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mardi 26 août 2025

Lydia introduit le paiement anonyme

Lydia
Le leader incontesté des paiements entre pairs en France ajoute aujourd'hui une nouvelle corde à son arc avec une solution, toujours aussi simple d'utilisation, permettant de verser une somme d'argent à quelqu'un sans avoir à révéler la moindre information personnelle (numéro de téléphone, adresse de courriel, identité bancaire…).

Jusqu'à maintenant, « faire un Lydia », pour ses millions d'adeptes, consiste à adresser une somme d'argent depuis l'application mobile éponyme à l'intention d'une connaissance dont il suffit de fournir un critère d'identification élémentaire, qu'elle soit ou non elle-même utilisatrice. Avec la « Page Lydia », le destinataire peut désormais simplement transmettre un lien de paiement, sous forme de texte ou de QR code, qui l'autorise à recevoir l'argent de ses correspondants en respectant son anonymat.

À travers la page web correspondante, le payeur, où qu'il réside en Europe, spécifie le montant de son transfert – la valeur par défaut étant fixée à un euro dans le but de souligner les catégories de cas d'usage visées – et effectue une transaction par carte comme il en a l'habitude sur les plates-formes d'e-commerce. D'autres modes seront disponibles sous peu : le virement bancaire et les porte-monnaie électroniques Apple Pay et Google Pay pour une expérience plus fluide et adaptée à toutes les préférences.

L'option répond à toutes les circonstances dans lesquelles une personne en attente d'un règlement ne souhaite pas pour autant partager des données confidentielles avec un interlocuteur inconnu, pour une opération exceptionnelle. Ce sont toutes les occasions de la vie courante où même les plus « digitaux » des consommateurs se résignent encore à sortir pièces et billets, telles que les achats dans les vide-greniers (ou foire à tout comme on dit dans ma région) ou les petits paiements aux musiciens de rue.

Page Lydia

Pour Lydia, l'objectif est de couvrir un pan supplémentaire des paiements entre individus, en dépassant officiellement le seul contexte d'échanges entre amis et proches qui représentait son modèle d'origine. La nouveauté suscite d'ailleurs une question pour l'avenir : si l'histoire nous enseigne quelque chose (celle de PingIt, au Royaume-Uni, notamment), c'est que les clients sont prompts à décliner les outils de paiement qu'ils aiment de l'univers personnel vers le contexte professionnel, entre autres chez les artisans et petits commerçants. Comment une telle évolution sera-t-elle abordée ?

En attendant la « Page Lydia » constituera un instrument de conquête pour la jeune pousse, encouragée par l'absence de commission pour ceux qui y accèdent depuis son application (contre 2,5% pour les autres), et promeut son développement hors de l'hexagone, son approche étant totalement agnostique des frontières (au moins à l'intérieur de l'UE). Mais il faut surtout noter que Lydia est sans véritable concurrence sur son marché et que ce nouvel ajout lui permet d'accentuer encore son avance.

mardi 23 février 2021

Clap de fin pour Pingit ?

Pingit
En 2012, Pingit écrivait l'histoire du paiement via mobile en obtenant en quelques mois un succès fulgurant auprès des consommateurs (puis des entreprises) britanniques. Plus ou moins oubliée et délaissée au fil des années suivantes, il semblerait, selon un article de Sifted, que sa génitrice, Barclays, ait décidé de mettre un terme à l'aventure.

À ses débuts, le porte-monnaie virtuel constituait un cas d'école d'innovation dans les services financiers. Lancé d'abord sous la forme d'un outil basique d'échange d'argent entre pairs (identifiés par leur numéro de téléphone), réservé aux clients de la banque, il évoluait très rapidement au fil des demandes et, surtout, des usages réels de ses premiers adeptes. Ainsi, en un an, il s'ouvrait à tous les citoyens, intégrait un module d'encaissement pour les artisans, engageait des partenariats avec des commerces…

La dynamique créée de la sorte aidait Pingit à conquérir – et fidéliser – plus d'un million d'utilisateurs en un temps record, générant une activité qui dépassaient toutes les espérances initiales, à une époque où, faut-il le rappeler, les applications mobiles de paiement étaient loin d'être ancrées dans les habitudes comme elles le sont aujourd'hui. Malheureusement, la machine s'est ensuite enrayée, en dépit de l'immense potentiel de développement qui lui restait encore, pour aboutir à l'épilogue annoncé.

Les quelques éléments de contexte que nous livre Sifted, échos de commentaires de diverses personnes impliquées dans le projet, permettent de mieux comprendre les raisons de cet échec, qui n'ont rien à voir avec la qualité du produit en question ou avec son adoption par sa cible. Ce sont là, à nouveau, de précieux enseignements pour quiconque essaie de naviguer dans les méandres de l'innovation au sein d'un grand groupe financier et risque un jour de se trouver confronté aux même difficultés.

Pingit, for everyone, from Barclays

D'un point de vue opérationnel, la fermeture serait justifiée par le faible nombre d'utilisateurs actifs de la plate-forme, une bonne partie d'entre eux étant en outre des clients de la banque, donc faciles à faire migrer vers son application principale. La chute de fréquentation n'est évidemment pas une surprise : faute d'améliorations et d'extensions depuis des années, l'avance historique de Pingit sur la concurrence a fondu et diverses solutions sont désormais disponibles offrant des capacités souvent supérieures.

Or cette stagnation, incompréhensible après le rythme effréné de l'origine, serait due à un conflit politique interne. En effet, les équipes de Pingit se seraient heurtées aux oppositions d'autres divisions, cherchant à imposer leurs propres approches et captant les budgets au profit de leurs propres agendas en matière de paiement et de solutions mobiles. Dans une certaine mesure, il s'agit aussi d'un réflexe de survie face à une crainte de cannibalisation des métiers classiques par un modèle émergent.

Sachant que l'initiative était, paraît-il, soutenue par le directeur général de Barclays UK, son destin fatal illustre d'autant mieux l'enjeu de la transformation culturelle de l'entreprise en préalable à toute velléité d'innovation de rupture. Quand l'ensemble de l'organisation ne se trouve pas alignée sur la possibilité de la disparition complète d'une activité au gré des mutations du monde et de leurs impacts sur les traditions, la seule volonté du patron ne suffit pas pour faire fructifier les meilleures opportunités.

mercredi 21 août 2019

Pingit, toujours vivant !

Pingit
Dernier survivant d'une époque à laquelle plusieurs banques dans le monde cherchaient à imposer leur porte-monnaie virtuel, Pingit semble poursuivre son bonhomme de chemin. À tel point qu'il absorbe maintenant bPay, une autre solution de paiement que Barclays a lancé un peu plus tard et qui n'a visiblement pas aussi bien réussi…

À l'origine, Pingit n'était qu'un service permettant à tous les britanniques d'envoyer de l'argent à n'importe quel compatriote, pourvu qu'il possède un compte bancaire, en fournissant uniquement son numéro de téléphone. Par la suite, il a constamment évolué, intégrant de nombreuses possibilités supplémentaires. Mais, au moment où le monde découvrait Apple Pay, Barclays décidait de répliquer avec une application distincte, destinée spécifiquement à prendre en charge les paiements de proximité sans contact.

La première a rapidement conquis son public, atteignant 400 000 utilisateurs au cours de ses deux premiers mois d'existence et plus de 3,5 millions à ce jour. À l'inverse, la deuxième n'aurait que péniblement séduit quelques milliers (au mieux quelques dizaines de milliers) d'adeptes 3 ans après son démarrage. Son abandon, matérialisé par l'ouverture d'une boutique en ligne d'achat d'accessoires NFC (bracelets, porte-clés…) reprenant son activité historique sous la marque Pingit, ne constitue pas une surprise.

