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mercredi 16 mai 2012

Pingit, l'incroyable succès d'un porte-monnaie mobile

Barclays Pingit
Lorsque la banque britannique Barclays a lancé Pingit en février dernier, il ne s'agissait encore que d'une n-ième déclinaison, sans originalité, d'un modèle classique de porte-monnaie électronique et mobile. Trois mois et trois itérations plus tard, il n'est plus possible d'ignorer ce qui est devenu un véritable phénomène dans le monde des paiements.

A ses débuts, donc, Pingit était un de ces innombrables systèmes permettant à un client de Barclays d'envoyer de l'argent à un tiers (client ou non) en fournissant uniquement son numéro de téléphone mobile, économisant ainsi la pénible collecte et saisie d'un numéro de compte bancaire.

Huit semaines après ce démarrage et avec déjà 400 000 téléchargements au compteur, la banque inaugurait ensuite l'ouverture complète du service aux non-clients. En leur proposant de créer un compte virtuel, qu'ils peuvent alimenter à partir des paiements qu'ils reçoivent, de leur compte bancaire, ou encore en déposant des espèces (dans une agence ou sur un GAB), tout citoyen britannique peut ainsi envoyer de l'argent à tout autre, sans frais.

Enfin, cette semaine, une nouvelle version de l'application mobile Pingit vient ajouter un lot supplémentaire de fonctions qui la rendent encore plus utile. Au chapitre des "accessoires", elle devient par exemple capable de prendre en compte plusieurs numéros de téléphones pour un même bénéficaire et d'enregistrer des comptes joints. En matière de gestion, elle offre la consultation de l'historique complet des transactions. Plus original (et tellement pertinent !), les clients de Barclays disposent aussi d'un aperçu de leur compte courant !

Pingit sur iPhone

Je ne prétendrai pas savoir pourquoi Pingit rencontre le succès alors que tant d'autres initiatives similaires n'arrivent pas à conquérir une base d'utilisateurs (en écartant l'excuse, trop facile, des différences culturelles entre pays). Mais il est tout de même aisé d'identifier quelques choix uniques réalisés par Barclays dans son implémentation, parmi lesquels figurent certainement les ingrédients d'une recette réussie.

Première caractéristique spécifique, ce porte-monnaie électronique cible (naturellement) les paiements entre particuliers mais aussi, depuis l'origine, les (petites) entreprises. Celles-ci bénéficient des mêmes conditions que les consommateurs (de gratuité, notamment) et disposent également de quelques avantages supplémentaires : absence de plafond d'encaissement, fourniture d'une signalisation dédiée ("Now accepting Barclays Pingit!"), acquisition des informations de paiement par QR code et intégration d'un annuaire des entreprises dans la sélection des bénéficiaires de l'application mobile...

Deuxième particularité, tout aussi distinctive et particulièrement louable de la part d'une "vieille" institution financière, Barclays écoute ses utilisateurs et fait évoluer rapidement son service (et, surtout, son application mobile) en fonction de leurs demandes, ce qui en explique la richesse atteinte en un temps record et la présence de fonctions exclusives, et utiles (la consultation du compte courant est un bon exemple).

Pour les utilisateurs, la proposition de valeur de Pingit est transparente : il s'agit d'un moyen de paiement simple à utiliser, universel, toujours disponible, immédiat et gratuit. Conséquence, au-delà du nombre de téléchargements de l'application mobile (500 000 aux dernières nouvelles), Barclays a été surprise par la popularité de son utilisation, notamment pour les règlements aux petites et moyennes entreprises et les paiements en ligne (les achats de proximité ne sont donc pas seuls concernés), voire même sur eBay (face au géant PayPal !).

Finalement, la seule inconnue de cette success story est le modèle économique de Pingit. Puisque le service est gratuit pour ses utilisateurs, sa seule source de valeur visible pour la banque est l'acquisition de "clientèle" qu'il génère (l'exploitation des données personnelles recueillies fait partie des conditions générales). Est-ce suffisant pour justifier les coûts ou existe-t-il d'autres objectifs, qui ne seront dévoilés que dans un deuxième temps ?

mercredi 21 août 2019

Pingit, toujours vivant !

Pingit
Dernier survivant d'une époque à laquelle plusieurs banques dans le monde cherchaient à imposer leur porte-monnaie virtuel, Pingit semble poursuivre son bonhomme de chemin. À tel point qu'il absorbe maintenant bPay, une autre solution de paiement que Barclays a lancé un peu plus tard et qui n'a visiblement pas aussi bien réussi…

À l'origine, Pingit n'était qu'un service permettant à tous les britanniques d'envoyer de l'argent à n'importe quel compatriote, pourvu qu'il possède un compte bancaire, en fournissant uniquement son numéro de téléphone. Par la suite, il a constamment évolué, intégrant de nombreuses possibilités supplémentaires. Mais, au moment où le monde découvrait Apple Pay, Barclays décidait de répliquer avec une application distincte, destinée spécifiquement à prendre en charge les paiements de proximité sans contact.

La première a rapidement conquis son public, atteignant 400 000 utilisateurs au cours de ses deux premiers mois d'existence et plus de 3,5 millions à ce jour. À l'inverse, la deuxième n'aurait que péniblement séduit quelques milliers (au mieux quelques dizaines de milliers) d'adeptes 3 ans après son démarrage. Son abandon, matérialisé par l'ouverture d'une boutique en ligne d'achat d'accessoires NFC (bracelets, porte-clés…) reprenant son activité historique sous la marque Pingit, ne constitue pas une surprise.

Après un tel parcours, il serait extrêmement intéressant de comprendre les raisons d'un succès finalement étonnant, surtout au regard du nombre de tentatives similaires qui sont désormais rangées aux oubliettes de l'histoire (qui se souvient par exemple de Kwixo, à la même époque ?). Si je ne peux évidemment pas affirmer détenir la vérité, j'ai tout de même quelques hypothèses à proposer… susceptibles de servir encore aujourd'hui aux innovateurs des grandes groupes, dans le secteur financier ou ailleurs…

Buy a Pingit Device

Tout d'abord, la différence entre Pingit et bPay saute aux yeux… et rejoint le scepticisme que j'entretiens depuis des années vis-à-vis du paiement sans contact sur mobile. D'un côté, nous avons une solution qui, d'emblée, vise à réduire une friction de la vie quotidienne, mineure et néanmoins sensible, au niveau des échanges d'argent entre particuliers. De l'autre côté, il n'existe pas de véritable besoin, les moyens existants (carte bancaire en tête) sont bien acceptés, fonctionnent correctement et sans heurt.

Cette première étape est essentielle… mais elle ne suffit pas, d'autant que d'autres acteurs se sont rapidement positionnés sur le créneau, face auquel l'argument de la confiance en une institution financière n'est pas nécessairement déterminant. En l'occurrence, et il s'agit probablement de la qualité la plus importante de sa démonstration, Pingit a ensuite révélé un talent extraordinaire dans son attention aux demandes de ses clients et dans sa capacité à les comprendre et y répondre avec l'agilité requise.

Presque immédiatement adopté pour des paiements sur les plates-formes de petites annonces (où les opérations en temps réel représentent un avantage alors inédit), puis pour des transactions avec des artisans, le porte-monnaie a ainsi su s'adapter et accueillir ces pratiques à un rythme accéléré. Au fil du temps, se sont ajoutées, de la même manière, des options de donation à des organisations caritatives, de cagnotte en ligne, de création de tirelires thématiques, de facturation (pour les entreprises)…

L'aspect réellement fascinant de la démarche de Barclays avec son application mobile est que, en la prolongeant à l'extrême, elle pourrait certainement aboutir à la création d'une banque complète, entièrement nouvelle, et conçue de A à Z en réponse aux attentes de ses utilisateurs. Dans la mesure où la vision initiale reste présente tout au long de l'exécution, il s'agit d'une magnifique illustration d'approche centrée sur le client.

mardi 23 février 2021

Clap de fin pour Pingit ?

