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C'est pas mon idée !

jeudi 20 février 2025

CommBank investit dans l'accès aux données

CommBank
Les institutions financières s'emballent pour l'intelligence artificielle mais leurs élans sont freinés par le problème universel de l'accès aux données nécessaires, avec toutes les garanties de qualité, de sécurité et de confidentialité qui s'imposent dans leurs métiers. CommBank investit dans la startup spécialisée Gable afin de répondre à ce défi.

Depuis que l'informatique d'entreprise a dépassé le stade des applications autonomes, en commençant à faire communiquer les logiciels les uns avec les autres, la gestion des données, devenue discipline à part entière, paraît de plus en plus inextricable avec la complexité des systèmes actuels et, simultanément, prend une dimension toujours plus stratégique, surtout quand surgissent les promesses de l'IA (et, avant elle, de la « data science »), impossibles à concrétiser sans matière première exploitable.

Dans ces conditions, il n'est guère surprenant que, quand la filiale x15ventures de CommBank – qui sait souvent faire preuve de réalisme et de pragmatisme – explore la « réinvention des expériences client et employé grâce à l'intelligence artificielle et à la donnée » dans le cadre de la récente édition de son programme d'accélération de jeunes pousses, elle choisisse comme lauréate celle qui offre une brique préalable indispensable à la mise en œuvre de celles qui traitent vraiment la question posée.

En l'occurrence, Gable propose une solution qui veut réussir là où plusieurs générations de produits ont échoué à s'imposer, en général parce qu'elles imposent une forte implication humaine dans le pilotage de l'information. En recourant elle-même à des algorithmes d'IA (sans, malheureusement, fournir beaucoup plus de détails sur leur mise en œuvre), elle se vante de pouvoir réaliser l'essentiel du travail sur les données de manière automatique, depuis leur naissance jusqu'à leurs différents usages.

CommBank x Gable

Les principaux facteurs limitants sont appréhendés de la sorte, qu'il s'agisse de retrouver le logiciel générant l'information (et, donc, identifier son « propriétaire »), de formaliser une chaîne de traçabilité autorisant, par exemple, des études d'impact avant un changement en amont, de repérer les manipulations de données sensibles et/ou personnelles… L'objectif est de placer entre les mains des professionnels du logiciel un outil qui intègre préventivement dans leurs livrables toutes les exigences à respecter et les libère de contrôles lourds, pour lesquels ils sont en outre rarement qualifiés.

À ce stade, il est impossible de savoir si Gable tient ses promesses mais CommBank est suffisamment consciente de l'enjeu pour engager, dès maintenant, une expérimentation dans le périmètre (réduit) de la structure x15ventures et entamer les premières réflexions sur les opportunités qu'elles pourraient ouvrir au sein de ses différentes lignes d'activité. La démarche est d'autant plus notable que le sujet de la gestion des données, peu vendeur auprès des responsables (de l'IT comme des métiers), est fréquemment négligé dans les grands groupes, en dépit de son caractère critique.

mercredi 19 février 2025

Le paiement via la banque peine à séduire

Paiements Canada
Alors que le pays n'a encore déployé ni son système de paiement instantané, ni sa stratégie de banque ouverte, ni, par conséquent, un modèle de règlement par compte bancaire (à ma connaissance), Paiements Canada a interrogé les consommateurs pour connaître leur opinion sur cette dernière option (parmi d'autres tendances à venir).

Bien que ses déclinaisons concrètes restent plutôt marginales à ce jour, le concept est dans l'air depuis longtemps, porteur de promesses multiples de sécurité renforcée, de réduction des commissions sur les encaissements, d'indépendance vis-à-vis des réseaux de carte (associée aux velléités de souveraineté, dans le cas de l'Europe)… Il s'agit de régler toutes sortes d'achats via une connexion transparente à son application bancaire, déclenchant un transfert instantané vers le compte du marchand.

