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C'est pas mon idée !

dimanche 25 octobre 2026

10 tendances technologiques pour l'IA

Gartner
Après sa liste de prédictions il y a quelques semaines, Gartner sacrifie à une autre de ses traditions avec sa sélection de 10 tendances technologiques pour les années qui viennent, à travers laquelle elle confirme une fois encore sa réorientation éditoriale puisqu'elle se consacre exclusivement à la thématique de l'intelligence artificielle.

Alors que les entreprises restent généralement sur la réserve vis-à-vis de l'IA générative, leurs projets ne produisant pas le retour sur investissement initialement attendu, le cabinet se projette déjà sur les prochaines générations de solutions. Comme toujours, l'exercice donne une certaine impression de futilité, tant il semble éloigné des préoccupations des responsables informatiques, souvent focalisées sur le court terme, mais il leur procure tout de même une boussole intéressante afin de préparer l'avenir.

Dans ce sens, les trois grandes catégories dans lesquelles se répartissent les propositions des analystes répondent directement à des problématiques existantes ou en passe d'émerger et qui sont ou deviendront bientôt les casse-têtes à résoudre pour une exploitation sereine des outils tellement prometteurs, qu'il s'agisse de dépasser les limitations des modèles actuels, d'encadrer les compétences des agents ou encore de faire face à une transformation radicale des structures du système d'information.

Dans la première catégorie, et dans l'ordre chronologique du futurisme, il faudra compter sous peu avec des capacités de raisonnement conversationnel, à même d'intégrer le contexte et les intentions dans les échanges, puis avec une modélisation des dimensions physiques d'espace et de temps (et, donc, de causalité) pour des prédictions rationalisées et, enfin, d'approches quantitatives permettant de s'affranchir des approximations et autres dérives des systèmes probabilistes optimisés pour le langage.

Gartner – Top 10 Strategic Technology Trends 2027

Concernant les agents, la première urgence, largement identifiée dans les firmes, concernera les garde-fous requis dans la programmation informatique, assurant la validation automatique des artefacts générés sur un des cas d'usages les plus populaires, dont, hélas, le besoin de contrôle humain annihile aujourd'hui les bénéfices de productivité. Le déploiement de plates-formes dédiées aux contextes est un autre axe prioritaire, ne serait-ce que pour la maîtrise des risques (de sécurité, de surcoûts…).

L'identité des agents représente un autre défi majeur, surtout dans les nombreuses organisations où les exigences en la matière sur toutes les interfaces entre machines, même via de simples API, ne sont pas toujours correctement prises en charge ou, a minima, pas avec une maturité suffisante. À une échéance plus lointaine, on peut espérer que les questions de cybersécurité pourront aussi être confiées à des outils autonomes de bout en bout, de la détection à la correction des vulnérabilités.

Dans le dernier domaine, il est question d'architecture d'entreprise entre les velléités de souveraineté, à la fois géographique (ou géopolitique) et vis-à-vis de fournisseurs de solutions propriétaires, et de renversement des pratiques historiques avec la prolifération d'applications jetables. Les enjeux sont particulièrement critiques en raison non seulement de la révolution qui se prépare mais également de la disparition insidieuse des expertises nécessaires au maintien de la cohérence des SI dans bien des firmes.

Je m'inquiète de voir Gartner se concentrer uniquement sur l'intelligence artificielle et, avec son influence dans les grands groupes, continuer de la sorte à persuader les dirigeants qu'elle constitue l'alpha et l'omega de leur stratégie, voire qu'elle offre la réponse à toutes leurs difficultés. C'est pourquoi je suggère de prendre du recul sur ces tendances et à en considérer les impacts sur leur situation actuelle. Le conseil devrait prendre tout son relief sur, entre autres, la gestion d'identité ou l'architecture, sur lesquelles des chantiers de remise à niveau seraient souvent indispensables, indépendamment de l'IA (qui fournit toutefois un excellent prétexte à leur lancement).

samedi 24 octobre 2026

U.S. Bank facilite encore la mobilité bancaire

U.S. Bank
Dans sa bataille permanente pour la relation bancaire primaire de ses clients, U.S. Bank a récemment introduit une capacité inédite (?) de migration automatique des paiements récurrents vers ses cartes de débit ou de crédit, qui vient compléter son initiative précédente destinée à simplifier la domiciliation du salaire sur un nouveau compte.