Après un tel parcours, il serait extrêmement intéressant de comprendre les raisons d'un succès finalement étonnant, surtout au regard du nombre de tentatives similaires qui sont désormais rangées aux oubliettes de l'histoire (qui se souvient par exemple de Kwixo, à la même époque ?). Si je ne peux évidemment pas affirmer détenir la vérité, j'ai tout de même quelques hypothèses à proposer… susceptibles de servir encore aujourd'hui aux innovateurs des grandes groupes, dans le secteur financier ou ailleurs…

Buy a Pingit Device

Tout d'abord, la différence entre Pingit et bPay saute aux yeux… et rejoint le scepticisme que j'entretiens depuis des années vis-à-vis du paiement sans contact sur mobile. D'un côté, nous avons une solution qui, d'emblée, vise à réduire une friction de la vie quotidienne, mineure et néanmoins sensible, au niveau des échanges d'argent entre particuliers. De l'autre côté, il n'existe pas de véritable besoin, les moyens existants (carte bancaire en tête) sont bien acceptés, fonctionnent correctement et sans heurt.

Cette première étape est essentielle… mais elle ne suffit pas, d'autant que d'autres acteurs se sont rapidement positionnés sur le créneau, face auquel l'argument de la confiance en une institution financière n'est pas nécessairement déterminant. En l'occurrence, et il s'agit probablement de la qualité la plus importante de sa démonstration, Pingit a ensuite révélé un talent extraordinaire dans son attention aux demandes de ses clients et dans sa capacité à les comprendre et y répondre avec l'agilité requise.

Presque immédiatement adopté pour des paiements sur les plates-formes de petites annonces (où les opérations en temps réel représentent un avantage alors inédit), puis pour des transactions avec des artisans, le porte-monnaie a ainsi su s'adapter et accueillir ces pratiques à un rythme accéléré. Au fil du temps, se sont ajoutées, de la même manière, des options de donation à des organisations caritatives, de cagnotte en ligne, de création de tirelires thématiques, de facturation (pour les entreprises)…

L'aspect réellement fascinant de la démarche de Barclays avec son application mobile est que, en la prolongeant à l'extrême, elle pourrait certainement aboutir à la création d'une banque complète, entièrement nouvelle, et conçue de A à Z en réponse aux attentes de ses utilisateurs. Dans la mesure où la vision initiale reste présente tout au long de l'exécution, il s'agit d'une magnifique illustration d'approche centrée sur le client.

jeudi 19 juillet 2018

Mastercard prépare l'ère post-carte

Pay by Bank App
Bien qu'elle semble installée pour toujours dans la vie quotidienne des consommateurs des pays occidentaux, la carte de paiement devrait maintenant laisser sa place à des instruments mieux adaptés au monde connecté contemporain. Dans un élan de rupture avec le dilemme de l'innovateur, Mastercard explore concrètement une telle piste.

Lors de son acquisition, en 2016, de Vocalink, opérateur d'infrastructures de paiement en Grande Bretagne, le spécialiste des cartes trouvait dans la corbeille Zapp et sa solution « Pay by Bank », lancée l'année précédente pour permettre le règlement des achats sur internet par l'intermédiaire des applications de banque en ligne, en capitalisant sur le système de virement instantané Faster Payments. Étant directement concurrente de son activité historique, on aurait pu croire que Mastercard allait l'enterrer…

Ce n'est pourtant pas le choix qui se dessine, puisqu'un partenariat vient d'être conclu entre Vocalink et Worldpay, un des leaders des plates-formes de paiement en ligne, afin d'intégrer l'option « Pay by Bank » dans ces dernières, lui offrant ainsi une exposition importante auprès de marchands de premier plan. En parallèle, le service, qui n'était jusqu'alors disponible que dans le porte-monnaie virtuel PingIt de Barclays, devrait être adopté par d'autres banques (à commencer par HSBC, dès cette année).

Accueil Pay by Bank App

La démarche peut être considérée comme une brillante démonstration d'innovation « disruptive » de la part de Mastercard. En effet, elle porte sur son cœur de métier, pour lequel elle peut constituer une menace vitale, si elle réussit à s'imposer. Notons que, pour aborder une révolution potentielle de cet ordre sans heurts et en réduisant les risques immédiats d'auto-cannibalisation, l'entreprise choisit intelligemment de déployer ses expérimentations sur un marché largement dominé par sa grande rivale Visa.

Bien sûr, l'initiative autour de Zapp n'est qu'une timide tentative de transformer les modèles de paiement existants et les commentaires des lecteurs de Finextra (anecdotiques dans ce contexte mais, à mon avis, représentatifs d'une majorité) montrent bien le scepticisme (arbitraire) dominant face à l'hypothèse d'une autre méthode que la carte pour régler ses achats. Il ne faut donc pas s'attendre à de grands changements à court terme mais l'objectif de Mastercard est bien d'être prête le moment venu.

En l'occurrence, il faut être aveugle pour ne pas percevoir les tendances de fond à l'œuvre actuellement dans le secteur. D'un côté, les limites des instruments conçus uniquement pour les interactions de proximité sont de plus en plus gênantes (par exemple en matière de sécurité). De l'autre, les pays émergents (du Kenya à la Chine) ouvrent la voie à des solutions diablement efficaces. Si l'aveuglement frappe facilement les acteurs assis sur une rente, reconnaissons à Mastercard la lucidité de ne pas y succomber.

lundi 30 avril 2018

Barclays et PayPal, meilleurs amis du monde

Barclays
Dans un retournement de situation dont l'ironie sautera aux yeux de ceux qui ont connu, au siècle dernier, les débuts difficiles de leurs relations, les partenariats avec les banques semblent désormais devenir la norme pour PayPal. Et celui qu'elle vient juste de conclure avec la britannique Barclays est l'un des plus extensifs à ce jour…

La première partie de cette nouvelle collaboration reste relativement classique, puisqu'elle permettra aux clients particuliers de la banque de connecter facilement et rapidement leurs cartes de débit et de crédit à leur compte PayPal. Double cerise sur le gâteau, les cartes virtuelles arboreront les couleurs de Barclays afin de les identifier instantanément et les informations correspondantes seront automatiquement actualisées lors des renouvellements, à l'arrivée à échéance ou en cas de remplacement anticipé.

À l'inverse, et c'est plus surprenant car les deux solutions paraissent concurrentes, les utilisateurs du porte-monnaie mobile PingIt auront également la possibilité de lui associer leur compte PayPal de manière à étendre les possibilités d'utiliser leur argent en toutes circonstances. Enfin (pour le volet grand public), les clients américains de Barclays auront la possibilité d'utiliser les primes que leur rapportent leur carte de crédit auprès des commerçants acceptant les paiements par PayPal, partout dans le monde.

Le plus important est cependant à rechercher du côté des professionnels. En effet, les commerçants en ligne qui recourent au service de PayPal pour gérer les paiements pourront maintenant intégrer cette partie de leur activité au sein du tableau de bord consolidé de la plate-forme SmartBusiness. Rappelons que cette dernière est conçue pour donner aux responsables d'entreprise une vision à 360° de leurs finances ainsi que des outils de pilotage adaptés. L'ajout de PayPal y est donc particulièrement bienvenu.

Décidément, le statut de la « vieille » startup (elle atteint presque 20 ans !) a bien changé. Elle est aujourd'hui considérée comme un partenaire naturel – et progressivement incontournable – des institutions financières, au même titre que, par exemple, les opérateurs de réseaux Visa et MasterCard. Est-ce une coïncidence si cette nouvelle respectabilité intervient à un moment où une nouvelle génération de solutions de paiement émerge, en s'attaquant directement à ses bastions historiques ?

PayPal

samedi 19 août 2017

Parlons de continuité de service…

Barclays
Nous sommes tellement habitués que nous n'y faisons plus vraiment attention : de temps en temps, notre banque nous informe que ses services en ligne seront indisponibles en raison d'une maintenance importante. Généralement planifiées de nuit, durant le week-end, ces perturbations sont certes peu gênantes. Mais sont-elles normales ?

