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C'est pas mon idée !

vendredi 10 mars 2017

Digit, de l'épargne à la gestion de budget

Digit
Décidément, je ne me lasse pas du flot continu d'innovations que connaissent les applications d'épargne automatique ! La dernière nouveauté majeure en date est à porter à l'actif de la jeune pousse américaine Digit et elle lui permet d'accompagner intelligemment les consommateurs dans la gestion de leur budget quotidien.

Initialement, le service de Digit – que j'ai déjà présenté dans ces colonnes – est un assistant d'épargne de précaution : connecté au compte courant de l'utilisateur, il analyse le comportement financier de ce dernier afin de déterminer à intervalles réguliers combien d'argent il peut « détourner » vers un compte d'épargne sans conséquence sur ses habitudes (et sans risquer le découvert). Les sommes ainsi accumulées restent toujours disponibles, pour répondre à une urgence ou réaliser un projet quelconque.

Avec la fonction « Goalmoji » introduite récemment il devient désormais possible de fixer un objectif d'épargne, matérialisé par un montant, une échéance et une émoticône, que les algorithmes de la startup vont tâcher d'atteindre en priorité, toujours de manière entièrement automatique. L'idée ressemble à celle mise en œuvre depuis longtemps par un acteur tel que Simple, si ce n'est qu'elle est focalisée sur une cible particulière : outre la constitution d'une réserve de secours ou d'une cagnotte, Digit promeut son utilisation pour faire face aux échéances courantes : loyer, factures de téléphone ou d'énergie…

L'approche est intéressante… mais elle me laisse sur ma faim. En effet, l'accès aux transactions historiques dont dispose la solution devrait permettre d'identifier les paiements récurrents automatiquement. Il ne resterait alors qu'à proposer de les prendre en charge en toute autonomie : une partie de l'épargne serait consacrée aux règlements futurs, qui pourraient même être exécutés sans aucune intervention humaine (pour l'instant, le montant dû est reversé sur le compte courant, accompagné d'une alerte).

Goalmojis de Digit

Le concept de « Goalmoji » peut paraître anecdotique. Pourtant, la démarche qui l'a fait émerger – elle-même tout à fait digne d'intérêt – démontre le contraire. Car c'est en observant en détail l'utilisation que ses clients faisaient de la nouvelle option (neutre, à l'origine) que les équipes de Digit ont compris qu'elle séduisait principalement les personnes qui vivent d'une paye à l'autre et profitent des objectifs d'épargne pour faciliter leur gestion de budget. Il devenait alors logique d'adresser directement ce besoin.

En synthèse, « Goalmoji » dessine les prémisses de la « banque invisible » de demain, enfouie dans une expérience client optimisée et capable de répondre en permanence aux attentes des consommateurs en les sollicitant le moins possible. Ceux qui imagineraient encore que cette vision est utopique ou, à tout le moins, lointaine, devraient commencer à réviser leur jugement. Surtout que, ici, la révélation de sa valeur est d'autant plus éclatante qu'elle a été conçue à partir d'un besoin réel et avéré des utilisateurs.

jeudi 9 mars 2017

Robo-advisors d'aujourd'hui et de demain

Crédit Agricole Assurances
La croyance en l'impossibilité pour les startups de la FinTech de s'imposer seules sur leurs marchés est tenace parmi les institutions financières. Le dernier exemple en date émane de Crédit Agricole Assurances, dont un récent article déclare, péremptoire : « un robot-conseiller ne remplacera jamais un conseiller humain » (*).

À l'appui de la démonstration, l'auteur présente un large faisceau de preuves, tirées de sources plus sérieuses les unes que les autres, dont une enquête selon laquelle plus de 2 épargnants sur 3 estiment qu'un conseiller financier apporte une valeur ajoutée réelle ou encore le niveau d'adoption extrêmement modeste des services de la dizaine de nouveaux entrants de l'hexagone (7 000 clients pour moins de 100 millions d'euros sous gestion), voire le recours à un accompagnement humain par certains d'entre eux.

