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C'est pas mon idée !

lundi 10 avril 2017

La menace Facebook plane sur la banque

Facebook Messenger
Pour Facebook, il n'est décidément plus question de prendre position dans les paiements, du moins directement. La stratégie est désormais passée à une autre dimension et suit une progression implacable. Avec les nouvelles fonctions introduites dans son assistant virtuel « M », l'enjeu devient clair : rendre les transactions plus transparentes.

Déployées uniquement aux États-Unis, dans un premier temps, les « suggestions » viennent enrichir les capacités d'assistance que Facebook ajoute progressivement dans sa plate-forme Messenger. Ainsi, grâce à un soupçon d'intelligence artificielle, mâtiné d'apprentissage automatique pour accroître sa pertinence au fil du temps, « M » devient capable de prodiguer ses conseils spontanément, quand il détecte les conditions idéales pour une intervention de sa part, au détour des conversations de l'utilisateur.

Une envie de soirée entre amis ? « M » propose d'aider à son organisation. L'évocation d'un lieu à rejoindre rapidement ? « M » peut s'occuper de commander un chauffeur Uber ou Lyft. Une discussion à propos d'une dette à rembourser ? « M » se tient prêt à suggérer le meilleur moyen de la solder. Ce ne sont que quelques-uns des exemples possibles dès maintenant (si l'utilisateur y consent, naturellement). Bien d'autres possibilités pourront être ajoutées à l'avenir, dont beaucoup seront susceptibles d'impliquer des services financiers, au-delà des échanges d'argent entre particuliers.

Suggestions par Facebook M

La caractéristique commune à chacune de ces circonstances est que, sans être lui-même le fournisseur direct des services correspondants, Facebook en devient le prescripteur incontournable. Dans le cas des paiements, ce sera la solution intégrée à Messenger qui sera proposée, selon ses termes, et les autres acteurs potentiels n'auront plus accès qu'aux miettes du marché, avec, peut-être, les quelques « chatbots » qui échapperont à l'emprise du réseau social (et à la qualité de son expérience utilisateur).

Comme toujours face à une menace plus ou moins avérée de désintermédiation, les institutions financières soutiendront qu'elles n'ont pas lieu de s'inquiéter puisque ce sont leurs produits qui resteront utilisés par leurs clients, derrière les recommandations de l'assistant virtuel. Or, même en acceptant ce raisonnement, l'impact qu'elles subiront sera loin d'être nul, puisqu'elles seront mises en concurrence via un intermédiaire (Facebook) et non plus directement dans le portefeuille des consommateurs.

Mais il est une conséquence beaucoup plus importante de la prise de contrôle des interactions entre personnes par l'intelligence artificielle de Facebook. Celle-ci va en effet acquérir de la sorte une connaissance intime de l'individu, de ses préférences, de ses habitudes, de ses besoins, de son environnement… qui sera la clé du succès des entreprises de demain : celui qui détiendra les données sera le maître incontesté de la fourniture de services personnalisés et de la valeur ajoutée perçue par l'utilisateur…

dimanche 9 avril 2017

L'IA sera la nouvelle interface de la banque

Accenture
Aujourd'hui, évoquer la mutation du secteur financier est devenu une banalité. Les startups de la FinTech grignotent des parts de marché aux frontières de l'industrie, de nouveaux géants émergent rapidement en Asie, les « GAFA » (Google, Amazon, Facebook, Apple) tournent inlassablement autour des opportunités qui se dessinent…

Dans ce monde en pleine (r)évolution, Accenture dresse, avec son rapport « Banking Technology Vision 2017 », un état des lieux des grandes tendances du moment, inspiré par ses entretiens avec près de 600 cadres dirigeants d'institutions financières, dans 30 pays. Sans grande surprise, le thème central de cet ouvrage est l'importance, pour réussir la « digitalisation » de l'entreprise, d'orienter ses efforts technologiques vers l'humain – non seulement le client, bien sûr, mais également les collaborateurs.

