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C'est pas mon idée !
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mercredi 18 février 2026

Les Google Glass bientôt de retour ?

Android
Séquence nostalgie (encore !). Une douzaine d'années après sa première tentative, qui s'est soldée par un retrait du marché, Google se lance à nouveau dans l'aventure des lunettes connectées, probablement sous la pression concurrentielle du partenariat conclu entre Meta et Ray-Ban. Les évolutions apportées à cette itération suffiront-elles cette fois à lui ouvrir les portes du succès ?

Il faut d'abord préciser que, pour l'instant, il n'est pas directement question pour le géant du web de produire et distribuer ses propres matériels. Seules sont proposées des recommandations de design pour les développeurs d'applications qui souhaiteront adapter à ces futurs appareils leurs solutions conçues pour le système Android XR. Elles s'accompagnent de divers indices sur les exigences que devront respecter les constructeurs, l'ensemble donnant une idée du mode de fonctionnement envisagé.

Deux versions de lunettes sont prises en charge, avec ou sans un écran privé, qui complète l'affichage superposé au champ de vision normal. Les composants d'interaction physique ne rompent pas avec les traditions et se limitent essentiellement à un interrupteur général et une petite surface sur une branche jouant un rôle de pavé tactile. De toutes manières, la première préconisation de Google est un pilotage multi-modal des logiciels, reposant largement sur les commandes vocales et par gestes.

En termes de fonctions natives, aucune révolution non plus : le principal attrait de ce genre d'équipement réside dans sa caméra et sa capacité à prendre des photos ou capturer des séquences vidéo. S'y ajoute tout au plus un accès direct à l'agent d'intelligence artificielle générative maison, Gemini, qui remplace le moteur de recherche historique et autorise une prise en compte du contexte de l'utilisateur (par exemple pour le guidage sur les trajets). Les développeurs tiers devront inventer le reste.

Google AI Glasses

À la découverte de ces caractéristiques, je ne peux manquer de remarquer une forte similarité avec les Google Glass d'antan. Peut-être les progrès techniques permettent-ils d'améliorer le confort de l'utilisateur, physique et visuel, indispensable alors que l'objectif affiché est d'encourager le port permanent. Mais il ne s'agit pas d'un bouleversement majeur, d'autant plus que des limitations physiques surprenantes subsistent (cf. le conseil de modérer le recours à certaines couleurs dans l'interface afin d'éviter la surchauffe). L'introduction de l'IA, mise aussi à la disposition des développeurs, constitue donc la seule véritable avancée par rapport à la première génération mais rien ne montre à ce stade qu'elle suscitera des usages disruptifs.

L'apparente réticence de la firme à créer son propre matériel donne l'impression que cette initiative est avant tout une réponse à un frémissement de l'industrie, dont elle espère mollement qu'elle trouvera maintenant son audience (justifiant son précédent échec par l'excuse d'avoir été en avance sur son temps). Indépendamment de l'exemple à ce jour peu concluant de Meta, les inconnues sont encore nombreuses avant de pouvoir valider l'hypothèse : il lui faudra convaincre des fabricants (ou se lancer) et des éditeurs capables de concevoir des applications incontournables, les uns attendant l'engagement des autres avant d'investir dans ce qui peut se révéler une impasse…

mardi 20 janvier 2026

Meta ferme son métavers professionnel

Oculus
Personne ne vous reprochera de l'avoir oublié mais Facebook, dans sa passion frénétique pour le métavers (ayant entraîné son changement de nom), présentait en 2021 une solution de collaboration virtuelle pour les entreprises. Nouvelle victime de la vague de désengagement initialisée depuis plusieurs mois, elle disparaîtra le mois prochain.

Bien que l'entreprise tente discrètement de réécrire l'histoire, en évoquant une réorientation vers une approche sociale assortie de quelques outils professionnels, Meta Horizon Workrooms était bien envisagée, dès ses premières expérimentations, comme une nouvelle vision du travail à distance stimulée dans l'urgence par la généralisation massive du télétravail quelques mois après le début de la pandémie. L'objectif était alors de lutter contre les limitations des outils de visioconférence classiques.

Aujourd'hui, deux phénomènes convergents ont annihilé les ambitions. D'une part, le concept de métavers a perdu de son lustre. En dehors de quelques aficionados, plus personne ne croit aux promesses faramineuses initiales et Meta, qui en est particulièrement consciente, réduit rapidement ses investissements dans le domaine, après y avoir englouti des milliards de dollars. D'autre part, le segment commercial retenu s'est avéré être une impasse, ce qui, rétrospectivement, était prévisible.

En effet, si l'idée paraissait séduisante (y compris pour moi, j'avoue) au premier abord d'offrir aux employés un environnement immersif pour leurs échanges en ligne, qui leur donne une impression de présence réduisant la fatigue des interactions via vidéo interposée, la technologie mise en place ne peut faire oublier ses propres inconvénients, au premier plan desquels l'équipement individuel requis constitue à la fois un obstacle pour les organisations visées et pour les personnes le portant.

Meta Horizon Workrooms

Sur cet aspect, ce n'est certainement pas un hasard si, au même moment, ont ressurgi des solutions rappelant ce que Cisco qualifiait de téléprésence il y a deux décennies. Avec elles, la gêne de l'utilisateur est totalement éliminée, puisqu'il peut converser comme s'il était dans la même pièce que son interlocuteur. En revanche, outre son coût, le manque de flexibilité de l'installation devient son principal handicap… et mène droit à l'échec. Et les salariés revenus au bureau se satisfont de la visioconférence.

Au démarrage de Workrooms, Facebook pensait peut-être convaincre plus facilement les entreprises de dépenser des sommes conséquentes pour de meilleures conditions de travail (à domicile). Mais elle oubliait alors que, depuis la bulle internet, la plupart des technologies de ruptures s'imposent ou sont défaites par le marché grand public. En l'occurrence, le métavers n'a pas pris sur ce dernier, il n'avait donc quasiment aucune chance de révolutionner les méthodes de collaboration professionnelles.

vendredi 14 novembre 2025

Paiement à l'œil sur les lunettes connectées

Ant International
Une douzaine d'années après une première vague finalement dissipée, les lunettes connectées connaissent aujourd'hui un retour en grâce dans toutes les grandes entreprises technologiques. Une des frustrations rencontrées dans leur utilisation au quotidien restait pourtant sans solution… jusqu'à ce qu'Ant International s'en mêle.

Je parle évidemment des paiements, qui représentent la clé de nombreux usages et pas uniquement de commerce en ligne. Dans les incarnations des débuts, sans aucune imagination, le porteur était invité à fournir les coordonnées de sa carte bancaire à travers un système de saisie virtuelle aussi approximatif que malcommode. Une première amélioration était ensuite apportée avec une approche de reconnaissance vocale, plus accessible mais qui peut engendrer des situations embarrassantes.

La maison mère d'Alipay, quant à elle, propose une option de reconnaissance de l'iris de l'œil, qui semble naturellement mieux adaptée au média sur lequel elle sera déployée. D'abord ajoutée à GlassPay, sa plate-forme de paiement multi-modale dédiée aux lunettes, elle permettra de confirmer un règlement de manière totalement transparente, sans compromettre la sécurité. Mais le système est également envisagé comme un mécanisme d'authentification générique, supportant d'autres cas d'usage.

