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C'est pas mon idée !

jeudi 10 mars 2022

L'état consternant de l'informatique bancaire

KeyBank
Il est souvent difficile de comprendre l'état réel dans lequel se trouve l'informatique bancaire et peu de personnes, même en interne, réalisent l'étendue de son inadéquation avec les enjeux d'aujourd'hui. Une information apparemment anecdotique à propos de l'américaine KeyBank nous procure l'occasion d'apporter un éclairage sur le sujet.

Classé vingt-quatrième aux États-Unis, l'établissement, sans être géant, est de taille respectable, avec ses 1 200 agences et 18 000 employés au service d'une clientèle diversifiée de particuliers, d'entreprises, des plus petites au plus importantes, et d'investisseurs. L'objet de mon attention ici est la déclaration de son responsable de l'automatisation robotique des processus (RPA), qui veut renforcer son équipe cette année, pour atteindre 120 à 130 personnes – ce qui, au vu du marché de cette catégorie de produits, est probablement représentatif du secteur, au-delà du cas d'espèce.

Le principe de ces outils consiste à faciliter la création, le déploiement et l'exploitation de robots logiciels capables de simuler et reproduire les gestes et activités d'un être humain dans ses interactions avec une ou plusieurs applications. Ils sont de la sorte mis en œuvre pour prendre en charge, plus rapidement et plus efficacement, les tâches répétitives. Au fil de leur sophistication, notamment à travers l'introduction de facultés d'intelligence artificielle, ils appréhendent des fonctions de plus en plus élaborées.

Que nous apprend donc le niveau d'efforts que consacre KeyBank à ce genre d'approche ? En premier lieu, il renseigne sur la situation de ses opérations. Avec une douzaine d'équipes de 10 spécialistes chargés du développement et de l'exécution d'automates, on peut aisément supposer que le périmètre à couvrir comprend vraisemblablement plusieurs centaines de processus susceptibles d'optimisation, dans une mesure suffisante pour justifier une intervention relativement coûteuse.

KeyBank – A Different Kind of Change

En se projetant à l'échelle de l'organisation, on peut ainsi estimer que, pour l'essentiel, la banque, puisqu'elle doit recourir aux RPA afin d'éliminer les carences qui requièrent actuellement des traitements manuels, fonctionne sur la base d'une architecture en silos, découpée par applications plus ou moins indépendantes les unes des autres, sans alignement clair avec les processus en vigueur ni avec la manière dont les utilisateurs, collaborateurs et clients, exploitent ses services… c'est-à-dire obsolète.

Plus gênant encore, la solution adoptée expose directement KeyBank (et toutes les institutions financières qui suivent un chemin similaire) à la paralysie létale que j'évoquais autrefois sous un angle seulement théorique. Imaginez en effet le parc applicatif dans quelques années, après le passage des professionnels du RPA sur la plupart des processus et sur les logiciels qui les propulsent. Imaginez les dépendances qui auront été créées entre tous ces composants et avec le moteur de robotisation… Il sera impossible de remplacer quoi que ce soit sans craindre de voir l'édifice s'effondrer.

Étonnamment, les coupables d'une erreur si grossière et fondamentale sont fréquemment les mêmes qui vantent les vertus de l'agilité et de la flexibilité, qu'elles affirment sans sourciller introduire au cœur de leur modèle opérationnel. Or ces qualités, indispensables à la survie dans le monde « digital » contemporain, en constante évolution, nécessitant de s'adapter au mieux à chaque client individuel, sont absolument incompatibles avec une approche industrielle des RPA. Comment peut-on ne pas le voir immédiatement ?

mercredi 9 mars 2022

NeuroProfiler anticipe les futures exigences ESG

Neuroprofiler
En application d'une nouvelle réglementation adoptée par la Commission Européenne, les questionnaires de qualification préliminaires à un investissement devront, à partir d'août prochain, inclure une évaluation de la sensibilité aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). NeuroProfiler est déjà prête.

Fidèle à sa mission de toujours, la jeune pousse a développé ESGprofiler selon ses principes de finance comportementale. Au lieu de soumettre des questions explicites (« vous inquiétez-vous de l'impact de votre portefeuille sur le climat ? »), dont les réponses sont automatiquement entachées de biais nuisibles à la cible réelle visée, elle élabore un parcours ludique, où l'utilisateur se voit confronté à des situations concrètes (bien qu'hypothétiques), sur lesquelles il est appelé à exprimer son ressenti, presque instinctif : « comment répartiriez-vous votre capital entre une entreprise de l'économie circulaire et un spécialiste de la préservation des écosystèmes marins ? ».

