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C'est pas mon idée !

jeudi 11 juillet 2019

Robo-advisor : l'anti-leçon de JPMorgan

Chase
Alors même que le principe des robo-advisors commence à révéler ses faiblesses, JPMorgan Chase lance tout juste sa solution, You Invest Portfolios, à l'adresse des clients de sa banque de détail. À la limite de la caricature, celle-ci rassemble toutes les mauvaises pratiques dont je soulignais récemment qu'elles mènent inévitablement à l'échec.

Certes, la plate-forme déployée sur l'espace en ligne et l'application mobile de Chase ne dépare pas face à la concurrence : un ticket d'entrée relativement bas (fixé à 2 500 dollars), des frais réduits (à 0,35% du montant du portefeuille), un profilage établi à partir du projet, de l'horizon de temps et de l'appétence au risque de l'investisseur, une palette de produits à base d'ETF gérés par les spécialistes de JPMorgan… Mais il aurait peut-être été préférable de réfléchir avant de répliquer un modèle à bout de souffle.

Ses défauts devraient pourtant être apparents, maintenant. Sans viser l'exhaustivité, commençons par relever sa focalisation caractéristique sur les instruments financiers plutôt que sur le client et ses besoins ou ses envies. Ces derniers n'apparaissent qu'au tout début de l'entrée en relation, purement pour la forme, laissant par la suite place à un suivi de portefeuille traditionnel, constitué de chiffres, de taux, de projections… et autres informations que la plupart des consommateurs ne comprennent pas.

Aucun effort particulier n'est mis en œuvre, entre autres, pour expliquer, dédramatiser et objectiver la notion de volatilité lors de l'auto-évaluation de la sensibilité aux variations de valorisation. La même faute affecte, encore plus gravement, les questions concernant le type de portefeuille à ouvrir. De manière générale, la présentation de l'offre est intégralement centrée sur l'expertise technique de l'institution, sur son informatique, et elle regorge de termes obscurs pour le commun des mortels (ETF, arbitrage…).

You Invest by J.P.Morgan Chase

Introduit, pour ne rien arranger, en complément d'un service d'investissement individuel (autorisant les utilisateurs chevronnés à intervenir directement sur les marchés) et intégré dans le même univers applicatif, You Invest Portfolios est un exemple tristement parfait d'approche vouée à manquer sa cible. En effet, l'objectif de Chase d'inciter ses millions de clients « de base » à dynamiser leur épargne ne peut s'accommoder de discours conçus pour des professionnels et requiert au contraire une perspective différente.

En réalité, ce que traduit ce lancement est une incompréhension profonde de la part de JPMorgan de ce qu'impliquent la transformation « digitale » et, plus précisément, les attentes des consommateurs aujourd'hui. Elle croit ainsi qu'il lui suffit de déployer une solution à bas coût sur web et sur mobile, sans rien changer à ses habitudes ancestrales (y compris une proposition d'accompagnement en agence), en oubliant que sa priorité absolue aurait d'abord dû être de placer le client au centre de ses préoccupations.

mercredi 10 juillet 2019

Un étrange plaidoyer pour le cash

Deutsche Bank
Les paiements en espèces sont le dernier rempart contre la surveillance de masse et la marchandisation de nos moindres gestes ! Ce genre d'argument est souvent entendu de la part de citoyens inquiets, il surprend plus quand il émane d'une analyste de Deutsche Bank, même si l'Allemagne conserve une forte culture du cash… et de la protection de la vie privée (et des données personnelles).

Le raisonnement développé par Heike Mai est implacable, au moins dans ses prémisses. D'un côté, elle fait le constat de la généralisation des moyens de paiement électroniques, qui, pour beaucoup d'observateurs, nous mène à plus ou moins brève échéance vers la disparition de la monnaie fiduciaire. De l'autre, elle souligne le potentiel infini d'exploitation des données produites par les transactions réalisées à l'aide de ces instruments, dont les applications font rêver toutes sortes d'acteurs, bancaires ou autres.