C'est une alerte de Barclays qui m'incite à soulever cette question aujourd'hui. En effet, sous le coup d'une obligation réglementaire de séparer ses activités en deux, l'établissement britannique informe ses clients d'une série d'interruptions de services jusqu'à la fin de l'année, dont la première intervient de la nuit du samedi 19 août jusqu'au milieu de l'après-midi du dimanche 20 août. L'impact commence donc à être sensible, d'autant que le porte-monnaie mobile PingIt est également affecté par l'arrêt.

Plus généralement, le désir des banques de proposer de plus en plus d'outils électroniques utiles pour le quotidien des consommateurs (et, parfois, des entreprises), dont les moyens de paiement sur smartphone sont actuellement les plus répandus, va inéluctablement transformer les attentes en matière de continuité de service. Il est (évidemment !) inacceptable de ne pouvoir utiliser son porte-monnaie, même si ce n'est que pour quelques heures au milieu de la nuit. Et cette exigence se généralise.

Alerte de service Barclays

Les institutions financières prennent-elles conscience de l'évolution de la tolérance – ou, plutôt, de l'intolérance – chez leurs clients ? Rien ne le laisse penser, notamment au vu des fréquentes notifications d'accès restreint qu'elles émettent (et ne parlons pas des incidents et autres imprévus). En réalité, les responsables des applications destinées aux clients sont, pour la plupart, enfermés dans leurs habitudes : depuis toujours, les mises à jour importantes requièrent une fermeture temporaire, pourquoi faudrait-il changer ?

Il est vrai que le poids de l'historique est un sérieux handicap et pas uniquement sur les comportements. Dans les toutes premières décennies de l'informatisation de la banque, les logiciels développés pouvaient n'être opérationnels que durant les heures d'ouverture des agences. Or, depuis la fin des années 90, le développement des services en ligne puis mobiles demande un fonctionnement 24 heures sur 24. Hélas, une partie des composants, dont parfois les plus critiques, n'a pas été adaptée à cette nouvelle réalité.

Comment ces entreprises peuvent-elles se prétendre « digitales » avec de telles limitations ? Comment osent-elles se comparer aux géants du web ? A-t-on déjà vu Google, Facebook ou Amazon fermer un site pendant plusieurs heures sous prétexte de déployer une nouvelle version ? Ces acteurs sont justement ceux qui créent les exigences des consommateurs contemporains. Si l'ambition est de s'aligner sur les standards qu'ils définissent, il faudrait commencer par en appliquer les principes fondamentaux…

samedi 29 juillet 2017

Une université adopte l'app favorite des étudiants

ABN Amro
Au début de cette histoire, ABN Amro lançait Tikkie, une solution (pas tout à fait) de paiement pour les plates-formes de messagerie sociale (WhatsApp, Telegram, Facebook Messenger…). Un an plus tard, les jeunes se sont appropriés le service et l'université de Groningen surfe sur sa popularité pour accélérer le recouvrement des frais de scolarité.

Les idées les plus simples sont parfois les plus efficaces. Avec Tikkie, accessible (gratuitement) à tous les néerlandais, qu'ils soient clients ou non d'ABN Amro, la seule action possible est de solliciter un paiement auprès d'un contact. À chacune de ces demandes est joint un lien web grâce auquel le destinataire peut régler sa dette en quelques gestes (tous les détails de la transaction étant pré-remplis) sur le site de sa banque (quelle qu'elle soit), via le système de place existant iDEAL.

De leur côté, les responsables de l'université font, depuis longtemps, face à une difficulté récurrente : bien que les frais de scolarité soient généralement payés par prélèvement automatique, les rejets sont fréquents, au risque de perturber le cursus des personnes concernées. La solution était évidente. Dorénavant, en cas d'incident de ce genre, une demande de régularisation est émise avec Tikkie. L'étudiant peut alors verser son dû immédiatement (ou transférer le message à ses parents pour qu'ils s'en chargent).

Tikkie

Dans le principe, il ne s'agit que d'envoyer une relance, triviale. Pourtant, dans sa forme, l'utilisation de la solution d'ABN Amro apporte quelques avantages significatifs. Outre son instantanéité, la réception de la demande par l'intermédiaire d'un outil familier, utilisé massivement par les jeunes, est en effet le meilleur moyen de communiquer avec cette population et, bien sûr, la connexion directe et simplifiée avec un service de paiement populaire, disponible pour tous, offre des conditions idéales pour cet usage.

À travers cette expérience, Tikkie démontre comment la création d'une application d'échange d'argent entre particuliers peut susciter de nouvelles opportunités. En son temps, Barclays l'avait déjà constaté, au Royaume-Uni, avec son porte-monnaie mobile Pingit, mais la leçon ne semble pas avoir été entendue ailleurs. Il « suffit » parfois de partir d'un concept simple, de laisser émerger les idées, en les encourageant quand cela s'avère nécessaire, et les possibilités commencent à se multiplier spontanément…

mercredi 6 juillet 2016

La Belgique attend Apple Pay de pied ferme

Payconiq
Tandis qu'Apple Pay débarque ce mois-ci en France, prenant de court les banques qui tentent de défendre [PDF] leur propre solution de paiement (PayLib), leurs consœurs belges n'ont pas attendu pour s'installer dans le paysage. Deux d'entre elles, KBC et ING, ont même décidé d'unir leurs forces autour d'une approche aussi riche qu'originale.

Le cœur du nouveau dispositif est le porte-monnaie mobile Payconiq, lancé par ING l'année dernière, qui était conçu, d'emblée, non seulement pour le règlement des achats en magasin mais également pour les paiements en ligne et les échanges d'argent entre particuliers. Sa principale spécificité est de s'appuyer sur des virements interbancaires (et non sur les réseaux de carte) pour gérer les transferts, ce qui lui permet d'afficher un tarif extrêmement compétitif pour les commerçants (6 cents par transaction).

À cette base, les deux partenaires intègrent maintenant leurs plates-formes de fidélisation respectives, Qustomer (acquise par ING en 2015) et CityLife (dans laquelle KBC a investi la même année), l'ensemble représentant plus de 6 500 commerces et 1 million d'utilisateurs. Le résultat est un moyen de paiement sur smartphone, compatible avec un simple compte courant, permettant aux clients de bénéficier des programmes de fidélité de leurs boutiques préférées en toute transparence, en réglant leurs achats.

Accueil Payconiq

Pour être exhaustif, il faut tout de même préciser que l'expérience de paiement, en son état actuel, est loin d'être idéale : le consommateur doit ouvrir l'application Payconiq, sélectionner le commerçant parmi la liste proposée (triée par proximité géographique), saisir le montant de l'achat, puis son code secret. Le vendeur n'a plus alors qu'à vérifier l'encaissement sur son terminal pour confirmer l'opération. Il est clair que des efforts de simplification restent nécessaires pour espérer atteindre un ralliement massif…

En réalité, la solution semble pensée avant tout pour séduire les marchands. Entre ses coûts modérés, sa facilité (et sa gratuité) de déploiement (un écran – tablette ou PC quelconque – connecté au web suffit) et la prise en charge intégrée des programmes de fidélité (avec une console d'administration apparemment très riche), c'est une offre sans égale que mettent ING et KBC à leur disposition. Avec une telle promesse, ils ne devraient pas être difficile à convaincre d'adopter (ou, au moins, tester) le système.

Au total, si on oublie ce défaut majeur de l'expérience client (dont on prie pour qu'il soit réglé dans une prochaine version), les deux banques belges tiennent les clés d'un modèle unique en son genre et dont la valeur s'étend, avec une parfaite cohérence, sur un champ bien plus large que celui de la plupart de ses concurrents, depuis Apple Pay jusqu'à PingIt – le porte-monnaie mobile historique de Barclays, au Royaume-Uni, qui en est le plus proche et qui n'inclut pas la gestion des programmes de fidélité…

mardi 1 septembre 2015

Barclays : le Bitcoin pour une bonne cause

Barclays
Ce n'est un secret pour personne, un grand nombre de banques dans le monde explorent le Bitcoin et ses possibles usages. Barclays fait partie de celles-ci et elle s'apprêterait, selon un article du Sunday Times, à lancer une première application publique – encore expérimentale, toutefois – à destination des organisations caritatives.