Le géant chinois ne manque pas de citer le développement de cette méthode biométrique dans divers contextes… mais elle souffrait jusqu'à maintenant d'un défaut majeur, par son implémentation centralisée, imposant que les données personnelles soient conservées par le fournisseur (pour comparaison). Son installation sur un appareil réalisant la capture des caractéristiques requises autorise un traitement local beaucoup plus satisfaisant pour la protection des informations (et, incidemment, aligné avec les règlementations européennes). Rien ne dit toutefois qu'Ant ait choisi cette voie.

Alipay GlassPay

Testée dans le porte-monnaie mobile Alipay à Hong-Kong, la nouvelle fonction est proposée à tous les e-marchands qui souhaitent créer une expérience client optimale sur une gamme d'outils en pleine expansion. En parallèle, des démarches sont entamées afin de convaincre les fabricants de l'adopter sur leurs matériels à l'échelle globale (Xiaomi faisant partie des pionniers), sous la forme d'un socle de sécurité à la portée plus large, déclinable notamment sur toutes sortes d'applications.

Si les stars de la Silicon Valley, entre autres, croient à un renouveau des lunettes connectées, elles ne donnent pas l'impression d'avoir tiré les leçons du passé. En l'occurrence, elles persistent à se concentrer sur les capacités techniques de leurs produits sans se préoccuper suffisamment de leurs usages, ce qui a déjà fait capoter la génération précédente. Avec GlassPay, Ant ne propose pas une réponse universelle mais, à tout le moins, travaille sérieusement sur des modèles d'interaction « natifs ».

D'un autre côté, je m'interroge sur la pertinence de ces efforts quand le cabinet d'analyse IDC prédit un marché de moins de 20 millions d'appareils à l'horizon 2029…

jeudi 13 février 2025

La réalité mixte ne prend pas

Microsoft
Il y a quelques jours, nous apprenions l'abandon de HoloLens par Microsoft, dont le contrat de dernier recours, avec l'armée, est repris par un tiers. Puis vint le tour du patron des technologies de Meta, fixant un ultimatum à ses équipes sur la réalité virtuelle (et le métavers). Retour sur l'échec d'une aventure pourtant prometteuse.

Pour Microsoft, le produit, lancé en 2015, aurait enregistré un total cumulé de 300 000 ventes, éclairant la décision d’arrêter les frais, qui, dans ces conditions, paraît même bien tardive. Du côté de Meta, 2025 est officiellement déclarée année de la dernière chance : sans résultats probants, les initiatives finiront dans les annales comme un désastre spectaculaire. Enfin, l'Apple Vision Pro, dernier entrant sur le marché, fait l'objet de rumeurs de capitulation moins de deux ans après son annonce.

Les ambitions étaient pourtant gigantesques et justifiait à l’époque d’y engouffrer des milliards de dollars. Comment expliquer une telle déconvenue, alors que les exemples de technologies censées révolutionner nos vies quotidiennes se multiplient et absorbent elles aussi des budgets colossaux dans les entreprises qui rêvent de saisir leurs opportunités… sans certitude de succès ? Tous les innovateurs peuvent (et doivent) profiter de ce retour d’expérience exceptionnel pour affiner leurs stratégies.

Naturellement, il n’existe pas une raison simple derrière le fiasco, il faut plutôt explorer une combinaison de facteurs. Les deux principaux touchent évidemment au coût et aux applications. Le prix de l’équipement est en effet rédhibitoire quand les utilisations proposées restent marginales, par exemple sans une « killer app », sachant que cette dernière est d'autant plus difficile à inventer qu'elle implique de convaincre les utilisateurs de porter un casque peu confortable. Inversement, les éditeurs potentiels sont frileux vis-à-vis des investissements massifs requis pour créer des logiciels exploitant toutes ses capacités tant que le marché est réduit.

Pour prendre une comparaison avec la naissance de l’iPhone, nous avions là un appareil certes coûteux mais qui offrait immédiatement une expérience inédite de l'internet mobile, sur laquelle n’importe quelle entreprise pouvait ensuite se greffer, d’abord via le web puis via des applications natives, sans trop de complications et avec des niveaux de budgets raisonnables (ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui mais nous sommes passés, depuis longtemps, dans une phase de généralisation).

Cependant, si vous ne vous contentez pas de ces explications relativement superficielles, je propose d’en décrypter les causes sous-jacentes. Un second étage d’analyse, en quelque sorte. Il faut alors se pencher sur les acteurs à l’origine des initiatives, Microsoft et Meta. Tous deux ont envisagé la réalité mixte (et le métavers, incidemment) en priorité comme un média additionnel pour leur principale source de revenus, l’informatique professionnelle pour l’un et les réseaux sociaux pour l’autre.

En bridant d’emblée leur vision, ils étaient quasiment assurés de manquer l’application et le marché qui auraient pu faire décoller les ventes, et qui se révèleront (peut-être) un jour dans un domaine totalement étranger à la zone de confort de ces géants de la technologie. En ce sens, l’irruption d’Apple représentait une tentative mieux conçue, plus ouverte à la sérendipité et aux accidents heureux. Mais elle n’a pas encore abouti, bien sûr, et nul ne sait combien de temps peut durer la gestation de cette rupture.

Pour devenir une innovation réussie, une idée doit se matérialiser ET conquérir une cible de clients. Très clairement, c'est cet aspect que la réalité mixte a (pour l'instant) raté, à travers un déséquilibre excessif entre fonction – dans un contexte de liberté d'imagination doublement contrariée – et prix – celui-ci étant à prendre au sens large, incluant les coûts pour l'utilisateur final et pour les indispensables partenaires et qui pourraient également intégrer des coûts dérivés (par exemple environnementaux)

Apple Vision Pro

jeudi 18 juillet 2024

NatWest s'installe sur l'Apple Vision Pro

NatWest
Après sa sortie aux États-Unis au début de cette année, Apple a commencé à commercialiser son casque d'informatique spatiale Vision Pro dans quelques pays européens la semaine passée. Sans attendre de voir sa réception par les consommateurs, la britannique NatWest a immédiatement dévoilé une application bancaire dédiée.

Bien que différent des matériels des générations précédentes, avec sa combinaison de réalité virtuelle et augmentée, celui du constructeur à la pomme n'est pas le premier de sa catégorie a attirer l'attention des institutions financières. Mais l'aura de la marque, sinon son originalité, continue à influencer les décideurs, surtout quand émerge une nouvelle catégorie de produits promettant de transformer l'expérience utilisateur. Voilà probablement pourquoi (au moins) une banque se précipite sur l'opportunité.

Même si les ventes à ce stade ne présagent pas forcément de l'avenir, le dernier né des systèmes immersifs ne semble pourtant pas parti pour un succès retentissant, entre un prix rédhibitoire pour nombre de porte-monnaie et un catalogue logiciel limité. Ce dernier défaut est d'autant plus sensible qu'une partie des titres disponibles, à l'instar de celui que déploie NatWest, ont été conçus rapidement et ne sont de la sorte pas nécessairement parfaitement ajusté aux vastes possibilités offertes par l'interface.

Sans surprise, la solution proposée par la banque ne cherche donc pas à réinventer son approche et se contente d'intégrer les modalités d'interaction spécifiques de l'appareil au service des fonctions classiques de ses outils en ligne – telles que la consultation des comptes, la gestion des virements, la surveillance du score de crédit ou les conseils personnalisés – qui profitent tout au plus des options de pilotage par le regard ou d'un espace de visualisation infini, dans lequel le client peut naviguer à son gré.

