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C'est pas mon idée !

jeudi 22 décembre 2022

Mobilité durable : quel rôle pour la banque ?

BNP Paribas
Alors que le groupe BNP Paribas affichait récemment son ambition de dégager, d'ici à 2025, un milliard d'euros de revenus supplémentaires dans le domaine de la mobilité, de préférence durable, sa filiale belge présente les résultats d'une enquête destinée à vérifier l'intérêt des consommateurs pour ses éventuelles initiatives en la matière.

Les velléités d'expansion en dehors de son terrain de prédilection exprimées par la banque s'inscrivent dans une tendance quasi universelle, déjà observée au cours de ces dernières années à travers des déclinaisons diverses telles que celles de BBVA, CaixaBank, DBS… Et si l'automobile en constitue généralement le pilier – ce qui, pour la française se traduit par la forte implication de ses entités de leasing (BPLS) et de gestion de flotte (Arval) –, l'élargissement du périmètre n'est jamais très loin des réflexions.

Cependant, dans toutes les aventures de ce genre se pose immédiatement la question de leur pertinence du point de vue des clients. Au premier abord, l'importance du financement dans l'achat d'un véhicule et, de plus en plus, le recours à une approche de location, voire un modèle de service, font de la banque un interlocuteur incontournable dans le parcours d'acquisition. Mais ce raisonnement est-il suffisant pour convaincre les intéressés de réaliser l'intégralité de leurs démarches par son intermédiaire ?

Tel est, entre autres, l'objet de l'étude qu'a menée Fortis auprès d'un échantillon représentatif de 2 000 adultes, en la restreignant toutefois à une thématique spécifique de mobilité durable, sur laquelle il faut souligner d'emblée que les citoyens tendent à manquer d'information et ne savent pas vers qui se tourner pour l'obtenir. En l'absence d'acteur de référence incontestable, pour l'instant, ces lacunes offrent évidemment un avantage déterminant à toute entreprise qui se positionnerait afin de les combler.

BNP Paribas – Mobilité Durable

Dans cette perspective, les résultats enregistrés sur les attentes vis-à-vis de la banque paraissent relativement logiques : près de la moitié de ceux qui prévoient d'acheter une voiture neuve en 2023 auront recours à un prêt, aussi aimeraient-ils bénéficier de conditions privilégiées pour un choix écologique (comme pour l'assurance, d'ailleurs). Ils apprécieraient aussi un accompagnement dans la compréhension des aides disponibles (sont-elles vraiment complexes à appréhender ou est-ce un défaut de motivation ?).

Enfin, quand la communication officielle de Fortis titre sur la demande qu'émettraient deux tiers des belges d'être incités proactivement par les institutions financières à basculer vers la mobilité durable, que signifie-t-elle ? Considérant que seule une minorité envisage cette transition par conviction (les autres ne cédant essentiellement qu'à la pression politique et ses conséquences réglementaires et fiscales), il est difficile d'y voir un désir d'engagement profond au-delà de possibles avantages pécuniaires.

En conclusion, la banque sera certainement rassurée quant à sa légitimité (telle qu'elle est perçue par ses clients) à proposer des solutions étendues dans l'univers des mobilités… pourvu qu'elles aient un rapport direct avec sa dimension budgétaire. En revanche, rien n'indique qu'une incursion dans d'autres métiers est fondamentalement souhaitée ni qu'elle serait particulièrement bien accueillie. Voilà qui devrait contribuer à concevoir ces services extra-financiers dont rêve l'industrie de manière à séduire leur cible.

mercredi 21 décembre 2022

Google se met au paiement délégué

Google
Naturellement désireuse de satisfaire l'appétit inépuisable des plus jeunes pour l'infinité de contenus « digitaux » qu'elle distribue sur sa place de marché électronique, Google propose désormais aux familles une option de paiement supplémentaire qui devrait leur permettre de mieux contrôler les achats de leur progéniture, en toute simplicité.

