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mercredi 29 octobre 2025

Tout eToro en API

eToro
À l'occasion de la célébration de son quinzième anniversaire, lors de son sommet annuel, eToro dévoile une nouvelle plate-forme – combinant API, « vibe coding » et App Store – destinée, peut-être, à réinventer (une nouvelle fois !) sa vision originelle du trading social pour l'ère émergente de la programmabilité et de l'intelligence artificielle.

D'emblée, la démarche détonne dans un contexte où toutes les entreprises se précipitent dans le déploiement de l'IA, en général sans véritablement s'inquiéter de son utilité réelle. Ici, et je ne peux qu'en applaudir le pragmatisme et la pertinence, la priorité est mise exclusivement sur les fondations indispensables à des applications vraiment génératrices de valeur. Second exploit, ce socle est construit pour l'ensemble de la communauté rassemblée par la jeune pousse, non pour ses seuls besoins.

La fusée comporte trois étages. Au plus bas niveau, les API constituent les briques sans lesquelles rien ne peut fonctionner de manière fiable, flexible et performante… et que la plupart des organisations qui rêvent d'automatiser leurs processus oublient de mettre en place. Pour eToro, tous ses services seront exposés de la sorte, de manière à permettre aux futurs agents virtuels de piloter et orchestrer toutes les activités disponibles dans son offre : accès aux données de marché, aux portefeuilles, exécution de transactions, gestion des capacités sociales qui sont sa marque de fabrique…

Au-dessus de cette boîte à outils, les clients disposeront de facilités de « vibe coding », qui autorisent, grâce à l'intelligence artificielle, la création d'applications logicielles complètes sans coder, par une simple description en langage naturel. L'objectif est de donner le pouvoir à tous les investisseurs de concevoir et développer, simplement et rapidement, les automatismes dont ils rêvent en profitant de toute la puissance des services existants d'eToro, mise à leur portée à travers les API pré-câblées.

Enfin, au dernier niveau, la firme déploiera un App Store, sur lequel ses utilisateurs auront la faculté de distribuer leurs réalisations, des plus triviales au plus complexes. Il représente de la sorte une autre déclinaison de la culture de collaboration inscrite dans son ADN, initialisée avec le partage de stratégies de trading et maintenant étendue à l'outillage. Au-delà du levier d'accompagnement qu'elle peut procurer aux clients (notamment débutants), une telle ouverture est également un catalyseur d'innovation.

Aussi séduisant soit le modèle imaginé par eToro, il est peu probable (malheureusement) qu'il conquière l'ensemble de l'industrie financière à brève échéance. En revanche, il pourrait tout de même inspirer les grands groupes qui installent des plates-formes d'IA à tort et à travers pour leurs employés et se désolent de leur faible rentabilité. Et si, au lieu de ces initiatives hasardeuses, elles commençaient par mettre en place le même genre de socle technologique, à usage uniquement interne ? Les opportunités d'optimisation et d'innovation seraient certainement décuplées…

eToro

jeudi 1 septembre 2022

Klutch, une carte de crédit programmable

Klutch Card
Monzo avait déjà imaginé (et implémenté) la possibilité pour chaque client de définir des règles automatiques de gestion et d'orchestration de son argent et de ses comptes. L'américaine Klutch prolonge l'idée en permettant aux porteurs de sa carte de crédit de concevoir, développer et/ou assembler leur propre application mobile de pilotage.

Pour l'instant déployée en version beta privée, sur invitation, la solution de la jeune pousse repose donc d'abord sur un produit traditionnel combinant des caractéristiques relativement conventionnelles – absence de frais annuels, taux d'intérêt dans les normes, rétrocession (cashback) de 1% sur tous les achats… – et d'autres plus originales – dont la faculté de multiplier les cartes, physiques (pour tous les membres de la famille) et virtuelles (par sécurité ou pour isoler les transactions par enseigne, par exemple).

En revanche, ce qui la distingue radicalement de toutes ses concurrentes est l'incontournable application mobile qui l'accompagne. En effet, celle-ci se présente, fondamentalement, sous la forme d'une coquille vide, au sein de laquelle chacun va installer et organiser, en quelques gestes, les briques de son choix, à sélectionner dans une vaste place de marché dédiée, et composer de la sorte son expérience idéale, en fonction de ses préférences, de ses habitudes, de sa situation…

Les modules fournis comprennent naturellement les services basiques, tels que l'affichage de la limite de crédit et du solde courant (en pseudo-temps réel), le suivi des transactions et leur répartition par catégorie sur une période donnée, les options de contrôle sur les cartes (activation, plafonds, plages horaires autorisées…), ainsi que quelques fonctions plus rares, parmi lesquelles on peut souligner l'automatisation des règlements d'encours, la faculté de verser à une association ou investir les primes collectées ou bien la compensation des émissions de CO2 des dépenses.

Klutch, la carte de crédit programmable

Klutch promet d'enrichir son catalogue au fil du temps… et s'appuiera pour ce faire sur sa communauté d'utilisateurs avancés. Car tous les clients sont encouragés à créer des « mini-apps », grâce au kit de développement complet mis à leur disposition. Ce dernier expose, par API, l'ensemble des capacités existantes (sur le compte, les cartes, les transactions…), tandis qu'une autre composante prend en charge les interfaces graphiques, pour une intégration transparente au cœur du logiciel principal.

Afin de faciliter la prise en main de l'environnement, la startup partage publiquement les sources de ses « mini-apps » essentielles, que ce soit pour mieux comprendre le fonctionnement du système ou créer un dérivé de l'une d'elles. Naturellement, cette opportunité est réservée à des individus possédant des compétences informatiques. Il s'agit d'ailleurs de la cible prioritaire visée. Cependant, à terme, la proposition de valeur d'une application agencée à la demande pourra toucher une population plus large.

La plate-forme de Klutch représente un peu le stade ultime de la personnalisation. Comme toujours dans ce registre, il reste à voir si le principe rencontre son public ou si l'obligation de configuration préalable constitue un frein persistant à l'adhésion. Il sera en outre intéressant de surveiller ses orientations futures. En particulier, l'extension des « mini-apps » à des domaines extra-financiers, qui en feraient le socle d'une « super-app » comme en rêvent tant d'acteurs, fera-t-elle partie des hypothèses explorées ?

samedi 13 novembre 2021

Les API bancaires dans l'AppStore de Huawei

Neonomics
Grâce à la deuxième directive européenne des services de paiement (DSP2), le concept de banque ouverte a commencé à entrer dans notre quotidien. Malheureusement, il reste encore confidentiel et les consommateurs n'en perçoivent guère les bénéfices. Le partenariat que viennent de signer Neonomics et Huawei pourrait changer la donne.

Certes, les deux entreprises ne sont pas les stars de leurs domaines respectifs. Pourtant, l'une fait partie des innombrables fournisseurs d'agrégation de services bancaires nés dans le sillage de la réglementation, basée en Norvège et essayant de couvrir l'ensemble de l'Europe, tandis que l'autre, prise dans la guerre commerciale entre Chine et États-Unis, cherche à affirmer sa présence face aux boutiques d'applications mobiles de Google et Apple… et parvient à capter 90 millions d'utilisateurs sur le vieux continent.

Au terme de leur accord, qui a certainement pu éclore grâce à leurs positions de challengers, les API de Neonomics sont mises directement à la disposition des développeurs qui ciblent l'AppGallery de Huawei. À défaut de détails précis, il faudra hélas se contenter d'imaginer les contours de la promesse. Cependant, le principe est clair : l'intégration de l'accès aux comptes, aux soldes et aux transactions ainsi que l'initiation de paiement font désormais partie des fonctions de base du kit de programmation.

Concrètement, n'importe qui pourra ajouter ces capacités au sein de ses réalisations pour les téléphones de la marque, de la même manière qu'il est aujourd'hui possible d'incorporer la prise de photo ou autre service natif, moyennant quelques lignes de code. Naturellement, cette option sera assortie des garanties (légales) d'usage, par exemple en matière de consentement de l'utilisateur, et des mesures de sécurité complémentaires seront même proposées, afin, notamment, de renforcer la protection contre la fraude.

