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C'est pas mon idée !

vendredi 9 juin 2023

Une néo-banque pour financer la recherche

Science Card
Dans le monde entier, les laboratoires de recherche scientifique peinent régulièrement à rassembler les financements nécessaires à leur mission, indispensable préliminaire à l'innovation. Une néo-banque britannique, dont le lancement est prévu à l'automne, imagine donc de proposer aux consommateurs d'y contribuer directement.

Avec son offre (minimale) composée d'un compte courant et d'une carte de paiement, le principe de Science Card reprend d'abord les mécanismes classiquement employés pour les dons aux associations : outre l'engagement de la jeune pousse de reverser une partie de ses profits, ses clients auront la possibilité d'arrondir le montant de chacune de leurs transactions et affecter la différence au projet de leur choix parmi ceux qui auront été préalablement sélectionnés. Les participations libres sont également bienvenues.

Cependant, aux côtés de cette version totalement gratuite, une option payante (à 19,90 livres par mois), baptisée « compte fusion » prolongera dans un deuxième temps le dispositif vers une dimension d'investissement prospectif. Sans que tous les détails pratiques n'en soient précisés, les souscripteurs bénéficieraient ainsi d'une part dans la propriété intellectuelle susceptible d'être produite par les travaux subventionnés et pourraient espérer, à terme, percevoir une fraction des royalties générées.

En amont, la startup engage un véritable travail de curation afin d'identifier les chantiers qu'elle mettra à son catalogue (jusqu'à 32 lors de son démarrage), dont les directeurs recevront directement les fonds collectés en leur nom. Portés par les grandes universités du Royaume-Uni, dans des domaines à fort impact sociétal (santé, changement climatique et informatique quantique), les dossiers candidats seront évalués sur la base de la méthodologie, éprouvée dans le monde scientifique, de revues par les pairs.

Accueil Science Card

S'il faut déplorer les extrémités auxquelles sont réduits les chercheurs modernes pour continuer à faire progresser les connaissances de l'humanité, la démarche de Science Card possède des vertus périphériques à son objectif principal de financement. En effet, l'incitation à distribuer quelques pennies à divers projets menés dans les laboratoires les plus prestigieux s'accompagnera peut-être d'une curiosité pour leur déroulement (que satisfait aussi la néo-banque), aidant de la sorte à mieux diffuser leurs promesses et leurs résultats. Qui sait ? Des vocations pourraient même être encouragées…

Le modèle retenu, qui place les établissements de recherche au même niveau que les organisations caritatives, pose toutefois question, tandis que la déclinaison qui fait miroiter une rentabilité future est potentiellement risquée, tant cette dernière est hypothétique et extrêmement lointaine. N'aurait-il pas été plus logique, plus efficace et, surtout, plus transparent de déployer une plate-forme de crowdfunding spécialisée, dans laquelle, en outre, les équipes impliquées pourraient communiquer sans intermédiaires ?

jeudi 8 juin 2023

ChatGPT dans les centres d'appel ABN AMRO

ABN AMRO
À croire que ChatGPT est la seule source d'inspiration pour l'innovation dans le secteur financier depuis quelques mois… Épisode du jour : à l'occasion de Money 20/20, une responsable d'ABN AMRO révèle que le moteur d'intelligence artificielle générative monte actuellement en puissance dans ses centres d'appel. Mais pour quels bénéfices ?

Naturellement, le contexte et le cas d'usage retenus se prêtent idéalement à la mise en œuvre des capacités de l'outil, d'une part pour faciliter et accélérer l'accès aux documentations des produits – dont, au passage, la densité et la complexité, qui justifient cette assistance logicielle, sont éloquentes quant à leur adéquation à une information claire et transparente des clients – et, d'autre part, la génération des compte rendus des conversations téléphoniques, qui retient plus particulièrement mon attention.

Jusqu'à maintenant, les opérateurs prennent des notes durant leurs échanges, puis rédigent un résumé, enregistré dans le dossier du demandeur pour toute future référence. Pour ses 200 testeurs (en expansion après une première expérimentation auprès de 20 collaborateurs), cette tâche est donc désormais entièrement prise en charge par un automate « écoutant » le dialogue, l'humain restant mis à contribution, par précaution (pour l'instant ?), uniquement pour vérifier la validité de la synthèse ainsi créée.

