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C'est pas mon idée !

samedi 19 décembre 2015

Moven, la banque sans mot de passe

Moven
Progressivement, les banques ont commencé à faciliter l'accès aux comptes sur mobile, en proposant la consultation des soldes sans authentification. Bientôt, Moven compte généraliser cette simplification à toutes les opérations qui ne présentent pas de risque majeur, afin d'inciter ses clients à utiliser son application plus souvent.

L'approche adoptée est à la fois pragmatique et pleine de bon sens : les options mises à disposition par la banque sont réparties en trois grandes catégories de sensibilité. Au plus bas niveau, Moven range l'affichage des dernières opérations enregistrées, le suivi de la santé financière… mais également les virements internes. Un cran plus haut, on retrouve l'ouverture de nouveaux comptes ou le recours à un conseiller. Enfin, les transferts externes, la gestion des données personnelles… sont considérés critiques.

Pour ses demandes les plus anodines, le mobinaute n'aura à confirmer son identification que lors de la toute première utilisation. Par la suite, il pourra consulter l'état de son compte sans aucune authentification de sa part, dans la mesure où son appareil est reconnu par la banque. Les transactions du niveau intermédiaire requerront une authentification simple (par empreinte digitale, peut-être ?), tandis que les plus risquées mettront en œuvre une procédure plus élaborée (via un mot de passe, voire une double validation par un code à usage unique).

De la sorte, Moven rend 80% des fonctions de son application mobile disponibles instantanément, sans frictions. Parmi celles-ci, figurent, évidemment, les plus utilisées et, surtout, celles qui sont particulièrement mise en avant dans la mission que se donne la startup d'aider les consommateurs à mieux gérer leurs comportements financiers. Dans cette optique, il est logique de chercher à réduire les freins à l'adoption. Permettre un accès en 5 à 10 secondes – au lieu de 30 secondes ou plus – peut faire la différence.

Moven sur Apple Watch

En effet, quelle est la logique des solutions qui veulent convaincre les consommateurs de surveiller leurs dépenses en temps réel ou d'épargner sur une impulsion quand il faut jusqu'à une minute pour ouvrir un tableau de bord ? Si l'accélération des procédures ne suffit pas à vaincre le désintérêt généralisé pour ces tentatives, elle peut au moins contribuer à l'enrayer. Et l'extension sur une montre (ou autre gadget portable) – pour des opérations encore plus rapides – donnera une impulsion supplémentaire…

Naturellement, il se trouvera toujours quelques grincheux pour s'inquiéter de la sécurité d'une application qui ouvre les comptes de l'utilisateur au premier venu, malgré la faible sensibilité des informations potentiellement exposées. Il n'existe pas de réponse définitive à ces craintes, mais il faut aussi avoir confiance dans les mécanismes de contrôle internes de la banque (dans un autre registre, Brett King, PDG de Moven, aime à souligner que la vérification automatique d'authenticité des pièces d'identité est désormais plus fiable que le contrôle humain).

En tout état de cause, la décision reviendra finalement au client. S'il a suffisamment confiance dans sa banque et s'il se sent à l'aise avec les conditions qui lui sont proposées, il profitera des avantages promis (dans le cas contraire, il changera d'établissement). Or, je soupçonne que les responsables de Moven ne s'aventurent pas à la légère et que la population à laquelle ils s'adressent – principalement parmi les « digital natives » – va adorer l'accès instantané à la banque, comme elle en a déjà pris l'habitude avec tous les services de son quotidien « digital »…

vendredi 18 décembre 2015

Cuvva vous assure pour une heure ou deux

Cuvva
Lorsque vous empruntez la voiture d'un ami ou quand il vous arrive de prendre la place d'un conducteur un peu éméché au retour d'une soirée, vous inquiétez-vous de l'assurance applicable ? Probablement pas. Avec l'application de Cuvva, vous n'oublierez plus jamais : en quelques gestes, vous souscrirez une couverture temporaire !

Même à l'ère de l'économie de partage et de ses solutions dédiées, les occasions de prendre le volant d'un véhicule qui ne nous appartient pas sont nombreuses (ajoutons encore les exemples du passage de relais pendant un long trajet, une incapacité temporaire du chauffeur principal ou… le besoin d'utiliser le break de papa pour un déménagement). Dans cette situation, le contrat d'assurance ne comprend souvent que la responsabilité au tiers et, en cas d'accident, le titulaire sera injustement pénalisé.