Entre les deux, elle s'émeut des conséquences de ces tendances pour le respect de la vie privée, non seulement en tant que telles mais également en tant que facteur aggravant de rupture des équilibres économiques. En effet, le fait pour une entreprise de tout connaître de son client, grâce aux informations collectées au cours (et parfois en dehors) de leur relation commerciale, crée une dissymétrie de pouvoir permettant à la première de « manipuler » le second ou, à tout le moins, de limiter sa marge de manœuvre.

L'existence de réglementations défensives (dont le RGPD) et des restrictions telles que l'exigence d'obtenir l'accord de la personne avant toute utilisation de ses données personnelles ne changent rien à cet état de fait. Le marchand qui peut prédire le besoin de son chaland est automatiquement en position de force pour lui vendre son produit. C'est ainsi que, par exemple, les prix affichés sur certaines plates-formes de e-commerce peuvent désormais évoluer en fonction du visiteur et de son comportement en ligne.

Bien sûr, ce qui est décrit ici est le principe même du marketing, depuis que ce concept existe. Cependant la situation devient préoccupante aujourd'hui parce que l'explosion des données numériques autorise des ciblages (et donc des pressions) inimaginables auparavant (et peut-être aussi parce que les premières années d'Internet avaient donné l'impression que le consommateur allait reprendre l'avantage sur les marques).

DB Research – Cash empowers the individual through data protection

Selon Heike Mai, le retour aux règlements en espèces est le seul moyen de se prémunir de ce danger. Sans éliminer toutes les sources d'informations disponibles pour « profiler » les consommateurs, tellement nombreuses, l'anonymat qui régit ceux-là offre la garantie d'en supprimer une des plus importantes, des plus riches et des plus exhaustives dans l'arsenal dont disposent les professionnels. Le cash serait la solution à l'ascendant extravagant que prennent les grands groupes sur leurs clients.

Malheureusement, l'idée, aussi séduisante soit-elle en apparence, néglige un paramètre critique des pratiques de paiement contemporaines : les échanges commerciaux se dématérialisent toujours plus et l'instrument en métal ou en papier d'autre fois est totalement inadapté à ce nouveau monde de services et d'usages, d'immédiateté, de simplicité… Ce serait une utopie bien triste que de vouloir revenir aux méthodes de paiement d'un autre siècle pour échapper au diktat de l'analyse des données.

Il existe pourtant une autre piste susceptible de concilier les deux exigences contradictoires, qu'oublie d'évoquer Heike Mai : le bitcoin a été conçu à l'origine pour être une monnaie nativement numérique et assurant un niveau optimal de confidentialité, notamment vis-à-vis d'applications marketing. Plutôt que de regretter le passé, c'est bien dans cette direction qu'il faudrait se tourner afin d'éviter le scénario cauchemar (pour la vie privée) que représenterait potentiellement une initiative comme Libra.

Il est vrai qu'un autre genre d'obstacle se dressera sur la route de telles tentatives : les états, qui ont, eux aussi, un désir ardent de voir les transactions tracées dans tous leurs détails (d'abord à des fins de lutte contre la criminalité mais qui sait où se situent leurs limites ?). Profitant de l'aubaine de la transition vers les paiements électroniques, ils sont en mesure de pousser à la disparition du cash (en instaurant des plafonds sur les échanges…) et de bloquer les nouveaux modèles trop anonymes à leurs yeux… nous livrant, de facto, au pouvoir des maîtres de la donnée personnelle !

mardi 9 juillet 2019

Drôle de guerre autour des données bancaires

ING
Décidément, ING et, plus largement, les Pays-Bas ont des relations conflictuelles avec les données bancaires. Cinq ans après le tollé déclenché par sa première tentative de faire accepter un modèle d'offres marketing personnalisées, la banque orange revient à la charge et se fait à nouveau rappeler à l'ordre, cette fois sur fond de RGPD…

Au début, l'histoire se répète à l'identique : l'institution financière soumet à ses clients une modification de ses conditions d'utilisation afin d'autoriser l'exploitation des informations relatives à leurs transactions dans le but de leur proposer des promotions ciblées. La presse s'empare de l'affaire, les consommateurs s'indignent et interpellent l'organisme public en charge de la protection des données personnelles… qui réagit cette fois par une mise au point en forme d'interdiction adressée à l'ensemble de la profession.