Les bénéfices d'une telle approche sont doubles. D'une part, le format retenu permet de rendre cette partie délicate d'une entrée en relation moins rébarbative et donc moins propice aux abandons prématurés. D'autre part, le résultat obtenu est plus objectif et beaucoup plus susceptible de correspondre à la nature profonde de l'investisseur. Dans le cas présent, l'enjeu est de pouvoir proposer un produit aligné au mieux avec les préférences identifiées et ainsi assurer une plus grande satisfaction à long terme.

Sur ce plan, NeuroProfiler prend soin, lors de son déploiement, d'adapter sa solution au catalogue de son client, de manière à optimiser ces correspondances. Grâce à ce niveau de personnalisation, qui facilite la remise en contexte pour les consommateurs, elle peut afficher des retours d'expérience percutants, citant par exemple une augmentation de 30% des ventes de produits ESG, en parfaite adéquation avec les préoccupations montantes de la population vis-à-vis de la destination de son épargne.

Neuroprofiler - ESGprofiler

Selon les observations de ses concepteurs, ESGprofiler joue également un rôle pédagogique, d'autant plus apprécié que nombreuses sont les personnes qui s'estiment mal informées sur l'investissement durable, souvent présenté sous un angle réglementaire farci de jargon incompréhensible. À travers son traitement par cas pratiques, qui est aussi développé au sein d'un module complet dédié à l'éducation financière, l'outil autorise aussi une première découverte des différentes facettes de la thématique.

À l'instar de l'appétence au risque, les facteurs environnementaux et sociaux encadrés par le nouveau texte seront abordés sous deux perspectives distinctes par les acteurs du secteur. Il y aura ceux qui se contentent d'en respecter la lettre et il y aura ceux qui cherchent en plus à en appréhender l'esprit. Les premiers le prendront uniquement comme une contrainte, dont ils reporteront sans états d'âme la lourdeur sur leurs clients. Les seconds y trouveront une opportunité (des startups l'ont d'ailleurs mis en œuvre sans attendre) et gagneront encore quelques points de confiance… et de performance…

mardi 8 mars 2022

Atomic, une API universelle de la paye

Atomic
Si l'ouverture des services bancaires progresse dans le monde, elle n'est pas la seule option disponible pour ses utilisateurs potentiels. Atomic, qui vient de finaliser une importante levée de fonds, estime ainsi que ses interfaces avec les systèmes de paye américains leur procure une approche parfois plus intéressante ou simplement plus efficace.

Sans faire de bruit, la jeune pousse a développé un service presque universel, aujourd'hui connecté à plus de 450 plates-formes du marché qui lui donnent accès aux bulletins et versements de salaires d'environ trois quart de la population active des États-Unis, soit 125 millions de travailleurs. Adopté par quelques 70 partenaires – institutions financières, startups de la FinTech et autres entreprises technologiques –, il avait déjà supporté les interactions de 17,5 millions d'entre eux à la fin de l'année passée.

Parmi les applications les plus anciennes et les plus populaires de la solution, figure la capacité de changer facilement, et en toute sécurité, la domiciliation des rémunérations. Particulièrement appréciée des nouveaux entrants proposant un compte courant, qui l'intègrent en quelques lignes de code, elle les aide à convaincre leurs clients occasionnels d'en faire leur fournisseur principal : après identification sur l'outil de paye retenu par l'employeur, la procédure de transfert est prise en charge automatiquement.

Une autre catégorie d'usages mise en avant relève plutôt de la collecte et de la vérification de données personnelles : qu'il s'agisse d'éléments d'identité élémentaires ou, plus fréquemment, de la situation professionnelle et des revenus, dont il est évidemment plus logique de les consulter directement à la source, les opportunités de recours sont nombreuses, notamment par les bailleurs ou par les opérateurs de crédit en tout genre, y compris sur les modèles émergents, tels que le paiement fractionné…

Accueil Atomic

Les possibilités sont loin d'être épuisées et beaucoup parmi celles-ci ne sont envisageables que grâce aux informations exclusives captées, en complémentarité, plus qu'en concurrence, avec l'« open banking ». En ligne de mire, Atomic vise par exemple les acteurs qui développent des produits d'avance sur salaire ou bien, à travers une collaboration originale avec un spécialiste des taxes (Column Tax), la récupération anticipée des crédits d'impôts (qui, en l'état, constitue un cauchemar administratif).

