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C'est pas mon idée !

jeudi 12 janvier 2023

CaixaBank facilite la digitalisation des PME

CaixaBank
Dans une diversification extra-financière dont elle est déjà largement familière, CaixaBank n'est certes pas la première banque à proposer aux PME de les accompagner dans leur transition numérique. Mais sa nouvelle offre intégrée avec les aides publiques en la matière est probablement une des plus abouties et des plus complètes du marché.

Il s'agit d'une incarnation supplémentaire de ces stratégies « beyond banking » qui se répandent depuis plusieurs mois dans un secteur à la recherche de relais de croissance. Comme la plupart de celles qui s'adressent aux petites structures, sa promesse de valeur consiste à procurer un service essentiel à des entrepreneurs qui non seulement ne disposent pas des compétences requises pour le mettre en œuvre eux-mêmes mais qui, en outre, ont bien d'autres préoccupations à considérer dans leur quotidien.

En l'occurrence, le champ d'action de CaixaBank, autour des efforts de « digitalisation » de l'économie espagnole, est immense. Ciblant aussi bien les travailleurs indépendants que les TPE et les PME, l'initiative porte ainsi, entre autres, sur les domaines relevant du marketing – de la création et l'animation du site web et de ses contenus au pilotage de la présence sur les réseaux sociaux –, de la distribution – à travers le commerce en ligne et ses outils périphériques (d'encaissement, de facturation, de signature électronique…) –, de la cybersécurité, de la gestion administrative de l'activité (dont la comptabilité)…

CaixaBank – Kit Digital

Dans chacun de ces compartiments, présentés dans une sorte de place de marché, la banque fournit, par l'intermédiaire des partenaires qu'elle y a référencés, une assistance à la sélection des options appropriées pour les besoins et la situation spécifiques de son client, assortie de leur installation et, si nécessaire, leur suivi. Des solutions réservées à des catégories précises sont également accessibles, à l'instar de capacités de surveillance des parcelles par satellite ou encore d'une plate-forme d'analyse de données climatiques, à l'intention des professionnels de l'agro-alimentaire.

Au-delà de son inscription dans une logique de développement hors de l'univers financier, au bénéfice incontestable de ses clients, la démarche de CaixaBank coïncide parfaitement avec la conjoncture favorable créée par l'instauration par le gouvernement espagnol du régime « Kit Digital » de subventions visant à moderniser le tissu productif du pays. La collecte transparente de ces dernières – permettant, in fine, de réduire la facture des projets engagés – en représente d'ailleurs une composante primordiale, que l'institution peut au besoin compléter par un crédit tout aussi facile à souscrire.

mercredi 11 janvier 2023

Connaissez-vous le KYC perpétuel ?

Tearsheet
Si vous êtes client(e) de plusieurs institutions financières, vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines exigent que vous leur renvoyiez vos justificatifs d'identité, de domicile, de revenus… chaque année, sous prétexte d'obligation réglementaire, tandis que d'autres, pourtant soumises au mêmes lois, ne vous embêtent jamais de la sorte ? Profitons d'un article de Tearsheet pour parler du KYC perpétuel.

Autre question, un peu plus sournoise : êtes vous sincèrement convaincu(e) par votre banque principale lorsqu'elle affirme qu'elle met tout en œuvre afin de mieux vous connaître et comprendre vos attentes intimes, de manière à les satisfaire dans les meilleures conditions… alors que, à chaque anniversaire de votre premier contact, elle insiste, parfois menaces à l'appui, pour re-valider vos informations personnelles essentielles, y compris quand aucun changement n'est survenu dans l'intervalle ?

Le problème, presque universel dans les établissements traditionnels, réside dans la perception des processus de connaissances du client (les fameux KYC) comme une charge sans valeur ajoutée, de plus en plus lourde en raison de la multiplication des contraintes légales (lutte contre la criminalité, la fraude, le blanchiment, la corruption, le financement du terrorisme…). En outre, comme telle, leur modernisation n'est jamais considérée prioritaire et ils restent alors encombrés de tâches manuelles inefficaces.