Bien entendu, le géant américain n'a pas attendu aujourd'hui pour procurer une solution aux enfants qui demandent un minimum d'autonomie dans leur emplettes en ligne. Cependant, la seule méthode disponible jusqu'à maintenant, classique dans sa catégorie, consistait pour un adulte à partager le moyen de paiement enregistré sur son profil avec l'ensemble du cercle familial associé, incluant une capacité d'approbation des dépenses des moins de 13 ans. Et ce principe ne convient pas à toutes les situations.

Dans le cas de parents réticents à mettre en commun leur compte ou bien qui souhaitent continuer à maîtriser les risques de leurs adolescents plus âgés, par exemple, l'alternative passe par une sorte de délégation : les membres de leur groupe qui n'ont pas directement accès à un instrument de paiement sur Google Play, individuel ou collectif, donc principalement les mineurs, peuvent, d'un geste, demander au responsable de valider leur commande (un peu comme ils le feraient dans une boutique physique).

Google – Family Link

La requête est transmise en temps réel, sous la forme d'une notification mobile. Le destinataire peut alors, évidemment, la refuser ou l'accepter et, dans cette dernière hypothèse, il va lui-même finaliser la transaction, avec son compte personnel (qui ainsi le reste) et le mode de règlement de son choix. Si la réponse se fait attendre, la sollicitation est également placée dans une file d'attente pour traitement ultérieur (peut-être à l'occasion d'une discussion au fond des yeux sur les questions d'argent…).

L'approche de Google rappelle singulièrement celle qu'avait déployée l'enseigne de prêt-à-porter pour adolescentes Jennyfer il y a deux ans. À vrai dire, il est très surprenant que l'idée n'ait pas émergé plus tôt et, encore plus, que, au vu des frictions existantes dans les parcours utilisateur, elle ne se répande pas comme une trainée de poudre dans tous les secteurs de vente à distance dont la jeunesse constitue une part importante de la clientèle cible (bien que leurs parents s'en portent certainement mieux).

mardi 20 décembre 2022

Un réseau bancaire mutualisé au Royaume-Uni

UK Finance
Après une phase expérimentale entamée l'année dernière – dont les résultats se sont fait attendre un peu plus longtemps que prévu –, les principales banques britanniques s'engagent désormais formellement dans l'industrialisation d'un réseau partagé de points de service destiné à couvrir les zones où elles ferment massivement leurs agences.

Sous la houlette de leur association professionnelle, UK Finance, neuf établissements – tous les grands noms sont au rendez-vous : Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group, Nationwide Building Society, NatWest Group, Santander, Virgin Money, Danske Bank, TSB – participent à la création et au financement d'une entité à but non lucratif, baptisée Cash Access UK, dont le rôle officiel consistera à garantir aux citoyens l'accès aux espèces sur l'ensemble du territoire, via l'installation de « hubs » dédiés (dont la logistique est assurée par l'entreprise en charge des bureaux de poste).

En complément des 4 implantations mises sur pied pour les premiers tests, dont la prolongation de leur fonctionnement jusqu'au printemps 2023 avait été annoncée précédemment, des plans ont d'ores et déjà été élaborés pour porter le total à 29, à terme. Le modèle d'origine reste inchangé : outre la distribution et le dépôt de billets et de monnaie, ainsi que quelques autres services basiques, ces centres hébergent des spécialistes offrant leurs conseils (génériques) sur les sujets plus complexes à tous les visiteurs, quelle que soit l'enseigne dans laquelle ils détiennent leurs comptes.

Cash Access UK

Si la fréquentation des lieux semble satisfaire les responsables du projet (tout en démontrant une certaine adéquation avec les attentes du public), son extension est vraisemblablement motivée avant tout par les menaces réglementaires. Les autorités, toujours plus inquiètes de la désertification bancaire en forte progression dans le pays alors que près de 10% des consommateurs persistent à régler la plupart de leurs achats en liquide, envisagent en effet sérieusement de légiférer sur la distribution de cash.