La généralisation progressive de l'économie des données, qui voit se multiplier ses pourvoyeurs et ses exploitants, ouvre des perspectives positives, dans le cas qui nous intéresse autour de l'inclusion financière, entre autres, mais également négatives. En effet, cette prolifération tous azimuts peut susciter des inquiétudes légitimes quant au risque de perte de contrôle sur sa vie privée de la part du consommateur, même si elle est, en principe, protégée par la réglementation. De ce point de vue, les initiatives en matière d'identité digitale qui replacent l'individu au centre deviennent urgentes…

lundi 7 mars 2022

L'informatique quantique infiltre l'assurance

CaixaBank
Jusqu'à maintenant cantonnée essentiellement à des expérimentations, l'informatique quantique progresse doucement vers des usages opérationnels. Au vu de ses résultats, CaixaBank, qui affirme être la première dans le monde à l'aborder dans le secteur de l'assurance, envisage désormais sérieusement un déploiement en production.

Comme toujours avec les annonces spectaculaires dans le domaine, la réalité est légèrement moins reluisante qu'il n'y paraît. D'une part, le groupe espagnol met en œuvre le système hybride de D-Wave, qui non seulement, comme son nom l'indique, combine technologies quantique et traditionnelle, mais dont, en outre, la qualification de son approche est sujette à polémique. D'autre part, la cible visée, bien que faisant partie des métiers de l'assurance, reste centrée sur les portefeuilles d'investissement.

En l'occurrence, c'est la division « vie » (VidaCaixa) de l'établissement qui a engagé une série de tests avec la version infonuagique des infrastructures de son partenaire. Portant plus spécifiquement sur l'optimisation des allocations obligataires et sur la couverture de risques, les algorithmes développés pour l'occasion, qui prennent en compte les particularités de la programmation quantique, ont démontré l'avantage significatif que représentent ces outils, indépendamment des débats théoriques qu'ils suscitent.

Classiquement, les bénéfices concernent surtout la performance, dans un rapport qui, dans des conditions idéales, peut atteindre 1 à 10. Certains traitements qui prennent habituellement plusieurs heures sont alors effectués en quelques dizaines de minutes. Ces gains autorisent une meilleure réactivité aux mouvements de marché mais aussi une plus grande complexité des modèles mathématiques implémentés, permettant d'affiner la qualité des projections et, dans un cas au moins, améliorer la rentabilité de 10%.

CaixaBank + D-Wave

CaixaBank s'intéresse à l'informatique quantique depuis longtemps et a constitué une équipe pluridisciplinaire dédiée dès 2019, dont la mission est d'en explorer les opportunités dans tous ses métiers, notamment autour de l'analyse de données, la cryptographie, la lutte contre la fraude, la maîtrise des risques… En dépit de ses multiples expérimentations, elle n'a toutefois aucune application en production à ce jour. Ces derniers essais, très concluants et par ailleurs déclinables dans d'autres activités que l'assurance, pourraient provoquer le début d'une transition dans les prochains mois.

Pour la plupart des institutions financières, l'informatique quantique est une hypothèse lointaine, qui mérite d'être surveillée mais ne sera pas effectivement exploitable avant de longues années. Pour les plus audacieuses, il n'est pas nécessaire d'attendre pour mettre un pied dans un univers, qui, de toutes manières, s'avère difficile à appréhender et à dompter, et les avantages incrémentaux qu'il est possible de dégager aujourd'hui n'ont pas qu'une valeur d'apprentissage : de plus en plus, au fil des tentatives, ils paraissent susceptibles d'avoir un impact concret à court terme sur la compétitivité.

dimanche 6 mars 2022

Westpac nomme un directeur de sa « BaaS »

Westpac
Après des débuts un peu laborieux, la démarche de transformation par un modèle de « banque en service » (« BaaS ») de Westpac, enclenchée à la fin 2019, semble aujourd'hui prendre son régime de croisière, avec la nomination d'un directeur dédié, venant de la sorte coiffer une équipe qui s'étoffe rapidement depuis ces derniers mois.