Dans un discours qui se veut évidemment rassurant pour le personnel, la banque vante le temps gagné, qui serait mis à profit pour fournir un meilleur accompagnement des clients. Les employés, initialement réticents par crainte d'être remplacés par des robots (légitime, car tout gain de productivité est une menace directe pour leur emploi), se laissent apparemment convaincre et se disent même impatients de sa généralisation… probablement parce qu'ils perçoivent l'étape de compte rendu comme une corvée.

Derrière les promesses un peu creuses, le client est probablement le grand oublié de la démarche. Car il n'a que faire des rapports d'entretien les plus précis et les plus complets qu'assemblera ChatGPT… quand son interlocuteur ne prend pas la peine de les parcourir et lui redemande systématiquement tous les éléments de son parcours antérieur. Un état de fait qui est la norme aujourd'hui dans la plupart des centres d'appel, en raison, entre autres, d'indicateurs de performance basés sur le temps passé au téléphone.

Soyons réalistes, à ce stade, le déploiement de l'IA vise avant tout à renforcer l'efficacité opérationnelle et réduire les coûts de la banque. Les clients, eux, ne verront la différence dans leur expérience que le jour où les robots leur répondront eux-mêmes, car ils disposeront de tout l'historique de la relation (voire plus) et sauront l'exploiter sans tergiverser. Mais est-ce là une perspective désirable ? Ou vaudrait-il mieux accorder plus de moyens aux personnes en chair et en os qui incarnent le sens de la proximité ?

Money 20/20

mercredi 7 juin 2023

L'Australie veut éradiquer le chèque

Australian Treasury
Certains états (je pense notamment au Royaume-Uni) ont essayé par le passé… avant de devoir faire machine arrière, sous la pression des utilisateurs. Cette fois, c'est le Trésor Australien qui exprime, dans son dernier plan stratégique [PDF], son ambition d'éliminer le chèque du paysage des paiements domestiques d'ici la fin de la décennie.

En apparence (ou en théorie), avec son taux d'utilisation dans 0,2% des transactions de détail (hors espèces), en chute de 90% par rapport à 2012, la suppression de cet instrument obsolète devrait être facile, surtout avec le nombre de substituts disponibles de nos jours. D'ailleurs, de plus en plus de commerces et autres entreprises prennent les devants en abandonnant son acceptation, tandis que les banques commencent à limiter, sinon stopper, la distribution de chéquiers à leurs nouveaux clients.

Malheureusement, il reste de multiples niches d'usage, parfois critiques, presque toujours sensibles, qui compliquent les décisions. Selon les cas, elles concernent des secteurs d'activité – les services gouvernementaux (pour des versements divers et variés), les organisations caritatives (pour leurs collectes de dons)… – ou des segments de population (factuellement) peu enclins à changer leurs habitudes – les personnes âgées, les résidents de zones rurales, les exclus numériques (dont certains par la force des choses, quand la connectivité est déficiente dans leur environnement)…

Face à ces « résistants », il faut avouer que les arguments avancés manquent singulièrement de poids. Certes, du point de vue du système financier, il existe un enjeu vital incontestable d'efficacité opérationnelle. Mais la promesse d'une expérience plus fluide et plus simple est vaine pour les adeptes de longue date du chèque, qui ont mis en place des processus adaptés (du côté des professionnels) ou qui sont accoutumés à encaisser ou remplir leurs formules au fil du temps (du côté des particuliers).

Australian Treasury Strategic Plan

Même la première phase du retrait, qui vise à contraindre légalement les organismes publics à arrêter l'émission de chèques à l'horizon de 2028, risque d'engendrer des difficultés incommensurables chez les bénéficiaires, avec leurs innombrables situations spécifiques. Cependant, l'institution semble consciente de l'énormité de la tâche qui l'attend et des prérequis indispensables au succès de son programme : elle reconnaît sans ambiguïté qu'il ne suffit pas de décréter ses desiderata pour qu'ils se concrétisent.

Des réformes intermédiaires seront donc mises en œuvre progressivement afin d'accompagner la transition de tous vers les moyens de paiement modernes. Il s'agira, par exemple, d'identifier et ajuster les réglementations existantes susceptibles de handicaper les velléités de migration ou d'apporter un soutien à des solutions alternatives. Un appel à contributions devrait en outre être lancé cette année pour rechercher de manière collaborative les actions de préparation complémentaires à envisager.