Or, pour les canadiens, jusqu'à présent peu familiers de cette méthode de paiement, son attractivité s'avère relativement faible, puisque seuls 29% d'entre eux se déclarent intéressés, contre un tiers qui ne le sont explicitement pas et le reste de la population adoptant une position neutre, semblant exprimer, avec un certain pragmatisme, une position d'attente pour voir les implémentations réelles avant de se prononcer.

Il faut toutefois noter que des variations importantes apparaissent selon divers critères. En particulier, les immigrants récents et les travailleurs à la demande sont beaucoup plus convaincus (à hauteur de 50%, environ), sans qu'aucune explication ne soit proposée. D'autre part, l'âge joue également, les plus jeunes étant, sans surprise, plus enclins à accepter la nouveauté, quoique dans une proportion plus modeste.

Paiements Canada – Paiement via la banque

Sur la question des facteurs susceptibles de les encourager à changer leurs usages, les répondants pointent deux directions à explorer. D'une part, une majorité (60%) envisageraient le paiement via le compte bancaire s'il était assorti de programmes de récompenses… comme ceux qui accompagnent les cartes de crédit si populaires en Amérique du Nord. Remarquons cependant que cette hypothèse remettrait en cause l'avantage du coût pour les commerçants, puisqu'il faudrait financer ces avantages.

D'autre part, et le point est crucial, une fraction non négligeable des consommateurs (presque un sur trois) est tentée par l'argument de la sécurité (il n'est plus nécessaire de transmettre des informations – de carte – sensibles), la croissance de la fraude et des fuites de données expliquant probablement ce comportement. Voilà très certainement l'angle d'attaque à retenir à l'avenir pour susciter l'engouement, surtout s'il est orchestré en parallèle des campagnes sur la protection des données bancaires.

La « découverte » de cette attention à la sécurité est essentielle car le nouveau mode de paiement manque par ailleurs singulièrement de différenciation, notamment en termes d'expérience client, par rapport à celui qui domine aujourd'hui, que la plupart de ses utilisateurs préfèreront donc conserver, ne serait-ce que par pure habitude.

mardi 18 février 2025

Monabanq soulage l'angoisse du découvert

Monabanq
Avec sa protection contre les découverts, Monabanq ne fait que reprendre une idée qui revient à intervalles réguliers dans les banques, sans jamais se diffuser (et je me demande pourquoi). Mais en contextualisant sa présentation, elle en fait aussi un excellent instrument d'incitation à l'épargne… qui pourrait encore être enrichi.

Le principe mis en œuvre par la filiale du Crédit Mutuel est trivial (raison pour laquelle il devrait être généralisé depuis longtemps, sous une forme ou une autre) puisqu'il consiste à programmer un transfert automatique d'un montant spécifié depuis un compte d'épargne (provisionné) au choix (pour les clients qui en ont ouvert plusieurs) vers le compte courant, dès que le solde de ce dernier atteint un seuil prédéterminé (en général proche de zéro, indiquant le risque imminent de passer dans le rouge).

Traditionnellement, les options de ce genre sont proposées par les institutions financières qui savent qu'une majorité des personnes se laissant aller vers le découvert sont en réalité distraites et, de manière générale, peu attentives à leur situation financière, alors qu'un virement effectué à temps leur éviterait des déconvenues… et des frais souvent élevés. L'adoption d'un mécanisme autonome répond parfaitement à leur besoin, en éliminant le problème à la racine sans interférer avec leur insouciance.

Mais Monabanq introduit cette fonction dans le cadre plus large de son service Monabudget, et lui donne ainsi une autre dimension, au moins aussi importante. Le régulateur de découvert est en effet associé, explicitement, à un système tout aussi classique d'épargne automatique : l'utilisateur choisit le jour et la fréquence de l'opération, la somme maximale à mettre de côté, le minimum de disponibilités à préserver et le compte à créditer, les logiciels de la banque s'occupent du reste.