Tout au plus appréhendée du bout des lèvres par la majorité des institutions financières, l'hypothèse d'une approche différente de la banque – intégrée dans les expériences utilisateurs d'entreprises totalement étrangères au secteur, au cœur desquelles l'une ou l'autre de ses composantes est nécessaire et d'autant mieux valorisée qu'elle s'y fait invisible – est prise suffisamment au sérieux pour que celle qui se présente comme la plus ancienne d'Australie choisisse d'en faire désormais une activité à part entière.

Conçue et développée sur la base de la technologie de 10x et en collaboration avec quelques autres jeunes pousses de la FinTech (dont FrankieOne pour l'enrôlement et Feedzai pour la gestion de risques), la plate-forme ouverte de Westpac commence à prendre pied sur le marché. Son premier client est AfterPay, un des leaders mondiaux du paiement fractionné, et des discussions avancées sont en cours avec, entre autres, SocietyOne, un pionnier du crédit en ligne, né sur la vague du financement participatif.

Pour l'instant, ce sont principalement des capacités de banque du quotidien qui sont recherchées par les prospects, souvent sous la forme d'une offre de compte courant assorti de ses moyens de paiement (AfterPay inclut également un produit d'épargne), mais Westpac est déjà prête à mettre à leur disposition un catalogue étendu. Parmi différentes explorations, elle indique notamment qu'elle devrait compter, d'ici à la fin de l'année, au moins un client embarquant sa solution de crédit hypothécaire.

Westpac – Banking as a Service

S'il faut en croire ces débuts prometteurs, de nombreux acteurs, de tous horizons, sont fortement demandeurs de possibilités d'insérer des outils financiers dans leur propre palette et les établissements traditionnels qui restent timides sur le sujet sont peut-être en train de manquer des opportunités séduisantes. Westpac souligne notamment son intérêt à capter ainsi une clientèle qui lui échappe aujourd'hui (par exemple les plus de 3 millions d'utilisateurs d'AfterPay), en majorité jeune et donc attractive.

Naturellement, il existe aussi un recouvrement potentiel… susceptible de se transformer en concurrence. C'est la raison pour laquelle la division « banking as a service » conserve une bonne dose d'autonomie vis-à-vis de Westpac. En tout état de cause, la stratégie adoptée, reflétée par les récentes promotions, consiste clairement à mettre en place une organisation hautement spécialisée, axée sur une vision indépendante de produits bancaires enfouis, probablement perçue comme menaçante par les conservateurs.

samedi 5 mars 2022

Argent et santé, les liaisons dangereuses

Nationwide
Une enquête menée par Nationwide (au Royaume-Uni, donc) auprès d'un échantillon de 2 000 travailleurs indépendants révèle l'impact direct sur leur santé de leur précarité financière. Elle souligne non seulement la valeur de l'assurance, que vise à promouvoir l'institution, mais également l'impératif d'une meilleure gestion budgétaire.

Alors que la proportion de freelances dans la population active atteint désormais des niveaux importants dans tous les pays du monde, leur protection sociale commence à revêtir des enjeux sociétaux considérables, qu'il va devenir difficile de continuer à ignorer longtemps. En particulier, en l'absence de mécanismes équivalents à ceux qui permettent généralement aux salariés de percevoir toute ou partie de leur rémunération en cas de maladie ou d'accident, ils prennent des risques graves pour leur avenir.

Ainsi, parmi les personnes interrogées par Nationwide, presque 6 sur 10 indiquent avoir déjà choisi de travailler en dépit d'une affection ou d'une blessure et un tiers d'entre eux confirment ne pas avoir respecté la prescription de leur médecin, ne possédant pas les moyens de faire face à la perte de recettes d'un arrêt de travail. Plus inquiétant encore, ils sont 43% à déclarer qu'ils retarderaient une visite médicale, pour les mêmes raisons financières, y compris dans l'hypothèse où ils craindraient un diagnostic sévère.

S'ils devaient interrompre leur activité professionnelle, 30% des sondés affirment n'avoir aucune réserve financière pour faire face à leurs obligations et à peu près autant indiquent qu'ils se contenteraient de l'indemnité statutaire (environ 100 livres par semaine), en reconnaissant qu'elle serait loin de suffire à leurs besoins. Cette insécurité permanente a naturellement des conséquences psychologiques et une majorité (64%) se disent angoissés devant la perspective d'une incapacité de 4 semaines ou plus.

