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C'est pas mon idée !

mardi 11 octobre 2022

Alpian, banque privée digitale (suisse)

Alpian
La promesse est dans l'air quasiment depuis l'émergence de la FinTech, sans jamais avoir été véritablement concrétisée, si ce n'est par bribes. Mais voici enfin une première tentative de créer une banque privée « digitale » : elle est originaire de Suisse (évidemment !), elle se nomme Alpian et elle vient d'ouvrir officiellement ses portes (virtuelles).

En total alignement avec les opportunités ouvertes par les technologies modernes, l'ambition de la jeune pousse n'est pas d'empiéter sur les plates-bandes des acteurs installés de la gestion de patrimoine mais de fournir un service équivalent à des populations qui ne peuvent aujourd'hui se le permettre, individus et ménages aisés qui aimeraient être mieux accompagnés dans le pilotage de leur argent… et ne se satisfont pas des outils d'investissement automatisé au périmètre d'intervention limité.

D'emblée, ce qui distingue l'offre d'Alpian est son intégration dans un univers unique des fonctions de banque du quotidien, spécialement ajustées aux attentes génériques de sa cible, et de différentes options en matière de placements. D'un côté, l'utilisateur aura donc à sa disposition un compte de dépôt, dans quatre devises (franc suisse, dollar américain, euro et livre sterling), et toutes les opérations courantes associées : transferts, y compris internationaux, retraits d'espèces et paiements, via une carte de débit (en métal)…

Sur le volet de l'épargne, la solution proposée ressemble à un robot-conseiller dopé. Le choix est par exemple laissé au client entre gestion pilotée et assistée de son portefeuille, en lui garantissant toujours, en totale transparence, une approche personnalisée, élaborée selon son profil, ses objectifs et ses préférences, notamment du point de vue des impacts sociaux et environnementaux. Les tarifs se veulent en outre compétitifs, en cohérence avec la mission affichée de la startup de démocratiser la banque privée.

Accueil Alpian

Autre particularité notable du dispositif, et caractéristique probablement indispensable pour le marché visé, les clients peuvent joindre un spécialiste (basé en Suisse) pour répondre à toutes leurs questions et autres préoccupations. Via l'application mobile d'Alpian, qui constitue le point d'accès central à l'ensemble de ses services, l'utilisateur peut ainsi, en complément du tchat interactif, prendre rendez-vous à sa convenance afin d'obtenir un entretien vidéo (qui se déroulera dans le même espace sécurisé).

Il aura fallu attendre ce lancement pour que je prenne conscience que le vieux rêve d'une banque privée accessible à madame et monsieur tout-le-monde (ou presque) grâce aux progrès « digitaux » ne s'était pas encore matérialisé. En l'occurrence, Alpian est certes sur la bonne voie mais il lui reste un long chemin à parcourir, entre les produits supplémentaires qu'elle compte introduire au fil du temps, essentiels pour répondre aux besoins variés de sa clientèle, et l'affinement de son modèle de conseil, qui, s'il devait reposer exagérément sur des interactions humaines, la rendrait peut-être trop élitiste.

lundi 10 octobre 2022

Bientôt la fin pour l'aventure Marcus ?

Marcus
Loin d'atteindre l'équilibre comme sa génitrice l'envisageait en 2020, la néo-banque pour les particuliers de Goldman Sachs devrait afficher cette année une perte dépassant le milliard de dollars. De quoi entretenir les spéculations sur sa fermeture prochaine. Mais comment l'aventure, entamée il y a six ans, a-t-elle pu prendre aussi mauvaise tournure ?

Le concept d'origine paraissait pourtant extrêmement prometteur, surtout émanant d'un établissement qui n'avait aucune activité antérieure sur le marché du grand public et présentait donc l'immense avantage de partir d'une feuille blanche. Il s'agissait de bâtir une offre composite mettant à la disposition du client une vaste gamme de produits, en provenance de différents fournisseurs, susceptible de s'ajuster à ses besoins spécifiques. En somme, la « banque en plate-forme » tellement à la mode aujourd'hui.

Malheureusement, la vision initiale a été progressivement perdue de vue. Certes, le catalogue de Marcus s'est enrichi au fil du temps (quoique parfois avec des solutions décevantes). Mais il ne suffit pas d'accumuler une collection de services financiers sous une enseigne commune pour constituer une proposition de valeur distinctive. Le résultat d'un tel assemblage, qui relève de la place de marché basique, est, au mieux, l'équivalent d'une banque traditionnelle et, au pire, trop hétéroclite pour séduire.

