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C'est pas mon idée !

vendredi 20 novembre 2015

Santander lance un concours « différent »

Santander
Quand Santander lance un concours d'idées innovantes à destination des étudiants britanniques, le premier réflexe est de l'ignorer, en ruminant intérieurement « et un de plus… », tant le principe manque d'originalité. L'initiative « Big Ideas » mérite pourtant qu'on s'y attarde un instant car ses objectifs ne sont résolument pas conventionnels…

Il est vrai que les modalités d'organisation de la compétition restent classiques : après une première phase, jusqu'au 16 janvier 2016, de préparation d'un dossier présentant leur projet, les candidats sélectionnés (par l'équipe d'innovation de la banque) disposeront de 2 mois pour élaborer un prototype, qu'ils soumettront enfin au jury final le 21 mars. Les récompenses promises – 20 000 livres réparties principalement entre 4 lauréats – sont également dans la norme de ce genre d'événement.

Première particularité de la démarche, les étudiants sont mis à contribution non (seulement) parce qu'ils représentent la future génération de clients des services financiers mais surtout pour leur permettre d'appliquer les sujets de recherche qu'ils abordent au cours de leur cursus. Trois thèmes leur sont ainsi proposés : la recherche sémantique (pour répondre « intelligemment » aux questions des clients), l'authentification (afin de sécuriser la banque) et la réalité virtuelle (ou l'avenir de l'expérience utilisateur).

Incidemment, la perspective relativement lointaine de mises en œuvre concrètes et pratiques de ces technologies dans la banque apporte une autre dimension au concours. Par la projection à long terme à laquelle il invite les participants, il se place en effet sur un registre différent de l'innovation « traditionnelle » et évite donc tout risque de collision avec des projets qui seraient en cours de réalisation ou d'évaluation. Et cette caractéristique conduit logiquement à une troisième spécificité de « Big Ideas ».

Big Ideas par Santander Universities

Car il ne s'agit pas pour la banque de collecter à moindre coût des idées pour ses services de demain. Tout d'abord, les règles du jeu établissent clairement que les propositions des candidats resteront leur propriété, quoi qu'il advienne. En outre, tous les finalistes – primés ou non – pourront bénéficier d'opportunités de développer leur projet avec le soutien actif de Santander, par exemple un accompagnement de la part de son équipe d'innovation ou un accès aux dirigeants pour présenter leurs réalisation…

Certes, ce modèle n'est pas tout à fait nouveau. Il a cependant une résonance distinctive ici car il s'adresse à des étudiants. Or, il semblerait que cette population comprenne beaucoup plus d'entrepreneurs qu'on ne le croit : selon une enquête de Santander au Royaume-Uni, plus d'un quart – soit 375 000 personnes – créent ou souhaitent créer une activité pendant leur séjour à l'université, représentant un chiffre d'affaires annuel total de presque 500 millions de livres. Hélas, l'aventure s'arrête souvent à la remise du diplôme : seuls 2% persistent, tandis que 90% recherchent un emploi salarié.

Alors, la compétition qui est proposée aux étudiants représente aussi une incitation à persévérer dans leurs projets entrepreneuriaux, et acquérir de l'expérience en la matière. Pourquoi une banque se comporte-t-elle de la sorte ? Peut-être parce qu'elle prend conscience du besoin qu'elle aura demain de partenaires lui apportant les solutions innovantes qu'elle ne peut concevoir elle-même ? Ou peut-être parce qu'elle estime que ses futurs collaborateurs devront avoir une fibre de créateur d'entreprise ?

jeudi 19 novembre 2015

Number26 instaure le découvert à la demande

Number26
Comme beaucoup de ses consœurs, la néo-banque d'origine allemande Number26 interdit les découverts sur les comptes de ses clients, rejetant sans appel toute transaction qui ferait passer le solde dans le rouge. Parce qu'il est tout de même parfois utile de dépenser un peu plus que ce qu'on possède, elle va bientôt assouplir sa politique.