Nationwide – Wealth vs Health

Face à une situation aussi préoccupante, susceptible d'avoir des répercussions à long terme et à grande échelle, Nationwide défend en priorité sa solution d'assurance de maintien des revenus, destinée à tous ceux qui ne bénéficient d'aucune couverture santé de la part d'un employeur. Bien que ce type de produit soit maintenant relativement bien établi, il ressort que 32% de ses bénéficiaires potentiels en méconnaissent toujours l'existence ou le principe et à peine plus d'un quart ont effectivement souscrit.

Cependant, aussi utile soit cette approche, elle mériterait d'être inscrite dans une vision beaucoup plus large de la problématique. Le véritable défi à relever est de fournir aux travailleurs indépendants des outils capables de les accompagner dans leur vie au quotidien, en prenant en compte la spécificité que représentent leurs rentrées d'argent variables et parfois incertaines. Plus encore que les salariés au rythme stable, ils requièrent une aide active et opérationnelle pour la constitution d'une épargne de précaution, l'anticipation des imprévus, la préparation de projets au long cours…

vendredi 4 mars 2022

Le trading gratuit cherche son modèle

FreeTrade
En quelques années, dans le sillage de RobinHood, la gratuité s’est répandue dans l’univers du trading, touchant désormais aussi les établissements historiques. Aucun modèle économique sérieux ne s’est pourtant imposé, jusqu'à maintenant, en substitution aux frais classiques, celui du pionnier ayant même un temps créé la polémique. Au Royaume-Uni, FreeTrade expérimente une nouvelle idée.

En l’occurrence, la jeune pousse entend profiter du marché (existant) des prêts de titres, qui permet notamment à des investisseurs de réaliser des opérations d’arbitrage ou des ventes à découvert, sans avoir à acquérir en propre les instruments sur lesquels elles portent (et donc à immobiliser des liquidités), moyennant le paiement d’un loyer. Ce dernier constitue de la sorte une source de revenus secondaire pour le propriétaire des actifs. Dans le cas de FreeTrade, qui n’est qu’un intermédiaire, ce sont naturellement les portefeuilles de ses clients qui alimenteraient ses transactions.

Dans cette perspective, la startup met à jour ses conditions d’utilisation afin d’inclure cette option. Concrètement, le million d’utilisateurs de sa plate-forme devront accepter, pour continuer à en bénéficier après le mois de juin, que les titres qu’ils acquièrent par son intermédiaire puissent faire l’objet de prêts, à sa convenance. Des garde-fous, aux contours standards, sont mis en place pour, par exemple, maintenir le versement des dividendes ou suspendre les transferts dans le cas de prise de décision importante (dans une assemblée générale ou autre) concernant un support spécifique.

Accueil FreeTrade

Le dispositif ne peut cependant pas écarter totalement les risques de défaut, même s’ils sont extrêmement faibles avec des outils exploités principalement par des acteurs institutionnels. Dans l’hypothèse de non restitution des titres empruntés, FreeTrade prendra en charge la liquidation des cautions qu’elle aura reçues en dépôt. Mais elle ne peut que promettre de faire alors tout son possible dans le but de restaurer les positions de ses clients affectés. En cas d’incident, ceux-ci pourraient ainsi se trouver victimes d’interférences indésirables sur leurs stratégies de placement et d’épargne.

Sans surprise, les solutions présentées comme gratuites s’avèrent toujours avoir un coût, sous une forme ou une autre. Néanmoins, un avantage de l’approche retenue par FreeTrade (surtout par rapport à RobinHood) est sa transparence : non seulement ses utilisateurs sont-ils prévenus clairement de son mode de fonctionnement et de ses éventuels impacts sur leurs usages mais ils seront en outre informés régulièrement de sa mise en œuvre effective, via l’inclusion dans leurs relevés mensuels des détails des prêts consentis sur leurs actifs et des garanties correspondantes.

Il reste à voir comment les clients réagiront à une telle initiative, en particulier ceux qui ne sont pas très familiers des pratiques du secteur et qui pourraient s’inquiéter de mécanismes un peu obscurs. Enfin, il est également intéressant de comparer la démarche de FreeTrade avec celle de Sharegain (adoptée par Citi), qui vise, à l’inverse, à donner directement aux consommateurs accès au prêt de titres et leur offre ainsi plus de contrôle, à la fois sur les contrats exécutés et sur les rétributions associées.

jeudi 3 mars 2022

La digitalisation en 3 étapes

Gartner
Bien qu'elles poursuivent leurs efforts depuis de longues années, les institutions financières sont loin d'avoir achevé leur transformation « digitale ». Michael Horney, pour Gartner, leur présente le chemin restant à parcourir et détaille pour ce faire les trois étapes qui leur permettront d'atteindre le but ultime : les services enfouis.