Il existe pourtant une autre option, qui consiste simplement à appréhender la connaissance du client comme un tout inséparable, combinant son volet de protection avec celui, plus noble et productif, qui relève de la relation. Les contrôles réalisés arbitrairement selon le calendrier cèdent alors la place à un enrichissement continu, au fil des interactions et, le cas échéant, des événements suspects susceptibles de justifier un renforcement ponctuel, qui pourra être mis à profit pour affermir la confiance.

Après tout, les velléités affichées par une majorité d'acteurs de déployer une expérience personnalisée, correspondant aussi précisément que possible aux besoins spécifiques de chaque utilisateur, ne requièrent-elles pas de suivre la moindre évolution de situation de ce dernier et de la prendre en compte au plus tôt ? Et que coûte à l'entreprise de vérifier les nouveaux éléments, par elle-même (ce qui est faisable dans la plupart des cas) et sans engager de démarche paperassière, dès qu'elle détecte ces changements ?

On le voit bien, les enjeux auxquels répond cette notion de KYC perpétuel sont multiples. Il s'agit d'abord de mieux organiser la collecte et l'exploitation intelligente des données disponibles sur le client, dans leur ensemble, mais également de maîtriser les risques (juridiques et de réputation) en quasi temps réel (au lieu de croire qu'un sondage annuel a une quelconque utilité en la matière !), tout en rendant les opérations plus transparentes pour les intéressés… et en réduisant sérieusement les coûts de la conformité.

Client Anonyme
Illustration par Igor Link (pour Pixabay)

mardi 10 janvier 2023

Plani Intelli CIBC soutient les bonnes résolutions

CIBC
En ce début d'année 2023, les initiatives d'accompagnement des traditionnelles bonnes résolutions fleurissent dans les banques. Après les conseils prodigués par CommBank, CIBC présente maintenant son service personnalisé Plani Intelli. En dépit de sa portée encore limitée, celui-ci représente un indéniable progrès par rapport à l'état de l'art.

Si, du côté de l'australienne, je regrettais l'approche exclusivement éditoriale, celle de la canadienne est au contraire résolument opérationnelle, prenant les traits d'un véritable coach des finances personnelles. En revanche, il faudra (pour l'instant ?) se contenter de ses bons offices pour une unique catégorie d'objectifs, à savoir la réalisation de projets – à court ou long terme – nécessitant un effort d'épargne. Mais, dans ce registre, relativement classique, Plani Intelli CIBC introduit d'intéressantes nouveautés.

En effet, il n'est pas question d'un simple outil d'appoint, tel qu'il en existe désormais beaucoup, juste capable de déterminer plus ou moins automatiquement les montants à mettre de côté, selon les disponibilités immédiates et à venir, et d'exécuter les versements correspondants dans une cagnotte dédiée. En l'occurrence, la notion d'assistant intelligent prend ici une autre dimension avec, notamment, la prise en compte de la nature du rêve à réaliser et du contexte de l'utilisateur pour une efficacité maximale.

Plani Intelli CIBC

Ces nuances, généralement négligées, sont essentielles parce que, par exemple, préparer l'achat d'une résidence est très différent de la planification de l'arrivée prochaine d'un enfant dans la famille ou de l'organisation d'un voyage lointain : le premier peut exploiter des solutions spécifiques (l'utilisation d'un fonds réglementé pour la retraite, si la personne en détient un) tandis que le deuxième se concentrera peut-être sur la mise en place d'une assurance sur la vie (surtout en l'absence d'une couverture existante) et que le dernier est probablement contraint par le choix de la période de départ…

Concrètement, le client est invité, au sein de son application bancaire habituelle, à définir ses ambitions pour l'avenir, soit en sélectionnant parmi la quinzaine de propositions courantes qui lui sont soumises, soit en répondant à un questionnaire qui le guide pas à pas vers la formulation de son but individuel. Une fois cette configuration terminée, qui peut en outre être régulièrement actualisée (en particulier lorsqu'une cible est atteinte), l'agent émet des recommandations pratiques destinées à en accélérer la réalisation.

