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C'est pas mon idée !

mercredi 10 avril 2019

L'ouverture des données bancaires suscite des vocations

The ID Co.
Le Royaume-Uni ayant entamé sa marche vers l'ouverture des données bancaires avant tous les autres pays d'Europe (et du monde), leurs usages s'y développent aussi plus tôt, naturellement. C'est ainsi que The ID Co., jeune pousse écossaise, s'est fait une spécialité de leur utilisation à des fins variées et dans différents domaines.

La nouvelle application que vient d'annoncer l'entreprise, par exemple, est conçue pour fournir aux établissements de crédit un relevé complet des revenus des personnes sollicitant un prêt. Le principe est relativement trivial (rappelant d'ailleurs une récente expérimentation de Sberbank en Russie) : plutôt que de demander leurs trois derniers bulletins de salaire aux emprunteurs, on leur suggère d'accorder un accès (ponctuel) à leurs comptes bancaires et une analyse des transactions – mettant en œuvre 6 algorithmes complémentaires – suffit alors à déterminer leur rentrées réelles.

Les avantages d'une telle approche ne se limitent pas au seul gain d'efficacité qu'autorise la recherche automatisée des informations nécessaires, par rapport à une vérification, souvent « manuelle », des justificatifs habituels. Les bénéfices se font immédiatement sentir également du côté du client, pour qui le processus devient infiniment plus simple, plus fluide et plus réactif, puisqu'il n'a plus à fournir une pile de documents dont il ne sait jamais où ils sont rangés et qu'il va pouvoir obtenir une réponse immédiate.

Il faut encore ajouter la réduction drastique des risques de fraude, cruciale à une époque où les falsifications de relevés imprimés sont monnaie courante. Enfin, l'information que dérive The ID Co. de son traitement des mouvements s'avère beaucoup plus riche qu'un montant de salaire : elle peut notamment couvrir une période étendue permettant d'en déterminer la variabilité dans le temps et elle sait aussi identifier les éléments de revenus annexes, qui méritent d'être pris en compte dans une évaluation de fiabilité financière.

The Id Co. Income Verification

Probablement parce qu'ils y sont immergés depuis longtemps, les fondateurs de The ID Co. visent d'abord le secteur du crédit avec ce produit. Mais il est évidemment susceptible d'intéresser une multitude d'autres acteurs qui pourraient exploiter ce modèle de contrôle des revenus d'un individu ou d'un ménage – propriétaires immobiliers cherchant un locataire, organismes d'aides publiques… – d'autant qu'il est extrêmement facile à intégrer dans toutes sortes de plates-formes, avec un widget de connexion et, au choix, un tableau de bord ou une API pour la restitution des calculs.

La généralisation des accès ouverts aux comptes aidant, l'idée (déjà ancienne) de valoriser le trésor qui gît aujourd'hui dans les tréfonds des systèmes d'information des banques commence enfin à se matérialiser concrètement, jusqu'à susciter la création d'entreprises dédiées, telles que The ID Co. Si elles n'y prennent pas garde et si elles ne s'emparent pas rapidement des opportunités béantes qui s'offrent à elles, les institutions financières courent le danger de n'être que spectatrices de l'émergence de nouveaux pans d'activité promis à un avenir brillant et potentiellement très lucratifs…

mardi 9 avril 2019

Envel met la banque sur pilote automatique

Envel
Pour la plupart des individus, la gestion des finances personnelles est une corvée dont ils préféreraient ne pas avoir à se préoccuper et que, d'ailleurs, beaucoup d'entre eux négligent, à leurs propres dépens. La jeune pousse américaine Envel estime que les technologies modernes sont désormais en mesure de suppléer à leurs réticences.

Même si nous sommes tous plus ou moins conscients de la nécessité de veiller régulièrement à notre utilisation de l'argent, établir et suivre un budget, avec rigueur et dans la durée, paraît souvent complexe et toujours rébarbatif. Pourtant les quelques bonnes pratiques essentielles d'une gestion saine s'avèrent finalement plutôt simples à appliquer. Pourquoi alors ne pas utiliser des algorithmes (dotés d'un soupçon d'intelligence artificielle) pour automatiser ce que nous refusons de faire nous-mêmes ?