Élaborée avec le même partenaire spécialisé (Atomic) que cette dernière, la nouvelle option permet aux clients de l'établissement qui le souhaitent de rapatrier rapidement la plupart de leurs abonnements (plates-formes de vidéo, jeux, services en ligne…) et autres règlements de factures périodiques (téléphonie, électricité, eau…) – selon l'éligibilité du fournisseur correspondant – depuis l'espace dédié de leur application mobile, sans requérir une visite du site web de chacune des entreprises concernées.

Le concept vise évidemment en priorité à encourager les consommateurs à transférer leurs opérations principales vers U.S. Bank, qu'ils s'inscrivent dans une démarche d'ouverture de compte ou bien qu'ils en possèdent déjà un à titre de complément à leur banque habituelle. Dans cette logique, il peut également faire valoir un autre avantage susceptible d'intéresser les personnes en délicatesse avec leur budget, surtout en cette période de pouvoir d'achat en berne : son module de suivi des paiements récurrents.

Celui-ci, certes moins original, constitue néanmoins un outil indispensable pour une bonne maîtrise de sa situation financière. Il permet en effet de disposer d'une vue permanente sur les dépenses qui, parce qu'elles sont exécutées sans intervention manuelle, tendent à être oubliées… et finissent par s'accumuler. Les remettre en avant de la sorte offre un moyen de reprendre le contrôle, sans compter les alertes émises quand un montant subit une augmentation ou quand un prélèvement imprévu survient.

U.S. Bank – Payment Switching

Depuis des années, la mobilité bancaire représente un enjeu majeur, pour les régulateurs qui rêvent d'exacerber la concurrence entre les acteurs comme pour les institutions financières qui aimeraient conquérir plus de clients dans un marché largement saturé (mais qui, pour beaucoup d'entre elles, profitent de l'inertie généralisée). Or le principal problème qui se pose aux candidats est celui des impacts d'un changement de compte sur une myriade de paramètres de la vie courante, dont la modification est une corvée que nul ne peut envisager sereinement.

Le mécanisme instauré par les autorités britanniques en 2013, qui, grâce à un registre centralisé des transitions, autorise un report transparent vers un nouveau compte des transactions émises sur un plus ancien, avait réussi, à l'époque, à faire bouger les taux de transfert, mais jamais dans des proportions importantes, peut-être parce que le système n'était pas exhaustif (notamment par rapport aux cartes). L'approche retenue par U.S. Bank – dont il me faut rappeler qu'elle est également distribuée par Mastercard, apparemment sans grand succès – se montrera-t-elle plus efficace ?

vendredi 23 octobre 2026

Mastercard Max, pour stimuler l'usage de la carte

Mastercard
Mastercard propose depuis peu aux émetteurs d'intégrer dans leurs applications un assistant conversationnel – à base d'intelligence artificielle, naturellement – afin d'aider les porteurs de carte à mieux profiter des avantages accompagnant celle-ci. L'objectif consiste surtout à relancer l'intérêt pour un argument commercial qui s'essouffle.

Traditionnellement, les consommateurs peuvent se laisser tenter par les offres alléchantes que les banques mettent en avant sur les différents supports qu'elles distribuent, notamment en Amérique du Nord où les cartes de crédit sont assorties de cagnottes ou du remboursement d'une fraction des dépenses dans des catégories prédéterminées. Mais l'attraction initiale s'estompe souvent très vite avec l'habitude de bénéficier de ces bonus ou, au contraire, avec l'oubli des promotions disponibles.

