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C'est pas mon idée !

jeudi 9 janvier 2025

Une app au secours des cyclistes

MoveIMA
Si la mobilité est aujourd'hui à la mode, elle est encore très souvent focalisée sur l'automobile, malgré la popularité croissante des moyens de transport « doux », bicyclette et trottinette en tête. C'est à l'intention de ces derniers que le spécialiste de l'assistance IMA offre désormais à ses clients italiens une application d'alerte en cas d'accident.

Avec l'augmentation des usages, le nombre d'accidents est en forte progression et, faute de protection par une carrosserie ainsi que d'infrastructures routières adaptées, leurs conséquences sont souvent graves. Ainsi, selon des statistiques officielles, plus de 16 000 occurrences ont été enregistrées en 2023 en Italie, avec un taux de mortalité particulièrement élevé. Or, quand survient le pire, le délai d'intervention des secours est critique afin de limiter la sévérité des éventuelles blessures et de leurs séquelles.

C'est pour cette raison qu'IMA a développé MOVEIMA avec les concepteurs de la solution Liberty Rider. Reprenant à l'identique les principes que cette dernière met au service des motards, elle promet de détecter, grâce aux capteurs du smartphone du porteur, les incidents qui surviennent lors de ses trajets en vélo (classique ou électrique) ou en trottinette. Dès qu'une anomalie est repérée et sans réaction de la victime, après trois tentatives d'appel téléphonique, les secours sont dépêchés sur les lieux.

MoveIMA

Pour les assureurs qui promeuvent de plus en plus la couverture contre les aléas de la mobilité douce, soit à travers des contrats spécifiques soit dans un cadre plus large, l'ajout d'une option telle que MOVEIMA présente au moins autant d'intérêt que celle que beaucoup d'entre eux ont déjà intégrée pour les motards. Grâce à une prise en charge plus rapide des accidents de personne, elles peuvent espérer réduire leur incidence médicale, donc les coûts (d'hospitalisation et autres) et l'indemnisation correspondante.

Même si, en comparaison de la moto, ces moyens de transport sont majoritairement employés en zone urbaine, où le risque de se trouver isolé lors d'un accident est beaucoup plus faible, la mise en œuvre automatique d'une procédure standard éprouvée pour déclencher une intervention, sans devoir compter sur la réactivité des spectateurs présents, procure un avantage non négligeable pour l'efficacité de la démarche.

Depuis des années, les outils mobiles destinés aux automobilistes, à vocation de prévention ou d'assistance (parfois par des voies indirectes), se sont multipliés, répondant naturellement aux défis des produits d'assurance qui leur sont dédiés. Avec la transition écologique et son impact sur les comportements, il est peut-être temps, maintenant, de réfléchir à l'accompagnement proactif des adeptes des nouveaux modes de déplacement, en tenant compte de leurs enjeux spécifiques de sécurité.

mercredi 8 janvier 2025

Umi, l'assistant de bien-être familial

Umi
À l'occasion du CES, la grande messe annuelle de l'électronique grand public, Panasonic dévoilait hier Umi, un assistant universel de bien-être familial propulsé à l'intelligence artificielle (évidemment), auquel il semble pourtant manquer quelques compétences dans le domaine financier… Une opportunité à saisir alors que les besoins explosent.

Naturellement, les outils destinés à accompagner les initiatives d'amélioration personnelle, entre autres sur le plan de la forme physique ou de l'alimentation, n'ont rien de nouveau et certains d'entre eux vantent déjà leur exploitation de l'IA en vue de prodiguer des conseils adaptés aux besoins et préférences de chacun. Dans leur prolongement, la proposition de Panasonic appuie cependant sur deux axes complémentaires originaux qui démultiplient la valeur potentielle du concept.

En premier lieu, Umi met ainsi l'accent sur un aspect collectif qui est rarement abordé dans le domaine. Qu'il s'agisse de la famille à proprement parler ou, éventuellement, d'une autre typologie de groupe (par exemple de voisinage), la plate-forme vise autant au bonheur partagé qu'à la sérénité individuelle. Elle inclut donc, dans cette perspective, une logique de coaching dédiée à la communication dans le groupe, à l'organisation d'activités en commun, à l'équilibre entre temps personnel et familial…

D'autre part, l'ambition sous-jacente est de fournir une solution unique capable de prendre en charge toutes les dimensions du problème. Véritable agent virtuel omniscient, Umi est prêt à préconiser, sur demande explicite ou de manière proactive, les actions à entreprendre afin de réduire le stress de son utilisateur et l'aider à se sentir mieux dans son quotidien, quel que soit le domaine concerné. Il peut même suggérer le recours à un soutien humain pour les sujets les plus complexes ou sensibles.