Faute d'arguments originaux, c'est une technique classique qui a été retenue afin de conquérir les consommateurs : un taux d'intérêt extraordinairement attractif sur les comptes d'épargne. Si l'artifice a réussi à attirer 13 millions de clients (un score plus qu'honorable), il ne les fidélise aucunement et ne profite pas à un développement global. En revanche, il représente un coût monumental, insupportable à terme, qui aurait alerté depuis longtemps sur la viabilité de l'approche… si elle était l'œuvre d'une startup.

Une stratégie de ce genre aurait été efficace, et peut-être rentable, si le produit d'appel avait constitué un point d'entrée évident et transparent dans l'univers étendu de Marcus. Dans cette perspective, il fallait élaborer une véritable plate-forme (selon le sens que j'attribue à ce terme), cohérente et homogène, dont les multiples composantes ne se contentent pas d'être juxtaposées mais sont intimement agencées, intégrées et orchestrées dans le but exclusif de répondre aux attentes de chaque utilisateur.

Le meilleur moyen de mettre en place cette expérience optimale consiste à faire de l'espace d'agrégation une plaque tournante de conseil personnalisé, dans une démarche d'accompagnement rapproché du client. Se transformant de la sorte en substitut à la banque traditionnelle, qui a abandonné cette part essentielle de ses métiers historiques, et procurant un avantage concurrentiel unique, elle représente en réalité la seule justification possible et viable au modèle rêvé de « banque en plate-forme ».

Marcus by Goldman Sachs

dimanche 9 octobre 2022

7Analytics prédit les inondations

7Analytics
Le dérèglement climatique engendre une augmentation exponentielle des phénomènes extrêmes, dont l'anticipation devient par conséquent de plus en plus importante pour la sécurité des personnes et des biens. Afin de relever une partie de ces défis, une jeune pousse norvégienne développe des solutions qui prédisent les impacts d'inondations.

Naturellement, il existe déjà, notamment dans les plans nationaux de prévention des risques, des cartographies plus ou moins précises des zones menacées, basées sur les relevés d'événements antérieurs. Cependant, ce que propose 7Analytics prolonge les analyses un cran plus loin : son objectif consiste à réaliser des simulations de pluviométrie (hors de toute référence historique) de manière à déterminer comment se comportent alors les flux hydrologiques de surface et leur évolution sur le terrain.

Ses algorithmes d'apprentissage automatique – entraînés sur de multiples sources (topographiques, météorologiques, imagerie satellite…) – créent des modèles applicables aussi bien à court terme – par exemple l'identification du danger imminent, à l'échelle des parcelles cadastrales, quand approche une tempête exceptionnelle – qu'à l'horizon du réchauffement de la planète et de l'évolution progressive des grandes tendances climatiques – telles que l'intensification saisonnière des épisodes pluvieux.

À ce stade, les agences d'aménagement du territoire et autres grands acteurs de l'urbanisme et de l'immobilier constituent les principales cibles commerciales de la startup. Une de ses première clientes est la commune de Bergen, où elle est installée. Hors de son pays d'origine, elle commence également à explorer les opportunités de sa technologie auprès d'entreprises américaines de l'énergie, qui envisagent de l'utiliser dans le but d'optimiser leurs opérations de production et de transport en situation de crise.

Accueil 7Analytics

Bien qu'il ne soit pas encore adressé, le secteur financier devrait logiquement représenter un autre marché privilégié pour ce genre de services. Pour les compagnies d'assurance, une connaissance aussi extensive que possible des risques potentiels sur une propriété est évidemment essentielle au moment de la signature d'un contrat. La prévention peut aussi constituer un domaine d'usage fructueux. Et, côté banques, les mêmes considérations devraient se décliner dans les activités de financement.

Si la prédiction des catastrophes naturelles, à l'instar de ce qu'offre ici 7Analytics, est aujourd'hui embryonnaire, dans sa conception comme dans son adoption, elle devrait rapidement s'affirmer comme une composante incontournable de la maîtrise des aléas climatiques dans de nombreuses industries. La question qui se posera toutefois rapidement sera de savoir si les perturbations à venir resteront suffisamment sous contrôle pour autoriser la création de modèles de prévision efficaces ou si un système chaotique finira par s'installer, rendant impossible toute tentative d'anticipation.

samedi 8 octobre 2022

PKO prépare son avenir dans le métavers

PKO Bank Polski
La polonaise PKO n'est certes pas la première banque à s'installer dans un métavers. Avec l'ouverture dans Decentraland d'une réplique de son immeuble emblématique de Varsovie, elle ne semble pas cependant vouloir se contenter d'une présence d'image. Au contraire, elle envisage dès maintenant comment elle en exploitera demain tout le potentiel.