Mastercard Max veut donc remédier à ce défaut. Pour ce faire, une fois activé par le client, il détecte automatiquement les achats pour lesquels il est susceptible d'émettre des recommandations appropriées. Le cas classique est celui d'une commande pour un voyage : il est alors capable de rappeler au moment opportun les différentes possibilités d'être récompensé, dont les restaurants, escapades, divertissements… à découvrir sur le lieu de destination, les salons accessibles dans les aéroports visités…

La promesse sous-jacente résonnera indubitablement auprès des institutions financières puisqu'elle porte sur la satisfaction et la fidélité des utilisateurs, qui, outre la sorte de conseil contextuel et personnalisé que fournit le service – évolutif dans le temps et avec l'approfondissement progressif de la connaissance de leurs préférences –, se voient constamment rappeler les petits plus que leur procure leur carte… en comparaison, potentiellement, des autres qui occupent une place dans leur portefeuille.

Mastercard Max

Cependant, derrière ces discours orientés vers les usagers, la préoccupation principale de Mastercard et, dans une large mesure, de ses établissements partenaires est d'abord mercantile. Dans cette perspective, l'assistant a pour mission de stimuler le recours à la carte, de manière à développer le volume d'activité de paiement. Dans ce but, l'entreprise n'hésite pas à mettre en place un système qui va capturer une masse d'information supplémentaire sur les comportements des porteurs de ses instruments.

Dans un marché qui remet en cause le niveau des commissions sur les transactions, cet ajout représente aussi un critère de justification vis-à-vis des commerçants. En fait, la démarche dans son ensemble ressemble à une tentative de redonner un élan aux pratiques marketing qui entourent la carte de crédit depuis sa naissance et dont la banalisation tend à les dévaloriser. Mais les consommateurs continueront-ils à être séduits par des offres de plus en plus intrusives envers leur vie privée ?

En marge de ces considérations, je note dans l'annonce de Mastercard une nouveauté qui est vraisemblablement appelée à se généraliser. Son assistant virtuel étant conçu pour une intégration dans les applications web et mobile des banques, il est mis à disposition de ces dernières sous la forme d'un kit de développement (via API), de composants web prêts à l'emploi… et d'interfaces inter-agentiques pour une utilisation transparente depuis les plates-formes d'IA qu'elles auraient elles-mêmes déployées.

jeudi 22 octobre 2026

Nationwide contre les violences domestiques

Nationwide
Depuis 2024, Nationwide offre à tou(te)s les britanniques victimes de violences domestiques des espaces de sécurité dans ses près de 500 agences réparties sur le territoire. Elle complète maintenant ce dispositif avec une option en ligne destinée à orienter les personnes concernées vers les services susceptibles de leur fournir assistance.

Que ce soit par confort d'une recherche d'aide via le web ou par impossibilité pratique de se rendre dans un de ses « safe spaces » (y compris en raison de leur éloignement), celles et ceux qui se trouvent dans une situation d'abus peuvent désormais compter sur le site de Nationwide, qu'elles ou ils en soient client(e)s ou non (bien que, dans ce dernier cas, la visite d'un site bancaire ne constitue probablement pas le premier réflexe), afin d'obtenir des informations sur quelques solutions de support.

La section consacrée au sujet, vers laquelle un lien est présent au bas de toutes les pages web de l'établissement, est conçue en prenant soigneusement en compte le contexte particulier de ses utilisateurs. Ainsi, afin d'assurer le maximum de discrétion vis-à-vis de leur entourage, son accès reste totalement invisible de l'historique de navigation et il est possible de la quitter en urgence, d'un seul geste (un clic sur un grand bouton ou un appui sur la touche d'échappement du PC), auquel cas la session est transférée automatiquement vers une application neutre (de météo, en l'occurrence).