Bien sûr, il est toujours possible de contacter la compagnie et de négocier une extension de garantie pour une durée (plus ou moins) limitée. Malheureusement, avec les procédures en place chez les acteurs historiques, il faudra probablement se préoccuper des démarches plusieurs jours à l'avance et se préparer à devoir fournir (par courrier, en général) une montagne de justificatifs. En cas d'imprévu ou si le besoin change au dernier moment, pas de chance : l'assureur n'aura aucune réponse à offrir.

Avec Cuvaa, les consommateurs britanniques ont désormais une autre solution, disponible à tout moment, instantanément. Il suffit d'installer l'application mobile sur son téléphone et procéder à une inscription rapide et entièrement dématérialisée (incluant l'envoi d'un selfie et d'une photo du permis de conduire). Pour demander un devis, l'utilisateur doit saisir l'immatriculation du véhicule et sa valeur estimée. Il reste enfin à choisir la durée (1 heure à 1 journée) et photographier la voiture pour conclure l'opération (bien sûr, la première fois, les informations de paiement sont aussi nécessaires).

Cuvva sur iPhone

Si la vision de l'assurance dynamique personnalisée selon Celent que j'évoquais il y a quelques jours pouvait paraître utopique, Cuvva démontre brillamment comment il est possible aujourd'hui de faire un pas concret dans cette direction, avec un produit finalement simple. En l'occurrence, l'utilisateur est contraint de prendre lui-même l'initiative (sans automatisation) – ce qui, a contrario, présente l'avantage de lui laisser le contrôle – mais il a effectivement tout loisir d'adapter sa couverture à son contexte immédiat.

Dans un autre registre, il faut souligner le double impact positif de l'approche imaginée par Cuvva sur les modèles classiques de l'assurance : d'une part, elle représente une source de revenus jusque alors inexploitée, tout en améliorant la protection individuelle des consommateurs, mais, d'autre part, elle contribue à la prévention, en favorisant l'adoption de gestes responsables (notamment en cas d'incapacité du conducteur). On imaginerait aisément une solution de ce genre au sein de l'application SharyDrive d'Axa…

Dernière particularité de l'application, et non des moindres, elle renverse les principes de commercialisation en vigueur dans le secteur : le produit vendu par un fournisseur se transforme en une solution recherchée et demandée par le consommateur, en multipliant les opportunités de contact, de surcroît. L'assurance, bientôt objet de désir ?

A lire aussi sur Cuvva, cet article de Daily FinTech

jeudi 17 décembre 2015

Desjardins invite ses clients dans son lab

Desjardins
La co-innovation avec les clients est une des grandes tendances du moment dans les institutions financières. Pourtant, à y regarder de près, les expériences concrètes restent étonnamment rares. À Montréal, le Mouvement Desjardins veut tenter [PDF] l'aventure, avec un « laboratoire » mixant lieu physique et espace en ligne.

L'objectif de la banque avec son Desjardins Lab est sans surprise : dans un monde qui évolue rapidement et qui met de plus en plus d'emphase sur l'adéquation des offres aux attentes de chaque consommateur, il est impératif de développer l'innovation, de préférence en impliquant les principaux intéressés. Le volet virtuel de l'initiative, qui doit permettre aux canadiens les plus éloignés d'y participer, semble également assez classique, avec des sondages et des échanges directs sur de nouvelles idées.

En revanche, et en dépit de l'absence de précisions à ce stade, l'espace qui vient d'être inauguré au cœur du Complexe Desjardins de Montréal peut laisser entrevoir plus d'originalité, par son évocation de la possibilité d'accueillir les membres et clients afin de contribuer activement à la création des produits et services de demain. Il restera à vérifier si la réalité est conforme aux espoirs, mais, et le fait est rare en soi, toutes les conditions sont réunies pour faire de ce laboratoire un modèle. Rêvons un peu !

Le premier point en faveur du Desjardins Lab est la finalité pragmatique qu'il se donne. Car il n'est pas question de mettre en place une simple vitrine technologique, inspirée par une vague stratégie de sensibilisation des collaborateurs (voire des clients ou des partenaires). Au contraire, l'ambition est ici d'élaborer une démarche, au long cours, de création de bout en bout de nouvelles solutions – intégrant conception, développement et test – destinées à améliorer effectivement l'offre à la clientèle.