Neonomics x Huawei

Ce qui est moins explicite est le modèle contractuel et tarifaire mis en place. En effet, s'il impose une interaction avec Neonomics, il limiterait quelque peu la flexibilité et la transparence de l'approche. Autre sujet éminemment délicat, Huawei étant sujet à controverse en raison de ses liens avec le gouvernement chinois, son implication dans les connexions bancaires peut susciter quelques inquiétudes, même si la communication affirme qu'aucune intermédiation n'intervient entre le mobinaute et l'agrégateur.

Toujours est-il que la démarche empruntée par le constructeur pourrait inspirer les deux autres géants du mobile, tout aussi tentés de capitaliser sur les opportunités des paiements et autres thèmes liés à l'argent. Imaginons un instant (en laissant de côté les habituels risques d'abus liés à leur situation hégémonique) que les API de banque ouverte deviennent demain des composantes standards de leurs librairies de développement. Il ne fait aucun doute que ce serait là un moyen de démocratisation incomparable et un catalyseur d'innovation extraordinaire pour la notion de finance enfouie.

jeudi 23 août 2018

Braavo finance l'économie mobile

Braavo
Depuis 3 ans, Braavo développe une offre originale à destination des créateurs d'applications mobiles, combinant de puissants outils d'analyse avec des options de financement personnalisées, afin de les aider à démultiplier leurs ventes. Un parfait exemple de solution précisément ajustée aux besoins d'une niche attractive.

Les éditeurs de logiciels qui commercialisent leurs titres sur les AppStores d'Apple et de Google, mais également ceux qui tirent leurs revenus de la publicité et passent pour cela par des régies telle que AdMob (Google également), sont confrontés à des délais de versement de leurs gains atteignant parfois 2 ou 3 mois. Comme toutes les entreprises qui subissent ce genre de désagréments, ils doivent alors faire face à des tensions de trésorerie, qui limitent leur capacité de développement, voire menacent leur survie.

La réponse classique à cette situation est l'affacturage et c'est justement, d'une certaine manière, ce que propose Braavo avec son produit « Accelerate », en capitalisant sur les particularités du marché des applications pour smartphone pour rendre le processus extraordinairement efficace. Le client est d'abord invité à partager l'accès à ses comptes sur les différentes plates-formes de distribution sur lesquelles il est présent. Dès lors, la startup dispose d'une visibilité totale sur les redevances dues et entre en action.

En fonction des besoins du demandeur, elle peut donc payer jusqu'à 85% des montants en attente, chaque semaine, utilisables à volonté, pour des campagnes de promotion ou pour recruter un développeur supplémentaire, par exemple. À l'échéance de facturation, elle encaisse elle-même les recettes de la période, sur lesquelles elle prélève la somme des avances qu'elle a déboursées précédemment, ainsi que sa rémunération (sous forme d'honoraires fixes peu élevés), et elle transfère le solde à son client.

Braavo

Outre cette offre de lissage de la trésorerie, Braavo a conçu un deuxième produit, « Extend », plus proche d'un crédit de fonctionnement, ayant pour vocation de financer la croissance future de l'entreprise. Les prêts accordés sont cette fois réservés à des démarches d'acquisition de clientèle sur une sélection de plates-formes pré-approuvées (Facebook, Instagram, Apple, Google…). Naturellement, dans ce cas également, la connexion directe avec les distributeurs de logiciel joue un rôle déterminant.

Tout d'abord, c'est la connaissance détaillée de l'activité du client qu'elle autorise qui permet à Braavo d'estimer objectivement son potentiel de croissance et, en conséquence, l'opportunité de lui octroyer un crédit. D'autre part, le remboursement (et le prélèvement des frais, toujours fixes) reste totalement maîtrisé : un montant constant est ponctionné automatiquement sur les revenus, avant leur restitution. Et en cas de baisse de régime, les paiements seront simplement étalés dans le temps.

L'approche représente un véritable cas d'école, en ce sens qu'elle montre comment exploiter les spécificités d'une catégorie de clientèle pour apporter à des problèmes génériques une solution beaucoup plus efficace que celles qui étaient disponibles auparavant. Enfin, l'introduction d'outils d'analyse focalisés sur les ventes d'applications mobiles illustre la vision à long terme qu'entretient Braavo de devenir l'expert capable d'accompagner ses clients dans l'ensemble de leurs préoccupations.

samedi 10 juin 2017

TCS crée le lego de la banque

TCS BaNCS
Dans un monde qui bouge toujours plus vite, dans lequel les nouvelles idées doivent pouvoir être testées et déployées rapidement, est-il encore raisonnable de s'appuyer sur des processus traditionnels de conception logicielle, dont les cycles se comptent en mois et en années ? Le fournisseur de progiciels bancaires TCS pense que non…

Afin de répondre à la demande croissante des équipes marketing et commerciales de pouvoir faire face aux exigences de réactivité auxquelles les institutions financières sont confrontées, l'éditeur indien vient donc de lancer BaNCS ADK. Celui-ci est un kit de développement, dont l'ambition est de rendre la création d'applications – mobiles ou pour PC – accessible, autant que possible, à des non professionnels de la programmation, grâce à une architecture de composants modulaires (« widgets ») prêts à assembler.

Dans une déclinaison de la tendance « low code » que j'évoquais récemment dans ces colonnes, la plate-forme de TCS fournit à n'importe quel utilisateur la capacité de définir une solution complète à partir d'un environnement graphique dans lequel il suffit de positionner et connecter entre eux les services nécessaires, par simple glisser-déposer. Naturellement, il ne sera pas question de déployer ces réalisations en production sans quelques précautions, mais la promesse est de réduire drastiquement les délais.

TCS BaNCS ADK

BaNCS ADK est lui-même bâti sur un principe de flexibilité maximale. Il s'adapte ainsi à toutes sortes de « cœurs » bancaires (pas uniquement celui de TCS) et il peut accueillir, outre les services pré-intégrés, les fonctions additionnelles que créent les équipes informatiques. Ne nous laissons tout de même pas hypnotiser par les messages excessivement optimistes. La mise en place initiale, en particulier, risque d'être extrêmement complexe, surtout dans des contextes de systèmes anciens.

Toujours est-il que la démarche proposée avec ce kit de développement représente une avancée intéressante. En effet, si la mode est aujourd'hui aux API (stimulée, entre autres, par l'entrée en vigueur imminente de la DSP2), il s'agit maintenant d'offrir les opportunités qu'elles procurent à une population beaucoup plus large que celle des seuls professionnels du logiciel. Pour les banques avisées, qui croient aux vertus de l'ouverture des services, la valeur de leur initiative s'en trouvera démultipliée.

La plate-forme de TCS vise prioritairement des utilisateurs internes, notamment dans les directions métier qui désirent acquérir plus d'agilité – voire d'indépendance – vis-à-vis des pratiques de développement habituelles de leur organisation. Mais elle pourra également être mise à la disposition de partenaires souhaitant créer des solutions complémentaires au catalogue proposé par la banque. Elle animerait de la sorte les fondations d'un « AppStore » spécialisé, destiné aux collaborateurs et/ou aux clients.

mardi 11 avril 2017

Starling, toute une banque en API !

Starling Bank
Un mois à peine après son lancement officiel, la néo-banque britannique Starling tient sa promesse d'ouverture vers l'extérieur. À l'occasion d'un hackathon qu'elle organisait le week-end passé, elle vient en effet de mettre en ligne son portail d'API. Surprise : ce sont (presque) tous ses services qui deviennent de la sorte accessibles aux développeurs.

Pendant que la plupart des banques européennes continuent à traîner des pieds pour implémenter les exigences de partage des données de leurs clients qu'imposera l'entrée en vigueur de la directive DSP2 dans un peu plus d'un an, il existe donc au moins une startup (détentrice d'une licence en bonne et due forme) qui non seulement prend les devants sur l'échéance mais considère que la mise à disposition d'API est une extension naturelle de son modèle, qui doit nécessairement accompagner son développement.