Nationwide – Supporting You

L'initiative prolongée de Nationwide répond à un enjeu national (qui n'est malheureusement pas exclusif au Royaume-Uni), considérant qu'une estimation fait état de quelques 3,8 millions d'adultes ayant subi une forme ou une autre de violence domestique sur 12 mois. L'institution justifie par ailleurs son implication directe sur ce thème par le fait que, selon ses propres recherches, environ un quart des victimes vivent des abus financiers et plus de la moitié ne disposent pas de leur argent librement.

Cependant, au-delà de l'aspect philanthropique de la démarche face à un phénomène sociétal tragique, la banque a trouvé là une cause à travers laquelle elle peut mettre en exergue son engagement pour la communauté, au cœur de son modèle mutualiste. À l'heure où la plupart de ses consœurs, notamment en France, tendent à se fondre dans la masse commerciale de l'industrie de la finance, ce genre de services lui permet de redonner son sens à l'esprit coopératif dont elle est l'émanation historique.

mercredi 21 octobre 2026

Qui a dit que l'IA détruisait des emplois ?

Bank of America
Pour les responsables de grandes entreprises, l'intelligence artificielle équivaut à une promesse de gains de productivité et, même s'ils ne le disent pas tout haut, de réduction des effectifs. Mais, dans le même temps, elle peut aussi déclencher des besoins de recrutement inédits, comme le révèlent les mésaventures de Bank of America.

Vous vous souvenez certainement du lancement par Anthropic, en avril dernier, de Claude Mythos, capable de détecter les failles de sécurité les plus obscures des systèmes informatiques, au point que sa distribution reste restreinte à des organisations dûment contrôlées. Selon son directeur général, après en avoir obtenu l'accès, Bank of America a mis en œuvre un plan d'urgence afin de corriger les problèmes identifiés.

Ne pouvant se permettre de laisser des portes ouvertes à d'éventuelles cyberattaques, l'établissement a fait appel, depuis le deuxième trimestre, à un millier de prestataires en renfort de ses équipes, déjà fortes de 3 000 personnes, dans le but de confirmer la réalité des défauts exposés par l'outil puis leur apporter une solution dans les meilleurs délais. Il sont encore en poste aujourd'hui et le coût se chiffre en millions.

En marge du sujet principal, cette histoire montre hélas (mais sans surprise) que, en dépit de déclarations rassurantes sur les niveaux de sécurité en vigueur dans le secteur financier, les institutions sont loin d'être infaillibles et sont susceptibles d'être attaquées à tout moment. L'arrivée de l'intelligence artificielle pour diminuer la surface de risques constitue incontestablement une excellente nouvelle, selon cette perspective.

Plus intéressante, donc, est cette inflation massive de travail humain qu'impose soudain l'introduction d'une solution perçue a priori comme porteuse d'économies, surtout dans ses utilisations actuelles. Pour Brian Moynihan (CEO de Bank of America), qui doit évidemment justifier son impact auprès des investisseurs, la situation serait temporaire et la facture devrait baisser au fur et à mesure du colmatage des failles en cours.

Anthropic – Claude Mythos

Est-ce vraiment réaliste ? Certes, le nombre d'erreurs dans les logiciels déployés va automatiquement décroître, bien que pas obligatoirement à l'allure imaginée initialement. En effet, les interventions exécutées dans la précipitation, notamment par des individus qui ne possèdent pas l'historique de l'entreprise et n'ont pas le temps de l'acquérir, amènent inévitablement leur lot d'anomalies, relevant ou non de la sécurité.

Cependant, l'informatique des grands groupes est en passe d'entrer dans une nouvelle ère de génération continue d'applications, par l'IA, bien sûr, dans les départements informatiques et, de plus en plus, ailleurs. Outre les difficultés de maîtrise du patrimoine qu'elle entraînera, cette révolution provoquera aussi une démultiplication des risques de cybersécurité, d'autant que les robots actuels ne sont pas très mûrs en la matière.

