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Affichage des articles dont le libellé est paypal. Afficher tous les articles
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jeudi 8 janvier 2026

PayPal investit pour le marketing

PayPal
Forte de son implantation chez des dizaines de millions de marchands et de ses quelques 430 millions d’utilisateurs particuliers, PayPal, via sa division publicitaire, promet aux annonceurs une visibilité exceptionnelle sur le fonctionnement de leurs campagnes, reflétant la réalité de leur efficacité et non de simples projections.

Les changements de comportement d’achat des consommateurs rendent toujours plus difficile de comprendre ce qui motive leurs décisions et, plus spécifiquement, de quelle manière les messages marketing les influencent. Les outils traditionnels, à base de modélisation statistique ne leur suffisent plus, ils demandent une mesure réelle, aussi précise que possible, à partir de laquelle ils espèrent maximiser le rendement de leurs investissements. Incidemment, ils savent aussi parfaitement que notre monde « digital » et ses technologies sont capables de répondre à leurs attentes.

La promesse de PayPal en fournit justement la démonstration. Grâce à sa présence dans tous les recoins du web (et, progressivement, de la distribution « physique »), la marque assure qu’elle est en mesure de tracer avec certitude – mais de manière statistique, tout de même, ne serait-ce que par respect des exigences de protection des données personnelles – le parcours des personnes, depuis leur exposition aux publicités jusqu’à l’acte d’achat, en passant par les recherches en ligne, les discussions sur les plates-formes sociales, les hésitations chez différents vendeurs…

Imaginez par exemple de pouvoir suivre pas à pas (virtuellement) cet individu qui clique sur une annonce présentée à l’occasion de sa requête portant sur « les meilleures chaussures pour courir un marathon ». Vous apprenez qu’il visite une place de marché bien connue afin de comparer les prix, puis qu’il explore les commentaires que ses pairs ont partagé sur les médias sociaux avant de rembourser à un ami le prix d’une inscription à un événement sportif via Venmo et, enfin, de régler la commande de ses nouvelles chaussures avec son porte-monnaie PayPal…

PayPal Ads

La solution « Transaction Graph Insights & Measurements », qui est disponible dès maintenant aux États-Unis et sera bientôt déployée au Royaume-Uni et en Allemagne (avant d’envahir toute l’Europe ?), ne se contente pas de restituer de l’information sur les activités des consommateurs, par exemple par rapport à des marques ou des catégories de produit. Elle est également conçue pour émettre des recommandations opérationnelles afin d’aider ses utilisateurs à développer leurs ventes.

Il ne fait guère de doute que les responsables marketing se délecteront de la proposition de PayPal, avec laquelle ils seront mieux armés en vue de cibler et séduire leurs audiences privilégiées. Il est vrai, en revanche, que, du point de vue des internautes pistés de la sorte, la perspective peut paraître inquiétante. Cela empêchera-t-il les institutions financières, qui se contentent pour l’instant d’initiatives ponctuelles – offres contextuelles dans les relevés de compte, analyses statistiques des habitudes de leurs clients… – mais sont bien placées pour l’imiter, de suivre l’exemple et, par corrélation d'événements de diverses natures, de décortiquer leurs comportements ?

dimanche 27 juillet 2025

PayPal veut intégrer les wallets du monde entier

PayPal
Malgré les immenses progrès accomplis dans l'univers des paiements « digitaux » depuis un quart de siècle, les besoins croissants d'échanges transfrontaliers restent relativement mal couverts. Afin de remédier à ces limitations, PayPal engage des collaborations avec les fournisseurs de solutions issus des quatre coins de la planète.

Naturellement, bien qu'il soit probablement plus désireux de conquérir des utilisateurs directs supplémentaires, le géant américain est conscient du plafond qu'il a atteint dans son développement, en particulier dans les pays où des systèmes de paiement électroniques locaux se sont imposés et paraissent désormais indétrônables. La seule voie qui lui reste donc afin de poursuivre son expansion consiste à se positionner comme un intermédiaire incontournable d'interopérabilité à l'échelle mondiale.

Le principe est simple et repose sur la mise en compatibilité des dispositifs tiers avec les infrastructures de PayPal : les consommateurs équipés d'un porte-monnaie mobile domestique peuvent recourir à celui-ci dans tous les contextes où ses fonctions d'encaissement sont proposées et, inversement, ses adeptes ont la possibilité de régler leurs dépenses via les plates-formes locales sans renoncer à leurs habitudes.

Par exemple, un américain en déplacement en Chine sera en mesure de payer sur un terminal réservé à WeChat Pay en capturant le QR code du commerçant depuis son application PayPal. Dans le sens opposé, une indienne pourra finaliser sa commande en ligne auprès d'un site marchand européen via l'option UPI qui lui sera présentée une fois qu'elle aura choisi le paiement par l'intermédiaire de PayPal. Les transferts entre personnes seront évidemment aussi pris en charge de manière transparente.

PayPal World

Pour son démarrage à l'automne prochain, PayPal World ne comptera qu'une poignée de partenaires… mais lesquels ! Aux côtés de l'argentin Mercado Pago (avec qui les détails restent à définir), figurent les numéros un chinois et indien, soit, respectivement, TenPay (filiale dédiée de Tencent) et la NPCI, qui pilote le réseau quasi universel du sous-continent. L'américaine profite en outre de l'occasion pour entamer la convergence avec sa marque Venmo, qui s'extraie ainsi un peu plus de son domaine des échanges entre pairs pour prendre maintenant pied dans le commerce, physique et en ligne.

Bien sûr, la promesse est attractive pour toutes les parties prenantes : entre un accès instantané à un immense marché international, à deux entrées – consommateurs et marchands, qui bénéficient pour leur part d'une extension instantanée de leur portée géographique sans changement dans leurs pratiques –, pour les entreprises, généralement cantonnées à leur pays d'origine, qui participent à l'aventure, et une ouverture simplifiée sur des régions jusqu'alors inaccessibles pour PayPal.

PayPal World

lundi 9 juin 2025

PayPal adopte un outil de Mastercard

PayPal
Poursuivant sa stratégie d'expansion dans le commerce de proximité, PayPal adopte la solution « One Credential » présentée par Mastercard au début de l'année. Celle-ci permet aux porteurs de cartes de la marque d'affecter automatiquement les dépenses effectuées sur l'instrument de leur choix, en fonction de critères élémentaires.

Comme son nom l'indique, la nouvelle fonction, proposée à tous les émetteurs partenaires du réseau rouge et orange, consiste à associer plusieurs moyens de paiement à un seul identifiant (celui d'une carte « maîtresse », semble-t-il). Pour ce faire, un module applicatif, à intégrer dans l'application bancaire, invite l'utilisateur à sélectionner les outils qu'il possède ou auxquels il est éligible et à définir les gammes de montant pour lesquels chacun d'eux sera mis à contribution lors d'une transaction.

Selon l'établissement et son offre, il sera ainsi possible d'enregistrer une option de débit sur un compte, une carte prépayée, une carte de crédit, un règlement par tempéraments (voire, vraisemblablement, un règlement fractionné sans frais)… Le consommateur peut alors décider, via un simple paramétrage, que, par exemple, les opérations de moins de 100 dollars sont imputés sur la première, puis sur sa carte de crédit jusqu'à 500 dollars… et reporter les (rares) achats les plus importants sur une ligne de crédit.