Comme je le répète à chaque apparition d'une technologie, ce n'est pas par une simple déclinaison de l'existant que les entreprises peuvent espérer séduire les utilisateurs et encore moins les adeptes de la première heure. En revanche, la démarche fournit bien sûr une excellente occasion aux équipes de développement de NatWest de se familiariser avec un autre environnement et d'explorer ses capacités et limites.

Contrairement à ce qu'évoque l'établissement, il ne faut toutefois pas rêver d'un retour utile de la part des testeurs sur ces balbutiements, à la fois parce que leur petit nombre et leur appartenance à un groupe bien particulier d'accros aux produits d'Apple limitent la portée de leurs réactions mais également parce que nul ne sait encore ce qui rendra l'Apple Vision Pro indispensable. C'est aux fournisseurs d'applications d'imaginer et de créer les expériences susceptibles de révolutionner l'informatique grand public.

Apple Vision Pro

vendredi 5 juillet 2024

La débâcle des métavers

AXA
Qui se souvient encore des métavers et de la révolution qu'ils promettaient dans nos interactions avec le monde ? Voilà une tendance dont la vogue a été particulièrement éphémère. À tel point que, à peine plus de 2 ans après son lancement, AXA Investment Managers se voit aujourd'hui contrainte de diversifier le fonds qui leur était dédié.

Entre sa performance inférieure à 5%, nettement en retrait par rapport à son indice de référence (malgré sa récente reprise de vigueur), et son faible volume d'actifs sous gestion, aux alentours de 65 millions d'euros, le produit ne semble pas rencontrer le succès escompté à l'époque où les grands acteurs technologiques comme les analystes nous assuraient que ces univers virtuels immersifs supplanteraient le web tel qu'on le connaît aujourd'hui. C'est, en fait, une bulle qui a éclaté.

Ce qui constitue sans conteste un revers pour AXA IM, bien qu'il soit présenté comme une évolution naturelle, reflète en effet un retournement de conjoncture total pour la lubie passagère car le fonds en question cherchait à couvrir la thématique du métavers dans toutes ses dimensions : d'abord les technologies sous-jacentes, puis les usages à l'intention du grand public – ludiques, sociaux ou autres – mais également les applications professionnelles (pour la formation et l'assistance, notamment)…

D'autre part, la sanction est double, apparemment, puisque, d'un côté, les résultats obtenus montrent un affaissement du marché, que l'abandon par Facebook de ses efforts massifs dans le domaine a clairement mis en lumière depuis un certain temps, et, de l'autre, le niveau de collecte enregistré révèle un désintérêt des investisseurs et donc, dans une certaine mesure, des utilisateurs potentiels, ce qui est de mauvais augure pour ceux qui considèrent que l'essor viendra avec le temps et la maturité.

AXA IM Métavers

Cependant, le gestionnaire préfère étendre le périmètre de son fonds plutôt que d'en reconnaître l'échec et de le fermer purement et simplement (ce qui serait certes peu apprécié pour un support visant le long terme). Invoquant l'étroite imbrication qui existerait entre les deux sujets, c'est l'intelligence artificielle qui vient compléter les orientations initiales. En résumé, il s'agit ainsi de doper un produit élaboré sur une mode en déclin grâce à celle qui a pris sa place dans les unes des médias… en rêvant, peut-on supposer, qu'elle concrétise cette fois les espoirs qu'elle suscite.

La transition est « intéressante » dans un contexte où l'IA prend de plus en plus les apparences de la prochaine bulle d'attentes excessives. Comme pour les métavers, il n'est (évidemment) pas question de remettre en cause les progrès accomplis et le potentiel de disruption de la technologie. Encore faut-il prendre garde aux communications abusives – l'IA-washing bat son plein – et aux promesses irréalistes, qui font retomber le soufflé bien plus rapidement qu'il n'a levé. Naviguer dans un tel environnement peut s'avérer extrêmement périlleux pour un investisseur institutionnel.

dimanche 18 février 2024

Quelle place pour l'informatique spatiale ?

Apple
Après 15 ans de tâtonnements avec la réalité augmentée, la réalité virtuelle et, maintenant, l'informatique spatiale, les géants de la Silicon Valley persistent à voir dans ces technologies les futurs remplaçants de nos ordinateurs personnels et autres smartphones. Nonobstant les intérêts en jeu, leurs prophéties se réaliseront-elles ?

Que ce soit l'annonce officielle du lancement de l'Apple Vision Pro ou, plus récemment, la vision partagée par Mark Zuckerberg, prompt à vanter la supériorité de son concurrent Meta Quest, le message est clair : oubliez vos habitudes numériques, à base de claviers, virtuels ou réels, et d'écrans, petits ou grands, l'avenir des interactions numériques est à l'immersion, par l'intermédiaire de lunettes à porter en permanence ou de casques plus encombrants, offrant une expérience incomparable.

Naturellement, les esprits chagrins rappelleront l'échec de l'aventure Google Glass comme un motif de rejet de ces projections. Mais ce n'est pas le meilleur argument à leur opposer, car les systèmes proposés et les comportements des utilisateurs potentiels évoluent. Dans ce registre, le temps qu'il a fallu à l'informatique de poche pour s'imposer constitue un cas d'école. Cependant, il reste d'autres raisons objectives de douter de la prédominance de ces outils au sein de la panoplie « digitale » de demain.

Je pense surtout à l'effet de rupture. En effet, l'irruption du PC pour tous, coïncidant avec la démocratisation du web, et, bien plus tard, la naissance de l'iPhone ont représenté chacun une petite révolution dans la vie des citoyens, en introduisant dans chaque domicile des capacités jusque là inaccessibles puis en permettant de porter ces dernières sur soi en permanence. Or le degré de nouveauté des solutions de réalité augmentée paraît plus limité : une autre interface pour des fonctions existantes.

Apple Vision Pro

Certes, ce seul changement suffit à justifier une adoption rapide (qui restera toutefois à confirmer) dans des usages particulièrement propices. Les exemples qui viennent immédiatement à l'esprit sont ceux qui suscitent le plus d'attention : la vidéo en trois dimension, le jeu, le coaching sportif, peut-être les communications en visiophonie… Pour le reste, l'avantage de l'immersion est loin d'être flagrant et peut même se transformer en inconvénient, notamment avec les applications de productivité.

Dans ce contexte, les personnes désormais largement accoutumées à leurs appareils actuels pour ces besoins quotidiens seront peu enclines à les abandonner au profit d'une plate-forme exigeant un ré-apprentissage sans bénéfice majeur. La meilleure perspective pour l'informatique spatiale est donc, à mon avis, une cohabitation raisonnée… pour ceux qui ont les moyens d'accumuler les équipements, comme pour les consoles de jeu, les montres connectées ou, souvent, les tablettes.

Enfin, il faut également évoquer un autre aspect du sujet, beaucoup plus politique et volontairement ignoré par les leaders de la technologie (à moins qu'il ne fasse justement partie de leur projet) : est-il vraiment souhaitable pour l'humanité de populariser des outils qui vont encore aggraver l'isolement social entre les individus et le repli sur soi (ou sur sa communauté), déjà terriblement accentués par le smartphone ?

