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C'est pas mon idée !

dimanche 20 novembre 2022

ASX tire un trait sur la blockchain

ASX
Lancé avant la grande vague de surexcitation pour la blockchain, alors que, je dois l'avouer, je croyais encore à ses promesses idylliques, le projet de remplacement du système de compensation de la bourse australienne est finalement abandonné [PDF], laissant une ardoise d'environ 250 millions de dollars et quelques dommages collatéraux.

En 2015, entre son infrastructure logicielle vieillissante et l'utopie montante des registres distribués, ASX devenait, avec Digital Asset, son partenaire technologique dans l'opération, la star de la modernité avec son choix d'adopter une solution révolutionnaire qui devait lui faire effectuer un bond quantique en matière d'efficacité et de maîtrise des coûts. Les doutes exprimés alors par une poignée de fâcheux, sur la faisabilité de la transition et la réalité de ses bénéfices potentiels, étaient écartés sans remords.

Sept ans plus tard (quand l'agenda initial tablait sur un délai d'environ cinq ans), rien n'a été déployé et un audit a été commandité, auprès d'Accenture, afin d'évaluer la viabilité de la nouvelle application. D'emblée, l'état des lieux fait ressortir un taux de complétion de 63% pour l'ensemble des exigences fonctionnelles et non fonctionnelles (le développement et les tests étant a priori quasi finalisés), assorti, malheureusement, d'une incertitude majeure quant à la possibilité d'atteindre une issue satisfaisante.

Si on écarte un éventuel conflit d'intérêt – ou, à tout le moins, un biais – du prestataire retenu pour l'étude (en tant que défenseur de la blockchain et de ses usages), qui se traduit notamment par une mise en exergue des difficultés de gouvernance, les raisons fournies pour expliquer ce fiasco font tout de même état d'une complexité extrême de la plate-forme globale, en particulier au niveau de l'intégration entre les couches d'interface et le registre sous-jacent, menaçant, entre autres, sa performance et son exploitabilité.

ASX – CHESS Replacement

Mais est-il raisonnable de « découvrir » ces risques aussi tard dans le projet ? Faut-il se satisfaire du commentaire d'Helen Lofthouse, PDG d'ASX, qui estime que l'expérience procure des enseignements qui resteront utiles pour l'avenir ? Suffit-il de nommer un nouveau directeur de programme afin d'effacer les erreurs commises ? Ou bien serait-il nécessaire, en priorité, de revisiter entièrement les mécanismes internes, les processus de décision, la culture d'entreprise… qui ont abouti à une telle inconséquence ?

Le plus tragique dans l'affaire est le retard pris dans la modernisation du système existant. Bien que celui-ci soit dorénavant qualifié de robuste et capable de remplir parfaitement son rôle pour longtemps, il a aujourd'hui sept ans de plus que lorsque, en justification de son retrait, il était présenté comme obsolète et peu adapté aux attentes des marchés « digitalisés ». L'idée de patienter encore cinq ans avant de passer à une autre génération de logiciel devrait sérieusement inquiéter ses utilisateurs.

Naturellement, on ne compte plus, dans le secteur financier comme ailleurs, les chantiers pharaoniques qui s'achèvent sur un désastre et des millions partis en fumée. Cependant, celui d'ASX se distingue tristement par le caractère d'innovation qu'il possédait dès son origine à travers le recours à une technologie résolument immature (surtout en 2015). Dans ces conditions, prolonger pendant plusieurs années ce qui n'aurait dû rester qu'une expérimentation relève incontestablement de la faute stratégique inexcusable.

samedi 19 novembre 2022

NAB se penche sur la psychologie de l'argent

NAB
Pour une majorité de personnes, qu'elles soient nanties ou qu'elles rencontrent des difficultés à joindre les deux bouts, l'argent constitue une source constante de stress. À celles et ceux, nombreux, qui préfèrent éviter d'affronter la réalité en face, l'australienne NAB suggère un petit exercice, concocté avec l'aide d'une psychothérapeute réputée.