Malheureusement, bien que ces faits soient incontestables, le raisonnement tenu est dangereusement défaillant, dénotant un aveuglement digne d'un Kodak face à l'apparition de la photo numérique. Reprenons donc les arguments avancés un à un. En premier lieu, le faible nombre de clients des robo-advisors en France n'a aucune signification dans un domaine où les offres commerciales les plus anciennes ont à peine plus d'un an. Le mythe de la croissance fulgurante immédiate des jeunes pousses, que j'ai déjà abordé dans un précédent billet, est décidément indéracinable…

Plus insidieuse est l'idée que nos compatriotes seraient – contrairement aux américains qui font le succès de Betterment, Wealthfront et consorts – viscéralement attachés au modèle du conseiller traditionnel. Pourtant, la statistique destinée à la confirmer montre que près d'un tiers des personnes interrogées ne sont déjà pas particulièrement convaincues de l'utilité du conseiller – ce qui ne paraît tout de même pas négligeable – et il est hautement probable que cette proportion soit en croissance constante.

En réalité, s'il existe bien une différence entre les deux rives de l'Atlantique, elle est d'abord d'ordre culturel, avec, d'un côté, une certaine habitude (qui tient de l'obligation) de l'investissement et, de l'autre, une défiance des instruments financiers. Cependant, l'évolution de la société, notamment l'effritement progressif de l'état-providence, va nécessairement conduire à des changements de comportement. Et, avec l'apprentissage, puis l'atteinte de la maturité, le besoin d'être pris par la main devrait s'estomper.

J'oserai même avancer une hypothèse plus dérangeante : pour l'importante partie de la population qui n'est pas familière des produits d'investissement, il est possible que les atouts des robo-advisors – transparence, coûts maîtrisés, simplicité et qualité de l'expérience client – soient déterminants, face à un conseiller bancaire qui maîtrise plus ou moins son sujet, au moment de choisir l'intermédiaire qui prendra en charge la constitution d'un capital pour la retraite ou pour le financement des études des enfants. Surtout si un accompagnement humain aide à franchir le pas, au moins au début…

En conclusion, pour revenir à l'exercice d'auto-conviction auquel se livre Crédit Agricole Assurances, il est certain que des collaborations vont émerger entre grands groupes et startups, dont quelques-unes seront fructueuses. Mais, comme je le répète régulièrement, il est illusoire de croire que la FinTech en restera là. Les acteurs historiques devraient s'emparer de cette conviction et se préparer à la concurrence à venir…

(*) Pour être précis, la citation complète, dont je ne pense pas trahir l'essence, est : « un robot-conseiller ne remplacera jamais un conseiller humain pour proposer un projet d’épargne adapté en lien avec les attentes du client ».

Robot

mercredi 8 mars 2017

De nouveaux modèles pour le crédit

Lendio
Tandis que le crowdlending, aîné des solutions alternatives de crédit de l'ère « digitale », approche de son dixième anniversaire, le secteur dans son ensemble connaît une crise de croissance, entre manque de notoriété et tensions sur les marges. Afin de survivre, de plus en plus d'acteurs cherchent à diversifier leurs modèles de développement.

Deux exemples récents illustrent cette tendance, qui permettront peut-être de révéler des opportunités insoupçonnées et inspirer un rebond du secteur. Les startups en question – Lendio et Upstart – ne s'inscrivent pas directement dans le mouvement de la finance participative mais elles sont confrontées aux mêmes difficultés que les autres nouveaux entrants du crédit (et, dans une certaine mesure, les établissements historiques) : malgré leurs promesses, elles peinent à conquérir un nombre de clients significatif.

Lendio, tout d'abord, a bâti l'une des toutes premières places de marché de la génération FinTech : fondée en 2006, elle propose aux PME américaines de soumettre simultanément (via une procédure unique de constitution de dossier) toutes leurs demandes de financement à plusieurs dizaines de fournisseurs – plus de 75 sont intégrés à ce jour, entre banques traditionnelles et plates-formes de prêt P2P – et ainsi faciliter la recherche et la souscription de la meilleure offre disponible pour le besoin exprimé.