Pour l'instant et pour une certaine durée, il faudra donc continuer à entretenir une armada de spécialistes humains auxquels sera confiée la tâche, non plus d'éradiquer les défauts accumulés pendant des décennies d'expansion du système d'information, mais de vérifier le travail de l'intelligence artificielle et de combler ses lacunes au fil de ses développements, car, dans la banque, l'inviolabilité absolue reste un impératif qui ne peut pas, à ce stade, être confié à des machines sans une supervision permanente.

mardi 20 octobre 2026

Qui l'eût cru ? Le conseil financier laisse à désirer

ACPR
Dans le cadre de leur collaboration, les deux principaux régulateurs financiers de l'hexagone, ACPR et AMF, présentent une synthèse de leurs constats sur les pratiques commerciales des établissements qu'ils supervisent, élaborée à partir des résultats d'une soixantaine de contrôles réalisés entre 2020 et 2024 (ce qui paraît bien peu !).

La démarche s'inscrit dans les travaux engagés afin de renforcer les exigences de protection des consommateurs telles qu'elles sont portées par les directives européennes. À ce titre, elle concerne seulement la distribution d'instruments financiers et d'assurance-vie, qui, certes, avec le crédit, font effectivement partie des domaines les plus sensibles du secteur… d'autant qu'ils comptent aussi parmi les plus exposés aux escroqueries et qu'il est donc important de veiller à la qualité des offres légitimes.

Les conclusions de ce chantier ne réservent aucune surprise. En particulier, les deux organismes pointent du doigt l'abus fréquent de standardisation dans les approches de « certains » acteurs, à la fois au niveau de la définition des produits (dont, plus spécifiquement, les audiences auxquelles ils s'adressent) et dans le conseil qui accompagne la vente, qui manque de personnalisation jusqu'à parfois aboutir à des préconisations qui vont à l'encontre des besoins réels (exprimés ou non).

Le diagnostic que font les auteurs de ces défaillances révèle qu'elles tirent leur origine d'insuffisances dans la collecte d'informations auprès des demandeurs. C'est hélas une évidence : dans de nombreux cas, les critères déterminants pour, par exemple, la sélection de supports d'investissement se limitent aux réponses aux questionnaires de sensibilité aux risques, eux-mêmes souvent conçus dans un but exclusif de conformité réglementaire et sans grande préoccupation pour l'exploration des attentes du client.

Contrôle ACPR - AMF

Depuis des années, les « conseillers » se sont transformés en vendeurs, maîtrisant chacun l'argumentaire d'une petite sélection de produits qu'ils ont l'habitude de présenter (à l'extrême, il ne reste que les livrets à taux fixe et l'assurance-vie : faites le test). Ils recommandent alors ceux-là à l'emporte-pièce, sans prendre le temps de comprendre leur interlocuteur, faute, notamment, de support opérationnel – depuis la formation jusqu'aux outils d'assistance – dans cette phase pourtant critique de la relation.

Face à cette tendance inquiétante et malgré leurs discours, les autorités européennes prennent du retard, au risque de laisser les citoyens se tourner vers d'autres sources susceptibles de leur fournir des préconisations mieux adaptées à leur situation, réellement ou en apparence, et donc de laisser émerger et proliférer de nouveaux dangers. Sans qu'elle soit parfaite, la notion de « consumer duty » imposée au Royaume-Uni depuis quelques années montre la voie vers une solution appropriée.

lundi 19 octobre 2026

Nouvelle offensive contre la banque ouverte

J.P. Morgan Chase
On croyait que la bataille de la finance ouverte était terminée, avec un consensus autour du déploiement d'interfaces standardisées et sécurisées. Voilà que les agents intelligents viennent remettre tout en cause ! Les banques américaines commencent en effet à leur interdire plus ou moins strictement l'accès aux comptes de leurs clients.