Pingit
En 2012, Pingit écrivait l'histoire du paiement via mobile en obtenant en quelques mois un succès fulgurant auprès des consommateurs (puis des entreprises) britanniques. Plus ou moins oubliée et délaissée au fil des années suivantes, il semblerait, selon un article de Sifted, que sa génitrice, Barclays, ait décidé de mettre un terme à l'aventure.

À ses débuts, le porte-monnaie virtuel constituait un cas d'école d'innovation dans les services financiers. Lancé d'abord sous la forme d'un outil basique d'échange d'argent entre pairs (identifiés par leur numéro de téléphone), réservé aux clients de la banque, il évoluait très rapidement au fil des demandes et, surtout, des usages réels de ses premiers adeptes. Ainsi, en un an, il s'ouvrait à tous les citoyens, intégrait un module d'encaissement pour les artisans, engageait des partenariats avec des commerces…

La dynamique créée de la sorte aidait Pingit à conquérir – et fidéliser – plus d'un million d'utilisateurs en un temps record, générant une activité qui dépassaient toutes les espérances initiales, à une époque où, faut-il le rappeler, les applications mobiles de paiement étaient loin d'être ancrées dans les habitudes comme elles le sont aujourd'hui. Malheureusement, la machine s'est ensuite enrayée, en dépit de l'immense potentiel de développement qui lui restait encore, pour aboutir à l'épilogue annoncé.

Les quelques éléments de contexte que nous livre Sifted, échos de commentaires de diverses personnes impliquées dans le projet, permettent de mieux comprendre les raisons de cet échec, qui n'ont rien à voir avec la qualité du produit en question ou avec son adoption par sa cible. Ce sont là, à nouveau, de précieux enseignements pour quiconque essaie de naviguer dans les méandres de l'innovation au sein d'un grand groupe financier et risque un jour de se trouver confronté aux même difficultés.

Pingit, for everyone, from Barclays

D'un point de vue opérationnel, la fermeture serait justifiée par le faible nombre d'utilisateurs actifs de la plate-forme, une bonne partie d'entre eux étant en outre des clients de la banque, donc faciles à faire migrer vers son application principale. La chute de fréquentation n'est évidemment pas une surprise : faute d'améliorations et d'extensions depuis des années, l'avance historique de Pingit sur la concurrence a fondu et diverses solutions sont désormais disponibles offrant des capacités souvent supérieures.

Or cette stagnation, incompréhensible après le rythme effréné de l'origine, serait due à un conflit politique interne. En effet, les équipes de Pingit se seraient heurtées aux oppositions d'autres divisions, cherchant à imposer leurs propres approches et captant les budgets au profit de leurs propres agendas en matière de paiement et de solutions mobiles. Dans une certaine mesure, il s'agit aussi d'un réflexe de survie face à une crainte de cannibalisation des métiers classiques par un modèle émergent.

Sachant que l'initiative était, paraît-il, soutenue par le directeur général de Barclays UK, son destin fatal illustre d'autant mieux l'enjeu de la transformation culturelle de l'entreprise en préalable à toute velléité d'innovation de rupture. Quand l'ensemble de l'organisation ne se trouve pas alignée sur la possibilité de la disparition complète d'une activité au gré des mutations du monde et de leurs impacts sur les traditions, la seule volonté du patron ne suffit pas pour faire fructifier les meilleures opportunités.

lundi 28 mai 2012

Paiement mobile : ceux qui avancent... et les autres

Les quelques semaines qui viennent de s'écouler ont encore été riches d'événements pour les paiements sur mobile. Plus que jamais, dans la course effrénée qui se livre sous nos yeux, l'écart se creuse entre les acteurs agiles et les traînards. Petite revue des dernières péripéties en date...

Sécurité des Paiements Mobiles
Plus de 2 ans après le lancement de Square et l'incroyable percée de ses terminaux de paiement sur smartphone et tablette, les "institutionnels" viennent soudain de se réveiller. Coup sur coup, deux recommandations ont été émises par, d'une part, le PCI Security Standards Council (organisme représentant l'industrie des cartes) et, d'autre part, MasterCard, pour tenter de définir les pré-requis minimaux pour les innombrables solutions du même type qui envahissent le marché.

Ces initiatives n'apporteront aucune révolution dans le secteur mais elles permettront enfin de clarifier une situation qui était pour le moins floue, jusqu'à maintenant, en termes de conformité des terminaux mobiles aux standards. Il était largement temps puisque, comme le rappelle MasterCard, 1,2 millions de ces nouveaux systèmes ont déjà été déployés, dont 3/4 auprès de commerçants qui n'acceptaient pas le paiement par carte auparavant.

Dans la même veine mais avec un peu plus de clairvoyance, l'Association des Banquiers Canadiens vient, quant à elle, de publier des lignes directrices pour le paiement par mobile en point de vente, englobant donc l'ensemble de la chaîne, du consommateur au commerçant. Elles ont pour vocation de fixer un ensemble de règles à respecter (pour la sécurité, notamment) tout en favorisant l'innovation et la compétition entre les banques. Le document [PDF] proposé s'avère très clair et extrêmement complet, et pourra aisément constituer une référence dans le domaine, au-delà des frontières canadiennes.

PayPal
Il est évidemment impossible de réaliser ce panorama sans revenir sur PayPal qui a, une fois de plus marqué l'actualité, avec 3 annonces majeures en une seule journée, toutes concernant les paiements de proximité. Ce sont d'abord les accords avec Verifone et Equinox qui, en complétant celui, plus ancien, avec Ingenico, vont amener les solutions de PayPal sur les terminaux de paiement des 3 principaux constructeurs mondiaux.

Les fournisseurs spécialisés de logiciels de point de vente sont aussi de la partie, avec 4 nouveaux partenariats qui permettent de cibler les petits et moyens marchands américains. Enfin, 15 détaillants nationaux (dont quelques enseignes prestigieuses telles que Barnes & Noble, Toys'R Us ou encore Office Depot) viennent rejoindre le premier "expérimentateur" Home Depot pour asseoir la crédibilité de PayPal dans le commerce "en dur".

Carte PayPal

Ces nouveautés nous donnent aussi l'occasion de signaler les premières apparitions de la carte "pure" PayPal. Celle-ci n'est pas une carte de paiement classique et elle opère en dehors des réseaux Visa et MasterCard. En réalité, il s'agit simplement d'une carte d'identification dont le passage dans un lecteur équivaut à donner son adresse mail ou son numéro de mobile au commerçant, pour réaliser la transaction.

Cette petite innovation permet à PayPal, comme à son habitude, de s'intégrer dans les écosystèmes existants, sans imposer de nouveaux équipements, grâce à une simple mise à jour logicielle.

Barclays Pingit
Devant la rapidité avec laquelle PayPal avance, il serait facile d'éliminer les banques de la course. Pourtant, certains établissements démontrent qu'il est possible de relever le défi. J'ai déjà écrit sur le cas Pingit de Barclays, mais un article de Chris Skinner apporte un complément d'informations utile pour mieux comprendre ce véritable phénomène.

Tout d'abord, la progression du nombre de téléchargement est stupéfiante, puisqu'il atteint 700 000 le 16 mai, soit 200 000 de plus qu'une semaine auparavant ! Autre surprise du côté des chiffres : alors que la banque visait un montant moyen échangé de 25 £, il s'établit en fait à 75 £.