En quelques mois, les institutions financières de tous horizons ont commencé à déferler dans les mondes virtuels les plus populaires, toutes cherchant à capitaliser sur l'effet de communication qu'engendre une attitude pionnière autour d'une tendance promise à un brillant avenir (si on en croit les analystes). Ces premières implantations prennent donc généralement l'apparence d'espaces de démonstration, dans lesquels sont affichées diverses informations et où, au mieux, sont organisés quelques événements.

Dans la pratique, PKO adopte initialement une approche similaire. Son installation, qui présente toutefois d'emblée la particularité d'être une reproduction de la Rotonde, un monument quasi-historique de la capitale qui lui appartient, accueille ainsi une exposition d'art contemporain local pour son inauguration. En revanche, cette entrée en matière ne constitue pas une fin en soi : le véritable objectif poursuivi consiste à prendre pied dans cet univers afin d'acquérir de l'expérience, appréhender ses opportunités et préparer l'émergence de ce qu'elle perçoit comme un nouveau canal d'interaction, à terme.

PKO Bank Polski Rotunda dans le métavers

Les explorations concrètes débuteront avec les collaborateurs de l'établissement, dans la perspective de relever les défis qu'entraîne la transition vers le travail hybride depuis la pandémie, notamment en ce qui concerne le maintien des relations humaines et la stimulation de la collaboration. Dans ce registre, seront d'abord proposés, d'une part, des parcours d'intégration à l'intention des nouvelles recrues (qui souffrent fréquemment d'un sentiment d'exclusion) et, d'autre part, des programmes de formation immersifs.

Les applications destinées aux clients ne sont évidemment pas en reste. D'ores et déjà, une galerie permet de découvrir la gamme de cartes de paiement de l'enseigne, tandis que des robots se tiennent à la disposition des visiteurs pour leur fournir des renseignements généraux sur la banque. Au-delà de ces vitrines, les réflexions sont engagées pour la mise en place d'un média de communication à part entière. À une échéance plus lointaine, des produits et services financiers seront également introduits.

Comme pour toute innovation technologique, les métavers ont suscité une vague de « coups marketing » parmi les banques du monde entier tentant de prouver à moindre frais leur capacité à s'intégrer dans le paysage « digital » du XXIème siècle. Cette phase inévitable (et rarement féconde) paraît aujourd'hui s'achever et PKO esquisse peut-être les prémices de démarches plus stratégiques… bien que la généralisation du concept ne soit pas attendue avant une bonne décennie (selon Gartner, par exemple).

vendredi 7 octobre 2022

Merrill crée le Tinder du conseil financier

Merrill
Parce qu'un tiers des américains aisés ne recourent pas aux services d'un conseiller patrimonial, souvent en raison de leur difficulté à trouver l'interlocuteur qui leur convient, Merrill leur propose désormais un outil en ligne grâce auquel il dénicheront en quelques clics la perle rare parmi les milliers de spécialistes qu'elle compte dans ses rangs.

Selon une enquête commanditée par l'établissement, 22% de ceux qui se débrouillent avec leur argent sans aucune assistance expliquent ne pas savoir comment identifier un professionnel correspondant à leurs attentes, 14% se déclarent intimidés par la démarche et 10%, enfin, craignent que leurs besoins spécifiques ne soient pas correctement compris ou pris en compte. La nouvelle plate-forme en ligne d'entrée en relation Merrill Advisor Match vise donc à éliminer ces inquiétudes et ces réticences.

La procédure de découverte, qui prend une quinzaine de minutes au total, consiste en une série de questions personnelles touchant à toutes les dimensions importantes pour la qualité des futures interactions. À son issue, les algorithmes entraînés avec l'historique d'une des plus grandes firmes du secteur suggèrent une sélection de conseillers considérés comme les plus en adéquation avec le profil du prospect, parmi lesquels il ne reste plus qu'à choisir le candidat idéal grâce à sa fiche de présentation détaillée.