Le constat initial se veut optimiste. Car, en dépit des menaces de disruption qui pèsent actuellement sur les différents métiers de la banque, les impacts réels restent limités : à l'exception, peut-être, de la Chine (avec Ant Financial, notamment), ni la FinTech ni les géants du web ne parviennent pour l'instant à imposer leurs modèles à grande échelle. Il reste donc une marge de manœuvre conséquente aux acteurs en place pour réagir, prendre en compte les besoins de changement et défendre leurs positions.

Un aspect particulièrement intéressant de l'ère qui s'ouvre est qu'elle dessine un territoire vierge, dans lequel les règles restent à écrire. Cette perspective permet, par exemple, d'appréhender les exigences réglementaires sous un angle entièrement nouveau. Ainsi, les pionniers, parfaitement conscients des défis de leur activité (sécurité, lutte contre la fraude, éthique…), sont-ils à même de prendre les devants et transformer ce qui est considéré comme une contrainte en un atout pour gagner la confiance des clients.

Plus dans le cœur du sujet, ce qui devrait désormais être une évidence, la banque doit repenser ses parcours clients de fond en comble, en reconnaissant qu'ils ne se déroulent plus entièrement dans ses « murs » (physiques ou virtuels). La première implication de cette vision est de l'ordre de la connaissance des besoins et des attentes des utilisateurs – qui doit passer par une meilleure utilisation des données disponibles – à partir de laquelle il faudra devenir capable de personnaliser l'expérience.

Banking Technology Vision 2017

Seconde conséquence, probablement encore plus difficile à prendre en compte, les services financiers seront de plus en plus fréquemment intégrés dans des systèmes échappant totalement au contrôle des banques. Dans ces conditions, les points de contact deviennent rares et laissent peu d'occasions d'émerveiller l'utilisateur et le fidéliser. Un des éléments de réponse face à une telle désintermédiation consiste à renforcer l'agilité des systèmes, de manière à faciliter leur adaptation permanente.

Sur le plan de la « main d'œuvre », la transformation des institutions financières amène presque automatiquement une transition vers les nouveaux modèles de travail. Autour d'un socle stable de collaborateurs, l'innovation requiert de faire appel régulièrement à des talents externes. Afin de mener à bien des projets ambitieux, rapidement, avec les meilleures chances de succès, il est certainement préférable d'accéder à l'immense réserve de connaissance, d'expertise et d'expérience disponibles sur le marché ouvert.

Enfin, la dernière tendance représente probablement la quintessence de la transformation en cours. En effet, quand l'intelligence artificielle deviendra, un jour, le cœur de l'interaction (avec les clients et les collaborateurs), l'expérience utilisateur pourra être réellement personnalisée et adaptée précisément à chaque contexte et besoin individuel. En attendant, les premiers tâtonnements dans l'automatisation des processus doivent maintenant évoluer vers la conception d'interfaces plus simples et plus efficaces, capitalisant sur l'apprentissage automatique pour offrir des services plus pertinents.

Toutes ces orientations pointent inéluctablement vers un avenir dans lequel la banque ne ressemblera plus jamais à celle que nous connaissons aujourd'hui. Or un aspect de ces changements, qui tend à être escamoté, est la variété des modèles que les innovations technologiques, entre autres, rendent possibles, comme l'illustrent déjà les établissements les plus avancés et les jeunes pousses de la FinTech. L'idée d'une cible unique, que tous les acteurs devraient viser, est obsolète. Les options sont largement ouvertes et la première étape de la transformation consistera donc à choisir une stratégie…

samedi 8 avril 2017

Rabobank crowdsource sa communication

Rabobank
Le recours à des concours d'idées et autres hackathons ouverts aux contributions externes afin d'imaginer et créer de nouveaux services est désormais solidement ancré dans les habitudes des institutions financières. Et si ces méthodes étaient également déclinées dans d'autres domaines ? Par exemple la communication institutionnelle ?

C'est, dans une certaine mesure, ce que fait aujourd'hui Rabobank, pour sélectionner l'équipe à qui elle confiera (en grande partie) la conception et la mise en œuvre de ses futures campagnes, internes et externes. Délaissant la tradition de l'appel d'offres formel destiné à choisir une agence spécialisée, la banque néerlandaise lance un concours totalement ouvert, dont le message d'appel est parfaitement clair : « imaginez que vous ayez l'opportunité de ré-introduire Rabobank aux Pays-Bas… au monde… ».