Desjardins Lab

La deuxième idée importante du dispositif est donc son esprit d'ouverture, qui se décline sur deux plans complémentaires. En interne, tout d'abord, le Desjardins Lab pourrait devenir un véritable moteur de changement (de la culture d'entreprise), par exemple en procurant à tous les salariés qui le souhaitent l'opportunité de participer ou, mieux, de contribuer aux projets innovants – sous des modalités à définir et à formaliser – dans un environnement différent de celui de leur quotidien.

En externe, d'autre part, la collaboration avec les clients pourrait prendre une dimension exceptionnelle. Plutôt que de chercher – comme il arrive fréquemment – à constituer des « panels » d'utilisateurs triés sur le volet, la situation privilégiée des locaux dans la ville suggérerait d'en faire un lieu de passage, dans lequel les visiteurs (occasionnels) pourraient à tout moment venir découvrir et expérimenter les réalisations en cours, donner leur avis, émettre leurs commentaires et suggestions… un peu comme TD Bank le fait de temps à autre dans ses agences.

Aussi utopique puisse-t-elle paraître à certains, cette vision ne serait finalement qu'un retour aux racines du mutualisme, dont le Mouvement Desjardins est un des plus illustres représentants, dans le secteur financier. À l'heure où l'économie collaborative prend une ampleur conséquente, il est en effet temps pour les établissements coopératifs – encore plus que pour les autres entreprises – de replacer leurs membres au centre de leur stratégie. Et, par conséquent, de les impliquer dans leur transformation…

mercredi 16 décembre 2015

Les « peaux de banane » de la banque (2016)

Depuis 1996, le CSFI – Centre for the Study of Financial Innovation – publie, tous les 2 ans, une enquête sur les grandes menaces, ou « peaux de banane », redoutées par les acteurs du secteur bancaire du monde entier (un équivalent existe pour l'assurance). Cette année, la cyber-criminalité et l'obsolescence technologique sont en pointe.

Certes, parmi les 24 risques classés par l'étude, l'environnement macro-économique figure en tête des inquiétudes, pour presque toutes les catégories de personnes interrogées, autant d'un point de vue fonctionnel (l'échantillon étant réparti entre banquiers, observateurs extérieurs et gestionnaires de risque – y compris régulateurs) que géographique (la couverture s'étendant à l'Amérique, le Pacifique et l'Europe – avec une surpondération notable du Royaume-Uni, due aux origines du CSFI).

Cependant, la criminalité représente la croissance la plus spectaculaire depuis l'étude précédente, passant de la neuvième à la deuxième place globalement, et atteignant même la première position sur le continent américain. Dans le détail, si les problématiques de blanchiment et d'évasion fiscale sont considérées sous contrôle, les cyber-attaques constituent la raison essentielle de cette progression, reflétant un certain désarroi, justifié par la versatilité des menaces et l'ampleur des risques induits.

Naturellement, cette prise de conscience ne peut réellement surprendre. L'explosion du nombre d'incidents, qui ne touchent plus seulement le secteur de la distribution mais affectent de plus en plus souvent des institutions financières, a au moins cet effet salutaire. Élément particulièrement significatif, il n'est plus tabou, désormais, d'envisager une attaque de grande envergure qui parviendrait à paralyser un système critique (les paiements interbancaires, par exemple) ou qui causerait la perte d'un établissement.


Autre exemple de lucidité (collective, a minima), Les craintes en matière de criminalité sont explicitement liées aux socles informatiques vieillissants. La quatrième position de ce facteur est constante par rapport à 2014, mais ses motivations changent : à la certitude des dangers opérationnels induits par les systèmes obsolètes (surtout les « cœurs » bancaires) – les perturbations de services plus ou moins sévères sont une réalité – s'ajoutent maintenant la vulnérabilité qu'ils exposent face aux cyber-attaques.