Monabanq – Service Monabudget

Grâce à cette intelligente combinaison, Monabanq rassure implicitement ses clients vis-à-vis d'un des principaux freins à la mise en place d'un virement d'épargne permanent : à tous ceux qui redoutent que, à l'occasion d'un mois difficile (après une dépense exceptionnelle, notamment), la ponction planifiée fasse passer, plus tard, leur solde en négatif, elle propose une solution élégante qui leur garantit qu'ils n'ont pas à se préoccuper de ce risque et qu'ils n'en subiront aucune conséquence.

J'ai toutefois un petit regret à exprimer face à l'offre actuelle (qui évoluera peut-être ?), car le couplage de cette approche avec un robot intelligent, tel que celui que fournit Oportun (ex-Digit) depuis plus d'une décennie, serait vraisemblablement idéal, avec, d'un côté, un outil capable d'optimiser les fonds mis en réserve selon les habitudes et les comportements de l'individu et, de l'autre, un dispositif de protection qui s'active, en totale transparence, en cas d'imprévu ou d'erreur des algorithmes prédictifs.

En synthèse, avec une idée relativement élémentaire et sa mise en perspective dans un cas d'usage très opportun, Monabanq joue simultanément sur deux paramètres critiques du bien-être financier, au profit de la sérénité de ses clients : la peur du découvert – et ses embarras purement administratifs – et l'encouragement à l'épargne « sans y penser » – et sa contribution à la réalisation de projets, petits et grands.

lundi 17 février 2025

Le bien-être financier par l'exemple

BMO
Pour un deuxième épisode d'une série improvisée sur le bien-être financier, je vous propose aujourd'hui d'aborder un cas concret, sur la base d'une enquête menée par BMO révélant les inquiétudes des canadiens vis-à-vis de leur future retraite… et de l'angle mort que laisse la banque dans son accompagnement de la problématique.

La quinzième édition du sondage annuel dresse un panorama sans équivoque : plus de trois quarts des personnes interrogées craignent de manquer d'argent, en raison de l'inflation, lorsqu'elles cesseront leur activité professionnelle et 63% estiment que les hausses de prix récentes ont réduit leur capacité à mettre de l'argent de côté pour leur pension… alors même que leur évaluation du capital à réunir afin d'envisager un départ serein a sensiblement diminué depuis 2023, à 1,54 million de dollars.

Ceux qui voient fondre leur capacité d'épargne adoptent des stratégies variées, les plus fréquemment citées s'étalant de la modération des autres dépenses de manière à maintenir leurs objectifs initiaux jusqu'à un report pur et simple de leurs efforts, en passant par la baisse (moins drastique) de leurs contributions et la résignation à travailler plus longtemps. Un point commun à ces options, qui doit attirer l'attention, est, naturellement, le stress qu'elles engendrent à la fois pour le présent et pour l'avenir.

Quelle est la réponse de l'institution financière au pessimisme ambiant ? Elle se compose d'une poignée de recommandations génériques – planifier tôt, contrôler son budget, investir dans les supports dédiés et recourir à un professionnel – et de renvoi vers la catégorie de produits spécialisée (REER, au Canada), largement consacrée à ses caractéristiques opérationnelles. Or, sans être hors sujet, une telle approche s'avère extraordinairement décalée par rapport au besoin dégagé par l'étude.

En effet, le désarroi exprimé ne peut être résorbé en répétant des conseils que, si l'on en croit notamment les mesures d'ajustement qu'ils ont déjà prises, les intéressés connaissent et essayent tant bien que mal d'appliquer (et que, incidemment, la banque serait inspirée d'intégrer de manière contextuelle dans ses outils « digitaux » pour plus d'efficacité). Ce qui serait vraiment utile et pertinent face à leurs angoisses, en revanche, serait de leur apporter des éléments de réassurance quant à leur plan de retraite.