L'information est plutôt sommaire, puisque les seuls détails rapportés, à ce stade, établissent que la banque engagerait un partenariat avec une plate-forme de change, afin d'offrir une solution de paiement en Bitcoin aux associations de bienfaisance britanniques. L'initiative est particulièrement notable parce qu'elle concerne directement l'utilisation de la crypto-devise et non – comme pour la plupart des expériences en cours dans d'autres établissements – sa technologie sous-jacente (la « blockchain »).

Dans cette perspective, le choix de cibler le secteur caritatif paraît extrêmement judicieux. En effet, les bénéficiaires seront certainement sensibles à un des principaux avantages de la monnaie Bitcoin, qui est de réduire drastiquement les coûts des transactions, y compris pour des transferts de petits montants. La dynamique de la générosité publique pourrait s'en trouver totalement révolutionnée, en rendant viables – à la fois économiquement et techniquement – les dons de quelques centimes.

La coïncidence n'est probablement pas due au hasard, mais la démarche fait justement écho à une étude commanditée par la banque au printemps dernier. Celle-ci faisait état du risque auquel s'exposaient les trop nombreuses organisations de charité tardant à mettre en place des plates-formes de donation en ligne ou mobile. Une offre basée sur Bitcoin apporterait une réponse idéale à celles qui craignent les coûts (généralement élevés) des services de paiement par SMS, classiques dans ce milieu.

Il est vrai que le bond technologique associé est susceptible d'effrayer les associations, surtout avec la réputation encore sulfureuse qu'ont les crypto-devises au sein du grand public. Mais, en la matière, Barclays a non seulement la notoriété suffisante pour rassurer ses clients mais elle dispose également du savoir-faire nécessaire pour en rendre l'usage simple et transparent. En rêvant un instant, on pourrait même concevoir un système de dons en Bitcoin intégré de manière invisible à son porte-monnaie mobile PingIt

Barclays

Information repérée grâce à J.M. Billaut (merci !)

jeudi 2 juillet 2015

Les anglais aussi, parfois, marchent sur la tête

bPay by Barclaycard
Il y a à peine un mois, Apple annonçait, lors de sa conférence annuelle pour les développeurs, le lancement au Royaume-Uni de sa solution de paiement sans contact sur mobile – Apple Pay. Or, depuis cette date, il commence à se produire des événements assez étranges et peu rationnels chez certains acteurs britanniques du secteur.

Déjà, sitôt la fête terminée, la communication officielle de la firme à la pomme sur son produit laissait entrevoir une première difficulté, due à l'une de ces incongruités qui parsèment depuis des années la longue route du paiement sans contact universel. En effet, en raison de l'équipement trop ancien d'une bonne partie des commerçants, les utilisateurs d'Apple Pay risquent de se voir refuser les transactions de plus de 20 livres, pour lesquelles ils devront donc ressortir leur bonne vieille carte en plastique.

En dehors de cet incident anecdotique (dont l'impact n'est tout de même pas négligeable), le plus surprenant est la réaction de Barclays, qui, ayant choisi de ne pas s'embarquer dans l'aventure Apple Pay, cherche maintenant d'autres moyens de séduire ses clients, et, peut-être, éviter leur fuite vers des établissements plus accommodants avec le constructeur. Cependant, la mise sur le marché toute récente, par sa filiale Barclaycard, de bracelets, porte-clés et autres stickers sans contact est-elle vraiment la solution ? Qu'il me soit permis d'en douter…

bPay by Barclaycard

Cette offre, baptisée bPay, est un bien piètre substitut aux promesses du paiement avec l'iPhone, que la comparaison porte sur la sécurité des transactions, l'expérience utilisateur globale ou les possibilités (à venir sous peu) d'intégrer les coupons et autres programmes de fidélité, de manière totalement transparente. Pire, ce que Barclaycard propose n'est en réalité qu'un porte-monnaie prépayé, qu'il faut donc recharger régulièrement (même si une option d'alimentation automatique est incluse). Au bout du compte, la carte sans contact reste probablement plus pratique à utiliser que ces gadgets !

Ce bPay n'est, de surcroît, qu'un moyen de paiement supplémentaire venant s'ajouter à la panoplie actuelle de la marque, aux côtés, en particulier, de l'outil 100% mobile Pingit, dont le fonctionnement est radicalement différent (les transferts d'argent reposent dans ce cas sur un mécanisme de virement interbancaire instantané), mais qui a l'avantage d'être extrêmement populaire, au-delà de la seule clientèle de la banque. Une idée réellement innovante (et nettement plus ambitieuse) aurait consisté à décliner ce succès dans un modèle de transactions de proximité sans contact…

Au lieu de quoi, Barclays se perd dans une initiative qui n'apporte rien de très nouveau et qui n'a pratiquement aucune chance de conquérir une proportion significative de consommateurs (clients ou non), notamment parmi ceux qui seront potentiellement attirés par les sirènes d'Apple. Il semble décidément difficile pour les institutions financières d'appréhender avec cohérence ce qui distingue les innovations qui rencontrent leur public des idées sans avenir…

vendredi 3 janvier 2014

L'Angleterre veut moderniser le chèque

Gouvernement du Royaume-Uni
Malgré un déclin constant depuis les années 90, le chèque continue à représenter une part non négligeable des paiements dans de nombreux pays européens. Or les processus de traitement associés n'ont quasiment pas évolué – le papier règne toujours en maître – et sont aujourd'hui totalement archaïques.

Il s'agit de la raison pour laquelle le gouvernement britannique vient d'annoncer une consultation en vue de moderniser la réglementation en vigueur. Comme les États-Unis il y a plus de 10 ans (dans le sillage de la tragédie du 11 septembre 2001), son objectif prioritaire est de rendre possible une compensation entièrement dématérialisée, là où, aujourd'hui, la loi impose que le règlement d'un chèque ne peut être validé que par l'échange du formulaire physique entre les parties.

Au niveau des échanges interbancaires, une telle transition est évidemment plus que nécessaire, au XXIème siècle. Mais le législateur souhaite étendre l'initiative jusqu'au consommateur, en autorisant le dépôt de chèque sur smartphone, par capture photographique, tel qu'il existe de l'autre côté de l'Atlantique depuis 2006 (USAA en a été le pionnier). Une première banque, Barclays, est déjà sur les rangs pour lancer une expérimentation de cette technologie dès le début 2014.

Dépôt de chèque par mobile

En perspective, des bénéfices partagés pour les institutions financières et pour les consommateurs : les premières devraient pouvoir réaliser d'importantes économies sur le traitement des chèques (non seulement en évitant les échanges matériels mais aussi en réduisant les interventions humaines) tandis que les seconds verront leurs encaissements simplifiés (plus besoin de se rendre en agence !) et accélérés (la promesse est de passer de 6 à 2 jours).

Cette annonce est-elle pour autant une bonne nouvelle ? Pas si sûr… Alors que l'association professionnelle des paiements (le « Payments Council ») portait en 2011 une volonté d'éradiquer le chèque du paysage britannique d'ici 2018 (avant de devoir faire machine arrière quelques mois plus tard, sous la pression des associations de consommateurs), la modernisation de cet instrument antédiluvien n'est qu'un moyen supplémentaire de prolonger sa durée de vie.