Il est difficile de vérifier la pertinence des recommandations mais il est au moins certain que les critères retenus laissent entrevoir une certaine finesse dans la recherche, entre proximité géographique, niveau de patrimoine, catégories de projets de vie, préférences de communication (à distance ou en personne, fréquence…), style relationnel (purement professionnel ou plus social, réaction aux désaccords, réponse aux visuels ou plutôt aux exemples…) et personnalité (introvertie ou extravertie, planificatrice ou spontanée…)

Merrill Advisor Match

Mais, après tout, l'ajustement supposé aux traits de caractère du client est-il le véritable objectif… et est-il seulement réaliste ? Peut-être Merrill a-t-elle juste développé une astucieuse méthode destinée à lever les inhibitions des visiteurs de son site (en collectant, au passage, des informations intimes sur eux) et, surtout, leur permettre d'en apprendre un peu plus sur les individus à qui ils sont susceptibles de confier le pilotage de leur fortune, sans avoir à parcourir une liste comportant des centaines de noms, puis à contacter celui avec lequel ils ressentent spontanément le plus d'affinités. Un peu comme ces (rares) banques qui proposent de choisir son conseiller du quotidien.

Quoi qu'il en soit, l'initiative de Merrill mérite d'être soulignée pour sa démonstration des opportunités, jusqu'ici peu explorées, de déployer des outils « digitaux » au service de l'accompagnement humain. L'exemple devrait trouver un écho particulier dans la gestion de patrimoine, où le fossé existant entre le « tout numérique » et les modèles historiques de relation en face à face reste difficile à combler, alors que les comportements des clients évoluent et imposent de créer des passerelles entre les deux approches.

jeudi 6 octobre 2022

Santander aide ses clients à gérer leur habitation

Santander
Tandis que, pour les nombreuses institutions financières qui, ces derniers temps, se mettent à étendre leur périmètre d'intervention dans le domaine de l'habitation, la priorité porte sur la phase d'acquisition, en partant du crédit, Santander (UK) choisit au contraire de privilégier l'accompagnement de ses clients dans le quotidien du propriétaire.

Si l'achat d'une résidence fait partie des moments décisifs dans la vie de chacun d'entre nous, l'engagement budgétaire qu'il représente justifiant indéniablement l'implication de la banque dans ses arcanes, le bien immobilier constitue aussi une charge significative, parmi les plus importantes des ménages, tout au long de l'existence, sur laquelle la pression actuelle de l'inflation exerce d'ailleurs particulièrement ses effets néfastes. Voilà une excellente raison pour le groupe espagnol de fournir une assistance adéquate.

Accessible exclusivement aux souscripteurs d'un prêt hypothécaire, My Home Manager est donc un module dédié à cette fonction au sein de l'application mobile générique de Santander. Son objectif est de procurer au client une visibilité permanente sur son patrimoine et de l'assister concrètement dans son entretien et sa valorisation, en couvrant toutes les dimensions nécessaires. De ce point de vue, on peut affirmer que l'outil joue également un rôle d'ange-gardien du bien-être financier (spécialisé sur l'habitation).

Concrètement, un premier volet rassemble logiquement quelques éléments relatifs au crédit, entre estimation de prix sur le marché, réactualisé chaque trimestre, et niveau d'actif mobilisé (et mobilisable, dans l'hypothèse d'un renouvellement). Essentiel par les temps qui courent, vient ensuite le bilan environnemental, présenté et expliqué dans tous ses détails, et assorti d'un ensemble de recommandations pour son optimisation, fournies avec des projections de coût et les options de financement disponibles.

Santander – My Home Manager

Pour la maintenance et l'embellissement du logement, un espace dédié aux travaux (ouvert sur demande, en attente de généralisation) propose de soumettre des demandes de devis à des entreprises locales, grâce à une collaboration avec la jeune pousse Local Heroes. Dans un registre proche, des articles et autres guides traitant d'aménagement et de décoration offrent une source d'inspiration pour toutes sortes d'améliorations et une place de marché de meubles est intégrée pour donner un point de départ à ces projets.

Et tout ceci n'est qu'une mise en bouche. Santander a prévu une multitude de services additionnels, dont quelques-uns sont déjà mis à la disposition des utilisateurs volontaires en version expérimentale : un gestionnaire des dépenses pour l'habitation, des solutions pour le déménagement, l'installation de panneaux photovoltaïques et de station de recharge de véhicule électrique, le partage d'informations locales… Les possibilités ne manquent certes pas pour enrichir l'expérience du propriétaire immobilier !