Mastercard vante l'utilisation de « One Credential » pour encourager la prise de bonnes habitudes financières. Le raisonnement est un peu tiré par les cheveux mais il mérite de s'y attarder, ne serait-ce qu'en guise de source d'inspiration : à travers son pilotage de multiples outils, le dispositif procure la faculté aux émetteurs de débloquer progressivement de nouvelles solutions – dont la complexité et les risques qu'elles induisent vont croissant – au fur et à mesure des usages (raisonnables) constatés.

Mastercard One Credential

Malgré la promesse de répondre à la demande pressante, en particulier de la part des jeunes générations, de flexibilité dans le pilotage de leurs paiements, les capacités de configuration disponibles paraissent extrêmement limitées puisqu'elles ne portent que sur le montant unitaire de chaque transaction. Elles font pâle figure, notamment, face aux mécanismes de gestion intelligents mis en œuvre par les pionniers de la « super carte » tels que Curve, dont on ne peut éviter de rapprocher cette initiative.

On pourrait comprendre que l'approche parvienne à séduire des acteurs historiques, aujourd'hui dépassés par cette concurrence émergente, mais il est beaucoup plus surprenant que PayPal s'en empare, alors que son ADN comportait justement un principe d'identifiant unique au-dessus d'un moyen de paiement multi-sources (autorisant même, dans certaines circonstances, le changement a posteriori). Décidément, la stratégie de l'ex-trublion est désormais difficile à décrypter… et laisse entrevoir une certaine indécision, renforcée par l'irruption de sa filiale Venmo, historiquement focalisée sur les échanges entre pairs, dans les paiements marchands.

lundi 5 mai 2025

PayPal avance dans le paiement en magasin

PayPal
PayPal serait-elle en passe de réaliser un de ses plus vieux rêves ? D'ici l'été prochain, en Allemagne pour commencer, la doyenne de la FinTech déploiera pour la première fois un instrument de paiement sans contact – aligné sur les standards du marché – au sein de son application mobile, et y ajoute quelques surprises en prime.

À première vue, la nouvelle fonction ne réserve pas de surprise sur le plan de son implémentation puisqu'il semblerait qu'elle soit rendue possible par la simple association aux comptes PayPal d'une carte virtuelle, fournie par Mastercard (donc acceptée par tous les terminaux connectés à son réseau) et prête à intégrer dans les porte-monnaie électroniques de Google et Apple. Toujours est-il que, du point de vue de l'utilisateur, la solution de la firme devient de la sorte un compte de paiement presque classique.

Afin de donner un peu plus d'attrait à son annonce, PayPal indique en outre lancer simultanément son service de règlement fractionné, en 3, 6, 12 ou 24 mois, jusqu'à présent indisponible en Europe. Comme aux États-Unis, où il existe depuis plusieurs années, il permet au consommateur de choisir, en totale transparence (notamment des conditions), à tout moment (y compris après finalisation de la transaction ?), depuis son téléphone, une option de financement sur ses achats de montant élevé.

Autre complément, dont les détails seront cependant dévoilés ultérieurement, le recours à PayPal pour les emplettes en boutique physique génèrera des primes (cashback) dans diverses enseignes populaires en Allemagne. Les programmes de récompense associés aux cartes de crédit, dont les américains sont tellement friands (depuis toujours), commencent visiblement à se faire une place dans le paysage européen.

PayPal – Better Than Cash

Si l'extension de l'initiative à d'autres pays est bien envisagée, la primeur donnée à l'Allemagne répond à des critères soigneusement analysés. Non seulement s'agit-il d'un marché où la confiance dans la plate-forme de PayPal et le niveau d'adhésion sont parmi les plus élevés, il possède également la particularité, explicitement soulignée dans la communication officielle, d'être encore dominé par les espèces, ce qui ouvre probablement une opportunité spécifique pour un trublion par ailleurs bien implanté.

Il y a longtemps que PayPal tourne autour des paiements de proximité, entre autres à travers des plates-formes destinées aux commerçants, sans jamais convaincre. Cette fois, l'adoption d'une approche universelle – au moins en Europe, avec son interface NFC – lui procure quelques chances de réussir. Je soupçonne que la collaboration avec Mastercard dans ce qui ressemble à une étape de validation du concept pourrait, en cas de succès, laisser ensuite place à une mise en œuvre ad hoc sans aucune carte, celle-ci paraissant un peu incongrue par rapport à la culture de l'entreprise.

mercredi 26 février 2025

PayPal s'affirme dans le commerce de proximité

PayPal
Pionnière des paiements en ligne depuis le siècle dernier, PayPal a aussi, depuis longtemps (2012), adopté une vision omni-canal de son métier, incluant donc les transactions de proximité. Aujourd'hui, à travers un partenariat avec Verifone, elle complète son approche plutôt centrée sur les PME avec une solution pour les (plus) grands groupes.

L'évolution est plus importante qu'il n'y paraît. En effet, jusqu'à maintenant, l'ancêtre de la FinTech proposait ses propres plates-formes d'encaissement aux commerçants « en dur », d'abord sous la forme d'un logiciel pour smartphone (avec son accessoire de lecture de carte, à la manière de Square) puis avec une gamme entière de matériels adaptée à tous les besoins. Elle ouvre dorénavant une autre voie, consistant à embarquer ses capacités au cœur des terminaux d'un spécialiste (international).

La démarche est portée par la branche Braintree de PayPal, dédiée aux grandes entreprises, plus particulièrement celles qui opèrent exclusivement en ligne. De toute évidence, elle est plus difficile à vendre aux enseignes maintenant un réseau de points de vente physiques, dont la plupart ont des exigences que seuls les industriels historiques prennent en charge. C'est pourquoi le recours (classique) à la collaboration avec les distributeurs de terminaux est une obligation en vue d'attaquer ce marché.

Une des grandes forces des deux acteurs réside dans leur couverture géographique, l'un avec sa présence locale, permettant d'assurer un accompagnement des clients dans la mise en œuvre et l'exploitation de ses technologies et l'autre avec son support natif des instruments spécifiques à différents pays ou régions. L'offre, qui constitue une brique de la future plate-forme unifiée PayPal Open, sera ainsi déployée initialement aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, avant extension, à partir de 2026.

Alors que ses récents efforts portaient plutôt sur les transferts entre proches, notamment avec sa solution Venmo, PayPal réaffirme ici sa volonté de traiter toutes les dimensions des paiements, loin de ses origines, dans le commerce « digital » et de proximité, pour les petites structures et pour les groupes internationaux, en apportant toujours les mêmes services de facilité de pilotage, d'excellence de l'expérience client, de protection avancée contre la fraude, d'optimisation des modalités de règlement…

PayPal x Verifone

jeudi 14 novembre 2024

PayPal propose des cagnottes partagées

PayPal
Que PayPal lance un service de cagnotte partagée, après une première tentative ratée et abandonnée il y a quelques années, ne constitue évidemment pas une révolution. Pourtant, sa déclinaison d'un service disponible par ailleurs depuis longtemps (par exemple avec Leetchi, en France) présente tout de même un avantage spécifique.

Passons sur les prétentions ridicules de l'entreprise à une véritable innovation, puisque son fonctionnement reprend très précisément les standards en la matière, fixés depuis au moins 15 ans. Que vous souhaitiez rassembler une somme pour offrir un cadeau en commun, organiser un voyage en groupe ou toute autre dépense partagée (les achats de billets de spectacle représentent un autre cas d'usage populaire), PayPal vous propose donc la nouvelle option « Pool » disponible dans ses applications web et mobile (uniquement aux États-Unis, en Espagne, Italie et Allemagne, à ce stade).