En synthèse, les interfaces immersives restent, au fil de près de deux décennies d'améliorations, une innovation purement technologique qui continue à chercher ses domaines d'usage privilégiés. À moins d'une idée radicale qui les rendraient irrésistibles pour les applications d'aujourd'hui, elles se cantonneront à des niches, plus ou moins vastes. Nos micro-ordinateurs et téléphones actuels ont certainement quelques années devant eux avant de voir émerger la solution susceptible de les rendre obsolètes.

lundi 8 janvier 2024

Le Web3 selon Visa

Visa
Avec la fin des grands espoirs (à court terme) pour le métavers, les promesses du web3 se sont elles aussi éloignées, en attendant des jours meilleurs. Qu'à cela ne tienne, Visa profite du déclin pour s'approprier le concept, ou, du moins, son titre, dans le lancement d'une nouvelle plate-forme de fidélisation des consommateurs.

Selon la définition généralement admise, le web3 est une notion relativement théorique – ou, à tout le moins, aux frontières floues – embrassant des principes de décentralisation, des technologies de blockchain et une économie à base de jetons (ou tokens), le tout étant fréquemment orchestré dans des univers immersifs au sein desquels ces composants nativement « digitaux » prennent tout leur sens. Naturellement, un tel pedigree le réserve pour l'instant à une minorité de passionnés.

Et, avec la même évidence, ce n'est pas ce qui intéresse Visa… Sous couvert d'une dénomination qui ne fait pourtant plus rêver grand monde, le géant des paiements évoque des outils destinés à stimuler l'engagement des porteurs de carte de paiement dans le contexte de 2024, donc en prenant pleinement en compte leurs comportements en ligne et leurs attentes correspondantes, en parallèle de leurs parcours dans le monde physique. Tout cela paraît loin d'une troisième génération du web.

Visa Web3 Loyalty Engagement Solution

Concrètement, il est question de programmes de fidélité intégrés en quelques gestes grâce à un porte-monnaie virtuel et pilotés via une application mobile, assortis de récompenses qui, outre les systèmes de points en vigueur, prennent aussi la forme de cadeaux, réels ou virtuels… dont, seule référence effective au web3, des jetons numériques, à convertir ou de collection. Sont également évoqués des possibilités d'animations hybrides, telles que des chasses au trésor en réalité augmentée.

En soi, l'approche est plutôt raisonnable. Partant du constat d'un décalage entre les modèles de cashback traditionnels (et leurs variantes) et l'évolution des habitudes de leurs bénéficiaires, il semble pertinent de les compléter, d'une part sur le volet de l'acquisition des avantages, en misant sur les actes et événements autres que les seuls achats (par exemple l'incontournable partage sur les réseaux sociaux, la participation à une enquête ou à un jeu…), et, d'autre part, côté rétributions, à travers des primes dématérialisées ou virtuelles.

Certes, présenté de la sorte, la nouveauté perd beaucoup de son originalité. Alors un brillant cerveau marketing (à moins qu'ils ne s'y soient mis à plusieurs) a décidé d'intituler le dispositif « Visa Web3 Loyalty Engagement Solution » afin de lui donner une aura futuriste. Encore quelques opérations similaires et le web3, qui avait déjà du plomb dans l'aile, achèvera sa brève carrière dans la dérision et l'oubli général.

mercredi 8 novembre 2023

Swiss Life s'aventure dans le métavers

Swiss Life
Tandis que, en dehors de quelques passionnés indéracinables, le monde entier a fini par admettre que le métavers n'avait pas d'avenir, au moins à court voire moyen terme, voilà que Swiss Life France qui s'était déjà fendue d'une série vidéo pédagogique sur le sujet en 2022, dévoile son initiative, qui ressemble à un baroud d'honneur.

Si vous visitez le « Metavers by Swiss Life », ouvert à tous, il vous faudra une machine puissante (la mienne a terriblement souffert et la qualité des contenus s'en est fortement ressentie). Vous découvrirez alors un bâtiment en trois dimensions dans lequel, classiquement, vous contrôlez les déplacements de votre avatar au sein de quatre espaces proposant respectivement une présentation de l'entreprise, une exposition sur sa fondation, des descriptions de ses métiers et une zone consacrée au recrutement.

Concrètement, vous vous approcherez des panneaux qui jalonnent votre parcours afin de consulter des films courts ou bien vous interpellerez, via votre clavier, les personnages dispersés dans les locaux et dialoguerez avec eux, si vous supportez leur voix robotisée, dans un format contraint à base de questions à choix multiples. Ici et là, une sorte de quizz tente de donner une touche ludique à la promenade mais après quelques minutes, on se demande ce qu'on fait là et à quoi sert ce dispositif.

Oups, j'ai failli oublier ! Les internautes les plus assidus verront également leur détermination récompensée… dans un esprit web3 (très fragmentaire) cher à l'assureur. En effet, chaque interaction dans l'univers virtuel donne lieu à l'attribution de points. Dès que le score cumulé atteint 1 000, le lauréat obtient un « NFT exclusif Swiss Life », dont il est impossible de savoir quelle est son utilité ou sa valeur (s'il en a une), les explications, en particulier à l'attention des néophytes, ayant été totalement oubliées.

Metavers by Swiss Life

En arrière-plan, le principal facteur limitant de l'initiative est vraisemblablement un excès de prudence. Comme l'indique la communication officielle, les concepteurs ont mis l'accent sur la sécurité et le respect de la vie privée, à travers une navigation 100% anonyme, sans cookies, sans publicité, sans inscription, sans collecte d'information personnelle… Et exclusivement en mode individuel : chaque participant évolue dans son propre environnement, sans jamais rencontrer les autres (et risquer des conflits ?).

Nonobstant le dégonflement de la bulle médiatique qui a porté le concept au pinacle l'année dernière, le « Metavers by Swiss Life » représente un pur cas d'école de la difficulté structurelle pour une institution financière à s'emparer d'une innovation un tant soit peu radicale, entre ses délais de réaction, qui font arriver l'assureur sur un terrain aujourd'hui déserté, sa peur panique de retombées négatives qui l'entraîne dans une mise en œuvre dénaturée et son absence d'imagination en matière d'usages.

dimanche 27 août 2023

DBS cherche un rôle pour les métavers

DBS
Comme je le pressentais en fin d'année dernière, la passion soudaine des entreprises pour les métavers s'est quasiment éteinte en 2023. Dorénavant, ceux qui ne les ont pas totalement enterrés abandonnent l'idée d'une révolution du web et recherchent des cas d'utilisation, aussi modestes soient-ils, dans lesquels leur potentiel pourrait s'exprimer.

Ainsi, pour DBS, qui était jusqu'à maintenant restée à l'écart de la frénésie généralisée, le principal domaine d'application des interfaces immersives, dont il n'aurait probablement jamais dû se départir avant la démocratisation de la technologie, est celui du divertissement. Sa prochaine incursion dans l'environnement de The Sandbox s'inscrit donc dans une approche ludique… qui comporte toutefois un volet sérieux puisqu'elle est mise au service de la sensibilisation aux défis du gaspillage alimentaire.

Loin, très loin, des métiers de la banque, le BetterWorld, qui sera déployé à l'occasion de la mise en ligne d'une prochain version de son univers hôte, est porté par sa fondation consacrée aux problématiques sociales et environnementales et, plus particulièrement, son chapitre spécialisé dans les enjeux de la nourriture, sur lesquels DBS veut se positionner en pointe. Son objectif est d'explorer les moyens par lesquels des opérations virtuelles sont susceptibles d'exercer un impact concret dans le monde réel.