Tout en surfant sur une tendance majeure de l'industrie bancaire, l'aventure hors de son terrain de jeu naturel telle que la décline Santander semble aussi originale que convaincante. Outre son positionnement sur une thématique inédite (à ma connaissance), elle possède l'avantage considérable de s'inscrire dans le temps long, au moins du prêt hypothécaire sinon du statut de propriétaire. Et, détail non négligeable, elle met l'accent sur le suivi et l'entretien d'un actif dans lequel l'institution détient un intérêt direct.

mercredi 5 octobre 2022

ABN AMRO combine identité et paiement

ABN AMRO
Proposer un service d'identité numérique aux consommateurs : voilà une de ces idées, a priori évidentes, qui reviennent régulièrement dans l'actualité de l'industrie financière, sans jamais véritablement parvenir à s'imposer. Nous devons cette fois son retour au premier plan à ABN AMRO, qui l'associe étroitement à une fonction de paiement.

Depuis une vingtaine d'années peut-être, jonglant entre hésitations (juridiques, notamment) et difficultés techniques, de nombreuses banques autour du monde ont tenté timidement de capitaliser sur leur connaissance intime de leurs clients et la confiance dont elles jouissent pour créer leur propre système d'identité digitale, qui se poserait en concurrent – plus fiable, mieux sécurisé et plus respectueux de la vie privée – des dispositifs équivalents des géants du web (tels que Facebook Connect et consorts).

Une des principales explications au revers subi par la majorité de ces initiatives (les exceptions concernant celles inscrites dans un programme national, aux fournisseurs multiples) est leur portée restreinte : à partir du moment où elles ne prennent en charge que la clientèle connue et non l'ensemble de la population, les utilisateurs potentiels sont peu enclins à faire les efforts nécessaires, souvent non triviaux, en vue de l'implémenter. C'est justement sur cet aspect, entre autres, qu'ABN AMRO se distingue.

La banque a en effet conçu une solution entièrement autonome, ouverte à tous les citoyens néerlandais, qu'ils aient déjà une relation avec elle ou non. Matérialisée par une application mobile, elle comprend un parcours d'enregistrement qui rappelle les classiques du secteur, avec capture photographique de la pièce d'identité et vidéo de validation. On peut aisément supposer que les composants techniques sont les mêmes que pour l'ouverture d'un compte, réduisant d'autant les coûts et délais de réalisation.

ABN AMRO ID & Pay

L'autre particularité de « ID & Pay » est donc d'intégrer le paiement, au profit d'un parcours de souscription optimisé. En effet, outre la transmission de quelques données personnelles (par exemple son adresse), le mobinaute est invité à connecter son compte bancaire (probablement par l'intermédiaire des API réglementaires européennes). Dès lors, un seul geste suffit pour procéder à l'inscription sur une plate-forme en ligne partenaire, communiquer toutes les informations requises (moyennant un consentement explicite, naturellement) et régler la prestation (récurrente en cas d'abonnement).

Dans le cadre de la phase pilote actuelle, qui ne recrutera pas plus de 500 cobayes (côté particuliers), un seul commerçant est accessible avec « ID & Pay » : Swapfiets, qui développe un modèle de « vélo en service ». Cette sélection esquisse la possibilité d'une distribution du nouveau produit en priorité auprès de la clientèle professionnelle d'ABN AMRO. Dans tous les cas, son usage est gratuit pour toutes les parties, la banque estimant pouvoir se rémunérer sur les paiements effectués par son intermédiaire.

La démarche retenue ici afin de séduire les deux versants de l'équation de l'identité (individus et entreprises) paraît extrêmement pertinente… Hélas, ne serait-il pas un peu tard pour une telle aventure ? Car, si le porte-monnaie universel promis par la Commission Européenne respecte ses échéances, il faut craindre qu'il ne se substitue rapidement aux alternatives locales et ponctuelles, même s'il n'embarque pas (immédiatement ?) de moyen de paiement. Ne vaudrait-il pas mieux maintenant réfléchir aux opportunités qu'il entrouvre plutôt que dépenser de l'énergie sur les fondations ?

mardi 4 octobre 2022

Fridaa. propose un coach immobilier personnel

Fridaa.
Parce que, dans un moment aussi important de leur existence, les prétendants à l'achat immobilier sont fréquemment demandeurs d'un accompagnement humain, Fridaa., qui leur proposait jusqu'à maintenant une application de gestion de leur projet, ajoute à sa palette une option de coaching personnalisé, assuré par un professionnel.