Pour ce que j'en comprends, la position [PDF] de l'AP (Autoriteit Persoonsgegevens, équivalent néerlandais de la CNIL française) s'appuie sur une lecture rigoureuse du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) entré en application dans l'Union Européenne il y a un peu plus d'un an. Ainsi, selon son interprétation, les banques ne peuvent pas utiliser les données collectées sur les opérations de leurs clients – y compris si elles demandent et obtiennent l'accord de ces derniers – à d'autre fins que leur destination initiale, à savoir des services de paiement ou de retrait.

L'alerte est suffisamment puissante pour conduire ABN AMRO à suspendre ses propres pratiques, en attendant une clarification. Également signalées par certains de ses clients au gendarme des données, celles-ci semblent pourtant plutôt bénignes, voire positives pour leurs « victimes », puisqu'elles ne concernent que des recommandations de produits de la banque ou des conseils pratiques contextuels, tels que le verrouillage des paiements à l'étranger lors de la détection d'un retour de voyage ou l'invitation à effectuer un remboursement anticipé de prêt en cas de disponibilités sur le compte…

Annonce ABN AMRO

Il n'est pas question ici de contester la légitimité du texte, ni l'argumentaire de l'agence néerlandaise. En revanche, il vaut de s'interroger sur les conséquences de ses conclusions, car elles introduisent – par l'intermédiaire d'une autre réglementation européenne (la DSP2) et ses obligations d'ouverture et de partage des données de paiement – une distorsion de concurrence pour le moins embarrassante.

Pour ne prendre qu'un exemple, en projetant le principe dans l'hexagone, une startup (telle que Joko, qui faisait la une récemment avec sa levée de fonds) n'est embarrassée d'aucun obstacle sur la finalité originale de la captation des données de paiement qu'elle utilise pour récompenser ses utilisateurs, tandis que ce prétexte pourrait être retenu afin d'empêcher une banque de développer une solution similaire (tuant au passage les jeunes pousses qui les accompagnent dans ces initiatives, à l'instar de Paylead).

La logique qui prévaut dans la directive des services de paiement est que les informations recueillies sur les transactions appartiennent à l'individu qui les réalise et qu'il peut donc en disposer à sa guise. Il paraîtrait logique que les banques soient aussi en mesure de profiter de ce point de vue, ce qu'elles considéraient, jusqu'à maintenant, comme acquis à partir du moment où un consentement explicite était recueilli.

Dans un sens, la situation pourrait devenir absurde. En effet, il existe suffisamment de cas d'application bénéfiques pour les consommateurs pour s'inquiéter d'un blocage total : comment le régulateur justifiera-t-il, sur ces mêmes bases juridiques, d'interdire aux institutions financières de développer des approches automatisées de conseil ultra-personnalisé (le cœur de leur métier, en principe), tout en laissant des startups et des géants du web prendre position sur ce créneau avec un minimum de contraintes ?

lundi 8 juillet 2019

Cetelem rend la carte de crédit plus flexible

Cetelem
Pour diverses raisons et en dépit de l'incontestable popularité des offres affinitaires, la carte de crédit n'a jamais réellement réussi à se faire une place parmi les habitudes des consommateurs français. Avec sa nouvelle solution Cpay et la flexibilité extraordinaire qu'elle apporte à ses clients, Cetelem veut la rendre plus familière et « quotidienne ».

La première qualité de la carte, qui remplacera, d'ici à la fin de l'année, celle que possèdent aujourd'hui les 4 millions de porteurs de la marque est sa polyvalence. Pour chaque dépense éligible (c'est-à-dire dont le montant dépasse 100 euros, les retraits d'espèces étant également concernés), dans tous les commerces des réseaux Aurore et Mastercard, physiques ou en ligne, en France comme à l'étranger, il est possible de choisir un règlement au comptant, en plusieurs fois ou recourant au crédit contractuel associé, sans incidence sur la transaction elle-même ni pour le marchand.