En pratique, le visiteur est invité à se plonger dans une aventure en cinq étapes. Chacune d'elles est inspirée par une des 800 jeunes pousses sélectionnées au sein du programme de soutien de l'institution et leurs solutions servent la trame de jeu : la fabrication de bière à base de surplus de pain, le réemploi des résidus de brassage (de bière, encore), la commercialisation des produits « juste » périmés, la création de fermes urbaines dans des lieux insolites (par exemple les héliports désaffectés) ou le développement de cultures destinés à stimuler l'auto-suffisance individuelle.

DBS BetterWorld

Afin d'encourager leur participation et leur persévérance, les joueurs résidant à Singapour (la plate-forme étant ouverte à tous sans aucune restriction) pourront espérer gagner des récompenses pécuniaires, directement sur leur porte-monnaie mobile PayLah! via le partage de QR codes au fil de leurs parcours, et auront l'opportunité, entre autres surprises disséminées dans le monde virtuel, de découvrir les apparitions des personnages populaires de Sparks, la web-série aux nombreux prix produite par DBS.

En réalité, nous revivons avec les métavers les mêmes errements que nous avons connus à l'époque de la montée en puissance des réseaux sociaux : à la faveur d'une bulle médiatique, tout le monde imagine décliner ses activités dans un nouveau contexte, jusqu'à la prise de conscience de la vacuité des efforts engagés alors que les adeptes restent concentrés sur ses usages primaires. Qui se souvient des services bancaires déployés sur Facebook ? Ils ont disparu parce qu'ils n'intéressaient personne.

Il est vrai que dans le cas du web immersif, l'avenir est beaucoup plus incertain en raison de sa courbe d'adoption plate, incomparable avec la flambée rapide des grandes plates-formes qui règnent maintenant sans partage. Voilà une raison supplémentaire pour recommander l'attentisme : les besoins n'émergeront qu'à partir de la popularisation des usages initiaux. Dans l'intervalle, les entreprises peuvent se familiariser avec la technologie, à travers des tests limités ou des campagnes marketing, assorties d'ambitions plus ou moins nobles, à l'instar de DBS, qui trouveront toujours leur place.

mercredi 23 août 2023

L'IA empathique est-elle éthique ?

Replika
Les questions (vertigineuses) sur l'éthique des applications de l'intelligence artificielle ont à peine été effleurées qu'émergent déjà des déclinaisons faisant preuve d'empathie, qui introduisent de la sorte des risques supplémentaires. Alors Qorus s'interroge sur la pertinence pour les institutions financières de s'emparer de cette opportunité.

Créée initialement dans une perspective thérapeutique, Replika, à travers son chatbot doublé d'un avatar (accessible en visioconférence et en réalité augmentée), est un exemple de ces IA qui veulent donner l'impression d'être proches de leur interlocuteur, de connaître et partager ses envies, ses rêves et ses humeurs, d'être en permanence attentives et compréhensives… et, finalement, de simuler un compagnon humain à travers un outil à qui on peut tout confier en sachant qu'il n'en possède pas les défauts.

Naturellement, les usages commerciaux de ces facultés sont faciles à envisager, notamment dans le but d'encourager l'engagement des clients avec leurs fournisseurs, grâce à l'intérêt (virtuel) affiché avec tant de vraisemblance pour leur personne. Dans le cas des banques, il pourrait devenir plus facile de convaincre un individu de souscrire un produit ou, dans un registre moins agressif qui a ma préférence, de lui faire mieux accepter les conseils prodigués régulièrement en faveur de son bien-être financier.

Selon la chercheuse en éthique consultée par Qorus, de telles mises en œuvre s'exposent à deux dangers majeurs, entre divulgation excessive de données sensibles par les utilisateurs et possibles recommandations d'actions néfastes (mais profitables pour l'entreprise). En réalité, ces deux facteurs me paraissent avant tout devoir être imputés aux outils d'interaction en général (y compris avec des conseillers parfois trop insistants), même si l'introduction d'empathie dans un robot est susceptible d'en renforcer l'impact.

Replika AI Companion

Il en est d'ailleurs de même avec les craintes exprimées dans un article du New York Times à propos du projet de Google de proposer un coach de vie propulsé par l'IA (qui reste sous évaluation et pourrait ne jamais être déployé publiquement) : chez certains, le recours à ce genre de plate-forme créerait un sentiment de perte de pouvoir et aurait des conséquences négatives sur leur santé et leur sérénité, tandis que ceux qui en deviendraient trop dépendants finiraient par lui attribuer une sensibilité inquiétante. Ces symptômes peuvent être décuplés si les réactions deviennent trop naturelles.

Au vu du stade encore largement expérimental de l'IA générative dans l'industrie, surtout quand il s'agit de l'exposer directement à la clientèle, j'imagine que peu d'acteurs explorent aujourd'hui des variantes douées d'empathie. Néanmoins, pour ceux qui voudraient prendre de l'avance, la première préconisation à leur soumettre est d'instaurer une transparence absolue. Il est impératif d'expliquer précisément comment l'assistant fonctionne et d'où proviennent ses « raisonnements ». Idéalement, il faudrait peut-être suspendre les conversations dès qu'est suggérée une prise de décision importante et proposer alors un rendez-vous avec un professionnel en chair et en os.

mardi 18 avril 2023

CaixaBank célèbre le jour de la terre

CaixaBank
À l'occasion du jour de la terre, ce samedi 22 avril, l'espagnole CaixaBank déploie dans ses agences concepts une série d'animations destinée à sensibiliser ses clients aux défis environnementaux de notre époque. L'initiative me laisse une impression mitigée entre effort pédagogique légitime et communication aux relents de greenwashing.

Durant une semaine, du 20 au 27 septembre, les points d'accueil « tout-en-un » de l'enseigne à Ibiza, Burgos, Valence, Barcelone et Madrid, seuls disposant de l'espace requis, accueilleront donc un programme dédié à la préservation de la planète. Outre une conférence consacrée aux gestes du quotidien, il comportera, d'une part, une projection en trois dimensions d'images des fonds marins accompagnée de messages de vigilance et, d'autre part, des séances d'activités ludiques dans un métavers.

Ces dernières, accessibles sur réservation, permettront aux visiteurs, équipés de casques ad hoc, d'explorer trois mondes différents en réalité virtuelle – forêts, plages et océans. Sous prétexte d'excursion, diverses missions leur seront assignées afin de leur faire appréhender les enjeux de manière concrète et mieux éveiller leur conscience sur les précautions importantes à prendre pour la sauvegarde des écosystèmes naturels.

En comparaison des contenus traditionnels – qu'il s'agisse d'articles, de vidéos ou même de jeux interactifs –, la combinaison du recours à une technologie immersive et de l'implication personnelle dans le déroulement des opérations a, en principe, le mérite de renforcer l'engagement des participants et ainsi de démultiplier l'impact éducatif de l'information diffusée. De ce point de vue, la démarche paraît plutôt vertueuse.

CaixaBank & Métavers

En revanche, elle soulève également plusieurs questions susceptibles de tempérer l'optimisme. Sur un plan pas si anecdotique qu'il y paraît, je me demande quelle portée réelle elle peut avoir. Le nombre de clients qui profiteront de l'expérience sera nécessairement limité et ils risquent en outre d'être plus polarisés sur la forme (la réalité virtuelle) que le fond (la préoccupation climatique). Ajoutons son coût en émissions de gaz à effet de serre, jamais évoqué, et la validité de l'approche devient vite contestable.