Peut-être inspiré par le fiasco britannique, le Trésor Australien espère ainsi placer toutes les chances de son côté dans une démarche qui devrait être à l'ordre du jour de tous ses équivalents dans le monde. Peut-être sera-t-il également aidé par la maturité acquise en 10 ans avec les outils « digitaux » (bien qu'il ne faille jamais négliger le pouvoir de nuisance des réfractaires irréductibles). Rendez-vous d'ici quelques années pour vérifier si l'initiative est encore sur les rails ou si elle a, elle aussi, succombé à la fronde…

mardi 6 juin 2023

L'IA générative dans une banque centrale

Banque de France
Depuis le lancement public de ChatGPT, le monde entier est excité par les promesses de l'intelligence artificielle générative et les institutions financières ne sont pas les dernières à en explorer les opportunités. Mais quid des banques centrales ? Le « Lab Banque de France » a quelques idées, qu'il désire approfondir via un appel à contributions.

À l'instar de tant d'autres entreprises, la nature éminemment variée des missions de l'organisme ouvre nécessairement de nombreuses portes aux toutes dernières évolutions de l'IA. Mais comment faire le tri et établir les priorités entre les bonnes idées, celles qui sont irréalisables et les fausses pistes ? L'originalité de sa démarche est de faire appel à la communauté – startups, entreprises de pointe, étudiants, laboratoires de recherche… – afin de répondre à ces questions, dans une sorte de concours de beauté.

La plupart des pistes envisagées à ce stade concernent, sans surprise puisqu'il s'agit du cœur de compétences des premières incarnations de l'IA générative, la production de contenus : synthèse de documents (pour le suivi des politiques monétaires, peut-être), rédaction de rapports à partir de données statistiques (pour ses études de conjoncture économique, par exemple), analyse de texte (classifications, évaluation du sentiment…)… Il peut s'agir aussi de support aux collaborateurs ou de formation des usagers…

L'exercice, qui se déroulera entre fin mai et la mi-juillet, ne devrait pas s'arrêter à des considérations théoriques, car un de ses objectifs majeurs sera de déterminer ce qui est réellement faisable. Dans cette perspective, les dossiers soumis comporteront non seulement une description du scénario proposé, en insistant sur ses bénéfices et ses risques (potentiels), mais également une présentation de l'architecture technique et applicative et des élément objectifs (complexité, coûts…) pour sa mise en œuvre.

Banque de France et IA Générative

Deux catégories distinctes, quoique relativement informelles par rapport aux décisions finales, permettront toutefois de distinguer les solutions mûres – celles, généralement commercialisées par des grands éditeurs, qui s'appuient sur des produits existants, qu'il ne resterait plus qu'à déployer et configurer pour les adapter aux besoins de l'institution – de celles qui sont encore à l'état de projet ou de prototype, notamment celles qui sont en cours d'élaboration ou de test par des jeunes pousses du domaine.

En regard de son ambition, les débouchés attendus pour la démarche paraîtront probablement un peu limités aux participants. En effet, bien qu'il soit évoqué l'éventuelle possibilité pour la Banque de France d'engager des expérimentations avec les meilleurs candidats, la seule garantie offerte à ces derniers se limite à une exposition directe auprès de ses dirigeants, aux médias à travers une citation dans la communication officielle et, vers l'international grâce à un partage des conclusions au sein de l'Eurosystème.

Il n'en reste pas moins que, dans la confusion globale qui règne autour des capacités opérationnelles de l'intelligence artificielle dans des contextes professionnels (avec leurs contraintes spécifiques de sécurité, de protection de la vie privée, de la lutte contre la fraude…), l'approche collaborative à champ large adoptée par la Banque de France autorisera (du moins espérons-le) une convergence accélérée vers la concrétisation des concepts les plus pertinents. Elle mériterait d'inspirer d'autres acteurs…

lundi 5 juin 2023

De l'IA dans une carte de crédit ?

SmartMetric
Malgré son inutilité patente, la carte de paiement biométrique est désormais commercialisée par quelques grandes enseignes (en France, BNP Paribas, alors que SG ne semble pas avoir été plus loin que l'expérimentation). Afin de prolonger encore la caricature, un fournisseur propose désormais de lui ajouter des capacités d'intelligence artificielle.