Mais le plus intéressant est l'esquisse d'un modèle économique pour ce porte-monnaie mobile. L'idée serait de proposer aux commerçants de disposer d'un "raccourci" au sein de l'application, permettant ainsi à leurs clients de régler un achat en saisissant (ou en sélectionnant dans une liste) leur nom ou un "mot clé" qu'ils auront choisi. Le dispositif est complété par des codes QR, distribués par Barclays, permettant de payer d'un simple scan du code. Simplicité et valeur ajoutée, l'équation est brillante !

Kaching
En comparaison, Kaching, le porte-monnaie mobile de l'australienne CommBank, dont on retrouve beaucoup de caractéristiques dans Pingit, pourrait paraître décevant avec son score de "seulement" 300 000 téléchargements en 6 mois. Ce dernier est tout de même respectable, d'autant plus que, contrairement à son équivalent britannique, il est réservé aux clients de la banque.

Dans les deux cas, le principal facteur de succès est certainement, comme le souligne Chris Skinner, la simplicité d'utilisation de ces applications. Mais il faut, à mon avis, y ajouter deux ingrédients indispensables pour concrétiser la réussite : la valeur apportée aux utilisateurs (et, pour les 2, la possibilité de payer des "micro-commerçants", artisans... est la clé, avec l'immédiateté des transferts) et la gratuité. Si elle est indispensable, celle-ci ne doit pas faire peur car il sera toujours temps de monétiser des services additionnels (comme le tente Barclays).

Wells Fargo
Évidemment, la difficulté est réelle et beaucoup d'institutions financières ne maîtrisent pas la recette. C'est le cas par exemple de l'initiative ClearXChange des 3 banques américaines Wells Fargo, JP Morgan et Bank of America, annoncée il y a un an, et qui vient tout juste d'être lancée par la première d'entre elles.

Et cette longue attente pour quel résultat ? Un simple système de virement, avec identification du bénéficiaire par son numéro de mobile ou son adresse mail, exécution en 1 à 3 jours et, comble du ridicule, une restriction (qui sera levée ultérieurement...) d'envoi d'argent aux seuls clients des 3 banques partenaires ! Le raté se passe de commentaires...

Et encore, je pense que n'est pas encore arrivée l'heure du scénario catastrophe qu'évoque Brian Riley, analyste à CEB TowerGroup, estimant que la plupart des banques ne disposent pas de l'infrastructure nécessaire pour supporter ces nouveaux moyens de paiement, qui risquent de faire exploser le nombre de transactions à traiter, tout en faisant face à une demande de fonctionnement en temps réel de la part des consommateurs.

O2 Wallet
Ceci dit, les autres grands acteurs qui tentent de s'"infiltrer" dans le marché des paiements sur mobile sont rarement mieux placés que les institutions financières. Illustration : l'opérateur britannique O2 vient de dévoiler son porte-monnaie électronique, après presque 3 ans d'efforts (impliquant 250 personnes !) et un retard de 6 mois sur son calendrier initial.

O2 Wallet veut être tout à la fois et il est un peu difficile de comprendre son réel positionnement. Il semblerait que le cœur en soit un système de carte dématérialisée pour les paiements sur les sites de m-commerce (commerce mobile), auquel s'adjoignent d'autres fonctions, par exemple de transferts P2P (de personne à personne), de "m-shopping" ou de recherche de promotions. Si on ajoute à ce portrait les frais de transactions (notamment 15 pence par transfert P2P), ce porte-monnaie va avoir du mal à lutter contre la simplicité et la gratuité de Pingit...

Transport for London
Mais, au fait, dans toute cette série, il n'est donc pas question de paiement sans contact (NFC) ? Pour être tout à fait honnête, j'admettrai n'avoir pas nécessairement tout retenu. Cependant, l'information qui a attiré mon attention dans ce domaine est, sans surprise, l'annonce d'un retard.

Monumental, ce retard : le déploiement du paiement NFC dans les transports londoniens est retardé d'un an. Les jeux olympiques, qui devaient être un tremplin pour la technologie, se voient ainsi amputés d'une bonne partie de la démonstration attendue. Finalement, ce n'est que l'éternelle histoire du "sans contact" : la généralisation est toujours pour l'an prochain... depuis 5 (10 ?) ans...

Et pendant ce temps, les solutions qui progressent rapidement, qui offrent une expérience simple et utile à leurs utilisateurs, conquièrent des milliers de clients en un temps record. Plus que jamais, les places pour les moyens de paiement du futur se jouent maintenant.

dimanche 20 octobre 2013

Brèves : un mois dans les paiements

Il suffit de tourner le dos pendant quelques semaines pour se retrouver avec une multitude d'annonces du monde des paiements. Essayons donc de rattraper un peu du temps perdu avec cette (plutôt longue) série de brèves…

ArgoPay
Commençons par la seule nouvelle startup de ce panorama, ArgoPay, qui veut tout simplement révolutionner le secteur en éliminant les intermédiaires "inutiles". Il est vrai que les systèmes de paiement actuels ne semblent pas optimaux – un achat impliquerait jusqu'à 7 acteurs différents – et les coûts de traitement s'en ressentent.

Aucune précision n'est donnée sur l'approche technique adoptée pour réduire cette longue chaîne de "valeur", mais le modèle d'ArgoPay est très clair : les paiements avec la carte de crédit virtuelle accompagnant son application mobile seront entièrement gratuits pour les commerçants (pour les consommateurs, seul le recours au crédit génèrera des frais). La plate-forme intègre un programme de fidélité, qui constitue vraisemblablement la source de revenus ciblée par la jeune pousse.

Après l'expérience tentée par Droplet au Royaume-Uni, celle-ci (avec quelques autres) semble esquisser une tendance majeure qui verrait une transformation des moyens de paiement en produits d'appel gratuits, utilisés pour développer des services marketing à forte valeur ajoutée.

Google Wallet
Bien entendu, cette vision du porte-monnaie (mobile, essentiellement) comme support d'outils marketing était aussi, à l'origine, celle de Google avec son Wallet. Hélas pour le géant du web, sa solution de paiement s'est heurtée à de multiples obstacles (dont le blocage des opérateurs de télécommunication) et son ambition se réduit à vue d'œil.

Ainsi, avec l'arrivée de Google Wallet sur iPhone, il n'est plus question de paiement sans contact chez les commerçants : seuls les paiements entre particuliers (P2P) sont possibles. Et, de l'idée originale il ne reste plus que la plate-forme de gestion de cartes de fidélité, de coupons et autres offres promotionnelles : en quelque sorte une copie multi-systèmes du PassBook d'Apple.

Facebook
Depuis longtemps les rumeurs courent sur l'introduction d'une solution de paiement par Facebook. Ce n'est toujours pas le cas mais le réseau social se rapproche encore un peu plus du sujet, en offrant une option de remplissage automatique des coordonnées à une sélection de plates-formes de e-commerce.

Le dispositif est un prolongement de la capacité d'identification "ouverte" proposée depuis longtemps. Ainsi, là où il était possible de se connecter en un clic sur un site tiers, en utilisant son compte Facebook, un bouton permettra désormais de remplir directement les informations d'identité et de paiement, ainsi que l'adresse de livraison, au moment de valider un achat. Pour l'instant, il s'agit donc pour le réseau social de renforcer sa présence sur les sites de commerce en ligne, mais ne serait-ce qu'une première étape vers une ambition plus large ?

Facebook "AutoFill"

Amazon
A peu près au même moment, Amazon dévoilait "Login and Pay with Amazon", qui remplit une fonction similaire : au lieu de demander à l'utilisateur de créer un nouveau compte, les sites de vente en ligne peuvent désormais exploiter leur compte existant sur la plate-forme d'Amazon, qui en détient 215 millions.