En effet, entre des utilisateurs soulagés de la disparition des inconvénients majeurs du chèque et des banques plus ou moins contraintes d'investir pour répondre à la nouvelle demande de leurs clients d'automatiser les dépôts, la véritable innovation – dans des moyens de paiement d'avenir – va nécessairement prendre du retard. Dommage pour un pays où le succès du porte-monnaie mobile PingIt (de la même Barclays Bank !) permettait de croire que le progrès était en marche…

mardi 10 décembre 2013

Barclays crée un accélérateur de startups

Barclays
En dehors de la Silicon Valley et de New York, un des hauts lieux de l'innovation technologique pour le secteur financier est Londres. La discrétion des banques britanniques dans cet écosystème constituait jusqu'alors une anomalie, que Barclays vient de corriger avec la création d'un accélérateur de startups, en partenariat avec TechStars.

Le « Barclays Accelerator », qui sera effectivement lancé en juin mais est ouvert dès maintenant aux candidatures, offrira à 10 startups 15 semaines d'accompagnement intensif pour le développement de nouvelles solutions bancaires. Plus précisément, le défi que lance la banque aux entrepreneurs est de concevoir un produit (sous-entendu une application mobile) révolutionnaire, susceptible de devenir plus populaire que ses propres réalisations.

Parmi ces dernières, Barclays cite évidemment son porte-monnaie mobile, Pingit, et indique qu'elle fournira aux participants un accès à ses APIs (interfaces de programmation applicative) internes, leur permettant ainsi de capitaliser sur ses systèmes existants et d'enrichir les applications déjà disponibles. Il est cependant précisé que les idées qui seront soumises ne devront pas nécessairement être exclusives à l'établissement.

Outre cette contribution technique extrêmement intéressante pour les jeunes entreprises qui démarrent dans la « fintech » (l'innovation technologique au service de la finance), la participation de Barclays à l'accélérateur comprend également un soutien logistique – avec, notamment, la mise à disposition de locaux dans la « Tech City » de Londres – ainsi qu'un support actif de quelques-uns de ses collaborateurs, dont l'expertise sectorielle sera certainement bienvenue.

Barclays Accelerator

Le programme lui-même est piloté par TechStars, qui est aujourd'hui l'une des plus importantes structures dédiées à l'accélération des startups. C'est elle, en particulier, qui fournit l'essentiel du mentorat, grâce à son équipe d'entrepreneurs et autres spécialistes, qui apportent à la fois des conseils, dans de multiples domaines (marketing, recrutement, recherche de financement…), et des opportunités de contacts utiles, via leurs réseaux de relations.

Non contente de figurer parmi les institutions financières les plus innovantes du moment, Barclays veut désormais aussi profiter de la créativité des entrepreneurs du monde entier (le programme proposé n'a en effet pas de frontières). Et lorsqu'elle évoque sa préférence pour des idées qui pourront être réellement mises en oeuvre en 15 semaines, elle exprime clairement son ambition de faire émerger des solutions concrètes. L'accélérateur ne sera pas qu'une vitrine…

Et les startups (y compris françaises) de la « fintech » ont donc maintenant une raison supplémentaire de s'installer au Royaume-Uni, tandis que Paris continue à perdre son attractivité. Pourquoi aucune banque hexagonale ne cherche, comme le fait Axa dans l'assurance, à soutenir sérieusement – sur un mode similaire (accélération, incubation…) – l'innovation et l'entrepreneuriat locaux, qui font pourtant preuve d'un dynamisme certain ?

dimanche 3 novembre 2013

Pour une banque en temps réel !

FIS
Dans un monde en accélération permanente, les technologies modernes permettent de tout faire à la vitesse d'internet, en temps réel. Enfin, pas vraiment tout : les échanges d'argent continuent à subir des délais, parfois de plusieurs jours.

Pour les institutions financières ancrées dans leurs habitudes immuables, ce décalage est rarement perçu comme un problème : après tout, il n'est quand même pas bien grave de devoir attendre le lundi pour profiter des fonds qu'un proche a envoyés le vendredi soir, et puis il en a toujours été ainsi… Mais une enquête commanditée par FIS, fournisseur de technologies pour le secteur financier, remet les pendules à l'heure : les consommateurs veulent que leurs transferts soient exécutés en temps réel !

Sans surprise, la demande émane d'abord des jeunes – les plus accoutumés à voir leurs besoins satisfaits immédiatement – mais leurs aînés, en particulier dans les milieux aisés, deviennent également de plus en plus impatients. En termes de typologie, c'est dans le cas des échanges transfrontaliers que l'exigence d'instantanéité est la plus importante : 80% des utilisateurs de ces services souhaiteraient que leurs correspondants puissent profiter tout de suite des fonds qu'ils leur envoient.

Ils sont encore 58% à exprimer la même demande pour les virements entre leurs différents comptes bancaires et 41% pour les paiements de personne à personne (P2P). Comme dans bien d'autres domaines, ces résultats reflètent en réalité une profonde évolution des comportements, qui conduit aussi ces consommateurs à vouloir être en mesure de réaliser toutes ces transactions n'importe où et n'importe quand, depuis leur téléphone mobile, et le plus simplement possible.

Les consommateurs demandent des transferts d'argent en temps réel

Pour la plupart (55%), les personnes interrogées préféreraient que les services en temps réel leur soient proposés par l'établissement qui détient leur compte principal. Mais ils n'hésiteront pas à se tourner vers un autre fournisseur si la banque ne répond pas à leurs attentes. La menace est à prendre au sérieux, car les solutions alternatives commencent à émerger, démontrant au passage que la demande des consommateurs est une réalité, au-delà de l'enquête de FIS.

Ainsi, l'une des raisons du succès de PingIt, le porte-monnaie mobile de Barclays, est bien sa capacité à exécuter les opérations immédiatement, que l'utilisateur soit client ou non de la banque. Aux États-Unis, le temps réel devient maintenant une arme de séduction pour le trublion des paiements Dwolla. Et quand la startup TransferWise, qui cherchait déjà à révolutionner les transferts de devises, décline sa solution au sein d'une application mobile, c'est bien parce que la demande est avérée…

Étonnamment, un autre sondage (relativement informel), mené lors du Sibos de septembre dernier par ACI Worldwide (un autre fournisseur de technologies pour la finance) auprès de 200 professionnels du secteur, révèle que plus de 4 sur 5 estiment que les paiements en temps réel seront devenus une réalité universelle d'ici 5 ans. Une sorte de confirmation qui ne doit cependant pas masquer la difficulté que représente cette perspective, notamment au niveau des systèmes d'information.

En tout état de cause, qu'elles la considèrent normale ou irrationnelle, les banques se verront contraintes à court terme de prendre en compte l'exigence de temps réel exprimée par leurs clients, au moins pour rester compétitives. Et, un changement en entraînant un autre, ce ne sont pas seulement les paiements qui seront concernés : tous les services financiers devront évoluer dans ce sens, par exemple pour l'ouverture de compte et la souscription de produits, comme le propose CommBank, en Australie.

dimanche 20 octobre 2013

Brèves : un mois dans les paiements

Il suffit de tourner le dos pendant quelques semaines pour se retrouver avec une multitude d'annonces du monde des paiements. Essayons donc de rattraper un peu du temps perdu avec cette (plutôt longue) série de brèves…

ArgoPay
Commençons par la seule nouvelle startup de ce panorama, ArgoPay, qui veut tout simplement révolutionner le secteur en éliminant les intermédiaires "inutiles". Il est vrai que les systèmes de paiement actuels ne semblent pas optimaux – un achat impliquerait jusqu'à 7 acteurs différents – et les coûts de traitement s'en ressentent.

Aucune précision n'est donnée sur l'approche technique adoptée pour réduire cette longue chaîne de "valeur", mais le modèle d'ArgoPay est très clair : les paiements avec la carte de crédit virtuelle accompagnant son application mobile seront entièrement gratuits pour les commerçants (pour les consommateurs, seul le recours au crédit génèrera des frais). La plate-forme intègre un programme de fidélité, qui constitue vraisemblablement la source de revenus ciblée par la jeune pousse.

Après l'expérience tentée par Droplet au Royaume-Uni, celle-ci (avec quelques autres) semble esquisser une tendance majeure qui verrait une transformation des moyens de paiement en produits d'appel gratuits, utilisés pour développer des services marketing à forte valeur ajoutée.