Dans un contexte où elle se contente d'affirmer ses convictions et sa position de leader du développement durable, sans chercher à en apporter la preuve (qui pourrait pourtant aussi faire l'objet d'animations passionnantes) ni, simplement, à mettre en avant sa propre contribution à la défense de l'environnement, CaixaBank succombe implicitement au syndrome du report de responsabilité sur ses clients, en donnant l'impression de s'extraire du débat sous prétexte (évidemment fallacieux) de son exemplarité.

Ce n'est peut-être pas du greenwashing mais l'effet sur son audience est aussi désastreux. Et ce constat est d'autant plus regrettable que la banque est probablement sincère, au moins en partie, et que la solution qu'elle a imaginée n'est pas dénuée d'intérêt. Cependant, l'extrême sensibilité du sujet et les multiples excès qui l'entachent aujourd'hui imposent un surcroît de prudence et de modération… qui semblent difficiles (impossibles ?) à instiller dans les départements de marketing et de communication.

dimanche 26 mars 2023

TD explore la réalité virtuelle tous azimuts

TD
Bien que les métavers aient perdu de leur lustre ces derniers mois, la canadienne TD refuse de les enterrer trop rapidement. En attendant un (éventuel) retour en grâce, elle présente l'étendue de ses expérimentations en cours avec la réalité virtuelle, à l'intention autant de ses employés que de ses clients, particuliers ou professionnels.

À l'origine de ses initiatives, la banque, qui se dit en permanence à l'affut de moyens de développer, enrichir et améliorer la communication avec ses parties prenantes, porte l'intime conviction que les environnements virtuels immersifs offrent une immense opportunité en ce sens. Au vu des cibles retenues, il est facile d'imaginer que son premier objectif consiste à identifier les populations les plus susceptibles de profiter des avantages de ces technologies, en capitalisant d'abord sur leur caractère intuitif.

Ainsi, en interne, un test destiné à évaluer la valeur de la réalité virtuelle dans l'intégration des jeunes recrues prend la forme d'un programme complet proposé à une centaine de stagiaires, équipés pour la circonstance d'un casque dédié. L'enjeu sous-jacent est évidemment critique pour toutes les organisations, entre des difficultés historiques à instaurer des relations étroites avec les collègues, propices à la fidélité, et le défi supplémentaire ajouté depuis la crise sanitaire par la généralisation du télétravail (que certains préfèreraient d'ailleurs voir disparaître).

Afin de non seulement procurer un substitut à ceux qui travaillent à distance mais également augmenter les parcours d'incorporation traditionnels, en personne, les participants étaient invités à des rencontres de réseautage, via des événements ludiques (chasses au trésor, jeux d'évasion…), des tables rondes et un « dîner » d'échange avec les dirigeants de l'entreprise, un défi d'innovation dans lequel sont conçues, en groupe, des solutions à des problématiques concrètes, avec les outils collaboratifs ad hoc…

Flybits OpenDome

Côté clients, TD explore avec son partenaire historique Flybits quelques possibilités d'accompagnement personnalisé. Pour le grand public, le choix de thématique s'est porté sur l'éducation financière, à l'adresse des moins de 25 ans. Au sein d'une simulation en trois dimensions déployée dans la plate-forme OpenDome de la jeune pousse, il vont devoir prendre des décisions en matière de dépenses, de crédit, d'épargne… dont ils découvriront ensuite les impacts sur leur bien-être tout en exprimant leur ressenti.

Les entreprises (américaines pour commencer), quant à elles, pourraient bénéficier de tableaux de bord extensifs – couvrant le suivi des liquidités et des lignes de crédit, des recommandations de produits pertinents… – au sein desquels la navigation se trouve facilitée. Naturellement, dans ce cas plus que dans tout autre, au-delà de la démonstration (réussie) de faisabilité, la réponse des intéressés est cruciale avant d'envisager le prolongement de la démarche vers une application opérationnelle.

À travers ses expérimentations, qui lui donnent l'occasion d'illustrer sa poursuite de l'innovation lors de sa journée de la technologie, TD espère prendre de l'avance sur l'émergence d'un canal supplémentaire de collaboration et d'interactions qui pourrait un jour devenir prépondérant. Je suis toutefois réservé sur son apparente croyance qu'un tel support, autorisant des expériences optimisées, constituerait une solution aux limitations observées sur les médias « digitaux » actuels (dues en fait à ses propres faiblesses).

lundi 13 mars 2023

Worldline ouvre un centre commercial virtuel

Worldline
Malgré la retombée brutale de l'engouement pour les métavers depuis le début de cette année, le potentiel mirobolant que leur attribuent les analystes continue à séduire. Ainsi, Worldline, qui aimerait certainement y imposer ses solutions de paiement, a bâti une galerie marchande prête à accueillir ses partenaires tentés par une première expérimentation.

Parce que, si leur succès se confirmait (un jour), les métavers pourraient susciter pour le commerce mondial une révolution au moins aussi importante et fructueuse que le web le fut en son temps, Worldline n'entend pas se laisser distancer sous prétexte d'une courbe d'adoption pour l'instant décevante. Et comme son métier ne prend de sens qu'à travers des interactions entre des enseignes et leurs clients, il lui faut aussi convaincre celles-ci de se lancer dans l'aventure si elle veut prendre rapidement des positions.

Son idée consiste donc à créer dans Decentraland, une des plates-formes les plus populaires du genre, une vaste zone d'accueil en marque blanche, miroir virtuel d'un centre commercial du monde physique, et d'inviter les entreprises curieuses du concept mais peu enclines à déployer une présence souvent jugée prématurée à y installer une boutique en guise d'entrée en matière, afin d'appréhender le modèle et ses opportunités ou encore évaluer les réactions de leur audience habituelle face à ce média émergent.

La promesse de Worldline à ses partenaires – marchands, fournisseurs de services, banques… – est de leur procurer un accès à cette phase de découverte et d'apprentissage à moindre coût, grâce à un environnement modulaire préconfiguré, facile à personnaliser. Outre, naturellement, une fonction de paiement (en cryptomonnaie ou traditionnelle) et des capacités publicitaires, plusieurs options sont proposées afin, par exemple, d'autoriser le développement d'expériences plus ou moins immersives.

Worldline in Decentraland

Avant d'ouvrir officiellement, la galerie a subi une année de mise au point avec une série d'organisations cobayes. Pour son inauguration publique, elle héberge neuf organisations en pointe des innovations « digitales », parmi lesquelles figurent un hôtel de luxe suisse, une marque de boissons sans alcool… et Consorsbank, filiale allemande de BNP Paribas. Toutes confirment la pertinence de l'offre de Worldline, évoquant leur intérêt pour les métavers, sans toutefois aller jusqu'à engager une initiative autonome.

Au stade de maturité actuelle, les investissements dans le domaine relèvent d'un pari extrêmement audacieux que beaucoup d'entreprises ne sont pas (ou plus) prêtes à assumer, surtout quand une implantation élémentaire requiert un budget conséquent. Pour ceux qui croient fermement à l'avenir des métavers et qui ont besoin de participants pour enclencher la spirale de l'adhésion, il paraît donc logique de stimuler le mouvement en simplifiant (et, d'une certaine manière, en sponsorisant) les premières installations.

mardi 7 mars 2023

Ryugukoku, meta-métavers bancaire japonais

Fujitsu
Alors que l'engouement pour les métavers semble s'être évaporé aussi vite qu'il était apparu, l'industrie financière japonaise, en collaboration avec quelques entreprises technologiques, lance maintenant un ambitieux projet d'infrastructure ouverte à l'intention des plates-formes orientées vers le jeu, aux contours malheureusement assez confus.