En tant qu'organisateur, vous spécifiez un titre, une description, une date limite et un montant cible (facultatif), à partir desquels est créé un compte dédié. Vous transmettez ensuite l'invitation à contribuer à vos contacts par tout moyen à votre convenance : courriel, SMS, messagerie sociale… Vos correspondants reçoivent alors un lien qui leur permet de verser leur écot avec l'instrument de leur choix. Une fois l'échéance atteinte, les fonds collectés peuvent être portés sur votre réserve PayPal et soit être utilisés directement pour un achat, soit être virés vers un compte bancaire lié à votre profil.

PayPal Pools

Outre la gratuité du service – plus ou moins obligatoire pour un entrant tardif sur un marché plutôt encombré – et la possibilité de régler directement avec la cagnotte auprès d'une large palette de commerçants sans passer par une étape de retrait, le principal critère de différenciation de ces « Pools » sera peut-être leur caractère naturellement international, supporté par les capacités multi-devises natives de PayPal. Mais, pour l'essentiel, il s'agit du simple rattrapage d'un retard inexplicable.

Après tout, la jeune pousse est née au siècle dernier avec une vision qui incluait déjà les paiements entre particuliers. Les circonstances dans lesquels plusieurs personnes mettent leur argent en commun sont suffisamment fréquentes pour que le besoin de solution ad hoc soit pris en considération de longue date… Malheureusement, il s'agit d'une de ces fonctions que la plupart des acteurs rechignent à implémenter, faute, notamment, de modèle économique attractif (pénalisant aussi les spécialistes).

Et le désintérêt généralisé pour ce genre de capacités conduit également à une réponse partielle aux attentes fondamentales des consommateurs. En effet, entre les deux options existantes – la cagnotte en amont et le partage des dépenses a posteriori –, on peut imaginer, pour certains cas (au-delà des alternatives aux compte joints sur lesquelles quelques initiatives ont émergé), un système intermédiaire autorisant un paiement réparti en temps réel entre les différents membres du groupe.

mercredi 29 mai 2024

PayPal se met aux offres ciblées

PayPal
Il faut parfois combler un vide avant de prendre conscience de son existence jusque-là. Telle est l'impression que me donne l'annonce de la nouvelle offre publicitaire ciblée de PayPal (que, accessoirement, je découvre avec plusieurs mois de retard, à l'occasion de la nomination de son responsable), reprenant un concept vieux de plus de 15 ans et désormais largement répandu dans l'industrie financière.

Initialement appliqué aux transactions par carte puis décliné plus généralement aux comptes bancaires, le principe que PayPal retient (tel quel) consiste à proposer aux marchands (américains uniquement) une plate-forme en libre service sur laquelle ils choisissent précisément les destinataires de leurs promotions, à partir de critères dérivés – grâce à l'intelligence artificielle (il faut bien une touche de modernité !) – de l'analyse de l'historique d'achats de chaque utilisateur de ses outils de paiement.

La promesse est attractive pour toutes les parties prenantes. D'un côté, dans la mesure où ils savent piloter leur activité et connaissent leurs clients, les professionnels obtiennent une certain garantie d'efficacité de leurs programmes marketing, validée en outre par une facturation à la transformation (et non à l'impression), tandis que les consommateurs bénéficient de l'assurance de n'être sollicités qu'à bon escient, pour des offres correspondant à leurs habitudes, leurs préférences et leur contexte (?).

Naturellement, PayPal est idéalement positionnée pour une telle approche, entre son immense audience parmi les PME et le gigantesque volume de données accumulées sur près de 3 milliards de dollars de règlements, à un niveau de détail inégalé… Même si ses prétentions d'une connaissance des paniers à l'échelle de la référence de produit n'est probablement pas universelle, elle dépasse largement la fiabilité des catégorisations autorisées par les informations accompagnant les opérations par carte.

PayPal Advanced Offers Platform

La démarche paraît si logique qu'on peut se demander pourquoi elle a pris autant de temps à émerger chez l'ex-trublion, alors que des banques traditionnelles s'en sont emparées depuis des années. Peut-être est-ce un signe de son excès de dispersion dans de multiples directions ? Par ailleurs, l'exécution donne aussi des signes d'hésitations puisque rien n'a avancé depuis la présentation de la solution en janvier… jusqu'au recrutement de son responsable (en provenance d'Uber), cette semaine.

Incidemment, PayPal n'a pas choisi la voie de la facilité pour la mise en œuvre : là où, historiquement, les institutions financières optent pour la collaboration avec des spécialistes, par exemple le pionnier Cardlytics, aux États-Unis, elle préfère développer sa propre plate-forme, cherchant vraisemblablement à maîtriser de la sorte l'ensemble de la chaîne de valeur. Après la manœuvre similaire de Chase – via une acquisition, toutefois – s'agirait-il d'une tendance montante sur un domaine parvenu à maturité ?

samedi 6 avril 2024

L'app de NAB intègre PayPal

NAB
Il y a longtemps, quelques banques, à l'instar de Soon (par AXA Banque), inspirées par l'hégémonie de PayPal, intégraient une partie de ses services dans leurs applications. Dix ans plus tard, le pionnier du paiement en ligne a perdu de son aura et l'approche ne fait plus guère recette. Voilà pourtant son retour chez l'australienne NAB.

Le paysage a tout de même bien changé en une décennie. Ainsi, les initiatives d'autrefois concernaient-elles principalement les échanges d'argent entre proches, que PayPal avait imaginé très tôt de faciliter en autorisant l'envoi à une adresse de courriel ou un numéro de téléphone. Ce principe est désormais largement répandu, sinon universel, et des outils concurrents ont émergé, émanant parfois de consortiums bancaires (tel que celui qui a développé PayLib en France… à partir de 2013).

En revanche, les solutions d'encaissement en ligne de PayPal, bien qu'elles aient aussi vu naître pléthore d'alternatives, continuent à rencontrer un immense succès, surtout auprès des très petites entreprises (selon les pays). Ce mode d'utilisation constitue depuis toujours une épine dans le pied des institutions financières car, même quand leurs instruments de paiement sont mis en œuvre, in fine, elle perdent dans cette intermédiation les informations qui enrichissent leur connaissance de leurs clients.

NAB x PayPal

Dans ce contexte, l'offensive de NAB n'est donc pas vraiment surprenante. En effet, derrière l'apparence anodine de son annonce, évoquant la faculté pour ses clients de connecter depuis sa plate-forme mobile (et web ?) la carte de leur choix à leur profil PayPal (ceux qui n'en possèdent pas pouvant s'enregistrer par la même occasion), l'enjeu n'est pas uniquement de faciliter la vie des consommateurs ni de stimuler la sélection d'un support de la marque pour les règlements concernés.

En arrière-plan, la liaison établie de la sorte semble sensiblement différente de celle qui serait configurée dans les propres logiciels de PayPal. Un indice révélateur en est fourni par la discrète mention dans la présentation du dispositif spécifiant que les avantages associés à la carte retenue restent applicables sur les transactions effectués à travers le compte externe. Ceux-ci étant généralement déterminés par catégories de dépenses, des données enrichies sont probablement transmises sur chaque transaction.

Du point de vue de NAB, la démarche se résume en réalité à démultiplier les moyens de paiement « digitaux » qu'elle supporte pour ses clients, dans le prolongement d'Apple Pay, Google Pay et Samsung Pay, ceux-là ayant la particularité d'être aussi adaptés au commerce de proximité. Et, après tout, une fois le premier pas franchi, il n'existe aucune raison objective de ne pas les accepter tous, dans les mêmes conditions, dès lors qu'ils bénéficient de la faveur des consommateurs.

jeudi 23 novembre 2023

Venmo intègre les dépenses de groupes

Venmo
Les applications de gestion des dépenses de groupe existent depuis bien avant la naissance des smartphones modernes… mais il semblerait qu'elles aient constamment été oubliées de la « digitalisation » des paiements. Voilà une lacune que Venmo vient (enfin) de corriger et qui devrait inspirer tous les fournisseurs de porte-monnaie virtuel.