À y regarder de près, il faut tout de même relativiser l'optimisme que peuvent susciter ces résultats, car, en plaçant la criminalité et le risque technologique en position 4 et 5 – respectivement – de leur classement fonctionnel, les banquiers ne sont pas les plus clairvoyants sur ces sujets. Et puis, la perception que l'impact sur la réputation (arrivant seulement douzième de la liste) ne serait pas névralgique – car n'ayant que des conséquences limitées pour l'entreprise ? – pourrait s'avérer dangereuse…

Quoi qu'il en soit, voilà donc une raison supplémentaire – s'il en fallait ! – d'accélérer la refonte des vieux systèmes bancaires. Hélas, elle ne suffit visiblement pas à faire franchir le pas à nombre d'établissements, qui en sont toujours à s'inquiéter des coûts et des risques de telles initiatives, craignant de surcroît que, face à l'évolution rapide des technologies et des comportements, leurs investissements ne s'envolent dans des solutions dépassées avant même leur lancement. Ce n'est pourtant pas en choisissant l'immobilisme que la situation s'améliorera…

mardi 15 décembre 2015

Analyse prédictive… mais pas magique

Forrester
Parmi les disciplines émergeant autour des données, l'analyse prédictive est parée de toutes les vertus, comme si sa pratique allait permettre de répondre à toutes les questions que se posent les entreprises. Fred Giron – analyste pour Forrester – rappelle quelques règles à observer pour espérer atteindre des résultats utiles.

Le risque avec l'analyse prédictive est le même que celui qui accompagne toutes les technologies victimes de la mode : les promesses mirobolantes – émanant en grande partie d'éditeurs prêts à tous les mensonges pour vendre leurs produits – déclenchent quelques expérimentations et, parfois, une ou deux premières implémentations, dans l'excitation générale. Puis, au bout de quelques mois, il s'avère que les informations produites – aussi « sexy » soient-elles – ne servent à rien et le logiciel est enterré.

Premier conseil, qu'on ne répétera jamais assez : afin de réussir l'adoption d'une nouvelle solution, il est impératif de déterminer au préalable l'objectif que l'on souhaite atteindre, en s'assurant que l'outil envisagé est bien adapté au problème à résoudre. Au-delà de cette recommandation générale, l'analyse prédictive présente un certain nombre de spécificités – dont le défi principal, consistant à transformer des données en actions « métier » – qui vont imposer aussi des changements de méthode.

Commençons par la mauvaise habitude qu'ont beaucoup de DSI de s'emparer des derniers « joujoux » technologiques en vogue et de les mettre en œuvre après avoir – au mieux – rapidement informé leur alter ego du métier ciblé (en répétant les arguments du vendeur initial). En l'espèce, il faut non seulement rechercher les cas d'usage les plus pertinents avec les utilisateurs, mais ce sont même les bénéfices potentiels pour l'entreprise qui doivent focaliser les efforts, dans une véritable collaboration.

L'enjeu est particulièrement critique, car les talents capables de transformer la matière brute en valeur ajoutée par l'analyse prédictive sont extrêmement rares et, donc, précieux. Il serait doublement mal venu de les employer sur des sujets sans importance stratégique : outre le pur gaspillage qu'une telle attitude engendrerait, elle pourrait également décourager les « data scientists », qui – stars du moment – n'auront aucune difficulté à trouver un challenge plus ambitieux et plus exaltant sous d'autres cieux…

Établir une relation fructueuse entre l'informatique et le métier – ce qui n'est toujours pas une réalité dans beaucoup trop d'organisations – n'est pourtant pas si compliqué dans le domaine des « big data ». Pourquoi ne pas aller rechercher, dans le département marketing par exemple, les personnes qui explorent déjà les données existantes, identifier celles qui sont plus curieuses, plus passionnées et plus susceptibles d'adhérer à une nouvelle approche ? Avec elles se bâtiront les fondations d'une coopération efficace

Voyance

lundi 14 décembre 2015

AXA crée une app de prévention pour les jeunes

SharyDrive
Les statistiques sont connues et n'évoluent malheureusement jamais assez vite : les jeunes sont les premières victimes d'accident de la route et les actions de prévention ne parviennent pas à réduire leurs comportements à risques. Avec le lancement de SharyDrive, AXA intègre les codes de leur génération afin de mieux les atteindre.

Focalisée sur les principales causes d'accidents chez les 18-25 ans – fatigue, somnolence, alcoolémie… en particulier sur les trajets de retour de soirée –, cette nouvelle application, gratuite et accessible à tous, va proposer à son utilisateur d'effectuer ses déplacements de manière responsable, lors des événements auxquels il assiste. Initiative louable et simple à mettre en œuvre, en apparence, mais exposée à une difficulté considérable : comment convaincre les jeunes consommateurs de l'adopter ?