Selon cette logique, il ne peut être question de limiter les interfaces publiées à quelques fonctions de base – l'interrogation du solde des comptes et des dernières transactions enregistrées que proposent les quelques rares pionniers des API. Pour Starling, toute la banque doit pouvoir être utilisée par l'intermédiaire de code informatique : l'exécution de transferts (immédiats et récurrents), la gestion (complète) des bénéficiaires de virements, la lecture et la suppression des mandats de prélèvements… Et ce qui n'est pas disponible aujourd'hui (par exemple les transferts internationaux) le sera prochainement.

L'approche est, bien entendu, parfaitement sécurisée. La jeune pousse a même conçu dans ce but un système à 5 niveaux de privilèges, destiné à offrir une protection graduée des opérations les plus sensibles : les solutions qui permettent la création de nouveaux bénéficiaires seront plus surveillées que celles qui se contentent de récupérer les détails des transactions passées. En dépit de ces précautions incontournables, un soin particulier est mis à rendre le dispositif aussi attractif que possible pour ses utilisateurs.

Starling Developers

Ainsi, comme avec Root, la « banque des développeurs » sud-africaine que je présentais il y a quelques jours dans ces colonnes, chaque client de Starling peut à tout moment mettre en œuvre ses réalisations (applications web ou mobiles) sur son propre compte bancaire. Un « bac à sable » plus classique, accessible sans réserve, est également disponible pour ceux qui n'auraient pas souscrit à l'offre de la startup ou qui voudraient tester leur solution avec un échantillon de comptes (fictifs) plus vaste.

Le passage à l'étape suivante est, sans surprise, un peu plus complexe. La mise en production des applications conçues par des tiers sera soumise à un processus de validation (sécurité oblige !) qui pourra prendre jusqu'à une dizaine de jours. Enfin, Starling complète sa démarche avec la création d'une place de marché spécialisée (une sorte d'AppStore privé), sur lequel les partenaires qui sauront retenir son attention verront leur solution promue directement auprès de l'ensemble de ses clients.

Et voilà, justement, où la néo-banque veut en venir. Dans le sillage de la première alliance du genre, conclue avec TransferWise (pour les transferts d'argent internationaux), elle porte, à l'instar de quelques-unes de ses consœurs, la vision d'une plate-forme ouverte, au sein de laquelle ses clients disposent – malgré sa jeunesse et ses modestes moyens – d'une offre étendue, intégrée, combinant avec les siens des produits et services fournis par des spécialistes capables de répondre aux besoins les plus variés.

dimanche 18 septembre 2016

Quels canaux pour la banque de demain ?

Apple iMessage
Sans revenir aux temps de la banque accessible uniquement en agence, l'équation des canaux était, encore récemment, relativement simple : téléphone, GAB, web et app mobile couvraient les besoins. Cette époque est malheureusement révolue et nous assistons désormais à une explosion des possibilités, qu'il faudra bien prendre en compte.

Il suffit de consulter l'actualité pour se rendre compte de la diversité des moyens d'interaction disponibles aujourd'hui. Dans le sillage des smartphones et tablettes, les premiers appareils à porter (« wearables ») ont d'abord commencé à apparaître. Certes, les Google Glass n'ont pas rencontré le succès escompté et l'engouement initial pour l'Apple Watch semble aujourd'hui s'estomper, mais il ne fait pas de doute que ces tentatives pionnières seront suivies par d'autres, plus convaincantes, et que leurs adeptes demanderont des services adaptés à ces gadgets.

Plus récemment, la mode des messageries instantanées a déferlé aussi sur le marché et le dilemme de l'adoption de « chatbots » dans les institutions financières est au centre des débats actuels. Plusieurs d'entre elles ont tranché et ont lancé des initiatives. Cependant, en arrière-plan, une autre question se pose car la diversité des plates-formes (Facebook Messenger, WhatsApp, WeChat, pour ne citer que les plus populaires) impose des choix cornéliens. Sans oublier l'approche hybride d'Apple qui lance un AppStore dédié aux applications destinées à sa solution iMessage

Plus discrètes pour l'instant, les interfaces vocales représenteront vraisemblablement la prochaine vague à surveiller. Après leurs début sur des modèles fermés, l'intégration de services tiers dans les assistants interactifs Siri (Apple), Google Now, Cortana (Microsoft), Alexa (Amazon)… devient en effet, à la faveur des progrès technologiques de la reconnaissance vocale et de l'intelligence artificielle, une tendance pleine de promesses. Dans ce cas également, la multiplication des options représentera un défi.

Et le mouvement ne s'arrêtera pas là. Se dessine déjà l'arrivée de la réalité virtuelle (ou augmentée), avec ses exigences d'expérience immersive (explorée, notamment, par Alibaba dans les paiements et par la polonaise Cinkciarz dans le trading de devises sur Hololens). Puis, viendra le règle des robots, humanoïdes ou non, avec lesquels les interactions devront être réinventées – ainsi que l'esquissait récemment une équipe participant au hackathon de la conférence TechCrunch Disrupt, à travers une application de gestion de caisse (paiement compris) pour le robot Pepper d'Aldebaran.

Comment se préparer à toutes ces nouveautés et s'assurer que les services financiers y rempliront leur rôle efficacement, en temps utile ? La première règle est de surveiller attentivement les évolutions du marché, à la fois du point de vue de l'émergence des technologies et des changements de comportement des consommateurs. Ce prisme de lecture aidera établir les priorités et à éviter de perdre trop d'énergie dans des impasses. Il faudra ensuite analyser en profondeur les usages de chaque canal.

Car une erreur fatale – qui continue à nuire à l'expérience mobile de la banque – consiste à se contenter de répliquer les mêmes fonctions et les mêmes modèles d'interaction sur chaque nouveau média. Il est indispensable, au contraire, de prendre d'abord le temps de comprendre comment l'utilisateur s'approprie le support et d'en déduire les services qu'il y recherchera et la meilleure manière de les y intégrer. Une telle réflexion est primordiale, par exemple, avant de se lancer dans l'aventure des « chatbots ».

En parallèle, l'apprentissage technique devrait commencer au plus tôt. Dans la plupart des cas, les enjeux « directs » en la matière sont limités : d'une part, l'accès aux plates-formes est souvent simplifié et, d'autre part, des entreprises spécialisées sont généralement prêtes à fournir leur expertise sur les problématiques les plus complexes (telles que la conception d'assistants intelligents). L'intégration avec les systèmes existants sera, en revanche, beaucoup plus difficile à mettre en œuvre (soulevant une fois encore la question de la modernisation des cœurs bancaires).

Enfin, à la rencontre de la prise en compte des attentes des clients et de la maîtrise technologique, il restera à mettre en place et animer une démarche d'expérimentations extrêmement agile – cohérente à l'échelle de l'entreprise dans son ensemble (et non, comme c'est trop souvent le cas, restreinte à un petit sous-groupe) – permettant de valider (ou d'infirmer) les hypothèses formulées très rapidement, en conditions réelles. A minima, ces efforts seront nécessaires pour résister à la menace de startups dont la capacité de s'emparer des tendances émergentes est inscrite dans leur ADN.

Avec la prolifération inéluctable de nouveaux canaux de relation, l'enjeu pour les institutions financières sera de maintenir le contact avec leurs clients là où leur quotidien les entraîne. Le phénomène est aujourd'hui sensible dans le déplacement des usages depuis les applications mobiles vers les outils de messagerie instantanée, il se poursuivra dans des directions de plus en plus variées, qu'il faudra aborder avec des approches toujours plus différenciées, répondant à des besoins à chaque fois spécifiques.

Apple iMessage AppStore

lundi 16 décembre 2013

Une place de marché d'applications financières

Crédit Suisse
Entre la croissance exponentielle des marchés électroniques et la multiplication des exigences réglementaires, les banques d'investissement voient leurs coûts informatiques exploser. Avec la place de marché « eCo Financial Technology », Crédit Suisse tente une nouvelle approche pour les réduire drastiquement.

Le concept sous-jacent consiste à permettre aux institutions financières d'acheter et vendre des applications, sous la forme de leur code source (laissant ainsi la possibilité de les modifier). La plate-forme, qui sera normalement opérationnelle en janvier, aura alors pour rôle non seulement de gérer les relations contractuelles entre les parties mais également de garantir un niveau de qualité de référence (incluant aussi des critères d'interopérabilité technique et de pertinence pour le métier ciblé).