Il s'agira aussi bien d'enregistrer un virement récurrent vers un compte d'épargne, ajusté en fonction des revenus et du comportement de dépenses, ou d'encourager un mouvement ponctuel à l'occasion d'une rentrée d'argent exceptionnelle que de profiter dès que possible de diverses opportunités, plus génériques, susceptibles de concourir à l'objectif visé : souscrire un produit précisément conçu pour le besoin (pour la retraite…), bénéficier d'un avantage fiscal obscur, solliciter une aide ou une subvention…

Avec Plani Intelli, bien que celui-ci soit circonscrit au domaine de l'épargne (alors que la gestion du budget quotidien semble être la priorité des consommateurs aujourd'hui), CIBC fait un pas supplémentaire notable vers l'idéal ultime de l'accompagnement intelligent et adaptatif dans la gestion de finances personnelles. Grâce à ses interactions continues et sa connaissance intime du client, de ses attentes et de sa situation, il devrait renforcer l'engagement qui constitue souvent la faiblesse de ce genre d'offres. Et il fournit même aux allergiques au « digital » une possibilité d'échanger avec un conseiller humain.

lundi 9 janvier 2023

L'éloge du changement, par Anne Boden

Starling Bank
Comme chaque année à la même époque, sans grande originalité, Anne Boden, fondatrice et directrice générale de Starling Bank, s'adonne à la coutume du billet de bilan et perspectives. En 2023, elle profite de l'exercice pour exprimer sa passion pour le changement… en expliquant pourquoi il constitue un moteur essentiel de la néo-banque.

Le choix de cette thématique est loin d'être innocent puisque, après à peine huit ans d'existence, Starling Bank se trouve aujourd'hui à une période charnière de son histoire. Grâce à sa croissance ininterrompue, elle est en effet désormais en passe de quitter le statut de startup pour entrer, quoique encore timidement, dans le club très privé des institutions financières reconnues. Or une telle transition présente toujours un risque d'assagissement et de perte de vue des valeurs initiales de transformation.

C'est que ses derniers indicateurs – opérationnels, il n'est pas question ici de données artificielles – sont éminemment flatteurs : 3,4 millions de clients, dont 520 000 PME qui représentent une part de marché de presque 9% au Royaume-Uni, un bénéfice avant impôts quadruplé, à hauteur de 250 millions de livres (annualisées, à fin décembre), qui lui permet de revendiquer une rentabilité robuste, des effectifs en augmentation sensible, comptant 2 300 personnes, auxquelles s'ajouteront bientôt 1 000 recrues…

Voilà de quoi faire pâlir d'envie les innombrables jeunes pousses de la FinTech ayant outrageusement exploité l'appétit des investisseurs dans une conjoncture exceptionnelle d'argent quasiment gratuit pour atteindre des valorisations extravagantes et impossibles à justifier à long terme, qui conduisent à d'amères désillusions depuis quelques mois. À l'opposé des paillettes déployées par ces étoiles filantes, Starling Bank et Anne Boden défendent leur solide stratégie d'évolution permanente vers un meilleur service.

Starling Bank – Change for Good

Car si tous les disrupteurs entament leur parcours de création d'activité avec l'objectif de bouleverser les conventions et de réinventer le monde, beaucoup oublient que cette mission doit se prolonger au-delà des premiers produits développés. Non seulement ceux-ci ne sont ni parfaits ni complets et leur amélioration et leur enrichissement continus, notamment grâce à l'écoute des clients, sont critiques, mais, en outre, interrompre la remise en cause constante est le plus sûr moyen de finir comme les dinosaures.

Le principe est d'autant plus vrai dans le contexte actuel de mouvement perpétuel accéléré. Quand, par exemple, la crise sanitaire à peine terminée, la guerre en Ukraine et l'augmentation brutale du coût de la vie induisent de nouvelles attentes ou quand la prise de conscience généralisée des enjeux climatiques engendre des questionnements sur les approches de la finance traditionnelle, les mutations internes antérieures ressemblent à de modestes soubresauts en regard de ce qu'il faut préparer pour l'avenir.