Évidemment, il est hors de question pour la startup de remettre en cause ses principes fondamentaux de transparence et de protection du consommateur. Aussi, lorsqu'elle annonce l'introduction [PDF] – à partir du 1er décembre – d'une possibilité de découvert, il ne faut pas être surpris si sa mise en œuvre est conçue pour procurer au client une maîtrise complète de ses choix, à un niveau jamais atteint à ce jour (y compris avec les récentes améliorations apportées en la matière par Boursorama, en France).

Concrètement, une nouvelle option va faire son apparition dans l'application mobile de la banque. Là, l'utilisateur découvre le montant maximal de découvert auquel il peut prétendre, en fonction d'un score de crédit établi en temps réel (dans la limite de 2 000 euros). Sur ce même écran, d'un geste du doigt, non seulement il décide s'il veut profiter de cette opportunité, mais il peut également choisir de limiter le « crédit » qu'il s'alloue effectivement, de manière à éviter tout dérapage dans les frais qu'il encourra.

Découvert dans l'application Number26

Ce n'est pas tout ! Dès la première opération qui lui fait entamer son découvert autorisé, le client reçoit une notification sur son téléphone, pour lui rappeler son choix (et l'inciter à la modération). De plus, il dispose en permanence d'une indication des intérêts dus (actualisée quotidiennement), selon son encours. Enfin, il peut modifier ses paramètres à tout moment afin, par exemple, de bloquer instantanément toute dépense supplémentaire au-delà du solde disponible, simplement en désactivant l'option.

Le concept de découvert bancaire est souvent décrié en raison de son caractère automatique, qui fait que des consommateurs en situation précaire se trouvent facilement pris dans une spirale de dette dont ils ne peuvent sortir. Pourtant, il s'agit aussi d'une solution de crédit à court terme pratique et facile d'accès, utile lorsqu'elle est exploitée à bon escient. L'approche de Number26 illustre brillamment comment ces avantages peuvent être mis à disposition de ses clients en réduisant les dangers associés.

Voilà toute la philosophie de la néo-banque résumée dans cette initiative : à travers ses efforts de transparence, elle se concentre sur les besoins réels de ses clients, en leur donnant le contrôle total et entier de leurs finances personnelles. La stratégie semble porter ses fruits, puisqu'elle a déjà conquis 70 000 personnes, en seulement 10 mois !

mercredi 18 novembre 2015

Le paiement mobile tourne en rond

Apple Pay
Depuis 2010, nous assistons à une véritable frénésie de créer la solution de paiement par mobile qui parviendrait à remplacer la (vieille) carte en plastique, voire les espèces. Aujourd'hui, l'objectif n'est toujours pas atteint et il semblerait que les idées commencent à manquer pour convaincre les consommateurs de changer leurs habitudes.

Il faut en effet se rendre à l'évidence. D'une part, aucune solution – parmi les centaines de porte-monnaie mobiles développés par des startups, par des institutions financières ou par des géants de l'internet (GAFA en tête) – ne réussit à s'imposer sur les téléphones des consommateurs. D'autre part, l'innovation est en panne dans le secteur : depuis le sursaut suscité par Apple Pay il y a un an, aucune approche nouvelle n'est apparue et les initiatives récentes persistent à recycler des recettes éculées et stériles.

Le fait est visible, par exemple, chez le porte-drapeau de la disruption, Apple : les dernières rumeurs font état de son désir de mettre en œuvre un outil de transferts d'argent de « pair à pair » (P2P). La belle affaire ! Tout au plus peut-on considérer que la marque à la pomme cherche à aligner son offre sur celle de la concurrence, car tous les acteurs de la terre touchant de près ou de loin aux paiements sont positionnés sur ce créneau. Et, surtout, les usages de ces solutions restent plutôt confidentiels…

Autre cas tristement caractéristique, celui de Chase Pay, lancé à grand renfort de communication par JPMorgan Chase. Voilà un énième porte-monnaie mobile, adossé à une carte de débit ou de crédit, sans la moindre originalité : le porteur confirme son règlement en présentant le QR Code affiché sur l'écran de son téléphone devant le lecteur du commerçant. La banque se flatte d'être partenaire de MCX, le consortium de la grande distribution américaine dont les propres aventures dans le domaine des paiements (sous le nom CurrentC) ne sont pas concluantes, pour le moins.

