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C'est pas mon idée !

mercredi 22 juillet 2020

Quand la génération SnapChat attaque la finance

Meemo
Quand deux anciens employés de Snap créent une application financière, leur vision du domaine promet d'être pour le moins rafraîchissante. Pourtant, surgit rapidement la question de savoir si les pratiques inspirées par les réseaux sociaux sont réellement adaptées à un sujet aussi sérieux et rébarbatif que la gestion de l'argent.

Le constat que dressent les fondateurs de Meemo, qui les a conduit à se lancer sur un marché plutôt encombré, ne se résume pas à la banalité de l'inadéquation des solutions existantes aux besoins des générations adeptes de SnapChat. Ils décrivent aussi, plus profondément, le hiatus persistant entre la perception émotionnelle de tout ce qui entoure l'argent dans l'esprit du consommateur et les approches froides, impersonnelles et passablement moralisatrices fréquemment rencontrées dans le secteur.

Leur réponse consiste à introduire une forme de plaisir dans la gestion financière du quotidien, à travers des mécanismes de récompenses (réelles ou virtuelles) et, sans surprise, une dimension sociale. D'un côté, relativement classique, l'utilisateur va donc retrouver des offres promotionnelles, attribuées spécifiquement en fonction de ses habitudes d'achats, établies par l'analyse de ses comptes, et des recommandations connexes (par exemple des bons plans correspondant à ses centres d'intérêt).

D'autre part, Meemo autorise l'envoi de bons cadeaux (idéalement financés par les enseignes concernées) à des amis, pour partager la découverte d'un restaurant ou les charmes d'une boutique favorite. Dans le registre du suivi de budget, l'application adopte un format original, composé notamment de notifications régulières destinées à souligner des particularités de comportement (entre autres via une comparaison des dépenses sur deux catégories) et qui peuvent elles aussi être envoyées à des proches.

Meemos

Ainsi présenté, le dispositif semble parfaitement aligné sur le cliché traditionnel de sa cible de « millenials », insouciante, voire frivole, et ne supportant aucune contrainte. Voilà certainement une excellente recette pour la conquête d'une clientèle… mais où est donc sa composante de gestion de finances personnelles ? Étant désormais acquis que la seule mise en exergue des usages passés n'aide guère à progresser, il est difficile d'imaginer qu'un simple habillage différent suffise à la rendre plus efficace.

En l'état, Meemo parviendra peut-être à séduire les jeunes mais ne remplacera pas les outils ennuyeux d'aujourd'hui. Car, si les prémisses de son raisonnement sont correctes, il lui reste tout de même à prouver qu'elle est capable de décliner son idée d'une expérience agréable et empathique quand elle aborde directement et concrètement la problématique du pilotage de l'argent et pas uniquement quand elle développe quelques fonctions ludiques et sociales autour d'une liste de dépenses.

En attendant une telle évolution, les pistes de réflexion que propose la startup ont l'incontestable mérite d'apporter une perspective nouvelle à l'univers du PFM, complémentaire aux modèles actuels, qui ne pourra que profiter au consommateur.

mardi 21 juillet 2020

Uber au centre d'un test critique du RGPD

Uber
Fer de lance d'une économie basée sur les données et les algorithmes, il n'est guère surprenant qu'Uber se trouve en pointe des critiques et des polémiques, y compris parmi les chauffeurs qui comptent sur elle pour leur subsistance. La plainte déposée hier à Amsterdam contre sa filiale européenne (son siège étant aux Pays-Bas) pourrait aussi affiner les nouvelles frontières légales de l'ère « digitale ».

Bien qu'elle semble focalisée sur les problématiques spécifiques des contractuels opérant la flotte du géant des VTC, notamment en matière de subordination dans la relation de travail, l'action engagée révèle clairement les difficultés qui guettent toutes les entreprises élaborant des stratégies extensives d'automatisation, notamment grâce à l'intelligence artificielle. Car elle émane principalement de l'opacité des traitements mis en œuvre et du soupçon de biais et de discriminations qu'elle engendre inévitablement.