Nombreux sont ceux qui, à la place d'Anne Boden, considèrerait être parvenu au but en matière d'excellence et mettrait l'innovation en pause afin de se concentrer sur l'efficacité opérationnelle. Cependant, pour rebondir sur un slogan bien connu (en France), la banque d'un monde qui change doit impérativement changer elle-même, s'adapter toujours plus vite et rester au contact direct des besoins de ses clients. Et celles qui ne bougent pas sont des vestiges du passé, irrémédiablement voués à disparaître.

dimanche 8 janvier 2023

ChatGPT et l'avenir de la créativité

OpenAI
Depuis sa mise en ligne fin novembre, l'agent virtuel intelligent ChatGPT fascine les foules avec sa faculté d'entretenir une conversation raisonnée sur toutes sortes de thématiques. Cependant, nonobstant l'indéniable prouesse technique, je m'interroge sur l'influence de ce genre d'outils sur la capacité d'innovation et la créativité humaines.

Le premier facteur à considérer dans une telle réflexion est un rappel, évident mais hélas souvent perdu de vue : le service concocté par OpenAI n'est aucunement doué d'autonomie de pensée, d'esprit d'initiative ou autre inventivité. Ses compétences lui permettent seulement, d'une part, d'interpréter les questions et remarques exprimées par l'utilisateur et, d'autre part, de formuler des réponses et répliques cohérentes assemblées à partir de la connaissance préalablement injectée lors de son entraînement.

Comme le démontrent les velléités de Microsoft (qui en est cofondateur et bailleur de fonds) de l'exploiter dans le but de concurrencer le quasi monopole de Google, ChatGPT n'est en réalité qu'un moteur de recherche sous stéroïde, tout juste capable de restituer des informations existantes, éventuellement en les combinant, et nullement de produire le moindre concept original. L'observation peut d'ailleurs être généralisée à toutes les techniques d'intelligence artificielle disponibles aujourd'hui ou dans un avenir proche.

Or, une fois admis que cette génération émergente d'algorithmes est loin d'être prête à élaborer spontanément de nouvelles idées, il faut ensuite s'attarder sur les multiples conséquences indirectes – dont certaines sont déjà visibles (et parfois relativement inquiétantes) – qu'elle est susceptible d'engendrer sur le mode de fonctionnement intellectuel des femmes et des hommes de notre époque, en particulier, pour rester dans le domaine qui nous intéresse ici, au niveau des processus d'innovation.

OpenAI – ChatGPT

Car si la créativité reste l'apanage de l'être humain pour les – probablement longues – années qui viennent, il s'agit de continuer à donner à ce dernier les moyens de la développer, l'entretenir et l'exercer (sauf à décider de s'en passer, ce qui, dans la situation actuelle de la planète, ne devrait pas être une option). Naturellement, l'éducation joue un rôle essentiel dans ce registre : c'est d'abord à l'école que chaque individu doit apprendre à stimuler et renforcer son aptitude à l'analyse critique et l'invention.

Mais, pour ce faire, une culture générale et spécialisée, riche et diversifiée, constitue un prérequis indispensable, car les idées neuves naissent généralement des croisements et des chocs entre celles qui les ont précédées. Malheureusement, les outils informatiques modernes, dont ChatGPT représente maintenant le point culminant, induisent un certain dédain vis-à-vis de ces enseignements : à quoi bon s'encombrer la tête de données qui, de toutes manières, sont toujours à portée de clavier ou de téléphone ?