Selon toute probabilité, la démarche de l'industrie est donc essentiellement défensive, à travers une solution a minima, notamment en termes de coûts, et la transition intégrale vers les services « digitaux » constitue plus que jamais la priorité stratégique de ses acteurs. Mais combien de temps maintiendront-ils les discours de façade qui vantent la valeur de la relation de proximité avec un conseiller humain… disponible exclusivement pour les clients qui ont le loisir de se rendre dans les locaux où il opère ?

Il faut peut-être commencer à s'interroger sur l'avenir des agences résiduelles, celles qui ne tombent apparemment pas, à ce jour, sous le couperet des critères de rentabilité. Depuis plusieurs années, la présence des banques dans les grandes métropoles aussi se réduit continuellement. Les disparitions y sont certes moins sensibles parce que des alternatives subsistent à distance raisonnable, mais la tendance paraît inéluctable : qui, dans le secteur financier, croit encore vraiment au modèle historique de réseau ?

lundi 19 décembre 2022

Encore une initiative européenne de paiement

Commission Européenne
Au risque d'accroître la cacophonie régnant aujourd'hui sur l'Europe des paiements, un consortium de banques et d'entreprises technologiques d'origine nordique et baltique vient de voir sélectionner sa proposition d'expérimentation d'une composante de paiement destinée à s'intégrer avec le projet de porte-monnaie d'identité digitale de la Commission.

Constitué en septembre dernier, le groupement NOBID, dont les représentants émanent du Danemark, de l'Islande, de la Lettonie et de la Norvège, complétés par l'Allemagne et l'Italie, s'est ainsi attelé à adresser un des cas d'usage du futur « wallet » considérés comme prioritaires. Le test envisagé devrait en outre couvrir une vaste palette de capacités, depuis l'initiation de paiement jusqu'à l'encaissement, en ligne et en proximité, en passant par les règlements instantanés et autre virements interbancaires.

Dans tous les cas et comme avec les autres pilotes retenus et financés par les autorités européennes, le principe d'implémentation consiste uniquement à mettre en place une interface utilisateur universelle, embarquée dans l'application mobile d'identité numérique afin de garantir la sécurité et la protection des données. Ce sont donc les infrastructures existantes, en l'occurrence celles de l'industrie bancaire, domestiques et transfrontalières, qui continueront à prendre en charge les opérations elles-mêmes.

Dans ce registre, la communication officielle fait référence à l'EPI, le grand chantier de création d'un système de paiement paneuropéen voué à concurrencer les géants américains Visa et Mastercard, mais les visions cibles sont tellement proches qu'il est tentant de voir dans cette mention un appel du pied aux fondateurs de ce vieux programme désormais en état de mort cérébrale (en attendant que ses responsables reconnaissent formellement son échec) pour qu'il rejoigne la nouvelle initiative.

Welcome to the NOBID consortium

Soulignons, au passage, une différence structurelle majeure entre les deux compétiteurs : le plus ancien est une émanation directe des banques tandis que, dans le second, ce sont plutôt des spécialistes informatiques qui sont à la manœuvre, avec un soutien marqué d'organismes publics (nationaux) et le renfort a minima de quelques institutions financières de second rang. Il sera intéressant d'observer l'efficacité d'une telle organisation, probablement plus à son avantage dans la réalisation d'un test…

Car, dans cette aventure comme dans toutes celles qui visent à transcender les frontières du continent, les mêmes doutes surgissent toujours quant à la possibilité d'aboutir à un résultat concret. Premier motif d'inquiétude, aucune échéance n'est fournie par NOBID. Puis, comme, simultanément, le planning extrêmement agressif du porte-monnaie européen semble déjà hors de contrôle (la livraison prévue cette automne n'a apparemment pas eu lieu), la promesse d'un déploiement s'éloigne inéluctablement.