Techniquement parlant, rien d'extraordinaire : SmartMetric, comme ses concurrents sur ce créneau, intègre deux processeurs différents au sein de ses cartes, l'un dédié aux fonctions de paiement classiques et le second, plus générique, à la reconnaissance de l'empreinte digitale du porteur (qui sert ainsi de moyen d'authentification forte). Comme il a toujours été évoqué par les fabricants, ce dernier est suffisamment puissant pour accueillir d'autres logiciels. Alors, pourquoi ne pas y intégrer un peu d'IA ?

La directrice générale de l'entreprise est enthousiaste, estimant que c'est un nouvel univers de possibilités qui s'ouvre de la sorte aux émetteurs. Malheureusement, il faut vite se rendre à l'évidence, nulle part dans la communication officielle n'est suggéré le moindre cas d'usage, pertinent ou non, pour cet ajout. Au contraire, dans un sens, elle met essentiellement l'accent sur l'exploit réalisé (ou en cours de réalisation ?) par les ingénieurs, qui, naturellement, ne se préoccupent guère des applications de leur bébé.

La question vaut pourtant d'être posée : pour quoi faire ? Les institutions financières ont déjà souvent quelques réticences à adopter l'IA dans les solutions mises à la disposition de leurs clients, y compris, parfois, pour des raisons légitimes (l'exigence d'explicabilité, par exemple). Il est difficile d'imaginer qu'elles vont se ruer sur l'opportunité que leur offre SmartMetric, alors que de multiples scénarios de mise en œuvre dans leurs applications web et mobiles leur tendent les bras et méritent de capter toute leur énergie.

Il faudrait en outre s'attarder sur le flou de l'annonce sur les détails opérationnels, dont l'absence d'indications sur ce que pourrait effectivement inclure les cartes, le terme d'IA couvrant potentiellement tellement de notions différentes, dont certaines totalement triviales. Enfin, si le fabricant vante l'efficacité de modèles embarqués (par opposition à ceux qui sont hébergés dans l'infonuagique), il passe sous silence la difficulté que constituerait leur actualisation, pourtant critique dans la plupart des applications.

Soyons sérieux, SmartMetric se rend ici coupable d'« IA-washing » à un niveau rarement atteint jusqu'à maintenant. Son objectif prioritaire semble être de faire parler de soi en surfant sur la mode du moment sans même tenter d'y introduire un minimum de vraisemblance ou d'en démontrer le bien-fondé. Le pire serait que les adeptes aveuglés de la carte biométrique se laissent maintenant séduire par cette nouvelle option…

SmartMetric Biometric Card

dimanche 4 juin 2023

Encore un clou dans le cercueil du GAB ?

Diebold Nixdorf
Il ne faut certainement pas exagérer l'ampleur de l'événement, mais l'annonce par Diebold Nixdorf de son placement volontaire sous la protection de la loi américaine des faillites, dans l'objectif d'une restructuration financière devenue indispensable, signale probablement que les années de gloire des automates bancaires s'achèvent.

Les premiers signes sont apparus depuis quelques temps déjà, entre, par exemple, les regroupements massifs opérés par les banques un peu partout dans le monde (y compris en France ou en Belgique) afin de rationaliser leurs réseaux, la diminution du nombre d'installations observée dès 2019 et les disparitions auxquelles sont de plus en plus fréquemment confrontées les populations rurales (notamment au Royaume-Uni).

La baisse du recours aux espèces pour les paiements du quotidien, au profit des cartes et de leurs déclinaisons dématérialisées dans les téléphones mobiles, qui s'est en outre fortement accentuée à l'occasion de la crise sanitaire (même si une remontée est constatée avec la normalisation de la situation), constitue évidemment la première raison du phénomène puisque les retraits représentent toujours le principal usage des GAB.

Voilà un cruel verdict pour la stratégie de Diebold Nixdorf qui, consciente de la tendance, misait sur la diversification des capacités de ses appareils pour rebondir. Comme je le pressentais il y a 4 ans, l'accès à des services par ailleurs toujours à portée de main dans les applications des banques ou les possibilités de dépôt de chèques et d'espèces, qui suivent le même destin que les retraits, ne peuvent suffire à sauver les automates.