Panasonic Well – Umi

Le service, qui devrait être déployé aux États-Unis en 2025, constitue une formidable source d'inspiration pour ce que pourrait être un assistant de bien-être financier. Conscient des multiples composantes de l'équation – les dépenses au jour le jour, l'endettement, les projets d'avenir… – et intégrant les contraintes de la cellule familiale, avec ses priorités, ses habitudes et ses comportements divergents, celui-ci élaborerait une stratégie cohérente, concrétisée par des recommandations régulières.

Mais cette vision ne représente qu'une étape. En effet, à terme, ces compétences d'argent devraient être intégrées au cœur du coach générique, au fonctionnement duquel elles participent directement (notamment pour la planification budgétaire des activités proposées). Il est d'ailleurs surprenant que Panasonic n'en évoque pas même l'hypothèse. Sachant que sa démarche consiste à assembler dans Umi les capacités de divers partenaires, un tel ajout n'est toutefois probablement qu'une question de temps.

Petit à petit, le bien-être s'impose comme un thème de premier plan, préoccupation croissante pour les individus et potentiel immense pour les entreprises. Ses innombrables ramifications dans toutes sortes de métiers – dont la banque et l'assurance – ajoutent certes à la difficulté d'offrir des solutions pertinentes et efficaces mais elles fournissent aussi un excellent moyen d'entrer dans une sphère de confiance pluri-disciplinaire susceptible d'ouvrir des portes sur de nouvelles opportunités.

mardi 7 janvier 2025

Les robots sont parmi nous

Serve
Un soir de décembre, à Los Angeles, un taxi autonome (Waymo) tourne à une intersection et percute un robot de livraison (Serve) qui, selon celui qui a filmé la scène, aurait traversé au feu rouge et un peu trop hésité avant de remonter sur le trottoir. Aucun dommage pour cette fois mais un tel scénario soulève des questions… d'assurance.

Bien sûr, le développement des algorithmes de pilotage automobile assisté ou automatique ont depuis quelque temps suscité des réflexions sur les couvertures appropriées aux accidents qu'ils sont susceptibles de provoquer… mais, le plus souvent, elles portent sur leur relation avec l'environnement existant et, en particulier, les autres usagers – humains – de la route. Cependant, la multiplication des objets circulant sur la voie publique sans personne aux commandes introduit des défis additionnels.

La problématique est évidemment moins critique quand aucun individu n'est impliqué mais, a contrario, elle peut rapidement prendre de l'ampleur si, comme le confirme un représentant de Waymo dans un article de TechCrunch, les véhicules n'exercent pas la même prudence extrême au voisinage de choses inanimées (ici correctement détectée) qu'en cas de détection d'une forme de vie, ce qui accroît mécaniquement le risque de collision et, au moins au premier niveau, de litiges entre entités logicielles.

Comment seront donc traitées ces péripéties ? Sur l'événement documenté, il semblerait que, après quelques instants de remise au point, les deux appareils (dont le taxi, inoccupé à ce moment-là) aient repris leur route comme si de rien n'était. Peut-être ont-ils procédé à une évaluation de leurs dégâts respectifs auparavant et, quoi qu'il en soit, toutes les données utiles sont captées et conservées, afin de permettre un diagnostic a posteriori. Cependant, aucun constat formel d'accident n'a été établi ni n'était prévu.

Robot Serve

Nul doute que si les circonstances s'avéraient graves, une alerte serait transmise aux entreprises impliquées, qui dépêcheraient alors quelqu'un sur place de manière à engager les démarches requises (déclaration de police, évacuation des robots…). Mais ne serait-il pas envisageable d'automatiser une partie de celles-ci ? Ne devrait-on pas, par exemple, mettre en place un protocole permettant aux machines d'entamer elles-mêmes un partage d'information en vue de résoudre un éventuel conflit ?