Baptisée Money Mondays, la méthode invite ses adeptes à réserver 45 minutes un lundi par mois afin d'interroger leur attitude en matière de finances personnelles, soit en mode introspectif pour les solitaires, soit sous forme de conversation ouverte et sincère pour les couples. L'objectif visé de la sorte consiste simplement à mettre à plat, en totale transparence, la situation et les pratiques des intéressés, de manière à écarter les incompréhensions et autres malentendus et, idéalement, mieux maîtriser l'avenir.

La contribution de la banque à la démarche prend les traits d'un mini-guide [PDF], rédigé par la spécialiste locale Lissy Abrahams, permettant d'enclencher les discussions. Dans cette optique, outre une présentation des règles du jeu, le document propose un parcours en quatre étapes à travers l'historique individuel, les habitudes acquises, la position actuelle et les projets à court ou long terme. Chacune comprend une poignée de questions destinées à ouvrir la voie vers la connaissance de soi (et de son conjoint).

Concrètement, il s'agit de réfléchir d'abord à l'influence de la famille pendant l'enfance et sur les comportements qui se sont progressivement imposés dans le quotidien, puis sur les inquiétudes ressenties et les réactions à des événements importants, avant de passer à une analyse quantitative des revenus, des dépenses, des engagements… mais aussi aux exigences de pilotage du budget et aux préférences de répartition (dans le couple)…, pour terminer, enfin, sur une liste de cibles rêvées, en guise d'encouragement.

NAB Money Mondays

Dans la vision de NAB, le défi à relever concerne essentiellement le déficit d'attention et de communication, qui se traduit directement par quelques résultats caractéristiques d'une enquête menée auprès d'un échantillon de population : un tiers des répondants ne surveillent jamais leurs flux financiers, cette proportion montant même jusqu'à 44% chez les hommes âgés de 18 à 29 ans… tandis que la moitié des représentants de cette catégorie considèrent que l'argent est générateur de frictions dans leur relation.

Le phénomène est certes sensible mais il paraît tout de même dommage que l'institution s'en tienne à une approche de sensibilisation, quand elle pourrait prolonger ses efforts dans un accompagnement opérationnel d'autant plus pertinent et, potentiellement, efficace que les Money Mondays représentent un premier pas vers la découverte des ressorts psychologiques des consommateurs et ainsi, sous réserve d'une mise en œuvre éthique, d'adapter les conseils et recommandations à chaque cas particulier.

vendredi 18 novembre 2022

Onward gère le budget des parents divorcés

Onward
Aux États-Unis (comme en France, d'ailleurs), environ 45% des mariages se terminent par un divorce. Parmi les 13 millions de couples séparés avec enfants, la moitié seulement ont un accord, formel ou non, de répartition des charges afférentes, qui laisse encore souvent la place à des conflits. L'ambition d'Onward est de pacifier ces situations.

Dans son incarnation initiale, l'application de la jeune pousse offre essentiellement une fonction de gestion de budget partagé, dans un rôle d'intermédiaire neutre entre les parents. Une fois leur inscription terminée, chacun est en mesure d'enregistrer les dépenses engagées pour leur progéniture et, de la sorte, demander une participation à son ex-partenaire, soit sur la base d'un ratio prédéterminé soit dans les termes d'une négociation spécifique, menée via la messagerie intégrée pour plus de sérénité.

Le solde des dettes est naturellement actualisé au fur et à mesure de l'accumulation des transactions et celui ou celle qui se trouve en position de débiteur peut à tout moment, notamment sur sollicitation de l'autre partie, régulariser sa situation par un paiement, effectué directement au sein du logiciel. Un module analytique détaillé (par mois, par catégorie, par adulte et par enfant) inclus dans la solution, qui constitue de facto un moyen de contrôler et piloter le budget dédié, fournit un bénéfice périphérique utile.