En l'occurrence, les conducteurs britanniques à l'origine de la procédure, avec les associations professionnelles qui les soutiennent, se disent convaincus que la plate-forme établit et gère un profil comportemental individuel pour chacun d'eux, sur la base, entre autres, du respect des délais annoncés, des annulations de trajets, de l'attitude vis-à-vis des voyageurs… Celui-ci serait exploité, à l'insu des principaux intéressés, pour déterminer l'affectation des courses commandées par les clients.

En conséquence, la demande formulée à l'encontre d'Uber est une injonction de respecter les dispositions du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), dont, en premier lieu, celles qui imposent un droit d'accès et de portabilité de tout citoyen européen sur les informations personnelles qui le concernent. Mais, derrière cette requête relativement conventionnelle, les plaignants introduisent une deuxième exigence, aux implications potentiellement considérables, bien au-delà du cas d'espèce.

Uber drivers demand access to their personal data

En effet, l'objectif visé serait d'obtenir de l'opérateur, non seulement les caractéristiques des profils assignés au chauffeur, mais également les données brutes dont elles dérivent… ainsi que les logiques de traitement qui leurs sont appliquées. C'est, apparemment, un article de la loi encore non éprouvé auprès d'une cour qui pourrait justifier une telle revendication, à savoir l'article 22, qui instaure une série de restrictions sur les processus de décisions « critiques » pilotés exclusivement par logiciel.

De nombreuses incertitudes planent sur les contours du texte, autant sur les conditions dans lesquelles il est opposable – la qualification des opérations considérées, entre impact significatif pour la personne et nécessité impérative pour le fonctionnement du service proposé – que sur la manière de le prendre en compte dans la pratique – de l'option de refus, avec ou sans solution de repli « humaine », jusqu'à la possibilité de recevoir une explication des résultats produits, voire de les contester.

L'interprétation qu'offrira la justice risque de se faire attendre, mais l'affaire sera certainement suivie de près par tous les acteurs qui rêvent d'intelligence artificielle dans leur activité, notamment dans les interactions avec la clientèle. Rappelons tout de même, dès aujourd'hui, à ceux qui restent persuadés que le profilage des personnes et la prise de décision automatisée sont prohibés par le RGPD qu'il n'en est rien et que ce qui est reproché à Uber n'est que son non respect (présumé) des contraintes associées.

lundi 20 juillet 2020

UBS assemble sa plate-forme immobilière

Key4
Dans le sillage du lancement, le mois dernier, de sa place de marché en ligne de crédit hypothécaire key4, UBS pose maintenant les premières pierres de son engagement à en faire une plate-forme immobilière universelle. Elle prend une participation dans Houzy, une jeune pousse offrant divers services d'assistance aux propriétaires.

La stratégie de la banque suisse avec key4 paraît extrêmement ambitieuse aussi n'est-il guère surprenant qu'elle adopte une démarche itérative. Pour ses débuts, elle ne prend donc en charge que des demandes de prolongation d'hypothèques existantes. Non seulement ce choix lui facilite la mise en œuvre, grâce à des procédures allégées, mais il représente également un point d'entrée raisonnable en direction des consommateurs « digitaux », prêts à gérer ces opérations relativement lourdes entièrement à distance.

Malgré son périmètre restreint, l'initiative est déjà remarquable par son positionnement, puisqu'elle vise à bâtir une véritable plate-forme immobilière ouverte. Ainsi, son incarnation actuelle se présente comme une offre de courtage. Le visiteur est invité à soumettre son dossier de financement et il se voit alors conseiller et orienter vers les solutions optimales pour ses besoins, parmi les multiples options disponibles aussi bien chez UBS qu'auprès d'une sélection d'institutions tierces triées sur le volet.

Tandis que l'ajout du traitement des nouvelles hypothèques est planifié pour l'automne, la banque a aussi promis d'enrichir son dispositif d'une vaste gamme de fonctions complémentaires destinées à accompagner ses utilisateurs dans tout le cycle de vie de leur bien, avant, pendant et après son acquisition. La transaction conclue avec Houzy, qui devrait se concrétiser par son intégration dans l'écosystème key4, s'inscrit justement dans cette dernière phase, en parfait alignement avec la cible des propriétaires établis.