Alors que les dystopies classiques, de I, Robot à Matrix (au cinéma), envisagent la prise de pouvoir par les robots devenus, d'une certaine manière, plus intelligents que l'homme, il se pourrait que l'évolution à laquelle nous assistons désormais prenne une tournure inverse : l'adoption de machines plutôt bêtes (en dépit de leur caractérisation par l'IA) risque de réduire les dispositions intellectuelles des personnes qui se satisfont de leur utilisation et perdent alors le désir autant que la faculté de dépasser leurs limites.

vendredi 6 janvier 2023

Qiti, l'assurance santé des expatriés

Qiti
Aux côtés des géants technologiques qui orchestrent le tapage médiatique du CES 2023, les startups sont aussi présentes à Las Vegas. Parmi quelques françaises ayant fait le déplacement, je m'attarde aujourd'hui sur Qiti et sa proposition [PDF] d'assurance santé capable de suivre automatiquement les pérégrinations des expatriés.

Jusqu'à maintenant, les personnes qui sont amenées à travailler à l'étranger avaient le choix entre deux options : soit elles conservent leur contrat de couverture santé existant, dans le cas où son fournisseur accepte de gérer cette situation, soit elles font les démarches nécessaires afin de souscrire auprès d'un acteur du pays de résidence. Malheureusement, avec la première, les procédures d'indemnisation sont généralement complexes et prennent du temps, tandis que, avec la seconde, ce sont la recherche et l'adoption d'un produit qui se révèlent souvent difficiles pour un nouvel arrivant.

Avec l'approche de Qiti, il devient désormais possible de profiter simultanément des avantages des deux types de solutions, en éliminant leurs inconvénients. Son principe consiste donc à définir un cahier des charges personnalisé pour chaque utilisateur (comprenant a minima une prise en charge totale des frais médicaux et hospitaliers, le rapatriement, l'assistance juridique et quelques autres garanties essentielles), puis à identifier et retenir la meilleure offre correspondant à ces critères dans la région de destination, parmi les 10 000 référencées, issues de 250 compagnies dans le monde.

Qiti au CES 2023

Outre l'accompagnement initial dans la sélection de l'assurance, qui constitue la raison d'être élémentaire du courtier qu'elle est fondamentalement, la principale promesse de Qiti est celle d'un parcours sans rupture pendant toute la durée de la relation. Ainsi, pour celles et ceux qui changent régulièrement d'affectation, quelle qu'en soit la durée, le passage des frontières se déroule sans aucune formalité supplémentaire (notamment le remplissage du questionnaire de santé, normalement requis lors d'une souscription).

Incidemment, dans une logique « beyond insurance » (?), la jeune pousse capitalise aussi sur son positionnement pour ajouter quelques services complémentaires à sa palette, depuis les classiques téléconsultations, d'autant plus importantes pour bénéficier d'une interaction dans sa langue maternelle, jusqu'à un bulletin d'information spécialisé (sur les formalités administratives, les risques et alertes à l'autre bout de la planète…), en passant par l'accès aux salons des aéroports, l'assurance annulation de vol…

Clairement, Qiti vise un marché de niche, mais cette niche représente une population non négligeable à l'échelle internationale, avec une estimation de 35 millions d'individus concernés en 2021 qui, selon certaines projections, pourraient atteindre un milliard en 2035. Par ailleurs, la startup étend déjà son champ d'action, à d'autres besoins de sa cible, telle que la protection du patrimoine détenu dans le pays natal, et à d'autres catégories de clientèle aux attentes similaires (par exemple les étudiants à l'étranger).

jeudi 5 janvier 2023

ICICI offre une plate-forme aux exportateurs

ICICI Bank
Quand l'indienne ICICI Bank se lance à son tour dans une stratégie « beyond banking », elle cible logiquement un des domaines les plus porteurs du pays, à savoir l'exportation, en particulier de logiciels et de services informatiques, pour laquelle elle a donc assemblé une plate-forme extensive, couvrant tous les besoins potentiels de ses clients.

L'approche, apparemment inédite, de l'établissement est doublement inspirée. En effet, outre sa portée et son importance économique étendues, son ambition principale vise à apporter un maximum d'automatisation et d'immédiateté dans des processus généralement embarrassés de tâches manuelles, parfois complexes et toujours longues et pénibles. Pour ce faire, ICICI Bank combine une vaste palette d'applications, existantes et nouvelles, bancaires ou non, au sein d'un portail « digital » spécialisé.