Avec sa solution, actuellement en cours de développement, Envel s'attelle précisément à concrétiser cette vision d'une banque qui exécute spontanément les gestes élémentaires que tout consommateur devrait adopter afin de se faciliter la vie financière. Premier principe du dispositif, les avoirs de l'utilisateur sont répartis dans 4 enveloppes (virtuelles) distinctes : celle destinée à payer les frais récurrents, une réserve pour les urgences, une épargne à long terme et le reste à dépenser, pour les achats du quotidien.

La banque sur pilote automatique

Au fur et à mesure des transactions réalisées, grâce à des techniques d'apprentissage automatique, l'application analyse les habitudes du client, comprend ses besoins, détecte ses défauts, identifie les opportunités de correction… qu'elle affine continuellement. À partir de cette connaissance, elle va pouvoir intervenir à bon escient, par exemple en veillant à constituer puis maintenir une épargne de précaution ou en aidant à maîtriser les achats impulsifs (via un mécanisme d'allocation des fonds à dépenser chaque jour).

Pour ajouter un peu de sel à l'expérience et compléter son approche de détournement des envies consuméristes vers une recherche de sécurité financière, Envel inclut dans sa panoplie un système de récompenses (symboliques), attribuées pour chaque geste considéré comme « positif », qui sert à un établir un classement sur lequel les utilisateurs peuvent comparer leurs performances. La startup imagine même de faire de cet indicateur du comportement réel un substitut au score de crédit traditionnel.

Depuis la nuit des temps, l'être humain s'est ingénié à créer des outils capables de le libérer des tâches ingrates et pénibles. La gestion de finances personnelles entre certainement dans cette catégorie et il est donc plus que temps que les solutions logicielles disponibles aujourd'hui s'y attaquent. Il ne faudrait toutefois pas tomber dans un excès de contrôle – Envel semble notamment plafonner effectivement, au niveau de la carte, les dépenses quotidiennes – sous peine d'effrayer les clients potentiels.

lundi 8 avril 2019

Xaalys, bien plus qu'une banque pour les ados

Xaalys
À la veille de l'édition 2019 de FinTech:Revolution, l'événement annuel de l'association France FinTech, découvrons ensemble une des startups hexagonales les plus prometteuses du moment : Xaalys, une néo-banque qui accompagne les ados, et leurs parents, dans leur apprentissage de la gestion quotidienne de l'argent au XXIème siècle.

Elle est loin l'époque ou l'enseignement aux bonnes pratiques minimales des finances personnelles passait par une tirelire et la manipulation de pièces de monnaie et de billets de banque. Aujourd'hui les paiements sont devenus virtuels, surtout pour les dépenses les plus fréquentes des jeunes (par exemple pour leurs loisirs), et les flux d'argent perdent toute réalité tangible. Les banques proposent bien des cartes destinées à ces populations mais les parents sont livrés à eux-mêmes pour en inculquer les « bons » usages.

La solution de Xaalys, dont le lancement officiel est maintenant imminent, est justement conçue pour combler cette lacune flagrante. Avec sa carte de débit et son application mobile au double visage, elle est suffisamment flexible à la fois pour cibler les besoins des enfants depuis 12 ans jusqu'à leur majorité et pour s'adapter aux préférences éducatives de leurs parents. En effet, le premier principe de l'approche retenue est d'impliquer en permanence ces derniers dans la relation à l'argent qu'entretient leur progéniture.

Pour ce faire, ils disposent d'un espace dédié au sein de l'application. Là, ils peuvent naturellement organiser les versements – récurrents, ponctuels ou d'urgence – vers le compte de l'enfant mais également définir les règles d'utilisation qu'ils souhaitent imposer : plafond de dépenses et de retraits, catégories d'achat autorisées et prohibées, notifications systématiques des transactions (avec possibilité d'intervention immédiate)… Ils choisissent librement le niveau d'autonomie ou de contrôle qu'ils lui accordent.