Houzy & Key4

Concrètement, la jeune pousse fournit des guides et des outils pour l'entretien et la maintenance d'une résidence. Son domaine de compétences s'étend, par exemple, de la recommandation d'aménagements et d'extensions en vue de valoriser une propriété jusqu'à l'anticipation (financière, entre autres) du remplacement des équipements (chaudière, toiture…), en passant par l'exécution des réparations et autres interventions requises, grâce à un répertoire de professionnels de tous les secteurs du bâtiment.

Plusieurs banques dans le monde, parmi lesquelles Scotiabank au Canada, pour n'en citer qu'une, ont compris que l'avenir de leurs métiers résidait dans leur immersion au cœur des parcours de leurs clients et ont, en conséquence, commencé à élaborer leurs propres environnements intégrés. UBS nous montre ici une vision encore plus large, embrassant la notion de propriété immobilière dans sa globalité et dans sa perspective à long terme, dans ses aspects financiers comme dans ses problèmes quotidiens.

dimanche 19 juillet 2020

BBVA en quête de l'avantage quantique

BBVA
Plusieurs institutions financières, aux quatre coins de la planète, ont commencé à explorer le potentiel de l'informatique quantique, à travers une ou deux expérimentations ciblées. Pour BBVA, l'aventure a commencé en 2018 et elle a rapidement pris une dimension stratégique. Elle partage aujourd'hui un point d'étape sur ses avancées.

Au vu des progrès fulgurants des technologies, matérielles et logicielles, le groupe espagnol estime qu'elles pourraient atteindre dans 2 à 5 ans une maturité suffisante pour envisager le déploiement de leurs premières applications opérationnelles. Face à une échéance aussi proche, il n'y a plus de temps à perdre et il devient urgent de préparer la banque à prendre un avantage concurrentiel, dans tous les métiers et les domaines où la contribution de l'informatique quantique peut s'avérer déterminante.

Pour ce faire, le département de recherche de BBVA a mis en place une équipe pluridisciplinaire interne, chargée d'évaluer puis valider les opportunités les plus prometteuses dans les différentes lignes d'activité de l'entreprise. Au cours de l'année écoulée, elle a multiplié les collaborations, avec des structures académiques publiques, des startups spécialisées et des acteurs traditionnels, afin de renforcer et affermir ses capacités propres, notamment en développant une série de six preuves de concept.

Naturellement, les cibles privilégiées de ces travaux sont focalisées sur les avantages particuliers des outils quantiques, à savoir leur faculté d'effectuer rapidement des calculs massifs opérant sur des variables nombreuses. Les cas d'usage se trouvent alors concentrés sur quelques thématiques précises, dans lesquelles les méthodes employées jusqu'à maintenant exposent leurs limites, en raison, entre autres, de durées de traitement excessives ou de l'impossibilité de tenir compte de tous les paramètres pertinents.

BBVA - L'Avantage Quantique

Parmi ceux que cite BBVA, figure donc une poignée de projets autour de l'optimisation de portefeuilles d'investissement, statique comme dynamique, sur des registres de classification d'instruments ou de prédiction de la performance en fonction de divers scénarios. Toujours dans la finance de marchés, des études sont menées sur l'arbitrage de devises et la valorisation de produits dérivés, tandis que la banque de détail est concernée, elle, par l'accélération des estimations de scores de crédit.