Jamie Dimon, directeur général de JPMorgan Chase, était un des premiers à s'exprimer publiquement sur le sujet, au cours d'une récente conférence avec les analystes. Et les arguments qu'il brandit rappellent étrangement ceux qu'on entendait il y a encore quelques années face aux entreprises qui voulaient proposer des services à valeur ajoutée aux consommateurs et aux entreprises moyennant une connexion à leurs comptes. Hélas, le compromis trouvé alors semble désormais devenu caduc.

Les craintes pour la sécurité de l'argent et des données confidentielles des clients, mais aussi de la banque elle-même, reviennent donc au premier plan du débat. Et la réponse est identique à celle d'autrefois : des mécanismes de protection sont mis en place afin d'empêcher les robots d'entrer dans les systèmes ou, pour les établissements les moins radicaux, de leur refuser toute possibilité d'exécuter des mouvements de fonds (mais, si on lit entre les lignes, en leur accordant tout de même des droits de consultation).

Si elle n'était pas aussi pathétique, cette réaction prêterait à sourire. Il faut se souvenir que les tentatives de blocage des outils de capture de données des pionniers de l'agrégation de compte ont toujours fini par montrer leur inefficacité. Comment les mêmes méthodes peuvent-elles aujourd'hui rivaliser avec des intelligences artificielles dont l'actualité nous relate chaque jour les exploits et son habileté à contourner les obstacles dressés devant elle dans l'exécution des tâches qui lui sont confiées ?

En revanche, je reconnais qu'il existe un vrai problème de fond concernant les risques d'interactions incontrôlées entre les agents IA et les comptes de leurs utilisateurs. Les institutions financières peuvent légitimement s'inquiéter de leur responsabilité en cas d'agissement indésirable. Il devient indispensable de définir des règles claires, relevant notamment de la validation d'intention, partagées en toute transparence avec les clients, en s'assurant que ces derniers les comprennent et les acceptent sans réserves.

Au lieu de perdre de l'énergie à essayer vainement de rejeter les accès à leurs applications par des agents IA, qui risquent aussi de perturber des demandes régulières par excès de zèle, les banques devraient surtout se pencher d'urgence sur les moyens d'accommoder les besoins émergents. La délégation de pouvoir à l'intelligence artificielle n'en est qu'à ses prémices, elle va rapidement prendre de l'ampleur sans aucune possibilité de la stopper, et il est futile d'imaginer que ceux qui y ont recours accepteront sans broncher de se voir fermer les portes de leurs comptes.

Banque en Ligne

dimanche 18 octobre 2026

Dernières opportunités sur l'identité digitale

ABN AMRO
Près de deux décennies après les premiers projets sérieux de création de solutions d'identité « digitale » adaptées à l'ère numérique et tandis que se rapprochent les échéances de mise en œuvre de la réglementation européenne en la matière (eIDAS), un consortium essentiellement bancaire propose son produit au marché néerlandais.

La relation entre l'industrie financière et la gestion d'identité est une longue histoire. Compte tenu des fortes exigences de contrôle naturellement impliquées par leurs métiers et des procédures mises en place depuis toujours afin de les garantir, les banques montrent depuis longtemps des velléités récurrentes d'offrir des outils conçus pour la vie en ligne, désormais généralisée. Pourtant, hormis quelques exceptions, la plupart ont reculé devant les responsabilités qu'entrainaient de tels projets.

C'est ainsi que, parmi les candidats déclarés pour le déploiement de la vision européenne, rares sont les banques participantes (sauf en Belgique avec ItsMe), bon nombre d'initiatives étant portées par des organismes gouvernementaux ou assimilés. Les opportunités restent malgré tout attractives, raison pour laquelle, au Pays-Bas, où, apparemment, les efforts d'équipement sont encore embryonnaires, quatre groupes financiers se sont rassemblés (avec KPN et Deloitte) pour développer leur « wallet ».