Aujourd'hui, Lendio prend conscience des limites de son approche exclusivement en ligne (tout de même complétée d'un support téléphonique) et du manque général de notoriété des acteurs émergents auprès des entreprises. Afin de remédier à ces lacunes, Lendio a choisi de viser une relation de proximité et, ne désirant pas elle-même se déployer sur le territoire, elle vient de lancer son réseau de franchise, à travers lequel elle appelle des personnes ancrées dans leur environnement entrepreneurial à y établir sa présence.

Upstart

En ce qui concerne Upstart, l'histoire est différente : créée par (entre autres) un ancien de Google, cette jeune pousse se positionne d'emblée comme un spécialiste technologique. À ce titre, elle a développé des solutions pionnières d'évaluation des risques et de vérification des informations transmises, à base de « data science », qu'elle met en œuvre pour distribuer des prêts – en réalité émis par sa banque partenaire – à une clientèle grand public susceptible d'avoir des difficultés à accéder au crédit classique.

Là encore, il est probable que, en dépit de ses avantages, Upstart ait du mal a se faire connaître des consommateurs. Réponse logique par rapport à son ADN, elle se mue donc maintenant en fournisseur de technologie et devient une plate-forme de qualification des emprunteurs avec laquelle elle cible dorénavant les banques. Son modèle « en service » comprend non seulement l'utilisation de ses logiciels mais également l'ensemble de sa palette de compétences : revues de justificatifs, appels de contrôle, service client…

Rien ne permet de savoir si les réorientations opérées par ces acteurs rempliront leurs objectifs. En revanche, la démarche adoptée pourrait certainement inspirer les institutions financières qui s'interrogent, elles aussi, sur l'avenir de leur modèle économique à l'aune de la conjoncture… La capacité à rechercher de nouvelles sources de revenus et, surtout, à remettre en question les fondements de l'activité (« pivoter ») fait partie des leçons les plus importantes que les grands groupes devraient tirer de l'exemple des startups.

mardi 7 mars 2017

Un moyen de paiement pour le tchat-commerce

Mastercard
Effet de mode ou tendance durable, il est certain que les « chatbots » deviennent aujourd'hui incontournables pour qui veut interagir avec la fraction de plus en plus importante de consommateurs qui passe des heures à dialoguer sur Facebook Messenger. Et, naturellement, quand un commerçant se lance, il lui faut une solution de paiement.

C'est en Turquie que l'une des premières initiatives du genre est déployée, par Getir, une jeune pousse qui propose aux résidents de quelques grandes villes de se faire livrer en moins de 10 minutes les plus de 600 produits de consommation courante disponibles dans son catalogue. Comme d'autres entreprises, elle mesure la difficulté à maintenir l'engagement de ses clients à travers son application mobile, aussi vient-elle d'inaugurer une nouvelle version de son service intégrée à Facebook Messenger.

Le mode opératoire se veut aussi transparent que possible. L'utilisateur interroge l'automate sur les produits qu'il recherche et se voit, en retour, proposer les articles correspondants, qu'il n'a plus qu'à ajouter à son panier en un clic. Lorsqu'il est prêt à passer sa commande, il lui suffit de sélectionner le compte Masterpass (le porte-monnaie virtuel de Mastercard) à débiter et confirmer son paiement. On le voit, en dehors des étapes de dialogue par messages, l'expérience est très proche du e-commerce.

Chatbot Getir

À ce stade, l'effort de Mastercard pour établir une présence sur Facebook Messenger n'est donc probablement pas colossal. Il a pourtant une vertu importante pour la marque, en lui permettant de prendre les devants sur ce qui pourrait être une sorte d'« ubérisation » du paiement sur les plates-formes de messagerie instantanée. En effet, le modèle retenu par Getir rappelle fortement le fonctionnement du service de VTC, dans lequel le paiement se trouve plus ou moins enfoui dans le parcours client.