Naturellement, les grandes banques ne sont pas prêtes à distribuer leurs algorithmes les plus secrets. La place de marché est donc plutôt destinée à mettre en commun des solutions à faible valeur ajoutée, notamment dans le domaine du suivi des risques et de la conformité réglementaire. Dans un secteur qui conçoit et développe des milliers de logiciels, ce seul périmètre devrait tout de même offrir des opportunités d'économies sensibles (elles seraient estimées globalement à 3 milliards de dollars).

eCo Financial Technology

Plusieurs institutions financières auraient manifesté leur intérêt pour l'initiative. Il est vrai que la pression qu'elles subissent sur leurs coûts informatiques ne leur laisse d'autre choix que de trouver des solutions radicales. Mais, pour retirer les bénéfices attendus de la place de marché, elles devront prendre d'autres mesures préalables, en particulier en matière de standardisation de leurs systèmes, étape indispensable pour faciliter l'intégration de composants issus d'horizons divers.

Plus généralement, comme le souligne un article du Financial Times, la réutilisation du code écrit pour un contexte spécifique (technique, opérationnel, organisationnel…) n'est pas aussi simple qu'il y parait. Même avec un contrôle a priori de l'interopérabilité des applications proposées, l'intégration de modules externes reste un exercice périlleux, souvent extrêmement coûteux. Quelques antécédents (dont une expérience de Deutsche Bank) ont d'ailleurs déjà obtenu des résultats pour le moins mitigés.

En conclusion, la démarche de Crédit Suisse est tout à fait louable et va dans le sens de l'inévitable industrialisation de l'informatique, au moins en ce qui concerne sa partie « banalisée » (non concurrentielle). Hélas, les banques ne sont pas des éditeurs de logiciels et l'idée que les composants qu'elles développent puissent être facilement mutualisés risque de rester une utopie, si cette approche industrielle n'est pas d'abord mise en œuvre à l'échelle de leurs Systèmes d'Information.

samedi 7 septembre 2013

Yodlee facilite l'intégration des FinApps

Yodlee Interactive
Le numéro 1 de l'agrégation de comptes aux États-Unis continue inlassablement à étendre le champ d'utilisation de sa technologie : après la mise à disposition "brute" de données à des sociétés indépendantes puis la création d'un AppStore de la gestion de finances personnelles, Yodlee Interactive dévoile maintenant une nouvelle approche de la distribution d'applications avec ACE.

ACE – pour "Active Commerce Exchange" – se présente comme un écosystème ouvert aux partenaires (triés sur le volet, tout de même). Son objectif est de permettre la mise en relation des institutions financières avec des startups innovantes du secteur et de faciliter l'intégration des solutions des secondes dans les environnements informatiques des premières. Pour ce faire, Yodlee Interactive a mis en place une plate-forme spécifique, remplissant en quelque sorte un rôle d'intermédiaire technologique entre les 2 mondes.

Par rapport à la situation actuelle, il y a peu de changements pour les fournisseurs de services, qui utilisent toujours les mêmes interfaces pour développer leurs produits. La vraie différence est que ces derniers sont désormais incorporés dans l'environnement ("cloud") de Yodlee, ce qui va permettre de les exposer sous une forme homogène aux banques. Ainsi, les établissements déjà clients de l'agrégation de compte vont pouvoir les implémenter très rapidement, une partie du travail d'intégration ayant déjà été réalisée.

Plate-forme Yodlee

Cette promesse d'une adoption plus aisée (presque transparente, techniquement) par les institutions financières est visiblement un argument de poids, puisque 20 jeunes pousses sont déjà annoncées comme participant au programme. Réparties en 5 domaines (banque de détail, cartes, mobile, gestion de patrimoine et services aux PME), la palette de solutions qu'elles proposent s'avère extrêmement diversifiée. On y retrouve d'ailleurs quelques noms familiers : BillGuard, miiCard, PaySimple, PlanWise, Xero, Xignite…

Au premier abord, la nouveauté peut sembler anodine mais, avec ACE, Yodlee Interactive offre en réalité une extraordinaire opportunité à ses clients de déployer – à moindre coût, (assez) simplement et (très) rapidement – des innovations dont la plupart d'entre eux ne connaîtraient probablement même pas l'existence sans cette plate-forme. Il reste cependant à voir s'ils sauront effectivement profiter de l'occasion…

jeudi 6 juin 2013

Un AppStore pour les clients corporate de Deutsche Bank

Deutsche Bank Autobahn
Après un engouement éphémère, les "AppStores" se font désormais plus discrets dans les institutions financières, malgré certaines vertus indiscutables. Les évolutions qu'apportent constamment Deutsche Bank à son "Autobahn App Market", destiné à sa clientèle corporate, me donnent l'occasion aujourd'hui de revenir sur un exemple de succès.

L'histoire de ce marché d'applications commence par un double constat, qui pourrait être fait dans la plupart des banques de la planète. D'une part, leur clientèle de grandes entreprises a à sa disposition un ensemble de solutions en ligne disparates et sans cohérence, adressant les besoins multiples et variés d'organisations parfois très différentes. D'autre part, chacune de ces offres de services est généralement monolithique et peu évolutive, avec des cycles de mise à jour se comptant en années.

L'Autobahn App Market répond à ces problématiques en s'appuyant sur 2 principes fondamentaux : 1) un socle commun (technique et fonctionnel) homogénéise la multitude de services proposés par tous les départements de la banque et 2) chaque fonction élémentaire fait l'objet d'une application indépendante. Pour rendre l'ensemble facilement accessible, un portail web ou une barre d'outils (à installer sur PC) constitue le point d'entrée unique et fédéré, notamment en termes d'identification de l'utilisateur.

Aujourd'hui, la place de marché intègre plus de 150 applications, dans tous les domaines : du trading à la gestion de trésorerie, en passant par l'accès à la recherche financière de la banque ou aux données de marché, entre autres. Afin d'en rendre le fonctionnement plus efficace, elle est entièrement personnalisée en fonction des habitudes de chaque utilisateur : non seulement celui-ci peut-il assembler les composants dont il a besoin pour son travail mais, par exemple, la personne en charge de l'approbation des paiements se verra automatiquement proposer l'application correspondante en priorité.

Deutsche Bank Autobahn App Market

Afin de favoriser l'adoption des différentes offres de la banque, la plate-forme met en œuvre quelques techniques d'animation classiques pour un AppStore, telles que la promotion de nouvelles applications qui paraîtraient adaptées aux usages observés ou encore un aperçu des "tendances" du moment, une sorte de hit-parade des applications les plus utilisées par les clients.

A ce jour, l'Autobahn App Market est disponible seulement pour PC et pour le web (il est cependant parfaitement utilisable sur tablette), mais les usages mobiles se répandant parmi ses clients, Deutsche Bank en développe actuellement une déclinaison pour smartphone. D'une manière générale, la banque estime que la tendance déjà observée chez les consommateurs se répand rapidement dans les rangs des utilisateurs de services bancaires en entreprise : l'expérience client devient primordiale !

L'approche de Deutsche Bank est gagnante pour tous. Les clients profitent d'une modularité qui leur permet d'adapter précisément la plate-forme à leurs besoins et à leur rôle dans l'entreprise. Ils bénéficient également d'une réactivité élevée, car les services offerts étant décomposés en modules de taille raisonnable (et, par conséquent, maîtrisés), les évolutions peuvent être délivrées à un rythme plus élevé. Pour la banque, cette agilité lui assure une capacité à n'investir que sur les fonctions réellement attendues par les utilisateurs et par une augmentation de la consommation de ses services.