La réponse qu'apporte AXA à cette question tient en quelques mécanismes inscrits au cœur des comportements habituels de la population ciblée. Premier de ceux-ci, une intégration avec Facebook : l'application s'appuie sur la gestion d'événements du réseau social (16 millions d'événements y sont créés chaque mois), ce qui lui permet d'identifier les détails de l'organisation et les participants des sorties planifiées. Dès lors, elle va pouvoir aider à préparer les moyens de locomotion nécessaires.

Pour ce faire, c'est un véritable dispositif de co-voiturage qui est mis en œuvre. Ainsi, l'utilisateur qui décide de se rendre à l'événement avec son propre véhicule peut offrir des places à ses amis – toujours via Facebook, mais également par mail ou par SMS – (en précisant le trajet qu'il compte emprunter ?). Pour leur part, ceux qui ne souhaitent pas prendre le volant peuvent procéder à une « réservation », immédiatement notifiée au conducteur, qui va, de la sorte, organiser sa « tournée » en conséquence.

SharyDrive

La prévention proprement dite entre en jeu au moment de partir : SharyDrive inclut deux tests – un pour l'alcoolémie et un pour l'équilibre – destinés à contrôler, de manière amusante, l'aptitude du chauffeur désigné à prendre la route. Et, si les résultats ne sont pas satisfaisants, les fêtards pourront solliciter un taxi directement depuis l'application (mais où est l'option Uber ?). Enfin, en cas de problème, est également prévue la possibilité d'appeler un service d'assistance (pré-configuré) ou les secours (112).

Au final, SharyDrive apparaît comme un subtil assemblage d'une palette de fonctions élémentaires concourant collectivement à stimuler son utilisation. Immersion dans la vie quotidienne (des événements), apport d'un service pratique (de co-voiturage), en appui sur les ressorts des réseaux sociaux (non seulement en ligne mais également du réel), en jouant au passage sur la réputation…, le tout dans une application mobile : voilà, sous les atours d'une simplicité trompeuse, un modèle de service mûrement réfléchi.

dimanche 13 décembre 2015

La banque de demain, selon Brett King

Brett King
Comme en miroir de mon précédent billet sur l'assurance de demain, Brett King, visionnaire de la banque et PDG de Moven, propose, au détour d'une interview donnée à O'Reilly, une passionnante réflexion sur la transformation à venir des services financiers, sous l'impulsion des nouveaux paradigmes qui émergent autour de nous.

C'est, cette fois encore, la voiture autonome – décidément incontournable – qui donne l'occasion à l'auteur de dessiner un scénario futuriste, inversant les perspectives habituelles de la gestion de l'argent. Cependant, tandis que nous envisagions avec Juan Mazzini (de Celent) une transition de l'assurance du bien vers l'assurance de la personne, Brett King nous emmène ici dans un mouvement exactement inverse. Voilà, s'il en fallait, une preuve supplémentaire de l'étendue des possibilités qui s'ouvrent aujourd'hui.

Imaginons donc un jeune adulte en 2025 ou 2030. Il possède une Google Car, autonome, en co-propriété avec une dizaine d'amis ou voisins. Lorsqu'il part au travail le matin, accompagné de 2 collègues, sa voiture vient le prendre devant chez lui. Une fois cette routine accomplie, sans aucune autre demande pour 2 ou 3 heures, l'automobile se connecte au réseau Uber, pour lequel elle réalise quelques courses. Vers midi, sa batterie presque vide, elle va se recharger sur une borne ou bien, réalisant qu'il est temps de procéder à une révision périodique, elle se rend au garage.

Au cours de cette journée, les passagers du matin participent aux frais et les clients Uber règlent leurs courses, puis il faut payer l'électricité et/ou la facture d'entretien. Toutes ces opérations sont réalisées automatiquement, grâce aux capteurs du véhicule et de son environnement, ou aux smartphones des utilisateurs. Et, en fin de mois, les « bénéfices » servent à rembourser l'emprunt contracté à l'achat. Alors, quoi de plus logique – et de plus simple – dans ces circonstances que d'imaginer une voiture possédant son propre porte-monnaie, utilisé pour l'ensemble de ces transactions ?

Les impacts d'un tel modèle sur les services financiers existants sont gigantesques. Brett King souligne, par exemple, l'absurdité qu'il y aurait à devoir contrôler l'identité de chaque co-propriétaire – surtout avec les procédures de « KYC » en vigueur actuellement – pour activer le porte-monnaie de leur Google Car. Et l'automobile n'est pas le seul « objet » concerné : déjà, avec Airbnb et ses équivalents, l'habitation est une candidate naturelle (petite colle : comment le futur frigo connecté va-t-il gérer les locataires ?).