Introducing Chase Pay

Il faudrait encore s'arrêter sur les expérimentations, organisées ici et là par quelques institutions, autour du paiement sans contact sur smartphone. La seule nouveauté par rapport aux tests qui se succèdent depuis une dizaine d'années est l'adoption de la technologie HCE, qui permet de s'affranchir de la mainmise des opérateurs de télécommunication sur leur SIM sécurisée, en conservant les données de paiement dans les systèmes des banques, sans qu'elles circulent jamais sur les réseaux.

Enfin, que penser de ceux qui, comme RBC au Canada, reviennent à la charge avec un concept de porte-monnaie « étendu », intégrant des promotions et autres dispositifs marketing ? Les leçons du passé – à commencer par celles de Google et son « Wallet » au funeste destin – n'auront-elles donc servi à rien ?

Les stratégies sont variées, entre une extension fonctionnelle visant à développer l'usage du téléphone pour les échanges (Apple) et la réduction des coûts d'acceptation pour les commerçants (Chase), en passant par les programmes de fidélité (RBC) et … on ne sait trop quoi (avec HCE). Mais, outre qu'elles ont toutes été déjà tentées par le passé, elles ont, hélas, un autre point commun : elles ne font rien pour tenter d'améliorer l'expérience utilisateur, en dépit de quelques affirmations péremptoires (et parfois grotesques).

La prise de conscience devrait pourtant avoir commencé à prendre racine, après (au moins) 5 ans d'efforts intenses non récompensés. La réalité devient incontournable, aussi douloureuse soit-elle : aucune des solutions actuelles ne remplacera les moyens de paiement du XXème siècle, à défaut d'offrir un seul avantage suffisamment déterminant pour déclencher une transition massive et globale. En prolongeant cette logique, il faut croire que l'idée (réellement nouvelle) qui s'imposera reste probablement à inventer…

mardi 17 novembre 2015

Fluttrbox, l'Uber du drone pour les assureurs

Fluttrbox
Comme je le soulignais récemment, les opportunités que représente l'utilisation de drones n'échappent pas aux compagnies d'assurance. Désormais, elles stimulent aussi la création de startups aux modèles aussi séduisants qu'originaux, à l'image de Fluttrbox et son offre de cartographie à la demande et « crowdsourcée ».

Si, parmi les premières expérimentations (entre autres chez Allianz), la surveillance de sites difficilement accessibles, après un sinistre, semblait une évidence, il ne fallait pas beaucoup d'imagination pour envisager le survol d'une installation (plutôt commerciale ou industrielle) de manière à évaluer le risque qu'elle représente pour un assureur. Le seul frein possible à une telle application est, naturellement, le coût logistique de l'opération. Or, c'est justement sur ce point que l'approche de Fluttrbox fait la différence.

En effet, la plate-forme en ligne de la jeune pousse permet de solliciter le passage d'un drone afin d'établir un plan détaillé et collecter des mesures quantitatives sur un lieu donné (partout au Canada ou aux États-Unis). Il devient alors non seulement possible d'obtenir un relevé de l'état d'un site avant la conclusion du contrat et après l'éventuelle survenue d'un sinistre, mais également lors des renouvellements de police, dans le but, par exemple, d'ajuster les garanties selon le vieillissement des structures.

Pour l'assureur, les bénéfices sont considérables en comparaison des options dont il dispose actuellement (visites, accès au données cadastrales…). Il a d'abord la garantie d'avoir des informations précises (grâce à la qualité des caméras embarquées sur les drones) et récentes (régulièrement actualisées, le cas échéant, tout en conservant la totalité de l'historique). En outre, celles-ci sont accessibles partout et à tout moment, via le web, faisant de la sorte gagner un temps précieux aux utilisateurs.