Dans tous les cas, il reste plus d'un défi à relever et là aussi réside l'enjeu de l'approche multifacette de BBVA. Car l'industrialisation de l'informatique quantique passera par des changements profonds dans les pratiques, entre, d'un côté technique, réinvention de l'algorithmique, à l'occasion du passage du bit au « qubit », maîtrise des systèmes d'émulation (les « annealers »), adaptation à des contraintes inédites… et, de l'autre, plus en amont, le besoin de repenser la définition des problèmes à résoudre.

samedi 18 juillet 2020

L'aide à la décision selon ING

ING
L'aide à la décision. Pas sous son acception habituelle, fallacieuse, qui se résume à fournir des informations objectives pour conforter les choix de leurs destinataires. Mais plutôt sous la forme d'une démarche pratique et concrète, qui détermine une solution optimale et accompagne l'individu dans son adoption. Trois exemples par ING.

Au fil de l'histoire de l'évolution, le cerveau humain s'est développé pour répondre à un environnement et des conditions spécifiques d'une époque reculée et, depuis, ses mécanismes les plus profonds nous jouent des tours en permanence, au fil de notre vie quotidienne. Une gestion saine des finances personnelles, par exemple, se heurte fréquemment à des réflexes ou des intuitions contraires à une logique rationnelle – induits par un ensemble de biais cognitifs dont il est impossible de se défaire.

Ayant pris conscience de ces phénomènes et de leurs implications pour le bien-être de ses clients, ING a créé il y a deux ans une équipe transverse dédiée aux sciences comportementales. Sa mission consiste en premier lieu à comprendre les motivations des consommateurs dans leur relation à l'argent et identifier les « défauts » qui les affectent, dont les principaux sont la capacité réduite d'attention, la difficulté à évaluer les conséquences d'une action et la tendance à privilégier le présent par rapport à l'avenir.

La deuxième partie de son rôle, alignée avec la démarche de responsabilité sociale et environnementale (RSE) du groupe (et avec les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies), vise à mettre la connaissance acquise au service de toutes ses entités, dans le but d'optimiser les outils proposés aux clients et faire en sorte qu'ils contribuent à réellement améliorer leur situation financière. Du plus discret au plus ambitieux, ING décrit trois cas différents de mise en œuvre de son approche.

ING – The Science of Decisions

Au bas de l'échelle, c'est la plate-forme d'agrégation de services Yolt, déployée au Royaume-Uni, en Italie et en France, qui s'est enrichie de guides, au vocabulaire soigneusement sélectionné pour encourager le passage à l'acte et la persévérance (en adoptant un ton toujours positif, notamment). Ceux-ci donnent au consommateur qui a souvent du mal à appréhender l'utilité des capacités mises à sa disposition une perception claire de l'intérêt à long terme d'établir un budget et de le respecter.

Aux Pays-Bas, les spécialistes du comportement ont été invités à participer à la conception d'un nouveau produit, en l'occurrence un « robo-advisor » qui veut, plus tard, devenir un assistant de planification financière à part entière. Afin, principalement, de vaincre le syndrome du néophyte (qui n'investit pas parce qu'il se considère incompétent), ils ont glissé une multitude de petits détails dans les parcours qui insinuent continuellement l'idée que, au contraire, l'investissement est simple et accessible.

En Turquie, enfin, la position de challenger d'ING la conduit à prendre le contrepied des habitudes en vigueur, en visant, d'une certaine manière, à changer la culture locale ! Elle a ainsi lancé une carte de débit, dans un pays largement adepte de la carte de crédit, lui ajoutant une incitation à l'épargne, qui augmente (de 2%) le taux d'intérêt applicable à son livret dès que les dépenses franchissent un seuil prédéterminé (équivalent à un peu plus de 100€), donc en engageant simultanément à limiter l'endettement.

La stratégie d'ING esquisse une vision de la banque de demain qui ne se contente plus de distribution industrielle de produits mais, adoptant sur son métier un point de vue beaucoup plus extensif, n'hésite pas à prendre son client par la main et l'orienter activement, en employant toutes les ressources disponibles, dans les choix les plus pertinents en vue d'atteindre ses objectifs. Naturellement, la frontière avec la manipulation et ses dérives est ténue, ce qui impose également une transparence intransigeante.

vendredi 17 juillet 2020

Ces acteurs qui décrédibilisent l'IA

LinkedIn
À force de communication et de démonstrations, elles nous ont persuadés qu'elles étaient les stars de l'intelligence artificielle. Mais derrière le rideau, elles n'emploient que des algorithmes stupides destinés à développer leurs profits. Ces entreprises finiront par tuer la confiance des consommateurs… et leur propre poule aux œufs d'or.