L'exemple de l'Autobahn App Market peut donc être une excellente source d'inspiration. Certes, il est vrai qu'il représente une transformation fondamentale de la vision traditionnelle du Système d'Information d'une banque et que, à ce titre, il n'est pas simple à répliquer...

mardi 13 novembre 2012

Bloomberg inaugure son AppStore

Bloomberg
Depuis son "invention" (sous sa forme moderne) par Apple et grâce à son succès phénoménal sur smartphone, le concept d'AppStore imaginé par Apple (sous sa forme moderne) suscite des vocations dans tous les recoins du secteur financier. Même les institutions "historiques" sont maintenant concernées, comme en témoigne l'ouverture de l'"App Portal" de Bloomberg.

Dès maintenant, les clients des services professionnels de Bloomberg ont ainsi accès à plus de 45 nouvelles applications qui viennent enrichir son offre originale. Ces solutions peuvent exploiter les flux de données et d'informations de la plate-forme, pour fournir des capacités complémentaires d'analyse, de gestion de portefeuille, de suivi de risque..., avec l'avantage de fonctionner au sein du terminal déjà présent sur les bureaux de 300 000 utilisateurs dans le monde.

l'App Portal ne peut (évidemment) exister que parce que son fournisseur a préalablement ouvert son système aux développeurs tiers, grâce à des APIs ("Application Programming Interface") qui leur donnent un accès programmatique à ses données. Astucieusement, Bloomberg profite de cette opportunité pour mettre la même possibilité à la disposition de ses clients. Ceux-ci pourront donc créer leurs propres applications (pour une utilisation exclusivement interne), intégrées de la même manière dans la plate-forme.

Bloomberg App Portal

Cette initiative n'est pas la première du genre : le précédent d'UNX, par exemple, date de presque un an et cible les mêmes usages. Il est possible que l'organisation relativement traditionnelle que représente Bloomberg aujourd'hui  soit "chatouillée" par l'innovation dont font preuve ses concurrentes plus jeunes et plus agiles et soit ainsi placée dans une position défensive, la poussant à se remettre en question.

La différence de culture avec un esprit "startup" reste malgré tout encore très visible, notamment dans les modalités d'accès offertes aux développeurs. A l'inverse des habitudes de l'ouverture d'APIs, les idées d'applications doivent ici être soumises à Bloomberg avant que la réalisation ne puisse effectivement commencer.

Quoi qu'il en soit, l'ambition affichée avec l'App Portal est parfaitement en ligne avec son temps. Il s'agit, classiquement, d'une part, d'offrir aux clients des solutions innovantes complétant l'offre existante et, d'autre part, de permettre à des développeurs (ou des chercheurs) aux moyens modestes d'atteindre un important marché d'utilisateurs professionnels. Bloomberg n'est pas en reste parmi les gagnants du modèle, puisque, outre la perspective d'améliorer le taux de rétention de ses clients, l'entreprise prélèvera 30% du prix de vente des services distribués dans sa boutique...

En synthèse, l'approche de Bloomberg n'est pas sans maladresses – essentiellement au niveau du processus d'enrôlement des développeurs et de l'hésitation manifeste entre l'envie de générer des revenus et la promotion de l'innovation (qui, par rapport à la concurrence, me semblerait prioritaire) – mais elle démontre que l'ouverture sur l'extérieur est accessible à toutes sortes d'entreprises et selon différents modèles !

mardi 23 octobre 2012

Gartner : 10 technologies stratégiques pour 2013

Stratégie
Chaque année, le mois d'octobre nous amène, avec la régularité immuable des saisons, le top 10 des technologies stratégiques du cabinet Gartner. Pour mémoire, cette sélection nous propose de nous arrêter sur les thèmes qui auront un impact significatif sur une majorité d'entreprises à partir de 2013, et qui devraient donc être au cœur des préoccupations de leurs DSI.

Comme d'habitude, l'édition de cette année est une évolution de la précédente, avec quelques changements notables mais sans réel bouleversement. A la source des technologies (individuelles) retenues dans sa liste annuelle, Gartner perçoit néanmoins une combinaison ("nexus") de forces convergentes – mobile, social, cloud et information – qui est en train de révolutionner les sociétés et les entreprises, suscitant l'émergence de nouveaux leaders.

Bataille des appareils mobiles
Du côté des terminaux, les tendances actuelles vont s'amplifier. Le téléphone mobile va devenir, dès l'an prochain, le premier moyen d'accès au web (au niveau mondial). En 2015, les tablettes représenteront la moitié des ventes de PC portables et Windows n'en équipera qu'une minorité. En parallèle, il sera impossible d'empêcher les collaborateurs d'utiliser leur(s) propres(s) matériel(s). Tous ces facteurs tendent vers un constat incontournable : l'ère du poste de travail universel sous Windows touche à sa fin et les organisations doivent s'adapter à un environnement sans équipement standard.

Applications mobiles et HTML5
Le débat fait déjà rage dans les entreprises mais il est impossible à trancher, pour l'instant et pour les quelques années qui viennent. Aucune architecture de développement d'applications mobiles ne peut aujourd'hui prétendre couvrir tous les besoins. Les technologies "HTML5" prendront de l'importance grâce à leur capacité à rivaliser avec la richesse des applications "natives", mais celles-ci continueront à exister encore longtemps. En attendant, il est critique pour les développeurs de cultiver les compétences spécialisées, trop rares aujourd'hui, indispensables à la production d'applications parfaitement adaptées au mobile.

AppStore d'entreprise
Avec la diversité des équipements utilisés dans l'entreprise, vient naturellement la problématique de distribution des applications. Les AppStores, supposés répondre à ce défi, sont généralement restreints à une seule plate-forme et induisent donc des casse-tête de multiplication et d'hétérogénéité des boutiques, des modes de paiement, des clauses de licences... La solution passera par la mise en place d'AppStores privés, qui transformeront les organisations informatiques en conseillers et intermédiaires et non plus (seulement) en fournisseurs.

Internet des objets
Sujet récurrent depuis plusieurs années, l'internet des objets prend progressivement de l'ampleur, dans sa définition comme dans la réalité. Il couvre désormais non seulement les innombrables capteurs connectés qui peuplent le monde autour de nous mais également les capacités de "connexion d'objet" qu'offrent les appareils photographiques des mobiles (avec les applications de reconnaissance de forme). A cet ensemble déjà large, il faut encore ajouter les multiples options de connectivité des appareils (cellulaire, WiFi, Bluetooth, NFC...). Les opportunités de nouvelles applications deviennent ainsi inépuisables !

Big data stratégique
Dans une vision peut-être un peu optimiste, Gartner estime que, depuis son utilisation actuelle dans des projets ponctuels et tactiques, "big data" est déjà en passe de devenir une brique de la stratégie de l'information ou, a minima, d'influencer l'évolution des approches. L'accroissement actuel des volumes, de la vélocité, de la variété et de la complexité des données tendrait ainsi à remettre en cause le concept de datawarehouse unique d'entreprise, pour l'éclater en multiples systèmes hétérogènes, fédérés en un entrepôt de données logique.

Décisionnel "actionnable"
Grâce à leurs progrès en termes de performance et de coût, les outils décisionnels deviennent accessibles au plus près de "l'action" et "en contexte", toujours prêts pour réaliser analyses et simulations avant exécution de la moindre action. Le développement de clients mobiles accroît encore cette capacité en la rendant disponible en tout lieu et à tout moment.

Calcul "en mémoire"
La possibilité offerte par les technologies "en mémoire" de réaliser en quelques secondes ou minutes des traitements qui prenaient autrefois plusieurs heures – permettant par exemple d'exécuter en parallèle des applications transactionnelles et analytiques, sur les mêmes informations – ouvre d'autres perspectives, telles que, par exemple, la détection en temps réel de tendances au sein de millions d'événements générés par les systèmes existants.

Cloud et informatique hybride
Du côté des DSI, le cloud progresse en maturité. Progressivement, les décideurs se rendent compte de la responsabilité qui leur incombe de veiller au fonctionnement optimal des services complexes et hétérogènes mis en œuvre (par eux ou par d'autres) dans leur entreprise ou avec ses partenaires. Ils y gagnent au passage une influence et une légitimité renouvelée là où leur rôle semblait menacé jusqu'à maintenant.