Baptisé « MyCheck », ce portefeuille virtuel prend (évidemment) en charge toutes les fonctions prévues dans la législation eIDAS 2, dont, principalement, la vérification d'identité vis-à-vis des administrations et entreprises conformes, l'identification et l'authentification accélérées dans les applications en ligne, le partage d'information éclairé (avec autorisation sur les données explicitement demandées) et limité (par exemple sur un seuil d'âge, sans divulguer celui-ci), la signature électronique.

MyCheck

Les membres fondateurs se déclarent prêts à accueillir d'autres firmes – et plusieurs commencent à répondre à l'appel – au sein de leur coalition afin, vraisemblablement, d'en étendre l'audience et la notoriété, critères essentiels d'acceptation, autant par les consommateurs que par les structures susceptibles de l'intégrer dans leurs processus. En parallèle, dans la perspective de faire reconnaître « MyCheck » au niveau national, ils appellent le gouvernement – qui, par ailleurs, encourage les expérimentations dans le domaine – à collaborer à son implémentation, présentée comme stratégique.

Les années ont passé et l'intérêt de l'industrie bancaire pour la gestion des identités demeurent intactes, le seul nouveau paramètre étant la réglementation et la perspective qu'elle ouvre d'un mise en œuvre qui lui échappe. Celle-ci tend à lever les réticences antérieures au vu des bénéfices potentiels, de fidélisation de la clientèle et, surtout, d'une source de revenus additionnelle (en dépit de la gratuité promise pour les citoyens et les administrations, le secteur privé représente un marché juteux). Dans les pays où les jeux eIDAS sont déjà faits, les banques finiront peut-être par regretter leur inertie.

samedi 17 octobre 2026

Barclays adapte son offre aux entrepreneurs

Barclays
Contrairement à certaines banques qui croient trouver des solutions magiques à leurs déficiences historiques grâce à l'intelligence artificielle, Barclays facilite désormais l'accès des entrepreneurs au crédit hypothécaire, simplement en prenant mieux en compte la performance de leur société dans l'évaluation de leur fiabilité.

Alors que le Royaume-Uni compte aujourd'hui plus de 5 millions de compagnies – « limited », un peu l'équivalent des SARL françaises – enregistrées, il était temps de penser à leurs dirigeants et autres propriétaires ! La nouvelle offre, qui s'adresse donc à ces derniers, dès lors qu'ils détiennent au moins la moitié de leur firme, intègre maintenant dans ses critères d'éligibilité au prêt non seulement leur salaire mais également le bénéfice après impôt de cette dernière en proportion de leurs parts.

L'ajout est assorti d'une autre limitation, à savoir qu'il n'est retenu qu'à partir d'un seuil donné de revenus (totaux), relativement élevé puisqu'il est de 75 000 livres pour un emprunteur individuel et 100 000 livres pour une demande avec un co-emprunteur. Toujours est-il que l'initiative permettra à un nombre important de personnes de faire valoir un complément de rémunération, non versé mais bien réel, lors du dépôt de leur dossier, plus représentatif que les dividendes (qu'il remplace, le cas échéant).

Naturellement, comme dans tous les cas où les banques ajustent leurs pratiques de sélection à des non salariés, dont les rentrées d'argent sont, par essence, variables et imprévisibles, les règles mises en place reflètent une approche extrêmement prudente, qui peut paraître exagérée. Les restrictions imposées par Barclays s'inscrivent dans ce contexte et il est également facile d'imaginer que, sans qu'aucun détail ne soit fourni en la matière, les profits inclus dans les calculs sont pondérés sur plusieurs exercices.

Barclays – Mortgage Access

Les méthodes sont diverses selon les cultures et les habitudes, mais la démarche de l'établissement britannique constitue le dernier exemple en date d'une longue lignée de projets menés par ses alter ego dans le monde entier afin de répondre à la transformation sociétale en cours, qui voit les entrepreneurs devenir rapidement une classe de population nombreuse et incontournable (mais aussi hétéroclite, soit dit en passant), pour laquelle la plupart des produits existants ne sont pas conçus.