Prenez le cas de LinkedIn, propriété de Microsoft depuis 2016, qui promet aux entreprises, jusque sur les ondes de la radio, de trouver leurs nouveaux clients et de les mettre en relation avec le candidat à l'embauche idéal. Pour ce faire, chaque utilisateur est invité à fournir tous les détails de sa vie professionnelle (mais néanmoins privée) et se voit ensuite bombarder de publicités ciblées, d'offres d'emploi personnalisées et autres contenus soigneusement sélectionnés en fonction de ses centres d'intérêt.

Voilà pour la théorie. En réalité, les annonces diffusées sont généralement partagées avec la population la plus large possible, sans aucune tentative d'adéquation au profil du visiteur (qu'aurais-je à faire d'une arnaque rédigée en néerlandais ?) et en réagissant à des événements basiques. Confirmez, par exemple, la fin d'une mission dans votre historique et vous croulez sous les propositions de postes plus farfelues les unes que les autres (quelqu'un oserait-il vraiment me recruter comme directeur commercial ?)…

Pire encore, les réponses de l'internaute aux suggestions incongrues sont totalement ignorées. Signalez votre désir de voir disparaître le message qui ne vous concerne en rien ou que vous avez vu trop fréquemment, demandez systématiquement la suppression des offres d'emploi, LinkedIn vous informe que vous ne les recevrez plus. Pourtant, vous revenez deux heures plus tard et les mêmes, exactement, sont de retour. Faut-il donc une intelligence extraordinaire pour ajuster le tir en fonction de telles interactions ?

LinkedIn

Bien sûr, le réseau social professionnel n'est pas le seul coupable, loin s'en faut. Facebook, avec ses manipulations des fils d'actualité, donne une autre illustration des mécanismes à l'œuvre. Dans la plupart des cas, les règles appliquées sont triviales et ne visent qu'un seul objectif, de maximiser les recettes publicitaires. Et quand quelques modèles analytiques avancés sont déployés, ils opèrent exclusivement au bénéfice de la plate-forme, jamais des consommateurs et rarement, même, des annonceurs.

Vous me direz qu'il n'y a là rien de nouveau et que ce que je décris est le fondement commercial de ces nouveaux géants. Certes, mais il faudrait maintenant s'attarder sur les conséquences de ces dérives. Car les LinkedIn et consorts, utilisés au quotidien par des millions de personnes, constituent les vitrines implicites de la technologie et façonnent insensiblement la manière dont celle-ci est perçue par le grand public. La caricature des usages de l'intelligence artificielle qu'ils exposent devient alors la référence.

Une fois que l'association sera installée dans les consciences, il sera trop tard. Qui pourra convaincre le client d'une banque ou d'une compagnie d'assurances, d'un constructeur automobile ou d'une chaîne de restaurants… que les mêmes outils sont mis en œuvre par ceux-là dans le but de leur apporter un service optimal ou de composer le produit qui correspondra parfaitement à leur contexte et leurs préférences ? L'avenir de l'IA se joue autant sur le plan technique que sur son acceptabilité : il serait triste de le compromettre prématurément par la faute d'une poignée d'acteurs aux pratiques douteuses.

jeudi 16 juillet 2020

Une agence pour les remplacer toutes

OneBanks
Comme le reste de l'Europe du Nord, le Royaume-Uni voit fondre ses réseaux bancaires à grande vitesse, avec plus d'un tiers de ses agences fermées en 5 ans. Convaincu que des millions de ses concitoyens ont encore besoin d'un service de proximité, le fondateur de OneBanks leur concocte une solution… à base d'« open banking ».