En l'état, les responsabilités seraient déterminées au cas par cas, vraisemblablement par les assureurs des entreprises, à partir des informations que ces dernières acceptent de leur fournir ou sont obligées, contractuellement, de mettre à leur disposition. Leurs experts – assistés dans ces tâches par des agents intelligents, le cas échéant – devront toutefois apprendre à exploiter ces sources pour émettre un jugement et convenir des modalités de prise en charge. Serait-il possible d'automatiser certaines étapes ?

Le monde des robots est en train de s'inventer et il se développe rapidement, entraînant toutes sortes de nouveaux challenges auxquels il faudra bien répondre à court terme. Le secteur de l'assurance figurera parmi les plus mis à contribution dans cette révolution : saura-t-il imaginer et mettre au point les solutions adaptées ?

dimanche 5 janvier 2025

Meta et paiement, l'histoire sans fin

WhatsApp
Depuis plus de 10 ans, Meta cherche à exploiter le potentiel de ses plates-formes afin de développer des applications de paiement social. Une de ses initiatives récentes les plus prometteuses, en Inde, vient tout juste de franchir [PDF] une étape décisive. Mais le rêve d'échanges transparents à l'échelle de la planète reste toujours aussi lointain…

La tentation est évidemment grande pour le géant des médias sociaux de capitaliser sur son audience de centaines de millions d'individus afin de proposer une solution de paiement universelle qui, dans ses espoirs les plus fous, deviendrait le standard incontournable des échanges d'argent entre particuliers… voire au-delà. Hélas, de ses premiers pas sur Facebook jusqu'à son aventure avortée avec sa cryptomonnaie Diem (ex-Libra), les plans se sont révélés plus difficiles à concrétiser que prévu.

À défaut, et en parallèle, Meta a engagé une approche plus pragmatique à partir de 2018, en ciblant un des marchés les plus prometteurs pour celle-ci : l'Inde avec sa population d'1,4 milliards d'habitants, dont 500 millions enregistrés sur WhatsApp, et où les moyens de paiement évoluent aujourd'hui rapidement entre tradition (des espèces) et modernité (de la « digitalisation » menée à marche forcée par le gouvernement). Cependant, là aussi, la réalité, entre autres réglementaire, impose ses contraintes.

L'agrément accordé à ce que tout le monde nomme désormais WhatsApp Pay était assorti d'une condition de déploiement par paliers. Le lancement initial était ainsi limité à 40 millions d'utilisateurs et, deux ans plus tard, quand les optimistes envisageaient une ouverture totale, le plafond n'était en fait relevé qu'à 100 millions. Ces chiffres semblent élevés – et ont certainement permis de valider le concept – mais ils constituaient un handicap. Ce n'est que le mois dernier que toute restriction était levée.

Paiements sur WhatsApp

L'histoire n'est vraisemblablement pas terminée mais les péripéties vécues jusqu'à maintenant démontrent combien l'ambition de révolutionner les paiements, même pour une des firmes les plus puissantes de la Silicon Valley, peut se révéler difficile à matérialiser, entre les délais engendrés par des obstacles en tout genre, les craintes suscitées par le pouvoir que veulent s'arroger certains acteurs de la technologie ou encore les simples difficultés pratiques à unifier un domaine fragmenté.

Voilà une éclatante confirmation de ma conviction de toujours que la menace des « GAFA » sur le secteur financier ne réside pas dans une hypothétique entrée dans le cœur de ses métiers. Une telle mission s'avère extrêmement complexe à exécuter… pour des bénéfices qui resteraient modestes. Contrairement à Meta (qui persiste, dans une certaine mesure) ou X (dont la mégalomanie de son propriétaire croit y parvenir), les autres géants de l'internet savent maintenant que la bataille se joue uniquement sur l'expérience utilisateur et ne requiert donc que de capter la relation avec le client.

samedi 4 janvier 2025

Un test anti-discrimination pour l'IA

BBVA
Avant d'investir massivement dans l'intelligence artificielle générative, les entreprises – et encore plus celles, particulièrement timorées, du secteur financier – veulent s'assurer qu'elles en maîtrisent les risques, dont ceux qu'induisent les biais sociaux. En collaboration avec IBM, BBVA investit donc dans la mise au point d'un protocole de test.

Pour être précis, les chercheurs du géant de l'informatique ont développé une première version en anglais (adaptée ensuite en japonais), tandis que ceux de la banque l'ont déclinée en espagnol, évidemment plus adaptée à ses propres besoins, en partant du constat que, l'essentiel des données ingurgitées par les modèles d'IA étant dans la langue de Shakespeare et les autres étant, à l'inverse, beaucoup moins représentées, ces dernières souffrent beaucoup plus de dérives problématiques.