À défaut d'être pionnière, la filiale de PayPal adopte le meilleur des solutions existantes pour bâtir la sienne. Généralisant sa capacité historique de partage ponctuel d'addition entre amis, elle propose ainsi, en parfait alignement avec son orientation sociale de toujours, de créer des groupes d'utilisateurs, chacun se voyant attribuer une quote-part des frais communs. Au fil du temps, les différents participants enregistrent leurs débours, dans une logique entièrement collaborative, et suivent la situation du compte collectif, dont l'apurement peut être effectué ou exigé à tout moment par un d'eux, d'un geste.

Le concept répond à un vrai besoin. Les consommateurs, notamment parmi les jeunes générations, rencontrent régulièrement des circonstances dans lesquelles les dépenses sont réparties entre plusieurs personnes. On pense immédiatement aux colocations, aux ménages sans compte joint, aux parents séparés, aux voyages en groupe…, mais également aux clubs informels (de lecture ou de jeu de société), par exemple.

Dans la plupart de ces cas, les parties prenantes recourent naturellement à des outils de paiement entre pairs plutôt qu'à des virements bancaires afin de solder leurs dettes. Quoi de plus logique, dans ces conditions, que de leur éviter de passer par une plate-forme tierce (ou une bonne vieille feuille de calcul, voire un carnet en papier) afin de tenir la comptabilité et leur procurer cette fonction directement au sein du même logiciel ?

Venmo Groups

L'initiative, certes tardive, de Venmo souligne cruellement l'anomalie que représente l'absence des principaux acteurs des paiements sur ce genre de gadgets, banques ou autres. Il s'agirait pourtant d'un moyen, relativement facile à mettre en œuvre, de capter des flux qui ont toutes les chances d'emprunter des canaux dérivés, de la concurrence et/ou intermédiés (par les réseaux de carte, en particulier). À l'heure où les transferts de compte à compte cherchent à s'imposer, l'opportunité devrait attirer les convoitises.

Le dispositif de paiement interbancaire français Paylib fournit une illustration caractéristique de cette occasion manquée : alors qu'il est conçu pour faciliter et accélérer les échanges d'argent entre individus, il offre la gestion des dépenses de groupe par l'intermédiaire d'une application indépendante, vraisemblablement moins riche que celles qui existent par centaines sur les AppStores et sans avantage spécifique en termes d'expérience client, puisque déconnectée du module de paiement.

Son intégration au cœur des services bancaires, au côtés du cœur de PayLib, lui-même implémenté par chaque établissement, en ferait pourtant un excellent moteur d'engagement. Mais là réside aussi son plus gros handicap, puisqu'elle exigerait un effort de tous les membres du consortium pour rendre l'option universelle. La première étape consisterait à distribuer les fonctions correspondantes sous formes d'APIs afin d'en simplifier la prise en charge. Le principe a-t-il été ne serait-ce qu'envisagé ?

jeudi 31 août 2023

Venmo re-matérialise les cadeaux avec Hallmark

Venmo
Même pour les vétérans forcenés de l'argent électronique, la dématérialisation doit parfois reconnaître ses limites. Voilà, par exemple, comment Venmo entame une collaboration avec l'éditeur mondialement célèbre de cartes de vœux Hallmark afin de redonner un côté tactile bienvenu aux cadeaux tristement devenus trop virtuels.

Alors que sa mission principale de gestion des paiements entre individus en faisait déjà naturellement un support idéal pour une déclinaison moderne des présents en numéraire, la filiale de PayPal propose depuis le début de 2022 (avec un retard de plusieurs années sur ses homologues chinoises, toutefois) d'associer au transfert une illustration personnalisée aux réminiscences des cartes imprimées traditionnellement envoyées dans les grandes occasions, telles que Noël, jour de l'an, anniversaire…

Mais, sans être excessivement nostalgique et les plus jeunes peuvent tout autant y être sensibles, ces images affichées sur un écran de téléphone n'ont pas le charme d'une enveloppe déposée au pied d'un sapin ou trouvée au fond d'une boîte aux lettres, dont on savoure par avance l'ouverture et la découverte de son contenu, puis qu'on garde précieusement, pour l'éternité, dans un carton à chaussures. C'et toute une expérience que Hallmark défend envers et contre tout et que Venmo veut donc maintenant capter.

En pratique, le principe consiste à, d'abord, acheter, pour environ 5 dollars, une carte spéciale auprès d'une des enseignes habituelles pour ce genre d'articles ou en ligne. L'expéditeur va ensuite lui associer une cagnotte nominative – composée d'un montant et de l'identifiant du bénéficiaire (qui peut être un numéro de téléphone ou une adresse de courriel) – grâce à un QR code qui le redirige dans l'espace dédiée de l'application Venmo. Il ne lui reste plus qu'à rédiger un message, s'il le souhaite, et à l'expédier.

Venmo x Hallmark

À réception, le destinataire capture à son tour le QR code et collecte de la sorte le montant de son cadeau dans son propre porte-monnaie Venmo (dont le propriétaire doit évidemment correspondre à celui qui était enregistré à la création), tout en conservant un souvenir physique de l'attention qui lui a été portée. À ce moment-là seulement le compte de l'émetteur est débité. En cas de vol, de perte ou d'oubli, la somme associée, qui était simplement bloquée, est restituée automatiquement après 180 jours.

La dématérialisation des interactions a certainement du bon quand elle touche à des démarches imposées, souvent pleines de frictions, mais elle est beaucoup plus critiquable quand elle déshumanise les relations. Les échanges de cadeaux constituent bien l'archétype de ces transactions où la convivialité humaine prime, surtout quand leur vecteur se réduit à une poignée de dollars (par manque d'imagination ?). Dès lors, la coopération entre des acteurs représentatifs l'un de l'univers virtuel et l'autre du monde physique dans le but de combiner le meilleur des deux est une magnifique leçon.

samedi 12 août 2023

PayPal rêve son avenir dans le web3

PayPal USD
Il y a un quart de siècle, PayPal créait un système de paiement pour la première génération de l'internet marchand. Aujourd'hui rattrapé, voire dépassé, par la concurrence, le pionnier tente de se projeter vers ce qui est annoncé comme la prochaine révolution des expériences en ligne. Mais que peut-il apporter de nouveau ou d'original dans le web3 ?

Tandis que l'étau réglementaire se resserre aux États-Unis sur les initiatives relevant de cryptomonnaies sous toutes leurs formes, PayPal surprend un peu en choisissant de lancer la sienne. En l'occurrence, comme il se doit, d'une certaine manière, pour une entreprise désormais bien établie de la finance (presque une institution !), il s'agira d'un « stablecoin » adossé au dollar, c'est-à-dire un instrument à la valeur alignée sur celle du billet vert et garanti par des dépôts liquides équivalents au volume en circulation.