Cependant, à terme, la visibilité dont jouit encore Mastercard dans l'application de Getir pourrait n'être qu'une péripétie mineure dans une évolution vers toujours plus de simplicité d'usage. Il ne faudra pas longtemps avant qu'un commerçant ne rende la validation de commande plus rapide, en faisant totalement « disparaître » le règlement, pour la plus grande satisfaction des consommateurs. Dès lors, la bataille des fournisseurs de moyens de paiement devra se déplacer en amont dans le cycle de vente : comme avec Uber, il faudra convaincre l'utilisateur de choisir la « bonne » carte à l'inscription.

Une autre hypothèse à envisager est celle, toujours en suspens dans les esprits, du lancement d'une solution conçue et développée par Facebook (qui, rappelons-le, dispose d'un agrément de prestataire de paiement en Europe). Proposée – voire imposée – aux e-marchands désireux de vendre sur sa plate-forme de messagerie, elle pourrait répliquer le modèle d'Apple Pay, derrière lequel les institutions financières perdent un peu de leur toute-puissance (collective). En attendant, il serait peut-être sage pour elles de prendre leurs marques, comme le fait Mastercard.

lundi 6 mars 2017

Une approche Pokemon GO pour la banque ?

Pokemon GO
Alors que les applications mobiles deviennent le premier canal de la relation client, les techniques marketing de la banque ont certainement besoin d'une cure de jouvence. Un récent article publié par American Banker suggère pour cela de s'inspirer d'un exemple de succès : Pokémon GO. Encore faut-il se méfier des excès de simplification…

L'enjeu pour les institutions financières devient critique. D'une part, les modèles historiques de vente, conçus principalement pour les réseaux d'agence, ne sont plus adaptés aux nouveaux comportements des consommateurs, qui interagissent de plus en plus avec leurs comptes via les outils en ligne. D'autre part, les méthodes classiques basées sur des récompenses pécuniaires, qui sont la norme dans le domaine des cartes de crédit, entre autres, menacent des marges déjà en baisse sérieuse.

Or le stimulant financier ne constitue pas le seul facteur de motivation de l'humain, et c'est la leçon que nous enseigne le cas de Pokémon GO. Son succès repose en effet sur des mécanismes psychologiques – voire physiologiques, pour certains – parfaitement identifiés, tels que les besoins d'autonomie, de challenge, d'accomplissement… et de récompense, concourant tous à la production de dopamine pour le cerveau. Il ne resterait plus qu'à identifier et reproduire dans la banque les ressorts utilisés par le jeu.

L'auteur de l'article propose alors d'adopter une approche ludique afin de mieux séduire les utilisateurs d'applications. Il prend l'exemple d'une entrée en relation qui passerait par l'assemblage d'un puzzle – chaque pièce correspondant à un produit ou service – et une progression à travers différents niveaux de récompense, matérialisés par des badges (bronze, argent, or) et, éventuellement, des primes en dollars. L'objectif de ce dispositif serait de capitaliser sur la satisfaction que procure le fait d'atteindre un but déterminé.

Pokemon GO

L'idée semble facile à mettre en œuvre. Malheureusement, comme le savent les quelques établissements qui ont tenté des expériences de ce genre, elle ne fonctionne pas. Non que les prémisses du raisonnement soient fausses. Mais la déclinaison de la ludification dans un contexte aussi sensible que l'argent est plus complexe qu'un Pokémon GO. Les individus ne réagissent (évidemment ?) pas de la même façon quand ils chassent un monstre virtuel et lorsque leurs finances personnelles sont concernées.