L'objectif de l'initiative est de recruter des personnes issues d'horizons variés – designers, publicitaires, graphistes, acteurs, musiciens, étudiants en communication, influenceurs sur les médias sociaux… – prêtes à s'investir collectivement dans une incarnation originale et non conventionnelle du positionnement stratégique de l'établissement (qui vient d'être re-défini). La seule obligation imposée à ceux qui souhaitent soumettre leur dossier est de constituer une « coalition », les candidatures individuelles étant exclues.

Rabobank – Envision

Le processus mis en place est typique d'un challenge d'innovation. Dans un premier temps, les postulants remplissent un simple formulaire de motivation en ligne, décrivant notamment les qualités de leur coalition (parmi lesquelles les combinaisons de talents hétérogènes, les compositions internationales, la perspective « différente », la capacité à concrétiser les idées… sont quelques-uns des critères privilégiés), ainsi que l'approche avec laquelle ils envisagent de répondre à la demande de Rabobank.

Très rapidement, 5 équipes seront sélectionnées pour entamer la deuxième phase (à partir de ce moment, des indemnisations sont prévues pour les participants). Celle-ci consistera à répondre à un brief dont la réponse devra être présentée à un jury constitué de représentants de la banque et de membres externes. Deux finalistes seront alors retenus pour une analyse approfondie des concepts qu'ils proposent. Enfin, la coalition gagnante contribuera au lancement de la nouvelle campagne de Rabobank et sera en outre référencée comme partenaire pour des opérations ultérieures.

La démarche de la banque est, fondamentalement, un acte de défiance vis-à-vis des grandes agences de communication, qui vont ainsi (si tout se passe comme prévu) se trouver mises en concurrence avec des structures qui n'ont jamais accès à leurs marchés. L'ambition sous-jacente est de de ré-ouvrir l'entreprise sur des acteurs alternatifs, quitte à s'écarter des modèles de collaborations standardisés. Le mouvement est déjà avancé sur les cœurs de métier, avec la FinTech, il ne demande qu'à s'étendre à d'autres pans d'activité (y compris le conseil qui me concerne plus directement…).

vendredi 7 avril 2017

Root, la banque des développeurs

Root
Tandis que les banques du monde entier s'accoutument petit à petit (parfois sous la pression de la réglementation, comme en Europe) à l'idée d'ouvrir leurs systèmes via des API, elles ne facilitent pas toujours la vie à leurs utilisateurs potentiels. En Afrique du Sud, les développeurs auront bientôt une option adaptée à leurs besoins.

Conçue par OfferZen, une place de marché de l'emploi à destination des professionnels de l'informatique, et motorisée par Standard Bank, Root est une véritable offre bancaire – comportant un compte courant et une carte de crédit – qui permet à tous ses clients de créer leurs propres applications financières. Première originalité, elle ne se contente pas de fournir des API, puisqu'elle intègre une plate-forme complète, avec environnement de développement (en JavaScript) et hébergement sécurisé des logiciels réalisés.

Derrière le produit bancaire simplifié se cache en réalité une solution technique de pointe. En effet, les clients auront accès à des fonctions inédites de contrôle et de suivi en temps réel des dépenses effectuées avec leur carte de crédit, auxquelles s'ajoutent, apparemment, des capacités de création et d'administration de cartes virtuelles. Par ailleurs, bien qu'intégrée, la plate-forme se veut ouverte et laisse donc la possibilité de combiner des traitements sur les transactions avec des services externes.