La mission originelle de la jeune pousse (française) consiste à aider ses clients à devenir propriétaires dans les meilleures conditions. Dans cette optique, sa solution couvre toutes les étapes amont du parcours : définition des objectifs, évaluation de la capacité d'emprunt, recherche et sélection des annonces correspondant aux critères retenus, simulation comparative de leur financement, préparation du dossier de sollicitation du prêt, soumission aux banques et suivi de son avancement, jusqu'à la signature.

Or, même avec des explications claires, énoncées en langage simple, et des contenus pédagogiques de support, les utilisateurs ne se sentent pas toujours totalement à l'aise dans leur démarche et peuvent souhaiter être pris par la main. Pour tous ces individus, vraisemblablement encore nombreux, Fridaa. introduit donc la possibilité de disposer d'un conseiller spécialisé attitré, avec lequel ils peuvent converser (par téléphone), à intervalles réguliers, sur tous les aspects et dans toutes les phases de leur projet.

Concrètement, le coach se présente comme un complément de proximité à la plate-forme « digitale » de la startup. Il assiste ainsi son client dans les différentes tâches, de l'analyse objective de sa situation financière à la conclusion de l'acte de vente, en passant par la validation du plan de financement et la constitution et la transmission des demandes de crédit. L'avantage ? Non seulement s'adapte-t-il à la situation de son interlocuteur mais il est également là pour répondre à toutes ses interrogations.

Fridaa. – Devenez propriétaire avec votre coach crédit

Le service est facturé 499 euros (avec un tarif promotionnel de 299 euros actuellement), à régler après obtention du prêt (cette clause impliquerait-elle un engagement de résultat ?). Pour ce prix, la promesse affichée est de multiplier, encore plus qu'avec l'application seule, les chances de réussite, en fournissant le minimum d'efforts et en consacrant le moins de temps possible aux problématiques bancaires. Cependant, de toute évidence, le principal bénéfice pour les utilisateurs relève surtout de la réassurance.

Dans une certaine mesure, l'initiative de Fridaa. illustre combien le monde de la finance marche aujourd'hui sur la tête : tandis que les établissements historiques vantent la valeur de la relation humaine qu'ils affirment entretenir grâce à leurs réseaux de point de vente, c'est un trublion de la FinTech qui développe, d'abord sur sa plate-forme numérique puis à travers un contact téléphonique, le modèle de conseil personnalisé que les consommateurs réclament… et qu'ils ne trouvent définitivement plus dans leur agence.

lundi 3 octobre 2022

La Fed teste la résilience climatique des banques

U.S. Federal Reserve
Après le test similaire réalisé par la Banque Centrale Européenne au début de cette année, c'est au tour de la Réserve Fédérale américaine de s'engager dans une démarche – expérimentale, pour l'instant – d'évaluation des impacts du changement climatique sur le système bancaire du pays, qui se prolongera tout au long de 2023.

Ces frémissements successifs au plus haut niveau reflètent logiquement l'inquiétude que suscite de plus en plus le réchauffement de la planète et ses conséquences aussi considérables qu'inévitables sur les institutions financières : de toute évidence, la croissance exponentielle du nombre de catastrophes naturelles menace la solvabilité de leurs clients, particuliers et entreprises, tandis que le financement d'industries fortement émettrices de gaz à effet de serre pourrait souffrir de la nécessaire transition à venir.

Malheureusement, malgré l'urgence décrétée un peu partout, ce ne sont donc que des exercices pilotes qui sont proposés, uniquement destinés à collecter des informations et mieux comprendre les enjeux. Il n'est prévu aucune action correctrice à leur issue (à l'instar des exigences de capital dérivées des « stress tests » classiques) et seuls des résultats agrégés seront fournis, sans identification des enseignes individuelles (qui, elles, pourront toutefois obtenir les informations sur leur propre performance).