Outre sa valeur dans le suivi financier, la médiation qu'assume Onward est également renforcée par la transparence et, par voie de conséquence, la confiance qu'elle introduit. En effet, une des principales sources des frictions survenant entre les conjoints séparés étant le soupçon d'achats détournés ou de prix exagérés, l'obligation technique (donc impartiale) de joindre un reçu à chaque opération référencée élimine ce risque.

Onward - Expense Tracking for Co-Parents

Cette dimension devrait prendre encore plus d'ampleur avec les prochaines étapes de développement de la jeune pousse, puisqu'une piste privilégiée pour son modèle économique (le service est aujourd'hui totalement gratuit) consisterait à proposer à ses utilisateurs une carte de crédit (Amérique oblige !) rattachée à leur compte commun. Celle-ci faciliterait les règlements entre parents mais aussi, et surtout, procurerait automatiquement et sans aucun effort une preuve irréfutable des emplettes réalisées.

La niche que cherche à adresser Onward représente instantanément une opportunité extraordinaire, un peu parce que la population qu'elle recouvre se compte en dizaines de millions de personnes et beaucoup parce que, contrairement aux autres contextes de finance de groupe où le passage par un outil informatique prend un côté artificiel, ces individus ont une affinité quasi-naturelle avec une approche « digitalisée » de leur relation, qui leur évite le plus possible les interactions de proximité et leur danger potentiel.

jeudi 17 novembre 2022

Mifundo prépare le marché unique du crédit

Mifundo
Sur certains plans (réglementaires, notamment), l'Union Européenne ressemble à un ensemble cohérent, mais sur d'autres (dont le domaine bancaire), son morcellement en vingt-sept états reste inébranlable. Heureusement, quelques trublions sont déterminés à abattre les frontières persistantes, à l'instar, dorénavant, de Mifundo sur le crédit.

Il y a bien longtemps, Raisin (qui se nommait alors SavingGlobal) élaborait sa plate-forme transeuropéenne d'épargne en partant des mêmes prémices. Huit ans plus tard, son positionnement est toujours (quasiment ?) unique et personne ne semble avoir, jusqu'à maintenant, tenté de le répliquer sur l'autre catégorie phare de produits financiers qu'est le crédit. Les autorités politiques montrent pourtant leur intérêt, puisque le projet de Mifundo a déjà bénéficié de deux subventions, à hauteur de plus de 730 000 euros.

La solution que développe la startup estonienne, qui vient en outre de lever 1,2 millions d'euros, est fondamentalement un comparateur classique : le candidat à l'emprunt fournit les caractéristiques de l'opération qu'il envisage et obtient alors une liste d'offres adaptées, parmi lesquelles il n'a plus qu'à choisir celle qui lui convient, parce qu'elle offre un taux d'intérêt plus attractif ou parce que ses autres conditions sont plus intéressantes. La particularité avec Mifundo est que les propositions proviendront de toute l'Europe.

Alors que, aujourd'hui, le consommateur qui recherche un financement est obligatoirement enfermé dans son système bancaire local, l'objectif visé ici est de lui donner accès à un marché immense, où, en l'absence de concurrence directe entre pays, les différences de traitement sont considérables. Pour les institutions invitées à participer à la place de marché, la promesse relève également de l'ouverture, avec une possibilité de pénétrer de nouvelles régions sans aucun investissement, ou presque.

Accueil Mifundo

Si le principe est convaincant sur le papier, il soulève des questions cruciales sur le déséquilibre structurel existant entre les nations qui composent l'union : les écarts de taux (par exemple, sur les prêts à la consommation, la moyenne serait actuellement de 12% en Estonie contre 2% au Luxembourg) sont largement dus à des facteurs exogènes, hors du contrôle des établissements. L'introduction d'une compétition internationale « en bout de chaîne », si elle se généralisait, pourrait donc s'avérer déstabilisatrice.