L'approche retenue, qualifiée de « stress test » car elle se base sur une tentative de manipulation des résultats fournis par le système à évaluer, est finalement simple dans son principe. Elle consiste en une série de « prompts » (questions posées) contenant eux-mêmes une formulation stigmatisante (relative à un handicap, l'origine, le physique, la religion, une maladie…) destinée à orienter faussement la réponse (imposée entre oui, non et ne sait pas) et à vérifier si l'IA tombe dans le piège qui lui est ainsi tendu.

Via la combinaison d'une petite centaine de caractéristiques utilisées dans la vie courante pour dénigrer une catégorie de population (extraites de la littérature scientifique sur les discriminations) avec une quarantaine de situations hypothétiques dans lesquelles elles sont susceptibles de s'exprimer (négativement), ce sont plus de 10 000 interrogations prêtes à l'emploi qui sont générées au total, accompagnées de la réponse qui dénote effectivement un biais, afin d'automatiser l'analyse.

BBVA – Test Anti-Discrimination

Le corpus de textes construit de la sorte, comprenant les « stigmates », les situations et l'assemblage final des deux est partagé en accès libre (ici pour son incarnation en espagnol). BBVA prend soin d'affirmer qu'il ne s'agit que d'une première itération qui nécessitera des améliorations, pour lesquelles elle fait justement appel à la communauté. Elle mentionne notamment de possibles ajouts de caractères discriminants, à partir de sources européennes. En outre, elle envisage, pour ses propres usages, des variantes dédiées spécifiquement au domaine bancaire.

Les expérimentations initiales menées avec le jeu de test ont tristement confirmé que les principaux modèles du commerce – GPT en tête, bien entendu – se révèlent très sensibles aux biais sociaux qui leur sont soumis et de manière encore plus prononcée dans une langue autre que l'anglais. Pour BBVA, il semble impératif de prendre conscience de ce phénomène et de l'éliminer avant de considérer un déploiement d'applications de l'intelligence artificielle générative. Malheureusement, aucune piste systématique n'est proposée pour l'instant pour corriger les errements observés.

vendredi 3 janvier 2025

KBC adopte la solution de Doconomy

KBC
En pleine saison des bonnes résolutions de nouvel an (si elles sont aussi populaires en Belgique), Doconomy annonce une nouvelle collaboration avec KBC, dont l'application bancaire intégrera le module d'assistance à l'épargne issu de son acquisition de Dreams Technology, désormais saupoudré d'incitations écologiques.

S'inscrivant dans une démarche globale de responsabilité sociétale et environnementale (RSE), l'institution financière propose donc à ses clients – en visant plus particulièrement les jeunes de moins de 25 ans – de mettre à profit les capacités de la jeune pousse d'origine suédoise afin de les accompagner dans la réalisation de leurs projets, petits et grands, autant que possible dans le respect des enjeux de développement durable.

Le fonctionnement de la nouvelle option est, dans ses grandes lignes, relativement classique : l'utilisateur décrit le ou les objectifs qu'il se fixe – avec descriptif, photo, échéance et montant total – puis il se voit prescrire différentes méthodes d'épargne en vue de les remplir. Outre le simple versement périodique, il peut choisir, entre autres, une variante « intelligente », qui détermine une somme optimale selon l'équilibre de son budget, ou encore la cagnotte surprise automatique, différente chaque semaine. Cette variété donne à chacun la faculté de trouver le système qui lui convient.

Le principe sous-jacent est connu et confirmé par les réactions des consommateurs. Le fait d'associer chaque euro mis de côté à une cible formelle constitue un encouragement à prolonger l'effort dans la durée mais également limite la tentation de dépenser la réserve avant le terme prévu. Les rêves les plus fréquents s'étalent du plus modeste – accumuler un fonds d'urgence pour d'éventuels mauvais jours – au plus ambitieux – acquérir un bien immobilier – en passant par l'achat d'une voiture.

Doconomy

Au-delà d'une mention explicite, la communication officielle ne fournit hélas aucune précision sur la manière dont les préoccupations environnementales – qui figuraient pourtant dans l'ADN initial de Doconomy – s'invitent dans l'équation. Ne s'agit-il que d'une assimilation superficielle – à base de contenus pédagogiques, peut-être – ou bien est-elle un peu plus profonde – par exemple sous la forme de suggestions d'ajustements sur les projets (voyage sans transport aérien, voiture plus « propre »…) ?