Quelques exemples de solutions réalisées pendant la période de test privé de Root laissent entrevoir la richesse de la proposition. Imaginez de donner une carte à votre enfant, sur laquelle vous lui allouez 500 rands d'argent de poche par mois, transférés automatiquement, que vous complétez d'une autorisation de dépense illimitée, exclusivement réservée à des trajets Uber, pour des cas d'urgence. Autre idée envisagée, la mise en œuvre d'un régime diététique bloquant automatiquement les paiements en cas d'achats trop fréquents dans des établissements de restauration rapide…

Accueil Root

Naturellement, les applications développées et déployées sur Root sont immédiatement opérationnelles sur le compte de leur concepteur, ce qui constituera un atout essentiel du dispositif pour les passionnés de programmation. Elles pourront aussi être partagées facilement avec les autres clients de la plate-forme. Plus intéressant (même si la présentation manque de détails), le partenariat avec Standard Bank inclut la faculté pour ceux qui souhaiteraient distribuer leurs réalisations de bénéficier pour ce faire d'un support ad hoc de la banque, en cohérence avec la stratégie d'API de cette dernière.

En synthèse, la démarche de Root – dont le lancement officiel devrait intervenir d'ici au mois de juin – représente un formidable vecteur de démocratisation de la FinTech auprès des développeurs sud-africains, soulignant indirectement la vision de la banque qui en fournit le socle, loin du cliché habituel des API vues comme une menace pour l'ordre établi. Les institutions financières qui, ici, rechignent encore à se conformer à la directive DSP2 (et n'imaginent pas de faire plus que leur obligation) pourraient en prendre de la graine et embrasser les immenses opportunités qui leur tendent les bras…

Information repérée grâce à P. Mullot (merci !)

jeudi 6 avril 2017

La comparaison d'assurances a son chatbot

Insurify
La mode des « chatbots » s'emparant progressivement de tous les métiers, il était logique qu'elle s'invite aussi dans le secteur de l'assurance : le comparateur en ligne américain Insurify présente donc un des premiers agents virtuels sur Facebook Messenger… qui, outre son interface conversationnelle, possède plus d'un tour dans son sac.

Présenté comme le moyen le plus rapide (en 2 minutes ?) d'obtenir des devis d'assurance automobile de la part de plusieurs dizaines de compagnies, l'automate permet au consommateur de répondre au traditionnel questionnaire de qualification sous la forme d'un dialogue, au cours duquel il peut en permanence bénéficier d'une assistance contextuelle. Une fois acquises les informations personnelles et les données de la voiture (par une photographie de la plaque d'immatriculation, en option), il délivre une liste de solutions disponibles et suggère une recommandation personnalisée.

Mais son rôle ne s'arrête pas là. Si l'utilisateur le souhaite, l'agent virtuel va ensuite lui proposer de contacter immédiatement un représentant de la compagnie qu'il aura sélectionnée – à moins qu'il ne préfère être rappelé, auquel cas il peut fixer un rendez-vous – afin de finaliser sa souscription. Ultérieurement, le robot peut encore être programmé pour émettre une alerte quand une meilleure offre devient disponible ou pour relancer spontanément une comparaison intégrale à intervalles réguliers.

Agent d'assurance virtuel Insurify

À terme, la vision des fondateurs d'Insurify est, grâce à ses capacités d'apprentissage automatique, de doter son agent virtuel d'une intelligence artificielle suffisamment avancée pour qu'il soit en mesure de passer les examens de certification. En continuant, en parallèle, à intégrer les catalogues de compagnies supplémentaires, la startup veut de la sorte développer le moyen le plus simple, le plus efficace et le plus économique de choisir un produit d'assurance. Une telle perspective peut paraître lointaine aujourd'hui, elle ne devrait pas moins inquiéter les professionnels en activité !

En attendant, l'initiative représente surtout une expérimentation car nul ne sait dire, pour l'instant, si les consommateurs sont réellement prêts à rechercher leur prochain assureur via Facebook Messenger (quoique la popularité des comparateurs en ligne laisse supposer que l'hypothèse a un certain potentiel). En tout état de cause, les statistiques sur le temps passé sur les réseaux sociaux et plates-formes de messagerie instantanée, notamment par les jeunes, continuent à susciter l'intérêt de toutes sortes d'acteurs et à stimuler la mise en œuvre de « chatbots » plus ou moins utiles et pertinents.

mercredi 5 avril 2017

Le compte sans banque rentre dans le rang

Compte Nickel
Bon, il faut bien admettre que le fameux « compte sans banque » n'était qu'un slogan, qui devait faire sourire le Crédit Mutuel Arkéa, dépositaire depuis toujours des fonds des clients du Compte Nickel. Toujours est-il que le rachat de ce dernier par BNP Paribas est une surprise. À défaut d'explications, voici les commentaires que l'annonce m'inspire.