Comme dans le secteur de l'assurance, face aux grandes mutations en cours dans le monde, il va devenir indispensable, à moyen terme (10 ans ? 20 ans ?) de réinventer entièrement les approches (et les pratiques) existantes dans la banque. À défaut de s'y préparer dès maintenant, les institutions financières traditionnelles s'exposent à une concurrence – encore embryonnaire, mais destinée à une expansion rapide – qui saura profiter des innombrables opportunités ainsi créées.

Voiture autonome de Google

samedi 12 décembre 2015

L'assurance de demain, selon Celent

Celent
Tous les assureurs sont désormais conscients des mutations qui affectent profondément leurs métiers – de plus en plus rapidement – sans toujours savoir comment les prendre en compte. Juan Mazzini, analyste pour le cabinet Celent, propose un scénario fascinant de couverture des risques, hyper-personnalisée, en temps réel.

Le point de départ de sa réflexion est une évidence, qui, pourtant, est rarement admise par les principaux intéressés. Ainsi, le secteur de l'assurance automobile est aujourd'hui conquis – à un stade plus ou moins avancé – par la mode des primes ajustées à l'usage (« Usage-Based Insurance » et autre « Pay How You Drive »). Or, les progrès technologiques s'accélérant, la voiture autonome est en passe de devenir une réalité, rendant immédiatement obsolètes ces approches conçues pour une ère révolue.

L'« UBI » est donc une solution temporaire et il est essentiel de commencer à imaginer les futurs modèles, qui resteront pertinents dans un monde ultra-connecté et collaboratif. Il ne faut pas croire que seule l'automobile est concernée : les évolutions en cours en font un exemple plus frappant mais les autres domaines – habitation, santé… – subiront nécessairement des changements similaires. Pour relever le défi, J. Mazzini suggère une logique « Kanban », qui s'adapterait « juste à temps » au contexte de l'assuré.

Son contrat le suivrait alors tout au long de ses activités, qu'il se déplace en transports en commun, qu'il fasse appel à un service de VTC (Uber ?) ou à un taxi, qu'il emprunte son propre véhicule (pas encore autonome), éventuellement accompagné d'un co-voitureur (Blablacar ?), ou qu'il reste à son domicile. À chaque instant, des capteurs, passifs ou actifs, « co-optés » par l'utilisateur, déterminent quelle est la couverture la mieux adaptée à sa situation (et aux risques associés), au tarif le plus juste.

Autre illustration, sensiblement différente car, cette fois, plus centrée sur le bien à protéger que sur l'individu, autour du logement : les garanties sont déterminées par la « connaissance » qu'a la résidence de ce qui s'y passe, selon que la famille du propriétaire s'y trouve ou qu'elle est absente, qu'une fête est en train de s'y dérouler… En poussant le raisonnement à l'extrême, une assurance sur la vie pourrait aussi être modulée en temps réel en fonction des choix de déplacement, de moyen de transport…

Quel que soit le sort qui leur sera réservé, ces quelques idées ont le mérite de replacer le débat sur la transformation de l'assurance là où il faut, c'est-à-dire en dehors des rails existants. En effet, imaginer que les approches actuelles peuvent rester pertinentes pendant que les changements de comportement des consommateurs bouleversent leurs habitudes de transport – pour rester sur cet exemple – est une illusion. Juan Mazzini propose une nouvelle manière de voir, à vous d'inventer la votre !

Voiture autonome de Google

vendredi 11 décembre 2015

PrivatBank installe le bitcoin dans l'e-commerce

PrivatBank
Pendant que les débats s'enveniment autour de ses bienfaits et de ses défauts, le bitcoin poursuit, imperturbable, son développement dans le monde. En Ukraine, PrivatBank franchit un cap important en devenant la première banque (à ma connaissance) à généraliser l'acceptation de la crypto-devise dans ses solutions de paiement en ligne.

L'information a été révélée, à l'occasion d'une conférence, par la responsable du e-commerce pour la banque, Cristina Karmazin. À l'issue d'une période d'expérimentation maintenant terminée, et bien qu'une consultation du régulateur soit toujours en attente de réponse, l'établissement est désormais entré dans une phase active de conquête des e-marchands, non seulement en Ukraine mais, au-delà, à travers toute l'Europe. La proposition qui leur est faite est simple : il s'agit de permettre à leurs clients de régler leurs achats en bitcoins, sans aucun impact pour eux.