L'autre volet – sociétal – de la RSE est heureusement mieux pris en compte, avec un dispositif qui participe au bien-être financier des consommateurs, d'autant mieux que son insertion transparente au cœur de la banque mobile le rend plus accessible et plus facile à mettre en œuvre. Naturellement, il ne s'agit que d'une des dimensions du sujet (avec les dépenses du quotidien, l'endettement et la protection) mais, au milieu d'une industrie qui le néglige dans son ensemble, c'est un début prometteur pour KBC.

jeudi 2 janvier 2025

Les subtilités du bien-être financier par l'exemple

Yomoni
Le spécialiste de l'investissement en ligne Yomoni présentait il y a quelques semaines les résultats d'une enquête sur les comportements des français et, en particulier, les tensions qu'ils ressentent entre épargne et style de vie. Voilà une excellente occasion de souligner les paramètres individuels susceptibles d'affecter le bien-être financier.

Le principal enseignement de cette étude porte sur un sujet rarement mentionné quand il est question d'argent, alors qu'il paraît crucial pour la vie quotidienne des français (et autres terriens) : la pression sociale. Ils sont en effet plus de 7 sur 10 à avouer qu'ils dépensent au-dessus de leurs moyens (31% occasionnellement et 42% souvent) afin d'aligner leur niveau de vie sur celui de leurs proches. Et si une minorité l'accepte avec plaisir, ce sentiment d'obligation génère du stress chez 56% d'entre eux.

Le phénomène a (évidemment) de profondes conséquences sur la situation financière des intéressés, surtout quand, pour la moitié de ces derniers, il affecte plus de 10% de leur budget, voire plus de 30% ( dans 15% des cas) ! Le découvert bancaire constitue la première manifestation de la dérive, chez près de 9 personnes sur 10, jusqu'à devenir une règle permanente chez 21% des victimes de la contrainte d'image, qui sont dans le rouge tous les mois (un autre quart l'étant en moyenne une fois par trimestre).

Le paysage est presque aussi contrasté dans le registre de l'épargne. Ainsi, 16% des répondants déclarent ouvertement ne se préoccuper que de leur existence au jour le jour et 19% supplémentaires sont tentés d'adopter une telle attitude, les jeunes générations étant naturellement surreprésentées dans ces deux catégories. Et parmi ceux qui ne mettent rien de côté, presque 3 sur 10 en font un choix explicite, tandis que seulement 42% se disent limités par leur revenus (le reste n'y pense simplement pas).

Yomoni – Épargne ou Style de Vie ?

Que nous apprennent donc ces grandes tendances ? D'abord que les individus expriment des états d'esprit très disparates vis-à-vis de l'argent, entre ceux qui se laissent influencer par leur cercle social et ceux qui s'en moquent, ceux qui s'inquiètent de trop dépenser et les insouciants, ceux qui pensent à préparer leur avenir et ceux qui vivent uniquement le moment présent… Face à une telle diversité, il est impossible de proposer un modèle d'accompagnement uniforme vers le bien-être financier.

Pour les uns, il faudra concocter un programme destiné à rassurer – sur la capacité à surmonter les difficultés, à anticiper les accidents de la vie, à réaliser les projets à moyen et long terme… Pour les autres, le défi consistera plutôt à faire prendre conscience des risques pris et de l'importance de penser à demain… Ce sont de la sorte, une multitude d'approches différentes qu'il est nécessaire d'envisager, de concevoir, de mettre en œuvre et de proposer à chacun selon son profil, une fois ceui-ci établi.

Au-delà de la vente de produits bancaires ou d'assurance et de la maîtrise des risques, par exemple de surendettement, l'enjeu est de fournir à chaque client, quels que soient son contexte et ses préférences, les moyens de profiter de la vie sereinement en exploitant au mieux les solutions financières disponibles afin de satisfaire ses besoins et ses envies, y compris ceux qui ne seraient pas immédiatement apparents. C'est un gage de confiance et de fidélité qui dépasse tout ce que le marketing peut inventer.

mercredi 1 janvier 2025

Le grand défi de 2025

2025
Près d'un an et demi après la présentation du texte sur l'accès aux données financières (FiDA) concocté par la Commission Européenne, sa validation par le Conseil de l'UE au début du mois de décembre ouvre la voie à sa ratification prochaine au Parlement. Et le compte à rebours pour sa mise en œuvre effective sera alors déclenché.