Valider et re-valider les hypothèses de départ, financières et autres. Confirmer que les projections prises en compte restent d'actualité. Apprendre à adapter les versements aux contraintes et opportunités de la conjoncture. Etc. Des actions de cet ordre, renouvelées aussi souvent que nécessaire, en complément d'un suivi personnalisé régulier, sont indispensables pour ramener un peu de tranquillité d'esprit et de confiance dans l'avenir, ce qui constitue bien le cœur du problème à traiter.

Un conseiller de proximité, toujours disponible, représenterait évidemment le vecteur idéal pour ce genre de démarche. Mais, dans une perspective un peu plus réaliste, un agent virtuel pourrait également fournir une bonne partie du coaching requis…

Retraite

dimanche 16 février 2025

L'IA face aux clients, toujours bridée

BBVA
Tandis que, dans le secteur financier, la plupart des applications de l'intelligence artificielle générative restent internes, par crainte de dérapages, BBVA compte parmi les premières à en proposer une mise en œuvre directement à ses clients. Mais l'initiative s'avère tellement prudente qu'elle ressemble à ce que la banque faisait déjà en 2012 !

C'est donc une nouvelle version de l'assistant virtuel Blue de l'établissement, dont le déploiement, progressif, est planifié à partir du 20 février, qui intègrera les capacités d'IA. Elles doivent le rendre plus efficace et, surtout, capable de répondre à plus de demandes qu'auparavant. Dans le premier registre, ses compétences renforcées en matière de compréhension et de génération du langage naturel, grâce à un « grand modèle » (LLM), figurent ainsi parmi les principales améliorations citées.

Sur le second aspect, BBVA nous indique que l'outil est initialement conçu pour traiter quelques 150 demandes et transactions différentes, en soulignant que, derrière ce mot de « transaction », elle implique que l'agent est désormais en mesure d'exécuter des actions et non plus seulement de répondre à des questions. Afin de faciliter ces interactions, en s'adaptant aux spécificités de communication de chacun, les algorithmes peuvent interpréter plus de 3 000 formulations (soit une vingtaine par sujet, ce qui semble finalement assez peu par rapport à ce qu'on attendrait d'une IA générative).

Outre son aptitude linguistique, Blue bénéficie également de progrès sensibles dans la gestion de la conversation. Il sait notamment prendre en compte les digressions : quand le client change de thématique pour revenir plus tard à sa préoccupation initiale, il reprend le fil de l'échange de manière transparente (après avoir traité le point intermédiaire). L'utilisateur a également la faculté d'annuler une opération à tout moment et de requérir l'intervention d'un interlocuteur humain dès qu'il l'estime nécessaire.

BBVA Blue

Bien entendu, BBVA met un point d'honneur à fournir tous les éléments de réassurance indispensables face aux risques connus de l'IA générative. Il est ainsi question de ses exigences sans concession de sécurité et de protection de la confidentialité des données, mais aussi de la spécialisation bancaire de son automate et de l'ensemble de contrôles et de garde-fous qu'elle a mis en place dans le but de garantir un alignement permanent avec ses obligations commerciales, réputationnelles et réglementaires.

La présentation est séduisante… mais, à travers toutes ses caractéristiques, elle rappelle précisément les promesses de Lola, la première génération d'assistant personnel que la banque expérimentait il y a plus d'une décennie (et qui fut rejointe par quelques collègues à la même époque). Nul ne parlait alors d'intelligence artificielle et peut-être les performances de ces pionnières, focalisées sur les interfaces vocales, notons-le, n'étaient-elles pas suffisantes pour convaincre les clients.