Pour beaucoup (trop) d'entreprises de la banque et de l'assurance, l'enjeu des mutations observables dans le monde qui nous entoure se résumerait uniquement à fournir des applications web et mobiles autorisant un accès rapide, depuis n'importe où et n'importe quand à leurs capacités transactionnelles. En dehors de quelques trublions de la FinTech et de rares établissements historiques, il s'agit d'ailleurs de la situation actuelle pour l'essentiel de l'industrie, dont la priorité reste à l'optimisation de ces fonctions.

Malheureusement, ce ne sont là que les prémices d'une évolution qui doit se prolonger bien plus loin afin de répondre aux attentes profondes des clients. Le prochain palier à viser consistera à porter l'attention sur les parcours de vie. Il ne suffit plus de procurer les moyens d'exécuter des opérations à distance, il faut passer à un accompagnement de proximité dans la réalisation des objectifs de l'utilisateur. Un exemple classique est celui de l'achat immobilier, qui requiert plus que la souscription d'un crédit.

Au fur et à mesure de l'intégration d'une telle perspective, elle va s'étendre et s'ouvrir à des domaines extra-financiers, qui enrichissent la proposition de valeur en amont et en aval des produits habituels. Dans le cas de l'habitation, on pense notamment au changement d'adresse auprès des fournisseurs, au déménagement, au remplacement du mobilier… Simultanément, les outils numériques adoptent une vraie posture de conseil, offrant des recommandations pratiques, dans le contexte de leurs usages.

Enfin, cette transition tend fatalement vers une dernière rupture, en forme de renversement de l'équation. Au lieu (ou, à tout le moins, en complément) de chercher à s'emparer de quelques parcours parmi les plus importants et les plus lucratifs, les instruments financiers vont au contraire s'infiltrer dans les expériences du quotidien, au sein desquelles ils vont démultiplier leur impact, entre autres par des facultés d'anticipation des besoins, des possibilités de personnalisation avancées…

En illustration de la position caractéristique des grandes enseignes aujourd'hui, nous pouvons nous arrêter sur une récente annonce de Bank of America, dont l'objectif est, d'ici la fin de l'année, de rassembler dans une même application les multiples solutions qu'elle propose aujourd'hui (banque de base, paiement, investissement…). Elle prend ainsi timidement la voie de la deuxième phase, en préparant le terrain pour des parcours plus globaux (bien qu'elle y place vite la dimension commerciale des ventes croisées).

Comme la géante américaine, la plupart des acteurs du secteur n'ont pas dépassé le stade de l'automatisation et du libre-service élémentaires. Ils n'ont entamé que les premiers pas sur une route qui non seulement est encore très longue mais va également être semée de difficultés et d'obstacles de plus en plus sérieux (pour leurs infrastructures technologiques en particulier). Voilà exactement pourquoi leurs plans stratégiques devraient impérativement adopter un horizon à (au moins) une décennie…

Gartner Financial Services

mercredi 2 mars 2022

Une initiative verte trop timide chez NatWest

NatWest
Quelques institutions financières ont ouvert la voie à l'affichage de l'empreinte carbone des transactions du quotidien. La britannique NatWest se penche dorénavant sur une des principales sources d'émissions des ménages : leur logement. Mais, comme toujours, le chemin sera long pour espérer en voir émerger un impact positif.

Au-delà d'une préoccupation générique pour l'environnement, le contexte se prête idéalement à la démarche de la banque. En effet, le suivi de l'attitude des acheteurs immobiliers qu'elle a récemment mis en place révèle l'attention particulière qu'ils portent à la performance écologique de leurs logements (qui n'est probablement pas sans lien avec l'augmentation des coûts de l'énergie des derniers temps). Elle se traduit notamment par un intérêt marqué pour les indices d'efficacité « EPC », valides 10 ans, dont la fourniture est obligatoire lors de la construction, de la vente et de la location.

De son côté, l'établissement s'est également fixé pour objectif de financer en priorité les habitations vertes, en s'appuyant sur le même indicateur (il vise 50% de biens notés entre A et C, sur une échelle allant jusqu'à G, dans son portefeuille de prêts hypothécaires, d'ici à 2030). Fort de ses convictions, il met donc à la disposition de ses clients la dernière mesure « EPC » connue pour leur propriété (collectée lors de la transaction initiale puis, certainement, extraite du registre public) sur leur portail en ligne de gestion de crédit.