Mais à quoi pourra donc servir ce PayPal USD et, surtout, quels bénéfices peut-il offrir aux utilisateurs de la plate-forme qui a pour ainsi dire inventé le porte-monnaie virtuel et a construit son succès sur les mouvements électroniques de fonds ? De ce point de vue, la communication officielle résonne d'une façon étrange : réaliser des échanges directs entre individus y compris à l'étranger, régler des achats sur les e-boutiques dans n'importe quelle devise, acquérir des cryptomonnaies parmi celles qui sont prises en charge…

Voilà exactement la promesse historique de PayPal, qui n'avait jamais, jusqu'à maintenant, nécessité l'introduction d'un support spécifique, les dollars, euros, livres sterling et autres fonctionnant parfaitement pour ce genre d'opérations. La principale différence est le surcroît de complexité – entre autres par les exigences de conversion qu'il entraîne – et les risques de confusion – pour les millions de consommateurs qui n'ont aucune connaissance des principes sous-jacents – que représente le crypto-dollar.

PayPal Stablecoin

Dans le registre des vraies spécificités, il restera tout au plus une vague possibilité supplémentaire et l'opportunité qui l'accompagne. Présentée comme la faculté de transférer librement les PayPal USD vers tout portefeuille externe compatible (pour autant qu'elle soit plus performante qu'avec une monnaie fiduciaire classique), elle constituerait notamment le point d'entrée de l'ex-trublion dans l'univers « crypto-digital » du web3.

La réalisation d'une telle ambition se heurtera cependant à un obstacle de taille : il faudra d'abord que ces écosystèmes émergents acceptent d'intégrer l'instrument proposé par PayPal et, surtout, que ce dernier se démarque parmi les innombrables options qui se développent actuellement afin de conquérir un territoire vierge perçu comme un eldorado. Je ne suis pas sûr que son positionnement joue en sa faveur dans cette course.

Naturellement, il est indispensable pour PayPal de penser à son avenir, en particulier dans le paysage en pleine évolution du web, des paiements et, plus généralement, de l'argent. Incidemment, les banques traditionnelles devraient en faire de même. En revanche, l'approche retenue, finalement assez conventionnelle et dépourvue d'imagination, montre combien les mutations en cours sont difficiles à appréhender pour les héritiers du siècle précédent, même lorsqu'ils ont été les disrupteurs de leur époque.

mercredi 12 avril 2023

Visa s'infiltre dans le paiement P2P

Visa
En dehors de quelques timides tentatives, rapidement avortées, Visa ne s'est jamais véritablement intéressée au segment des paiements entre pairs (P2P), qui a pourtant vu éclore une génération entière de géants (Venmo en tête). Dans l'espoir de reprendre la main, elle présente aujourd'hui une initiative visant à l'interopérabilité des outils existants.

Le résultat de la course qui s'est jouée il y a une décennie est un marché aux innombrables solutions, plus ou moins saturé, qu'il peut paraître vain de chercher à pénétrer maintenant mais qui offre une opportunité formidable en raison même de sa diversité. En effet, avec la croissance massive des usages, les adeptes sont confrontés à une friction récurrente lorsqu'ils souhaitent échanger de l'argent avec un correspondant recourant à un fournisseur de porte-monnaie « digital » différent de leur favori.

La seule réponse envisageable à ce jour consiste à créer un compte dans chacune des applications proposant ce genre de services, de manière à toujours trouver un terrain d'entente au moment d'exécuter un versement. Hélas ces systèmes requièrent souvent un dépôt et, surtout, conservent les encaissements dans leurs propres livres. Se pose alors le problème de la dispersion des sommes ainsi accumulées : comment les gérer, comment en utiliser la totalité librement sans avoir à jongler entre les logiciels…?

Avec le concept Visa+, la vie du consommateur redevient simple. Chaque individu conserve uniquement son (ou ses) moyen(s) de paiement préféré(s), dans le(s)quel(s) il lui suffit de définir un identifiant dédié à ses transactions externes. Par la suite, au sein de toutes les solutions compatibles, celui-ci peut être sélectionné comme destinataire d'un règlement, la plate-forme du réseau de cartes – qui réplique de la sorte son métier historique – se chargeant de réaliser le transfert entre les deux systèmes.

Visa+

Dans un premier temps, celui d'une expérience pilote qui s'étalera sur l'année 2023, seuls deux acteurs (étroitement liés) sont engagés, mais de taille : PayPal et Venmo. En parallèle, une poignée de partenaires de Visa rejoignent le navire, sur un autre scénario de mise en œuvre puisqu'il s'agit de déployer sur des sites commerciaux (de l'avance de salaire de DailyPay aux transferts internationaux de Western Union) une option unique de paiement intégrant automatiquement les principaux porte-monnaie virtuels.

Le lancement officiel de Visa+ est planifié pour la fin de cette année et une généralisation (au reste du monde ?) interviendrait dans le courant de 2024. Il restera tout de même à voir si les acteurs concernés – il en faudra beaucoup pour espérer le succès – suivront les deux mastodontes embarqués dans l'aventure : les gros pourraient se satisfaire de leur audience captive, les petits risquent de craindre une marginalisation et tous voudront évaluer au préalable les bénéfices potentiels de leur participation.

Au fil des annonces, se dessine la stratégie de Visa dans un univers des paiements qui promet de changer radicalement. Oubliées, apparemment, les velléités passées de prendre pied en bout de chaîne, dans les interactions entre utilisateurs finaux, la cible consiste maintenant plutôt à décliner le principe du réseau d'infrastructure (de ses origines) dans les domaines d'avenir – là les monnaies « digitales » de banque centrale (MDBC) ou, ici, les applications P2P – en profitant de l'explosion des besoins d'interopérabilité entre une myriade d'outils génériques ou de niche.

mardi 21 septembre 2021

La super app de PayPal débarque

PayPal
Elle était pressentie depuis plusieurs mois, la mue de PayPal commence à prendre forme concrètement aujourd'hui, à travers l'annonce de sa nouvelle application mobile. Celle-ci la conduit donc à étendre son emprise au-delà des paiements, d'abord vers les services financiers en général et, plus loin encore, vers le m-commerce.

L'objectif de l'entreprise n'est pas de se transformer en banque (surtout en termes de statut) mais elle veut séduire les consommateurs (américains, pour l'instant) lassés par les établissements traditionnels et/ou attirés par les promesses de la FinTech. Dans cette optique, elle met à leur disposition, au sein d'une plate-forme à l'expérience soignée, les outils essentiels pour leur gestion de l'argent au quotidien, auxquels elle ajoute quelques avantages habituels des nouveaux entrants ainsi que ses propres idées originales.

Entièrement réorganisée, l'application de PayPal présente un tableau de bord procurant un aperçu de la situation globale (mais toujours pas de fonctions de pilotage des finances personnelles). Vient ensuite une série d'onglets dédiés chacun à un univers spécifique. Le premier d'entre eux, qualifié de porte-monnaie, rassemble les différents instruments de paiement associés au compte et introduit une capacité de « dépôt direct » autorisant les virements entrants, crédités deux jours avant leur date de valeur « normale ».

Le centre des paiements, quant à lui, regroupe les services historiques : émissions et demandes de règlements, transferts internationaux, versements aux associations… Ils sont désormais assortis d'un module de messagerie, probablement inspiré de Venmo, permettant d'accompagner les opérations entre pairs d'un message personnel. Par ailleurs, le traitement de factures s'est considérablement enrichi, puisqu'il couvre maintenant 17 000 fournisseurs et intègre options d'alerte et de paiement automatique.

PayPal Savings

Enfin, la section « finance » héberge, d'une part, ce qui tient ici lieu d'espace d'investissement, en l'occurrence sous les traits des dispositifs existants d'achat, de vente et de conservation de cryptomonnaies, et, d'autre part, une solution d'épargne élémentaire, rémunérée à taux fixe (attractif), fournie par un partenaire bancaire (Synchrony Bank). Sans surprise, elle inclut la possibilité (incontournable de nos jours) de créer des « pots » distincts, aux visuels ajustables à loisir, pour différents objectifs.