Par ailleurs, un obstacle de taille devra être levé par Mifundo pour atteindre son ambition. Peu sensibles avec le crédit à la consommation qui constitue son point d'entrée, la future déclinaison du modèle sur le crédit immobilier va en effet mettre en lumière les disparités des cultures, qui risquent d'induire des réticences chez – supposons – un utilisateur français à adopter le produit familier des acheteurs espagnols ou allemands. Peut-être est-ce là qu'entre en jeu l'intelligence artificielle vantée dans la communication…

Naturellement, il faudra aussi que les banques participantes prennent en compte des critères spécifiques pour ces clients étrangers, en particulier du point de vue des exigences réglementaires ou des analyses d'éligibilité et de solvabilité. Mifundo pourra, là encore, apporter sa contribution, mais l'intégration de partenaires représentera un autre défi. En conclusion, la vision d'un marché unique du crédit est sans conteste un rêve extrêmement séduisant… mais sa concrétisation sera un chantier gigantesque.

mercredi 16 novembre 2022

Le conseil financier sur TikTok s'impose

TikTok
Après un questionnement sur la confiance des clients en leur banque il y a quelques jours, une enquête menée auprès d'un échantillon représentatif de jeunes (britanniques) de 18 à 24 ans nous procure aujourd'hui l'occasion de revenir sur le sujet sous un angle radicalement différent : quelle est donc leur source privilégiée de conseil financier ?

Les résultats ne peuvent pas réellement surprendre au vu de la place prépondérante prise par les réseaux sociaux dans nos sociétés au cours de la décennie écoulée, mais ils matérialisent une évolution dont il n'est pas toujours facile de mesurer l'ampleur. Ainsi, d'emblée, plus de la moitié (58% exactement) des personnes interrogées déclarent qu'elles suivent sur TikTok (qui constitue l'objet spécifique de l'étude) un ou plusieurs comptes consacrés à l'argent, aux finances personnelles, à la gestion de budget…

Plus significatif, et potentiellement plus préoccupant, une fraction non négligeable de ces adeptes confirmés est plus encline à suivre les recommandations émises sur la plate-forme que celles qu'ils trouvent dans les médias traditionnels (pour 40% d'entre eux), dans leur cercle d'amis (pour un tiers)… et auprès de leur fournisseur attitré (pour un quart). D'ailleurs, il n'hésitent pas à joindre le geste à la parole, et à, par exemple, s'appuyer sur TikTok pour sélectionner un investissement ou un crédit hypothécaire.

L'impact de la démocratisation de l'information autorisée par ce genre de médias peut s'avérer positive, notamment lorsqu'il est question de services que les établissements préfèreraient que leurs clients ignorent, à l'instar du système de migration assistée de compte courant (dont l'organisme qui en porte la responsabilité se trouve être commanditaire de l'étude). Plus globalement, l'éducation financière mérite certainement de s'infiltrer partout où les populations qui en ont besoin ont leurs habitudes.

FinTok

En revanche, la tendance a aussi de quoi inquiéter car la qualité n'est pas toujours au rendez-vous, comme le rappellent quelques affaires récentes de soutien par des célébrités à des produits discutables. La compétence, de toutes manières difficile à mesurer objectivement, n'est hélas pas le premier critère retenu par les jeunes pour accorder leur confiance à un influenceur. Dans l'esprit avec lequel ils abordent TikTok dans son ensemble, ils s'attachent au côté divertissant et à la capacité à s'identifier.

Pour une banque, comment reprendre l'initiative, notamment face à ceux qui considèrent ses conseils moins fiables que ceux d'une vedette des réseaux sociaux ? Le premier réflexe sera de développer une présence sur la plate-forme. Mais l'exercice est (comme toujours) complexe : il faut appréhender un format et une « culture » particulières, il faut identifier les thématiques à traiter et apprendre à les rendre attractives…

Pourtant, quel que soit le lieu où ils ont déployés, ces efforts sont indispensables. Ils relèvent simplement de la remise au centre du client dans la relation. Ce qui fait le succès des meilleurs contenus (et de leurs auteurs) est la proximité qu'ils installent avec leur audience, qui rend les messages immédiatement pertinents et engage à l'action. Cela ressemble à une lettre de mission d'un département de marketing mais qui l'applique ?

mardi 15 novembre 2022

Les assureurs sensibilisent aux risques naturels

Generali
Le dérèglement climatique engendre une dangereuse augmentation des risques sur les habitations, qui concerne et devrait inquiéter autant les citoyens que leurs compagnies d'assurance. Conscientes du faible niveau d'information actuel de la population, ces dernières commencent désormais à déployer des moyens de sensibilisation opérationnels.