Donc, oui, l'introduction d'une mécanique de jeu – ou, plus généralement, la prise en compte de la psychologie humaine (les « nudges » en sont une autre incarnation) – dans l'univers de la banque est une piste intéressante à explorer. Elle pourrait même rapidement devenir indispensable, au fur et à mesure de la diminution de l'importance des applications mobiles au profit de services « enfouis » dans les événements de la vie quotidienne. Cependant, elle ne satisfera pas de recettes prêtes à l'emploi.

Pour réussir, ma recommandation est toujours de faire appel à de vrais spécialistes, de la psychologie, de la sociologie (tout aussi importante !), du comportement… et d'expérimenter sans relâche. Sans oublier que le risque de dérive vers une manipulation du client n'est jamais très loin et que, en conséquence, il faudra également maintenir une extrême vigilance sur l'éthique et la déontologie des solutions déployées.

dimanche 5 mars 2017

USAA commercialise sa technologie

USAA
Au fil de l'évolution de leurs métiers, les institutions financières prennent de plus en plus souvent l'habitude de dire qu'elles sont devenues des entreprises de technologie. Poussant ce raisonnement jusqu'au bout, USAA se lance, avec un partenaire spécialisé, dans la commercialisation des solutions de sécurité qu'elle développe pour ses propres besoins.

Sa longue tradition d'innovation au service des besoins spécifiques des membres des forces armées américaines – actifs ou retraités – qui composent sa clientèle a conduit USAA à déployer des moyens d'authentification en ligne et de lutte contre la fraude particulièrement avancés. Ainsi, outre son adoption de différentes approches biométriques (vocale, faciale…), elle est également à la pointe de la graduation des mesures de protection en fonction du risque réel et du contexte de l'utilisateur, entre autres.

Ses technologies – dont la valeur est matérialisée par un portefeuille de brevets – attire naturellement l'intérêt des banques (voire d'acteurs d'autres secteurs), pour lesquelles la sécurité constitue un enjeu permanent. Ne souhaitant vraisemblablement pas se convertir en éditeur-intégrateur de logiciels, USAA a choisi de s'associer avec une société tierce afin d'en assurer la distribution. C'est l'indienne Persistent Systems qui a été retenue dans ce but : elle assemblera une offre qu'elle commercialisera sous licence.

Accueil Persistent Systems

Avant d'imaginer une généralisation de ce modèle, il convient de noter que le domaine concerné par l'initiative n'est pas sélectionné au hasard. En effet, même s'il représente un axe de nécessaire excellence pour les banques (autour duquel leurs investissements sont, d'ailleurs, en constante augmentation), il n'est pas au cœur de leur différenciation concurrentielle. Bien au contraire, le responsable de la sécurité d'USAA considère que la coopération à l'échelle du secteur est essentielle pour une meilleur efficacité.

Il n'en reste pas moins que le principe d'ouverture d'une partie des actifs des institutions financières au monde extérieur est sans conteste un thème à explorer. Qu'il s'agisse de logiciels, d'algorithmes, de données…, le patrimoine constitué au fil des innovations technologiques recèle probablement d'une multitude d'opportunités. À l'heure où les modèles économiques traditionnels de la banque sont menacés, ces dernières ne peuvent être négligées. Mais, bien sûr, cette voie n'est ouverte qu'aux entreprises qui possèdent une véritable avance sur le marché. N'est pas USAA qui veut…

samedi 4 mars 2017

Des factures pour l'inclusion financière

Urjanet
L'explosion du volume d'information produite dans le monde numérique moderne, combiné au développement rapide des technologies permettant de l'exploiter, ouvre la voie à la création d'une véritable économie de la donnée. Urjanet, qui vient de lever 20 millions de dollars auprès, notamment, d'un fonds de la FinTech, en est un acteur.

À l'origine, l'ambition de la startup, basée à Atlanta, est de collecter les informations détaillées d'utilisation et de coût (via les factures individuelles ?) de près de 4 000 fournisseurs de services du quotidien (énergie, téléphone, eau…), dans 30 pays différents, et de les redistribuer, sous une forme homogène, aux entreprises et autres institutions – petites et grandes – qui opèrent dans le domaine du recouvrement, de l'environnement, de la réglementation… Mais ce n'était là qu'une première étape.