Mieux encore, les modalités de paiement peuvent, dans la plupart des cas, être modifiées a posteriori. Dès l'enregistrement de l'opération, l'utilisateur reçoit un message électronique ou un SMS lui proposant de sélectionner sa préférence et il a jusqu'au lendemain soir pour prendre sa décision. Dans le cas où c'est un règlement au comptant qui a été retenu initialement, il est même permis de changer d'avis jusqu'au 10 du mois suivant, depuis l'espace personnel en ligne mis à disposition des clients.

BNP Paribas Personal Finance s'associe à Mastercard pour le lancement de sa carte Cpay en France

Pour Cetelem, l'objectif de la démarche est naturellement de développer les usages et les ventes de ses produits de crédit, à la fois en en rendant l'accès universel, facile et instantané et en les mettant en avant dès que possible. Du point de vue du consommateur, en mettant de côté un instant les risques d'excès, la simplicité de mise en œuvre, qui lui permet de disposer d'une palette de solutions de financement sans avoir à jongler avec différents instruments de paiement ou à négocier un prêt auprès de son banquier, peut constituer un facteur important pour l'aider à maîtriser son budget.

Cependant, en suivant cette logique, il semblerait tellement plus sain (et productif à long terme, vraisemblablement) de ne pas laisser le porteur de la carte de crédit seul face à ses responsabilités et à ses impulsions, potentiellement irrationnelles. Le concept prendrait en effet beaucoup plus de sens s'il adoptait la forme d'un compagnon de proximité, capable de comprendre sa situation (globale) et de lui recommander la meilleure option pour chacune de ses emplettes. Peut-être dans une itération future ?

dimanche 7 juillet 2019

La conformité réglementaire s'automatise

Nordea
C'est un cycle qui se répète, d'une institution financière à la suivante. Les autorités détectent de graves manquements à leurs obligations, leur infligent des amendes colossales et exigent le déploiement de mesures correctives d'urgence… Dans deux banques scandinaves, qui trouvent la facture salée, une nouvelle étape se prépare : l'automatisation.

À écouter leurs discours sur leurs projets en matière d'analyse avancée de données et de mise en œuvre des technologies d'intelligence artificielle, en particulier dans les domaines de la sécurité et de la protection contre la fraude, on pourrait croire que les grands groupes du monde entier ont depuis longtemps optimisé leurs approches de la lutte anti-blanchiment ou contre le financement du terrorisme (LAB-FT en France). Hélas, la réalité est encore bien loin de la théorie et (presque) tout reste à faire.

Dans la plupart d'entre eux, les départements de conformité emploient des milliers de collaborateurs, en charge de l'essentiel des contrôles. Pire, comme on a pu l'observer il y a quelques années chez HSBC et plus récemment chez Nordea et Danske Bank (qui ont toutes deux été au centre de scandales ces derniers mois), la révélation des infractions commises et les sanctions qui s'ensuivent conduisent à une surenchère de recrutements, faute de disposer rapidement d'autres réponses, plus efficaces.

L'article de Bloomberg consacré au sujet offre plusieurs illustrations de ces dérives. Trois quarts des 85 milliards de dollars dépensés annuellement dans les 5 principaux marchés européens pour la lutte anti-blanchiment concerneraient les ressources humaines, contre un quart pour les outils informatiques. Danske Bank prévoit d'augmenter ses troupes de 50% (pour atteindre 1 800 personnes) cette année en réaction à ses ennuis judiciaires, tandis que le responsable de l'unité dédiée à la conformité de Nordea confirme que seules 20% des alertes sont traitées par des algorithmes.

Luttre anti-blanchiment à Nordea

Naturellement, la croissance à l'infini des effectifs pour combattre les malversations financières toujours plus sophistiquées – profitons de l'occasion pour dénoncer le biais de communication des institutions blâmant systématiquement le poids de la réglementation – n'est pas une stratégie viable à long terme. C'est pourquoi les deux établissements nordiques se penchent (enfin !) sérieusement sur les opportunités qu'ouvrent les technologies de fournir des solutions à la fois plus performantes et plus économiques.