En premier lieu, les réactions publiques se répartissent en deux catégories. D'un côté, les félicitations aux fondateurs (pour l'opération financière, qui s'élèverait à 200 millions selon Le Monde, ou pour la stratégie industrielle ? Impossible de le savoir). De l'autre, des clients ou des sympathisants (dont je ne me hasarderai pas à estimer s'ils sont représentatifs d'une quelconque majorité) qui se sentent trahis par l'établissement et sa promesse d'une offre à l'écart du système. Le message était jusqu'alors porté suffisamment haut pour que son reniement manifeste soit maintenant souligné.

Deuxième point, l'acquisition intervient à un moment étonnant, les fondateurs de Compte Nickel ayant déclaré récemment que leur modèle économique atteindrait l'équilibre dans les prochains mois. Si le plan se déroule si bien et que l'ambition est d'accélérer le développement du Compte Nickel, pourquoi ne pas avoir continué à rechercher des investisseurs ? Bien sûr, le président de la startup explique que cela requiert beaucoup d'énergie, mais l'indépendance n'en valait-elle pas la peine ?

Je ne peux m'empêcher de voir là une des caractéristiques de l'entrepreneuriat français, qui conduit nombre de fondateurs et/ou d'investisseurs, même parmi ceux qui affirment vouloir changer le monde, à préférer une belle cession (relativement) rapide à la longue et difficile route vers la construction d'un modèle alternatif. Construire une néo-banque rentable prend au moins 10 à 15 ans : si ceux qui tentent l'aventure n'ont pas l'endurance nécessaire, nous ne verrons pas de sitôt une licorne FinTech dans l'hexagone.

Découvrez le Compte sans Banque

Troisième élément à prendre en considération, la conjoncture ne semble pas favorable à Compte Nickel. Alors que l'équilibre économique du compte courant est déjà très précaire, encore plus dans un établissement de paiement que dans une banque, une vague de nouveaux entrants – Orange Bank, Carrefour C-zam, La Poste… – vient accroître la pression concurrentielle. Or, dans cette compétition, il n'était pas évident pour la startup de diversifier seule sa palette de services (par exemple vers l'épargne et le crédit).

Voilà qui donnerait un argument en faveur de la vente à un grand groupe bancaire, quitte à abandonner un peu de l'idéalisme initial. Cependant, cette hypothèse se heurte à une autre question : si BNP Paribas peut renforcer l'offre, il restera à vérifier que l'extension du catalogue de produits est compatible avec le modèle de distribution du Compte Nickel, dans les bureaux de tabac. Et, dans l'affirmative, le risque est grand de reproduire de la sorte les difficultés auxquelles est confronté aujourd'hui le réseau d'agences.

Enfin, la logique qui conduit BNP Paribas à s'engager dans l'opération soulève également des interrogations. Officiellement, il est justement question de son intérêt pour l'accès à ce réseau de distribution parallèle, mais jusqu'à quel point constitue-t-il un atout ? Où sont les synergies possibles ? Le Compte Nickel aurait-il donc vocation à remplacer ou absorber, à terme, Hello Bank! ? Comment l'institution va-t-elle s'accommoder d'un positionnement anti-banque qui devrait rester en vigueur après le rachat ?

