "usual suspects" était complété par la présence de Linxo avec, là encore, ses services existants de gestion de budget. L'originalité de celui-ci est d'être proposé à la fois directement aux consommateurs mais aussi, en marque blanche et "prêt à l'emploi", aux institutions financières (comme Fortuneo). Côté chiffres, la version "directe" gère dorénavant 120 000 comptes pour "quelques dizaines de milliers" d'utilisateurs.

Les dirigeants de Linxo ne manquent pas d'idées pour le développement de leur solution, depuis la gestion de patrimoine et de portefeuille (qui semble être la priorité) à la détection de fraude et d'erreurs, en passant par l'intégration de PayPal et bien d'autres...

Ecrans Linxo



Petite surprise de la soirée, une équipe hongroise avait fait le déplacement pour présenter MoneyTap, une autre application (pour iPad) de gestion de budget. Leur vision apportait malgré tout une touche d'originalité avec une conception à base de widgets, que l'utilisateur peut agencer à sa guise. D'une manière générale, la maquette démontre un attachement particulier à l'expérience utilisateur avec, par exemple, une vue inédite des opérations en "timeline" (rentrées d'argent à gauche et dépenses à droite), un peu à la Facebook.

MoneyTap



Là où de nombreux participants (presque tous, en fait) imaginaient une monétisation du PFM par des offres ciblées, la "Banque du Futur" de Karoo et SalesForce concrétise (un peu) le concept. Cette plate-forme de gestion de budget a donc (enfin !) quelques fonctions différentes à proposer.

Ainsi, le relevé d'opérations permet non seulement de catégoriser les transactions mais aussi de noter le commerçant, la boutique ou le fournisseur de service et, l'approche se voulant "sociale", de consulter les notes moyennes attribuées par la communauté (comme le font les utilisateurs d'applications iPhone sur iTunes). En prolongement, les concepteurs imaginent de pouvoir proposer des offres alternatives ou des comparatifs sur certains secteurs de dépenses, notamment lorsque les appréciations sont mauvaises.

D'autres idées sont esquissées dans cette "Banque du Futur", telle que la (mal nommée, à mon avis) "Taxe Tobin volontaire". Le principe consisterait à analyser les dépenses et à promouvoir un comportement d'achats responsables, via un système de récompenses et/ou de contributions volontaires à des associations, selon les transactions réalisées. Les détails restent à imaginer !

On peut noter également le principe de "Mes offres privées" consistant à consolider des achats groupés sur les marques favorites de l'utilisateur, la comparaison de budget avec la communauté (comme elle existait aux tous débuts du PFM, avec Wesabe) ou encore les idées de "ludification" avec un système de badges...

Ecran Banque du Futur



Dernière de cette série, l'application Map My Cost! d'Ekito ne ressemble à aucune autre. A la base, elle permet de géolocaliser et horodater les achats à partir d'une photo réalisée sur les lieux. Depuis ce point de départ, diverses possibilités sont envisagées : de la catégorisation facile par l'image aux alertes au passage dans une zone "dangereuse" (là où l'utilisateur dépense le plus !), l'imagination n'a pas de limites...

La présentation d'Ekito brillait surtout par son approche de conception, qui est un peu la marque de fabrique ("agile") de l'équipe : consultation des internautes, sur Facebook, pour trouver et développer l'idée d'application, réalisation en 2 jours (à 5 personnes) en mode "task force"... Le résultat est certes moins abouti que d'autres mais l'efficacité du dispositif est redoutable !

Ecran Map My Cost!

Hors compétition

Une équipe du Web Center Axa de Lille, qui fonctionne aussi en mode "agile" pour réaliser les applications web innovantes du groupe (dont QuiALeMeilleurService.com), a également décidé de relever le défi, hors compétition, à ses heures perdues. Le résultat, non finalisé, était prometteur, avec une optique de "projection dans le futur" de la gestion de budget, remplaçant la question "qu'ai je dépensé ?" par une autre plus importante : "que vais-je pouvoir dépenser ?".