Deux conséquences se dégagent plus ou moins immédiatement d'une telle évolution. D'une part, la bulle artificielle de l'emploi dans les fonctions de conformité va nécessairement exploser, autant par son exposition à la robotisation que par son incohérence structurelle dans les modèles de coût des entreprises. Il s'agira vraisemblablement du premier secteur dans lequel les promesses de préserver le rôle de l'humain face à la généralisation de l'intelligence artificielle voleront en éclat.

D'autre part, un nouveau front de compétitivité devrait rapidement s'ouvrir parmi les institutions financières (incluant aussi, potentiellement, les startups de la FinTech). La lutte contre la criminalité représentant simultanément un enjeu majeur de confiance de la part de leurs clients et une charge considérable sur leurs activités, les établissements qui parviendront à la rationaliser au plus tôt (d'un point de vue tant opérationnel qu'économique) développeront de la sorte un avantage concurrentiel décisif.

samedi 6 juillet 2019

Luko assure grâce à l'imagerie satellite

Assurance
Déjà aperçue aux États-Unis (à travers les récentes annonces d'AllState et Aon, notamment), l'utilisation de l'imagerie satellite pour à la fois améliorer la fiabilité des informations collectées, ajuster au mieux l'évaluation des risques et faciliter la souscription d'assurance habitation fait son apparition en France avec la jeune pousse Luko.

Le principe est simple : au-lieu de demander au client de décrire lui-même les caractéristiques de la maison ou de l'appartement qu'il veut protéger, les algorithmes de la startup analysent les données disponibles auprès de plusieurs sources libres (IGN, base de géorisques, observatoire de la délinquance…) afin de déterminer automatiquement les paramètres nécessaires à l'établissement d'un devis personnalisé.

Il suffit ainsi de fournir l'adresse de la propriété pour obtenir une proposition de contrat qui prend en compte toutes ses particularités – superficie, matériaux de construction, existence d'équipements annexes (cabane de jardin, piscine…)… –, sa sensibilité aux catastrophes naturelles (tempêtes, inondations, glissements de terrain, séismes, incendies de forêt…) – estimée non seulement en fonction de l'environnement mais également des installations elles-mêmes –, son exposition à la criminalité…

Les bénéfices de l'approche concernent tout le monde. Côté consommateur, il n'a jamais été aussi simple de souscrire une assurance pour sa résidence, en une douzaine de questions et deux minutes (au lieu de 50 questions et 20 à 30 minutes), avec la certitude d'avoir une couverture précisément adaptée aux circonstances et aux besoins. Du point de vue de la compagnie, outre le surcroît d'efficacité opérationnelle, la véracité des données est déterminante (pour la qualité de ses modèles actuariels, entre autres).

Luko – Intelligence artificielle – Satellite – Assurance

Mais les avantages pourraient s'étendre au-delà de la souscription. Luko envisage, en effet, de mettre à profit sa connaissance intime des habitations assurées pour prodiguer des conseils ciblés d'aménagement et d'entretien, voire émettre des alertes en cas de phénomène dangereux, son intérêt étant alors de réduire la probabilité et la gravité des sinistres. Par ailleurs, le recours à la surveillance aérienne serait aussi à l'ordre du jour pour accélérer et optimiser les réponses aux événements majeurs.

La dimension préventive de l'assurance prend une importance de plus en plus grande à l'ère des dérèglements climatiques. Car, à moins de se résigner à l'exclusion sociale massive qui menace le secteur, il n'est pas d'autre choix que d'accompagner les populations dans l'anticipation et la mise en œuvre de mesures de protection. Or cette exigence impose de mieux connaître le client et ses biens, ce que Luko a parfaitement compris et aborde avec une démarche automatisée capable de monter en puissance.

Dans un registre très différent, la jeune pousse a adopté une autre pratique en vogue parmi ses consœurs, qui consiste à réserver 30% de la masse des primes perçues pour ses frais de gestion, le reste étant destiné à couvrir les sinistres (et remboursé en cas d'excédent), de manière à réduire les conflits d'intérêt entre marges et service au client. La combinaison de ces innovations, renforcée par sa collaboration avec La Parisienne et Munich Re, fait de Luko un concurrent sérieux aux compagnies traditionnelles…

vendredi 5 juillet 2019

L'« expérience touriste » selon WeChat

WeChat
Peut-être moins spectaculaire que la banque « ubérisée » que je présentais hier, voici, dans la même ligne, une vision de l'expérience du touriste de demain. Concoctée par Tencent, elle se présente [PDF] sous la forme d'une mini-application pour WeChat destinée à prendre les touristes chinois par la main dans leur découverte d'Helsinki.