L'idée pour l'Union Européenne d'inclure l'instrument de paiement souverain tant rêvé au cœur de son futur « wallet » d'identité est de toute évidence la voie à suivre (et je peux me vanter de le répéter depuis longtemps). Malheureusement, les récentes évolutions montrent que la capacité d'exécution à beaucoup de mal à suivre les ambitions : les enjeux et exigences politiques sont certainement trop présents dans les esprits des parties prenantes pour enregistrer des progrès sérieux sur le terrain.

dimanche 18 décembre 2022

Une autre idée de la banque pour les enfants

Starling Bank
Une nouvelle fonction introduite récemment par Starling Bank, décidément prolifique en cette fin d'année, nous procure une excellente occasion de nous attarder sur son offre bancaire pour les enfants, appréhendée de manière originale et peut-être plus pertinente que celle qu'ont adoptée les nombreuses startups spécialisées sur ce créneau.

Aux côtés d'une solution relativement classique de compte courant réservée aux adolescents de plus de 16 ans, la jeune pousse britannique a en effet imaginé que les désirs émergents d'autonomie financière des plus jeunes devaient rester compatibles avec une volonté de contrôle plus étroit de la part de leurs parents. Ainsi est née Starling Kite qui leur propose, à partir de 6 ans, une carte de paiement assortie de son application mobile dédiée, sous supervision directe d'un adulte responsable.

Fournissant évidemment à ce dernier les options habituelles de restriction d'usage sur les règlements (en ligne ou en boutique) et les retraits d'espèces, de notification instantanée des dépenses réalisées, de verrouillage et déverrouillage à distance…, le produit présente la particularité de ne pas comporter de compte de dépôt indépendant (avec les facilités qui pourraient y être associées) : il est adossé à un espace – similaire aux cagnottes consacrées aux projets et à l'épargne – mis en place sur le compte des parents.

Starling Bank – Kite Link

L'objectif de cette approche est de donner aux adultes une visibilité absolue sur tous les mouvements exécutés par leur progéniture, qui plus est sans jamais quitter leur environnement personnel. La tirelire du ou des enfants est ainsi intégrée dans leur tableau de bord global, et les opérations d'alimentation, ponctuelles ou programmées, étant virtuelles, puisque dans le périmètre du même compte courant, sont immédiates.

En raison de son mode de fonctionnement, le dispositif crée cependant quelques frictions et l'une d'elles fait justement l'objet de l'ajout annoncé juste à temps pour les fêtes : il est désormais possible de créer un lien (web) pour chaque pseudo-compte Kite, permettant (par exemple aux amis et à la famille, pour Noël ou un anniversaire) d'émettre un transfert (par carte pour les non clients de Starling) à destination de celui-ci, sans nécessiter de manipulation intermédiaire de la part du détenteur du compte principal.

En prenant un peu de recul, la démarche retenue révèle probablement une explication plausible aux difficultés que rencontrent les multiples tentatives de développer une néo-banque pour les adolescents : leur conception d'un modèle unique pour tous les âges n'est vraisemblablement pas adaptée aux besoins, sinon des intéressés eux-mêmes, du moins de leurs parents. Et il ressort, sans surprise, que l'adaptation à différentes populations est plus à la portée d'un établissement à vocation généraliste…

samedi 17 décembre 2022

ABN AMRO coordonne les installations solaires

ABN AMRO
À la rencontre des préoccupations croissantes vis-à-vis des prix de l'énergie et des enjeux du développement durable, la néerlandaise ABN AMRO présente une initiative originale à l'intention de sa clientèle d'entreprises consistant à leur proposer une coordination de bout en bout d'installations photoélectriques sur leurs bâtiments.

Le point de départ de l'aventure a été une simple observation : bon nombre de dirigeants de sociétés s'inquiètent de l'explosion de leurs charges, mais, bien qu'ils soient généralement conscients des possibilités de réduire leurs factures d'électricité grâce au déploiement de panneaux solaires, l'ampleur et la complexité d'un tel projet, bien loin de leurs compétences et de leur zone de confort, les découragent de se lancer. L'idée de la banque se résume donc à leur fournir l'assistance nécessaire pour franchir le pas.