Accueil Xaalys

Les jeunes, de leur côté, ont accès à une riche palette de fonctions afin de les aider à maîtriser leurs finances personnelles. Dans un registre plutôt classique, figure le suivi de budget qui, grâce à la catégorisation des opérations, leur permet de savoir à tout moment où part leur argent de poche. Tout aussi trivial, l'activation et la désactivation instantanées de la carte sont disponibles à tout moment, notamment pour le cas où elle a été égarée. Déjà plus original, signalons le module de tchat pour dialoguer en famille.

Viennent ensuite les différents services contribuant à l'éducation financière. L'utilisateur est ainsi incité à enregistrer ses envies et ses projets, de manière à appréhender les bases de la planification. À chacun, il peut en outre associer des cagnottes – version simplifiée de comptes d'épargne – qu'il alimentera progressivement pour les concrétiser. Une autre partie de l'application propose enfin des contenus pédagogiques (concoctés en partenariat avec le site La Finance pour Tous), présentés sous forme de jeux.

Quand l'argent devient exclusivement électronique, quand les transactions s'automatisent toujours plus, quand les produits financiers se font invisibles, intégrés dans des parcours client ultra-fluides et transparents… le jeune consommateur court le risque de perdre tous les repères d'une gestion saine de son budget. Il est donc urgent de l'aider à reprendre le dessus, concrètement, et d'adapter les méthodes d'apprentissage d'antan à l'ère impulsive contemporaine. Telle est la mission que se donne Xaalys !

dimanche 7 avril 2019

Vers un parcours d'achat immobilier intégré

NestReady
Parmi les produits financiers, le crédit immobilier ou hypothécaire occupe une place particulière, non parce qu'il serait plus complexe qu'un autre mais plutôt parce qu'il s'inscrit dans un moment de vie spécial pour les clients, via un parcours aux multiples facettes. Une caractéristique qui en fait le support idéal pour adopter une approche intégrée…

Depuis plusieurs années, l'idée fait son chemin autour du monde, dans les institutions financières (en Australie, en Espagne, à Singapour…) et chez les acteurs de l'immobilier (sites de petites annonces…). En Amérique du Nord, la jeune pousse NestReady propose maintenant une solution prête à l'emploi aux établissements de crédit, combinant les principales composantes de l'acquisition dans une interface unique (en marque blanche). Elle a déjà séduit, entre autres, la troisième banque du Canada, ScotiaBank.

Le concept émerge d'une simple évidence : la demande de financement de l'achat immobilier est étroitement liée à la recherche de bien et il est finalement absurde que les deux démarches soient indépendantes l'une de l'autre. En conséquence, la plate-forme de NestReady associe les offres de crédit de chacun de ses partenaires avec un service complet de vente de maisons et d'appartements (qui fédère les listes de plusieurs fournisseurs spécialisés aux États-Unis et au Canada, selon la couverture désirée).

Le dispositif est conçu pour s'adapter aux comportements des consommateurs. En effet, partant du constat que 85% de leurs parcours de prospection commencent par une évaluation de leur capacité d'emprunt auprès d'un organisme de crédit mais que 95% du processus global est entre les mains des agents immobiliers, NestReady insère les seconds dès le premier contact. Lors de son arrivée sur l'espace dédié aux prêts hypothécaires et à nouveau après avoir réalisé une (classique) simulation d'emprunt, le visiteur est donc invité à explorer les propriétés susceptibles de l'intéresser.

Accueil NestReady

L'objectif recherché avec ce principe est d'inciter l'utilisateur à affiner ses critères, non seulement financiers mais également vis-à-vis de son projet immobilier. À la clé, un gigantesque trésor d'information est capturé au fil de la navigation, que les algorithmes d'apprentissage automatique de NestReady transforment en connaissance intime du (futur) client, partagée avec le partenaire, dans son outil de CRM existant pour limiter les frictions. D'un coup d'œil, le conseiller dispose par exemple d'une estimation de la date de conclusion de la transaction ou de la probabilité de souscription du crédit.