Le Ryugukoku (nom provisoire qui, me semble-t-il, signifie quelque chose comme pays du palais du dragon) se présente également, dans une version beaucoup moins poétique, comme une « zone économique du métavers japonais », ce qui donne probablement une meilleure idée des visées de ses promoteurs. On peut ainsi imaginer qu'il s'agit de mettre en place les fondations nécessaires aux échanges commerciaux dans les espaces virtuels, parallèles à celles qui existent dans le monde physique contemporain.

Outre quelques spécialistes du Web3 (dont Fujitsu), qui prendront en charge le développement du socle technique et quelques aspects de pur divertissement, tels que les avatars et autres actifs « digitaux », cinq grands groupes financiers s'impliquent initialement dans le déploiement de plusieurs fonctions essentielles : capacités de paiement, pour les consommateurs et pour les marchands (sous la forme de jumeaux numériques), gestion des identités et de l'authentification, assurances dédiées…

Ryugukoku

Le tout a vocation à être intégré dans un environnement propre, garantissant une interopérabilité avec (tous ?) les métavers actuels consacrés aux jeux de rôles, chacun d'eux y étant matérialisé par une ville. Le joueur peut se déplacer de l'une à l'autre, en transportant de manière totalement transparente son identité, son porte-monnaie, ses « biens » électroniques… et son avatar, dont il est de plus indiqué qu'il serait auto-apprenant, c'est-à-dire capable d'assimiler son comportement à partir de ses usages.

La connaissance acquise de la sorte pourra non seulement être partagée entre les différents univers reliés au Ryugukoku mais elle sera aussi directement exploitée dans la perspective de délivrer une expérience transverse personnalisée. Cette dernière devrait, par exemple, comprendre des modules d'information et de recommandations précisément adaptés au contexte de chaque individu, dans divers domaines (santé, loisirs…), toujours dans l'approche ludique commune à l'ensemble du dispositif.

En l'état, l'initiative, à la portée limitée aux métavers, relève un peu de l'anecdote. Elle ouvre cependant une fenêtre sur un horizon beaucoup plus vaste, dans la vie réelle : en prolongeant la logique de jumeau numérique, elle pourrait devenir une étape vers la création d'une plate-forme de services extra-financiers, avec ses facilités « portables » d'agrégation d'identité, de paiement et de données personnelles. Un véritable porte-monnaie virtuel universel… dont il reste toutefois à affiner les conditions d'accès.

samedi 8 octobre 2022

PKO prépare son avenir dans le métavers

PKO Bank Polski
La polonaise PKO n'est certes pas la première banque à s'installer dans un métavers. Avec l'ouverture dans Decentraland d'une réplique de son immeuble emblématique de Varsovie, elle ne semble pas cependant vouloir se contenter d'une présence d'image. Au contraire, elle envisage dès maintenant comment elle en exploitera demain tout le potentiel.

En quelques mois, les institutions financières de tous horizons ont commencé à déferler dans les mondes virtuels les plus populaires, toutes cherchant à capitaliser sur l'effet de communication qu'engendre une attitude pionnière autour d'une tendance promise à un brillant avenir (si on en croit les analystes). Ces premières implantations prennent donc généralement l'apparence d'espaces de démonstration, dans lesquels sont affichées diverses informations et où, au mieux, sont organisés quelques événements.

Dans la pratique, PKO adopte initialement une approche similaire. Son installation, qui présente toutefois d'emblée la particularité d'être une reproduction de la Rotonde, un monument quasi-historique de la capitale qui lui appartient, accueille ainsi une exposition d'art contemporain local pour son inauguration. En revanche, cette entrée en matière ne constitue pas une fin en soi : le véritable objectif poursuivi consiste à prendre pied dans cet univers afin d'acquérir de l'expérience, appréhender ses opportunités et préparer l'émergence de ce qu'elle perçoit comme un nouveau canal d'interaction, à terme.

PKO Bank Polski Rotunda dans le métavers

Les explorations concrètes débuteront avec les collaborateurs de l'établissement, dans la perspective de relever les défis qu'entraîne la transition vers le travail hybride depuis la pandémie, notamment en ce qui concerne le maintien des relations humaines et la stimulation de la collaboration. Dans ce registre, seront d'abord proposés, d'une part, des parcours d'intégration à l'intention des nouvelles recrues (qui souffrent fréquemment d'un sentiment d'exclusion) et, d'autre part, des programmes de formation immersifs.

Les applications destinées aux clients ne sont évidemment pas en reste. D'ores et déjà, une galerie permet de découvrir la gamme de cartes de paiement de l'enseigne, tandis que des robots se tiennent à la disposition des visiteurs pour leur fournir des renseignements généraux sur la banque. Au-delà de ces vitrines, les réflexions sont engagées pour la mise en place d'un média de communication à part entière. À une échéance plus lointaine, des produits et services financiers seront également introduits.

Comme pour toute innovation technologique, les métavers ont suscité une vague de « coups marketing » parmi les banques du monde entier tentant de prouver à moindre frais leur capacité à s'intégrer dans le paysage « digital » du XXIème siècle. Cette phase inévitable (et rarement féconde) paraît aujourd'hui s'achever et PKO esquisse peut-être les prémices de démarches plus stratégiques… bien que la généralisation du concept ne soit pas attendue avant une bonne décennie (selon Gartner, par exemple).

dimanche 7 août 2022

Un GAB pour le métavers

Transak
Outre le monde virtuel ouvert persistant qui en est un peu la vitrine, le concept de métavers intègre également, en principe, le recours à des cryptomonnaies comme base des échanges commerciaux. Afin de simplifier l'accès à ces dernières, jusqu'à aujourd'hui réservé à des initiés, Transak imagine une émulation d'automate bancaire dédiée.

En cible, l'idée fondamentale de la jeune pousse consiste à reproduire, aussi fidèlement que possible pour inspirer confiance, l'expérience d'un voyageur débarquant dans un pays étranger, ce qui est, d'une certaine manière, la réalité des métavers, et désirant convertir une partie de son argent en devise locale pour profiter des attractions disponibles. Selon cette logique, le visiteur se rend au premier distributeur venu et change la somme de son choix, qu'il conserve alors précieusement dans son portefeuille.

Dans la pratique, il faudra rapidement déchanter car il semblerait que, dans l'immédiat, seule une version pilote soit installée, dans Decentraland, retenu pour cette première implémentation. Les « retraits » ne sont donc pas réalisés dans l'environnement virtuel mais renvoient vers un site web indépendant, ce qui nuit sérieusement à la fluidité du parcours. La suite sera à l'avenant, car le respect des exigences réglementaires conduit en outre à imposer un processus de connaissance client lors de la première opération.

Après cette étape, qui est similaire à une véritable ouverture de compte bancaire, y compris dans sa durée, estimée à 15 minutes, il devient possible d'acheter et vendre bitcoins, ethers… et, bien sûr, MANAs prêts à dépenser dans Decentraland, en contrepartie d'un règlement par carte, par virement interbancaire (notamment les transferts instantanés SEPA et britanniques) ou encore par quelques moyens de paiement nationaux. Heureusement, Transak prévoit de réduire ces quelques frictions, à terme.