Si l'annonce initiale avait suscité une large indifférence que je soulignais au tournant de 2024, le franchissement d'une étape supplémentaire dans le processus législatif a fini par réveiller les principales intéressées (par exemple le Crédit Mutuel), qui, sans surprise, se rebellent contre les nouvelles exigences susceptibles de peser sur leurs activités. Il paraît toutefois peu probable que cette vague de protestations pèsent sérieusement sur le vote final, auquel il va donc falloir se préparer sans tarder.

En effet, si la loi est adoptée dans les prochains mois et s'il devait se confirmer que son entrée en application interviendra dans les 18 mois – et même en intégrant quelques retards inévitables –, l'ampleur du chantier qu'elle représente imposera à la plupart des acteurs concernés de le lancer dans le courant de l'année. L'expérience précédente avec les données de paiement – dans le cadre de la DSP2 – peut en cela servir de référence, y compris en tenant compte des leçons apprises à cette occasion.

Pour se faire une idée de la complexité, il faudra, dans chaque ligne métier – dont celles qui n'ont aujourd'hui que peu de recul sur la mise en place d'interfaces publiques (API) sur leurs systèmes (dans l'assurance, par exemple) – identifier les données à partager, les mettre en forme afin de les aligner sur les spécifications réglementaires, déployer les moyens de leur ouverture sécurisée et leur administration, implémenter les mécanismes d'autorisation d'accès (qui restent toujours sous le contrôle du client)…

Réaliser un tel programme d'ici la fin 2026 (en prenant un peu de marge) sera impossible si les études ad hoc ne sont pas entamées rapidement, en particulier sur les possibilités et les modalités d'accès (en interne) aux sources d'information nécessaires, qui risquent de constituer le premier obstacle à surmonter dans un certain nombre de métiers (je pense entre autres à la gestion d'actifs). À défaut, les retardataires pourraient s'exposer à des sanctions… mais ce ne sera peut-être pas le plus grave.

Car, en filigrane, se profile la question des usages. La banque ouverte de première génération n'a certes guère tenu ses promesses de ce point de vue. Cependant, avec sa couverture étendue, exhaustive, et sa formalisation avancée (notamment sur les contrats d'interface), la finance ouverte qu'esquisse désormais FiDA pourrait créer de véritables opportunités de nouveaux produits et services, que les organisations les plus avancées seront en meilleure position de saisir. L'enjeu concurrentiel n'est pas négligeable !

Voilà pourquoi, entre pression réglementaire et catalyse de l'innovation, je pense que la FiDA devrait figurer au sommet des priorités du secteur financier européen en 2025.

Annonce de la Commission Européenne

JE VOUS SOUHAITE UNE EXCELLENTE ANNÉE 2025 !

mardi 31 décembre 2024

Bilan 2024 : IA, fraude, environnement

2024
Pour cette dernière journée de l'année, je vous propose une synthèse de l'innovation dans le secteur financier pour 2024. Je retiendrai trois thèmes : l'intelligence artificielle, incontournable, la lutte contre la fraude et, plus parce qu'elle me paraît essentielle que par progrès majeurs, la responsabilité sociétale et environnementale (RSE).

Pour commencer, l'IA, donc, mais surtout dans les déclarations car la concrétisation de ses promesses se fait toujours attendre. Les entreprises les plus réalistes en la matière, par exemple BBVA ou CommBank, tentent bien de mettre en avant leurs initiatives mais elles sont encore bien loin de la révolution espérée. Et les exagérations, tournant parfois à l'abus pur et simple, atteignent déjà un niveau d'alerte suffisant pour interpeller les régulateurs (en particulier dans le domaine de l'investissement).

Les grands groupes hésitent visiblement à prendre le risque de déployer des applications dont la fiabilité est impossible à garantir à 100%. Il se contentent donc d'explorer des opportunités dans des activités périphériques, à l'instar de RBC ou Ally. Seules quelques startups, dont l'américaine Range, osent s'aventurer – prudemment – sur un terrain plus sérieux. En outre, les réticences et la méfiance exprimées par les consommateurs ne vont probablement pas encourager l'audace dans l'industrie.