Dans ce cas, cependant, les paiements sont aussi pris en charge par le dispositif, ce qui place donc Amazon en concurrent direct, et redoutable, des autres acteurs du secteur, PayPal en tête.

PayPal
Du côté de PayPal, justement, les nouveautés et les expérimentations continuent à se succéder sans relâche. Le commerce de proximité reste un axe de recherche majeur et le principe de son "beacon" fait déjà l'objet d'une itération, probablement pour répondre aux inquiétudes qu'il a suscitées initialement.

Pour mémoire, le système en question permet au consommateur d'être localisé lorsqu'il entre dans une boutique (via son téléphone mobile et un petit appareil équipé d'une interface bluetooth, installé dans les lieux), pour pouvoir ensuite payer sans aucune action de sa part, le marchand identifiant simplement son compte (grâce à sa photo) parmi ceux qui sont listés sur son terminal.

Pour ceux qui craignent les abus rendus possibles par une telle automatisation (ainsi que pour cibler les commerçants qui ne disposeraient pas de l'équipement nécessaire), PayPal introduit donc un mécanisme de contrôle : le consommateur ouvre l'application sur son téléphone et enregistre lui-même sa présence (via un "check-in"), il obtient en retour un QR code ou un code à 4 chiffres qui vont lui servir à valider le paiement.

Autre nouveauté dévoilée récemment, "PayPal Working Capital" est une solution de crédit destinée aux PME utilisatrices de la plate-forme de paiement en ligne de la filiale d'eBay. Comme on peut s'y attendre, l'approche adoptée est disruptive : l'accord de prêt, délivré immédiatement, est basé sur l'historique des transactions réalisées, sans aucune recherche d'un score de crédit. Les remboursements sont ensuite prélevés directement sur les rentrées d'argent et les frais prennent la forme d'un forfait fixe affiché lors de la demande. Les banques n'ont qu'à bien se tenir, face à un système aussi simple !

Square Cash
Dans la catégorie "disruption", il est difficile d'éviter Square, dont la nouvelle solution "Square Cash" ne ressemble à aucune autre. Elle propose en effet à quiconque disposant d'une carte de paiement de réaliser gratuitement des transferts d'argent (entre particuliers) par mail, sans aucune inscription préalable.

En pratique, il suffit d'envoyer un message au destinataire des fonds, en précisant le montant à envoyer dans le sujet et en mettant l'adresse de Square en copie. Lors de la première utilisation, l'émetteur et le destinataire sont invités à associer les coordonnées de leur carte à leur adresse de messagerie. Le transfert est ensuite effectué en 1 à 2 jours.

Square Cash est loin du modèle d'affaire initial de la startup mais il répond certainement à un besoin spécifique : grâce à sa gratuité, une partie des utilisateurs de sa solution d'origine est constituée de particuliers souhaitant encaisser des paiements par carte, occasionnellement. Or les coûts induits (notamment par le lecteur de carte) ne sont pas compatibles avec ces usages, qu'il vaut mieux détourner, quitte à proposer à ses adeptes une technique qui fonctionnera, elle aussi, à perte…

Simple
Autre acteur habitué de l'innovation dans la banque, Simple vient tout juste d'annoncer l'ajout d'une fonction dans son application pour iPhone : le paiement P2P (de "personne à personne"). Elle n'a certes rien de très original en soi, mais son implémentation démontre la capacité de la startup à penser différemment.

MoneyDrop exploite la technologie Bluetooth pour fonctionner (une mode serait-elle en train de se développer ?) : sur le téléphone de l'émetteur, tous les autres utilisateurs de Simple présents dans son voisinage apparaissent dans son "arène" (cf. l'image ci-dessous) et il lui suffit de sélectionner le destinataire et le montant à envoyer pour finaliser le virement.

Arène MoneyDrop

L'article de TechCrunch qui présente cette nouveauté recèle une autre information précieuse et savoureuse : l'équipe de développement iOS de Simple comprend 2 personnes. Un nombre à mettre en regard des armadas (souvent comptées en dizaines de personnes) présentes dans la plupart des grandes institutions financières, pour des résultats rarement aussi intéressants…

Barclays Pingit
Les banques ne sont pas absentes du monde des paiements. PingIt, le porte-monnaie mobile de Barclays, continue à élargir son champ d'action. Les dernières additions en date sont le "mobile checkout", paiement en un clic pour le m-commerce, et la fonction "buy it", achat immédiat par scan du QR code affiché dans une publicité (par exemple).

Initialement conçu pour les échanges d'argent entre amis, PingIt devient progressivement le pilier de la stratégie de Barclays dans le domaine des paiements. En intégrant un par un tous les scénarios, la banque crée un porte-monnaie virtuel vraiment universel, dont il devient effectivement imaginable qu'il prenne la place de son équivalent matériel. Et plus il couvre de cas d'usage, plus il sera utilisé par les consommateurs, plus il aura de chances d'atteindre cette position enviable.

CommBank
Avec son application Kaching, l'australienne CommBank a eu, elle aussi, l'opportunité de créer une solution aussi réussie que PingIt. Quelques-uns de ses choix ont cependant limité ses chances de succès, en particulier la promotion des technologies sans contact (NFC) pour les paiements de proximité.

Je m'attarderai pourtant sur une des nouveautés introduites avec l'intégration des fonctions de paiement directement dans l'application de banque mobile (vraisemblablement pour essayer d'en développer l'adoption) : une option très accessible permet d'activer ou désactiver à la demande le paiement sans contact, y compris lorsque celui-ci est géré par un sticker à coller sur son téléphone. Il s'agit certainement d'un facteur utile de réassurance pour les consommateurs.

Crédit Mutuel Arkea
Enfin, toujours du côté des banques, Sémaphore Conseil nous signale la fermeture définitive de Pay2You, le service de paiement P2P de Crédit Mutuel Arkea, qui était l'un des pionniers français du genre mais qui n'a jamais vraiment réussi à s'imposer (peut-être faute de volonté active d'en assurer le développement).

La décision est tout de même un peu étrange, à l'heure où la généralisation de ce type de fonction semble se dessiner dans les autres banques. A moins que les mutualistes bretons ne nous réservent une prochaine surprise en remplacement ?

mercredi 16 janvier 2013

Les banques britanniques convergent sur le paiement mobile

Payments Council (UK)
L'an dernier, le "Payments Council" britannique annonçait, dans l'indifférence quasi-générale, le lancement d'une initiative visant à favoriser le développement de services de paiement "P2P" (de "pair à pair") sur mobile, à l'échelle du Royaume-Uni. Le ralliement au projet de 8 banques parmi les plus importantes du pays lui donne aujourd'hui une nouvelle impulsion.

Pour mémoire, la démarche engagée consiste essentiellement à mettre en place un registre national des numéros de téléphone des particuliers, associés à leurs comptes bancaires. Dans l'esprit de ses concepteurs, ce répertoire constituerait une source de données universelle pour tous les porte-monnaie mobiles. Ainsi, lorsqu'un consommateur veut envoyer de l'argent, il n'a qu'à fournir le numéro de téléphone du bénéficiaire, les références bancaires nécessaires à la transaction (un simple virement) étant alors extraites de cette base unique.

Les 8 banques partenaires (comprenant notamment Barclays, HSBC et RBS), qui représentent plus de 90% des comptes courants de particuliers au Royaume-Uni, se sont donc engagées à mettre en place un service de paiement mobile compatible avec ce système d'ici le premier trimestre 2014. En pratique, elles proposeront d'abord à leurs clients, au sein de leurs services en ligne, d'enregistrer dans le fichier commun leur numéro de téléphone et le compte à lui associer. La deuxième étape consistera à offrir les applications mobiles permettant de réaliser les échanges d'argent.