Notons à ce stade que, si le produit est fondamentalement technologique et se présente d'abord en ligne, il prend naturellement en compte, de manière totalement transparente, les différents canaux d'interaction, en acceptant les préférences de chaque individu. Ainsi, à tout moment dans le parcours, il demeure possible, d'un clic, de contacter ou de prendre rendez-vous avec un expert financier ou un professionnel de l'immobilier et, évidemment, de planifier une visite de la ou des propriétés sélectionnées.

Alors qu'autrefois les entreprises imposaient sans vergogne leurs conditions et leurs contraintes à leurs clients, dans le monde moderne, le consommateur devient maître de la relation et ses fournisseurs doivent se plier à ses désirs. Lui offrir un parcours simplifié et fluide, sans ruptures, automatiquement ajusté à ses attentes, constitue alors une obligation incontournable. Pour les institutions financières, dont les produits ne sont que des « facilitateurs » de projets, la conséquence directe sera soit une forme d'invisibilité, soit l'appropriation d'expériences de bout en bout, telles que l'achat immobilier.

samedi 6 avril 2019

La collaboration dans une entreprise distribuée

Google
La popularité croissante du télétravail, qui s'ajoute à la dispersion historique de leurs effectifs sur une multitude de sites géographiques, introduit de nouveaux défis dans les grands groupes désireux de développer les pratiques collaboratives en leur sein, en particulier dans les secteurs de services. Google offre un aperçu de ses recettes…

Avec plus de 100 000 employés répartis dans 150 villes (dans 50 pays du monde entier), avec 2 groupes de travail sur 5 impliquant des personnes installées dans des immeubles différents, avec 30% de réunions dont les participants interviennent depuis plusieurs fuseaux horaires, le géant technologique possède une incontestable expérience des challenges de l'entreprise distribuée. Et, sans surprise, ils représentent un des chantiers majeurs auxquels s'attelle son « People Innovation Lab » (PiLab).

Sa responsable, Veronica Gilrane, explique d'abord comment elle a voulu obtenir un panorama factuel de la situation, en conduisant un sondage auprès de 5 000 salariés. Si les résultats montrent (étonnamment ?) que l'impact de collaboration à distance est négligeable en termes de performance et de productivité ainsi que de bien-être et de qualité de vie au travail, un certain nombre de difficultés ressortent, notamment d'ordre technologique ou dans la faculté d'établir une connexion sociale avec ses collègues.

En effet, jusque dans une entreprise qui a fait tant d'efforts pour faciliter et fluidifier les communications électroniques (jusqu'à en faire un produit, Hangouts), les problèmes de qualité vidéo ou de son haché découragent régulièrement les utilisateurs de dialoguer avec les membres de leur équipe. Par ailleurs, rien ne remplace la simplicité et la richesse d'un échange impromptu, qui demande juste à aller à la rencontre de l'autre, face à l'organisation d'une visioconférence, avec ses exigences particulières.

À défaut de solution magique aux dysfonctionnements techniques, Google a concocté, à l'intention des employés concernés et de leurs responsables, un petit guide [PDF] pragmatique des usages permettant de remettre un peu d'humanité dans les contacts par écran interposé. Arrêtons-nous un instant sur les 3 plus importants.

Google People Innovation Lab

Commençons par une recommandation applicable à toutes les réunions, bien qu'elle soit citée plus spécifiquement dans le cadre des collaborations à travers les fuseaux horaires. Il est ici question de respect des personnes : pourquoi ne pas demander aux participants leurs préférences et habitudes en matière d'horaires de travail plutôt que d'assumer des hypothèses non vérifiées (ignorant les différences culturelles entre pays, par exemple) ? Il ne restera plus ensuite qu'à privilégier chaque individu à tour de rôle…

Dans un autre registre, Google explore les moyens de rapprocher ses collaborateurs en dépit de leur éloignement. Un premier conseil, quasiment trivial, suggère de savoir organiser des rencontres physiques, lors de moments clés, de manière à instaurer la nécessaire familiarité dans les relations humaines. Il sera complété par des rituels au cours des échanges à distance, tels qu'un temps réservé au début des réunions pour des discussions plus ou moins personnelles, voire des créneaux dédiés à des conversations informelles (qui peuvent néanmoins concerner des sujets professionnels).