En pratique, le système mis en place est relativement classique. Si le commerçant a retenu l'option ad hoc, au moment de payer sa commande, le consommateur va pouvoir sélectionner la devise de son choix, dont le bitcoin. Il se voit alors présenter un code QR correspondant à l'adresse d'encaissement, vers laquelle il ne lui reste plus qu'à transférer le montant équivalent au total de son panier (au cours instantané). Une fois la transaction validée, la banque réalise immédiatement une opération de change et crédite le compte du marchand, en euros ou en hrvynia, selon la configuration qu'il a définie.

Naturellement, diverses startups offrent déjà des solutions similaires, parfois depuis longtemps (par exemple Paymium, en France). Cependant, la perception des commerçants sera probablement très différente quand une banque – la plus importante de son pays, de surcroît – porte le concept. L'impact peut être immense. D'une part, la confiance existante envers l'institution financière va logiquement favoriser l'adoption de son dispositif et, par conséquent, l'usage de bitcoin. D'autre part, et plus largement, l'initiative apporte une crédibilité significative à la crypto-devise elle-même.

Il n'est pas surprenant que l'Ukraine soit en pointe en pointe sur ce thème, entre la popularité dont jouit bitcoin dans les pays de l'est en général et les turbulences que connaît la région actuellement. Mais, ne connaissant – par essence – aucune frontière, chaque innovation dans le domaine a immédiatement une portée étendue. Et voilà donc une nouveau démenti apporté aux banquiers qui enterrent un peu vite la crypto-devise et croient rester maîtres du jeu en s'emparant de ses fondations techniques…

Monnaies

jeudi 10 décembre 2015

Deutsche Bank adopte un (faux) robo-advisor

Maxblue
Nées aux États-Unis dans le sillage de la crise de 2007, les grandes startups de l'investissement automatisé – Wealthfront, Betterment… – commencent aujourd'hui à représenter une activité non négligeable dans le secteur, qui ne manque pas d'aiguillonner les acteurs en place. Deutsche Bank réagit en lançant sa propre solution.

Sur le papier, son nouvel outil AnlageFinder ressemble à ce que les « robo-advisors » nous proposent depuis plusieurs années. Tout d'abord, le client, néophyte ou expérimenté, remplit un questionnaire simplifié – l'interrogeant sur ses objectifs, son appétence au risque… – afin d'établir son profil d'investisseur. Il se voit alors suggérer une allocation de portefeuille adaptée, qu'il peut ajuster à volonté – par exemple en excluant une catégorie d'actifs – tout en continuant à bénéficier d'une assistance personnalisée – une alerte sur la surpondération d'un secteur économique, peut-être ?

Dernière étape du processus, AnlageFinder va offrir à l'utilisateur la possibilité de concrétiser sa simulation, en s'appuyant sur une large palette de supports – composée aussi bien d'ETF que de fonds classiques. Le conseiller automatique est, en effet, étroitement intégré à la plate-forme d'investissement MaxBlue de Deutsche Bank, au sein de laquelle les clients y ont accès gratuitement. Il leur suffit donc de quelques clics pour convertir une recommandation en un portefeuille « réel ».

AnlageFinder

Et c'est tout ! Étonnamment, il n'est nullement question, dans la présentation du service, du suivi du portefeuille. Peut-être est-ce une simple erreur de communication, mais il me semble malheureusement plus vraisemblable que ce soit effectivement le reflet de la réalité. Or, qui voudrait d'un « conseiller » qui, après avoir établi une stratégie d'investissement pour son client, l'abandonne immédiatement à une application (MaxBlue) de suivi des performances conçue pour des experts et le laisse seul décider des arbitrages à réaliser, des décisions à prendre lors d'événements importants…?

En affirmant vouloir séduire les jeunes adultes intéressés par les opportunités des marchés financiers, Deutsche Bank reconnaît implicitement le danger qu'elle perçoit dans l'arrivée d'une nouvelle génération de concurrents, prêts à conquérir cette cible prometteuse avec des solutions abordables, prodiguant de véritables conseils (tout automatisés qu'ils soient). Hélas, l'institution ne semble pas prendre la mesure de l'effort nécessaire pour répondre à la menace : un simulateur d'investissement pompeusement rebaptisé « robo-advisor » ne sera certainement pas suffisant.