Paiements

Techniquement, le dispositif qui est en train de se construire est presque trivial car, en dehors de la mise en place de la base de données centralisée des comptes et de quelques règles pratiques à définir (par exemple pour la sécurisation des transactions et des applications), il repose sur les infrastructures existantes dont, en particulier, le réseau LINK (utilisé pour les retraits sur DAB) et, surtout, le service interbancaire "Faster Payments", capable d'exécuter des virements de compte à compte en temps réel.

Ces fondations sont, en fait, celles qui ont déjà fait l'immense succès de Pingit, le porte-monnaie mobile de Barclays (qui participe aussi à l'initiative du "Payments Council"). Il y a donc fort à parier, sauf si les 7 autres banques impliquées ratent totalement leurs déclinaisons du service, que les consommateurs vont adopter ce mode de paiement en masse. Et, si le précédent de Pingit est représentatif, ce sont non seulement les échanges d'argent entre particuliers mais aussi les paiements aux artisans et autres professionnels itinérants qui s'en trouveront bouleversés.

Comme je le pressentais dès l'origine du projet, la mise en œuvre de cette vision du paiement mobile universel s'avère extrêmement longue (sans surprise pour une initiative d'institutions financières...). Mais comme, en parallèle, les solutions alternatives ne progressent elles-mêmes pas très rapidement, l'échéance annoncée de début 2014 (en supposant qu'elle soit respectée) offre une excellente opportunité aux banques britanniques de reprendre la main dans un domaine qui tendait à leur échapper.

En effet, elles sont seules en position de cibler collectivement la quasi-totalité des consommateurs, avec une légitimité pratiquement incontestée. Si, comme le prédit une enquête réalisée par le "Payments Council", 30% des propriétaires de smartphones adoptent ces solutions, interopérables quel que soit leur établissement teneur de compte, il ne subsistera plus beaucoup de place pour la concurrence, du moins tant que l'accès à la base de données centralisée sera réservé exclusivement aux banques.

Pour conclure, reste la question qui brûle les lèvres : si les institutions financières britanniques parviennent à s'accorder sur un socle commun, leur exemple ne serait-il pas applicable dans d'autres pays ?

vendredi 1 février 2013

Barclays réduit ses coûts avec un nuage et Linux

Barclays
L'information a été lancée en début d'année par le Sunday Times et, malgré ses approximations et ses probables exagérations, elle a de quoi attirer l'attention : grâce à, entre autres, un "cloud" interne, la banque Barclays espérerait économiser jusqu'à 90% sur ses coûts de développement logiciel !

Ce concept de "cloud" interne consiste un peu à mettre en pratique les recettes d'Amazon ou de Google au sein des centres de production de l'entreprise. Ainsi, les infrastructures informatiques (serveurs, stockage, réseau...) sont rassemblées et mises en commun, pour former un "nuage" dont les ressources sont mises à disposition des utilisateurs, en quasi temps réel, en fonction de leurs besoins.

Une application à réaliser ? Le développeur réserve un serveur et commence à coder. Le nouveau logiciel doit être testé ? Les équipes de recette allouent leur propre serveur. Les tests sont terminés ? Le serveur est libéré, près à être utilisé pour le projet suivant. Un pic d'accès à une application à la suite d'une opération marketing ? En quelques minutes, des ressources supplémentaires lui sont affectées. Le trafic revient à la normale ? Le surcroît de capacité est libéré et remis à la disposition des autres utilisateurs.

La deuxième partie de l'équation financière gagnante de Barclays serait une transition massive de ses applications vers le système Linux et, vraisemblablement quelques autres logiciels libres, qui lui permettrait de réduire de manière drastique la facture des grands éditeurs, Microsoft et Oracle en tête. Apparemment, le projet serait même déjà entré dans une phase active, mis en œuvre avec succès dans une poignée d'applications destinées à la clientèle.

Par ailleurs, l'article cite un autre bénéfice des changements en cours au sein de Barclays, prenant justement l'exemple une de ses applications mobiles les plus populaires, Pingit. Celle-ci aurait ainsi été développée en 7 mois, contre un délai estimé de 2 ans avec des méthodes traditionnelles. Si cette affirmation est difficilement vérifiable, un fait incontestable tend à en confirmer la vraisemblance : depuis son lancement, le rythme des évolutions et des mises à jour est impressionnant, du jamais vu pour une réalisation bancaire !

Ecran Pingit sur iPhone

Au final, que penser de cette information ? Premier point important, Barclays démontre qu'il est possible pour une banque de miser sur le logiciel libre et de se lancer dans une initiative de "cloud" interne, et d'en retirer de bons résultats. Les économies annoncées sont certainement exagérées mais la réduction des coûts de licence cumulée à l'amélioration du taux d'utilisation des infrastructures permise par le "nuage" peut effectivement engendrer de sérieuses baisses des factures.

Quant à l'accélération des développements, elle va certes être favorisée par le "cloud" (grâce à l'accès rapide des développeurs aux ressources dont ils ont besoin, ainsi que par la standardisation des environnements qui l'accompagne) mais pas autant qu'annoncé. Cependant, comme le note un article de Finextra, une transformation de l'organisation est aussi en jeu : par exemple, les utilisateurs finaux et les développeurs échangent librement, partageant idées et commentaires. La fluidité du dialogue est un incontestable facteur d'agilité !

Les zones d'ombre sont encore importantes dans la nouvelle approche de Barclays, mais tous les indices tendent à confirmer que son nouveau COO, Shaygan Kheradpir, a initié un vaste chantier de transformation qui veut amener l'informatique de la banque au niveau de l'état de l'art. On rêverait de voir son exemple se propager chez ses concurrentes...

jeudi 5 juillet 2012

S-money, le porte-monnaie mobile universel de BPCE

S-money
Les annonces autour des paiements sur mobile se succèdent toujours à un rythme effréné dans le monde entier mais aujourd'hui l'actualité est française, avec la première présentation officielle de S-money, la solution du Groupe BPCE. Grâce à une combinaison de recettes classiques et de quelques idées plus originales, enrobée d'une démarche de co-innovation, le nouvel entrant se positionne d'emblée parmi les meilleurs

Les origines de S-money fournissent déjà les premiers indices de ses ambitions. L'approche de BPCE se situe en effet à l'opposé des "traditions" du monde bancaire. D'abord, le service est conçu avant tout (voire uniquement) pour mobile, afin de répondre aux "révolutions" en cours, dans les technologies comme dans les "styles de vie". Ensuite, ses responsables sont résolument conscients qu'ils doivent impérativement créer de nouveaux usages car les moyens de paiement dont nous disposons aujourd'hui sont largement ancrés dans nos habitudes et n'ont aucune raison objective d'être remis en question.

Première conséquence directe de cette perception du sujet, S-money va cibler une multitude de cas d'utilisation, puisqu'il n'est pas possible a priori, dans un contexte d'innovation, de connaître ceux qui séduiront les utilisateurs. Et, pour converger rapidement vers les solutions qui rencontreront le succès, BPCE mise également sur l'agilité. Celle-ci se traduit concrètement, par exemple à travers la constitution d'une filiale dédiée, fonctionnant en mode startup, ou encore, à un niveau plus technique, par sa méthodologie projet ("Scrum"), qui favorise les évolutions rapides (et en phase avec les besoins exprimés).