Globalement, l'enseignement principal à tirer de l'expérience de Google est que le travail (généralisé) en groupes distribués ne s'improvise pas. À tous les niveaux de la hiérarchie, un certain nombre de contraintes et besoins distinctifs doivent être pris en compte pour assurer un fonctionnement optimal. Les impacts peuvent toucher jusqu'aux comportements, quand, entre autres, l'absence de langage corporel impose de mettre plus d'emphase dans la communication verbale, afin de mieux convoyer les messages.

vendredi 5 avril 2019

L'assurance à la demande reste difficile à vendre

April
Un an après le lancement d'une première offre conjointe de Valoo et Altima par MAIF, le groupe April s'apprêterait à commercialiser son assurance à la demande des objets du quotidien. Selon Charlie Perreau, qui relaie l'information pour le Journal du Net, ces solutions auraient du mal à trouver leur marché. Est-ce vraiment une surprise ?

Au premier abord, le concept est pourtant séduisant. Plutôt que d'assurer votre vélo, votre appareil photo, votre micro-ordinateur, votre guitare… en permanence, y compris quand ils ne courent (quasiment) aucun risque, vous téléchargez une application mobile qui vous permet, après création de votre compte, de souscrire en quelques gestes simples une garantie contre le bris et le vol uniquement pour la période pendant laquelle elle est réellement utile (par exemple à l'occasion d'un voyage)… et de payer au plus juste.

Malheureusement, ces approches à la demande, si elles procurent plus de flexibilité aux consommateurs, n'apportent aucune réponse à la principale difficulté que rencontre depuis toujours la distribution des produits d'assurance : hors obligation légale, comment convaincre une personne qu'elle a tout intérêt à se prémunir contre un risque futur, hypothétique, en contradiction directe avec la nature humaine profonde qui privilégie systématiquement les satisfactions les plus immédiates et les plus certaines ?

L'exercice est déjà complexe quand il s'agit de proposer une extension de garantie pendant un achat, alors que, dans ce cas, il est au moins possible de jouer sur le ressort émotionnel de la dépense engagée. Mais avec une application perdue au milieu de dizaines d'autres sur le smartphone du mobinaute moyen, quel aiguillon est susceptible de rappeler au moment opportun les arguments rationnels qui justifieraient de souscrire une protection pour un objet familier, dont la valeur marchande s'est estompée ?

Accueil Valoo

En réalité, là réside la véritable clé du succès : le service ne peut remplir sa mission que si les efforts demandés pour son activation sont réduits au strict minimum. En particulier, il est illusoire de compter sur un comportement volontaire de l'utilisateur pour enclencher la démarche. Il est impératif, au contraire, de stimuler la prise de décision à l'instant précis où la proposition fait sens pour lui, puis de faciliter le passage à l'acte. Autrement dit, l'assurance à la demande ne survivra que si elle également contextuelle.

Les solutions qui adoptent cette combinaison existent, par exemple la couverture des nouvelles mobilités que concocte Trōv ou l'assurance voyage intégrée à la néo-banque Revolut. Elles réussissent d'autant mieux qu'après le processus initial de souscription, dans lequel peut être développé un raisonnement convaincant, la mise en route et l'arrêt de la garantie sont plus ou moins automatiques et, par conséquent, indolores.