En résumé, il existe une probabilité que l'odyssée du Compte Nickel s'achève dans quelques mois ou années, dissoute dans BNP Paribas. L'avenir nous le dira. En revanche, il faut dorénavant rechercher ailleurs une néo-banque française capable de reprendre le flambeau de la disruption. Car l'épisode confirme que nous sommes actuellement dans le deuxième âge de la FinTech, celui des jeunes pousses qui peinent à rester indépendantes. La troisième génération d'entrepreneurs, qui sera à l'origine de la véritable transformation (destructrice) du secteur financier, reste à venir…

mardi 4 avril 2017

Toujours plus près de l'Amazon Bank

Amazon
Au premier coup d'œil, le lancement, cette semaine, d'Amazon Cash aux États-Unis paraît plutôt anecdotique. À moins de l'interpréter comme un pas supplémentaire du géant du web vers la création d'une alternative sérieuse aux offres bancaires traditionnelles, à destination, en particulier, des populations écartées du système financier.

Sans grand originalité, le principe du nouveau dispositif consiste à permettre aux clients qui ne peuvent ou ne souhaitent pas régler leurs achats par carte d'alimenter un compte en ligne par dépôt d'espèces (de 15 à 500 dollars) dans une des boutiques partenaires. L'opération est entièrement gratuite et les fonds sont immédiatement disponibles, pour régler tous les achats réalisés sur la plate-forme d'Amazon. Le solde peut en outre être consulté à tout moment sur le site ou sur les apps mobiles du distributeur.

La mise en œuvre est particulièrement soignée et ne laisse rien au hasard en matière de simplicité de l'expérience utilisateur. L'identification du compte du client est simplement effectuée par un QR Code, à présenter au caissier au moment de déposer l'argent. Afin de rendre son accès universel, il peut être imprimé ou transmis par SMS à un téléphone basique. Et quand il est généré par l'application mobile du marchand, il est possible de l'intégrer au Wallet d'Apple ou à l'écran d'accueil d'Android pour plus de rapidité.

En arrière-plan, on ne trouve rien d'extraordinaire non plus : Amazon Cash s'appuie sur l'infrastructure de bons cadeaux de la marque, qui existe depuis longtemps et autorise déjà le rechargement par carte de paiement. C'est donc le même compte, soumis aux mêmes règles de fonctionnement, qui est maintenant également alimenté par les dépôts en espèces. Comme je l'expliquais en introduction, il n'y a vraiment pas de révolution, techniquement parlant, derrière tout cela. Mais la stratégie est, en réalité, brillante.

Amazon Cash

En pratique, grâce à un changement de nom et une nouvelle option de provisionnement, Amazon vient de créer un véritable compte pré-payé, instantanément accessible à la quasi-totalité des consommateurs américains, dont les 27% qui ne disposent pas de moyens de paiement classiques. Si l'enjeu est, pour le e-commerçant, de capter de la sorte une clientèle additionnelle pour sa place de marché, il constitue aussi un cheval de Troie potentiel dans la (re-)conquête par les banques des personnes hors-système.

En effet, Amazon Cash propose un moyen pratique et économique de réduire les effets de l'exclusion financière (s'ajoutant à une liste qui s'allonge régulièrement), qui limite l'intérêt que peuvent avoir les consommateurs concernés à revenir dans les circuits bancaires habituels, dont ils ont par ailleurs tendance à se défier (notamment parmi les jeunes générations). Dans un sens, Amazon stimule ainsi une concurrence indirecte avec les institutions financières, susceptible de peser sur ces dernières à long terme si le mouvement de désaffection actuel devait perdurer.

Enfin, il devient de plus en plus apparent qu'il ne manque maintenant plus grand chose pour transformer Amazon Cash en une véritable Amazon Bank

lundi 3 avril 2017

Donc personne ne veut du paiement mobile ?

NFC
Si les banques multiplient les solutions de paiement par mobile à destination de leurs clients, ces derniers ne semblent toujours pas particulièrement enclins à changer leurs habitudes. Et, maintenant, selon un article des Échos, ce sont les commerçants qui exprimeraient leurs réticences. À croire que personne ne veut de cette « innovation »…

En France, la vogue du paiement sans contact sur smartphone a réellement démarré l'été dernier avec l'introduction d'Apple Pay par le groupe BPCE, suivie, au début de cette année, par le lancement de la version de proximité de Paylib, porté par un consortium de banques, qui, d'ailleurs, s'agrandit. La nouvelle offre de Carrefour Banque devrait suivre la tendance, tout comme, selon toute probabilité, la future Orange Bank, dont sa parente directe veut certainement effacer ses échecs passés (Cityzi, paix à son âme).