Concrètement, l'équipe ABN AMRO dédiée assume l'organisation de A à Z, depuis une première réunion d'étude, sans engagement, au cours de laquelle sont définis les objectifs envisagés et les conditions de réalisation, jusqu'au chantier de mise en œuvre et la certification finale, par l'intermédiaire de partenaires triés sur le volet, en passant par la préparation, toujours gratuite, du plan détaillé et une visite préalable de contrôle de faisabilité (conduisant à un éventuel ajustement du projet) avant accord définitif.

Naturellement, le dispositif englobe la dimension budgétaire de l'équation. Outre la prise en considération des aides et subventions à solliciter, ABN AMRO met également en avant ses différentes options de financement – prêt classique à l'équipement, crédit-bail, voire location brute –, dont la contractualisation est évidemment intégrée de manière transparente dans le processus. Le volet assurantiel est également couvert, notamment du point de vue de la compatibilité des travaux prévus avec les polices souscrites.

ABN AMRO Solar Panels

Si cette opportunité de vendre des produits financiers dans le cadre de la démarche d'accompagnement est une évidence, elle ne semble pas vraiment en constituer la principale motivation. La banque donne ici plutôt l'impression de vouloir avant tout répondre à un besoin latent de ses clients, à défaut d'autre solution disponible sur le marché, en jouant sur son alignement avec les enjeux environnementaux qu'elle défend ardemment. Le sujet reste cependant porté, à ce stade, par la structure d'innovation et toutes les hypothèses de modèle économique n'ont peut-être pas été explorées.

Dans une perspective plus générale d'incursion d'une institution dans un territoire extra-financier, ABN AMRO est dans une position idéale où sa légitimité n'entre pas en ligne de compte, puisque la solution qu'elle introduit comble une lacune béante. Pourtant, ne serait-il pas plus logique, cohérent… et générateur de confiance, en particulier du point de vue des entreprises qui désirent s'équiper, que ce soit l'industrie photovoltaïque elle-même qui prenne la responsabilité du pilotage des projets, aspects bancaires inclus ?

vendredi 16 décembre 2022

Le bien-être financier, ça rapporte !

Finotta
Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous savez que le bien-être financier est un de mes thèmes de prédilection depuis plusieurs années. Or, si j'évoque régulièrement son importance pour les consommateurs, je m'attarde rarement sur la valeur que les banques peuvent en tirer. Rectifions cette lacune avec l'exemple de Finotta.

Digne représentante d'une génération émergente, cette jeune pousse originaire du Kansas propose aux institutions financières américaines une plate-forme mobile d'assistance des finances personnelles (PFG pour l'acronyme anglais de « personal finance guidance »), marquant clairement sa différence avec les traditionnels outils dits de gestion (PFM), dont le rôle principal consistant à donner de la visibilité sur la situation budgétaire de l'utilisateur est beaucoup trop passif à son goût (et au mien).

A contrario, aux côtés d'un incontournable socle de suivi des comptes, son approche consiste donc à émettre régulièrement des recommandations opérationnelles personnalisées, assorties de quelques contenus pédagogiques, permettant à chacun de retrouver ou renforcer sa sérénité vis-à-vis de l'argent. Elle y ajoute un soupçon de ludification destiné à entretenir l'engagement des participants dans la durée. Et, non, il ne semble pas qu'elle ait recours à l'intelligence artificielle pour une telle mission !

En fait, le principe de fonctionnement de l'application, très simple, repose sur des interactions étroites avec le mobinaute. Par exemple, s'il n'a apparemment pas constitué une réserve de précaution, le logiciel va lui demander s'il possède un compte d'épargne qui en ferait office. Dans l'affirmative, il est invité à le connecter, de manière à l'inclure dans son tableau de bord. À défaut, il lui est suggéré d'en ouvrir un – explications sur sa raison d'être et ses bénéfices à l'appui – et de commencer à l'alimenter.

