Pour les responsables de grandes entreprises, l'intelligence artificielle équivaut à une promesse de gains de productivité et, même s'ils ne le disent pas tout haut, de réduction des effectifs. Mais, dans le même temps, elle peut aussi déclencher des besoins de recrutement inédits, comme le révèlent les mésaventures de Bank of America.
Vous vous souvenez certainement du lancement par Anthropic, en avril dernier, de Claude Mythos, capable de détecter les failles de sécurité les plus obscures des systèmes informatiques, au point que sa distribution reste restreinte à des organisations dûment contrôlées. Selon son directeur général, après en avoir obtenu l'accès, Bank of America a mis en œuvre un plan d'urgence afin de corriger les problèmes identifiés.
Ne pouvant se permettre de laisser des portes ouvertes à d'éventuelles cyberattaques, l'établissement a fait appel, depuis le deuxième trimestre, à un millier de prestataires en renfort de ses équipes, déjà fortes de 3 000 personnes, dans le but de confirmer la réalité des défauts exposés par l'outil puis leur apporter une solution dans les meilleurs délais. Il sont encore en poste aujourd'hui et le coût se chiffre en millions.
En marge du sujet principal, cette histoire montre hélas (mais sans surprise) que, en dépit de déclarations rassurantes sur les niveaux de sécurité en vigueur dans le secteur financier, les institutions sont loin d'être infaillibles et sont susceptibles d'être attaquées à tout moment. L'arrivée de l'intelligence artificielle pour diminuer la surface de risques constitue incontestablement une excellente nouvelle, selon cette perspective.
Plus intéressante, donc, est cette inflation massive de travail humain qu'impose soudain l'introduction d'une solution perçue a priori comme porteuse d'économies, surtout dans ses utilisations actuelles. Pour Brian Moynihan (CEO de Bank of America), qui doit évidemment justifier son impact auprès des investisseurs, la situation serait temporaire et la facture devrait baisser au fur et à mesure du colmatage des failles en cours.
Est-ce vraiment réaliste ? Certes, le nombre d'erreurs dans les logiciels déployés va automatiquement décroître, bien que pas obligatoirement à l'allure imaginée initialement. En effet, les interventions exécutées dans la précipitation, notamment par des individus qui ne possèdent pas l'historique de l'entreprise et n'ont pas le temps de l'acquérir, amènent inévitablement leur lot d'anomalies, relevant ou non de la sécurité.
Cependant, l'informatique des grands groupes est en passe d'entrer dans une nouvelle ère de génération continue d'applications, par l'IA, bien sûr, dans les départements informatiques et, de plus en plus, ailleurs. Outre les difficultés de maîtrise du patrimoine qu'elle entraînera, cette révolution provoquera aussi une démultiplication des risques de cybersécurité, d'autant que les robots actuels ne sont pas très mûrs en la matière.
Pour l'instant et pour une certaine durée, il faudra donc continuer à entretenir une armada de spécialistes humains auxquels sera confiée la tâche, non plus d'éradiquer les défauts accumulés pendant des décennies d'expansion du système d'information, mais de vérifier le travail de l'intelligence artificielle et de combler ses lacunes au fil de ses développements, car, dans la banque, l'inviolabilité absolue reste un impératif qui ne peut pas, à ce stade, être confié à des machines sans une supervision permanente.



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