En l'état actuel (sur une version beta interne), les services proposés sont déjà d'une grande richesse. Pour commencer, classiquement, les utilisateurs créent un compte de monnaie électronique (notons au passage que la société a obtenu officiellement un statut d'établissement de monnaie électronique), qu'ils peuvent alimenter par carte bancaire. A partir de là, les particuliers ont à leur disposition des fonctions de paiement P2P (de "pair à pair"), de demande de remboursement, de partage de frais entre amis... Pour les mobinautes non inscrits qui recevront des fonds de leurs proches, ils seront invités à créer un compte S-money, qu'ils pourront utiliser en tant que tel ou qui leur permettra d'effectuer un virement vers leur compte bancaire.


Mais la solution s'adresse également aux professionnels (artisans, fournisseurs de services à la personne…) et aux commerçants. Ceux-ci pourront créer des comptes spécifiques et accepter les paiements sur leur propre smartphone (via une simple application) ou sur un site web qui leur sera réservé. Là encore, 2 modes de règlement sont proposés : le marchand peut envoyer une demande à son client ou, inversement, ce dernier peut transférer l'argent de sa propre initiative (par exemple sur présentation de sa note, sur laquelle le numéro de compte du bénéficiaire sera indiqué). Enfin, l'e-commerce n'est pas oublié : un kit d'intégration pour les sites web sera aussi disponible, permettant (je suppose) de payer en fournissant son numéro de mobile et un code secret.

Arme "secrète" qui a (au moins en partie) fait le succès de PingIt au Royaume-Uni, les paiements réalisés avec S-money sont instantanés (monnaie électronique oblige !) et le bénéficiaire est immédiatement notifié de la réception des fonds. Ce modèle est un avantage incomparable pour instiller la confiance parmi les utilisateurs (particuliers et commerçants) et développer les usages de substitution (aux chèques, principalement).


Un principe fondamental de S-money est la gratuité absolue du service pour les consommateurs, que ce soit pour l'alimentation des comptes, les échanges d'argent entre proches, les paiements marchands, les virements des fonds vers un compte bancaire... Sans surprise, ce sont les commerçants qui seront mis à contribution pour rentabiliser le service, avec des commissions présentées comme très compétitives (par rapport aux règlements par carte) et, précision importante, sans partie fixe qui pourrait handicaper l'adoption pour les paiements de faible montant.

Parmi les facteurs de séduction mis en avant par BPCE pour justifier cette facturation, figurent la sécurité d'un règlement immédiat et garanti, ainsi qu'une palette de services à valeur ajoutée : forte visibilité de l'enseigne dans l'application, fonctions de géolocalisation, outils de communication et de marketing ou encore une gestion de catalogue qui laisse imaginer (peut-être) un futur logiciel de point de vente pour les micro-entreprises...

Bien que tous les détails n'en soient pas encore connus, l'ouverture est une autre des caractéristiques importantes du dispositif. Sans revenir sur l'accès possible par tous les consommateurs, clients ou non du groupe bancaire, des interfaces de programmation ("APIs") seront fournies aux développeurs, pour intégrer les paiements dans leurs propres applications (ou services web, comme évoqué plus haut). Dans un autre registre, les fabricants de terminaux de paiement ("TPE") auront aussi la possibilité d'inclure S-money dans leurs produits.

Toutes ces caractéristiques ne sont pas encore figées : une beta privée est prévue au cours de l'été, afin de recueillir les commentaires et suggestions de quelques utilisateurs (dont je devrais faire partie), dans une démarche de co-création. En septembre, le service sera ensuite ouvert dans 4 villes pilotes, prioritairement aux clients (particuliers et commerçants) du Groupe BPCE. La généralisation est envisagée pour début 2013. La promesse faite est que, dans chacune de ces phases, les retours des utilisateurs seront continuellement écoutés et pris en compte pour améliorer le produit. Néanmoins, les échéances indiquées paraissent bien lointaines, d'autant que les premiers tests ont commencé en octobre dernier. L'agilité pourrait s'accompagner d'un peu plus de "hardiesse" !

Dans le paysage concurrentiel actuel du paiement sur mobile, S-money va occuper, à mon sens, une position unique. En France, aucune banque n'offre une telle profondeur de services (Kwixo, plus axé sur le web que le mobile, ne cible pas le commerce de proximité) et les quelques startups qui ont un positionnement proche (LemonWay ou Skimm!, notamment) n'ont évidemment pas la force de frappe du Groupe BPCE, dont, surtout, son accès direct à un portefeuille de 37 millions de clients, particuliers et, plus encore, commerçants et professionnels. En prenant plus de recul (géographique), S-money rappelle l'initiative PingIt de Barclays mais cette dernière est moins complète du côté commerçant, l'approche étant ici plutôt réminiscente du modèle de Square (dans un domaine différent, toutefois), avec son application Register.

Sa versatilité et sa richesse sans équivalent, dans une application qui reste malgré tout simple à prendre en main, son parti pris mobile, sa double cible de commerçants et de consommateurs, son approche agile, ouverte et collaborative... font de S-money la nouvelle référence parmi les solutions de porte-monnaie sur mobile. Il ne reste qu'à conquérir les utilisateurs pour confirmer cette première impression !

jeudi 21 juin 2012

Le paiement P2P devient un must de la banque mobile

ASB Bank
En marge des Kaching ou des Pingit qui font la une de la presse, l'introduction de fonctions de paiement P2P ("de pair à pair") dans leurs applications mobiles devient progressivement un passage obligé pour les banques du monde entier. Illustration avec deux nouveaux exemples qui nous arrivent des antipodes.

ASB Bank est un des principales institutions financières de Nouvelle-Zélande, filiale de l'australienne CommBank (à l'origine de Kaching). Dans la version actuelle de ses applications bancaires pour iPhone et Android, mises en ligne récemment, les clients ont la possibilité d'envoyer de l'argent à toute personne possédant un compte bancaire dans le pays (dans n'importe quel établissement), en spécifiant simplement leur numéro de mobile ou leur adresse mail. Une fonction qui ne surprend plus...

Moins habituel, mais on sent poindre là le début d'une tendance forte, la prochaine version, prévue le mois prochain, permettra aussi d'identifier le bénéficiaire du transfert par son compte Facebook.

Ce système n'est pas une prouesse technologique, bien au contraire. Son fonctionnement repose sur un mécanisme de virement inter-bancaire tout à fait traditionnel, dans lequel le destinataire du paiement est simplement invité (par mail, par SMS ou via Facebook) à fournir lui-même les références de son compte pour finaliser la transaction.

St George Bank
Dans le cas de l'australienne St George Bank (avec quelques autres filiales de Westpac), point de fioritures, puisque l'application qu'elle prépare ne devrait apparemment proposer que le paiement vers un destinataire identifié par son numéro de téléphone. Le processus de transfert d'argent reste le même.

Si cet exemple un peu terne (avec son approche "moi aussi !") mérite d'être cité ici, c'est qu'il tend à démontrer que, dans cette région du monde en tous cas, le transfert d'argent par mobile est devenu plus ou moins incontournable pour les banques.

Rien de révolutionnaire dans ces ajouts, donc. Mais ces solutions de virements mobiles ont tout de même une valeur indiscutable, pour les consommateurs, en leur permettant d'effectuer des paiements facilement (pas de chèque à rédiger et à déposer dans une banque, pas de numéros de compte à enregistrer et retranscrire...), et, pour les banques, en réduisant, aussi peu soit-il, le nombre de chèques échangés et les coûts induits.