Google Wallet
Bien entendu, cette vision du porte-monnaie (mobile, essentiellement) comme support d'outils marketing était aussi, à l'origine, celle de Google avec son Wallet. Hélas pour le géant du web, sa solution de paiement s'est heurtée à de multiples obstacles (dont le blocage des opérateurs de télécommunication) et son ambition se réduit à vue d'œil.

Ainsi, avec l'arrivée de Google Wallet sur iPhone, il n'est plus question de paiement sans contact chez les commerçants : seuls les paiements entre particuliers (P2P) sont possibles. Et, de l'idée originale il ne reste plus que la plate-forme de gestion de cartes de fidélité, de coupons et autres offres promotionnelles : en quelque sorte une copie multi-systèmes du PassBook d'Apple.

Facebook
Depuis longtemps les rumeurs courent sur l'introduction d'une solution de paiement par Facebook. Ce n'est toujours pas le cas mais le réseau social se rapproche encore un peu plus du sujet, en offrant une option de remplissage automatique des coordonnées à une sélection de plates-formes de e-commerce.

Le dispositif est un prolongement de la capacité d'identification "ouverte" proposée depuis longtemps. Ainsi, là où il était possible de se connecter en un clic sur un site tiers, en utilisant son compte Facebook, un bouton permettra désormais de remplir directement les informations d'identité et de paiement, ainsi que l'adresse de livraison, au moment de valider un achat. Pour l'instant, il s'agit donc pour le réseau social de renforcer sa présence sur les sites de commerce en ligne, mais ne serait-ce qu'une première étape vers une ambition plus large ?

Facebook "AutoFill"

Amazon
A peu près au même moment, Amazon dévoilait "Login and Pay with Amazon", qui remplit une fonction similaire : au lieu de demander à l'utilisateur de créer un nouveau compte, les sites de vente en ligne peuvent désormais exploiter leur compte existant sur la plate-forme d'Amazon, qui en détient 215 millions.

Dans ce cas, cependant, les paiements sont aussi pris en charge par le dispositif, ce qui place donc Amazon en concurrent direct, et redoutable, des autres acteurs du secteur, PayPal en tête.

PayPal
Du côté de PayPal, justement, les nouveautés et les expérimentations continuent à se succéder sans relâche. Le commerce de proximité reste un axe de recherche majeur et le principe de son "beacon" fait déjà l'objet d'une itération, probablement pour répondre aux inquiétudes qu'il a suscitées initialement.

Pour mémoire, le système en question permet au consommateur d'être localisé lorsqu'il entre dans une boutique (via son téléphone mobile et un petit appareil équipé d'une interface bluetooth, installé dans les lieux), pour pouvoir ensuite payer sans aucune action de sa part, le marchand identifiant simplement son compte (grâce à sa photo) parmi ceux qui sont listés sur son terminal.

Pour ceux qui craignent les abus rendus possibles par une telle automatisation (ainsi que pour cibler les commerçants qui ne disposeraient pas de l'équipement nécessaire), PayPal introduit donc un mécanisme de contrôle : le consommateur ouvre l'application sur son téléphone et enregistre lui-même sa présence (via un "check-in"), il obtient en retour un QR code ou un code à 4 chiffres qui vont lui servir à valider le paiement.

Autre nouveauté dévoilée récemment, "PayPal Working Capital" est une solution de crédit destinée aux PME utilisatrices de la plate-forme de paiement en ligne de la filiale d'eBay. Comme on peut s'y attendre, l'approche adoptée est disruptive : l'accord de prêt, délivré immédiatement, est basé sur l'historique des transactions réalisées, sans aucune recherche d'un score de crédit. Les remboursements sont ensuite prélevés directement sur les rentrées d'argent et les frais prennent la forme d'un forfait fixe affiché lors de la demande. Les banques n'ont qu'à bien se tenir, face à un système aussi simple !

Square Cash
Dans la catégorie "disruption", il est difficile d'éviter Square, dont la nouvelle solution "Square Cash" ne ressemble à aucune autre. Elle propose en effet à quiconque disposant d'une carte de paiement de réaliser gratuitement des transferts d'argent (entre particuliers) par mail, sans aucune inscription préalable.

En pratique, il suffit d'envoyer un message au destinataire des fonds, en précisant le montant à envoyer dans le sujet et en mettant l'adresse de Square en copie. Lors de la première utilisation, l'émetteur et le destinataire sont invités à associer les coordonnées de leur carte à leur adresse de messagerie. Le transfert est ensuite effectué en 1 à 2 jours.

Square Cash est loin du modèle d'affaire initial de la startup mais il répond certainement à un besoin spécifique : grâce à sa gratuité, une partie des utilisateurs de sa solution d'origine est constituée de particuliers souhaitant encaisser des paiements par carte, occasionnellement. Or les coûts induits (notamment par le lecteur de carte) ne sont pas compatibles avec ces usages, qu'il vaut mieux détourner, quitte à proposer à ses adeptes une technique qui fonctionnera, elle aussi, à perte…

Simple
Autre acteur habitué de l'innovation dans la banque, Simple vient tout juste d'annoncer l'ajout d'une fonction dans son application pour iPhone : le paiement P2P (de "personne à personne"). Elle n'a certes rien de très original en soi, mais son implémentation démontre la capacité de la startup à penser différemment.

MoneyDrop exploite la technologie Bluetooth pour fonctionner (une mode serait-elle en train de se développer ?) : sur le téléphone de l'émetteur, tous les autres utilisateurs de Simple présents dans son voisinage apparaissent dans son "arène" (cf. l'image ci-dessous) et il lui suffit de sélectionner le destinataire et le montant à envoyer pour finaliser le virement.

Arène MoneyDrop

L'article de TechCrunch qui présente cette nouveauté recèle une autre information précieuse et savoureuse : l'équipe de développement iOS de Simple comprend 2 personnes. Un nombre à mettre en regard des armadas (souvent comptées en dizaines de personnes) présentes dans la plupart des grandes institutions financières, pour des résultats rarement aussi intéressants…

Barclays Pingit
Les banques ne sont pas absentes du monde des paiements. PingIt, le porte-monnaie mobile de Barclays, continue à élargir son champ d'action. Les dernières additions en date sont le "mobile checkout", paiement en un clic pour le m-commerce, et la fonction "buy it", achat immédiat par scan du QR code affiché dans une publicité (par exemple).

Initialement conçu pour les échanges d'argent entre amis, PingIt devient progressivement le pilier de la stratégie de Barclays dans le domaine des paiements. En intégrant un par un tous les scénarios, la banque crée un porte-monnaie virtuel vraiment universel, dont il devient effectivement imaginable qu'il prenne la place de son équivalent matériel. Et plus il couvre de cas d'usage, plus il sera utilisé par les consommateurs, plus il aura de chances d'atteindre cette position enviable.

CommBank
Avec son application Kaching, l'australienne CommBank a eu, elle aussi, l'opportunité de créer une solution aussi réussie que PingIt. Quelques-uns de ses choix ont cependant limité ses chances de succès, en particulier la promotion des technologies sans contact (NFC) pour les paiements de proximité.

Je m'attarderai pourtant sur une des nouveautés introduites avec l'intégration des fonctions de paiement directement dans l'application de banque mobile (vraisemblablement pour essayer d'en développer l'adoption) : une option très accessible permet d'activer ou désactiver à la demande le paiement sans contact, y compris lorsque celui-ci est géré par un sticker à coller sur son téléphone. Il s'agit certainement d'un facteur utile de réassurance pour les consommateurs.

Crédit Mutuel Arkea
Enfin, toujours du côté des banques, Sémaphore Conseil nous signale la fermeture définitive de Pay2You, le service de paiement P2P de Crédit Mutuel Arkea, qui était l'un des pionniers français du genre mais qui n'a jamais vraiment réussi à s'imposer (peut-être faute de volonté active d'en assurer le développement).