Pour répliquer ce principe dans le modèle de Valoo et Objhey! (le futur produit d'April), il resterait à identifier les circonstances dans lesquelles les consommateurs éprouvent (ou devraient éprouver) le besoin de protéger un objet – en considérant qu'elles seront potentiellement différentes d'un individu à l'autre – et mettre en place les mécanismes qui autoriseraient une activation spontanée dès la survenue de l'événement ad hoc.

jeudi 4 avril 2019

L'État anticipe les défaillances d'entreprises

Signaux Faibles
Initiative publique prenant la forme d'une « startup d'État », Signaux Faibles collecte et analyse des données provenant de divers organismes en vue de prédire les défaillances d'entreprises suffisamment tôt pour maximiser les chances de les prévenir. La Banque de France, qui est partie prenante du projet, annonce son déploiement opérationnel.

Dans la logique du programme « beta » du gouvernement français, le concept imaginé conjointement par l'URSSAF et la DIRECCTE (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a d'abord commencé par une expérimentation, menée dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Son objectif initial était de mettre en œuvre des techniques d'intelligence artificielle sur des données des deux partenaires afin d'évaluer le risque de fermeture d'une société à 18 mois.

Aujourd'hui, les résultats obtenus étant jugés concluants, le système va entamer sa phase d'industrialisation. Celle-ci comprend non seulement une extension géographique (vers Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Hauts de France et Pays de la Loire) mais également l'ouverture à de nouveaux participants (Direction Générale des Entreprises, Banque de France, DINSIC – c'est-à-dire la DSI de l'État…), dont les données vont permettre de renforcer la qualité et la fiabilité des prédictions réalisées.

Ainsi armées, les administrations disposeront d'une bien plus grande latitude dans le déclenchement des mesures de remédiation ou de prévention qu'elles peuvent proposer, en accompagnant les structures menacées avant que les difficultés sérieuses ne surviennent, plutôt que d'attendre, comme actuellement, les signaux d'alerte classiques (incidents de paiement des taxes, impôts et autres charges, retards de déclarations, licenciements…) qui souvent interviennent trop tard pour éviter le pire.

Accueil Signaux Faibles

La démarche de Signaux Faibles est particulièrement exemplaire, pas tant par sa technologie (les algorithmes mis au point pour le calcul du risque de défaillance sont d'ailleurs publiés sous licence libre) que par sa démonstration de la valeur que peuvent produire les données détenues par différents établissements, historiquement isolés chacun dans son silo étanche, quand elles sont mises en commun. Voilà une idée qui devrait trouver un écho dans la plupart des grands groupes (financiers ou autres) !

Plus concrètement, les grandes banques devraient percevoir comme une humiliation la capacité acquise par des administrations, pourtant peu réputées pour leur dynamisme, d'anticiper les risques encourus par les entreprises si elles-mêmes, avec les gisements d'information considérables et les armées de spécialistes informatiques dont elles disposent, ne parviennent pas à faire aussi bien… et à aider leurs clients les plus fragiles à surmonter les moments difficiles. Ne serait ce pas dans leur intérêt de s'y atteler ?

mercredi 3 avril 2019

BBVA crée un crédit indexé sur la digitalisation

BBVA
Voici l'innovation de la semaine issue de l'intarissable BBVA. Elle invente cette fois un crédit « digital » (D-Loan), dont l'objectif est d'encourager les grandes entreprises à se transformer, afin d'accompagner la mutation de leur environnement et les nouvelles attentes de leurs clients, grâce à un taux d'intérêt indexé sur leur niveau de maturité.

Le concept vient d'être concrétisé pour la première fois avec l'ouverture d'une ligne de crédit de 350 millions de dollars au bénéfice d'un groupe agro-alimentaire singapourien, Olam International, dans laquelle la banque espagnole assure un rôle de coordinateur (avec les 6 autres établissements participants)… et de conseil « digital ». Selon les termes du contrat, son prix sera réajusté annuellement en fonction des progrès de la transformation de l'entreprise, qui seront mesurés sur des jalons définis conjointement.

Concrètement, une première évaluation de la situation initiale de l'organisation est conduite par un auditeur indépendant (le Boston Consulting Group, en l'occurrence). Celle-ci analyse différents axes, depuis la priorité mise sur la « digitalisation » dans la stratégie globale jusqu'aux efforts et à la culture d'innovation, en passant par l'alignement effectif du marketing, du modèle opérationnel, de la gouvernance… sur ces orientations, ainsi que les initiatives engagées et les feuilles de route mises en place.