Dans ces conditions, comment se fait-il que les banques françaises soient aussi peu enclines à mettre en place des solutions de ce genre, qui sont pourtant relativement simples à implémenter ? Il me semble en effet que BNP Paribas est une des rares (la seule ?) à proposer une telle application, avec "Mes Transferts". Au vu des procédures en vigueur (avec, dans la plupart des cas, la complexité de l'ajout préalable de bénéficiaires autorisés), il semblerait pourtant urgent de simplifier les virements.

samedi 29 juillet 2017

Une université adopte l'app favorite des étudiants

ABN Amro
Au début de cette histoire, ABN Amro lançait Tikkie, une solution (pas tout à fait) de paiement pour les plates-formes de messagerie sociale (WhatsApp, Telegram, Facebook Messenger…). Un an plus tard, les jeunes se sont appropriés le service et l'université de Groningen surfe sur sa popularité pour accélérer le recouvrement des frais de scolarité.

Les idées les plus simples sont parfois les plus efficaces. Avec Tikkie, accessible (gratuitement) à tous les néerlandais, qu'ils soient clients ou non d'ABN Amro, la seule action possible est de solliciter un paiement auprès d'un contact. À chacune de ces demandes est joint un lien web grâce auquel le destinataire peut régler sa dette en quelques gestes (tous les détails de la transaction étant pré-remplis) sur le site de sa banque (quelle qu'elle soit), via le système de place existant iDEAL.

De leur côté, les responsables de l'université font, depuis longtemps, face à une difficulté récurrente : bien que les frais de scolarité soient généralement payés par prélèvement automatique, les rejets sont fréquents, au risque de perturber le cursus des personnes concernées. La solution était évidente. Dorénavant, en cas d'incident de ce genre, une demande de régularisation est émise avec Tikkie. L'étudiant peut alors verser son dû immédiatement (ou transférer le message à ses parents pour qu'ils s'en chargent).

Tikkie

Dans le principe, il ne s'agit que d'envoyer une relance, triviale. Pourtant, dans sa forme, l'utilisation de la solution d'ABN Amro apporte quelques avantages significatifs. Outre son instantanéité, la réception de la demande par l'intermédiaire d'un outil familier, utilisé massivement par les jeunes, est en effet le meilleur moyen de communiquer avec cette population et, bien sûr, la connexion directe et simplifiée avec un service de paiement populaire, disponible pour tous, offre des conditions idéales pour cet usage.

À travers cette expérience, Tikkie démontre comment la création d'une application d'échange d'argent entre particuliers peut susciter de nouvelles opportunités. En son temps, Barclays l'avait déjà constaté, au Royaume-Uni, avec son porte-monnaie mobile Pingit, mais la leçon ne semble pas avoir été entendue ailleurs. Il « suffit » parfois de partir d'un concept simple, de laisser émerger les idées, en les encourageant quand cela s'avère nécessaire, et les possibilités commencent à se multiplier spontanément…

mardi 1 septembre 2015

Barclays : le Bitcoin pour une bonne cause

Barclays
Ce n'est un secret pour personne, un grand nombre de banques dans le monde explorent le Bitcoin et ses possibles usages. Barclays fait partie de celles-ci et elle s'apprêterait, selon un article du Sunday Times, à lancer une première application publique – encore expérimentale, toutefois – à destination des organisations caritatives.

L'information est plutôt sommaire, puisque les seuls détails rapportés, à ce stade, établissent que la banque engagerait un partenariat avec une plate-forme de change, afin d'offrir une solution de paiement en Bitcoin aux associations de bienfaisance britanniques. L'initiative est particulièrement notable parce qu'elle concerne directement l'utilisation de la crypto-devise et non – comme pour la plupart des expériences en cours dans d'autres établissements – sa technologie sous-jacente (la « blockchain »).

Dans cette perspective, le choix de cibler le secteur caritatif paraît extrêmement judicieux. En effet, les bénéficiaires seront certainement sensibles à un des principaux avantages de la monnaie Bitcoin, qui est de réduire drastiquement les coûts des transactions, y compris pour des transferts de petits montants. La dynamique de la générosité publique pourrait s'en trouver totalement révolutionnée, en rendant viables – à la fois économiquement et techniquement – les dons de quelques centimes.

La coïncidence n'est probablement pas due au hasard, mais la démarche fait justement écho à une étude commanditée par la banque au printemps dernier. Celle-ci faisait état du risque auquel s'exposaient les trop nombreuses organisations de charité tardant à mettre en place des plates-formes de donation en ligne ou mobile. Une offre basée sur Bitcoin apporterait une réponse idéale à celles qui craignent les coûts (généralement élevés) des services de paiement par SMS, classiques dans ce milieu.

Il est vrai que le bond technologique associé est susceptible d'effrayer les associations, surtout avec la réputation encore sulfureuse qu'ont les crypto-devises au sein du grand public. Mais, en la matière, Barclays a non seulement la notoriété suffisante pour rassurer ses clients mais elle dispose également du savoir-faire nécessaire pour en rendre l'usage simple et transparent. En rêvant un instant, on pourrait même concevoir un système de dons en Bitcoin intégré de manière invisible à son porte-monnaie mobile PingIt

Barclays

Information repérée grâce à J.M. Billaut (merci !)

lundi 27 février 2012

Paiement sur mobile, entre fureur et raison

Paiement et mobile
Depuis ce matin, le Mobile World Congress 2012 bat son plein et le paiement sans contact (NFC), sur téléphone bien entendu, semble être une des vedettes de Barcelone. A lire toutes les annonces qui se succèdent, on pourrait vraiment croire que l'année du paiement sans contact sur mobile est (enfin) arrivée ! Alors, quelles sont les nouveautés ?

Je vous livre ma préférée : 15 mois après son lancement officiel, "ISIS, le consortium constitué par les 3 principaux opérateurs de télécommunications américains, va déployer son porte-monnaie mobile auprès de 100 millions de consommateurs". Hum, en réalité, ce sera pour le "milieu de l'année", et cela ne concernera que Salt Lake City et Austin. Et le reste du territoire... en 2013, peut-être... Qui plus est, certains journalistes, qui ont vu l'application, n'ont pas été particulièrement enthousiasmés.

Oui, l'annonce mentionne aussi l'arrivée de 3 partenaires bancaires dans l'initiative. Nous avons donc un communiqué triomphant pour nous informer d'une expérimentation, à venir, dans deux villes de taille moyenne, avec 3 opérateurs, 3 banques et 3 réseaux de paiement. Cela vous rappelle quelque chose ?

Je l'admets, je ne suis pas à Barcelone, je n'ai pas épluché tous les communiqués et reportages et il y a peut-être réellement du nouveau du côté paiement sans contact sur mobile (si je le découvre, j'y reviendrai). Mais, en fait, ce n'est pas le sujet de ce billet ! Car l'information intéressante, à mon avis, est dans l'autre technologie du paiement sur mobile, par internet.

Je pense, tout d'abord, aux dernières nouvelles de Square : selon TechCrunch, plus de 40 000 marchands acceptent désormais le paiement par "Card Case", une application pour smartphone qui permet aux consommateurs de régler leurs achats sans avoir à sortir leur carte bancaire, voire même automatiquement. Dans un monde où les acteurs historiques (banques, opérateurs et réseaux), de même que Google et PayPal, cherchent à convaincre d'abord les grandes enseignes, la startup conquiert rapidement les petits commerçants, avec une technologie radicalement différente, simple et opérationnelle dès aujourd'hui.

Mais la grande surprise vient de Grande-Bretagne et plus particulièrement du "Payments Council", une association regroupant les institutions financières et dont l'objectif est de définir et mettre en place une stratégie commune dans le domaine des paiements. L'organisation a en effet lancé un projet national pour la création d'une véritable base de données du paiement mobile.