Qu'on y pense : pour quiconque, un voyage dans un pays étranger, presque à l'autre bout du monde, représente toujours un mélange d'excitation légitime et d'une certaine inquiétude, de se retrouver immergé dans une culture inconnue, de ne pouvoir communiquer par méconnaissance de la langue locale, de devoir s'habituer à une devise différente et à des prix difficilement comparables à ses propres références…

Historiquement, ces craintes ont fait le succès des circuits organisés, qui permettent de s'affranchir des contraintes de la vie quotidienne, en contrepartie, malheureusement, de l'indépendance et de la liberté de composer un programme personnalisé. Si les consommateurs de l'empire du milieu se sont longtemps satisfaits d'un tel compromis, ils sont de plus en plus nombreux aujourd'hui à préférer les voyages individuels.

Certes, ils ont à leur disposition une multitude de services pour les assister dans leurs aventures, notamment sur leur téléphone : guides touristiques, notices de musées et attractions, sites de recommandations et de réservations d'hôtels, de restaurants et de lieux de sortie, outils de planification des déplacements, convertisseurs de devises, logiciels de traduction… et une bonne partie d'entre eux sont même déjà présents au sein de la plate-forme mobile universelle qu'ils affectionnent particulièrement, WeChat.

WeChat MyHelsinki

Cette diversité de solutions, généralement hétéroclites, n'est cependant pas idéale pour une utilisation fluide et simple. C'est la raison pour laquelle Tencent a créé un concept d'expérience intégrée, qui rassemble tout ce dont a besoin le touriste (tout ce que je listais précédemment) dans une mini-application WeChat. Le choix d'Helsinki pour sa première incarnation est en grande partie due à l'existence d'une initiative de partage en mode libre et ouvert d'un guide extensif – produit via une approche collaborative et citoyenne – des attractions et événements (et bien plus) de la ville.

Le résultat est une sorte d'accompagnateur virtuel de proximité du voyageur individuel, capable à tout moment et en toute circonstance de répondre à ses questions, de l'aider à préparer ses excursions, à acheter les billets d'entrée dans les lieux qu'il désire visiter, à organiser ses déplacements (avec, là aussi, l'achat des titres de transport), à choisir et réserver le meilleur endroit pour dîner, à régler ses emplettes (avec WeChat Pay)… toujours dans sa propre langue (grâce à un traducteur automatique, le cas échéant).

Avec cette logique, la promesse de la plate-forme est de prendre en charge et de masquer à l'utilisateur les petites frictions habituelles d'une expédition en terre étrangère et de lui permettre ainsi de profiter pleinement de son séjour. Naturellement, parmi ces frictions, figurent celles qui concernent l'argent – à commencer par l'adaptation à la monnaie locale, mais aussi aux usages de paiement – pour lesquelles WeChat est évidemment prêt à assumer le rôle d'intermédiaire facilitant les échanges…

jeudi 4 juillet 2019

Et BBVA créa la première banque enfouie

BBVA
Je l'évoque depuis des années, dans mes billets et dans mes conférences,… mais j'ai toujours la sournoise impression de ne pas être pris très au sérieux… Désormais, je pourrai citer un exemple concret et bien réel de banque enfouie au cœur d'une expérience utilisateur étendue : celle que BBVA lance avec Uber au Mexique.

La plate-forme de VTC n'en est certes pas à la première de ses tentatives d'intrusion dans l'univers financier, qui répondent toujours à la même ambition de fournir à ses affiliés un service aussi complet que possible avec une transparence d'usage maximale. Après une vague initiale de comptes de paiement, plans d'épargne et autres solutions de financement qui leur étaient dédiés, il restait à développer le principe d'une banque entièrement intégrée dans leur vie quotidienne. C'est aujourd'hui chose faite.