Naturellement, l'omniprésence de produits financiers dans la chaîne de valeur de l'export constitue un attrait majeur pour l'institution, en même temps qu'un levier évident de légitimité. Dans ce registre, la solution intègre notamment une offre modernisée de crédit en ligne, baptisée Insta EPC, assortie d'une garantie de versement quasi instantané, ainsi que diverses options de comptes en devises (avec les outils de pilotage associés), de change (avec sa promesse de transparence des taux), d'assurance…

ICICI Bank for Exporters

Dans la perspective d'embrasser la totalité du cycle de vie des opérations d'exportation, est également proposée la prise en charge de multiples démarches administratives internes ou réglementaires, telles que la rédaction et l'enregistrement des déclarations obligatoires, y compris douanières, les règlements et réconciliations des factures, l'accès aux subventions et autres aides, la gestion numérique des lettres de crédit…

Par ailleurs, afin de simplifier davantage les traitements et d'accroître la productivité, surtout dans les grands groupes, ICICI Bank fournit plusieurs services – pour l'instant (?), il s'agit de ceux qui concernent les transferts internationaux, les garanties bancaires et les lettres de crédit – sous forme d'API, de manière à permettre le déclenchement des transactions directement depuis les progiciels existants de l'entreprise.

Cet exemple supplémentaire d'aventure extra-financière de la part d'une banque me paraît représentatif d'une tendance émergente guidée par le bon sens. Entre le choix d'une cible professionnelle (par opposition au grand public), d'autant plus réceptive aux opportunités d'optimisation des processus que, encore aujourd'hui, le marché est relativement pauvre en réponses à ces besoins, et l'identification d'un périmètre où l'impact est maximal (l'export, dans le contexte indien), la vision pourrait bien s'imposer.

mercredi 4 janvier 2023

Même chez Google, l'innovation s'étiole

Google
Quand Google présente une retrospective de 22 produits lancés en 2022, dont on peut légitimement supposer que ce sont ceux dont ses équipes sont les plus fières, il faut hélas se rendre à l'évidence : l'innovation de rupture a largement disparu. Assistons-nous là à un phénomène local ou est-ce le reflet d'une morosité généralisée ?

En fait, le palmarès du géant du web est tellement pauvre qu'il ne comprend qu'une seule véritable nouveauté, et encore, la Pixel Watch n'est qu'une montre connectée supplémentaire, dans un marché qu'Apple occupe depuis 7 ans, avec quelques autres (y compris au sein de l'écosystème logiciel de Google), et qui semble plutôt en voie d'essoufflement ces derniers temps. Pour le reste, il faut se contenter de quelques mises à jour, dont beaucoup ne méritent pas le qualificatif d'innovation, même incrémentale.

Outre la version 13 du système d'exploitation Android, une gamme rafraîchie de téléphones Pixel (7 et 7 Pro) capture à elle seule 5 places sur le podium, pour l'appareil et les améliorations qui l'accompagnent (notamment sur le volet photographique). Une trajectoire similaire d'évolution marginale touche également le reste de la gamme de matériels : écouteurs (Pixel Bud), sonnette vidéo (Nest Doorbell), interface vidéo (Chromecast), routeur WiFi (Nest WiFi), suivi d'activité (Fitbit)… Rien de palpitant.

Côté applications, le constat est identique, voire encore plus triste, tellement la plupart des changements apportés laissent indifférents : un design rajeuni pour la messagerie Gmail, quelques options additionnelles sur les outils de cartographie, des capacités mineures ajoutées à la suite de gestion de documents, aux albums photographiques, au moteur de recherche… et une énième itération sur le porte-monnaie Google Wallet… qui l'amène tout juste au niveau de son concurrent Apple Pay, avec des années de retard.