Transak ATM

En attendant, la startup entend prendre rapidement une position visible, sinon hégémonique, sur son créneau. Dans cette optique, elle propose à tous les propriétaires de terrain virtuel d'y déployer un de ses automates, moyennant le reversement d'une partie des commissions perçues sur les transactions. L'objectif est évidemment de faire de la marque un point d'entrée plus ou moins standard, par son omniprésence et, dans l'idéal, par sa notoriété, dans l'univers des cryptomonnaies et du « web3 ».

Bien que le raisonnement sous-jacent soit plein de bon sens, je trouve la démarche de Transak assez dérangeante. En effet, sous prétexte de familiarité des usages, elle réplique, comme tant d'autres, les mécanismes d'intermédiation (multiples, en l'occurrence) existants et les adapte à un nouveau contexte, avec les modèles économiques correspondants (voir notamment les niveaux de commissions prélevées sur le GAB), dont les promoteurs vantent pourtant la décentralisation et ses vertus.

Le fait est que, en l'état, le métavers, dans son approche puriste, est probablement beaucoup trop complexe pour monsieur- ou madame-tout-le-monde. Le temps que la facilité de prise en main soit suffisante pour que des habitudes aient une chance de se prendre à grande échelle (par exemple avec la déclinaison sensiblement dénaturée qu'envisage de construire et distribuer Meta), la vision utopique des origines risque de n'être plus qu'un lointain souvenir, au grand dam des libertaires de tout poil.

samedi 25 juin 2022

Votre métavers, goût maître du monde ou libertaire ?

Meta
En apparence, le changement de nom de Facebook Pay en Meta Pay n'est qu'une anecdote dans la longue histoire chaotique du réseau social avec les paiements. Cependant, à travers sa manière de présenter la nouveauté, Mark Zuckerberg exprime sa vision des métavers… aux antipodes de ce dont rêvent les idéalistes de la décentralisation.

Le concept, issu de la littérature de science-fiction de la fin du XXème siècle, est devenu tellement flou qu'il en existe aujourd'hui presque autant de définitions que de personnes qui tentent de le cerner. Mais les écarts les plus extrêmes sont clairement ceux qui séparent l'approche envisagée par le patron de Meta / Facebook et celle, dominante, des tenants du web3, avec leur rêve utopique d'un monde virtuel dans lequel chaque personne prend le contrôle de sa vie, en dehors de tout pouvoir centralisateur.

Il n'est évidemment guère surprenant qu'une telle perspective soit catégoriquement rejetée par la personne qui a bâti un empire en imposant son emprise quasi absolue sur les relations sociales en ligne de près de 3 milliards de personnes sur la planète. Dans l'esprit de Mark Zuckerberg, le métavers est donc la prochaine étape logique pour son entreprise, sans aucune remise en question : il s'agit du prolongement naturel et inévitable de sa conception du web commercial dans un univers immersif en 3 dimensions.

Certes, quand il évoque l'hypothèse lointaine d'une interopérabilité rendant possible de jouir de ses biens numériques (vêtements, art, musique, films, événements…) dans tous les espaces disponibles, il prétend ne pas viser au monopole. Mais ce n'est qu'un trompe-l'œil, identique à celui de Facebook : grâce à son omniprésence sur les écrans des internautes et des mobinautes, il sait que ses plates-formes seront les plus utilisées pour l'acquisition et les échanges de ces objets virtuels, qui lui assureront la suprématie.

Meta Pay

Le plus fâcheux dans ce paysage que je noircis à peine est que, selon toute vraisemblance, rien n'arrêtera Meta dans sa trajectoire et que les autres incarnations de métavers, si elles voient le jour et quand bien même elles ne tendraient pas vers des dérives similaires (fortement attractives pour les investisseurs), risquent de devoir se contenter de la portion congrue du marché, avec des solutions réservées à de petits groupes et à des segments de niche (quelques jeux indépendants, notamment).

Car, outre sa position hégémonique actuelle, la parente de Facebook a engagé une stratégie de bulldozer, assortie d'investissements en milliards de dollars, dans le but de garantir son avenir à long terme et écarter toute menace de décentralisation. Ses travaux extraordinairement coûteux en direction de la production des lunettes de réalité virtuelle en sont l'exemple le plus emblématique : sur les traces d'Apple et l'iPhone, elle compte capitaliser sur le matériel pour devenir incontournable dans les métavers…

Même si les tensions contradictoires internes ne mettent pas à bas les espoirs d'un internet véritablement distribué, il faudrait être naïf pour imaginer que les géants technologiques en place se laissent dépouiller de leur puissance sans réagir. Ils sont d'ailleurs prêts pour ce faire à s'approprier, en les détournant si nécessaire, les concepts à la mode (tels que les NFT). Ce sont ainsi deux visions irréconciliables du monde qui s'opposent et le déséquilibre de leurs forces respectives suggère une issue prédictible.

dimanche 29 mai 2022

Flybits lance un métavers bancaire privé

Flybits
En parallèle des expérimentations de quelques institutions financières dans les mondes virtuels publics (Decentraland et consorts), d'autres acteurs tentent de ressusciter la vieille idée de navigation 3D dans les services bancaires, à l'instar de Flybits qui vient d'annoncer le lancement de sa solution à l'occasion du Forum Économique Mondial à Davos.

Extension de son produit phare de construction d'expériences pour le web et le mobile, OpenDome permet de décliner les mêmes principes au sein d'un environnement immersif. L'éditeur fournit pour ce faire, une plate-forme avec laquelle il devient facile de combiner des sources de données variées, issues des silos internes ou partagées par des tiers, et d'assembler des modèles d'interface prédéfinis autorisant la création d'interactions personnalisées et contextualisées dans une simulation multidimensionnelle.

Via un écran de micro-ordinateur ou de smartphone, mais aussi à travers un casque de réalité virtuelle (pour qui en possède), Flybits propose d'aborder la banque comme un espace fictif, privé et confidentiel. Organisé en zones thématiques, il donne accès à toutes les informations souhaitables, qu'il s'agisse simplement de surveiller l'état de son compte courant et sa projection à court terme, de découvrir les dernières promotions en vigueur ou d'exécuter une simulation illustrée pour un crédit ou une assurance…

Flybits OpenDome

On a connu la jeune pousse plus inspirée, notamment quand, à ses débuts, elle imaginait d'accompagner le consommateur dans sa vie quotidienne, sous les traits d'un assistant de proximité, toujours prêt à rendre service, en toutes circonstances. En effet, comme elle l'insinue elle-même, en évoquant une répétition de la naissance des apps mobiles il y a 15 ans, ce qu'elle nous montre ici n'est qu'une triste transposition sur un nouveau média des fonctions traditionnelles de la banque, jusqu'à sa division par gamme de produits.

La logique d'immersion offre pourtant nombre d'opportunités originales dans le secteur financier, qui, en outre, sont seules capables de rendre la réalité virtuelle attractive pour ses utilisateurs potentiels. Les explorations de la décennie écoulée procurent d'ailleurs quelques pistes à approfondir, entre, par exemple, présentation ludique de l'information (plus percutante) et avatar intelligent de conseiller individuel (plus intime), en passant par de véritables mises en situation (plus réalistes, donc plus convaincantes).

En l'état, Flybits semble donc se contenter de surfer sur la mode des métavers (en abusant au passage du concept, puisque celui-ci intègre normalement une logique de connexion sociale, totalement absente dans OpenDome). Je ne peux que regretter sa précipitation apparente alors que son ADN de développement d'expériences aurait tellement de valeur à exprimer dans un univers virtuel, avec – pourquoi pas ? – une sorte de matérialisation des recommandations formulées grâce à une vraie mise en scène.