Certes, quelques établissements, mutualistes en tête, voire les pouvoirs publics dans les pays les plus affectés par la désertification, tentent de maintenir une présence, surtout quand les agences aussi ferment à un rythme soutenu, mais il paraît illusoire pour un fabricant, dans ce contexte (qualifiable de minimisation des impacts négatifs), d'espérer commercialiser des équipements sans cesse plus sophistiqués et donc plus coûteux.

Au-delà de ses conséquences pour les entreprises dont l'activité dépend largement de la distribution de pièces et de billets, telles que Diebold Nixdorf (et les transporteurs de fonds ?), le déclin des espèces pourrait également marquer une transition majeure dans la banque, pour laquelle il s'agit d'un des derniers bastions « physiques » de leurs métiers. Quand tous leurs services seront « digitaux », deviendront-elles virtuelles ?

Accueil Diebold Nixdorf

samedi 3 juin 2023

Capital One marie carte de crédit et conciergerie

Capital One
L'idée de proposer un service de conciergerie aux porteurs de carte de crédit – et pas uniquement aux plus fortunés – circule dans l'industrie depuis que la « digitalisation » du monde semble pouvoir la rendre viable… mais elle peine à se concrétiser. Capital One tente maintenant sa chance à travers l'acquisition d'une jeune pousse spécialisée.

Fondée en 2014 et couvrant aujourd'hui plus de 60 pays dans le monde, Velocity Black est parfaitement représentative de ces aspirations à mettre à la disposition du plus grand nombre les avantages jusqu'alors réservés à une poignée de privilégiés, grâce à une puissante combinaison de présélection (humaine) de partenaires appropriés et de technologie, y compris l'inévitable dose d'intelligence artificielle, permettant de répondre le plus efficacement possible aux besoins exprimés par les utilisateurs.

Son application mobile, qui est également déclinée dans un modèle de distribution indirecte, offre au consommateur inspiration, recommandations et exécution dans des domaines tels que le voyage, les loisirs en tous genres, la restauration, le shopping… par l'intermédiaire d'une interface conversationnelle. Il suffit ainsi de quelques échanges rapides afin d'obtenir une assistance lors d'un événement, réserver des places pour la finale de Roland-Garros, bénéficier d'un surclassement sur un vol transatlantique…

Capital One + Velocity Black

La solution de Velocity Black viendra compléter utilement le catalogue de services originaux que Capital One bâtit progressivement en périphérie de son cœur de métier (Capital One Travel, Capital One Shopping, Capital One Dining, donc toujours dans les mêmes univers). L'institution maintient en cela sa stratégie, qui repose exclusivement sur des collaborations avec des entreprises innovantes (Hopper, Wikibuy, SevenRooms), parfois concrétisées par un investissement ou un rachat pur et simple.

Cette approche procure une indiscutable légitimité aux velléités de l'établissement de prendre pied dans des secteurs extra-financiers, au-delà du seul lien (évident mais à mon avis insuffisant) qui existe entre ses activités dans les cartes de crédit et le commerce. En effet, son objectif ne se réduit pas à déployer de pâles équivalents à ce que proposent des leaders en place (dont les incontournables géants de l'internet), sur lesquels il se démarquerait difficilement, mais à se positionner systématiquement sur le nec-plus-ultra de l'expérience utilisateur, en passant par un choix intransigeant de partenaires.

vendredi 2 juin 2023

Vers un cadre européen sur le greenwashing

EBA
À la demande de la Commission Européenne et en préparation d'une éventuelle future évolution réglementaire (en 2024 ?), les organismes de supervision du secteur financier ont rédigé un rapport d'analyse sur le « greenwashing » dans leurs domaines respectifs : la banque pour le l'EBA, les marchés pour l'ESMA et l'assurance pour l'EIOPA.

Partant d'une définition générique – les pratiques, trompeuses pour les clients, investisseurs et autres parties prenantes, consistant à partager des déclarations, des communications, des actions en matière de développement durable qui ne reflètent pas la réalité sous-jacente d'une entité, d'un produit ou d'un service –, l'exercice mené au cours de l'année écoulée avait pour objectif de déterminer comment l'éco-blanchiment (en version française) se matérialise, s'il est largement répandu et quelles sont ses causes.