Toujours est-il que la version qui arrive aujourd'hui surfe à l'excès sur la vogue de l'IA générative, qui n'est, en réalité et au mieux, exploitée que pour sa maîtrise de la langue, les « raisonnements » sous-jacents restant apparemment pilotés par des mécanismes classiques (et sans danger) de règles préprogrammées. Cette avancée, somme toute modeste en regard de l'évolution des systèmes de traitement du langage, parviendra-t-elle à vaincre les résistances des consommateurs vis-à-vis des chatbots ?

samedi 15 février 2025

Des ETF toujours plus sophistiqués

CaixaBank
Au début, on traduisait l'acronyme ETF (pour « Exchange-Traded Fund », soit, littéralement, fonds négociable en bourse) par l'expression « fonds indiciel » car ces instruments étaient pour la plupart destinés à répliquer les performances des indices publics, tels que le CAC 40, le Dow Jones ou le S&P 500. Cette période est désormais révolue.

Dernier témoin en date de l'évolution, CaixaBank et Amundi en ont concocté une nouvelle incarnation, baptisée « Cycle de Vie », proposant à ses clients une composition dynamique dont l'exposition au risque se réduit au fur et à mesure du rapprochement de la maturité visée, celle-ci s'étalant entre 5 et 14 ans sur 4 variantes distinctes. Concrètement, et classiquement, l'allocation en actions initiale est progressivement remplacée par des obligations, selon une feuille de route déterminée dès l'origine.

L'objectif est, naturellement, de mieux répondre aux attentes des clients, tels que les perçoit plus directement CaixaBank, en particulier quand il s'agit de les accompagner dans la réalisation de leurs projets à moyen et long terme, future acquisition d'une résidence ou préparation de la retraite, par exemple. Pour ceux-ci, la stratégie d'investissement généralement recommandée consiste à commencer par une posture relativement agressive mais risquée, à modérer lorsque l'échéance se précise.

Jusqu'à maintenant, l'application de ce genre de recommandations relevait de la responsabilité d'un gestionnaire de patrimoine, humain pour les privilégiés ou sous les traits d'un robot-conseiller pour le commun des mortels. C'est lui qui appréhende les besoins et les préférences de son client et qui ajuste en conséquence le contenu de son portefeuille tout au long de sa vie. Or voilà que débarque une autre solution qui, grâce à l'automatisation de la gestion, comme tous les ETF, casse les prix (0,18% de frais annuels contre environ 1% pour les plates-formes en ligne les plus abordables).

Avec la sophistication croissante des fonds disponibles sur le marché, le rôle des professionnels de l'investissement devrait logiquement évoluer, en tous cas pour la majorité des consommateurs, qui ne requièrent pas le recours à des instruments exotiques : le pilotage actif des portefeuilles peut laisser place à une focalisation sur l'écoute du client et le conseil personnalisé (en amont), la mise en œuvre pouvant ensuite se traduire par une sélection de fonds adaptée à chaque cas spécifique.

CaixaBank x Amundi

vendredi 14 février 2025

Une assurance e-réputation paramétrique

Bessé
Bessé et Hiscox combinent leurs expertises respectives de conseil en assurance et de gestion des crises afin de proposer une garantie paramétrique destinée à couvrir les risques de réputation en ligne des entreprises françaises. Elle s'adresse dans un premier temps au secteur agroalimentaire, qui est un des plus sensibles en la matière.

Le principe du contrat « e-réputation » correspond aux normes reconnues des modèles paramétriques : dès le franchissement d'un seuil prédéterminé sur l'indice d'exposition qui sert de référence partagée, l'indemnisation prévue est versée automatiquement. L'approche se révèle particulièrement adaptée aux préjudices d'image, susceptibles de prendre très rapidement une ampleur considérable et contre lesquels le déploiement d'une riposte, potentiellement coûteuse, doit donc être le plus réactif possible.

Le paramètre retenu pour évaluer la dégradation de la réputation du client constitue évidemment le cœur du produit. En l'occurrence, les deux partenaires ont analysé 11 ans d'historique d'interactions sur les médias sociaux portant sur 166 marques de l'agroalimentaire, dont 60% ont vécu des alertes médiatiques et 14% ont subi des crises majeures. À partir de ces travaux, ils ont élaboré un modèle qui permet de mesurer le risque à partir des échanges publics et d'en dériver une offre d'assurance adaptée.