Google in 2022

Avec un tel catalogue, c'est à se demander pourquoi les communicants prennent la peine de publier un article. La seule conclusion à tirer de cette synthèse est que la créativité est sérieusement en berne dans une entreprise qui nous a pourtant habitués à tirer le reste de l'industrie. Apparemment, les budgets de recherche et développement n'ont pas été coupés et des idées révolutionnaires continuent à être explorées. En revanche, la transformation des concepts en produits à commercialiser paraît en panne.

Et la situation n'est guère meilleure dans le reste du club des GAFA. Amazon tente probablement de maintenir ses positions après la surperformance enregistrée grâce à la crise sanitaire, Facebook se débat dans sa mue vers le métavers, qui ressemble de plus en plus à une erreur stratégique (ou une vision prématurée, pour adopter une perspective optimiste) et Apple est surtout préoccupée par des difficultés logistiques. Au-delà de ces leaders traditionnels, le monde technologique dans son ensemble est resté fort sage.

Ce passage à vide, qui se pressent depuis plusieurs mois, ne constitue pas nécessairement une anomalie et n'est certainement pas inquiétant. Chaque cycle important d'innovation, dont celui que nous avons connu depuis une quinzaine d'années, s'achève toujours par une période de stabilisation et de consolidation. La chance, si j'ose dire, que nous avons aujourd'hui est que l'apparition de nouveaux défis vitaux, entre autres autour de l'environnement, devrait stimuler rapidement la prochaine vague.

mardi 3 janvier 2023

Qontrol, le RSSI virtuel des PME

Qontrol
Face à la croissance permanente des cybermenaces, les petites entreprises et les jeunes pousses sont souvent les plus démunies et les plus fragiles, faute de moyens, de compétences et de solutions adaptées. Heureusement, Qontrol vient désormais à leur secours avec une plate-forme de sécurité conçue précisément pour leurs besoins.

Au vu de sa promesse et des enjeux sous-jacents, il n'est guère surprenant que la startup soit accueillie au sein de l'accélérateur French Assurtech, mis sur pied en 2018 par sept des principaux assureurs mutualistes. Pour ces derniers, quand (heureusement !) ils ne se joignent pas aux messages alarmistes de certains de leurs confrères, il devient en effet indispensable que leurs clients désireux de souscrire une couverture contre les risques de l'ère « digitale » disposent au préalable d'une protection minimale.

Aussi évidente que soit cette exigence, elle n'est hélas pas aisée à respecter dans des structures qui, quelle que soit la conscience qu'ont leurs dirigeants des dangers encourus et, dans certaines d'entre elles, des réglementations spécifiques qui s'imposent à elles, ne peuvent s'offrir le concours d'un professionnel (et n'ont d'ailleurs même pas d'occupation à plein temps à lui proposer), à l'image du RSSI (responsable de la sécurité des systèmes d'information) universellement rencontré dans les grands groupes.

La solution de Qontrol vient donc pallier ce défaut, par l'intermédiaire d'une astucieuse (et abordable) combinaison de logiciel, pour l'essentiel, et d'intervenant humain, pour les tâches d'expert, dont l'objectif est d'élaborer un programme personnalisé, progressif, complet et facile à implémenter, décliné sur quatre grands domaines.

Qontrol – Passeport Cybersécurité

Concrètement, dans un premier temps les collaborateurs sont invités à remplir un questionnaire (simple) qui permettra d'établir un bilan initial de la situation et une synthèse des ambitions visées (entre autres en cas de contrainte légale). Il ne reste alors plus qu'à passer à la pratique, grâce à, d'une part, un cursus de sensibilisation et de formation destiné à l'ensemble des effectifs (qui restent le maillon faible de la chaîne) et, d'autre part, et surtout, à un plan d'action opérationnel séquencé étape par étape.

Naturellement, l'agenda défini de la sorte se veut réaliste, prenant en compte les considérations budgétaires comme la disponibilité potentiellement limitée des employés chargés de mettre en place les mesures préconisées. Par ailleurs, des efforts particuliers sont faits pour rendre tous les contenus et recommandations accessibles à des non spécialistes et un accompagnement dédié est en outre inclus lorsqu'il devient nécessaire de sélectionner un service à déployer (antivirus, VPN, conseil RGPD…).