Incendies, inondations, sécheresses…, dont la fréquence progresse d'année en année, mais aussi séismes, accidents industriels (voire nucléaires)… Les menaces qui pèsent sur les bâtiments – maisons individuelles ou immeubles collectifs – sont nombreuses mais, en général, leurs occupants les ignorent… jusqu'à ce que la catastrophe les surprenne un jour. Une connaissance préalable des dangers existants leur fournirait pourtant l'opportunité de se préparer et, dans bien des circonstances, d'éviter le pire.

Certes, les nouveaux acquéreurs obtiennent un diagnostic complet lors de la signature de l'acte notarié, mais il arrive bien tard dans leur processus de décision. Et aucun équivalent n'est prévu pour les locataires. Naturellement, les plus curieux peuvent interroger librement les données publiques exposées sur le portail Géorisques du ministère de l'environnement (récemment modernisé, pour une meilleure ergonomie, qui laisse toutefois quelque peu à désirer). Encore faut-il en connaître l'existence, plutôt discrète.

Les assureurs, qui sont, à leur corps défendant, en première ligne des conséquences de l'insouciance de leurs clients ont donc tout intérêt à mettre la main à la pâte afin de rectifier la situation et faire en sorte que les risques soient mieux connus et anticipés. Telle est la raison pour laquelle la MAIF (depuis quelques mois) et Generali (plus récemment) ont mis en place, chacune, un service en ligne permettant à tous les visiteurs d'examiner les données disponibles pour l'adresse de leur choix, n'importe où en France.

Generali – Ensemble Face aux Risques

Si les deux initiatives restituent des catégories d'informations légèrement différentes, elles se distinguent surtout par leur positionnement dans la vie de leurs utilisateurs. Ainsi, pour la MAIF, l'outil s'inscrit dans un parcours de conseils autour de l'achat immobilier et son objectif serait plus de décourager ses sociétaires d'investir dans une propriété trop exposée. Generali, en revanche, cible le logement actuel et son analyse s'accompagne de recommandations pratiques en vue de mitiger les fragilités identifiées.

Comme le souligne à juste titre la communication de Generali, avant d'envisager de stimuler la prévention, qui devient un des principaux axes de développement de l'assurance, en amont de la gestion de sinistres, il est indispensable de faire prendre conscience des enjeux aux consommateurs. Dans cette perspective, il n'est pas aberrant de multiplier les instances d'un même service, proposées sous des formats variés et par des acteurs issus de divers horizons, de manière à en renforcer la notoriété et l'impact.

Pour plus d'efficacité, il restera tout de même à optimiser l'alignement de ces efforts de sensibilisation avec les démarches de prévention. Une voie d'amélioration à explorer consisterait à personnaliser les conseils prodigués, aujourd'hui trop génériques pour être réellement pertinents. Outre une étude détaillée de l'état de la résidence (telle que la conçoit notamment Luko) afin d'affiner le diagnostic, ne pourrait-on pas imaginer, par exemple, un accompagnement pas à pas dans la mise en œuvre d'un plan d'action (à long terme, probablement) pour la lutte contre les risques identifiés ?

Merci à Thomas pour les pointeurs vers l'initiative de la MAIF !

lundi 14 novembre 2022

CaixaBank suit l'économie en temps réel

CaixaBank
Dans une sorte de démonstration du pouvoir des données bancaires, CaixaBank présentait il y a deux ans son travail sur la mesure et le suivi des inégalités sociales. Elle étend aujourd'hui son périmètre, avec le lancement d'un nouveau portail – ouvert à tous – d'évaluation de l'économie espagnole, couvrant désormais cinq domaines d'étude.