La méthode s'avère astucieuse car la diffusion du score en temps réel (ou presque) fournit également un support à la prévention ou, à tout le moins, à la minimisation des impacts d'un incident. En effet, pour peu qu'une surveillance s'organise (en complément des outils de pilotage habituels sur le web social), les responsables pourront détecter en avance les poussées de fièvre qui présagent peut-être d'une catastrophe à venir. Et on sait qu'un désamorçage précoce de ces situations est infiniment plus efficace.

Bessé – E-réputation

À mon avis, le dispositif comporte tout de même un point faible, dans le sens où l'assureur va devoir convaincre ses clients de la légitimité de son indice d'e-réputation et des résultats qu'il génère. La question se posera à la souscription, où la démonstration des performances sur le passé peut suffire à surmonter les réticences, et surtout en cas de sinistre, si un désaccord surgit sur la perception qu'en a la victime et la traduction qu'en fait le calcul officiel. Le problème ici est l'absence d'indépendance et de transparence de ce dernier, qui sont de rigueur avec les systèmes paramétriques.

De ce point de vue, la solution de Bessé et Hiscox – si elle parvient à franchir l'obstacle (en montrant que ses bénéfices méritent quelques concessions) – ouvre une nouvelle voie pour le concept paramétrique, dans laquelle il ne serait plus nécessaire de s'appuyer sur des relevés d'un tiers de confiance mais où l'assureur peut aussi fixer ses propres règles. À moins qu'il ne faille plutôt envisager la création d'un nouveau métier qui consiste justement à produire ces outils à l'écart de tout contrôle de l'industrie, en cultivant l'ouverture (de type « open source » ?) et la recherche de consensus.

jeudi 13 février 2025

La réalité mixte ne prend pas

Microsoft
Il y a quelques jours, nous apprenions l'abandon de HoloLens par Microsoft, dont le contrat de dernier recours, avec l'armée, est repris par un tiers. Puis vint le tour du patron des technologies de Meta, fixant un ultimatum à ses équipes sur la réalité virtuelle (et le métavers). Retour sur l'échec d'une aventure pourtant prometteuse.

Pour Microsoft, le produit, lancé en 2015, aurait enregistré un total cumulé de 300 000 ventes, éclairant la décision d’arrêter les frais, qui, dans ces conditions, paraît même bien tardive. Du côté de Meta, 2025 est officiellement déclarée année de la dernière chance : sans résultats probants, les initiatives finiront dans les annales comme un désastre spectaculaire. Enfin, l'Apple Vision Pro, dernier entrant sur le marché, fait l'objet de rumeurs de capitulation moins de deux ans après son annonce.

Les ambitions étaient pourtant gigantesques et justifiait à l’époque d’y engouffrer des milliards de dollars. Comment expliquer une telle déconvenue, alors que les exemples de technologies censées révolutionner nos vies quotidiennes se multiplient et absorbent elles aussi des budgets colossaux dans les entreprises qui rêvent de saisir leurs opportunités… sans certitude de succès ? Tous les innovateurs peuvent (et doivent) profiter de ce retour d’expérience exceptionnel pour affiner leurs stratégies.

Naturellement, il n’existe pas une raison simple derrière le fiasco, il faut plutôt explorer une combinaison de facteurs. Les deux principaux touchent évidemment au coût et aux applications. Le prix de l’équipement est en effet rédhibitoire quand les utilisations proposées restent marginales, par exemple sans une « killer app », sachant que cette dernière est d'autant plus difficile à inventer qu'elle implique de convaincre les utilisateurs de porter un casque peu confortable. Inversement, les éditeurs potentiels sont frileux vis-à-vis des investissements massifs requis pour créer des logiciels exploitant toutes ses capacités tant que le marché est réduit.