Mon Tableau de Bord

Palmarès

Après des délibérations difficiles, le jury, composé d'entrepreneurs, de capital-risqueurs et de représentants d'Axa et de Scientipôle (partenaire de l'opération), a finalement choisi d'attribuer le Grand Prix (d'un montant de 50 000 euros) à Bankin, qui, nous a-t-on dit, l'emporta d'une courte tête devant MoneyDoc.

L'état finalisé de la solution a probablement été un critère majeur dans cette sélection, qui a malheureusement desservi les 3 idées les plus originales (MoneyTap, Ekito et Karoo/Salesforce), encore au stade de concept, au profit des 3 outils de PFM déjà (plus ou moins) solidement établis (MoneyDoc, Linxo et Bankin). Peut-être aurait-il fallu distinguer deux catégories de participants.

Pour ma part, ma préférence va à Karoo/Salesforce dont les orientations s'inspirent d'approches (d'offres ciblées) déjà connues mais les déclinent d'une manière tout à fait unique, qui devrait trouver un écho auprès des utilisateurs (achats responsables, recherche d'économies, dimension "sociale" et ludique...). Et j'attribue une mention (très) honorable à Ekito, même si je crois moins à la valeur de Map My Cost! pour les clients de la banque.

En tous cas, bravo aux vainqueurs et félicitations à tous les participants !

Bilan

Ce premier aperçu des idées que peuvent apporter quelques développeurs (pionniers) à la banque est de bon augure pour les initiatives d'ouverture de données. Il reste à espérer que, au-delà du concours, les efforts se prolongent et aboutissent à des applications réelles (la plate-forme d'Axa Banque sera en production à la fin juin, si j'ai bien compris). Ce sera la condition pour que l'essai soit transformé et qu'on puisse parler de réel succès.

Les banques qui n'ont pas encore envisagé de rejoindre la tendance seront alors en difficulté pour lutter contre la créativité de milliers (millions ?) de développeurs dans le monde...

Pour terminer, je note que l'idée d'exploiter les données des transactions pour proposer des promotions et autres réductions aux clients commence à faire son chemin (elle était présente tout au long de la soirée). Je ne serais pas surpris que les premières implémentations (en France) soient pour bientôt, au grand dam des banquiers que ce genre de proposition effraie.

jeudi 31 mai 2012

Options originales dans l'application iPhone d'Ally

Ally Bank
Faute d'actualité riche, je me contenterai aujourd'hui d'une courte note sur une découverte faite par Jim Bruene (de NetBanker), dans l'application mobile de la banque directe américaine Ally Bank. Celle-ci accueille en effet deux nouvelles options originales démontrant un souci du détail dans les usages mobiles qu'on aimerait retrouver plus souvent.

La première d'entre elles est la présence d'un imposant bouton, central, pour appeler la banque. Quoi de plus naturel dans une application sur mobile, surtout quand tous les produits et services (notamment la souscription) ne sont pas proposés sur les canaux à distance ? Et quand Ally y ajoute l'indication du temps d'attente de son centre d'appel, celle-ci prend une valeur autrement plus utile que lorsqu'elle faisait son apparition dans les services en ligne.

Capture d'écran Ally Bank sur iPhone

La deuxième fonction particulière de cette application est aussi une déclinaison d'un service existant sur le site web de la banque dont la pertinence est décuplée sur mobile. Ainsi, la classique option de localisation de GAB ("Guichet Automatique de Banque") permet également de repérer dans le voisinage de l'utilisateur les commerces offrant un service de cash back (aux Etats-Unis, à défaut de distributeur proche, un consommateur peut, dans certains cas, se faire rendre la monnaie en espèces sur un paiement par carte).

Ces idées ne changeront pas la face du monde (de la banque mobile) mais elles illustrent quelques-unes des possibilités du mobile qui ne sont pas encore largement exploitées. Elles ne sont certes pas réplicables à l'identique partout (entre autres parce que toutes les banques ne souhaitent pas diriger leurs clients vers leur centre d'appel ou parce que le cash back n'est pas pratiqué en France), mais ne pourraient-elles pas être sources d'inspiration ?