Finotta Personified

Un autre cas d'usage (une illustration parmi tant d'autres imaginables), également présenté lors de l'événement Finovate de cet automne, est celui, hélas classique aux États-Unis, d'une mère célibataire dont les algorithmes détectent le remboursement (sans fin…) d'un prêt étudiant, sur lequel la prescription est un refinancement. À chaque action effectivement exécutée, l'individu se voit « récompenser » par des points qui viennent améliorer son score de santé financière et le rapprochent de la perfection.

Cependant, ces deux scénarios – naturellement sélectionnés pour un auditoire de professionnels – montrent comment l'accompagnement vers le bien-être financier peut aussi devenir une extraordinaire opportunité de développer la relation et la fidélité des clients, avec des résultats directs et mesurables : commercialisation de produits supplémentaires, captation de flux provenant de la concurrence, augmentation significative de la rentabilité par compte… moyennant un coût d'acquisition marginal.

Au-delà de la théorie, la première implémentation du service, bien qu'elle concerne une petite banque communautaire, tend à confirmer les hypothèses et valider les promesses. La First United Bank & Trust a ainsi enregistré 400 ouvertures de comptes d'épargne un mois après son déploiement (accidentel, puisqu'il n'était prévu qu'un test auprès des collaborateurs, à l'origine), ce qui n'est pas négligeable au regard de ses 300 000 clients, et les accès à l'application mobile révèlent un intérêt persistant.

En conclusion, j'attire une nouvelle fois l'attention des institutions financières, en particulier celles qui s'acharnent dans des démarches (« beyond banking ») d'expansion hors de leur domaine réservé, bien plus incertaines, sur le vaste territoire vierge que leur offre le bien-être financier. Celui-ci a l'immense avantage d'entrer dans leurs compétences natives, avec un fort potentiel de progression de leur pénétration et de leurs revenus. Sans parler des conséquences positives d'une clientèle maîtrisant mieux sa situation…

jeudi 15 décembre 2022

NatWest enrichit l'initiation de paiement

NatWest
NatWest fait partie de ces banques qui ont rapidement choisi de capitaliser sur les opportunités de la réglementation leur faisant obligation d'ouvrir l'accès aux comptes de leurs clients, entrée en vigueur au Royaume-Uni avant la DSP2 européenne. Poursuivant sur sa lancée, elle introduit désormais des options complémentaires aux services de base afin de mieux répondre aux attentes de ses usagers.

La stratégie de l'établissement s'est matérialisée à partir de 2018 sous la forme d'une entité spécialisée dans les paiements par « open banking », baptisée (sans beaucoup d'imagination) Payit. Première institution historique à s'aventurer sur un terrain généralement réservé aux jeunes pousses de la FinTech, son produit permet aux entreprises d'encaisser des règlements et d'émettre des virements par l'intermédiaire d'une connexion sécurisée de la contrepartie à son compte bancaire, par API.

En arrière-plan, ce qui propulse ces deux fonctions est le mécanisme plus ou moins normalisé d'initiation de paiement instauré par le régulateur. Il a été conçu, à l'origine, dans le but de stimuler la concurrence dans le secteur en offrant à tout opérateur préalablement agréé la faculté de déclencher aussi simplement que possible (d'un point de vue autant technique que d'expérience utilisateur) un virement interbancaire, où que soient détenus les fonds du payeur et quelle que soit la destination de la transaction.

Or, si quelques pionniers ont commencé par mettre en œuvre ce modèle au sein de solutions relativement élémentaires – qui peinent logiquement à s'imposer face à des instruments (carte en tête) dont l'emploi est aussi trivial qu'inscrit dans les habitudes –, certains parviennent maintenant à un niveau de maturité dans lequel les réflexions portent sur les capacités additionnelles, autorisées par la technologie sous-jacente, susceptibles de répondre à des besoins jusqu'alors difficiles à prendre en charge.