L'idée sous-jacente ne date pas d'aujourd'hui : quand les enseignes traditionnelles ne parviennent plus à justifier une implantation individuelle, pourquoi ne pas envisager des regroupements ? L'approche est déjà expérimentée sous différentes formes, depuis les points de vente partagés que déploient trois des plus importants établissements britanniques jusqu'aux automates installés et opérés par un acteur tiers pour le compte, par exemple, des municipalités craignant la désertification de leurs territoires.

Dans le cas de OneBanks, l'objectif consiste à aménager des kiosques spécialisés dans les lieux les plus fréquentés – tels que les centres commerciaux ou les supermarchés – des zones mal servies et dans lesquelles la demande est forte. Là, grâce à une application connectée aux comptes qu'il détient dans n'importe quelle institution (par l'intermédiaire des interfaces réglementées d'« open banking »), le consommateur peut réaliser, avec l'appui d'un employé qualifié, dépôts et retraits, virements et paiements.

Naturellement, il surgit une incohérence entre la promesse de répondre aux attentes d'accompagnement humain et l'exigence de configuration d'un accès en ligne à la banque du client, qui permettra ensuite d'enregistrer les transactions exécutées. C'est la raison pour laquelle, le dispositif propose également une assistance à la souscription – toujours avec une personne en chair et en os – qui couvre à la fois toutes les étapes techniques de mise en place et une formation à l'utilisation des services.

Accueil OneBanks

Dans son principe, la démarche de OneBanks est convaincante et son astucieux détournement – en quelque sorte – du concept d'« open banking » en faveur d'un renforcement de la proximité physique, alors qu'il est souvent perçu comme le support d'un développement exclusivement technologique, est séduisant. Elle démontre, à tout le moins, la relative facilité avec laquelle il est désormais possible de pallier les déficiences en tout genre des acteurs historiques… par un simple recours à leurs APIs.

En revanche, la viabilité du modèle imaginé par OneBanks ne m'inspire que scepticisme. D'une part, la palette de services offerte, intrinsèquement limitée par les capacités d'intégration disponibles, risque de laisser une grande partie de la clientèle ciblée sur sa faim. Les personnes qui espèrent obtenir du conseil, notamment, seront déçues. D'autre part, l'équation économique, reposant sur des redevances de la part des banques, est incertaine car les opérations traitées portent une très faible valeur ajoutée.

Il est vrai que l'initiative représente toutefois, dans une certaine mesure, une aubaine pour les institutions financières qui cherchent à réduire toujours plus leurs réseaux d'agences. Elles disposeront ainsi d'une solution de secours supplémentaire (avec les bureaux de poste) à opposer aux accusations d'abandon qu'elles subissent régulièrement. Malheureusement, rien dans le projet de OneBanks ne contribue à relever le premier défi du secteur, à savoir d'inventer le modèle de conseil bancaire du XXIème siècle.

mercredi 15 juillet 2020

Et la palme 2020 du ridicule revient à…

SNCE Iberpay
En cette période estivale pendant laquelle l'actualité s'essouffle, on peut toujours compter sur des annonces insolites, voire absurdes. Dans ce registre, l'année 2020 promet déjà un cru exceptionnel avec cette annonce [PDF] à travers laquelle les cinq plus grandes banques espagnoles se ridiculisent… sur la blockchain (évidemment).

C'est en collaboration avec Iberpay, l'organisme en charge du système de paiement national, que Sabadell, Santander, Bankia, BBVA et La Caixa révèlent le succès de leur mise en œuvre expérimentale d'une application de transfert d'argent automatisé, élaborée avec un contrat intelligent (« smart contract »). Un peu comme si une association de comptables s'était félicitée en 2000, une décennie après sa naissance, d'avoir validé la faculté d'Excel à additionner des colonnes de nombres sans erreur.

Car s'ébahir devant le supposé exploit revient à oublier les centaines (milliers ?) de mises en œuvre opérationnelles, parfois anciennes, des capacités programmatiques des blockchains publiques que sont, entre autres, Bitcoin et Ethereum, et dont plusieurs impliquent des mouvements de fonds. Rappelons notamment l'existence de plates-formes de financement participatif robotisées ou encore, pour prendre un exemple plus « institutionnel », les premiers déploiements d'assurances paramétriques.