Une course est donc engagée, d'abord autour des solutions dont les entreprises que ces individus fondent et dirigent ont besoin. Le développement de modèles de banque pour les professionnels depuis quelques années en est l'écho direct. Cette première phase étant dorénavant (plus ou moins) en cours de stabilisation, la prochaine étape consiste à appréhender les attentes des personnes qui se cachent derrière ces structures et sont à ce jour ignorées par les processus traditionnels des banques. Et il y a fort à faire !

vendredi 16 octobre 2026

L'IA aide à réinventer l'eau tiède

Fifth Third Bank
L'américaine Fifth Third Bank est fière de clamer que, grâce à l'intelligence artificielle, elle est désormais capable d'améliorer ses évaluations de la capacité de remboursement de ses clients et, par conséquent, d'élargir sa base de clientèle éligible au crédit. Et rattrape ainsi plus d'une décennie de retard… avec une approche discutable.

Concrètement, selon la relation que fait l'article de FinAI d'une intervention en conférence, un responsable de l'établissement se réjouit de débloquer quelques 2 à 3 milliards de dollars de prêts potentiels supplémentaires avec un système d'analyse de la fiabilité financière des demandeurs portant sur des données jusqu'alors difficiles à exploiter. Et, à l'en croire, voilà encore un succès retentissant pour l'IA, en complément des gains d'efficacité qu'elle génère déjà dans les processus de décision.

Dans un pays où le critère principal et presque exclusif qui détermine l'accord ou le refus est le score de crédit, tel qu'il est fourni par les agences spécialisés, il n'est guère surprenant que le recours à d'autres facteurs soit susceptible de changer significativement le périmètre d'audience adressable, ne serait-ce qu'en raison du nombre toujours plus important de personnes qui, faute d'entrer dans le système bancaire traditionnel, sont aujourd'hui plus ou moins invisibles ou a minima dévaluées.

En fait, l'idée est tellement évidente, depuis que les technologies ont permis la capture et l'enregistrement électronique d'information à une échelle industrielle, qu'elle n'a pas attendu l'avènement de l'intelligence artificielle pour se développer. Je peux prendre l'exemple pionnier, parmi d'autres, de Lenddo et son score social, dès 2011, mais les illustrations les plus flagrantes sont les services à valeur ajoutée proposés par presque tous les acteurs de l'agrégation de comptes et dont l'usage est généralisé.

Certes, il n'est jamais trop tard pour corriger ses lacunes. Encore faut-il procéder rationnellement, sans se laisser divertir par les paillettes de la nouveauté. Car il semble non seulement regrettable que Fifth Third explore les opportunités de l'IA pour redécouvrir une possibilité qu'elle avait sous les yeux depuis belle lurette mais, en outre, elle ne constitue pas nécessairement une réponse appropriée à une problématique dont les antécédents démontrent qu'elle supporte des solutions relativement simples.

En effet, les modèles déterministes de science des données des années 2010 suffisent vraisemblablement à comprendre les comportements des consommateurs à partir d'informations telles que leur historique d'opérations et, de la sorte, à estimer leur risque de crédit. A contrario, l'intelligence artificielle impose ses contraintes spécifiques – de contrôle des dérives, voire des hallucinations, d'explicabilité, de coûts de mise en œuvre et d'exploitation… – pour des bénéfices additionnels qui resteraient à quantifier.

La leçon à tirer de cette initiative n'est plus originale mais l'actualité prouve qu'elle est encore mal ancrée dans les organisations : évitez impérativement de lancer des projets IA – c'est-à-dire dont elle est la justification – mais partez d'un besoin – celui qui définit le projet – et recherchez ensuite les technologies les plus adaptées afin d'y répondre.

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