En l'occurrence, la vie d'un conducteur Uber est principalement centrée sur l'application mobile de la marque et c'est donc là, logiquement, que viennent s'insérer les outils offerts par BBVA. L'approche est (à ma connaissance) inédite : il n'est plus question de faire de la banque un monde à part, avec ses propres canaux d'interaction (notamment en ligne), mais de la remettre à sa véritable place dans la chaîne des priorités, c'est-à-dire dans les moments et dans les parcours où elle apporte de la valeur à l'utilisateur.

Ce dernier peut donc, depuis son application Uber (ou Uber Eats, pour les livreurs, qui sont également concernés, incidemment), ouvrir un compte courant, accompagné de sa carte de paiement, sur lequel il percevra (presque) en temps réel les règlements des courses qu'il effectue. Outre l'indispensable suivi de ses rentrées d'argent et de ses dépenses, il a aussi accès à des services additionnels tels que des options de crédit ou, dans un domaine extra-financier, des promotions et réductions sur ses achats, généralement en lien avec son activité (par exemple dans les stations d'essence).

Carte BBVA + Uber

La démarche se veut bénéfique pour toutes les parties prenantes. En facilitant l'expérience de ses affiliés, qui y gagnent au passage un certain nombre d'avantages pratiques, le géant des VTC espère naturellement accroître leur fidélité, tandis que BBVA prend une position privilégiée pour conquérir, sans effort supplémentaire, une clientèle qui était jusque-là partiellement exclue du système bancaire traditionnel.

D'un point de vue technologique, c'est, bien entendu, le phénomène de l'« open banking » et la mise à disposition des produits bancaires sous forme d'API qui permettent cette collaboration étroite entre les deux acteurs. Mais le vrai défi d'une telle initiative – qui représente un peu le sommet des opportunités de l'ouverture – est, pour une institution financière, d'accepter de se voir reléguée à un rôle de prestataire secondaire au service de l'expérience de son client. Il n'est pas étonnant que BBVA en soit pionnière !

La boîte de Pandore de la banque enfouie est maintenant ouverte et il fait peu de doute que son modèle se répande bientôt dans de multiples domaines. À terme, elle risque de rendre difficile l'existence des établissements traditionnels qui persisteront à considérer qu'ils possèdent la relation avec leurs clients sans partage et qui, sous ce prétexte, leur imposeront des interactions distinctes qui sont autant de frictions insupportables dans les moments de vie nécessitant un accompagnement financier.

mercredi 3 juillet 2019

Un assureur adopte le développement sans code

Univé
Pour concevoir et réaliser sa toute dernière offre innovante avec l'agilité et la réactivité nécessaires, la compagnie d'assurance néerlandaise Univé a préféré recourir à une plate-forme de développement sans code plutôt qu'à ses méthodes de création logicielle traditionnelles. Une tendance aujourd'hui émergente et bientôt incontournable ?

Le projet en question, Veilig Wonen, est en lui-même intéressant, car il retient une approche originale dans le mouvement général de transition du secteur de la seule prise en charge des sinistres vers la prévention et la protection, en amont. En l'occurrence, il s'agit d'une solution forfaitaire englobant une palette de services complémentaires à l'assurance habitation, à choisir parmi la maintenance du chauffage central, le ramonage des cheminées, le nettoyage des gouttières, l'entretien de la ventilation…

Dans la plupart des cas, l'exécution des travaux inclus dans l'abonnement du client est confiée à un artisan agréé, qui l'invitera à prendre rendez-vous pour la ou les visites de contrôle requis. Par ailleurs, il est possible à tout moment de signaler une défaillance de chaudière ou de climatisation pour obtenir une intervention d'urgence, par téléphone ou dans l'application mobile de la compagnie. Naturellement, un des enjeux pour Univé est de limiter les sinistres, grâce à un meilleur entretien des équipements, ce qui lui permet d'ailleurs d'accorder des réductions de primes aux souscripteurs du produit.