En effet, les usages des données se répandent désormais dans tous les secteurs d'activité, où ils offrent souvent de nouvelles opportunités. Parmi les plus attractifs, Urjanet vise plus particulièrement le crédit, pour lequel les besoins sont en forte croissance dans toutes les régions du monde. Grâce à ses services, l'accès au financement, qui constitue un facteur essentiel du progrès, social et économique, peut s'ouvrir à des consommateurs et entrepreneurs restés jusqu'alors à l'écart des circuits bancaires traditionnels.

L'idée sous-jacente – qui n'est pas totalement inédite (Cignifi, par exemple, la met en œuvre depuis plus de 5 ans) – est de remplacer (ou de compléter) les mécanismes de scoring classiques, qui ne sont applicables qu'à des personnes ayant déjà un historique de crédit, dans l'évaluation du risque de défaut. Pour ce faire, les institutions financières pourraient donc s'appuyer sur le comportement quotidien de l'emprunteur, décortiqué et analysé par l'intermédiaire des factures mises à leur disposition par Urjanet.

Accueil Urjanet

Initialement, les solutions alternatives de ce genre ciblaient les pays émergents et leur classe moyenne, désireuse de consommer mais encore exclue du système bancaire. Depuis, il apparaît que les pays développés, où le rejet de la finance imprime sa marque, sont aussi concernés. À tel point que le CFPB américain (bureau de protection financière des consommateurs) lançait récemment une consultation sur l'utilisation de sources d'information diversifiées dans la mesure du risque de crédit.

Dans la plupart des banques, les usages avancés des données sont encore embryonnaires, même lorsqu'il n'est question d'exploiter que les ressources disponibles en interne (il suffit de voir le niveau de qualité de la détection de fraude pour mesurer le retard pris). Or, simultanément, les plus innovantes d'entre elles – aux côtés des jeunes pousses de la FinTech – sont prêtes à démultiplier leur efficacité en capitalisant sur des approches non conventionnelles, qu'elles sauront expérimenter rapidement.

Se dessine de la sorte un avenir dans lequel l'écart se creusera inéluctablement entre des entreprises performantes, capables de toujours mieux répondre aux attentes de leurs clients, et celles qui persistent à penser leur métier comme au siècle dernier. Pour les premières, les plates-formes de distribution de données telles qu'Urjanet deviendront des partenaires incontournables, les aidant à enrichir toutes sortes de services, avec de nouveaux modèles de scoring, de gestion d'identité, de détection de fraude…

vendredi 3 mars 2017

L'avenir de l'assurbanque n'est pas joué

AXA
Près de 30 ans après l'ouverture à la concurrence croisée, la lutte entre banque et assurance pour s'emparer chacune des marchés de l'autre reste toujours aussi déséquilibrée. Les derniers épisodes en date peuvent laisser croire, comme le sous-entend un récent article de la Tribune, à un destin inéluctable. À moins que la tendance ne se renverse à la faveur des grandes mutations contemporaines…

A priori, les faits sont, il est vrai, éloquents. Depuis que les murs entre les deux secteurs sont tombés, les banques ont progressivement pris position sur le marché de l'assurance – d'abord l'assurance-vie, en tant qu'intermédiaires privilégiés de l'investissement, puis aussi l'assurance dommages – tandis que les tentatives réciproques n'ont jamais produit de résultats probants, comme l'illustre, dans l'actualité récente, la cession de Groupama Banque à Orange ou encore les rumeurs (démenties) sur l'avenir d'Axa Banque.

Parmi les raisons profondes de cette « injustice », la principale est parfaitement identifiée : historiquement, les banquiers ont l'avantage incomparable d'une relation de proximité récurrente avec leurs clients, qui leur a permis de développer une pression commerciale redoutable, dont les compagnies d'assurance sont incapables, leurs occasions de contact étant beaucoup plus rares (principalement le paiement annuel des primes et les déclarations de sinistre…), même lorsqu'elles disposent d'un réseau d'agences.