Puis il faudrait également rappeler que les fameux « smart contracts » sont, en réalité, extraordinairement bêtes. Après tout, il ne s'agit que d'algorithmes, pour la plupart triviaux, qui se contentent de déclencher une action prédéterminée quand sont réunies quelques conditions prédéfinies. Imaginez un outil qui détecterait le versement de votre salaire sur votre compte courant et en virerait automatiquement 10% sur un livret d'épargne si cela ne déclenche pas un découvert. Y aurait-il là de quoi s'émerveiller ?

Nos stars du jour, elles, se sont penchées sur une application de gestion de caution, depuis l'émission et l'enregistrement d'une garantie financière jusqu'à son déblocage ou son annulation. Comble de la plaisanterie, elles ont cru bon d'ajouter à la recette une notion d'agent notarial, qui impliquerait, dans la vraie vie, l'intervention d'une autorité administrative ou judiciaire pour valider le paiement, alors qu'un des principaux avantages de la blockchain est d'éliminer le recours à un intermédiaire de confiance !

J'ignore quelles ressources ont été consacrées à ce projet, mais il constitue une démonstration flagrante de la propension des grands groupes à gaspiller leur énergie, leurs budgets et leur temps dans des démarches sans intérêt ni valeur. Pire encore, celle-ci illustre aussi très spécifiquement les dérives consternantes auxquelles conduit le mythe de la blockchain – qui la dépeint comme le remède miracle à tous les maux de la terre – quand les décideurs renoncent à vouloir comprendre ce dans quoi ils investissent.

Iberpay

mardi 14 juillet 2020

À quand le contrôle du bénéficiaire de virement ?

Pay.UK
Parce que, simultanément, les institutions financières s'engagent dans une stratégie de développement des paiements par transfert interbancaire et que la fraude sur les virements prend une ampleur inquiétante, le Royaume-Uni a conçu un système unifié de confirmation des bénéficiaires. Le « CoP » est désormais opérationnel et activé par défaut pour tous les clients de presque tous les établissements.

L'intégration de l'évolution des pratiques commence à devenir urgente, entre les désirs politiques ou économiques de promouvoir un modèle alternatif aux règlements par carte, essentiellement au profit des mouvements de compte à compte, la généralisation des transferts instantanés, accélérant les échanges, et la progression constante de la cybercriminalité, dont les acteurs sont en permanence à l'affût des opportunités créées par les changements de comportements et les faiblesses des solutions émergentes.

Si elle n'est pas absolument infaillible, la réponse de l'industrie britannique présente l'immense avantage d'être extrêmement simple. Dorénavant, au moment de fournir les informations d'un nouveau bénéficiaire de virement, le payeur est invité à saisir le nom de l'individu ou la raison sociale de l'entité en même temps que ses coordonnées bancaires. En arrière-plan, une requête est alors transmise à la banque destinataire, de manière à vérifier la concordance des caractéristiques et écarter les risques d'usurpation.

Le résultat, qui respecte les exigences de protection de données sensibles, prend trois formes différentes (outre les erreurs). Dans le cas général, la correspondance est parfaite et l'opération peut suivre son cours sans danger patent. Parfois, une différence mineure (une orthographe approximative, par exemple) génère un avertissement et incite l'utilisateur à s'assurer de l'identité de sa contrepartie. Enfin, en cas de divergence sérieuse, le client reçoit une alerte critique et est pressé de redoubler de prudence.

Confirmation of Payee Launches

De toute évidence, cette mesure élémentaire ne résorbera pas tous les problèmes de détournement de fonds. Mais elle a tout de même deux mérites importants. D'une part, elle devrait aider directement à réduire l'impact des arnaques au changement d'identifiants bancaires (quand un escroc parvient à faire croire à sa proie que les références de son fournisseur ont changé) qui font perdre chaque année des millions aux particuliers et aux entreprises (et beaucoup d'entre elles ne s'en remettent jamais).