À travers ses 18 millions de clients, 11 500 distributeurs de billets et 700 000 terminaux de paiement, qui représentent chaque mois des millions de transactions, dont quelques 6 millions de virements de salaires, l'établissement est confiant dans sa capacité à tirer des conclusions générales, sur différents plans, de la situation budgétaire des ménages du pays, qu'elle éclaire donc par l'intermédiaire d'un jeu de 850 indicateurs, actualisés mensuellement (la notion vantée de temps réel a tout de même ses limites).

Outre les inégalités, qui restent une de ses composantes importantes, la plate-forme propose des statistiques sur la consommation (en ligne et/ou en boutique), le tourisme (en Espagne et/ou à l'étranger), les salaires et l'accès au logement. Dans chacune de ces rubriques, l'analyse peut ensuite être affinée, généralement par communauté géographique, par classe d'âge et par sexe, ainsi que, pour certaines, par niveau de revenu, par secteur ou par catégories détaillées (pour les dépenses, notamment).

Le site ne se contente pas d'exposer les dernières estimations disponibles. Il fournit également un aperçu graphique des variations dans le temps, sur une période qui peut atteindre 5 ans, selon les cas, et autorise des comparaisons instantanées, toujours visuelles, sur une partie des filtres existants. Par ailleurs, les visiteurs ont la possibilité de télécharger l'ensemble des résultats publiés, dans tous leurs détails, par exemple dans le but de réaliser leurs propres calculs et autres croisements d'information.

CaixaBank Research - Economía en Tiempo Real

Si la première aventure du genre de CaixaBank relevait vraisemblablement plus d'une opération d'image que de la réponse à un véritable besoin, sa nouvelle solution s'affiche comme un outil à forte valeur potentielle. En particulier, une cible évoquée est celle des professionnels et entreprises, dans toutes sortes de métiers, susceptibles d'exploiter la connaissance qu'elle leur procure des grandes tendances observées sur leurs marchés afin d'ajuster leurs offres ou leur production avec une réactivité incomparable.

En filigrane de son enrichissement, une opportunité de développer un modèle économique commence à surgir pour la plate-forme, au-delà des usages internes de ses projections économiques (puisqu'elle est l'œuvre du département de recherche de l'institution). Elle pourrait ainsi servir de support à une activité de conseil de haut de gamme aux PME, concernant non plus seulement les aspects financiers de leur gestion mais aussi ses orientations stratégiques. Une autre voie extra-bancaire à explorer…

dimanche 13 novembre 2022

Les clients ont-ils confiance en leur banque ?

Forrester
Si chacun sait que la confiance des clients est l'actif le plus important dans une institution financière, beaucoup croient qu'elle est acquise et rend leurs positions quasi intouchables, notamment par les nouveaux entrants. Or il s'avère que la réalité est beaucoup plus complexe et qu'une remise en question des certitudes ne serait pas inutile.

Le sujet acquiert une signification particulière dans le contexte actuel d'inflation galopante et de volatilité des marchés, créant une situation de crise qui peut être propice aux promesses de jeunes pousses ambitieuses. Et il ressort d'une enquête du cabinet Forrester que la perception générale de la population n'est pas brillante. Aux États-Unis, par exemple, seuls un tiers des consommateurs interrogés affirment avoir une confiance totale en leur fournisseur, tandis que plus de la moitié émettent de sérieuses réserves.

En guise d'explication de ces résultats, les analystes estiment que les dirigeants du secteur ne savent pas comment mesurer le véritable sentiment des clients à leur égard, en grande partie parce qu'ils n'appréhendent pas toutes les composantes de ce qui constitue leur confiance. Même pour une entreprise qui afficherait un siècle d'histoire derrière elle et qui gèrerait des centaines de milliards de dollars ou d'euros pour leur compte, elle n'est pas nécessairement présente, et encore moins inébranlable.