L'ensemble est agrégé et restitué sous la forme d'un « Index d'Accélération Digitale » (DAI en anglais), qui sert de référence commune. Les partenaires se sont ensuite mis d'accord sur un parcours d'amélioration de cet indicateur, année après année, pour toute la durée du contrat, accompagné des avantages qui seront accordés s'il est respecté. À chaque anniversaire, le BCG procédera à un nouvel audit pour vérifier la conformité au plan de marche retenu et, le cas échéant, appliquer la réduction de prix convenue.

BBVA D-Loan

L'objectif de BBVA avec cette initiative est d'inciter les grandes entreprises à se transformer le plus rapidement possible dans le monde qui change profondément autour d'elles et elle suggère que les baisses de taux offertes sont suffisamment substantielles pour être réellement motivantes. Sa présentation comme « conseil digital » au sein du syndicat de prêteurs pourrait en outre laisser entendre qu'elle serait prête à accompagner ses clients dans ces chantiers (et elle en a, en tous cas, les compétences).

Il faut également comprendre que l'approche n'a rien de philanthropique et traduit surtout, en réalité, une vision progressiste de la gestion de risques dans une institution financière moderne. En effet, le raisonnement de la banque consiste à considérer que la « digitalisation » est une clé de la survie des entreprises. Dans ces conditions, le « D-Loan » n'est finalement qu'un produit qui intègre dans le score de crédit de l'emprunteur une estimation supplémentaire de sa longévité et de sa performance à long terme.

mardi 2 avril 2019

Le dérèglement climatique menace l'assurance

Assurance habitation
Rares sont ceux qui, aujourd'hui, persistent à nier le réchauffement climatique et peu d'assureurs ont l'inconscience d'ignorer son impact sur leurs activités. Si, jusqu'à présent, la menace paraissait encore un peu floue, Munich Re commence à lui donner un contour plus précis, relayé par The Guardian, qui résonne comme un signal d'alarme.

Les climato-sceptiques ont beau clamer l'absence de preuves susceptibles de confirmer qu'un événement isolé, tel que les incendies dévastateurs survenus en Californie l'été passé, est lié à un changement à grande échelle, il devient de plus en plus incontestable que la tendance globale à la multiplication des phénomènes météorologiques exceptionnels est directement liée à une augmentation de la température moyenne de la planète (que l'on croie ou non qu'elle soit due aux activités humaines, incidemment).

La prise de conscience a désormais atteint un tel niveau que les compagnies d'assurance se préoccupent sérieusement d'étudier et de modéliser les effets des mutations sur les risques qu'elles couvrent. C'est dans ce contexte qu'Ernst Rauch, patron de la climatologie chez Munich Re (le plus important réassureur du monde), s'inquiète ouvertement pour l'avenir et annonce notamment une prochaine augmentation de primes (en cours de négociation avec ses clients) dans les zones les plus sensibles.

Mais ce n'est là que le début de la longue descente aux enfers qu'il esquisse pour demain. En effet, avec la croissance continue prévisible de la fréquence et de la violence des incendies, des tornades, des ouragans, des déluges de grêle, des inondations…, le coût de l'assurance, en particulier dans le domaine de l'habitation, va mécaniquement s'envoler… au point de la rendre inaccessible à une partie de plus en plus importante des populations (et en commençant par les segments les plus fragiles).

Une fois enclenché, un mouvement de cette nature peut avoir des conséquences dramatiques, non seulement pour les personnes qui se retrouveraient sans couverture mais pour la société tout entière. Il faut d'abord considérer le cercle vicieux que générerait une forte augmentation des tarifs, car moins il y a d'assurés, moins la mutualisation des risques joue son rôle… et plus les coûts sont concentrés et, donc, élevés (par client). La fracture sociale qui serait créée ne pourrait donc que se propager sans fin.

