Depuis une vingtaine d'années, les entreprises de tous secteurs, petites puis grandes, se sont laissées séduire par les promesses de l'infonuagique public… sans toujours bien en appréhender les contraintes. Aujourd'hui, un article d'Information Week suggère qu'un retour de balancier est en cours, avec un rapatriement interne de plus en plus fréquent de certaines applications.
Pour beaucoup de clients des services « cloud » d'Amazon, Google, Microsoft…, une des principales motivations de leur choix résidait dans la réduction des coûts d'infrastructure qu'ils espéraient en dégager au vu des tarifs agressifs pratiqués, rendus possibles par l'industrialisation à outrance de ces géants de l'informatique. Il est vrai que les investissements en matériel, les frais de personnel engendrés par leur pilotage et leur exploitation, les factures annexes (électricité)… résistent mal à la comparaison.
Hélas, à l'usage, il ressort que l'avantage économique supposé ne s'est que rarement matérialisé, ce qui conduit donc les responsables à considérer une ré-internalisation, surtout pour les charges de calcul stratégiques, pour lesquelles le besoin de reprise de contrôle se fait également sentir (quelques incidents retentissants, bien qu'ils restent exceptionnels, donnent à réfléchir). Les politiques de déploiement par défaut, voire systématique, dans l'infonuagique cèdent la place à une approche pragmatique.
La période actuelle n'est pourtant pas particulièrement propice à une telle transition, avec l'explosion des coût de la mémoire qui risque d'impacter fortement les budgets des projets d'équipement. Ne vaudrait-il pas mieux chercher à optimiser l'existant plutôt que de revenir à une situation antérieure dont les inconvénients n'ont évidemment pas disparu entre temps ? Dans cette perspective, il faudrait commencer par effectuer une analyse sérieuse de l'état du système d'information et de ses faiblesses structurelles.
Ainsi, les déceptions attribuées aux solutions du marché sont en fait dues à un grave malentendu (que je souligne depuis longtemps). Il était absurde, notamment dans les grands groupes, de croire que l'infonuagique allait permettre d'abaisser les coûts de manière significative sans prévoir au préalable une remise en question du patrimoine informatique, celui-ci comportant bien trop de spécificités uniques et s'appuyant sur des composants disparates et parfois exotiques pour s'adapter sans difficulté.
Le seul véritable moyen de réaliser des économies sur la puissance de calcul, avec le « cloud » privé comme public, incidemment, consiste à uniformiser et rendre flexibles les logiciels qui l'exploitent. L'implémentation d'un modèle banalisé de serveur (virtuel) universel et d'une capacité intrinsèque de déploiement à la demande constitue un pré-requis indispensable autant à l'optimisation économique qu'à la maîtrise de son destin. C'est un travail en profondeur sur l'architecture qui devrait être engagé avant même de se poser la moindre question sur l'hébergement des applications.


