Pour prendre une comparaison avec la naissance de l’iPhone, nous avions là un appareil certes coûteux mais qui offrait immédiatement une expérience inédite de l'internet mobile, sur laquelle n’importe quelle entreprise pouvait ensuite se greffer, d’abord via le web puis via des applications natives, sans trop de complications et avec des niveaux de budgets raisonnables (ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui mais nous sommes passés, depuis longtemps, dans une phase de généralisation).

Cependant, si vous ne vous contentez pas de ces explications relativement superficielles, je propose d’en décrypter les causes sous-jacentes. Un second étage d’analyse, en quelque sorte. Il faut alors se pencher sur les acteurs à l’origine des initiatives, Microsoft et Meta. Tous deux ont envisagé la réalité mixte (et le métavers, incidemment) en priorité comme un média additionnel pour leur principale source de revenus, l’informatique professionnelle pour l’un et les réseaux sociaux pour l’autre.

En bridant d’emblée leur vision, ils étaient quasiment assurés de manquer l’application et le marché qui auraient pu faire décoller les ventes, et qui se révèleront (peut-être) un jour dans un domaine totalement étranger à la zone de confort de ces géants de la technologie. En ce sens, l’irruption d’Apple représentait une tentative mieux conçue, plus ouverte à la sérendipité et aux accidents heureux. Mais elle n’a pas encore abouti, bien sûr, et nul ne sait combien de temps peut durer la gestation de cette rupture.

Pour devenir une innovation réussie, une idée doit se matérialiser ET conquérir une cible de clients. Très clairement, c'est cet aspect que la réalité mixte a (pour l'instant) raté, à travers un déséquilibre excessif entre fonction – dans un contexte de liberté d'imagination doublement contrariée – et prix – celui-ci étant à prendre au sens large, incluant les coûts pour l'utilisateur final et pour les indispensables partenaires et qui pourraient également intégrer des coûts dérivés (par exemple environnementaux)

Apple Vision Pro

mercredi 12 février 2025

J.P. Morgan choisit Klarna pour le BNPL

J.P. Morgan Chase
Dans une industrie où les grands groupes ont tendance à vouloir toujours développer leurs propres solutions, J.P. Morgan Payments, premier acquéreur du commerce de détail du monde, conclut un partenariat avec Klarna afin d'intégrer la solution de paiement fractionné (BNPL) de ce dernier. Comment expliquer un tel choix ?

La question mérite d'être posée : après tout, pourquoi la plus puissante banque américaine préfère-t-elle se tourner vers une jeune pousse pour fournir un service que, à première vue, elle pourrait répliquer grâce à ses ressources et ses moyens quasiment infinis ? Je n'ai évidemment pas la réponse, alors, parce qu'elle pourrait constituer une source d'inspiration, j'imagine quelques hypothèses plus ou moins plausibles…

Commençons par la plus simple : la banque répond à une demande de ses clients (ce qui serait une bonne nouvelle en soi, bien qu'un peu tardive). Pour les marchands équipés de ses outils, l'absence d'une option qu'ils voient se répandre chez leurs concurrents, leur permettant de conquérir des parts de marché, génère probablement une frustration susceptible de les encourager à changer de fournisseur. L'urgence de la situation justifierait alors le recours à un tiers… en attendant une réalisation maison ?

Variante relativement peu réaliste, peut-être les responsables de la plate-forme de J.P. Morgan estiment-ils que le BNPL n'est pas une activité suffisamment attractive, notamment sur le long terme (entre autres face aux menaces réglementaires), pour y consacrer plus qu'un minimum d'efforts. À moins que ses équipes aient pris conscience de leur incapacité à rivaliser avec le numéro un incontesté du sujet, ce qui révélerait une clairvoyance aussi rare (et, malheureusement, improbable) que louable.