La décision est tout de même un peu étrange, à l'heure où la généralisation de ce type de fonction semble se dessiner dans les autres banques. A moins que les mutualistes bretons ne nous réservent une prochaine surprise en remplacement ?

mardi 17 septembre 2013

Paylib : les banques françaises vous souhaitent une bonne année 2000 !

Paylib
Le projet "W" couvait depuis plus d'un an, nous promettant une nouvelle ère des paiements électroniques, orchestrée par 3 des plus grandes banques françaises (BNP Paribas, La Banque Postale, Société Générale)… Ce matin, ses géniteurs l'ont (enfin) présenté [PDF], sous son nouveau nom de baptême : Paylib.

Grosse surprise de l'annonce : on attendait un porte-monnaie virtuel (de préférence mobile) et on n'aura finalement qu'une solution de paiement en ligne, qui viendra ainsi s'ajouter aux habituelles options de règlement par carte, PayPal et autres des sites de m-commerce et e-commerce. Sur ce plan, les promesses qui accompagnent le produit sont classiques : sécurité pour les consommateurs et les marchands, fluidité du parcours client et intégration facile.

En pratique, les futurs utilisateurs ne seront probablement pas trop perturbés par la nouveauté : au moment de payer leurs achats, ils choisiront l'option Paylib, se connecteront au service (avec leur adresse de messagerie et un mot de passe), vérifieront les détails de la transaction et enregistreront leur confirmation avec un code secret à 6 chiffres. Au préalable, ils auront du créer leur compte, sur l'espace en ligne ou l'application mobile de leur banque, grâce à une procédure très rapide.

Point trop de changements non plus pour les commerçants. Tout d'abord, il leur est assuré que la mise en œuvre technique sera simple. En ce qui concerne les flux financiers, ils seront traités exactement comme pour les règlements par carte actuels. Pour tenter de les séduire, une garantie de paiement (dont il faudra cependant étudier les détails lorsqu'ils seront disponibles) et une tarification qualifiée de "compétitive" sont les principaux arguments mis en avant.

A ce stade, il est indiqué que 8 "gros" sites marchands français ont prévu de proposer Paylib, d'ici le milieu de l'année prochaine. Parmi ces précurseurs, figurent La Poste (évidemment), Voyages SNCF, Price Minister… La projection de couverture du web français est encore limitée mais l'ambition est d'atteindre une grande partie des 23 millions de clients que cumulent les 3 banques à l'origine du projet. Les premiers inscrits (à partir de la semaine prochaine) n'auront malgré tout pas souvent l'occasion d'utiliser leur compte, initialement…

Paylib


Que penser de cette initiative ? En premier lieu, il faut totalement oublier l'idée qu'il s'agisse d'innovation. Si la description du parcours client vous donne l'impression de revenir 12 ans en arrière, aux tous débuts de PayPal (sans les échanges d'argent entre particuliers, toutefois), vous comprenez maintenant le titre de ce billet ! Alors, il reste tout au plus une série d'arguments autour de la sécurité, considérée comme le pré carré de la banque, pour justifier Paylib.

Pourtant, même dans ce domaine, certains choix soulèvent l'étonnement. Ainsi, après avoir cherché à convaincre commerçants et consommateurs de l'importance d'adopter 3D-Secure pour ajouter un deuxième facteur d'authentification aux transactions, le paiement avec Paylib ne repose plus que sur un mot de passe et un code PIN, méthodes tellement décriées actuellement ! Et voilà deux secrets de plus à retenir (ou à noter sur un post-it, caché sous le clavier)…

Même réaction vis-à-vis de la technique dite "innovante" de sécurisation des achats sur mobile. Celle-ci consiste à vérifier que le téléphone exécutant l'opération est le même que celui qui a servi à la création du compte. Cela peut certes être un moyen de contrôle supplémentaire utile mais pourquoi n'est-il pas généralisé aujourd'hui en France (il l'est ailleurs, par exemple en Turquie) ? A priori, parce que la gestion administrative est un casse-tête coûteux, dont il est difficile de croire qu'il a été résolu ici.

Par ailleurs, il est impossible de ne pas revenir sur les promesses non tenues. Un parcours client plus fluide ? Alors qu'il faut quitter le site marchand, passer par une identification sur le compte Paylib, puis valider la transaction par un code secret ? Une conception pensée pour un usage sur mobile ? Parce que la saisie du numéro de carte est remplacée par l'adresse mail ? Et que dire des lacunes béantes ? Pas d'intégration du paiement dans les applications ("in-app", prévue pour plus tard…). Et même pas une petite fonction d'échange d'argent entre particuliers !

Un an (18 mois, selon certaines sources) pour accoucher d'un tel souriceau, il y a de quoi rester perplexe ! Ce ne sont pourtant pas les bonnes idées qui manquent dans le domaine des paiements (Kaching, PingIt, ou même, en France, Kwixo, S-Money…) et qui mériteraient bien un projet interbancaire. En l'état, j'imagine que les responsables de PayPal (et de quelques startups) vont dormir sur leurs deux oreilles ce soir et, demain, continuer à mener la charge de l'innovation tambour battant. Mesdames et messieurs, les banques vous laissent le champ libre !

dimanche 1 septembre 2013

Brèves : l'innovation US débarque en Europe

Les États-Unis sont particulièrement fertiles en innovations dans les services financiers mais il faut souvent attendre de longues années avant que celles-ci ne traversent l'Atlantique et ne nous parviennent. Petite coïncidence de calendrier, 3 d'entre elles ont abordé cet été les côtes du Royaume-Uni, le point de chute favori des sociétés américaines. Un premier pas avant l'arrivée d'une déferlante sur le continent ?

Lloyds Banking Group
La plus intéressante de ces expansions internationales est certainement celle de Cardlytics, car, contrairement aux autres, son modèle ne connaît pas vraiment d'équivalent chez nous. Et son implantation à Londres ne relève pas de l'anecdote, puisqu'elle accompagne un partenariat avec l'un des plus grands groupes bancaires britanniques, Lloyds Banking Group.

Si vous l'avez oubliée, Cardlytics est la spécialiste des "promotions contextuelles liées à la carte de paiement". En clair, elle combine deux approches complémentaires pour démultiplier l'efficacité des offres marketing : d'une part, en s'intégrant au sein des services de banque en ligne et mobile et en analysant les transactions des consommateurs elle propose un ciblage personnalisé redoutable, et, d'autre part, les réductions et autres cadeaux sont directement imputés sur les achats réalisés avec la carte "liée", sans avoir à imprimer un coupon.

Après avoir conquis plus de 30 millions de consommateurs américains, grâce aux partenariats établis avec des centaines d'institutions financières, Cardlytics va maintenant toucher les 30 millions de clients des différentes marques de Lloyds (Halifax, Lloyds TSB, Bank of Scotland). Le succès remporté aux États-Unis est donc prêt à être répliqué en Europe, où la société compte bien séduire d'autres établissements, avec sa promesse de développer les volumes de transactions et de renforcer la fidélité de leurs clients.

PayPal Here
La deuxième initiative est moins significative par la technologie qu'elle porte – déjà largement copiée à plusieurs reprises – que par l'acteur qui nous l'amène. C'est donc PayPal Here, la solution d'encaissement sur mobile de la filiale d'eBay (directement inspirée par Square), qui est désormais généralisée au Royaume-Uni.

En traversant l'océan, elle gagne une compatibilité avec les cartes à puce (100% conforme aux standards EMV), abandonnant pour cela le petit accessoire de lecture de la piste magnétique au profit d'un lecteur indépendant, connecté au smartphone en Bluetooth, capable de décoder la puce et permettant la saisie du code PIN par le porteur. Elle y perd aussi, sans surprise, un des facteurs essentiels de la popularité de ces systèmes aux États-Unis, le lecteur étant facturé 99 livres sterling.