Sans vouloir aller jusqu'à qualifier les rapports de superficiels (après tout, l'ensemble représente plus de 200 pages d'explications), ils décortiquent, certes en détail, des observations et des faits connus et, dans l'ensemble, relativement triviaux. Peut-être constituent-ils une première étape indispensable avant d'approfondir le volet des moyens de contrôle et de répression envisageables mais, comme toujours avec les autorités de régulation, la perspective d'une action concrète semble encore très lointaine…

Dans le cas de la banque, par exemple, les constats dressés ne surprendront personne, à commencer par l'augmentation significative des dérapages présumés directement concomitante à l'attention croissante du public sur les thématiques environnementales, qui exerce une pression de plus en plus sensible sur les établissements. Naturellement, les firmes d'investissement semblent les plus exposées aujourd'hui, avec un niveau de risque matérialisé moyen à élevé, mais tous les métiers seront concernés à court terme.

EBA – Greenwashing

Ce sont évidemment les promesses pour l'avenir (jusqu'à la neutralité carbone purement fictive) qui sont le plus sujettes à caution, mais les stratégies « RSE » et les certifications et autres labels ne sont pas en reste. Pourtant, les entreprises sont conscientes du danger des exagérations, d'abord pour leur réputation puis dans un registre opérationnel, notamment à travers la perspective d'actions judiciaires (à l'image de celle lancée au début de l'année par plusieurs associations à l'encontre de BNP Paribas).

Au chapitre des excuses un peu faciles, les auteurs du dossier – dont les principaux mis en cause font partie – ne manquent pas de souligner que le « greenwashing » n'est pas systématiquement prémédité et que, en particulier, l'absence de données et de méthodologies de référence indiscutables ainsi que de recommandations réglementaires claires et éprouvées nuit à une lutte efficace contre le phénomène.

Cependant, comme il est rappelé dans un autre chapitre du document (et comme le démontre également cette plainte déposée par un citoyen américain contre Nike), les textes existants qui, entre autres, régissent les représentations fausses ou susceptibles d'induire en erreur (les consommateurs, les investisseurs…), fournissent dès maintenant des armes contre les abus les plus manifestes. Heureusement, car la Commission Européenne paraît déterminée à prendre son temps pour passer à l'action…

jeudi 1 juin 2023

L'IA générative se spécialise

OpenAI
Au cœur de la déferlante déchaînée par le lancement de ChatGPT, le secteur financier a été prompt à explorer les possibilités d'exploiter ses capacités génériques. Une deuxième phase émerge désormais, qui voit le développement de déclinaisons spécialisées du moteur d'intelligence artificielle générative pour la banque et pour l'assurance.

La première est donc à porter au crédit de Kasisto, acteur historique – avec plus d'une décennie d'expérience – dans l'univers des assistants virtuels interactifs dédiés aux métiers de la banque. Rien de plus naturel pour elle que d'introduire la technologie la plus puissante du moment pour maintenir son avantage concurrentiel, sous la forme d'un socle personnalisé baptisé KAI-GPT, qu'elle intègre dès maintenant dans un produit fini, KAI Answers, destiné à accompagner les employés en contact avec les clients.

En comparaison du célèbre ChatGPT et de son champ de connaissances « universel », l'avantage majeur que défend Kasisto est l'entraînement de son poulain sur des corpus d'information issus exclusivement du domaine financier – capturés notamment au travers de sa longue collaboration avec les 47 institutions ayant adopté son agent intelligent – qui lui permet d'être plus précis et plus fiable pour les tâches qui lui sont confiées, tout en étant capable de s'adapter à de multiples cas d'usage dans les établissements.

D'autres arguments importants pour la clientèle visée et sa prudence caractéristique sont avancés, surtout autour des traitements de données hautement sensibles et de l'explicabilité des résultats délivrés : une promesse de transparence sur les sources de contenus utilisées et la méthodologie de préparation, un très haut niveau d'exigence (reconnu) sur l'accès aux informations confidentielles de l'entreprise, la faculté de configurer le système selon les particularités du client, dont ses propres références.

Kasisto KAI-GPT

De son côté, Simplifai, dont le positionnement stratégique s'inscrit plus globalement dans le registre de l'« employé augmenté », reprend les mêmes prémices, mais propose initialement avec InsuranceGPT une implémentation minimale sur le périmètre restreint de la gestion des sinistres, au service des professionnels de l'assurance. À ce stade, son approche consiste essentiellement à analyser les demandes (écrites) entrantes et à suggérer les réponses appropriées aux personnels des centres de services.