Dans ces conditions, la partie semble jouée et il ne resterait qu'à laisser les banques étendre leur hégémonie. Ce serait cependant oublier un peu vite l'apparition d'une nouvelle dynamique, susceptible de renverser le rapport de forces. En effet, un impact majeur de la « digitalisation » du monde est de transformer les interactions entre le consommateur et sa banque. Celles-ci se déplacent vers un nouveau terrain web et mobile, sur lequel la vente et le conseil ne sont pas encore entrés dans les habitudes.

En parallèle, dans un mouvement inverse, les assureurs s'emparent désormais du potentiel des technologies afin de transférer leur valeur ajoutée vers la prévention et la prescription actives et non plus uniquement sur l'indemnisation (plus passive) des sinistres. Grâce à cette nouvelle approche émergente, les contacts avec les clients sont en train de se resserrer et pourraient, à terme, procurer aux compagnies des opportunités de conseil rapproché équivalentes, voire supérieures, à celle des banques.

Avant de concrétiser un tel retournement, notamment pour la construction d'une offre de services financiers viable, les stratégies devront toutefois évoluer. Car, dans l'hypothèse que je propose, la différence se fera exclusivement sur les outils « digitaux » et non, comme le conçoivent aujourd'hui les derniers acteurs de l'assurbanque, sur l'accès à un réseau d'agents (qui ne pourra jamais sérieusement concurrencer les banques traditionnelles) combiné à un modèle en ligne qui n'atteint pas le niveau des leaders.

Axa Banque directe et de proximité

jeudi 2 mars 2017

La banque, garante dans l'économie de partage

CommBank
Alors que l'idée de faire de la banque un intermédiaire de confiance de la gestion d'identité circule depuis plusieurs années, sans vraiment se concrétiser, la « Commonwealth Bank of Australia » (CommBank) réalise actuellement une expérimentation inédite en la matière, en s'inscrivant dans un modèle étendu, au service de l'économie du partage.

La banque a en effet conclu un partenariat avec Airtasker – une plate-forme collaborative de délégation de petites tâches du quotidien (rémunérées), similaire à TaskRabbit – pour un test, lancé au début de cette année et qui devrait durer plusieurs mois, aux termes duquel elle propose à ses clients de valider officiellement leur identité numérique en contrepartie de l'affichage d'un « badge » CommBank sur leur profil, qui leur procure une légitimité supplémentaire vis-à-vis de la communauté des « taskers ».

La mise en œuvre se veut aussi simple que possible. L'utilisateur invoque le service à tout moment depuis sa page personnelle sur le site d'Airtasker. Une fois la procédure initiée, il lui suffit de procéder à une authentification auprès de CommBank – sécurisée par un mécanisme à double facteur – grâce à ses identifiants de banque en ligne. En retour, son nom et sa date de naissance (et aucune autre information) sont retournés afin de confirmer les informations inscrites sur le site de la startup.

Dans l'univers des échanges P2P (de particuliers à particuliers), la notion de confiance représente un défi critique, à double détente, d'abord parce qu'elle constitue un pilier incontournable de tout système transactionnel (tel que le commerce traditionnel), puis par la nécessité de définir de nouvelles capacités de mesure, adaptées à l'individu (émulant les solutions appliquées aujourd'hui aux entreprises). Airtasker l'a bien compris et déploie pour y faire face toute une batterie de réponses, en constante évolution.

Airtasker badges

Parmi celles-ci, la vérification du numéro de téléphone mobile, l'analyse des comptes sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn) sont des classiques. La fourniture d'un moyen de paiement certifié est également logique pour une plate-forme commerciale. Le contrôle du casier judiciaire est plus original mais pas inédit (il existe notamment pour les services de VTC)… Et, au bout de cette liste, il devient presque évident que la banque a aussi un rôle à jouer dans la construction du profil réputationnel de l'internaute.