La protection contre la fraude n'est évidemment pas une question de choix mais de réponse à un phénomène qui ne fait que s'amplifier, à la faveur de la sophistication croissante des menaces… rendue possible par les technologies disponibles. Malheureusement, les solutions envisagées, souvent focalisées sur la sensibilisation des clients, ne semblent pas être à la hauteur. L'espoir d'une amélioration est toutefois permis quand on découvre comment l'idée d'une jeune pousse (Monzo) parvient à se propager rapidement à travers le monde (de Westpac et ING à Sumeria).

Côté RSE, ce sont généralement les assureurs qui sont en pointe, notamment en raison de l'exposition de leurs métiers au changement climatique. Dans la banque, après une première génération d'outils destinés à donner aux clients un aperçu de leur impact carbone, apparaissent désormais quelques approches de conseil proactif (chez Virgin, CommBank, Zero…), qu'il faudra tout de même affermir. En revanche, les engagements en propre des institutions financières restent largement marginaux et superficiels.

Au total, 2024 n'aura pas été un grand cru pour l'innovation, en dépit des espoirs suscités par l'IA et de la pression engendrée par les grands défis de notre époque (de la fraude aux enjeux écologiques). Quelques graines ont cependant été plantées qui laissent entrevoir une évolution positive dans les mois ou années à venir. Chez les acteurs historiques, s'ils investissent à nouveau. Ou au sein d'une nouvelle vague de trublions profitant de l'inertie ambiante pour déclencher la prochaine transformation.

Bilan 2024

lundi 30 décembre 2024

L'impact de l'IA sur les réseaux électriques

Bloomberg
Depuis longtemps, la croissance de la consommation énergétique des centres de production informatiques génère des inquiétudes quant à la capacité des fournisseurs d'électricité à suivre la demande. Une étude de Bloomberg révèle une autre dimension des impacts de la prolifération de ces infrastructures, engendrée en particulier par le récent développement exponentiel de l'intelligence artificielle.

Les conséquences environnementales de la prolifération des usages numériques, surtout quand les centrales électriques exploitent des énergies fossiles, restent au centre des enjeux. Mais elles ne sont pas les seules. Déjà, quelques incidents ponctuels ont montré comment l'installation de « data centers » – introduisant des besoins massifs de puissance à une vitesse incompatible avec la planification à long terme que privilégient les industriels – pouvait perturber l'alimentation des foyers riverains.

Or il pourrait y avoir des effets plus insidieux. L'équipe de Bloomberg a en effet analysé les données collectées par les 770 000 capteurs Ting de Whisker Labs présents sur l'ensemble du territoire des États-Unis – les mêmes que quelques assureurs déploient en prévention des sinistres domestiques d'origine électrique – et il en ressort que la qualité du courant parvenant aux habitations semble sensiblement dégradée à proximité des zones où se concentrent les plus grandes installations informatiques.

Concrètement, la seule mesure de distorsions harmoniques – c'est-à-dire les déformations par rapport à la forme sinusoïdale idéale – révèle une corrélation significative : environ trois quarts des cas de détérioration importante (c'est-à-dire au-delà du seuil de tolérance officiel) sont identifiés dans un rayon de 80 kilomètres autour d'un pôle d'activité informatique majeure (définie par une consommation de 10 MW ou plus), et ce sans distinction entre les aires urbaines et rurales, incidemment.

Bloomberg – AI Power

Ce genre d'irrégularités peut paraître anodin aux yeux du profane. Pourtant, les spécialistes de Whisker Labs estiment qu'elles peuvent créer des anomalies sur les équipements de la maison, depuis des bruits gênants issus des climatiseurs ou des réfrigérateurs jusqu'à une surchauffe d'appareils électroniques. Surtout, elles constituent fréquemment les signes avant-coureurs de problèmes plus graves, dysfonctionnements et pannes prématurés, voire déclenchement d'incendies à partir d'étincelles. Les divers dégâts dérivés pourraient se compter en milliards de dollars.

Certains observateurs comparent aujourd'hui la révolution de l'intelligence artificielle à celles qu'ont provoqué la naissance d'internet ou l'émergence du smartphone. Je crois cependant que, si elle se matérialise, il s'agira de la première rupture technologique de l'histoire récente pour laquelle des impacts négatifs d'ampleur sont anticipés. Et force est de constater que, malheureusement, les acteurs directement concernés ne prennent guère le temps de s'en préoccuper… et encore moins de les prévenir…