Accueil Fluttrbox

Comment Fluttrbox peut-elle assurer un tel service de manière viable, à l'échelle d'un continent ? Après tout, maintenir une flotte de drones et la tenir prête à survoler – relativement rapidement – n'importe quel lieu suppose une infrastructure colossale, n'est-ce pas ? La réponse est en réalité très simple : l'entreprise ne possède aucun appareil en propre ! Tout comme Uber avec ses conducteurs, elle a recours à un réseau (pré-qualitfié) de pilotes disséminés aux quatre coins de l'Amérique du Nord.

En pratique, Fluttrbox prend en charge uniquement l'acquisition des licences nécessaires pour effectuer des vols à vocation commerciale. Dès lors, quand une demande de cartographie lui est soumise, elle la transmet immédiatement à l'un de ses « sous-traitants » proches de la zone visée. À l'issue de sa mission, celui-ci va transmettre les images brutes qu'il a capturées, qui sont ensuite re-travaillées et analysées par la startup et, finalement, envoyées au client avec toutes les données souhaitées.

Au-delà de la théorie, la startup annonce le lancement imminent d'une première expérimentation commerciale avec une compagnie d'assurance. Un nouveau mode d'évaluation du risque et des dommages est probablement en train de naître…

lundi 16 novembre 2015

Les opportunités de l'inclusion financière

Accenture
Pour une immense majorité de banques, offrir des services financiers aux populations sous-bancarisées est une activité non rentable, rangée dans la catégorie « philanthropie » ou « responsabilité sociale » de leurs rapports annuels. Une étude produite par Accenture et CARE International expose une autre réalité en devenir…

Selon les estimations de ses auteurs, l'inclusion financière pourrait en effet représenter un immense marché de 380 milliards de dollars de revenus additionnels, à l'échelle de la planète. Un peu plus de 70% (270 milliards) de ce « pactole » proviendrait des micro-entreprises et autres PME, et de leurs besoins de financement, le reste émanant de particuliers n'ayant pas (ou peu) accès à des services bancaires élémentaires. Et, grande nouveauté, ces activités peuvent désormais se révéler profitables.

Naturellement, ce sont principalement les technologies – pas toujours les plus élaborées, d'ailleurs – qui rendent possible ce « miracle », visible à travers un certain nombre d'initiatives autour du monde. Qu'il s'agisse de la banque mobile Kenyane M-Shwari (dérivée du porte-monnaie M-PESA) ou des solutions de crédit d'Alibaba en Chine, pour ne prendre que ces deux exemples, elles démontrent comment des acteurs maîtrisant parfaitement les outils numériques modernes peuvent changer la donne.

Cependant le « digital » et son impact sur l'efficacité des modèles ne résolvent pas tous les problèmes ! Les expériences réussies prouvent que le succès dans l'inclusion financière est une alchimie délicate, qui échappe fréquemment aux grandes institutions. Ainsi, savoir concevoir et mettre en œuvre une offre simplifiée – un impératif absolu pour en favoriser l'accessibilité – n'est pas nécessairement chose aisée pour des entreprises accoutumées à développer des produits et des processus complexes.

Étude Accenture + CARE International

Autre recommandation émise par le rapport d'Accenture, il devient indispensable pour les banques s'attaquant à ces marchés d'établir des collaborations avec des acteurs externes, car la mise à contribution de toutes les capacités existantes permet de mieux rationaliser et optimiser les opérations. C'est notamment le cas lorsque les exigences réglementaires de connaissance du client (« KYC ») sont assurées grâce aux données collectées par un opérateur de télécommunication (cas de M-Shwari).

Les perspectives commerciales de l'inclusion financière ont une caractéristique unique, en ceci qu'elles s'accompagnent également de bénéfices sociaux directs. L'impact positif de l'accès à des produits bancaires de base sur le développement des populations défavorisées n'est plus à démontrer. Voilà qui devrait donner une impulsion supplémentaire à de tels projets. Or, selon une enquête d'Accenture auprès de 30 établissements, moins d'un sur 4 a mis en place une stratégie cohérente en la matière.