Cette palette financière est en cours de déploiement. En complément, dans les prochains mois, PayPal prévoit l'insertion d'une véritable galerie commerciale au cœur de son application, accompagnée de programmes de fidélité et de récompenses destinés à encourager les visites et les emplettes. Voilà une énième tentative de réaliser le vieux rêve, jusqu'ici concrétisé uniquement par les dragons chinois, de jonction entre la banque et le commerce en ligne. Avec sa position particulière, PayPal réussira-t-elle ?

Quoi qu'il en soit, presque un quart de siècle après sa naissance, l'ancienne startup prête à devenir dinosaure entame un virage stratégique important. La banalisation des paiements électroniques ne lui laissant plus beaucoup de marge de manœuvre, il paraît évident qu'elle doit s'adapter rapidement aux tendances émergentes, dont l'intégration des services financiers est la plus visible. Elle s'y emploie sans craindre d'adopter une approche par assemblage de briques hétérogènes qui en fait une pionnière… à suivre.

dimanche 25 juillet 2021

Venmo devient moins social

Venmo
Depuis ses lointains débuts, en 2010, la solution de paiement de Venmo se distinguait de ses innombrables concurrentes par sa dimension sociale. Avec la toute nouvelle mouture de son application mobile, qui sacrifie son fil public des transactions, c'est donc une composante importante – quoique polémique – de son ADN qui disparaît…

L'idée était née en pleine explosion du phénomène de réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) et consistait en une déclinaison du concept sur les échanges d'argent entre amis, faisant de ceux-ci le support d'une discussion ouverte au monde entier. Naturellement, au fur et à mesure de l'extension des fonctions incluses, par exemple avec l'introduction de capacités de règlement dans les commerces, y compris grâce à une carte de débit, le principe initial devenait plus intrusif et, donc, moins attractif.

Au cours de son évolution, Venmo a progressivement ajusté le tir. Son choix de configurer par défaut le partage d'information en mode public, régulièrement contesté, voire décrié, lui a notamment valu d'attirer l'attention du régulateur et, plus récemment, ses faiblesses en matière de protection de la vie privée ont été mises en lumière par une équipe de journalistes à travers la découverte, relativement facile, d'un compte (plus ou moins secret, ou, en tous cas, à vocation privée) du président américain Joe Biden.

La dernière incarnation de l'application met donc un terme aux critiques les plus pressantes. S'il subsiste une option de diffusion publique, qui laisse toujours la totalité de ses opérations visibles aux visiteurs du profil de l'utilisateur, connus et inconnus, désormais, le seul moyen d'animer une conversation sociale avec Venmo est limité à son cercle de proches, qu'il définit formellement et dont il a le plein contrôle.

Venmo App

En guise de justification de son geste, la filiale de PayPal souligne, avec justesse, le peu d'intérêt qu'il y a à pouvoir interagir globalement, autour des questions d'argent, avec les plus de 70 millions d'adeptes de ses produits. Il semble en effet beaucoup plus raisonnable de restreindre le champ à la famille et aux amis. La prise de conscience est tardive mais elle sera probablement bienvenue. Incidemment, ne devrait-elle pas également questionner les pratiques des plates-formes sociales généralistes ?

Plus profondément, Venmo marque ici son changement de stratégie, engagé depuis plusieurs années. Son approche d'origine – il s'agissait d'abord d'un véritable réseau social dont les contenus s'orchestraient autour d'événements financiers personnels considérés dignes d'être communiqués et de susciter un dialogue – a laissé la place à un outil de paiement à la portée universelle (autant que possible), assorti d'une faculté de partage avec une communauté choisie, de plus en plus anecdotique.

Du point de vue de Venmo, cette réorientation répond à la fois à une nouvelle réalité de son marché, entre autres en termes d'attentes de ses clients et de paysage concurrentiel, et à une certaine progression de la maturité du grand public vis-à-vis des réseaux sociaux, l'engouement le cédant rapidement à la lassitude et, parfois, à l'aversion. Là encore, la réflexion mériterait d'être étendue aux géants du domaine : leur emprise mondiale, en particulier, ne risque-t-elle pas d'être le déclencheur de leur futur déclin ?

dimanche 11 avril 2021

PayPal rêve de super-app

PayPal
Pionnière de la FinTech au siècle dernier et en croissance soutenue jusqu'à aujourd'hui, PayPal est probablement une des forces disruptives les plus injustement sous-estimées de l'industrie financière. Elle pourrait pourtant s'avérer plus menaçante pour le statu quo que les géants technologiques qui monopolisent les craintes de concurrence.

Toujours largement considéré comme un « simple » fournisseur de services de paiement en ligne, la prise de conscience de l'étendue du catalogue de PayPal, en particulier aux États-Unis, devrait inciter à lui prêter attention. Échanges d'argent entre pairs (avec Venmo), carte de débit et de crédit, encaissement de chèque, transferts internationaux, crédit à la consommation… et, côté commerçants, terminal de point de vente, financement de la trésorerie, facturation, gestion d'inventaire… illustrent cette diversité.

Mais ce n'est peut-être qu'un début. À l'occasion de sa journée de relation avec ses investisseurs, le PDG de la société, Dan Schulman, a évoqué son ambition d'embrasser une nouvelle dimension, en faisant de la plate-forme existante une « super-app », au sein de laquelle les consommateurs trouveraient une sorte de galerie marchande virtuelle géante, aux fonctions financières intégrées, capable de répondre à tous leurs besoins et capitalisant sur la connaissance transverse de leurs habitudes pour les conseiller.

L'approche, directement inspirée par les dragons chinois (WeChat, en tête) quoique issue d'une perspective différente, devient une obsession pour de nombreuses entreprises, notamment du secteur bancaire. Leur réflexion part du constat incontournable de la domination d'une poignée d'applications mobiles dans les usages courants, au détriment des quantités d'enseignes dont les logiciels se trouvent relégués aux seconds rôles. Et leur pari est de proposer à ces dernières une expérience unifiée par les outils financiers.

PayPal et les super-apps

Dans cette vision, l'avantage distinctif de PayPal transparaît immédiatement : il s'agit d'un des rares acteurs jouissant déjà, à travers ses millions d'utilisateurs, d'une présence importante simultanément auprès des marchands et des consommateurs, sous l'angle spécifique de leur relation commerciale « individuelle », puisqu'il contribue à leurs interactions. Grâce à cette position exclusive, il possède un moyen exceptionnel (et essentiel) de convaincre les deux parties de se rassembler sur sa place de marché.

En complétant sa proposition avec sa vaste palette de produits financiers, depuis ses multiples instruments de paiement jusqu'à ses options de règlement différé (la mode du « Buy Now, Pay Later » ou BNPL est aussi passée par là), associés à des outils intelligents de pilotage budgétaire (y compris la gestion des abonnements, autre grande tendance actuelle), la promesse vis-à-vis du grand public est séduisante.

Naturellement, l'audience ainsi conquise représente également un puissant facteur d'attractivité pour les commerçants. Soumis, en raison de la crise sanitaire, à l'exigence croissante de développer leur activité en ligne, ceux-ci se voient en outre offrir des facilités dédiées, par exemple l'intégration avec leurs fonctions de back-office ou des solutions marketing d'autant plus efficaces qu'elles s'adressent à une cible captive.