En outre, l'absence de protection adéquate en cas de catastrophe naturelle induit automatiquement des délais conséquents avant le retour à une situation normale, même dans le cas où des aides publiques viendraient la compenser (elles seront parfois insuffisantes et elles mettent souvent longtemps à atteindre les victimes). Or la persistance d'un environnement précaire a une incidence majeure et durable sur l'activité économique des régions affectées et, par ricochet, sur l'ensemble des citoyens.

Face à ces perspectives, il n'existe hélas pas de solution miraculeuse… Initialement, afin de réduire le danger d'exclusion, il sera toujours envisageable de mettre en place des fonds de secours, alimentés par les pouvoirs publics ou le secteur privé. Mais il ne suffiront certainement pas, à long terme, à couvrir tous les dommages. Alors, la prévention reste peut-être la piste la plus intéressante à approfondir et il se trouve que les compagnies d'assurance sont particulièrement bien placées pour la développer…

Pompiers luttant contre un incendie

lundi 1 avril 2019

La dette étudiante crée des opportunités

Goodly
Actuellement estimée à plus de 1 600 milliards de dollars pour l'ensemble des États-Unis, la dette des étudiants représente à la fois une menace structurelle pour l'économie du pays et un handicap majeur dans la vie quotidienne de 45 millions d'américains. En attendant une solution de fond (ou un effondrement ?), Goodly suggère aux entreprises d'en faire un levier d'attractivité lors de leurs recrutements.

La pression des remboursements de leurs emprunts sur le budget quotidien des consommateurs a des effets négatifs mesurables et mesurés sur leur qualité de vie. En conséquence, leurs employeurs ont tout intérêt à les aider à surmonter ces difficultés – plutôt que d'installer des tables de ping-pong ou leur offrir des cours de yoga et autres abonnements à des salles de sport. En effet, non seulement les bénéficiaires, par ailleurs fortement demandeurs, seront plus fidèles, mais ils seront également plus productifs une fois soulagés, ne serait-ce que partiellement, de leurs angoisses financières.

Souvent, les responsables d'entreprise sont déjà sensibilisés à cette opportunité, mais ils ont tendance à renoncer à mettre en place ce type d'avantage en nature car la gestion peut en être complexe. Voilà donc la niche que vise Goodly : pour un coût de 6 dollars par utilisateur actif par mois, vite amortis, la jeune pousse déploie un programme personnalisé, prenant en charge l'intégration avec la plupart des plates-formes de gestion de paye et de ressources humaines et les exigences réglementaires associées.

Student Loan Repayment as an Employee Benefit

Bien sûr, il paraîtrait plus simple de promettre un surcroît de rémunération pour aider le collaborateur à couvrir ses remboursements de prêts. Mais l'être humain est ainsi fait qu'il préférera généralement dépenser son salaire et laisser courir ses dettes… Le seul moyen réaliste de faire une différence passe bien par des contributions directes. L'approche de Goodly joue d'ailleurs de cet argument quand ses outils soulignent l'impact des versements de l'employeur sur l'évolution de la situation financière dans la durée.

Le problème d'endettement des jeunes générations américaines (qui est aussi celui du coût exorbitant des études) devient tellement critique que les entreprises n'auront bientôt d'autre choix que de l'assumer pour leurs effectifs. Et il affecte quasiment l'ensemble de la population, entre les personnes qui continuent à rembourser leur crédit jusqu'à 35 ou 40 ans et celles qui empruntent pour assurer la scolarité de leurs enfants. Des solutions créatives sont plus que jamais nécessaires pour sortir de cet engrenage fatal.

Enfin, si le sujet semble, à ce jour, concerner plus ou moins exclusivement les États-Unis, il ne faut pas négliger, au vu de l'évolution des systèmes éducatifs à travers le monde, le risque qu'il ne soit d'actualité dans nos contrées d'ici à quelques années. Il serait bienvenu de s'y préparer dès maintenant, en profitant d'expériences venues d'ailleurs.