Naturellement, la démarche de CommBank soulève de nombreuses questions, qui justifient son aspect expérimental. Par exemple, si, pour l'instant, seuls le nom et la date de naissance du client sont transmis, il est facile d'imaginer des cas où des données plus complètes seraient utiles : jusqu'où la banque pourra-t-elle aller sans s'aliéner les consommateurs ? Dans un autre registre, la garantie apportée avec le badge est limitée mais ne subsiste-t-il pas un risque de confusion chez les utilisateurs d'Airtasker ?

À notre époque ultra-connectée, la confiance devient rapidement un actif essentiel des relations humaines, bien au-delà de l'économie collaborative. Aux côtés de ses nouveaux critères d'évaluation, via les réseaux sociaux ou autres, peut-être a-t-elle également besoin de dépositaires et de garants plus conventionnels. La banque figurerait alors en bonne position pour occuper cette place : Airtasker en semble convaincue, il ne reste maintenant qu'à vérifier si les consommateurs auront la même perception…

mercredi 1 mars 2017

L'épargne automatique continue à progresser

Plum
Depuis les débuts de l'épargne d'impulsion, il y a 6 ans, les solutions d'incitation à la constitution d'une réserve de précaution n'ont jamais cessé de progresser. La startup londonienne Plum introduit aujourd'hui une des approches les plus élaborées de sa catégorie, comprenant une option d'investissement dans les crédits P2P de RateSetter.

Dans la longue évolution de cette fascinante catégorie d'outils, Plum représente une véritable synthèse des tendances du moment, mises au service de l'épargne : une interface conversationnelle, sous Facebook Messenger, pour interagir avec la plate-forme, un peu d'intelligence artificielle pour déterminer automatiquement le montant optimal à mettre de côté et, donc, une possibilité de bénéficier d'un rendement plus élevé que les taux offerts par les banques, grâce à une collaboration avec une autre jeune pousse.

Le système mis en place repose sur des mécanismes désormais classiques. Lors de son inscription, l'utilisateur connecte son compte courant (et ouvre un nouveau compte d'épargne). Avec cet accès à ses transactions, les algorithmes de Plum analysent ses habitudes de dépense afin de déterminer sa capacité d'épargne idéale. Dès lors, le « chatbot » propose, à intervalles de quelques jours, de transférer une somme donnée vers la réserve, en ajoutant ses encouragements de temps à autre. Naturellement, il est également possible d'interroger à tout moment l'automate sur la situation courante.

Plum et RateSetter

Jusqu'à maintenant, les acteurs positionnés sur ce créneau de l'épargne considéraient majoritairement que le critère important pour leurs clients est de se constituer un bas de laine mais pas nécessairement de le faire fructifier. A contrario, Plum estime que certains consommateurs peuvent être sensibles au rendement de leurs économies. C'est la raison pour laquelle, la société donne désormais le choix entre un compte à taux d'intérêt symbolique et un placement dans les crédits P2P de RateSetter, plus rentable.

Cet ajout est, en outre, un moyen pour la startup de développer son attractivité auprès d'une clientèle différente de celle qui désire simplement préparer un projet de vie, petit ou grand. Elle offre en effet de la sorte un moyen facile d'accès et original d'investir dans la finance participative (potentiellement intimidante pour le néophyte). Enfin, à la croisée des usages, le système d'épargne avec RateSetter peut aussi constituer un point d'entrée pour permettre aux utilisateurs de Plum de découvrir un autre pan de la FinTech.

En attendant l'avènement des « banques plates-formes » – qui promettent de fédérer une multitude de services financiers, fournis indifféremment par des institutions financières traditionnelles et des jeunes pousses, pour répondre à tous les besoins –, les partenariats entre petits acteurs se multiplient. Ceux-ci apportent continuellement de nouvelles perspectives sur les produits financiers de l'ère « digitale » et augurent ainsi de futurs services ultra-personnalisés, assemblés « à façon » pour chaque individu.