En synthèse, PayPal se trouve, d'un certain point de vue, dans une situation similaire à celle des GAFA, en termes de proximité avec les consommateurs (et les marchands) et de recherche de l'excellence dans l'expérience client, tout en affirmant sans ambiguïté son ancrage direct et profond dans l'univers des services financiers. Avec, de la sorte, un pied dans chaque « camp », il est facile de comprendre pourquoi ses orientations stratégiques devraient sérieusement inquiéter les institutions historiques…

lundi 4 janvier 2021

Venmo encaisse les chèques

Venmo
Janvier 2021, Venmo, leader des paiements entre particuliers parmi les jeunes américains, annonce le lancement d'une nouvelle fonction d'encaissement de chèques via mobile ! Répondant à un réel besoin, l'initiative est un révélateur supplémentaire du retard tragique pris par une partie des acteurs institutionnels dans l'univers « digital ».

La crise sanitaire est à l'origine de la prise de conscience de cet archaïsme persistant aux États-Unis (et ailleurs, probablement). Non seulement les aides d'urgence gouvernementales sont-elles distribuées, pour l'essentiel, sous forme de chèques imprimés mais, en outre, une multitude d'employeurs utilisent toujours ce support obsolète pour les versements de salaires, induisant des manipulations, des déplacements et des contacts que beaucoup préfèreraient éviter en cette période de distanciation sociale.

Tout en espérant bénéficier d'un surcroît de dépôts de fonds, l'objectif de Venmo avec son option d'enregistrement en ligne est de simplifier les démarches de traitement et, tandis que nombreux sont les consommateurs qui vivent au jour le jour et dépendent de la moindre subvention, d'accélérer l'accès à l'argent (disponible en quelques secondes dans la plupart des cas). L'entreprise pousse même son engagement jusqu'à rendre l'option (temporairement) gratuite pour les chèques reçus de l'administration.

Venmo – Cash a check

Si je fustige régulièrement dans ces colonnes la timidité flagrante des efforts de bien des grandes institutions financières dans la transition numérique, qui est soudain devenue critique en raison de la pandémie, d'autres secteurs, notamment dans les services publics, sont également coupables d'un conservatisme doublement néfaste pour la société, par les frictions et les inefficacités qu'il perpétue dans leurs missions et par la pression qu'il impose implicitement au reste de l'économie de les compenser.

Le cas d'espèce incite de plus à se pencher sur l'histoire américaine du chèque. En effet, presque 20 ans après l'adoption de la réglementation autorisant l'encaissement par voie électronique (dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001), l'évidence s'impose : cette étape intermédiaire, par nature bancale, n'a aucunement contribué à faire disparaître un moyen de paiement d'un autre âge. Certes, l'éradication n'a guère progressé ailleurs dans le monde, mais elle est désormais encore plus difficile après les investissements consentis dans la modernisation des systèmes de gestion.

Pourtant, quand cette lente dérive aboutit à la sorte d'obligation que ressent un acteur technologique tel que Venmo, résolument ancré dans le XXIème siècle, de prendre en charge l'instrument périmé mais apparemment incontournable, l'heure est peut-être enfin venue de sonner l'alarme, auprès de toutes les parties prenantes, en appelant chacune à prendre ses responsabilités en vue de son élimination définitive. Ou bien l'industrie financière sera-t-elle condamnée à supporter le chèque jusqu'à la fin des temps ?

lundi 26 octobre 2020

PayPal et la tentation des cryptomonnaies

PayPal
Nous nous souviendrons peut-être un jour de cet automne 2020 comme du vrai début de la démocratisation des cryptomonnaies parmi le grand public. En effet, pour la première fois, me semble-t-il, une grande entreprise généraliste du paiement – PayPal – les intégrera dans son écosystème, à l'égal des autres devises de ce monde.

Ce n'est pour l'instant qu'une annonce, qui reste à concrétiser, mais elle est d'une ampleur considérable. Dans un premier temps, les utilisateurs américains pourront, dans les prochaines semaines, acheter, conserver et vendre, directement depuis leur porte-monnaie virtuel, des unités issues des plates-formes les plus populaires du moment : Bitcoin, Bitcoin Cash, Ethereum et Litecoin. L'extension de ces capacités initiales à d'autres marchés internationaux est d'ores et déjà prévue, à partir de l'année prochaine.

Une déclinaison spécifique pour la solution d'échange d'argent entre amis Venmo est également planifiée pour la même échéance. Ce sont des dizaines de millions de consommateurs qui vont de la sorte être exposés plus ou moins directement aux cryptomonnaies, dans leurs usages quotidiens. Afin de les accompagner dans ce qui sera une découverte pour la plupart d'entre eux, des contenus pédagogiques, abordant les principes, les risques et les opportunités, seront en outre mis à leur disposition.

Cryptomonnaies sur PayPal

Mais, surtout, PayPal porte l'ambition de (re)donner à ces nouvelles monnaies – aujourd'hui trop souvent acceptées uniquement comme des actifs financiers – leur rôle d'intermédiaire dans les transactions commerciales. Dès le début de 2021, il devrait ainsi devenir possible d'utiliser les bitcoins, ethers… pour régler ses achats auprès des 26 millions de marchands (dans le monde) exploitant son système d'encaissement, sans rien changer à leurs habitudes, puisque, comme avec les devises étrangères, une conversion des montants collectés sera réalisée automatiquement, sans frais additionnels.

Historiquement, de multiples initiatives ont tenté d'introduire, de la même manière, les cryptomonnaies au cœur des systèmes de paiement classiques, notamment par l'intermédiaire de cartes fonctionnant sur les réseaux existants. Au-delà des réticences des opérateurs (Visa et Mastercard) vis-à-vis de ces applications (et des acteurs qui les développent), qui s'estompent seulement depuis quelques mois, cette approche se trouve aussi limitée, par essence, par le simple fait qu'elle s'adresse à une population avertie.

La vision inclusive que défend, au contraire, PayPal s'avère d'autant plus intéressante qu'elle ne vise pas nécessairement en priorité les cryptomonnaies « privées » actuelles (avec leurs défauts persistants) mais cherche plutôt à préparer l'avènement d'une ère de monnaies virtuelles d'état, dont elle rappelle qu'elles sont sérieusement considérées, à ce jour, par une banque centrale sur 10. L'enjeu est donc autant de familiariser consommateurs et commerçants que d'anticiper les futurs modèles de paiement…

lundi 22 juillet 2019

La banque en temps réel, étape par étape

Mastercard
Alors que les banques européennes (et du reste du monde) s'éveillent tout juste au besoin de temps réel dans les transferts d'argent, quelques acteurs un peu plus avancés commencent à comprendre que la même exigence touchera bientôt toutes leurs opérations. Prochaine étape : le versement des émoluments des travailleurs indépendants.

Bien sûr, l'opportunité a attiré l'attention, depuis plusieurs mois, d'un certain nombre de startups ainsi que celle des grandes plates-formes – Uber, Lyft et consorts – pourvoyeuses de prestations à la demande pour leurs affiliés. Les solutions se sont donc multipliées permettant aux intéressés de percevoir leur dû dès leur mission terminée, et ainsi l'utiliser immédiatement pour toutes leurs dépenses, sans patienter jusqu'à la fin de la semaine ou du mois, de plus en plus souvent sans avoir à en faire la demande.