Face à cette déferlante et en dépit des déclarations d'auto-satisfaction des institutions financières, l'adoption par les consommateurs ne paraît pas extraordinaire, à ce stade. A priori, comme ce fut le cas avec les premiers pas d'Apple Pay aux États-Unis, après des débuts prometteurs accentués par une forte pression marketing, les utilisateurs curieux tendent à se lasser rapidement d'un outil qui ne leur apporte finalement pas d'avantage visible en comparaison de la carte plastique à laquelle ils sont habitués.

Deuxième catégorie d'acteurs de l'équation, les commerçants pourraient se révéler plus « actifs » dans leur mouvement de rejet. Car, pour eux, ces nouveaux moyens de paiement constituent une menace potentiellement sérieuse : la perte de l'exclusivité de la relation qu'ils entretiennent avec leurs clients. En effet, à l'ère de la donnée, les porte-monnaie virtuels devenus capables de gérer les transactions et leur contexte procurent une connaissance intime des utilisateurs dont la possession est un enjeu de survie.

Le risque n'est pas uniquement théorique. Pour ne prendre qu'un exemple (hypothétique, à ce jour), la mise en œuvre d'un programme de fidélité par Paylib représenterait un dangereux concurrent pour ceux des marques, en offrant une personnalisation, une pertinence et une efficacité décuplées grâce aux précieuses données disponibles sur l'ensemble de l'activité du consommateur. Et ne parlons pas des opportunités de commercialiser les informations capturées de la sorte, y compris aux marchands.

Il faut noter au passage que, ironiquement, en excluant le cas spécifique de Paylib qui leur appartient, les banques sont confrontées aux mêmes craintes, ce qui explique pourquoi beaucoup d'entre elles font preuve d'un enthousiasme modéré vis-à-vis des solutions d'Apple, Google, Samsung et consorts, qui sont tous à la poursuite de données à exploiter. En l'état actuel du marché, leur position est donc ambiguë, puisqu'elles ne promeuvent que partiellement le paiement via mobile, quand elles y ont intérêt.

Dans une telle situation, faut-il s'étonner que la généralisation massive du paiement sans contact sur smartphonepour la x-ième année consécutive : « 2017 sera l'année du m-paiement ! »soulève encore des doutes ? Tant que l'ensemble des participants à l'écosystème (complexe) n'y trouveront pas leur compte, rien ne pourra véritablement changer. En attendant, les commerçants menacent de saboter les déploiements et, ainsi, de faire prendre du retard, une fois de plus, au rêve de la révolution mobile.

Paiement sans contact Paylib

dimanche 2 avril 2017

Westpac hacke les messageries instantanées

Westpac
Westpac n'est certes pas la première banque à intégrer quelques-uns de ses services au sein des applications de messagerie instantanée. Cependant, à l'écart de la mode des chatbots, la méthode originale qu'elle met en œuvre pour ce faire – basée sur la technologie d'une jeune pousse israélienne, PayKey – s'avère particulièrement brillante.

En effet, comme son nom l'indique, c'est par l'intermédiaire d'un clavier virtuel spécialisé, désormais inclus dans l'application mobile de la banque, que Westpac Keyboard insère de nouvelles fonctions dans toutes les solutions de messagerie sociale du marché – Facebook Messenger, WhatsApp, Twitter, Snapchat, WeChat… – ainsi que dans les SMS. Pour en profiter, l'utilisateur doit simplement l'activer sur son iPhone et sélectionner le compte par défaut sur lequel il souhaite imputer les opérations qu'il réalisera.

Dès lors, le clavier additionnel devient accessible d'une pression du doigt sur l'icône idoine du système, mettant à disposition du mobinaute 3 options parfaitement adaptées à un contexte de messagerie : le transfert d'argent instantané, le partage d'un code de retrait sur GAB et l'envoi des coordonnées bancaires. Notons que ces capacités étaient d'ores et déjà proposées par l'app de Westpac, la véritable nouveauté consiste donc à permettre à ses clients de les utiliser sans avoir à quitter leur plate-forme favorite.