Cloud personnel
Première manifestation massive d'adoption du cloud computing, l'usage qu'en ont les consommateurs va en faire le centre de leur vie numérique et le nœud unique d'accès à toutes leurs informations depuis tous leurs appareils. L'impact pour les entreprises sera lié à la transition des préoccupations (de sécurité, par exemple) du terminal (matériel) vers les services dans les nuages.

Écosystèmes intégrés
Cette tendance est observable dans différents domaines, des mega-vendeurs de solutions d'infrastructure (IBM, Oracle...) aux écosystèmes mobiles (de Google, Apple...) et se traduit par une intégration des systèmes en packages complets et homogènes. L'utilisateur en retire une plus grande facilité d'utilisation et une amélioration de la sécurité mais laisse, en contrepartie, le fournisseur prendre un contrôle plus important.

En synthèse et pour revenir sur le "nexus" de Gartner, mobile et information (le décisionnel) constitueront les deux priorités du DSI en 2013. La préoccupation pour le premier sera d'abord d'intégrer des appareils étrangers dans le SI dans l'entreprise. Pour le second, il s'agira de démocratiser l'accès aux nouvelles solutions analytiques, dans tous les recoins des organisations. Le cloud commencera à gagner ses galons de technologie respectable, sans rupture majeure en vue. En revanche, le thème "social" est singulièrement absent de cette liste...

Et, finalement, cette édition du top 10 des technologies stratégiques s'avère décevante par son (relatif) conformisme...

dimanche 2 septembre 2012

Les banques investissent l'App-Shop d'Amazon

Amazon App-Shop
A peine déployé en Europe, App-Shop, l'AppStore pour mobile Android d'Amazon, accueille déjà ses premières applications bancaires. Pour une fois, la réactivité est donc au rendez-vous dans les institutions financières, même s'il n'y a pas de mérite technologique à cet exploit, puisque les applications proposées sont celles qui existent depuis quelques temps sur Google Play.

Les premières banques [lien PDF] à réagir, le jour même de l'ouverture de l'App-Shop en France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie, ont été les établissements du Groupe BPCE, Banques Populaires et Caisses d'Épargne. Et, le lendemain, elles étaient suivies par Banco Sabadell (en Espagne). Au-delà de cette mini-course un peu puérile ("preum's !"), il est intéressant de se pencher un instant sur les implications de ce nouvel AppStore pour toutes les entreprises qui produisent des applications mobiles.

Caisse d'Epargne sur l'Amazon App-Shop

Pour l'instant, la présence au sein de cette nouvelle boutique ne présente pas d'enjeu majeur : tout juste lancée, son audience restera limitée tant que les téléphones et tablettes équipés du système Android seront systématiquement livrés avec Google Play. Amazon introduit une promotion (temporaire) qui permet de télécharger gratuitement une nouvelle application (payante) par jour mais cela n'en fera, au mieux, qu'un complément à la solution de Google, qui restera la norme.

Cependant, il est fort probable qu'Amazon introduise rapidement en Europe sa tablette Kindle Fire (dont une nouvelle version est attendue incessamment). Et, dans ce cas, l'App-Shop devient la vitrine par défaut des applications et, si l'appareil rencontre le même succès qu'aux États-Unis, les banques se devront d'assurer l'accès à leurs applications, donc leur présence dans cette nouvelle boutique. Ainsi, les Banques Populaires et les Caisses d'Épargne ont pris une certaine avance mais elles ne seront pas seules longtemps.

Prolongeons maintenant la réflexion : si Amazon réussit à conquérir une part de marché significative, d'autres acteurs vont être tentés de lancer leur propre site de distribution. Les premiers candidats seront certainement les opérateurs de télécommunications, toujours à la recherche de nouvelles sources de revenus et qui ont déjà expérimenté cette approche à une époque où le modèle de l'AppStore n'était encore qu'une ébauche. De plus, ils pourraient être tentés de "verrouiller" sur leurs boutiques les téléphones qu'ils commercialisent...

Cette vision d'avenir est un cauchemar absolu pour les créateurs d'applications mobiles. Car, pour chaque site, il faudra, au minimum, gérer la publication des titres (avec, souvent, des exigences différentes à respecter), en assurer le suivi et la maintenance, surveiller les commentaires et les plaintes d'utilisateurs. A quoi s'ajoutera, sur les AppStores exclusifs à certains matériels (comme pour le Kindle Fire d'Amazon), la prise en compte des anomalies spécifiques... L'explosion des coûts de développement, avec la multiplication des plates-formes mobiles, se doublerait donc d'une explosion des coûts d'administration !

D'aucuns rêveraient certainement à une domination totale d'Apple et de son modèle unifié (que Microsoft tente d'ailleurs de répliquer, dans une certaine mesure, avec Windows Phone) mais la liberté qui règne dans le monde Android a aussi ses avantages, dont celui d'offrir un espace d'innovation ouvert à toutes les idées (n'en déplaise aux jurés du procès américain Apple - Samsung). Il ne reste donc qu'à s'adapter à la réalité, ce qui implique notamment, pour les entreprises, d'accroître leur agilité.

vendredi 27 juillet 2012

Un service pour éradiquer les apps mobiles nuisibles

RSA
Le succès phénoménal des applications pour mobile s'accompagne de son inévitable versant sombre, à savoir les logiciels malveillants en tous genres qui prolifèrent désormais sur les AppStores. De plus en plus souvent, ils usurpent les marques des grandes entreprises pour tromper les consommateurs, et les banques font logiquement partie des cibles favorites des imposteurs.

S'il fallait une preuve de la réalité de la menace, il suffit de se remémorer le cas repéré par les laboratoires de McAfee en mars dernier : il s'agissait alors d'une application présentée comme un générateur de code à usage unique, aux couleurs de différents établissements sud-américains (l'image ci-dessous montre celle destinée aux clients de Santander). Pour opérer (et produire un code factice), elle demandait au mobinaute son mot de passe d'accès aux services de banque en ligne, immédiatement transmis aux auteurs de l'escroquerie, qui pouvaient ainsi prendre le contrôle de ses comptes.

Application malveillante mToken

En dehors de cet exemple spécifique, et plus globalement, les applications malveillantes sont souvent des versions modifiées de logiciels parfaitement légitimes, produits par des sociétés respectables, qui vont ainsi tromper très facilement les consommateurs effectuant des recherches rapides sur leur téléphone, sans vérifier tous les détails de ce qu'ils téléchargent et installent sur leur appareil.

Pour lutter contre ce fléau, RSA (la division sécurité d'EMC) lance un nouveau service, baptisé "RSA FraudAction Anti Rogue App Service", à destination des entreprises. Mettant en œuvre une analyse permanente des principaux AppStores mobiles, la promesse de cette solution est de donner à ses clients une visibilité détaillée sur l'actualité des menaces mobiles (à des fins de sensibilisation et de préparation) et, surtout, de détecter les attaques qui les ciblent particulièrement et les éradiquer.

Aussi certaines que les menaces elles-mêmes, les réponses des éditeurs spécialistes de la sécurité commencent donc à émerger pour combattre ces nouveaux vecteurs d'attaque que constituent les applications mobiles. En l'occurence, que leur choix porte ou non sur l'offre de RSA, il est impératif pour les institutions financières (et même pour toutes les grandes entreprises) de prendre en compte ces nouveaux risques et d'adopter des mesures actives et efficaces pour les contrôler. Car non seulement leurs clients sont-ils directement visés mais c'est aussi leur image qui est exploitée pour ce faire.

samedi 9 juin 2012

Le CAStore ouvre ses portes

CAStore
Avec un léger retard sur son planning initial, le CAStore, annoncé en janvier dernier, accueille depuis cette semaine ses (5) premières applications, exploitant donc les données bancaires des clients qui les adopteront, grâce aux APIs (interfaces de programmation) que le Crédit Agricole met à disposition des développeurs.

En dehors de "Bankly", qui n'est pas encore publiée et dont la description est pour l'instant plutôt sibylline ("accéder à des informations déduites de l'activité de votre compte"), les solutions proposées s'avèrent plus ou moins originales. Ainsi, "Moneytime" semble se contenter de permettre la catégorisation des opérations pour une visualisation graphique de la répartition des dépenses, tandis que "Pimp ma banque" ajoute une touche de personnalisation (image, icône, couleur et police) à la présentation des soldes et des transactions.