Dans de nombreux cas, l'enjeu est d'apporter une réponse (superficielle) à la précarité créée par l'économie dite collaborative. Il s'agit alors d'éviter aux personnes les plus fragiles, qui vivent au jour le jour, le recours aux prédateurs de l'avance sur salaire ou ses équivalents. Plus profondément, il existe aussi une véritable question d'équité : dans un monde où toutes les transactions deviennent instantanées, il n'est que justice que le contributeur humain de la chaîne de valeur profite de cette évolution (ce progrès ?).

Le conducteur de VTC, par exemple, qui est évalué, entre autres, sur sa réactivité aux demandes de courses de ses clients, qui sait que ces derniers règlent le prix de leur trajet en sortant de sa voiture, ne devrait pas avoir à attendre pour recevoir la part qui lui revient, même si les habitudes héritées de siècles de labeur salarié (et de limitations techniques) ont ancré le principe du report des paiements à intervalles périodiques.

Pay advance demand grows in the gig economy

Après les pionniers, le mouvement prend de l'ampleur. PayPal est, sans surprise, aux aguets, en particulier à travers sa filiale spécialisée sur le créneau, Hyperwallet, qui vient de conclure une collaboration internationale avec Lime pour le versement de leurs gains à ses « juicers » (les freelances qui assurent la charge des batteries de ses trottinettes électriques). Parmi les entreprises plus traditionnelles, Mastercard se positionne également, via une offre dédiée, qu'elle déploie d'abord avec une jeune pousse.

Derrière cette vague émergente, ce qu'il faut impérativement appréhender et intégrer est la nature profonde de ce qu'attendent les consommateurs, les professionnels, les entreprises… vis-à-vis de la banque en temps réel. En effet, il ne peut seulement être question de virements instantanés (ou de notification immédiate des dépenses, toujours à la traîne). Le plus important reste à faire : concevoir et développer des expériences client globales – telles que celle des indépendants – sans friction et sans délais.

jeudi 6 juin 2019

Que prépare donc PayPal avec Tink ?

PayPal
Cette semaine, Tink, la star montante de la gestion de finances personnelles en Europe (qui prépare activement son prochain débarquement en France), annonçait que PayPal entre à son capital et, simultanément, devient cliente de son service d'agrégation de comptes. La question à un million d'euros est donc maintenant : que concocte le pionnier des paiements en ligne avec cette collaboration ?

La première idée qui vient à l'esprit – incidemment, elle est souvent la seule qu'inspire le phénomène de l'« open banking » – serait évidemment la création d'un outil de pilotage de budget. Il me paraît cependant extrêmement improbable que ce soit là l'objectif de PayPal : pour ne prendre qu'un argument, son entrée aujourd'hui sur ce marché n'aurait pas beaucoup de sens (isolément) dans le contexte de ses métiers historiques, d'autant qu'il lui suffirait, si tel était son objectif, d'adopter l'offre clé-en-main de Tink.

Deuxième hypothèse, plus plausible, l'accès aux comptes bancaires de ses utilisateurs permettrait à PayPal de connaître les détails de leur situation financière et, ainsi, de leur proposer des solutions adaptées, notamment en matière de financement de leurs achats au passage en caisse. Il s'agit en effet d'un cas d'usage qui se développe actuellement pour les API qu'impose la directive DSP2 : l'analyse de l'historique des transactions afin de déterminer en temps réel la fiabilité et l'éligibilité d'un emprunteur.

PayPal + Tink

Il existe, enfin, une troisième possibilité, éventuellement complémentaire à la précédente, suggérée par le fait que la communication officielle souligne que le recours à l'agrégation de compte n'est qu'une première étape du partenariat. Pour le comprendre, rappelons simplement que Tink inclut dans son catalogue une capacité d'initiation de paiement (reposant, elle aussi, sur les exigences de la DSP2). Avec celle-ci, PayPal pourrait donc ajouter facilement à sa panoplie un moyen de paiement alternatif quasi universel.

L'enjeu est important puisque, jusqu'à maintenant, les cartes bancaires supportent la majorité des transactions exécutées avec sa plate-forme. Leur remplacement par un système à base de virements interbancaires autoriserait, en particulier, une baisse de coûts significative. Plusieurs acteurs ont déjà imaginé de capitaliser sur une transition de ce genre mais bien peu seraient aussi bien placés pour l'imposer sur le marché que PayPal (omniprésent dans l'e-commerce) équipée de l'infrastructure fournie par Tink.

Quel que soit l'avenir réservé à ces quelques conjectures, si j'étais en charge de la stratégie dans une institution financière européenne, je me pencherais sérieusement sur les différents scénarios que laisse entrevoir la combinaison des forces entre PayPal et Tink. Certains d'entre eux sont incontestablement susceptibles d'exercer un impact considérable sur le secteur (ou du moins en esquisser les prémices) et il vaut mieux s'y préparer… en vue de concevoir une parade… ou, mieux, de prendre les devants.

mardi 7 mai 2019

PayPal se positionne sur le paiement invisible

PayPal
Du haut de ses 20 ans, PayPal donne parfois l'impression d'être une vieille entreprise, désormais dépassée par les nouvelles startups du paiement. Pourtant, sa récente prise de participation dans Uber, qui constitue un pari aussi audacieux que celui qui, avec eBay, l'a autrefois lancée, démontre que sa capacité visionnaire reste intacte.

C'est à l'occasion de l'entrée en bourse géante du vétéran du VTC que PayPal engage un investissement de 500 millions de dollars, qui, surtout, vient avec un accord en vue de l'exploration de possibles collaborations futures… Les liens entre les deux partenaires ne datent pas d'hier, un de ses derniers épisodes ayant vu l'intégration de Venmo comme moyen de règlement des courses, aussi ce rapprochement supplémentaire n'est-il pas une réelle surprise. Mais il révèle aussi un projet pour l'avenir du paiement.

En effet, aussi anecdotique puisse-t-elle paraître en comparaison de son modèle de transport disruptif, une des plus grandes avancées à porter au crédit d'Uber est sa réinvention de l'expérience utilisateur, faisant disparaître l'acte de paiement des parcours d'achat. Le principe a été, ensuite, répliqué dans son application de livraison de repas et il a vocation à se décliner dans toutes les domaines dans lesquels la société veut désormais se diversifier grâce aux 80 à 100 milliards de dollars qu'elle compte lever.

Uber + PayPal

Naturellement, afin d'optimiser cette stratégie et, en particulier, conserver un maximum de contrôle sur les instruments de paiement de ses clients, Uber doit inclure dans ses plans la création de son propre porte-monnaie virtuel. Si tout se passe comme prévu, celui-ci sera donc conçu et développé avec PayPal, en profitant de sa longue expérience et de sa présence sur tous les continents pour aider le service de VTC à adapter ses pratiques à des secteurs marchands dont les besoins sont parfois plus sophistiqués.

L'opportunité de prolonger et enrichir sa coopération étroite avec un acteur qui promet de devenir un géant du commerce est, évidemment, un puissant stimulant pour PayPal. Cependant, au-delà du seul volume de transactions potentielles que représente ce marché, c'est surtout la perspective de contribuer à une approche radicalement nouvelle de la relation à l'argent au quotidien qui, vraisemblablement, l'attire.

Dans les années 2000, sa solution avait percé en apportant une réponse simple et efficace aux enjeux du e-commerce naissant, surfant alors sur le succès de la plate-forme d'eBay pour s'imposer. Aujourd'hui, le défi à relever consiste à accompagner l'émergence des expériences client fluides et transparentes, éliminant les frictions du paiement. Une collaboration avec Uber est indiscutablement le meilleur moyen de se placer aux avant-postes de cette tendance et d'en devenir l'auxiliaire financier incontournable.