Alors, comme d'habitude, le risque est grand que d'autres intervenants se saisissent de l'opportunité, entreprises de secteurs différents (e-commerce, telcos…) ou startups spécialisées (cf. le cas de Lenddo). Par ailleurs, si la première cible envisagée est celle des pays émergents, les personnes (et entreprises) fragiles des pays développés – y compris celles qui acceptent des offres pas toujours adaptées à leur situation et leurs besoins particuliers – mériteraient également des efforts du même ordre…

dimanche 15 novembre 2015

BankMobile veut toucher 1 milliard de personnes

BankMobile
En septembre 2015, plus d'un être humain sur 5 s'est connecté sur Facebook (soit un total de 1,55 milliard d'utilisateurs actifs). Pourquoi une banque n'envisagerait-elle donc pas de toucher 1 milliard d'individus ? Voilà le pari fou des fondateurs de BankMobile (que je présentais dans ces colonnes au printemps dernier).

Quand on connaît les difficultés rencontrées par les acteurs qui tentent d'imposer un modèle de banque focalisé sur des services mobiles, l'ambition peut paraître totalement démesurée. La conquête de clients s'avère en effet souvent plus difficile que prévu pour les startups qui se lancent dans l'aventure. Pourtant, les signes d'une évolution du marché commencent à émerger : en particulier, BankMobile confirme qu'elle dépassera son objectif de 25 000 comptes ouverts dans sa première année d'existence.

Ces débuts sont certes encourageants mais n'ont aucune commune mesure avec la cible annoncée. Alors, comment compte s'y prendre l'entreprise pour parvenir à ses fins ? Les moyens qu'elle met en œuvre aujourd'hui en donnent probablement un aperçu. C'est le cas, entre autres, de sa campagne d'« essai avant engagement » : les consommateurs curieux mais hésitant à ouvrir un compte sont ainsi invités à devenir simples « membres », de manière à prendre le temps de connaître l'établissement, en profitant régulièrement de conseils financiers et d'offres spéciales.

Et les promesses de la prochaine version de l'application de BankMobile procurent des indices supplémentaires. L'évocation de partenariats avec Biz2Credit – une place de marché de crédit pour les PME – et avec RobinHood – solution de trading non conventionnelle – laisse de la sorte entrevoir une logique de plate-forme qui permettra à la jeune banque d'enrichir son offre rapidement et, surtout, d'adapter celle-ci à l'extraordinaire diversité de clientèle qu'implique sa volonté d'expansion.

La révolution BankMobile

En réalité, une telle démarche d'assemblage de composants fournis par des tiers constitue la seule option disponible lorsqu'il est question de concevoir un socle de services bancaires susceptible de répondre aux attentes d'une population immense, à une ère où les produits standardisés sont non seulement rejetés par les utilisateurs – réclamant des solutions ultra-personnalisées – mais sont également menacés par l'apparition d'offres spécialisées – dédiées à toutes sortes de niches de besoins.

Et là réside la véritable leçon à tirer de cet exemple, indépendamment de l'avis qu'on porte sur les déclarations des dirigeants de BankMobile. À l'instar de la plupart des startups contemporaines (quel qu'en soit le domaine d'activité), leur vision de la banque du XXIème siècle repose, dès l'origine, sur la combinaison d'une approche globale (et sans frontières) avec une large palette de services « sur mesure ». À partir de là, plus rien n'empêche de rêver à atteindre les mêmes sommets que Facebook ou iTunes…

samedi 14 novembre 2015

Un dollar pour dire merci, avec One Cash

One Cash
Peut-être parce que ce vendredi 13 novembre devait être la journée de la gentillesse et non se terminer par une soirée de la barbarie, je vous présente aujourd'hui One Cash, une petite application permettant de marquer (financièrement) sa gratitude à quiconque possède un compte Twitter, de manière très simple et (légèrement) ludique.