Indépendamment des multiples tentatives précédentes, par diverses startups, de cloner le modèle de Square en Grande-Bretagne, l'irruption d'un acteur de la taille de PayPal sur ce marché sera certainement passionnante à suivre puisqu'il va y affronter la concurrence de PingIt, le porte-monnaie mobile de Barclays, très différent bien que ciblant exactement les mêmes usages (notamment auprès des artisans et dans les micro-commerces) et dont le succès phénoménal ne semble pas se démentir.

PayPal Here

MasterCard
La dernière "invasion" américaine prêtera probablement plus à sourire qu'elle ne risque de changer la donne des paiements en Europe : près d'un an et demi après son lancement initial (et un changement de nom), le porte-monnaie virtuel de MasterCard, MasterPass, fait son entrée officielle dans le commerce en ligne britannique.

Et cette arrivée est plutôt timide, puisqu'elle n'est portée que par une poignée de marchands partenaires et un seul émetteur de cartes (les émetteurs constituant le canal de distribution privilégié). Il faut avouer que la solution n'a pas beaucoup d'avantages à faire valoir pour conquérir des clients : elle se contente de gérer les paiements sur le web sans avoir à fournir de numéro de carte bancaire (celle-ci ayant été liée au compte MasterPass à l'inscription), tel que le propose PayPal depuis plus de 10 ans…

Tout comme dans le cas de son alter ego chez Visa (V.me), ces maigres progrès reflètent simplement un manque d'engouement, des commerçants aussi bien que des consommateurs, pour une solution sans imagination, alors que le reste du secteur est bouillonnant d'innovation. Il ne suffit pas d'avoir une marque et un gigantesque parc existant pour s'imposer dans la course vers les paiements du futur…

dimanche 3 février 2013

Petites nouvelles des banques françaises : Crédit Mutuel Nord Europe, Crédit Agricole, BNP Paribas

Pas de révolution ces derniers temps dans les grandes banques françaises, mais une succession de petites nouveautés et autres améliorations, qui méritent bien quelques lignes... A l'honneur aujourd'hui : Crédit Mutuel Nord Europe, Crédit Agricole Aquitaine et BNP Paribas.

Le Crédit Mutuel Nord Europe passe au "responsive design"

Crédit Mutuel
Après la transformation de son espace institutionnel, le Crédit Mutuel Nord Europe vient de lancer une toute nouvelle version de son site commercial, en "responsive design". Il devient ainsi accessible à tout type d'équipement – PC, tablette, téléphone..., avec clavier, souris, écran tactile... – dans un format optimisé.

A l'heure où tout le monde ne jure que par les applications mobiles, l'idée peut paraître saugrenue. Pourtant, les études sont formelles (et faciles à confirmer) : l'accès au web également se fait de plus en plus depuis une tablette ou un smartphone. Aussi il devient impératif pour les entreprises de concevoir leurs sites de sorte que le rendu soit parfait quel que soit l'appareil utilisé pour le visiter.

Les espaces institutionnels et commerciaux des marques sont, bien entendu, les premiers concernés. Mais il ne faudrait pas négliger les sites transactionnels qui, même si leurs fonctions sont disponibles dans les applications proposées sur les AppStores, sont aussi consultés à travers le navigateur. Le Crédit Mutuel Nord Europe l'a bien compris, avec une démarche progressive, qui devrait s'étendre à l'ensemble de sa présence sur le web au fil du temps.

Capture d'écran (PC + smartphone) de la page d'accueil Crédit Mutuel Nord Europe


L'innovation au Crédit Agricole Aquitaine

Crédit Agricole
Dans le groupe Crédit Agricole, c'est la caisse régionale d'Aquitaine qui fait la une cette semaine, avec deux initiatives notables en matière d'innovation : d'une part, l'adoption des "Tookets" créés par sa voisine de Pyrénées Gascogne et d'autre part une démarche ouverte baptisée Lab' 2.0.

Les Tookets commencent donc à étendre leur présence en France après une naissance remarquée, à Pau en 2011. Pour mémoire, cette "monnaie associative et solidaire", distribuée, notamment, aux clients et sociétaires de la banque lorsqu'ils réalisent certaines opérations, est destinée à financer des associations partenaires, qui peuvent convertir les Tookets que leur remettent leurs sympathisants en euros sonnants et trébuchants.

Dans un ensemble "complexe" tel que le Crédit Agricole, les idées émergeant dans une caisse régionale peuvent avoir du mal à s'exporter dans le reste du groupe. Cet exemple démontre, pour toutes les organisations "éclatées", que le modèle est tout de même viable et qu'il peut au contraire favoriser une approche d'expérimentations locales et de généralisation raisonnée des succès.

Quant au Lab' 2.0, il s'agit pour le Crédit Agricole d'Aquitaine, d'une (première ?) expérience d'innovation ouverte. Pendant tout le mois de décembre 2012, 26 collaborateurs, des experts, des consultants (dont je n'ai hélas pas fait partie) et des clients ont échangé leurs idées librement sur la "banque de demain" et l'évolution de la relation client, en ateliers et en ligne. Il reste encore à voir si cette démarche aboutira à des résultats concrets...

Lab' 2.0 du Crédit Agricole d'Aquitaine


Petits pas en avant chez BNP Paribas

BNP Paribas
Enfin, pour BNP Paribas, deux (petites) nouvelles sont au menu également, concernant l'application mobile "Mes Transferts", dont la nouvelle version recèle une surprise, et les médias sociaux, avec une annonce qui marque une reconnaissance méritée pour l'outsider du domaine, Google.

"Mes Transferts" est l'application de paiement "P2P" (de "pair à pair") de BNP Paribas. Elle permet aux clients de la banque d'envoyer de l'argent à toute personne résidant en France, en fournissant simplement son numéro de mobile. Étonnamment, les nouveautés de la version 2.0 qui vient d'être dévoilée font état d'un fonctionnement qui serait désormais en "temps réel".

Mes Transferts (BNP Paribas)

En l'état actuel des réseaux interbancaires dans l'hexagone, je soupçonne que le débit du compte de l'émetteur sera toujours réalisé immédiatement mais que le compte du bénéficiaire risque d'être crédité plus tardivement, sauf, peut-être, s'il est lui-même client de BNP Paribas. Encore, faudrait-il vérifier si les différents canaux d'accès aux informations de compte (agence, services en ligne, banque mobile...) sont effectivement tous capables de prendre en compte les mises à jour "en temps réel".

Quel que soit la réalité de cette évolution, elle marque cependant une prise de conscience par la banque de l'importance pour les consommateurs de cette notion d'immédiateté dans les opérations qu'ils réalisent. Il était temps que cette idée – qui, selon toute vraisemblance, a fait une bonne part du succès du porte-monnaie mobile "Pingit" de Barclays au Royaume-Uni – arrive enfin dans les banques françaises...

C'est un peu le raisonnement qui m'incite aussi à revenir sur le lancement du SAV BNP Paribas sur Google+. Comme toujours, le principe du SAV sur les réseaux sociaux me laisse perplexe en raison de ses limitations, d'autant plus que, là où l'approche retenue par la banque sur Facebook permettait aux internautes de participer aux échanges (dans un vrai mode "social"), celle-ci semble plus fermée.

En revanche, le fait d'investir sérieusement dans le réseau social de Google est une preuve de réalisme de la part de BNP Paribas. Car, en dépit d'une réputation de désert sans vie, Google+ a discrètement progressé, pour devenir aujourd'hui, selon certaines estimations, la deuxième plate-forme sociale dans le monde, (loin) derrière Facebook. En France, elle accueillerait ainsi plus de 4 millions d'utilisateurs.

Toute stratégie sérieuse sur les médias sociaux devrait donc se préoccuper de cette population. Sans compter que les particularités de Google+ laisse le champ libre à de nouvelles expérimentations de dialogue avec les consommateurs. On attend par exemple de voir les usages que les banques pourraient faire des "Hangouts"...