Univé Veilig Wonen

Comme toutes les équipes en charge de mettre au point une solution innovante, les concepteurs de Veilig Wonen rêvaient d'un outil qui leur permettrait d'expérimenter rapidement une multitudes d'idées, dans une succession d'itérations aussi courtes et aussi légères que possible. Sans surprise, une plate-forme de développement sans code, autorisant un néophyte en informatique à créer et ajouter des fonctions par une simple manipulation visuelle de composants, est une réponse idéale à une telle demande.

En l'occurrence, l'outil sélectionné par Univé (Betty Blocks, également d'origine néerlandaise) répond en outre à un second niveau d'exigence en matière de flexibilité. En effet, Veilig Wonen constitue un produit composite qui permet à l'assuré d'assembler à sa guise différentes options (plus ou moins hétéroclites) et, à ce titre, la possibilité que procure l'atelier de développement d'intégrer de nouveaux services (ou d'en retirer) très facilement s'avère critique pour l'affiner, l'enrichir et l'améliorer dans la durée (et, au-delà des phases de prototypage, dans le cours de sa vie en production).

Face à l'impératif de répondre toujours plus vite à l'évolution des besoins de leurs clients, conjugué à une difficulté croissante à trouver les stars capables d'écrire des applications de qualité dans des temps record, les entreprises semblent commencer à croire à la viabilité des approches sans code. Après la banque qui en fait une stratégie pour son cœur de système, Univé donne un exemple, plus prudent, de mise en œuvre initiale dans un domaine restreint, où les bénéfices espérés sont particulièrement convaincants.

mardi 2 juillet 2019

Les Banques Populaires libèrent le pouvoir des données

Banque Populaire
Bien que les institutions financières soient désormais pleinement conscientes du potentiel des données de transactions qu'elles hébergent, elles restent hésitantes à l'exploiter, souvent par crainte de réactions négatives. Certains usages sans risques leur tendent pourtant les bras… comme le démontrent aujourd'hui les Banques Populaires.

Tout d'abord, plutôt que de « toucher » aux comptes du grand public, l'initiative porte sur les encaissements (par carte) des quelques 400 000 commerçants détenteurs d'un contrat monétique avec un des établissements de la marque, largement représentatifs à l'échelle de l'hexagone. En outre, afin de protéger la confidentialité des informations sensibles, les 1,2 milliards d'opérations annuelles concernées sont agrégées, en ne conservant que les montants, les lieux, les dates et les pays d'origine des porteurs. En dépit de l'apparente pauvreté du résultat, la valeur produite est considérable.

Afin de le démontrer concrètement, la banque a mis en place un portail d'analyse et de visualisation, en accès libre et gratuit, offrant un riche aperçu des possibilités d'utilisation des quelques 250 000 points de référence que comprend actuellement le jeu de données (par ailleurs disponible sous forme brute sur l'espace « open data » du groupe BPCE). En quelques clics, le visiteur peut consulter et manipuler les répartitions des achats de proximité et leur évolution, en nombre et en montant, par jour (depuis janvier 2017), par provenance et par destination (au niveau du département et de la région).

Observatoire des Données au Service du Territoire

D'ores et déjà, ces « simples » informations s'avèrent précieuses pour des acteurs économiques locaux, tels que des chambres de commerce, des offices du tourisme, des organisateurs d'événements… qui cherchent à raffiner leur compréhension de l'attractivité de leurs territoires ou de leurs activités pour des populations étrangères. Même si elles sont complémentaires de sources existantes, elles présentent des avantages distinctifs, d'objectivité et de représentativité (par rapport à des enquêtes), de réactivité (avec une actualisation mensuelle, qui devrait évoluer vers du quasi temps réel)…

Naturellement, la démarche rappelle celles, anciennes, de BBVA en Espagne ou, plus récemment, de Mastercard avec la ville de Dublin. Si ces exemples stimulent l'imagination et créent une impatience pour la publication de jeux de données plus riches de la part des Banques Populaires (qui semble être à l'ordre du jour), leur extrême rareté, dans le monde entier, expose surtout l'extraordinaire décalage qui subsiste entre les discours de la plupart des institutions financières en matière d'innovation et, plus particulièrement, de leurs usages avancés des données, et la réalité de leurs progrès.