Réservé aux porteurs américains de cartes de débit ou de crédit, le service n'est donc pas destiné – contrairement à une multitude de solutions similaires – à faciliter les échanges d'argent entre proches. L'objectif de One Cash est plutôt d'offrir un moyen de rétribuer, de manière plus ou moins symbolique, les créateurs de contenus non commerciaux, qu'il s'agisse de producteurs de vidéos en tout genre (de YouTube à Vine), de photographes partageant leurs œuvres, d'auteurs publiant leurs textes sur le web…

En pratique, les bienfaiteurs en puissance s'inscrivent dans l'application via leur compte Twitter, après quoi il ne leur reste qu'à fournir les informations de leur carte bancaire. Dès lors, quelques gestes suffisent pour envoyer un peu d'argent à une personne, connue ou inconnue, sans aucun frais (pour l'instant ?) : saisie de son identifiant Twitter et d'un court message d'accompagnement, suivi d'un (ou plusieurs) « swipe(s) » sur l'écran, chacun correspondant à un transfert d'un dollar.

One Cash sur iPhone

Si le destinataire n'est pas encore enregistré sur la plate-forme, il reçoit un tweet de notification et les instructions d'installation de l'application. Cette dernière lui permet de répondre à ses donateurs (avec un selfie de remerciement), de suivre la situation de son compte et d'encaisser ses gains, à tout moment. Par ailleurs, les bénéficiaires ont également à leur disposition une option de création d'une page de profil personnalisée, grâce à laquelle ils vont pouvoir solliciter les contributions de leurs fans.

En dehors de son positionnement spécifique et de son expérience utilisateur simplifiée à l'extrême (il n'est même pas prévu une confirmation du paiement), l'approche de One Cash présente une autre particularité notable. Car, en dépit de son exploitation de Twitter afin d'identifier les internautes, la startup adopte un fonctionnement plus proche des outils de messagerie instantanée – très en vogue actuellement, comme l'illustre le succès de WhatsApp – embarqué dans une application dédiée.

Au-delà de l'effet de mode qui l'influence, ce choix prolonge aussi un mouvement perceptible de désaffection vis-à-vis des tentatives de déployer des outils de paiement directement au cœur du réseau social. Les différentes expérimentations en la matière n'ayant visiblement pas réussi à conquérir les consommateurs, il est certainement plus sage de changer de stratégie et envisager de nouveaux modèles…

vendredi 13 novembre 2015

La banque gardienne de l'internet des objets ?

ABN AMRO
À défaut d'opportunités immédiates dans le domaine, les banques pourraient tout de même jouer un rôle important dans le développement de l'internet des objets, en devenant les garantes de la protection des données qu'il génère. C'est, en tous cas, la thèse que défend un responsable de l'innovation chez ABN AMRO dans un billet de blog.

Le point de départ de la réflexion de Bram Gerrist émerge d'une double évidence. D'une part, l'actualité expose presque tous les jours des cas de détournement de données, de prise de contrôle de systèmes informatiques ou d'infiltration criminelle dans les réseaux des plus grandes organisations. De l'autre côté, les analystes affirment que des milliards d'objets connectés, capturant tous les détails de notre vie quotidienne, vont bientôt envahir notre environnement (pour notre plus grand bien, naturellement).

Les premiers indices de la dangereuse convergence de ces deux phénomènes sont apparents dès maintenant. Dans la seule sphère privée, les exemples vont du piratage des systèmes d'assistance à la conduite – susceptible de provoquer un accident de la route – aux attaques sur les modules de surveillance de bébés, en passant par les innombrables affaires de pillage de données en tout genre, dont les possibilités d'exploitation se multiplient avec la croissance exponentielle de l'économie numérique.

Face à ces menaces, il n'est qu'une option envisageable : intégrer la sécurité et la protection de l'information dès l'origine, dans la conception même de cet internet des objets naissant (donc aujourd'hui). Et avant toute mise en œuvre « industrielle », des principes de base devraient d'abord être instaurés, qui adressent, par exemple, les questions (épineuses) de la nature des données capturées, de leur propriété, de la responsabilité des différents acteurs impliqués dans la chaîne de valeur…

Internet des Objets

Pour B. Gerrist, l'absence de politique claire et transparente en la matière conduirait à une défiance des consommateurs, qui pourrait être fatale à l'internet des objets. Pourtant, si le passé est une quelconque indication, ce n'est vraisemblablement pas le pire des risques encourus : il est beaucoup plus probable que les utilisateurs ne prêtent pas suffisamment attention aux dangers inhérents à leur addiction aux applications des gadgets connectés et que la cybercriminalité prolifère sur cette négligence.