En permettant aux consommateurs britanniques d'associer leur numéro de mobile et leur(s) compte(s) bancaire(s), celle-ci constituera le référentiel universel que pourront utiliser tous les établissements du pays dans leurs solutions de paiement P2P (de "pair à pair"). Concrètement, avec ce système, les banques pourront créer des applications permettant les transferts de compte à compte (par virement) en demandant simplement la saisie du numéro de téléphone du bénéficiaire. Imaginez les solutions telles qu'elles existent aujourd'hui (par exemple Kaching en Australie, Kwixo en France ou le tout récent Pingit de Barclays au Royaume-Uni), sans la contrainte d'avoir à créer (et maintenir) un compte et saisir ses coordonnées bancaires pour chaque nouvelle solution.

Dans un pays où le paiement sans contact est déjà relativement répandu et où son arrivée sur mobile est bien avancée (avec le premier déploiement généralisé en Europe), cette initiative des banques est étonnante. Car il ne faut pas s'y tromper : si le paiement P2P est souvent illustré par le cas des échanges d'argent entre amis ou parents, son véritable modèle est celui des paiements des artisans ou des (très) petits commerçants. Et, en ce sens, la concurrence avec le sans contact est frontale, sur une bonne partie de la cible. Le réalisme face aux difficultés à imposer les technologies NFC sur téléphone serait-il en train de prendre le dessus ?

Ne soyons tout de même pas trop optimistes. La mise en œuvre du projet du "Payment Council" prendra du temps, car certains de ses aspects (dont la sécurité) sont complexes à traiter, et l'utilisation de la base de données par les banques en demandera encore plus. Avant qu'elle ne soit entièrement opérationnelle, le paiement sur mobile aura certainement vécu quelques aventures supplémentaires.

Quoi qu'il en soit, l'idée semble excellente et originale : une démarche commune d'un groupe de banques autour du paiement sur mobile, sans les opérateurs de télécommunication ni les réseaux de paiement, change singulièrement des positions suivistes auxquelles bon nombre d'entre elles nous ont habitué jusqu'à maintenant.

vendredi 3 janvier 2014

L'Angleterre veut moderniser le chèque

Gouvernement du Royaume-Uni
Malgré un déclin constant depuis les années 90, le chèque continue à représenter une part non négligeable des paiements dans de nombreux pays européens. Or les processus de traitement associés n'ont quasiment pas évolué – le papier règne toujours en maître – et sont aujourd'hui totalement archaïques.

Il s'agit de la raison pour laquelle le gouvernement britannique vient d'annoncer une consultation en vue de moderniser la réglementation en vigueur. Comme les États-Unis il y a plus de 10 ans (dans le sillage de la tragédie du 11 septembre 2001), son objectif prioritaire est de rendre possible une compensation entièrement dématérialisée, là où, aujourd'hui, la loi impose que le règlement d'un chèque ne peut être validé que par l'échange du formulaire physique entre les parties.

Au niveau des échanges interbancaires, une telle transition est évidemment plus que nécessaire, au XXIème siècle. Mais le législateur souhaite étendre l'initiative jusqu'au consommateur, en autorisant le dépôt de chèque sur smartphone, par capture photographique, tel qu'il existe de l'autre côté de l'Atlantique depuis 2006 (USAA en a été le pionnier). Une première banque, Barclays, est déjà sur les rangs pour lancer une expérimentation de cette technologie dès le début 2014.

Dépôt de chèque par mobile

En perspective, des bénéfices partagés pour les institutions financières et pour les consommateurs : les premières devraient pouvoir réaliser d'importantes économies sur le traitement des chèques (non seulement en évitant les échanges matériels mais aussi en réduisant les interventions humaines) tandis que les seconds verront leurs encaissements simplifiés (plus besoin de se rendre en agence !) et accélérés (la promesse est de passer de 6 à 2 jours).

Cette annonce est-elle pour autant une bonne nouvelle ? Pas si sûr… Alors que l'association professionnelle des paiements (le « Payments Council ») portait en 2011 une volonté d'éradiquer le chèque du paysage britannique d'ici 2018 (avant de devoir faire machine arrière quelques mois plus tard, sous la pression des associations de consommateurs), la modernisation de cet instrument antédiluvien n'est qu'un moyen supplémentaire de prolonger sa durée de vie.

En effet, entre des utilisateurs soulagés de la disparition des inconvénients majeurs du chèque et des banques plus ou moins contraintes d'investir pour répondre à la nouvelle demande de leurs clients d'automatiser les dépôts, la véritable innovation – dans des moyens de paiement d'avenir – va nécessairement prendre du retard. Dommage pour un pays où le succès du porte-monnaie mobile PingIt (de la même Barclays Bank !) permettait de croire que le progrès était en marche…

mardi 10 décembre 2013

Barclays crée un accélérateur de startups

Barclays
En dehors de la Silicon Valley et de New York, un des hauts lieux de l'innovation technologique pour le secteur financier est Londres. La discrétion des banques britanniques dans cet écosystème constituait jusqu'alors une anomalie, que Barclays vient de corriger avec la création d'un accélérateur de startups, en partenariat avec TechStars.

Le « Barclays Accelerator », qui sera effectivement lancé en juin mais est ouvert dès maintenant aux candidatures, offrira à 10 startups 15 semaines d'accompagnement intensif pour le développement de nouvelles solutions bancaires. Plus précisément, le défi que lance la banque aux entrepreneurs est de concevoir un produit (sous-entendu une application mobile) révolutionnaire, susceptible de devenir plus populaire que ses propres réalisations.

Parmi ces dernières, Barclays cite évidemment son porte-monnaie mobile, Pingit, et indique qu'elle fournira aux participants un accès à ses APIs (interfaces de programmation applicative) internes, leur permettant ainsi de capitaliser sur ses systèmes existants et d'enrichir les applications déjà disponibles. Il est cependant précisé que les idées qui seront soumises ne devront pas nécessairement être exclusives à l'établissement.

Outre cette contribution technique extrêmement intéressante pour les jeunes entreprises qui démarrent dans la « fintech » (l'innovation technologique au service de la finance), la participation de Barclays à l'accélérateur comprend également un soutien logistique – avec, notamment, la mise à disposition de locaux dans la « Tech City » de Londres – ainsi qu'un support actif de quelques-uns de ses collaborateurs, dont l'expertise sectorielle sera certainement bienvenue.

Barclays Accelerator

Le programme lui-même est piloté par TechStars, qui est aujourd'hui l'une des plus importantes structures dédiées à l'accélération des startups. C'est elle, en particulier, qui fournit l'essentiel du mentorat, grâce à son équipe d'entrepreneurs et autres spécialistes, qui apportent à la fois des conseils, dans de multiples domaines (marketing, recrutement, recherche de financement…), et des opportunités de contacts utiles, via leurs réseaux de relations.

Non contente de figurer parmi les institutions financières les plus innovantes du moment, Barclays veut désormais aussi profiter de la créativité des entrepreneurs du monde entier (le programme proposé n'a en effet pas de frontières). Et lorsqu'elle évoque sa préférence pour des idées qui pourront être réellement mises en oeuvre en 15 semaines, elle exprime clairement son ambition de faire émerger des solutions concrètes. L'accélérateur ne sera pas qu'une vitrine…

Et les startups (y compris françaises) de la « fintech » ont donc maintenant une raison supplémentaire de s'installer au Royaume-Uni, tandis que Paris continue à perdre son attractivité. Pourquoi aucune banque hexagonale ne cherche, comme le fait Axa dans l'assurance, à soutenir sérieusement – sur un mode similaire (accélération, incubation…) – l'innovation et l'entrepreneuriat locaux, qui font pourtant preuve d'un dynamisme certain ?