Les deux autres me paraissent plus intéressantes. Tout d'abord, "Accesso" cible les besoins des déficients visuels, avec une application extrêmement simpl(ist)e, présentant le solde et les 3 derniers mouvements des comptes, sous une forme adaptée (et personnalisable) : couleurs à fort contraste et caractères géants.

Ecran Accesso

Pour prolonger l'idée, j'imaginerais bien une version "audio", qui énoncerait les montants dans l'écouteur de l'utilisateur (en synthèse vocale) plutôt que de les afficher ainsi au monde entier (ou, au moins, aux curieux qui auraient un œil sur l'écran du téléphone).

Enfin, "Mon découvert" (décidément, les noms de ces applications sont "particuliers") choisit une voie qui présage certainement de l'avenir de la gestion de budget : alors que les solutions actuelles de PFM ne font qu'illustrer le passé, celle-ci essaie de prédire les tendances du solde du compte à une semaine ou un mois, en fonction des comportements historiques.

Ecran Mon découvert

Je suis incapable de me prononcer sur la qualité des prédictions (il faut a minima qu'elles prennent en compte les différents rythmes de dépense, périodiques, saisonniers, liés aux événements de la vie...) mais le principe devrait séduire les utilisateurs qui veulent être aidés concrètement dans la gestion de leurs finances personnelles. Il rappelle d'ailleurs, en plus ambitieux, le "safe to spend" de Simple, qui commence à s'immiscer doucement dans les services d'autres banques.

Quelles conclusions tirer de cette première série de titres ? Comme dans le cas du concours d'Axa Banque, aucune de ces réalisations ne va révolutionner la banque mobile (ou en ligne). Malgré tout, les idées apportées par les développeurs tiers sont éminemment intéressantes pour le Crédit Agricole car elles explorent (toutes) des directions auxquelles la banque n'aurait probablement jamais pensé et elles pourront satisfaire les besoins spécifiques d'une frange de clients. Et, après tout, là était bien l'objectif de l'opération CAStore...

samedi 19 mai 2012

Un AppStore bancaire qui fonctionne...

DNAappstore by Open Solutions
Dévoilé il y a un an par l'éditeur américain de progiciels bancaires Open Solutions, le "DNAappstore" semble bien en passe de réussir son pari. La présence du DSI d'un de ses utilisateurs parmi les 10 innovateurs de l'année désignés par la revue American Banker nous donne l'occasion de faire le point sur cette initiative particulièrement ambitieuse.

Pour ceux qui découvrent le concept aujourd'hui, rappelons qu'il s'agit de la combinaison d'une trousse à outils, "DNAcreator", et d'une boutique en ligne, "DNAappstore", qui permet aux utilisateurs de DNA™, le progiciel phare de l'éditeur, ainsi qu'à des développeurs tiers, de créer et distribuer des modules complémentaires, venant enrichir le cœur bancaire de nouvelles fonctions.

En fait, le dispositif a été mis en place pour répondre à la demande des clients d'Open Solutions. Ainsi, dans le cas de "Redstone Federal Credit Union" (RFCU), dès la mise en place du progiciel, plus d'une centaine de demandes d'évolutions étaient soumises à l'éditeur, avec peu d'espoir de les voir aboutir. Éternel dilemme du choix d'un progiciel... Qui a donc cette fois trouvé sa solution avec "DNAcreator", qui permet à l'établissement d'adapter finement l'outil à ses besoins, à son propre rythme.

Si l'histoire s'arrêtait là, elle n'aurait rien de très exceptionnel. Mais, en choisissant de proposer un AppStore, où les développeurs peuvent distribuer leurs réalisations, Open Solutions a dépassé le simple stade du progiciel ouvert et extensible. Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, l'idée séduit !

A ce jour, la boutique liste près de 120 références. Une majorité d'entre elles (70) ont été conçues et réalisées par l'éditeur lui-même, qui trouve ainsi un moyen simple et pratique de commercialiser des "options" pour sa solution de base. Les autres sont le travail de développeurs tiers et de clients : RFCU en a déjà, à elle seule, 17 à son actif. L'une d'elles figure d'ailleurs parmi les plus populaires, ayant été téléchargée 140 fois, ce qui constitue un nombre respectable pour un outil spécialisé, dont le prix atteint 15 000 USD.

L'esprit coopératif est certainement pour quelque chose dans le succès du "DNAappstore". Il est en effet difficile d'imaginer un tel modèle de partage (même rémunéré) entre des établissements concurrents purement commerciaux.

Quoi qu'il en soit, voilà une nouvelle démonstration de la valeur de l'ouverture des systèmes informatiques, qui ici profite à l'éditeur, dont la solution est enrichie par un écosystème vibrant (et qui prélève 30% du montant des ventes sur son AppStore), aux développeurs tiers, qui étendent ainsi facilement leur visibilité, et aux clients du progiciel, profitant d'une offre diversifiée et bénéficiant d'une opportunité incomparable de rentabiliser leurs développements spécifiques. Tout le monde sort gagnant !

mardi 27 mars 2012

La première banque sur le Mac AppStore est turque

İşPad pour Mac
Si l'actualité récente est un signe avant-coureur d'une tendance forte, la multiplication des médias d'accès aux services en ligne est en passe de devenir une préoccupation majeure pour les banques du monde entier. Après La Caixa sur "télévision intelligente" puis CommBank sur le Chrome Web Store, c'est le Mac AppStore d'Apple qui accueille maintenant sa première institution financière, la turque İşbank.

L'application pour Mac de cette dernière est très proche, par ses fonctions et sa conception graphique, de celle qui est déjà disponible pour tablettes, dont elle reprend d'ailleurs le nom, İşPad. Les services qu'elle inclut sont résolument classiques : consultation des comptes et des transactions, virements et paiements, simulateurs de crédit... ainsi qu'une importante section, particulièrement riche et très visuelle, consacrée à la bourse.


Elle présente tout de même une particularité notable : quelques-uns des services proposés sont accessibles aussi aux non-clients, dont les simulations de crédit et, surtout, l'ouverture de compte "immédiate". Il semble d'ailleurs que d'autres produits, cartes de crédit par exemple, puissent également être souscrits directement depuis İşPad.

A voir les déclinaisons plus ou moins exotiques de ses applications, notamment pour Smart TV ou  pour la tablette PlayBook de RIM (probablement un autre cas unique, même s'il s'agit d'une adaptation de la version Android), il est aisé d'imaginer que la stratégie d'İşbank est d'occuper tous les médias.

Mais dans un contexte plus "objectif", la pertinence de cette initiative pour Mac peut légitiment être questionnée à l'ère des applications web riches (dont HTML5 nous promet même pour bientôt la compatibilité universelle). Les technologies modernes permettent en effet d'offrir la même qualité d'interaction dans un navigateur web que dans une application "native". Pourtant, pour aussi peu rationnel qu'il soit, l'engouement qui a saisi les propriétaires d'iPhone, puis d'autres smartphones et de tablettes, pour les AppStores n'a finalement aucune raison de ne pas gagner le monde des micro-ordinateurs.

Avec la multiplication des systèmes et des boutiques logicielles, (presque) tous incompatibles les uns avec les autres, une telle perspective est une mauvaise nouvelle pour toutes les entreprises qui doivent assurer une présence en ligne aussi large que possible pour toucher leur clientèle là où elle se trouve. Elle va conduire mécaniquement à un accroissement des coûts de développement et à une dispersion des efforts, préjudiciable à la qualité et à la variété des services offerts.

Il reste donc à espérer que la vogue actuelle des AppStores est passagère, disparaissant logiquement quand les écosystèmes d'applications web (HTML5) auront trouvé leur place sur mobile et sur PC. Encore faudra-t-il que les Apple, Microsoft, Google et autres acceptent d'abandonner (pour partie au moins) la position privilégiée qu'ils sont en train de gagner dans la distribution de logiciels avec leurs approches propriétaires. La lutte pour l'indépendance risque d'être âpre... Et, en attendant, la question du développement d'applications pour "tous" les systèmes va se poser avec insistance.

mardi 21 février 2012

CBA débarque sur le Chrome Web Store

Commonwealth Bank of Australia
Devant le succès de l'AppStore d'Apple pour l'iPhone, puis de ses clones sur les plates-formes mobiles concurrentes, le modèle a ensuite été décliné sur de nombreux autres systèmes. C'est le cas, notamment, de la boutique de "web applications" que Google a créée autour de Chrome, son navigateur web maison.