Quand j'évoquais (plus ou moins instinctivement), il y a quelques années, deux visages possibles à la confiance, Forrester affine la proposition en lui attribuant sept dimensions distinctes : la compétence, la responsabilité, la cohérence, la fiabilité, l'empathie, l'intégrité et la transparence. Aucune d'elles ne peut être évaluée par de simples impressions ou par des approximations indirectes, ce sont les intéressés qui en détiennent la clé, exclusivement, et qui en fournissent la seule appréciation objective exploitable.

Forrester’s Financial Services Customer Trust Index

Autre observation critique pour la compréhension des enjeux, chaque domaine financier et chaque culture induisent des priorités différentes sur ces critères, débouchant sur une série de modèles de référence. Ainsi, les américains placent la fiabilité en tête à la fois pour les banques et les firmes d'investissement, mais ils choisissent ensuite l'empathie (qui souffre d'une carence majeure) pour les premières contre la compétence pour les secondes (bien intégrée dans la pratique quoique fréquemment surestimée).

La connaissance précise des conditions de la confiance est indispensable autant pour tenter de renforcer cette dernière (par des initiatives qu'il faut considérer comme de longue haleine) que pour éviter de la dilapider et la détruire (ce que est évidemment beaucoup plus rapide). Et, bien sûr, elle est aussi un facteur essentiel de la capacité à quantifier les évolutions, sans laquelle toute action risque d'être engagée en pure perte.

Enfin, s'il fallait encore convaincre les responsables des institutions financières de la puissance d'un excellent indice de confiance (valide), Forrester fournit une poignée d'éléments d'illustration concrets, entre des niveaux élevés et faibles (aux États-Unis, à nouveau) : un écart de 93% à 39% dans la probabilité de recommander un service à un parent ou un ami, une variation de 90% à 34% sur l'hypothèse de souscrire à nouveau un produit… De telles statistiques méritent certainement quelques efforts…

samedi 12 novembre 2022

Auriez-vous confiance dans la Twitter Bank ?

Twitter
Au milieu du chaos monumental issu de son acquisition par Elon Musk, ce dernier évoquait cette semaine la possibilité d'adjoindre à Twitter un système de paiement, qui pourrait ultérieurement évoluer vers une palette bancaire plus complète. L'idée n'est guère originale et ses chances de succès s'amenuisent vraisemblablement à vue d'œil.

De prime abord, le raisonnement du membre historique de la mafia PayPal (qui revient ainsi vers ses passions de jeunesse) peut paraître prometteur. En développant les capacités multimédia du réseau social, notamment sur les contenus vidéo, le premier pas consisterait à mettre en place un modèle payant, à la consultation, à l'intention des créateurs. Les fonds collectés seraient accumulés dans un compte interne et pourraient ensuite être utilisés pour des échanges, commerciaux ou non, entre participants.

L'étape suivante constituerait alors un prolongement logique de ces fondations, dans une vision présumée rendre le service le plus utile et le plus transparent possible à ses adeptes. Concrètement, plutôt que de contraindre les intéressés à effectuer un virement vers un établissement externe lorsqu'ils souhaitent disposer de leur argent en dehors de la plate-forme, la future banque Twitter fournirait en propre l'ensemble des fonctions nécessaires : capacités d'épargne, carte de débit, chéquier (!)…

Parce que, malgré tout, Elon Musk est conscient que les micro-transactions sur les contenus risquent de ne pas suffire à enclencher l'effet boule de neige requis pour une adoption généralisée, il propose aussi, sans grande imagination, quelques mécanismes de gratification susceptibles d'accélérer le mouvement, qu'il s'agisse d'alimenter de 10 dollars le porte-monnaie virtuel à la souscription ou, dans la seconde phase, d'offrir une rémunération particulièrement attractive sur les économies qui y sont déposées.