Accueil Westpac Keyboard

Les avantages de cette approche sont conséquents en comparaison des chatbots, notamment dans l'état encore embryonnaire de l'« intelligence artificielle » de ces derniers. Outre l'intégration automatique dans toutes les solutions existantes et à venir, sa facilité d'usage constitue l'une de ses principales qualités. Pour un code de GAB, par exemple, l'utilisateur rédige son message normalement (le clavier possède aussi, évidemment, une section alphabétique), puis n'a qu'à presser un bouton et saisir le montant pour insérer le code qui permettra au destinataire d'effectuer son retrait.

Avec cette innovation, finalement peu complexe d'un point de vue technique, Westpac touche à un enjeu majeur de la banque de demain : l'immixtion transparente des services financiers au cœur de la vie quotidienne de ses clients (consommateurs ou entreprises). La première étape se limite ici à l'univers des relations sociales entre individus, elle pourrait ensuite être déclinée – sous une forme qui reste à imaginer mais toujours plus « invisible » – dans des échanges commerciaux, sur les médias sociaux et ailleurs…

samedi 1 avril 2017

Estimeo, l'agence de notation des startups

Estimeo
Malgré les critiques (souvent légitimes) dont elles font l'objet, les grandes agences de notation boursière – Moody's, Standard & Poor's et autres Fitch – sont un des principaux instruments d'appréciation des grandes entreprises pour les investisseurs. Malheureusement, aucun équivalent n'existait jusqu'à maintenant pour les startups.

Cette lacune est désormais corrigée, en France, avec le lancement, cette semaine, d'Estimeo, qui veut devenir la référence de l'évaluation des projets innovants… et un peu plus. Au cœur de son dispositif, la jeune pousse propose d'abord une plate-forme en ligne qui permet à tout un chacun d'obtenir en quelques minutes un avis sur son concept ou sa startup, reposant, sans surprise, essentiellement sur des critères extra-financiers : qualité de l'équipe, marché visé, solution, vision stratégique, solution technique…

Afin de rester accessible à sa cible première, le service, facturé seulement 50 euros par estimation (25 euros en période de lancement), est entièrement automatisé : le demandeur remplit simplement un formulaire standardisé sur le web, à partir duquel les algorithmes d'Estimeo (entraînés depuis quelques mois sur un échantillon de beta-testeurs) établissent une note normalisée entre 0 et 100, assortie d'un indice de confiance (prenant en compte, par exemple, différents états de maturité possibles).

Accueil Estimeo

Mais à quoi peut donc servir l'évaluation fournie par Estimeo ? Pour les porteurs de projet, elle constituera avant tout un outil pratique et salutaire d'introspection, leur permettant notamment d'identifier les points forts et les lacunes de leur dossier. Par ailleurs, le résultat du diagnostic comporte également des éléments de comparaison avec les entreprises précédemment notées, ce qui devrait les aider à mieux positionner leur proposition de valeur vis-à-vis du marché et, potentiellement, de la concurrence.

Comme dans les agences traditionnelles, il est un deuxième volet à l'offre d'Estimeo, destiné, cette fois, aux investisseurs. Pour 250 euros par mois, ceux-ci bénéficient d'un accès libre aux évaluations réalisées, complété de services additionnels, de recherche ou d'alertes sur des critères personnalisés. En perspective, la plate-forme deviendrait un véritable lieu de rencontre entre entrepreneurs et investisseurs, les premiers se voyant aussi suggérer, s'ils le souhaitent, les contacts les plus pertinents parmi les seconds.

Si ses algorithmes s'avèrent probants, l'approche d'Estimeo est susceptible de profondément transformer la manière dont sont perçues les jeunes pousses. En effet, en offrant un instrument de mesure objectif (à défaut d'être totalement transparent), elle deviendra rapidement indispensable à tous les acteurs (et, naturellement, les banques en font partie) qui, aujourd'hui, ne disposent que de leur propre jugement et, souvent, d'une expertise partielle pour juger du potentiel des projets qui leurs sont soumis.