Quoi qu'il en soit, le responsable d'innovation d'ABN AMRO voit un rôle pour la banque dans la mise en place de ces mesures de protection indispensables. Malheureusement, son argumentaire s'arrête là et il ne précise pas quelle forme pourrait prendre une telle intervention. Il est en effet difficile d'imaginer comment une banque participerait à la sécurisation des objets proprement dite. Son parallèle avec le modèle historique du coffre-fort peut néanmoins laisser entrevoir une approche possible.

Imaginons ainsi un nouveau métier, de gardien des données personnelles produites par les appareils des consommateurs, assumant dans le même temps un rôle de courtier vis-à-vis des entreprises et applications utilisatrices. Leur expertise de la sécurité et la confiance dont elles jouissent auprès des consommateurs constitueraient alors deux piliers de la légitimité des institutions financières dans cette position. En revanche, il y aurait urgence à agir avant le déferlement (imminent) des objets connectés et aucune banque ne semble pour l'instant désireuse de saisir l'opportunité…

jeudi 12 novembre 2015

Demain, quelle protection des travailleurs ?

Lyft
Si les stars de l'économie du partage bousculent les acteurs traditionnels, elles se distinguent aussi par leur capacité à transformer en profondeur nos modes de travail. À terme, certains analystes nous promettent même que l'auto-entrepreneuriat prédominera sur le salariat. Il faudra cependant d'abord ré-inventer les systèmes de protection.

Selon certaines estimations, plus de 50 millions d'américains pourraient être aujourd'hui considérés comme des travailleurs indépendants (et le reste du monde suit la tendance très rapidement). Un tel niveau n'est pas si surprenant quand on mesure l'extraordinaire développement d'entreprises telles qu'Uber, dont les fondations reposent sur des chauffeurs non salariés, qui peuvent choisir librement de conduire pour la startup quelques heures par semaine ou en faire une activité à temps plein.

Or, depuis quelques mois, plusieurs affaires ont fait ressortir – ici et là – les premières tensions sur ces approches émergentes. Ainsi, des voix s'élèvent, entre autres, pour demander une re-qualification des contrats de sous-traitance en vigueur aujourd'hui en véritables emplois salariés. Un des principaux arguments de ces « empêcheurs de tourner en rond » est que les sociétés en cause profitent de leurs méthodes pour limiter leurs coûts, notamment en matière de protection sociale des travailleurs.

Alors, un groupement multi-partites – comprenant représentants des pouvoirs publics, chercheurs, associations et entreprises de la nouvelle économie (dont l'une des plus emblématiques est Lyft, une concurrente d'Uber) – s'est constitué pour tenter de répondre aux interrogations (légitimes) que posent les modèles d'emploi non conventionnels. Sa première manifestation d'existence est la publication d'une déclaration commune, qui a le mérite de poser les bases des problèmes à résoudre.

Conducteur Lyft

Le principe fondamental sur lequel s'appuie le texte est de considérer que la flexibilité permise par les nouvelles organisations du travail est bénéfique pour les individus, à condition qu'elle ne se conquière pas au détriment d'une certaine sécurité financière. Celle-ci est matérialisée par un ensemble d'avantages sociaux – assurance santé, protection contre le chômage, congés payés… – qui ne devraient pas être remis en question, car ils restent indispensables lorsque survient un imprévu dans la vie.

Pour les signataires, la réponse à ce défi passera par la création d'un système de protection adapté, universel, indépendant, transverse et, surtout, portable. Ce dernier critère est en effet essentiel pour un monde dans lequel chaque personne pourra passer d'un micro-contrat à un autre, au gré de ses besoins et des opportunités. Une fois cette idée posée, il reste de nombreuses difficultés à résoudre : qui finance, selon quelles modalités, quelle organisation pour administrer, quel cadre réglementaire… ?