Twitter

Au-delà de faire rêver les admirateurs inconditionnels du personnage, l'histoire nous enseigne que l'approche de l'homme le plus riche de la planète est très probablement vouée à un échec retentissant (et rapide). En effet, toutes les composantes que je viens d'énumérer ont déjà été expérimentées par le passé, généralement par des acteurs déterminés et prêts à y engager des ressources considérables, et n'ont jamais abouti aux résultats escomptés, jusqu'à être abandonnées plus ou moins définitivement.

Rien dans tout le concept ne mérite d'être retenu. L'achat unitaire d'accès à des contenus exclusifs ne parvient pas à séduire les consommateurs (y compris dans les médias traditionnels). Le principe d'un instrument de paiement intégré au réseau social ne fonctionne pas (n'est-ce-pas Facebook ?)… La transition d'un porte-monnaie électronique à une solution bancaire complète, encore moins. Enfin, si la distribution de cadeaux attire certes le chaland, elle coûte cher et ne le transforme que rarement en client fidèle.

Mais, outre ces arguments basés sur l'observation, Twitter souffre d'une carence certainement rédhibitoire pour toute tentative d'invasion du secteur financier : l'absence de confiance de ses utilisateurs, qui est en train de s'aggraver dans des proportions inédites sous le règne d'Elon Musk. Qui serait prêt à laisser une partie de son argent auprès d'une entreprise sans expérience en la matière, incapable de réguler les excès de certains de ses utilisateurs et maintenant pilotée par un dirigeant fantasque ?

vendredi 11 novembre 2022

Aspire, une banque pour l'inclusion financière

Aspire Banking
La sous-bancarisation est un cercle vicieux bien connu : sans accès aux produits financiers basiques, dont le crédit, les populations fragiles recourent à des solutions outrageusement onéreuses et s'enfoncent de la sorte dans la précarité. Aux États-Unis, Aspire Banking développe une porte de sortie, en passant par une démarche pédagogique.

Parce que, dans cette région, le principal vecteur d'inclusion reste, en dépit de ses multiples défauts, la carte de crédit, la promesse du trublion est d'en autoriser l'accès en trois mois à toute personne capable de respecter un petit programme prédéfini, sans aucune considération préalable pour les conditions habituellement requises, notamment la preuve d'un score honorable qui ne peut hélas être obtenu qu'après avoir réalisé des opérations qualifiantes… contraintes par le même mécanisme résolument kafkaïen.

Concrètement, le point d'entrée dans le monde d'Aspire (dont les fondations réglementaires sont prises en charge par une petite banque du Missouri) consiste en un compte courant, gratuit et sans frais de découvert, accompagné de sa carte de débit. Une fois celui-ci ouvert, il « suffit », chaque mois pendant trois mois consécutifs, d'y verser un minimum de 500 dollars, exécuter au moins trois paiements et maintenir un solde positif supérieur à 25 dollars pour devenir éligible aux avantages de la carte de crédit.

Welcome to Aspire Banking

L'objectif visé est autant de mettre entre les mains des quelques 44 millions d'américains sous-bancarisés un instrument perçu comme indispensable, a minima dans le but de commencer à établir leur crédibilité d'emprunteur (car, selon toute probabilité, il sera assorti de limitations drastiques), que de les encourager à adopter des comportements sains avec leur argent, aussi modestes soient les critères imposés. Le concept relève donc de l'éducation financière par la pratique, avec un bénéfice réel à l'arrivée.

Les approches de réintégration dans le système bancaire institutionnel se sont multipliées ces derniers temps, grâce aux opportunités créées par la disponibilité de données riches et leur analyse intelligente. Elles reposent toutefois généralement sur des modèles passifs, avec lesquels les décisions reposent sur une observation des actions antérieures, sans chercher à les influencer, sinon par un appel au bon sens.

La nouveauté remarquable qu'introduit Aspire – en prenant un peu de recul sur son implémentation présente certes relativement sommaire, voire triviale – est de guider son utilisateur vers la réalisation et l'assimilation des gestes élémentaires susceptibles de contribuer durablement à son bien-être financier et pas uniquement de lui permettre de souscrire un produit potentiellement dangereux pour l'équilibre de son budget.