Payit by NatWest

Ainsi, dans le cas de NatWest, qui se vante d'être à l'écoute des frustrations et des attentes de ses clients, l'idée a surgi de proposer aux émetteurs de paiements un moyen de valider l'identité de leurs correspondants, à l'instar du dispositif qui se développe depuis quelque temps, aussi sous la pression des autorités, dans les outils de banque en ligne pour lutter contre la fraude aux transferts. A priori, le fonctionnement est similaire : les informations nominatives fournies avec les autres détails de l'opération donnent lieu à un contrôle en temps réel et une alerte est émise si une divergence est détectée.

Dans le contexte de Payit, l'objectif visé n'est pas tant de lutter contre les malversations que de faciliter la vie aux acteurs qui veulent impérativement s'assurer de l'affectation de leurs versements. Par exemple, la première adepte du service, Teneo Financial Advisory UK, est une officine de gestion des faillites qui vérifie systématiquement que ses restitutions sont adressées aux créanciers légitimes… et consacrait encore récemment des ressources considérables à ces tâches, effectuées manuellement.

Le vrai potentiel de l'initiation de paiement, en tant que méthode nativement « digitale » (presque) unique, reste vraisemblablement à explorer. L'innovation, certes modeste, développée par NatWest montre notamment comment sa combinaison avec d'autres capacités (accessibles par API) en démultiplie la valeur et, surtout, lui procure un réel avantage par rapport aux alternatives existantes. Pour espérer gagner dans cette voie, il faudra cependant d'abord découvrir les exigences non satisfaites, souvent de niche.

mercredi 14 décembre 2022

Microsoft aussi rêve de super app

Microsoft
J'aborde fréquemment le sujet ici : les banques sont nombreuses à rêver de créer une super-app qui leur permettrait de renforcer le lien avec leurs clients et de s'ouvrir de nouvelles sources de revenus, directes ou indirectes. Mais elles ne sont pas les seules à fantasmer, comme le révèle cette indiscrétion de The Information à propos de Microsoft.

Inspirée, comme tant d'autres, par le succès des dragons chinois – en l'occurrence, surtout celui de Tencent avec WeChat –, le géant du logiciel voit dans le modèle d'agrégation de services une opportunité de reprendre l'initiative dans l'univers du smartphone, qu'il a laissé lui échapper au profit d'Apple et Google, et, de manière très pragmatique, de repositionner ses produits phares – moteur de recherche (Bing), outil de communication (Teams)… – sur la scène mobile où ils ont du mal à émerger.

Le concept de « super app » est certes extrêmement populaire par les temps qui courent, cela ne signifie pas qu'il soit toujours pertinent. Outre l'absence d'exemple convaincant en dehors de la Chine, avec son contexte particulier, de nombreux facteurs incitent à douter de la possibilité pour un grand groupe de réussir l'exercice. Examinons donc les principaux obstacles qui se dressent sur une telle route pour Microsoft, en établissant au passage un parallèle avec les tentatives équivalentes dans le secteur financier.

Je passerai rapidement sur une réalité que l'éditeur semble résolu à ne jamais admettre et qui rend son ambition absurde : à l'exception du domaine des jeux vidéos, l'essentiel de son activité et, surtout, de ses résultats est focalisé sur l'entreprise. Sa pénétration auprès des consommateurs n'est due qu'à la transition historique de l'informatique dans les foyers depuis les usages professionnels. Cette impulsion initiale a disparu depuis longtemps et seule l'inertie la meut aujourd'hui. Il est difficile, dans ses conditions, de lui accorder une légitimité spontanée dans des métiers dédiés au grand public.

Microsoft Super App

Plus subtil, mon deuxième argument concerne l'approche envisagée. Quand la plate-forme de messagerie instantanée WeChat s'est transformée en socle d'accueil de toutes sortes de services, il s'agissait de répondre à un besoin latent de ses utilisateurs, dont le traitement ne demandait qu'à être accompagné. Dans tous les projets de réplique ou de déclinaison, l'objectif visé est au contraire centré sur son opérateur lui-même – par exemple sa capacité à fidéliser ses clients ou à capter des flux supplémentaires.