En complément des incontournables garanties de protection de la vie privée (le RGPD est explicitement cité, par exemple), la jeune pousse, d'origine norvégienne, met l'accent sur la facilité d'intégration de sa solution, que ce soit par sa pré-connexion avec les plus grandes plates-formes de relation client (Salesforce en tête) et de gestion de sinistres ou par ses facultés de mise en œuvre « sans code » et sans requérir la moindre expertise technique, pour une efficacité et une rapidité de déploiement optimales.

Ces deux acteurs ne changeront probablement pas (tout de suite) la face du monde avec l'ajout du moteur GPT dans leurs outils (comment évaluer son apport objectivement ?) mais, au-delà de l'enjeu marketing de s'afficher comme pionniers en la matière, ils auront la vertu d'accoutumer leurs clients aux immenses opportunités de l'IA générative quand elle est ajustée sur mesure à leurs besoins et à leurs contraintes. En ce sens, nous n'en sommes qu'au début d'une invasion massive qui prendra rapidement de l'ampleur.

SimplifAI InsuranceGPT

mercredi 31 mai 2023

L'euro digital coince sur le paiement hors ligne

Worldline
La Banque Centrale Européenne vient de publier les conclusions de son exercice collaboratif d'exploration sur les paiements avec un euro « digital », qui s'est déroulé entre juillet 2022 et février 2023. Si les contributeurs des prototypes inclus au programme font montre d'auto-satisfaction, l'institution a toutefois quelques réserves à formuler…

En charge du scénario probablement le plus complexe parmi les cinq envisagés par la BCE, Worldline présente donc les résultats de son expérimentation de règlements hors ligne, c'est-à-dire quand aucune des deux parties impliquées ne dispose d'une connexion à internet pour valider un échange. Il s'avère particulièrement important dans l'hypothèse – retenue par toutes les banques centrales se penchant sur le sujet – de déploiement d'une solution susceptible de se substituer entièrement aux espèces.

Le mode de fonctionnement retenu pour ce cas d'usage correspond, dans ses grands principes, aux standards (en émergence) dans le domaine : un composant fourni par la banque centrale distribue la monnaie numérique, un intermédiaire de confiance (un établissement de paiement ?) gère les comptes des clients (avec tous les contrôles requis), leur provisionnement et leurs mouvements, une application mobile effectue les transferts réels entre les porte-monnaie via une interface locale sans contact (NFC).

Dans les détails, techniques notamment, la sécurité de l'ensemble est assurée par des mécanismes tout aussi classiques. Ainsi, un élément physique inviolable (celui du téléphone ?) est mis en œuvre (certainement pour le stockage de clés de chiffrement) afin de protéger l'argent stocké et les transferts réalisés. Par ailleurs, une réconciliation, en ligne, est exigée périodiquement de manière à éviter les risques inhérents (connus) à cette approche et à détecter et corriger les incohérences qui pourraient survenir.

Worldline – Digital Euro

C'est, naturellement, sur cet aspect spécifique que l'écueil majeur surgit. Il s'agit en effet de trouver un compromis acceptable (mais nullement optimal, entre autres parce qu'il induit toujours des limites rédhibitoires dans des situations extrêmes) entre l'expérience utilisateur et la lutte contre la fraude (en particulier les dépenses en double). Les responsables de Worldline estiment pourtant avoir trouvé l'équilibre idéal (sans préciser ses contours)… qui leur permet de célébrer le succès sans équivoque de leur projet.

Malheureusement pour eux, la BCE est plus circonspecte. Bien sûr, elle confirme que, pour l'essentiel, les prototypes qui lui ont été soumis répondent à ses attentes, que l'euro « digital » peut s'intégrer aisément dans les systèmes de paiement existants (au profit de l'innovation) et qu'il supporte un mode déconnecté. Ce dernier persiste cependant à générer le doute quant à sa capacité à moyen terme, avec les technologies actuelles, à s'inscrire dans le cadre réglementaire et à passer à une échelle industrielle.

Entre ces réserves et le rythme prudent de la banque centrale, dont le conseil des gouverneurs doit au mieux engager une phase préparatoire à l'automne prochain (sans préjuger d'un quelconque lancement), l'euro « digital » n'est pas pour demain…