D'autre part, elle permettra peut-être aux victimes potentielles de prêter une plus grande attention aux opérations qu'elles réalisent en ligne en un clin d'œil. La présence d'une étape de contrôle leur donnera en effet l'occasion de prendre un peu de recul avant d'envoyer de l'argent vers une destination inconnue. Or d'autres initiatives ont démontré par le passé combien le seul fait d'obliger la personne à marquer une pause dans sa démarche favorise sa prise de conscience d'une tentative de fraude en cours.

Quoique avec un certain retard sur nos voisins d'Outre-Manche, l'Union Européenne semble déterminée, notamment à travers la directive DSP2, à promouvoir les échanges interbancaires comme un moyen de règlement de la vie courante. Par ailleurs, la plate-forme transcontinentale de paiement instantané constitue une brique supplémentaire du même édifice. Cependant, afin d'atteindre cet objectif, il faudra non seulement garantir la sécurité des dispositifs déployés mais également conquérir la confiance des clients. La confirmation de bénéficiaire serait un premier pas facile dans la bonne direction…

lundi 13 juillet 2020

Monzo teste le chargement facile de compte

Monzo
Avant de prétendre au succès et envisager la rentabilité, même quand elles affichent des chiffres de conquête impressionnants, toutes les néo-banques du monde sont confrontées à la même difficulté de convaincre leurs clients de faire du petit nouveau leur compte primaire, celui avec lequel ils réaliseront la plupart de leurs opérations courantes.

Idéalement, le meilleur moyen d'atteindre un tel objectif est de capter les versements de revenus, notamment les salaires, mais ce pas n'est franchi qu'à la condition – ardue – de gagner la confiance du consommateur. À défaut, il reste à encourager les dépôts. La jeune pousse britannique Monzo, qui propose déjà une multitude d'options en la matière (par virement classique, par chèque ou en espèces), ajoute maintenant une méthode supplémentaire pour faciliter toujours plus l'approvisionnement de ses comptes.

Le principe consiste à permettre d'effectuer un transfert depuis un compte externe directement à partir de l'application mobile de la startup. Il suffit ainsi à l'utilisateur de choisir l'établissement d'origine puis de sélectionner le montant à déplacer. Il est alors automatiquement renvoyé vers le site ou l'application de l'autre banque, où il n'a plus qu'à valider la transaction. Dans le cas où il maintient une connexion ouverte, il n'a même pas besoin de saisir ses identifiants pour effectuer cette confirmation !

Au cœur du dispositif, ce sont évidemment les mécanismes d'« open banking » qui sont mis en œuvre, rendant possible un fonctionnement à la fois simple et transparent. Le recours à la plate-forme britannique de paiements rapides (« Faster Payments ») autorise en outre l'instantanéité des mouvements : dans la majorité des situations, dès que la personne est ramenée sur le tableau de bord de Monzo à l'issue du traitement de sa demande, elle voit les fonds disponibles sur son compte, prêts à être dépensés.

Transfert Facile Monzo

Comme il est d'usage dans la néo-banque, la nouvelle fonction est d'abord mise à disposition par l'intermédiaire de son espace d'innovation (« Monzo Labs »), où les clients qui n'ont pas peur des bogues peuvent l'expérimenter en avant-première, afin de partager leurs commentaires et signaler les anomalies qu'ils rencontrent, sur un fil dédié de la communauté. Si tout se déroule comme prévu, elle devrait ensuite être généralisée et installée définitivement au sein de l'interface standard dans quelques semaines.

C'est une autre marque de fabrique de Monzo que de déployer un service apparemment anodin mais qui peut s'avérer extrêmement pertinent. En l'occurrence, la faculté de déclencher un versement depuis la banque destinataire capitalise sur l'idée que son application mobile est son principal facteur d'attraction et que, en conséquence, elle doit constituer le point de départ et d'arrivée de tous les gestes financiers. Et s'il est nécessaire d'alimenter le compte, il faut faire en sorte que l'expérience soit optimisée…