Troisième point (et dernier, pour cette fois), quid des partenaires, sans qui le catalogue de la « super app » restera désespérément vide ? Eux aussi doivent être séduits, sans oublier l'impact de l'impasse classique des places de marché : les utilisateurs ne viennent que si les fournisseurs sont largement présents et vice-versa. Compter sur l'attractivité de l'offre, de part et d'autre, ne fonctionnera qu'une fois la pompe amorcée. Le recours à des promotions est tentant mais très coûteux, pour un résultat final incertain.

Si les banques ont au moins le bénéfice de la confiance de la part des consommateurs, les autres questions se posent à l'identique face à leurs velléités de « super app ». Comment peuvent-elles s'assurer de l'engagement des participants, des deux côtés de la solution ? Au-delà de leurs désirs d'expansion, ont-elles identifié une véritable attente à combler ou se contentent-elles d'imaginer que leurs clients seront automatiquement éblouis ? Une stratégie sérieuse exige une réflexion approfondie sur ces aspects.

mardi 13 décembre 2022

Une API pour les contrôles anti-blanchiment

Facctum
Les obligations réglementaires de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LAB-FT) sont non seulement lourdes pour les institutions financières mais elles évoluent en outre fréquemment et requièrent des ajustements constants, eux-mêmes pesants. Voilà qui donne tout son sens à la solution « en service » de Facctum.

À moins de considérer qu'ils constituent un facteur de différenciation concurrentielle, ce qui n'est pas, à ma connaissance, à l'ordre du jour dans la plupart des établissements, les dispositifs anti-fraude représentent une charge incontournable, sur laquelle la seule ambition raisonnable consiste à en optimiser le coût tout en maintenant une qualité irréprochable. En toute logique, il paraît donc rationnel de déléguer le fardeau à un opérateur tiers capable d'industrialiser et mutualiser les efforts pour plus d'efficacité.

Telle est la première promesse de Facctum, dans une approche d'externalisation classique : au lieu de consacrer de précieuses ressources à des tâches sans valeur ajoutée directe, mieux vaut s'adresser à un spécialiste aguerri, qui propose une solution robuste et garantit sa capacité d'évolution au fil des changements de législations. De plus, conscient des spécificités, plus ou moins judicieuses, qu'introduit chaque département de conformité, il leur laisse une grande latitude de configuration.

Initialement, en dehors d'un démonstrateur interactif en ligne, le produit de la jeune pousse (britannique), disponible exclusivement en mode « SaaS » (« Software as a Service ») hébergé dans l'infonuagique, était conçu pour n'accepter que des demandes différées, par lot : une liste d'individus et/ou d'entreprises est transmise pour contrôle et la réponse, retournée en quelques instants, fournit un feu vert ou soulève une alerte, pour chacun d'eux, en fonction des paramètres personnalisés définis préalablement.

Accueil Facctum

Afin de réduire au maximum les interventions manuelles, une analyse intelligente des anomalies fournit une assistance au traitement des faux-positifs (souvent extrêmement pénalisants), qui est aussi exploitée, par apprentissage algorithmique, dans une boucle de rétroaction, pour leur détection automatique ultérieure. Par ailleurs, tous les mécanismes décisionnels mis en œuvre sont toujours totalement transparents et explicables.

Dorénavant, une API aux standards du marché permet également d'effectuer une vérification unitaire instantanée. Les clients de la startup peuvent de la sorte intégrer très simplement le même filtrage au cœur de leurs processus, par exemple dans leur plate-forme de « case management », pour une meilleure fluidité des parcours client, soit pour un usage primaire, soit en complément de leurs outils existants.

Je ne sais pas exactement quel est le statut de la lutte anti-blanchiment dans les banques mais je soupçonne qu'elle fait partie de ces sujets régaliens qui ont toujours été gérés en interne, en raison de leur haute sensibilité, une pratique que personne n'a jamais cherché à réévaluer. Avec l'émergence de solutions sérieuses, telles que celle de Facctum, qui profiteront certainement aux trublions de la FinTech dépourvus d'états d'âme en la matière, l'heure est peut-être venue de remettre en question les vieilles habitudes…