De surcroît si, en Europe, à défaut d'être entièrement exhaustifs, ils ont porté sur un vaste panel d'établissements (141 pour une partie exclusivement déclarative et 41 pour un deuxième volet consacré à des simulations), aux États-Unis seuls les 6 plus importants (Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley et Wells Fargo) seront sollicités, à ce stade. Les régulateurs prennent leur temps

U.S. Federal Reserve

Les conclusions de la BCE, publiées en juillet, ne sont pourtant guère rassurantes, entre impréparation manifeste (visible notamment par l'absence de prise en compte du risque climatique dans les modélisations de crédit et matérialisée par les pertes projetées en cas d'événement majeur) et exposition significative (à hauteur de deux tiers des revenus du secteur !) à une poignée de géants des impacts environnementaux. Et les banques américaines ne se trouvent vraisemblablement pas dans une position plus favorable.

Les six retenues ne se verront d'ailleurs demander que d'estimer les contrecoups sur certains portefeuilles et autres orientations stratégiques d'une série de scénarios… qui restent à définir. Comme sa consœur de l'autre côté de l'Atlantique, la Fed espère de la sorte collecter des enseignements sur les faiblesses existantes, mieux identifier les risques à anticiper… de manière à élaborer, en collaboration avec les firmes participantes, un programme de recommandations, à partir de la fin de l'année prochaine.

D'un côté, il faut certainement se réjouir de la prise de conscience par les autorités de l'impératif de surveillance des banques face au changement climatique, tant il peut menacer la stabilité économique des nations, au même titre que toutes les autres formes de crise. De l'autre, il faut peut-être s'interroger à la fois sur les lenteurs de leur implication et sur l'apparente désinvolture des acteurs concernés vis-à-vis de risques existentiels qu'ils ne semblent pas considérer spontanément avec toute l'attention requise.

dimanche 2 octobre 2022

BNP Paribas aborde la Suède avec Dreams

Dreams
Fort d'une première collaboration, entamée en 2020, dans sa filiale ukrainienne, le groupe BNP Paribas lance maintenant en Suède une offre commune avec la jeune pousse locale Dreams, et enrichit au passage son approche comportementale de l'argent centrée sur l'épargne avec une nouvelle dimension de développement durable.

À ses débuts, aux alentours de 2016, la startup proposait aux consommateurs une application exploitant une compréhension scientifique de leur psychologie afin de renforcer, par l'intermédiaire de mécanismes de stimulation et d'incitation adaptés, leurs gestes d'épargne réguliers et, de la sorte, améliorer leur bien-être financier. Depuis sa naissance, sa promesse a séduit plus de 450 000 utilisateurs, principalement parmi la jeunesse, qu'elle aide à mettre de côté l'équivalent de 140 euros par mois en moyenne.

Selon toute vraisemblance, comme souvent dans la FinTech, le choix d'une commercialisation auprès du grand public de Dreams s'est heurté à la réalité d'un équilibre économique difficile à atteindre, ce qui a d'abord entraîné la réorientation vers un modèle de distribution indirecte (B2B). Désormais, avec le support financier et logistique de BNP Paribas, la vision initiale peut reprendre le dessus, en espérant que l'intégration dans un produit bancaire plus ou moins complet permette de viser la rentabilité.

Un des premiers jalons pour la co-entreprise consistera ainsi à associer une carte de paiement à la solution, de manière à encourager les porteurs à faire plus d'économies, notamment grâce à la capacité qu'elle fournit d'intervenir en quasi temps réel dans leur vie quotidienne. Incidemment, cet ajout laisse entrevoir l'arrière-pensée de BNP Paribas de prendre pied sur le marché scandinave de la banque de détail, avec une stratégie résolument originale, à la fois par la structure mise en place et son angle d'attaque.

Dreams App

Car, si l'objectif d'optimisation de l'épargne reste au cœur des préoccupations de Dreams Sustainable, il s'accompagnera aussi, comme le souligne le nom de l'entité conjointe, de fonctions consacrées à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (toujours dans le cadre des dépenses courantes, bien entendu). À ce stade, il est difficile de faire la part entre la sincérité de la démarche et la seule recherche d'un effet de communication mais, quoi qu'il en soit, elle supplante toute perspective purement bancaire.

Presque 10 ans après la création de Hello Bank! dans plusieurs pays européens, BNP Paribas s'engage dans une nouvelle aventure porteuse de réinvention de ses métiers traditionnels. Naturellement, le monde a radicalement changé entre ces deux événements : aujourd'hui, la « digitalisation » a évolué d'un avantage concurrentiel à une exigence élémentaire, tandis que la différenciation se joue dorénavant sur la prise en compte des attentes des (futurs) clients, entre autres en matière de bien-être et d'action pour l'environnement. À quand une déclinaison dans ses implantations historiques ?