Étonnamment (ou pas ?), aucune compagnie d'assurance ou de prévoyance (ou leurs équivalentes américaines) n'est associée à l'initiative. Ces entreprises sont pourtant concernées au premier chef, puisque c'est peut-être également l'avenir (d'au moins une partie) de leurs métiers qui se joue ici. Et elles devraient prendre garde à l'évolution qui se dessine car, si elles n'agissent pas rapidement, elles se feront immanquablement doubler par des acteurs plus agiles, maîtrisant parfaitement les enjeux à adresser.

Par ailleurs, au-delà de l'assurance, d'autres secteurs auraient tout autant intérêt à se préoccuper de la transformation du monde du travail. Pour ne prendre qu'un exemple, si les banques s'en tiennent à leurs vieilles méthodes de scoring, comment pourront-elles vendre leurs crédits aux millions de non salariés qui souhaiteront acquérir un logement ? Là encore, il ne faut pas s'y tromper, de nouveaux entrants seront prêts à répondre à leurs besoins et à s'emparer des marchés qui leurs seront laissés grand ouverts…

mercredi 11 novembre 2015

Mighty, le crowdfunding au service de la justice

Mighty
Les États-Unis sont connus pour un système judiciaire qui tend à favoriser les nantis au détriment des personnes moins aisées. À New York, une jeune pousse un peu idéaliste, Mighty, se donne pour mission de corriger ce déséquilibre pour les procédures civiles, en offrant une solution de financement originale aux plaignants en difficulté.

Un cas d'usage typique est celui des litiges concernant les accidents corporels. Les délais de résolution devant les tribunaux sont extrêmement longs, laissant les victimes sans ressources, parfois pendant plusieurs mois (notamment en cas d'incapacité de travail). La partie adverse – pour qui l'attente n'a aucune conséquence – va souvent profiter de cet état de fait pour proposer un règlement amiable à moindre frais, représentant une fraction infime du dédommagement qui pourrait être légitimement espéré.

Dans une telle situation, le demandeur – conseillé par son avocat – va initier une « campagne » sur le site de Mighty, dans laquelle il décrit les détails de son cas et le montant dont il a besoin afin de mener l'action judiciaire à son terme. Dès lors, les « investisseurs » – qui doivent préalablement démontrer une expertise légale et sont majoritairement des professionnels à la recherche de revenus complémentaires – offrent leur contribution aux affaires qui les intéressent, en fixant leurs conditions financières.

Le modèle repose en effet sur un crédit. Les taux habituellement pratiqués – entre 20 et 30% – peuvent sembler extraordinairement élevés, mais les modalités des prêts consentis justifient ces niveaux. Ainsi, la principale règle du jeu est que le remboursement n'est exigé que si le bénéficiaire obtient gain de cause devant les tribunaux. D'autre part, le financement ne peut dépasser 10% du montant total des dommages réclamés (dont le bien-fondé est naturellement jugé par les investisseurs). L'objectif sous-jacent est d'éviter absolument un endettement incontrôlé des utilisateurs.

Accueil Mighty

Le résultat est un système dans lequel toutes les parties sont gagnantes : les victimes recueillent les moyens de réclamer l'indemnisation à laquelle elles peuvent prétendre, tandis que les investisseurs, s'ils font des choix avisés, perçoivent une rémunération attractive, en contrepartie de leur soutien à des causes « justes ». Et, moins de 2 mois après son lancement officiel, le service semble toucher sa cible : le montant total financé a déjà franchi la barre du million de dollars (correspondant à quelques 200 dossiers d'une moyenne de l'ordre de 5 000 dollars chacun).

L'un des aspects les plus passionnants de la FinTech – à mon sens – est celui qui permet à des entrepreneurs d'exploiter les capacités d'automatisation offertes par les technologies pour démocratiser l'accès à des produits jusqu'à maintenant hors de portée d'une partie des consommateurs. Or, au-delà de la seule inclusion financière, qui représente un important facteur de réduction des inégalités sociales, Mighty démontre brillamment comment il est désormais possible d'agir encore plus directement sur les petites anomalies qui entachent le fonctionnement des sociétés modernes.