S'il est commun de se lamenter de l'état déplorable de la cybersécurité dans les organisations qui représentent le cœur du tissu économique du pays, rares sont ceux qui, à l'instar de Qontrol, œuvrent véritablement à résorber leurs faiblesses. Or les attentes sont immenses. Elle ne se réduisent pas aux désirs d'éviter de devoir mettre la clé sous la porte dans l'hypothèse d'un sinistre, les entreprises devant également de plus en plus fréquemment faire la preuve de leur irréprochabilité, ce que garantit aussi la startup.

lundi 2 janvier 2023

Avant l'IA, identifier les biais

Hub France IA
Sous la houlette du Hub France IA, association à but non lucratif qui fédère l'écosystème hexagonal de l'intelligence artificielle, trois grandes banques ont rédigé un livre blanc [PDF] destiné à rassembler quelques réflexions essentielles sur la maîtrise des risques dans le domaine, offrant l'occasion de se pencher en détail sur l'un d'eux.

Le sujet est éminemment stratégique, en raison à la fois de ses enjeux intrinsèques et de la future réglementation européenne, aussi n'est-il pas si surprenant que BNP Paribas, La Banque Postale et Société Générale participent à l'effort collectif, en y impliquant leurs spécialistes de la gestion des risques et de l'analyse de données. Le résultat est logiquement assez embryonnaire – les auteurs admettent immédiatement ne pas avoir visé l'exhaustivité – mais il a le mérite de poser quelques principes salutaires.

Le document se compose d'une introduction dédiée à la présentation du contexte, notamment dans l'univers bancaire, d'une description de la dizaine de risques considérés et d'une série de recommandations, hélas relativement théoriques, sur les moyens de les contrôler. Laissant de côté l'adéquation aux besoins, la protection des données, l'explicabilité…, certes tout aussi importants, je m'arrêterai ici sur la problématique des biais, largement abordée, pour laquelle les préalables me semblent sous-estimés.

Prenant des formes variées (rappelées de manière synthétique dans le rapport) et affectant, selon les cas, les échantillons d'entraînement, les algorithmes et modèles d'apprentissage ou encore les opérateurs, ces erreurs systématiques représentent un enjeu critique car non seulement elles impactent la qualité des applications qui en sont victimes mais, en outre, elles exposent l'entreprise utilisatrice à des crises d'image très dommageables parmi les clients (et au-delà) et à des sanctions réglementaires.

Contrôle des risques des systèmes d'IA

Or, en la matière, les préconisations du groupe de travail portent exclusivement sur les processus relevant directement des usages de l'intelligence artificielle, qu'il s'agisse de mesurer les dérives dans les résultats produits, de passer au crible leurs causes au sein des critères mis à contribution, d'ajuster les données fournies en entrée ou celles restituées à la sortie, de corriger manuellement les modèles générés… Mais ne faudrait-il pas au préalable tenter d'évaluer les biais existants dans le monde réel ?

J'imagine en effet que, afin de repérer efficacement les anomalies dans le reflet de la réalité que propose l'intelligence artificielle, la priorité consiste d'abord à en connaître les mécanismes et donc à les détecter et les étudier en amont, avant d'exercer le moindre traitement automatique (et l'introduction de ses propres déviations). Les mêmes outils pourraient certainement être exploités pour analyser le fonctionnement des systèmes historiques et éclairer les dangers qu'ils font encourir autant que les défauts actuels.

Le développement quasi industriel de l'IA, dans les institutions financières et ailleurs, fait cruellement ressortir la nécessité de lutter contre une multitude de biais menaçant sa performance et son acceptation. Pourtant, la majorité d'entre eux sont d'origine humaine et sont, par conséquent, présents depuis toujours dans les opérations quotidiennes. Commencer par rechercher ceux-là et essayer de les éradiquer à la source constituerait probablement un immense progrès pour la société, algorithmisée ou non.