NatWest – EPC Rating

Le raisonnement sous-jacent est classique : un rappel permanent du relevé constitue un facteur de sensibilisation susceptible d'alerter sur de possibles actions à entreprendre. Cela semble tout de même un peu court, d'autant que d'innombrables opportunités complémentaires tendent les bras à la banque pour aller plus loin et, entre autres, démultiplier les incitations à engager des travaux d'amélioration (que beaucoup de consommateurs se déclarent d'ailleurs déterminés à réaliser à moyen terme).

En prolongeant les efforts, il serait ainsi envisageable de combiner l'identification d'une résidence au score médiocre avec une analyse des comptes bancaires du propriétaire afin de déterminer quelques causes de cette situation et de suggérer des solutions de remédiation adaptées. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, d'encourager le renforcement de l'isolation dans le cas où la facture de chauffage paraît excessive ? Ces recommandations pourraient en outre intégrer les éventuels avantages disponibles (tarifs préférentiels, subventions publiques…) afin de les rendre plus séduisantes.

Sur des prémices extrêmement intéressantes, ouvrant une perspective réelle d'influence sur les comportements des individus en matière environnementale, NatWest choisit de rester dans une position d'observatrice, refusant d'investir sérieusement au service de la cible qu'elle affiche pourtant pompeusement. En y mettant un peu de cynisme, on retrouve ici ce qui est devenu la stratégie fondamentale de passivité d'une partie du secteur bancaire, en évitant la prise de responsabilité qu'entraînerait le conseil opérationnel.

mardi 1 mars 2022

MetLife se diversifie sur le bien-être des salariés

MetLife
Déjà engagé, depuis deux ans, dans la dimension financière du sujet, le spécialiste américain de l'assurance santé MetLife ajoute maintenant une corde supplémentaire à son arc autour du bien-être des salariés. Grâce à un partenariat exclusif avec la jeune pousse Aura, la cible retenue est cette fois la protection de la vie numérique au quotidien.

La solution qui sera proposée aux quelques 50 000 entreprises clientes de la compagnie et à leurs 55 millions de bénéficiaires (leurs employés et leur famille, jusqu'à 10 personnes) a vocation à garantir une couverture universelle vis-à-vis des menaces, toujours en forte hausse, sur les activités en ligne. Dans cette perspective, elle porte aussi bien sur le réseau domestique et les appareils du foyer que sur ses finances, en passant, bien sûr, par les fuites de données affectant ses fournisseurs de services.

Ainsi, aux côtés des classiques antivirus et VPN, Aura met en place une surveillance avancée des dossiers enregistrés auprès des principales agences de notation de crédit, un suivi des usages potentiellement abusifs des informations personnelles ou encore un système d'alerte lorsqu'une faille de sécurité est susceptible de compromettre des données sensibles. Une connexion aux comptes bancaires permet en outre d'être notifié et de réagir instantanément en cas de transaction suspecte. Au-delà de la prévention, une assurance prend le relais dès que, malgré tout, survient l'incident.

Aura – Protection for Everything You Do Online

Dans un contexte de risque permanent, il devient essentiel pour les consommateurs de prendre des précautions sérieuses dans tous leurs usages d'internet. Malheureusement, rares sont ceux qui réalisent les efforts nécessaires et les employeurs ont donc l'opportunité – sinon le devoir – de remédier à leurs carences. Il ne s'agit pas seulement d'offrir un avantage distinctif. Avec la généralisation du télétravail, les failles de la sphère personnelle peuvent aussi infiltrer l'univers professionnel. Surtout, les « cyber-sinistres » ont toutes les chances d'avoir un impact direct sur la productivité.

Là se situe, naturellement, l'enjeu de bien-être qui convainc MetLife et l'incite à intégrer l'offre d'Aura dans son arsenal en complément de ses outils existants. Il est vrai que la conjoncture est particulièrement favorable à ce genre d'initiatives. Avec le grand mouvement de démission qui traverse actuellement les États-Unis, les entreprises sont à la recherche de moyens de séduire les candidats à l'embauche et de fidéliser les collaborateurs en place. Les bénéfices extra-salariaux semblent répondre à ce besoin.