Ce dernier gagnant rapidement en popularité auprès du grand public (il serait désormais le deuxième navigateur le plus utilisé au monde), la Commonwealth Bank of Australia (CBA) a pris l'initiative de créer une "application" qui lui est dédiée. Elle devient ainsi l'une des premières du genre sur le Chrome Web Store (au moins une banque, kossovare, semble l'avoir précédée).

L'initiative reste apparemment modeste puisqu'il s'agit, selon toute vraisemblance, d'une transposition des services en ligne existants, sans mise à profit des caractéristiques particulières offertes par le navigateur (par exemple, pour une utilisation hors connexion). La banque a malgré tout créé et déployé une version spécifique, qui ne prend d'ailleurs en charge que quelques-unes des fonctions disponibles sur le site "normal".


Selon la communication officielle, l'application permet une navigation plus rapide et prend en charge la synchronisation avec d'autres services Google. Mais, en l'absence de précisions, il est difficile d'évaluer la valeur réelle apportée aux clients. A défaut, la facilité d'accès au service, par une icône sur le "bureau" du navigateur, et une ergonomie plus intuitive sont les deux seuls avantages visibles de la solution.

A première vue, pour CBA, l'opération tient essentiellement de l'expérimentation. Elle dénote cependant une attention particulière portée aux grandes tendances technologiques. La banque est certainement consciente du faible enjeu, à l'heure actuelle, de sa présence sur le Chrome Web Store, mais elle n'écarte pas la possibilité que ce "canal" devienne important à terme, comme cela a été le cas, en quelques mois seulement, avec l'AppStore d'Apple. Sa stratégie est donc de se familiariser avec le nouvel environnement, sans investir lourdement, pour être prête "au cas où".

Cette démarche mériterait largement d'être copiée par d'autres institutions financières, et pas uniquement pour la création d'applications pour Chrome...

jeudi 22 décembre 2011

UNX lance un appstore pour les traders

UNX
UNX, éditeur de la plate-forme de trading Catalyst, devient la première société de sa catégorie (à ma connaissance) à prendre le train de l'ouverture aux développeurs. Ainsi, après le lancement d'un site web qui leur est dédié, depuis lequel ils peuvent accéder aux outils mis à leur disposition, c'est une place de marché de solutions tierces qui vient d'être dévoilée.

Destinée aux traders institutionnels, la plate-forme Catalyst intègre depuis 1999 les différents outils, d'information sur les marchés, de suivi de portefeuille et d'exécution d'ordres, indispensables pour leur activité. Conçue dès l'origine comme un framework de portail, elle devient désormais capable d'accueillir les modules complémentaires créés et distribués par les partenaires d'UNX, qu'il s'agisse de brokers, de sociétés de trading, de marchés boursiers ou d'éditeurs de logiciels.

Ces composants additionnels pourront couvrir un large spectre de fonctions, tels que des algorithmes, des flux d'informations, des outils d'analyse, l'accès à des études et recherches, la consultation graphique de cours... Plusieurs sont présents sur la nouvelle place de marché dès son ouverture.

Première étape de l'initiative, un SDK ("Software Development Kit", kit de développement logiciel) a été mis en ligne, permettant aux développeurs de créer des logiciels qui s'intègrent, de manière transparente, dans la plate-forme Catalyst. Deuxième étape, un environnement de test a ensuite été ouvert pour vérifier et valider le fonctionnement des nouveaux modules. Dernière phase, une place de marché (un AppStore, dirait-on de nos jours) fait son apparition dans Catalyst, proposant aux utilisateurs l'ensemble des solutions complémentaires mises à leur disposition.

Comme dans toutes les démarches de ce genre, UNX espère profiter de la capacité d'innovation des développeurs externes pour enrichir son offre. Bien qu'il n'en soit pas question dans la communication officielle, il est également probable que l'éditeur dérive un revenu direct des logiciels payants qu'il distribuera sur sa plate-forme. De leur côté, les développeurs profiteront d'une exposition optimale de leurs réalisations à une population ciblée a priori. Enfin, pour les clients finaux, la diversité espérée des modules disponibles devrait leur permettre de se constituer une solution globale de trading particulièrement complète, personnalisée et intégrée.

Avec ce nouvel exemple, l'idée d'ouvrir les plates-formes technologiques propriétaires aux développeurs investit un domaine supplémentaire (après, par exemple, celui du PFM, illustré par le cas de Yodlee), soulignant l'intérêt qu'elle suscite dans tous les secteurs. Notons néanmoins qu'ici la démarche est relativement limitée plusqu'il n'est question que d'intégration "technologique" et non, comme dans les expériences les plus ambitieuses (dont celle de Yodlee), de donner accès à des données "privées".

jeudi 27 octobre 2011

Bank of America adopte le FinApp Store de Yodlee

Bank of America
Pour Bank of America, la gestion de finances personnelles (PFM) ne suffit (déjà) plus, il faut maintenant franchir une nouvelle étape. Celle-ci prend la forme du FinApp Store de Yodlee, une boutique en ligne d'applications et de services financiers accessibles à la demande, qui devrait être intégré dans l'offre de banque en ligne de la géante américaine.

Les relations entre les deux partenaires ne datent pas d'hier : la banque était la première à choisir la solution d'agrégation de comptes de Yodlee en 2006 (devenant du même coup une des premières à fournir un "vrai" service de PFM à ses clients), avant d'investir dans la jeune entreprise en 2008. Aujourd'hui, elle se positionne donc aussi comme une pionnière de l'adoption du concept d'AppStore décliné pour les services financiers.

Le FinApp Store, dévoilé il y a un an, promettait alors, aux développeurs de logiciels, un accès simple aux données gérées par la plate-forme d'agrégation de Yodlee et, aux institutions financières, une intégration "immédiate" d'une multitude de nouvelles applications innovantes dans leurs services de banque en ligne.

Depuis, 250 développeurs se sont inscrits et la boutique comporte déjà une cinquantaine de solutions (dont bon nombre créées par Yodlee, toutefois), gratuites ou payantes, dans des registres aussi variés que la préparation des déclarations d'impôts, la distribution personnalisée de coupons de réduction, la protection d'identité ou encore le paiement P2P (avec PayPal). L'adoption par une des plus grandes banques mondiales va certainement susciter un regain d'intérêt parmi les fournisseurs.

Avec le partenariat annoncé, cette palette d'outils sera prochainement accessible aux clients de Bank of America, dont le service de banque en ligne va ainsi se transformer progressivement en "plaque tournante" pour répondre à tous les besoins "financiers" de ses utilisateurs. Pour ceux-ci, l'ajout de nouveaux services "à la demande" constituera aussi une excellente manière de personnaliser leur expérience de la banque en ligne.

Outre l'effet positif (potentiel) sur la fidélisation de sa clientèle et la possibilité de capitaliser sur la créativité de développeurs externes (ou internes, d'ailleurs), la banque peut également espérer tirer un profit direct de son initiative, certaines des applications étant conçues pour générer des revenus (par exemple dans le domaine des coupons de réduction). Et l'avantage majeur de la solution de Yodlee est que l'intégration des applications est "transparente" pour la banque, une fois la mise en place initiale réalisée.

Alors que les banques françaises sont déjà très en retard dans le domaine de la gestion de finances personnelles (seule Boursorama est "au niveau", avec, justement, la solution de Yodlee), la génération suivante de la banque en ligne "enrichie" est déjà en train de se dessiner de l'autre côté de l'Atlantique. L'écart entre l'offre et les attentes des consommateurs se creuse dans l'hexagone et il sera vite comblé par des startups agiles et innovantes. Il serait dommage de passer à côté de l'opportunité de créer les services de demain...