Klarna x J.P. Morgan

Un autre scénario envisageable, toujours dans le même registre, correspondrait à une faille organisationnelle, pas forcément surprenante dans une entreprise de la taille de J.P. Morgan : le département en charge de l'acquisition ne communiquant pas avec ses pairs du crédit et de ses produits dérivés, retient l'offre externe la plus prometteuse sans s'inquiéter de ce que font ses voisins. Si tel était le cas, une crise de gouvernance serait à craindre (et, en même temps, à espérer, afin d'éviter de reproduire l'erreur).

Dans une perspective plus machiavélique, l'institution financière ne serait-elle pas plutôt engagée dans une démarche d'analyse en profondeur du fonctionnement du paiement fractionné, pour laquelle rien ne vaut, naturellement, une mise en œuvre concrète ? En arrière-plan, l'objectif final pourrait être un rachat (je n'y crois guère car la méthode paraîtrait alambiquée) ou, plus vraisemblablement, la création d'une future copie élaborée grâce à la connaissance accumulée à travers cette expérience.

L'avenir nous éclairera certainement sur la réalité de la stratégie sous-jacente. Dans tous les cas, le principe d'une collaboration, dans son cœur de métier, entre une institution financière et le leader d'un modèle innovant, sur lequel il pèse déjà très lourd, illustre un certain changement d'approche dans le développement traditionnel de la banque.

mardi 11 février 2025

C'est quoi le bien-être financier ?

Cofidis
Le bien-être financier est un sujet qui me tient à cœur et que j'évoque régulièrement dans ces colonnes. Or, quand je l'aborde lors de mes échanges avec des professionnels du secteur financier, ils me posent régulièrement la question : mais de quoi s'agit-il exactement ? Je vous propose aujourd'hui un mini-billet afin de répondre à cette interrogation… à partir des résultats d'une enquête menée par Cofidis.

D'après ce sondage, réalisé pour la première fois à l'occasion de la Saint Valentin 2025 qui approche, une statistique ressort tout particulièrement : sept couples sur dix déclarent que l'argent constitue pour eux un sujet d'inquiétude, y compris pour ceux – et ils représentent la majorité de l'échantillon – qui estiment que leur pouvoir d'achat est correct. Alors, si je devais résumer en une courte phrase en quoi consiste le bien-être financier, je dirais qu'il s'agit « simplement » d'éliminer ces angoisses.

En arrière-plan, différents mécanismes entrent en jeu, entre la crainte de ne pouvoir faire face à un imprévu et la difficulté à mettre un pécule de côté. Ces perceptions ne sont pas toujours rationnelles. Par exemple, dans le premier cas, ceux qui disposent d'une réserve confortable peuvent tout de même être angoissés à l'idée de perdre leur emploi ou de subir une incapacité, tandis que, dans le second cas, les incertitudes sur le « bon » niveau d'épargne pour les projets envisagés est susceptible de miner le moral.

Face à ces préoccupations, les produits financiers n'apportent pas seuls une réponse satisfaisante : même avec un pactole de sécurité et des assurances pour tous les risques imaginables, certaines personnes continueront à stresser. Et, selon les profils psychologiques des individus, d'autres catégories d'anxiété s'exprimeront. Ce qu'il faut pour restaurer la sérénité, c'est un accompagnement de proximité, dans la durée, qui redonne un sentiment de confiance et de sécurité, sur le moment et pour l'avenir.

Voilà un défi qui mériterait d'être relevé, ne serait-ce que pour différencier les offres bancaires tellement banalisées aujourd'hui : aider 70% de la population à améliorer son bien-être financier et, en lui restituant de la sorte le pouvoir sur son argent, en faire des clients plus fidèles, qui, lorsqu'ils acquièrent un nouveau produit, le font parce qu'il contribue à leurs objectifs et en sont redevables à leur fournisseur. Qui est prêt à se lancer dans une telle aventure d'innovation (qui n'est résolument pas une utopie) ?

Enquête Cofidis